Chapitre 21 : la vengeance d'Ellie

Ellie au volant de son véhicule aux vitres teintées se rendit près du parc situé à 500 mètres à vol d'oiseau de la cathédrale protestante où devait être célébré l'union d'Hans Ludwig Von Harlock et d'Helena Svlotiania. C'était à elle qu'incombait cette mission. Il était temps de commencer le nettoyage de la galaxie de ces futurs dictateurs qui prévoyaient de régner en maîtres absolus comme Gaia autrefois. Son cœur glacé par la colère battait calmement dans sa poitrine et ce rythme régulier la confortait dans sa décision. C'était à elle d'ouvrir les hostilités et d'annoncer le bain de sang à venir.

Elle sortit du véhicule et vérifia si ses mains tremblaient ou pas. Sa main était ferme. Elle était résolue à faire payer chèrement la mort de ses jumeaux et elle espérait bien avoir le temps d'unir les jeunes mariés dans la mort. Elle portait un tailleur pantalon noir et des lunettes de soleil de la même couleur. Elle portait un chapeau qui contenait la totalité de sa longue chevelure ondulée châtain. Elle ouvrit le coffre et en sortit l'étui à violon qui contenait son arme. Sa tablette numérique installée à sa ceinture, elle se dirigea calmement vers le gratte-ciel d'où le tir allait partir. Son âme souffrait le martyr. Elle avait tout perdu et comptait bien arriver à éliminer chaque responsable de cette souffrance.

Elle sourit au gardien de l'immeuble puis elle prit l'ascenseur jusqu'au dernier étage. Elle traversa les différents couloirs qui la séparaient de la porte qui menait sur le toit. Une caméra en surveillait l'accès et elle se glissa sous celle-ci au moment où elle changeait d'angle. Ellie la pirata et s'arrangea pour que les hommes de la sécurité reçoivent des images n'indiquant aucune activité suspecte. Elle brancha sa tablette au câble de communication et enregistra les images des caméras du toit et de l'étage. Une fois l'opération faite, elle crocheta la serrure de la porte et monta sur le toit. Elle s'approcha de la bordure. Il y avait à sa droite une caméra de vidéosurveillance. Elle savait que grâce à cela, la police et les hauts responsables de l'aristocratie n'auraient aucun problème pour identifier le tueur. Elle posa l'étui sur le sol et l'ouvrit. Avec la précision d'un tireur professionnel, elle assembla les différents éléments du fusil à lunette. Elle le plaça, bien en appui sur la bordure puis elle regarda à travers la lunette. Les drapeaux royaux et les drapeaux aux armoiries des Harlock lui indiqueraient l'angle et la vitesse du vent. Il y avait beaucoup de voitures de sécurité et la foule était contenue par une barricade. La vue était parfaitement dégagée et Ellie n'avait plus qu'à patienter. Elle alluma la radio, et les micros placés dans la cathédrale allaient lui donner tous les détails de la cérémonie.

Harlock se préparait dans la pièce réservée au futur marié. Il passa son costume et regarda devant la glace pour vérifier sa mise. Son cœur se serra, dans quelques minutes il allait s'unir à la femme qui avait tenté d'assassiner ses jumeaux. Il respira profondément. La vengeance étant un plat qui se mange froid, il avait choisi de poursuivre la mission que lui avait confiée Ryo pour avoir la possibilité d'exécuter Helena Svlotiania afin de lui faire payer la mort des six innocents exécutés à cause de la folie de cette femme. Il avait décidé de faire cela le soir même de son mariage. Pour lui il était hors de question de coucher avec cette meurtrière. Il ferma les yeux et prit de longues inspirations. Le duc de Péhant entra discrètement et s'approcha doucement d'Harlock.

- Tu es magnifique, Murmura le duc dans l'oreille d'Harlock.

Le capitaine eut un ricanement.

- Merci Oscar

- Tu ne devrais pas angoisser comme cela. D'ici une heure tu seras uni à Helena et donc à la haute aristocratie qui règnera bientôt en maître sur cette galaxie.

Harlock se retourna et lui fit face en souriant.

- Je ne suis pas angoissé. Je veux juste que tout soit parfait pour ma future épouse.

Le duc se colla à lui et le saisit par la taille. Leurs lèvres s'approchèrent et le duc embrassa Harlock passionnément. Sa langue s'unit à celle du capitaine et celui-ci dû répondre à ce baiser alors qu'il n'avait qu'une envie, refermer sa mâchoire et sectionner cette langue qui le révulsait. La main du duc glissa et saisit sa fesse. Harlock plaqua sa main sur cette insolente et rompit le baiser.

- Je t'ai dit qu'il était hors de question que je renouvelle l'expérience, Rappela Harlock sèchement

- On verra bien ce soir, Insista le duc.

- Ce soir je serai au lit avec Helena, Précisa Harlock

- Il faudrait que je te précise certaines choses sur Helena, elle adore les trios. Je le sais car je me suis bien amusé avec elle par le passé comme tu le sais. Des trios très particuliers, avec deux mecs qui pratiquent hommes et femmes...Elle doit avoir un côté dominatrice car ce genre de petits jeux l'amuse énormément.

Il planta son regard dans celui du capitane et ne vit aucune réaction.

- Tu n'es pas choqué ? Il s'agit pourtant de ta future épouse.

- Je sais qu'elle n'est plus une oie blanche, Ellie s'est empressée de me le préciser lorsque j'ai capturé Sylvidra, l'aurais-tu oublié? Ellie s'est rappelée de tout un tas de détails amusants sur Helena. Alors, non, je ne suis pas surpris, Affirma Harlock avec un sourire narquois sur les lèvres. Sachant qu'elle avait couché avec beaucoup d'hommes et qu'elle avait couché avec toi plusieurs fois, il était évident qu'elle avait participé à des parties fines un peu particulières

- Cette sale engeance de Zone ! A l'heure qu'il est, elle doit être morte ! Se réjouit le duc.

- Bon débarras ! Soutint Harlock avec un sourire cruel sur les lèvres. Elle était un agréable passe-temps mais je la trouvais un peu collante à la longue.

