Mille excuse pour le délais plus que long, quasi inacceptable pour cette mise à jour de ma fic...mais elle est toujours en route et ne s'achèvera pas tout de suite. J'espère que cela vous plait toujours autant. R&R
Les gardes couraient sans relâche dans les couloirs du château à la poursuite d'un ennemi qui avait réussi à passer les différentes patrouilles sans être inquiété. Ils n'avaient pas eu réellement le temps de voir à quoi ressemblait le fugitif, il savait seulement qu'il s'agissait d'un enfant portant une cape verte recouvrant totalement son corps. Une agitation parcourait la cité, et cela faisait longtemps que Camelot n'en avait connue une semblable .
Morgane allait prendre une gorgée de son gobelet en compagnie de sa servante quand Merlin pénétra dans ses quartiers sans s'annoncer.
- As-tu oublié comment frapper Merlin ? demanda la fille d'Uther irritée de cette entrée impolie.
- Les gardes sont à ses trousses, je ne savais que faire…expliqua-t-il perdu en espérant de tout son cœur qu'elle ne le dénoncerait pas.
Morgane était la seule personne, avec Gaius peut-être, à qui il avait pensé pour cacher le garçon. Même si la situation s'était plus que détendue avec l'arrivée d'Illya, la magie demeurait interdite à Camelot. La jeune femme fixa le garçon et ne put s'empêcher d'être captivée par l'intensité du bleu de ses yeux, réfléchissant à ce qu'elle devait faire devant ce problème. Soudain, le voyant au bord de l'évanouissement, elle se décida, son instinct maternelle ou sa compassion sans limite elle ne saurait dire, prit le dessus.
- Là derrière, indiqua-t-elle en chuchotant alors que des gardes frappaient à grands coups contre sa porte.
Merlin emmena le garçonnet, se cachant derrière un lourd rideau rouge. La fille d'Uther alla ouvrir la porte, tombant nez à nez avec deux gardes.
- Pardonnez-nous Madame, mais nous sommes à la recherche d'un jeune druide et nous pensons qu'il est passé par là.
- Je n'ai vu personne, il n'y a que ma servante et moi ici, répondit-elle avec assurance.
- Fermez-vous jusqu'à ce que nous l'ayons attrapé.
- Bien entendu. Merci.
Les gardes disparurent de son champ de vision, et Morgane ne put retenir un soupir de soulagement. Elle ferma la porte et s'interrogea à voix haute.
- Un Druide ? Depuis quand les Druides sont-ils nos ennemis, dit-elle.
Quand elle fut à hauteur du jeune garçon, elle s'agenouilla et vit alors que la main de Merlin qui le tenait était ensanglantée : il avait été blessé lors de la course poursuite.
- Merlin, tu peux rester ici. Je vais aller voir avec mon père de quoi il en retourne exactement.
Le jeune homme acquiesça et installa un peu mieux le blessé pendant que Morgane disparaissait de ses quartiers. Gwen ne put s'empêcher de penser que cela restait étrange que Morgane appelât le Roi son père, elle ne s'était encore pas faite à l'idée même si l'annonce officielle de cette parenté insoupçonnée avait eu lieu quelques semaines plus tôt.
- Gwen ? demanda Merlin en la voyant plongée dans ses pensées.
- Hum ?
- Ça va ?
- Oui, je n'ai juste pas encore pris l'habitude que Morgane parle du Roi en disant « mon père ». Cela reste, je ne sais pas, bizarre.
- Oui, je sais, même si maintenant nous savons d'où vient son caractère bien trempé…sourit Merlin malgré les circonstances…et je suis content qu'il lui reste une famille. Tu peux me donner un peu d'eau ?
Après quelques minutes de marche, elle trouva enfin Uther occupé à apposer son sceau sur quelques documents officiels en compagnie d'Arthur qui lui apprenait qu'il n'avait toujours pas trouvé le fuyard.
- Faut-il vraiment exécuter cet homme, demanda Arthur.
- C'est indispensable, ceux qui se servent de magie noire ne sauraient être tolérés et tu le sais.
- Mais c'est un Druide, les Druide forment un peuple pacifique et…
- Des habitants de Camelot l'ont vu utiliser la magie noire, Arthur ! répliqua Uther sur un ton plus ferme qu'au début de leur conversation.
Ayant fini son travail sur sa lettre, il apposa la cire et se redressa, dominant ainsi physiquement son fils. Son regard vert s'était fait plus dur, froid et ne tolérerait aucune autre contradiction.
- Père ?
Uther remarqua alors que sa fille venait de faire son entrée dans la même pièce qu'eux et que focalisé sur leur problème, il ne l'avait même pas vue…
- Morgane, l'accueillit-il.
- Puis-je vous parler, Père ?