Le capitaine qui avait encore demandé le matin même à son ami si un vaisseau inconnu s'était approché avait eu une nouvelle réponse négative. Harlock perdait espoir. Il commençait à croire qu'Ellie avait probablement disparue à jamais. A chaque fois qu'il espérait son retour il se rappelait l'état de maigreur catastrophique de la femme qu'il aimait lorsqu'il l'avait vu la dernière fois. Il avait demandé à un médecin combien de temps pouvait tenir une personne sans manger en donnant les caractéristiques physiques de la mère de ses jumeaux et les prévisions pour Ellie ne furent guère optimistes. Cette situation lui déchirait l'âme. Ses enfants étaient peut être tout ce qu'il lui restait de la femme qu'il aimait passionnément.

Harlock avait envie d'étrangler le duc, mais il devait patienter. Son cœur se serra en pensant à Ellie mais il devait garder son calme.

- Tu n'as donc rien pour un peu de compagnie pour ta nuit de noces ? Demanda le duc avec un regard obscène.

- Si Helena veut que l'on en ait, je m'incline. Je ne voudrai pas me fâcher avec mon épouse dès le premier jour de notre mariage.

- Rassures-toi, je ne te forcerai pas la main cette fois-ci, Précisa le duc en déposant un baiser léger sur les lèvres du capitaine. Je préférerai que tu sois consentant. Je sais que tu es torride pendant l'acte.

En entendant ses mots Harlock comprit que le plan de Ryo avait marché. Le duc n'avait pu s'empêcher de regarder le film et le cheval de Troie de l'informaticien devait être à l'intérieur de l'ordinateur du duc. Il sourit de satisfaction.

- Tu seras aux premières loges ce soir pour vérifier ta théorie, susurra-t-il

- A plus tard Hans, le salua le duc alors que la musique d'entrée de la cérémonie liturgique résonnait dans la cathédrale.

Le duc sortit et le capitaine du prendre appui sur le fauteuil pour reprendre son calme. Il ferma son œil et l'image souriante d'Ellie vint le rassurer.

" Pardonne-moi mon amour, Supplia-t-il alors qu'une larme roulait sur sa joue. "

Il essuya cette marque de tristesse et se rendit dans la cathédrale. Celle-ci était noire de monde. Le duc étant son témoin, il était déjà placé et le futur marié le rejoignit. Le pasteur lui sourit avec bienveillance et Harlock lui sourit faiblement. Pour le révérend, il était normal que le futur époux soit un peu tendu aussi, il posa sa main sur son épaule pour le rassurer. La musique retentit et Helena fit son entrée dans la salle. Sa robe blanche était entièrement brodée. Des perles et des diamants authentiques soulignaient son bustier. Harlock pour garder son calme joignit ses mains et serra de toutes ses forces. Il devait calmer sa colère. Le moment de la vengeance n'était pas encore venu. Elle s'avança au rythme de la musique, sa longue traîne portée par plusieurs enfants en habits élégants. Arrivée à sa hauteur, derrière son voile blanc, elle sourit à son futur époux qui lui rendit son sourire. Cette robe blanche était plus qu'inappropriée à son goût et il se dit qu'Ellie aurait été magnifique dans une robe comme celle-ci. Une douleur sourde inonda son cœur, il sentait qu'il fallait qu'il se concentre et qu'il cesse de penser à la femme qu'il aimait. Les futurs mariés s'assirent et écoutèrent le sermon du pasteur. Celui-ci parlait de l'amour qui unissait un homme et une femme, du bonheur et de la joie de constituer un foyer. Ce discours fut une torture pour Harlock mais il réussit à le cacher à Helena qui lui prit la main en plein milieu du discours du révérend. Le pasteur regarda à tour de rôle les futurs mariés puis il il les invita à se lever.

- Mon frère et ma sœur, levez-vous maintenant pour confirmer devant Dieu et devant son Eglise, votre résolution d'être unis par le mariage.

Il se tourna vers Harlock

- Hans Ludwig Von Harlock., Déclarez-vous devant Dieu et devant son Eglise que vous avez pris pour femme Helena Svlotiania., ici présente ?

- Oui.

Puis le révérend se tourna vers la future mariée.

- Helena Svlotiania., déclarez-vous devant Dieu et devant son Eglise que vous avez pris pour mari Hans Ludwig Von Harlock., ici présent ?

- Oui.

Il les regarda tous les deux puis il ouvrit les bras.

- Veuillez échanger les promesses qui vous engagent désormais l'un à l'égard de l'autre.

Les futurs mariés se tournèrent l'un vers l'autre et Harlock prit l'alliance réservée à Helena que lui donna son témoin et alors qu'il lui passait la bague au doigt il prononça :

- Moi, Hans, je te prends pour épouse dans la richesse comme dans la pauvreté, dans la santé comme dans la maladie. Je te jure de t'aimer et de t'être fidèle jusqu'à ce que la mort nous sépare. Je le jure devant Dieu.

Helena prit l'alliance réservée à son futur mari.

- Moi, Helena, je te prends pour époux dans la richesse comme dans la pauvreté, dans la santé comme dans la maladie. Je te jure de t'aimer et de t'être fidèle jusqu'à ce que la mort nous sépare. Je le jure devant Dieu.

Le pasteur les regarda en souriant.

- Dieu est témoin. C'est lui qui vous donnera d'accomplir vos promesses. En conséquence de vos déclarations et de vos promesses, au nom du Père du Fils et du Saint-Esprit, nous vous reconnaissons unis par les liens indissolubles du mariage et nous appelons sur votre union la bénédiction de Dieu. Vous pouvez embrasser la mariée.

Harlock souleva le voile et embrassa Helena sous les applaudissements de l'assemblée.

Le cœur d'Ellie se serra en entendant cet échange de promesses mais, malgré sa douleur, sa volonté sans faille lui permettait de garder son calme. Les portes s'ouvrirent et l'assemblée commença à se répartir autour des portes. Les témoins sortirent les premiers et Ellie ajusta sa force selon le vent. Harlock et Helena sortirent à leur tour. Ellie visa en premier le torse du capitaine de l'Arcadia au niveau du cœur. Helena lâcha la main de son époux et s'arrêta pour discuter avec un invité. Elle se plaça juste derrière Harlock et Ellie commença à calculer la force de la balle qui serait projetée en fonction de la distance et de la vitesse. Ayant mis ce fusil au point, elle savait avec précision ses capacités. Helena fit face et s'apprêtait à revenir à côté de son époux. Ellie retint sa respiration et fit feu. La balle traversa Harlock de part en part au niveau du cœur et se ficha dans la poitrine d'Helena dont elle arrêta le cœur. Ellie sourit.

"Une pierre, deux coups », Pensa-t-elle alors que les gens pris de panique se mettaient à courir dans tous les sens.

Harlock sentit un projectile le traverser de part en part et leva la tête. Seul un sniper pouvait faire un tir pareil. Le bruit de la détonation arriva deux secondes plus tard ce qui le conforta dans son hypothèse. Ses forces l'abandonnèrent et il s'effondra. Le duc de Péhant se jeta sur lui et retira sa veste dont il se servit pour comprimer la plaie. Du sang coulait de la bouche du capitaine. Ellie observa la scène grâce à sa lunette. Un homme penché sur Helena fit un signe négatif de la tête, c'était terminé. Elle regarda ensuite le capitaine de l'Arcadia puis elle se releva en remettant le cache de la lunette. Sandy l'avait prévenue, une fois le tir effectué il fallait partir rapidement. Ellie démonta froidement son arme et la remis dans l'étui. Son cœur battait plus fort qu'avant le tir et sa main tremblait. C'était fait. Elle serra le poing pour se calmer et se releva. Elle fit face à la caméra de sécurité. Elle retira son chapeau et ses lunettes pour être correctement identifiée. Elle leva son bras comme si elle tenait une arme, sans trembler, et appuya sur une gâchette virtuelle. Elle espérait que la menace était claire. La guerre était déclarée. Hans Ludwig Von Harlock et son épouse n'étaient que les premières victimes d'une longue liste dont elle comptait bien s'occuper. Elle remit son chapeau et ses lunettes puis elle repartit en emportant son étui à violon. Elle quitta l'immeuble en laissant la tablette pour que la police puisse bénéficier des différents enregistrements vidéo puis elle repartit avec son véhicule.

" Hans, accroche-toi ! Cria le duc tout en comprimant la plaie.

Puis voyant que le capitaine fermait son œil valide il hurla :

- Ouvre les yeux tu entends ? Reste avec moi !

Harlock se sentait si fatigué et les bras de la mort lui semblaient si accueillants. Il pourrait rejoindre Ellie et ils resteraient ensemble pour l'éternité. Une larme s'échappa de son œil et roula sur sa joue. Le duc s'éloigna et les secours se penchèrent sur lui. Les ambulanciers lui firent les premiers soins et il fut emmené de toute urgence à l'hôpital.

- Homme de quarante-cinq ans avec une blessure perforante par balle, taille un mètre quatre-vingt-quinze poids, environ quatre-vingt-dix kilos, informa l'ambulancier par radio l'hôpital pendant qu'il plaçait une perfusion. Il a perdu beaucoup de sang prévoyez, cinq poches de sang artificiel !

L'ambulance arriva en trombe au niveau des urgences et le capitaine fut emmené dans une salle d'examen où les médecins le prirent en charge.

Ellie quant à elle retourna à l'endroit où elle avait emprunté la voiture et l'abandonna. Elle marcha cinq kilomètres puis elle héla un taxi. Elle se fit déposer en pleine campagne. Elle paya la course et attendit que celui-ci fût reparti pour descendre le coteau afin d'atteindre la rivière où Sandy l'attendait assise dans une barque à moteur, prête à partir. Ellie monta et s'assit face à la jeune Mazone.

- Alors ? S'enquit Sandy.

- C'est fait, Affirma Ellie en retirant son chapeau et en se passant la main dans les cheveux. Par contre j'ai peur qu'Harlock n'en réchappe. J'ai oublié qu'il était très résistant.

- Ca n'a pas été trop dur ? Demanda Sandy en allumant le moteur.

- Ca été l'horreur. Devoir tuer l'homme que j'aime...Avoua Ellie alors que les larmes commençaient à couler.

Sandy fit reculer la barque puis elles commencèrent à remonter la rivière.

- Je suis désolée Ellie. J'aurai dû le faire, c'eut été mieux pour toi. Je n'étais pas liée émotionnellement à cet homme. Toi tu l'aimais et tu l'aimes encore.

- Mes enfants sont morts parce que la femme qu'il a choisi d'épouser les a fait assassiner. Il a refusé de les reconnaître parce qu'elle ne voulait pas d'eux. Il savait ce que cela entraînerait pour eux. Il les condamnait à l'exil et donc à une mort certaine. Dire que j'espérai qu'en me parjurant et en les faisant adopter je les sauverai...je n'ai plus rien Sandy...j'ai tout perdu...Il ne me reste plus que ma vengeance à accomplir...Si Harlock s'en sort alors je m'occuperai de lui plus tard mais il payera tôt ou tard ! Ragea Ellie en pleurant. J'étais partie, j'avais accepté de ne jamais revenir alors pourquoi a-t-elle tué mes enfants ?

Ellie prit sa tête entre ses mains et pleura pendant tout le temps du trajet. Sandy ne pouvait l'aider. Elle ressentait beaucoup de compassion pour la jeune femme. Elle comprenait parfaitement sa douleur et imaginait sans peine la haine, la colère et la douleur qui ravageaient son âme. Elle savait qu'Ellie était prête à aller jusqu'au bout de sa vengeance et à donner sa vie pour celle-ci. Rien n'est plus terrifiant qu'une mère à qui l'on a tué ses enfants et surtout des enfants de l'amour comme Frank et Marie.