Comprenant qu'il serait de trop pour cette conversation, Arthur s'éclipsa, les laissant seuls. Elle était sa demi-sœur, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il avait été bien naïf voire aveugle de ne pas le deviner plus tôt, elle ressemblait trop à leur père…bien plus que lui qui était la copie conforme de sa mère. Et depuis que cette parenté avait été mise à jour, Arthur avait remarqué qu'ils s'entendaient bien mieux, n'ayant plus que quelques rares altercations. Leur relation était devenue fusionnelle et le jeune Prince comprenait maintenant pourquoi il passait tout à sa sœur auparavant. Il s'était senti redevable.
- Donc…commença Uther en se tenant debout face à elle. De quoi veux-tu parler ?
- Des fugitifs. Qu'ont-ils fait ?
Uther soupira, évidemment, cela devait être le même sujet que son frère…
- Des habitants de la ville haute les ont vus utiliser la magie noire. Pourquoi ?
- Où est Illya ? ce ne devrait pas être elle qui gère ce genre de problème ? Je croyais que les problèmes liés à la magie retournaient d'elle…
- Où veux-tu en venir Morgane ? Parle, nous avons dépassé le stade des insinuations l'un envers l'autre. Tu crois que je condamnerais à mort des personnes qui ne le méritent pas ? C'est cela ? Tu penses qu'Illya n'est pas au courant et que je gère en douce cette situation ? tu reconnaitras que dans ce cas je n'ai pas été très discret…
Voyant son père piqué au vif, Morgane se rendit compte qu'elle venait probablement d'insinuer quelque chose qui n'était pas le cas.
- Je n'ai pas dit cela, Père, juste que cela faisait fort longtemps qu'une telle alerte n'avait eu lieu à Camelot et encore moins que des gardes parcourent le château à la recherche de magiciens armés.
- Illya est partie interroger le premier fugitif, pour vérifier les dires du dénonciateur et je suis chargé de retrouver le deuxième, expliqua-t-il. Satisfaite ?
Morgane ne put retenir un léger sourire à son explication, se sentant soudaine idiote d'avoir pu penser qu'il retomberait si vite dans ses anciens travers. Son père avait bel et bien été transformé depuis son mariage et elle devrait lui faire un peu plus confiance, le fait qu'il ait officialisé son existence au point de lui permettre de porter son nom devrait être une preuve suffisante de sa bonne volonté. Tout comme le fait qu'il permette de rester ici malgré ses dons.
- Désolée, murmura-t-elle.
- Ce n'est pas la peine, j'ai parfois du mal moi aussi à croire que je suis vraiment en train de me comporter de la sorte, reconnut-il un sourire aux lèvres…mais passons. Tu avais besoin d'autre chose ?
- Oui, en réalité.
….
Uther écarta le lourd rideau et ne put s'empêcher de jurer. Dans la langue de sa femme…
Devant lui, un jeune druide était allongé sur un lit de fortune et le regardait fixement avec ses grands yeux bleus. Il était si jeune et surtout il était la cause de l'agitation de tout le château.
- Comment est-il arrivé là ? s'enquit le Roi en se retournant vers Morgane.
La jeune femme était debout près de lui. Quelques instants plus tôt, elle lui avait demandé de la suivre dans ses quartiers privés sans rien lui dire…pour qu'il découvre par lui-même qu'elle cachait celui que toute la garde recherchait.
Elle resta silencieuse, refusant de mêler Merlin à cette histoire déjà compliquée.
- Peu importe, dit Uther en voyant son regard déterminé à lui cacher la vérité.
S'il y avait une chose et une seule qu'elle avait héritée de lui, c'était son merveilleux caractère malléable et docile…c'était ironique bien sûr.
- Merlin. Vas chercher Illya, tout de suite.
Le jeune garçon disparut en quelques secondes, sentant l'urgence de la situation. Il n'avait pas pensé une seule seconde amener le jeune druide au Roi, les vieilles habitudes étaient tenaces…Parcourant les différents escaliers menant aux geôles, Merlin ne put s'empêcher de penser combien la vie à Camelot avait été chamboulée depuis l'arrivée de cette transfuge d'Anhira. Aujourd'hui Morgane avait été chercher son père pour l'aider à régler ce problème sans déclencher une des colères dont lui seul avait le secret. Non, Uther avait gardé son calme, intégrant avec en certain flegme la situation. Il y a seulement quelques mois, il aurait tué le druide de ses propres mains et auraient condamné Morgane aux fers et Merlin au bucher…
Manquant de tomber dans le dernier escalier, le magicien se rattrapa de justesse au port-flambeau près de lui. Les pierres étaient humides, les quartiers abritant les cellules n'étaient pas réputés pour être les plus accueillants. Il trouva finalement la Reine au son de sa voix dans la seule geôle ayant la porte ouverte. Il approcha lentement.