Leur balade se prolongea jusque tard dans l'après-midi. Elles remontèrent la rivière jusqu'à sa naissance et débarquèrent. Ann les attendait dans le véhicule qu'elles avaient acheté une semaine plus tôt. Ellie ouvrit le coffre et prit des vêtements de rechange. Elle passa une robe d'été vert clair puis elle attacha ses cheveux. Elle passa une perruque aux longs cheveux blonds ondulés puis elle se maquilla et termina par ses fausses lunettes. Elles repartirent après cette transformation et elles retournèrent à la maison, la maison du rêve d'Ellie. A chaque fois qu'elle la voyait, la douleur liée à son rêve mensonger se faisait plus vive. Il faisait nuit à leur retour. Elles descendirent rapidement et allèrent directement au salon. Elles allumèrent la télévision et mirent la chaîne des informations.

" Comme nous vous en parlions un peu plus tôt, repris le journaliste, un sniper a fait feu sur le capitaine de l'Arcadia qui est à l'heure actuelle entre la vie et la mort à l'hôpital de West Cost. Son épouse, la princesse Helena Svlotiania est morte sur le coup. Son corps a été transporté à la morgue pour qu'il y soit pratiqué une autopsie. Le commandant Chambers a été chargé de l'enquête. Son équipe travaille d'arrache-pied pour découvrir qui est l'auteur de cet acte abominable"

La télévision montra ensuite des images du commandant Chambers en train d'examiner les lieux du crime.

Le commandant Chambers et son équipe arrivèrent une dizaine de minutes après que le capitaine de l'Arcadia fut emmené à l'hôpital. Elle mit des gants et des protections au niveau des chaussures et s'avança vers les marches de la cathédrale où reposait encore le corps de la princesse russe. Elle vit la marre de sang perdu par Harlock puis elle s'approcha du corps où le médecin légiste était occupé à vérifier la trajectoire du tir.

- Alors docteur ? S'enquit-elle après s'être accroupie près du corps.

- C'est l'œuvre d'un sniper.

- Cela me parait évident le quartier avait été bouclé, les gens fouillés et il y avait des gardes sur les toits des immeubles.

- Pas n'importe qu'elle sniper. J'ai extrait la balle, lui annonça-t-il en lui donnant le sac contenant la pièce à conviction. Vous avez vu le calibre ?

- En effet. Je n'en ai jamais vu de cette forme avant.

- Je vous le confirme. J'ai vérifié sur ma tablette. Cette balle n'existe nulle part dans notre banque de données. C'est un prototype. Vu la trajectoire du projectile, le sniper devait être très haut et très loin car aucun immeuble dans les environs ne pourrait permettre un angle pareil. Je ne sais pas par quel miracle le corps du capitaine de l'Arcadia n'a pas atterri sur ma table d'autopsie.

- Il est gravement touché. Les secours ont affirmé qu'il avait très peu de chance de s'en sortir.

- En tout cas, le tireur avait le geste sûr. Il a réussi, malgré la distance et le vent, à faire traverser à cette balle deux corps. C'était très culotté.

Le lieutenant Mitchell remonta les escaliers et s'arrêta à leur hauteur.

- Madame, d'après les témoignages des personnes qui étaient sur les marches, la détonation n'a été entendue qu'après que le capitaine ne soit touché.

Le médecin légiste siffla d'admiration

- La vache ! Il a vraiment tiré de très loin !

- A combien de mètres d'après vous ? S'inquiéta Anne-Lynn.

- Combien de temps ? Demanda le médecin légiste.

- Une à deux secondes.

- Oh bon sang ! Cela doit bien faire cinq cent mètres à vol d'oiseau. Votre gars, ce n'est pas n'importe qui !

- Vous pouvez trouver de quel immeuble cela pourrait provenir ?

- Attendez.

Le médecin entra les données dans sa tablette et le résultat ne se fit pas attendre.

- Voilà l'immeuble qui correspond !

- Merci. Lieutenant, prévenez le lieutenant Aoki, on va à cette adresse.

- Je peux emmener le corps ? Demanda le médecin.

- Bien sûr. Affirma Ann-Lynn en souriant.

Elle se rendit en voiture banalisée à l'adresse indiquée et les trois officiers entrèrent dans le hall d'immeuble.

- Vous pensez que c'est un coup d'Adrian Moore ? Supposa Aoki.

- Je n'en sais rien. Il est muni d'une puce de traçage et il n'a le droit que de se rendre dans certains secteurs de la ville. Je ne pense pas que ce quartier en fasse partie. Affirma Ann-Lynn.

Ils montèrent au dernier étage et allèrent jusqu'à la porte qui menait sur le toit.

- Oh ce n'est pas vrai ! S'exclama Aoki en s'approchant de la tablette tout en mettant des gants. C'est bien d'ici que le tireur a tiré sur nos deux victimes. Il a laissé la tablette numérique qui lui a servi à pirater les systèmes de sécurité !

- Ce n'est pas bon signe ça ! S'inquiéta Anne-Lynn.

- Pourquoi ? S'étonna Mitchell.

- Il veut être identifié, Affirma Anne-Lynn dans un souffle. C'est une vengeance et j'ai peur qu'il y ait d'autres victimes sur sa liste.

Le lieutenant Aoki décrocha la tablette et les images de la caméra parvinrent à la sécurité. Ann-Lynn s'approcha de la porte et la poussa. Le cœur battant elle monta les escaliers et arriva sur le toit. Elle s'avança en direction de la cathédrale et trouva une douille sur le sol à trois mètres de la zone de tir. Elle l'emballa dans un sac en plastique et s'approcha de la bordure. Elle vit sur le muret les traces noires du tir puis elle se tourna vers Aoki.

- Faites venir la scientifique ! Ordonna-t-elle.

- Bien madame !

Le cœur battant de plus en plus fort elle plissa les yeux pour essayer de voir la cathédrale. Le lieutenant après avoir prévenu ses collègues fouilla la tablette numérique et tomba sur l'enregistrement laissé par le tireur.

- Oh bon sang, c'est impossible ! S'exclama-t-il.

- Quoi ?

- Notre tireur, c'est Eliza Zone, madame !

- Quoi ! Cria Ann-Lynn surprise.

- Elle n'avait pas été condamnée à l'exil ? S'étonna Mitchell.

- Qu'est-ce qu'elle pouvait bien reprocher à Harlock ? S'interrogea Ann-Lynn.

- Il y a des rumeurs qui courent qu'ils ont été amants, supposa Aoki.

- Cela n'a jamais été prouvé ! On ne peut pas baser notre enquête sur des contrevérités balancées par le Consortium ! S'énerva Mitchell.

- Du calme, messieurs ! Intima Ann-Lynn. On va attendre que nos collègues arrivent et ensuite on ira interroger le capitaine de l'Arcadia.

- S'il est toujours en vie, rappela Aoki qui, lui aussi, avait vu la marre de sang.

Une fois l'équipe arrivée ils se rendirent à l'hôpital de West Cost où ils trouvèrent beaucoup de membres de l'aristocratie qui attendaient dans le couloir. Le duc de Péhant adossé contre un mur attendait le verdict des médecins. Il s'inquiétait pour Harlock et angoissait pour l'homme qu'il aimait. Les policiers se tinrent à l'écart et attendirent plusieurs heures. Le chirurgien ressortit au bout de dix heures d'opération et Ann-Lynn alla au-devant de lui sous le regard courroucé des aristocrates présents.

- Je suis le commandant Chambers, chargée d'enquêter sur cette affaire pourriez-vous me dire comment il va ?

- Ce n'est pas brillant. Il faut voir si déjà il arrive à passer la nuit. Je ne peux rien vous promettre. La balle a évité le cœur de peu mais elle a fait beaucoup de dégâts en traversant le thorax.

- Dans combien de temps pourra-t-il être interrogé ?

- Il faut déjà qu'il reprenne conscience ensuite il va falloir qu'il reprenne des forces avant que je ne vous autorise à le voir, donc je ne peux pas vous répondre.

- Merci docteur.

Elle se tourna vers le duc de Péhant.

- Je pourrais vous posez quelques questions ? Demanda-t-elle poliment en souriant.

- Bien sûr.

- Est ce que la vie du capitaine était menacée ? Avait-il reçu des menaces de mort ?

- Personne que je connaisse.

- Est-ce qu'il vous a parlé de problèmes d'ordre personnel, comme une ex petite amie en colère ?

- Non jamais.

- Connaissez-vous le nom de ses ex petites amies ?

- Officielles ou officieuses ?

- Il a eu une liaison cachée ?

- Disons, plutôt une embarrassante qu'il désirait faire oublier.

- Qui ?

- Eliza Zone, la fille de cette raclure d'Aristote Zone. Il a eu un moment de faiblesse et ils sont devenus amants. Elle s'est accrochée à lui longtemps, jusqu'à ce qu'il mette un terme à leur relation sur la base d'Amos.

- Merci pour votre aide.

Elle s'éloigna avec ses lieutenants et une fois qu'elle fut loin des oreilles indiscrètes elle leur apprit ce que le duc lui avait confié.

- Ca explique pourquoi elle a tiré, conclu Mitchell.

- Cela me parait un peu léger, contredis Aoki. Elle est revenu d'exil, elle a trouvé le moyen d'entrer sur Amos, d'obtenir une arme, de prendre des cours de tir car à la base elle n'est pas un sniper, tout ça pour se venger de son ex amant ?

- Son ex amant qui l'a plaquée pour épouser une aristo. Il l'a abandonnée. S'il l'avait épousé, elle n'aurait pu être condamnée à l'exil ! Soutint Mitchell. Une femme jalouse peut finir par haïr l'homme qu'elle aimait.

- Je te dis que c'est trop léger ! Réitéra Aoki.

- Du calme ! On va devoir enquêter sur le passé d'Eliza Zone avant son départ pour l'exil. Ordonna Ann-Lynn. Il va aussi falloir vérifier toutes les vidéos des caméras de surveillance du quartier pour savoir comment elle est arrivée à l'immeuble ! On n'est pas couchés !

Les officiers de police rentrèrent au commissariat et Ann-Lynn envoya une centaine d'hommes récupérer les différents enregistrements. Ce ne fut qu'au bout d'une nuit blanche qu'ils trouvèrent le véhicule utilisé par la jeune femme. Aoki releva la plaque et l'entra dans la base de données. Ann-Lynn en était à son troisième café de la nuit et ses yeux se fermaient d'eux-mêmes. Elle avait fini de visionner la dixième vidéo enregistrée du meurtre par les caméras de sécurité. Assise à son bureau elle fut prise de somnolence et le lieutenant Aoki se racla la gorge pour la réveiller.

- Oui lieutenant ! Sursauta-t-elle.

- On a identifié le véhicule, il a été déclaré volé hier matin. J'ai lancé un avis de recherche et il a été retrouvé assez loin du lieu du crime.

- Quelque chose d'intéressant ?

- Dans la voiture, des tas. Elle n'a rien nettoyé du tout Affirma Aoki.

- Ouais, elle s'en fiche que l'on sache que c'est elle qui a tiré.

- Je crois que c'est même plus grave que cela commandant.

- Pourquoi ?

- J'ai visionné l'enregistrement qu'elle a laissé et je crois que c'est une menace.

- Que voulez-vous dire ?

Le lieutenant donna la tablette à Ann-Lynn. Il avait positionné l'enregistrement après le tir. Elle fit défiler la vidéo et vit le geste menaçant de la jeune femme

- Oh mon Dieu !

- Harlock et son épouse n'étaient pas ses seules cibles. A mon avis il y en a beaucoup d'autres.

- Les aristos, Comprit-elle.

Aoki ferma la porte et s'assit sur le fauteuil qui se trouvait en face du bureau de sa responsable.

- Vous savez que les aristos ont pris le pouvoir dans l'assemblée des représentants et ce sont eux qui ont fait voter cette loi. Il est possible qu'elle ait décidé de leur faire payer.

- Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi ne l'a-t-elle pas fait plus tôt ?

- Vous l'avez rencontrée pendant que l'on enquêtait sur l'affaire Kurt Wilson sur Terre. Quel genre de femme est-ce ?

- Vraiment très gentille et très triste à l'époque.

- Est ce qu'elle vous a parlé de sa relation avec le capitaine de l'Arcadia.

- Pas une seule fois.

Le regard du lieutenant se fit grave ce qui inquiéta le commandant.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Elle vous a dit qu'elle avait des enfants ?

- Non.

- Elle avait des jumeaux à l'époque, un petit garçon et une petite fille.

- Oh non...

- D'après leur date de naissance, ils sont nés à bord de l'Arcadia. Vous avez bien dit qu'Harlock avait eu une liaison avec elle ?

- Ce sont ses enfants ! S'exclama Anne-Lynn sous le coup de l'émotion.

- Il ne les a jamais reconnus. Ils ne portaient que le nom de leur mère.

- Elle est partit en exil avec ses enfants, supposa-t-elle et ils sont morts. Elle est venue se venger, conclu Ann-Lynn tristement.

- Elle n'est pas partie avec eux. Sur la vidéo montrant son départ pour l'exil, elle part avec une poussette transportant des poupées. Je l'ai analysé.

- Où sont les enfants alors ?

- J'ai fouillé un bon moment et j'ai découvert un acte juridique les concernant. Je pense qu'il va falloir attendre l'ouverture des bureaux dans une heure. J'ai très peur de ce que l'on va apprendre madame."

Ann-Lynn laissa couler quelques larmes. Ils patientèrent et avec l'appui du juge ils obtinrent une copie papier sur les enfants d'Ellie. Ils reçurent aussi l'enregistrement vidéo sur l'audience des reconnaissances en paternité. Ce qu'elle apprit lui glaça le sang.

Ellie avait volontairement demandé une audience et elle se présenta devant le juge sans avocat. Seule face à la haine et au mépris des magistrats .Ann-Lynn lança la vidéo.

Ellie s'installa sur un fauteuil face au juge. Elle était très pâle et paraissait épuisée.

- Veuillez vous identifier.

- Eliza Zone, fille d'Aristote Zone.

- Vous êtes ici pour clarifier la situation de vos jumeaux en vue de l'expulsion qui a été prononcé à votre encontre par la loi cent quarante-cinq-C

- Oui.

- Très bien. Connaissez-vous l'identité du père de vos enfants ?

- Non. Affirma-t-elle fermement.

- Comment est-ce possible ?

Ellie ferma les yeux et prit une longue inspiration. Son témoignage devait être aussi convaincant que possible.

- Je suis tombée enceinte pendant le retour de l'Arcadia. Il y avait eu une soirée très arrosée à bord et j'ai bu plus que de raison. Et je ne me rappelle plus avec qui j'ai passé la nuit. Je me suis réveillée le lendemain avec un mal au crâne terrible.

- Ce serait donc un membre de l'Arcadia le père de cet enfant ?

- Ce n'est pas dit. On a croisé pas mal de vaisseaux clandestins avec des personnes qui avaient fui la dictature du Consortium. Le capitaine avait pris l'habitude dès que l'on en croisait un d'accueillir les occupants à son bord. Et le soir-là, il y avait beaucoup d'invités.

- Il suffit juste de le retrouver.

- On les a croisés dans une zone fréquentée par les Illumidas. Je ne sais même pas s'il a survécu.

- Vous savez que ces auditions ont pour but d'éviter que des pères qui ont eu une liaison avec une personne expulsable ne soient privés de leur progéniture. Donc je vous repose la question connaissez-vous l'identité de leur père, ce qui leur éviterait leur expulsion à eux aussi ?

- Je vous le répète, je ne sais pas.

- Est ce que vous vous rappelez de cette fameuse nuit ? S'enquit le juge en lui lançant une photo trouvée dans la base d'Amos.

La photo était celle que la reine avait montrée à Mark pour lui apprendre la liaison du capitaine de l'Arcadia avec Ellie.

- C'est une photo trafiquée sans doute.

- Nos experts assurent que non.

- Est ce que c'est l'original ?

- Non, c'est une copie.

- Alors elle peut très bien être le résultat de modifications faites à partir de l'original.

- C'est bien le lit de Sylvidra n'est-ce pas qui se trouvait dans son palais sur son ancienne planète ?

- Oui il est d'ailleurs exposé au musée à l'heure qu'il est.

- Il a été transporté démonté ?

- Non, on l'a laissé monté, Mentit-elle, dans le hangar. J'ai très bien pu coucher avec un gars dans le hangar sur ce lit et on aura rajouté le corps du capitaine après. Il y avait une vidéo de lui en train de faire l'amour avec Sylvidra sur le web. L'image de son corps peut très bien provenir de cet enregistrement.

Ellie était au bord des larmes. Elle mentait comme un arracheur de dents et elle avait honte. Elle allait devoir passer pour la catin de service pour pouvoir protéger ses enfants.

- Vous êtes sûre ? Vous n'avez pas couché avec le capitaine de l'Arcadia ?

- Je n'ai jamais couché avec cet homme ! Assura-t-elle. Si je l'avais fait je m'en rappellerai !

Le juge ricana avec mépris.

- Eh bien, il semblerait que le capitaine va pouvoir convoler en juste noce avec Helena Svlotiania sans avoir la crainte que des rumeurs provenant d'une liaison possible avec la fille d'Aristote Zone ne vienne entacher sa réputation. Il va être content !

Ellie approuva du bout des lèvres et baissa la tête. Son cœur meurtri la faisait souffrir et le souvenir de cette douce étreinte lui rappelait la tendresse d'Harlock et la chaleur de ses bras. Elle sentait qu'elle n'allait pas tarder à s'effondrer en larmes si cet entretien ne finissait pas très vite.

- Très bien. Veuillez confirmer sur l'acte de naissance qu'ils sont issus de père inconnu ! Ordonna le juge à la greffière. Ils n'ont vraiment pas de chance d'avoir une putain en guise de mère. Cela dit, cela ne me surprend pas d'une descendante d'Aristote Zone. Emmenez votre marmaille indigne loin de chez nous !

Ellie se leva difficilement. Elle tremblait. Elle salua le juge poliment et sortit

Ann-Lynn avait envie de vomir. Elle n'osait même pas imaginer ce qu'Ellie pouvait ressentir à ce moment-là, en se parjurant d'une telle façon. Une larme coula sur sa joue et elle l'essuya rapidement.

- Coupez l'enregistrement ! Ordonna-t-elle au lieutenant Aoki.

- Pourquoi a-t-elle fait cela ? S'étonna Mitchell. Elle a retiré à ses enfants la seule chance qu'ils avaient de s'en sortir.

- C'était peut-être ce mensonge qui était leur seule chance ! Ragea Ann-Lynn.

- Il ne reste plus que deux options, commença Aoki, soit elle les a abandonnés, soit elle les a tués.

- Non ! Elle ne ferait jamais cela ! Elle n'a pas accepté de se faire humilier comme cela pour ensuite tuer ses enfants c'est impossible ! Soutint Ann-Lynn.

- Donc il ne reste que l'abandon. Comment on va savoir qui a adopté ses enfants ?

- Il va falloir vérifier tous les registres d'adoption.

- Si elle est passée par un réseau parallèle, on ne trouvera rien, avança Aoki.

- Là-dessus, je suis d'accord ! Soutint Mitchell. Vu la situation dans laquelle elle se trouvait il ne lui restait que cette option !

- Très bien !

Ann-Lynn avait mal au crâne. Elle ressentait une telle peine pour Eliza Zone. Peut-être qu'elle ne supportait plus d'être séparée de ses enfants et qu'elle voulait se venger.

- Il va falloir vérifier l'état-civil d'Amos en entrant les dates de naissance des enfants.

Le lieutenant Aoki, entra le nom et l'âge des jumeaux d'Ellie et lança la recherche. Il y en aurait bien pour trois jours de recherche et sans pour autant être sûr de faire mouche. Le communicateur sonna et Ann-Lynn décrocha.

- On a retrouvé le taxi, l'informa un policier en uniforme.

- Le taxi ? S'étonna Ann-Lynn.

- Ah ! C'est moi madame qui est demandé cette recherche ! Indiqua Aoki. J'ai vérifié les vidéos de caméra de vidéosurveillance depuis l'endroit où notre suspecte a abandonné la voiture. Elle a pris un taxi et j'ai envoyé des agents avec une photo faire les compagnies pour savoir qui l'avait prise.

- Bonjour monsieur ! Le salua le policier. Elle a été déposée en pleine campagne je vous envoie sur votre tablette les données GPS de l'endroit.

- Merci.

Ann-Lynn coupa la communication.

- Très bien on va y aller avec une brigade cynophile. On va essayer de remonter la piste ! Ordonna-t-elle sans grande conviction.

Ane-Lynn commanda une patrouille de chiens et ils se rendirent à l'endroit indiqué par le chauffeur. Les chiens flairèrent rapidement la piste qui les mena jusqu'à la rivière mais guère plus loin. Il n'y avait aucune trace de pas, ni d'un quelconque véhicule. Ellie avait décidé de semer ses poursuivants ici même et ils rentrèrent au commissariat.

Trois jours plus tard, elle apprit par l'hôpital que le capitaine pouvait être interrogé dans la limite du raisonnable car il était encore très faible. Elle ne put s'empêcher de ricaner en entendant ces mots. Dans l'état d'énervement dans lequel elle était, elle risquait de ne pas y aller par quatre chemins. Elle décida donc d'attendre d'être en meilleure condition psychologique pour aller l'interroger. Elle attendait aussi désespérément une réponse de la recherche lancée par Aoki. L'après-midi l'ordinateur se manifesta enfin et le lieutenant ouvrit le dossier en souriant heureux que ses recherches avaient finalement portés leur fruit. Son sourire se figea lorsqu'il lut le dossier. Ann-Lynn en le voyant dans cet état s'inquiéta.

- Qu'est ce qui se passe ? L'interrogea-t-elle.

- Frank et Marie sont morts.

- Quoi ! S'exclama-t-elle horrifiée.

- Ils ont été assassinés avec leurs parents adoptifs Arnold et Emily Stewart. Il y avait aussi la sœur d'Emily Amy avec son mari George qui étaient présents. Ils ont tous été abattus par une balle en pleine tête. Les enfants étaient méconnaissables. Par chance, si je puis dire, les deux enfants de la sœur d'Amy n'étaient pas présents. Ils ont été emmenés à l'orphelinat et confié à une famille d'accueil qui a signalé leur disparition trois jours plus tard. Les policiers ont soupçonné un prédateur sexuel mais ils ont dû le relâcher faute de preuves et les deux gamins n'ont jamais été retrouvés. En plus on ne peut pas vraiment dire que nos collègues aient beaucoup bossés dessus.

- Cela n'a rien de surprenant, aux crimes sexuels ils sont surchargés de travail, ils n'arrivent plus à suivre. Affirma Mitchell.

- Elle a abandonné ses enfants en espérant les protéger et ils ont été tués.

- Par un tueur professionnel, précisa Aoki. Aucune trace, pas de violence et rien de volé.

- Un contrat, approuva Ann-Lynn.

- Qui ? S'étonna Mitchell.

Il réfléchit quelques secondes et son regard croisa celui de sa responsable. Il fut horrifié.

- Oh mon Dieu non ! S'exclama-t-il au bord des larmes. Leur père vous croyez ?

- Ou sa fiancée qui ne voulait probablement pas que le capitaine de l'Arcadia ne change d'avis et ne réclame ses droits parentaux. Je voudrai aller parler aux voisins des Stewart.

L'équipe prit une voiture et se rendit à l'ancien domicile des Stewart. Ils n'échangèrent pas un mot de tout le trajet. Ann-Lynn avait le cœur en miettes. Elle n'arrivait pas à croire qu'un père pouvait se montrer aussi insensible vis-à-vis de ses enfants. L'ancienne maison des parents adoptifs était très coquette avec une jolie barrière blanche. Il y avait beaucoup de fleurs dans le jardin laissé à l'abandon depuis presque trois mois. Ann-Lynn se dirigea vers la maison qui était la plus proche voisine des lieux du crime et ce fut une gentille vieille dame qui ouvrit la porte. Elle se présenta et commença à interroger la voisine.

- C'était des gens adorables. Cela ne faisait pas longtemps qu'ils étaient là et leurs enfants étaient de pures merveilles. Un beau petit garçon et une magnifique petite fille.

Le souvenir revenant à sa mémoire sa voix commença à trembler

- Comment peut-on faire cela à des enfants ? S'indigna la vieille dame. C'est tellement monstrueux.

- Est-ce que vous savez où les corps ont été enterrés car on n'a pas trouvé la trace d'un enterrement.

- Ils ont été incinérés et leur cendres répandues au-dessus de la vallée du Phénix. C'est un endroit qu'Emily aimait beaucoup. Elle y jouait souvent en étant enfant.

- Est-ce que cette femme est venue vous voir ? S'enquit-t-elle en donnant une photo d'Ellie à la voisine.

- Oui et elle était vraiment sous le choc. Heureusement qu'elle n'était pas toute seule. Une amie était avec elle, l'informa la voisine.

- Merci madame

Ann-Lynn s'en alla. Une violente douleur liée à l'angoisse se manifesta dans son estomac et elle s'arrêta pliée en deux par la douleur. Mitchell, inquiet, voulu l'aider mais elle lui fit signe que tout allait bien. Elle se redressa et son âme fut progressivement envahie par la colère et par la rage. Elle ordonna à Mitchell de l'emmener au chevet du capitaine de l'Arcadia et monta à la chambre sans écouter les protestations de son lieutenant qui savait qu'elle était beaucoup trop en colère pour mener un interrogatoire. Elle entra sans frapper, et trouva le capitaine de l'Arcadia confortablement installé avec deux membres de son équipage pour veiller sur lui.

- Bonjour capitaine, le salua-t-elle faussement joviale.

- Commandant Chambers, la salua-t-il à son tour avec difficulté.

- Vous, vous sentez mieux aujourd'hui ?

- Mieux qu'il y a trois jours.

- Tant mieux ! Il y a tant de choses dont nous devons discuter, Poursuivit-elle sur le même ton.

- Je vous écoute.

- Nous savons qui vous a tiré dessus.

- Qui ? Demanda Harlock en souriant.

- Eliza Zone !

- C'est impossible ! Soutint Harlock horrifié par ce qu'il venait d'entendre.

- Ce n'est pas possible car elle est censée être morte, ou ce n'est pas possible car elle n'a aucun motif pour le faire ? Ricana Ann-Lynn.

Harlock ne répondit pas et elle sortit l'enregistrement numérique de sa poche. Elle le plaça dans le lecteur et observa la réaction d'Harlock. Le rythme cardiaque du capitaine accéléra en voyant que la femme qu'il aimait était en vie. Harlock était tellement soulagé, Ellie était en vie et dès que cette affaire serait réglée ils pourraient se retrouver. Ann-Lynn se méprit sur l'accélération du cœur d'Harlock qu'elle observait sur le moniteur.

- Vous avez raison d'avoir peur car c'est elle qui a tiré.

- C'est impossible! Affirma Harlock. Elle ne sait pas tirer.

- Oh croyez-moi elle tire très bien ! Se moqua Ann-Lynn. Vous ne sauriez pas par hasard pourquoi elle voudrait vous tuer ?

- Non.

- Vraiment ? Ricana Ann-Lynn. C'est bizarre car j'ai trouvé ses raisons très facilement. Elle a appris en revenant sur Amos que ses enfants ont été assassinés et je crois qu'elle n'a pas été longue à faire le lien avec vous et votre fiancée. Surtout si on prend en compte que c'est un pro qui a fait le boulot ! Elle est venue se venger capitaine. Je pense qu'il serait temps de parler.

- Je n'ai pas fait assassiner mes enfants ! S'horrifia Harlock.

- Vos enfants ! Vous les reconnaissez maintenant ! Eructa Ann-Lynn. Un peu tard pour le faire vous ne croyez pas ! Je vais vous coincer capitaine ! Peu importe comment mais je vous aurai !

La porte s'ouvrit avec fracas et le chef Patrick entra.

- Commandant cesser d'harceler la victime et sortez ! Hurla-t-il.

- J'interroge un suspect ! Se révolta-t-elle.

- Je t'ai dit de sortir Ann-Lynn !

- Très bien.

Elle se tourna vers l'appareil de lecture et sortit l'enregistrement. Elle en plaça un autre

- Tenez, pour vous prouver qu'Eliza Zone a des couilles contrairement à vous !

- Chambers ! Hurla le chef scandalisé.

- J'arrive.

Elle lança l'enregistrement d'Ellie face au juge où elle affirmait ne pas savoir qui était le père de ses enfants. Le chef Patrick laissa passer le commandant et referma la porte de la chambre du capitaine en s'excusant. Ann-Lynn, en colère, marchait vite, le chef l'attrapa par le bras et l'emmena dans une chambre vide.

- Tu peux me dire ce qui t'a pris ?

- Cela ne te regarde pas ! Qui t'a prévenu ?

- Mitchell ! Il s'inquiétait pour toi ! On n'a pas idée d'envisager d'interroger quelqu'un en étant dans cet état-là ! Pourquoi as-tu traîné pour me donner le nom du suspect ?

- Je devais connaître son mobile !

- Elle a abattu deux personnes de sang froid ! Je me fous de son mobile ! Elle est dangereuse ! J'ai ordonné de la capturer morte ou vive ! J'ai autorisé les policiers à faire feu si cela s'avérait nécessaire !

- Ne fais pas cela ! C'est une mère désespérée dont on a assassiné les enfants ! Laisse-moi la sauver ! Protesta-t-elle en pleurant.

- Elle ne veut pas être sauvée ! Hurla le chef en sortant.

Ann-Lynn s'écroula en pleurs sur le lit et resta ainsi de longues minutes.

Harlock regarda la vidéo du parjure d'Ellie de bout en bout et son cœur souffrit le martyr en voyant l'humiliation dont elle avait été victime et qu'elle avait acceptée en espérant sauver ses enfants. Les larmes du capitaine se mirent à couler et les deux lieutenants quittèrent la pièce par respect.