- Altesse, dit Merlin en baissant légèrement la tête en guise de respect.
La jeune femme se retourna pour voir qui venait de s'adresser à elle, même si les quelques jurons qu'il avait lâchés quelques instants plus tôt pour éviter sa chute l'avait mise sur le chemin.
- Merlin.
Le prisonnier se tenait debout face à la Reine et paraissait calme, loin de représenter une menace.
- Le Roi m'envoie vous chercher. Il veut que vous le rejoigniez dans les quartiers de Morgane.
A cette indication, l'attitude de la Reine changea, elle n'aimait pas quand Morgane arrivait dans la discussion, cela pouvait être de très mauvaises augures comme ne rien vouloir dire du tout.
- Il a insisté pour que vous le retrouviez le plus rapidement possible, ajouta Merlin en voyant que la souveraine ne bougeait pas.
- J'arrive. Cerdan, je suis désolée mais je dois vous garder ici pour l'instant, le temps de régler ces nouveaux problèmes.
- Bien sûr Altesse.
Elle sortit de la cellule, la referma à clés et suivit Merlin pour remonter vers les étages d'habitation.
- Qu'est ce qui se passe avec Morgane ? demanda-t-elle dès qu'ils firent hors de portée d'écoute.
- Je lui ai amené le petit Druide pour le cacher, avoua Merlin mal à l'aise.
- Et Uther l'a découvert ?
- Non, et elle a prévenu Uther pour lui dire…
- Je vois. Pourquoi ne pas être venu me le dire à moi, Merlin ? Tu sais que je sais, dit-elle en appuyant son regard dans le sien.
Il sentit d'un coup la culpabilité monter en lui, il avait fait une erreur en ne venant pas à elle directement. Gaius lui avait dit qu'elle avait sans doute sauvé sa vie quand il avait été empoisonné par Nimueh et qu'elle avait découvert par la même occasion son secret. Alors pourquoi ne pas lui faire confiance ? Parce qu'il avait trop à perdre pour lui confier sa vie aveuglément aussi rapidement, même si elle avait prouvé à maintes reprises que cette confiance ne serait pas volée.
- Quand j'ai vu les gardes lui courir après, des mauvais souvenirs sont remontés et je ne pensais qu'à une seule chose : me cacher de la garde et du Roi. Pour ne pas être condamné au bucher.
Il avait honte de dire cela, mais c'était la vérité.
- Tu sais que cela fait plusieurs mois que les supposés magiciens ne sont plus exécutés de la sorte, Merlin ( il acquiesça). Pourquoi avoir eu peur alors ?
Le couple tourna à gauche, empruntant un nouveau couloir qui les mèneraient tous droit dans les appartements de Morgane.
- Parce que ce sont des Druides, qu'ils ne l'ont pas caché et que quelqu'un les a vus utiliser la magie noire.
- Si tu savais tout cela, pourquoi avoir aidé le petit Druide ?
- Il ne me semblait pas « corrompu ».
Illya leva un sourcil intriguée au qualificatif employé par le serviteur. Elle savait parfaitement pourquoi il venait d'utiliser ce mot et ce qu'il entendait par cela.
- Une intuition ou une certitude ?
- D'abord une intuition, puis en le touchant…
- Tu as su.
- Oui, confirma-t-il.
En cet instant, rien n'aurait pu faire penser qu'il n'était que simple serviteur, la détermination lisible dans ses yeux était claire et nette. Il savait.
- Donc tu penses qu'ils ont été piégés, qu'ils ne sont pas de mauvaises personnes.
Merlin s'arrêta de marcher, d'abord parce qu'ils venaient d'atteindre la porte de Morgane, ensuite parce qu'il voulait répondre à la question de la Reine tant qu'ils étaient encore seuls.
Elle s'était stoppée en même temps que lui, attendant sa réponse.
- Non, c'est ce que je sais.
Et sur ces quelques mots, il s'écarta, laissant la place à sa Reine pour qu'elle pénètre à l'intérieur. Elle laissa un sourire parcourir ses lèvres, et mit une main sur l'épaule de Merlin.
- Et tu as raison, souffla-t-elle avant d'entrer dans la pièce.
Merlin laissa la surprise se voir sur son visage, puis la satisfaction de voir qu'il n'était plus seul dans ce combat contre des ennemis invisibles. La Reine était de son côté.
- Uther. Tu voulais me voir.
Illya avait prononcé ces quelques mots sans réellement voir où était son mari, ni Morgane d'ailleurs. Elle fit quelques pas et les découvrit tous deux debout devant un lit improvisé au sol de la chambre, dans un recoin. Le Roi se retourna en l'entendant approcher, dégageant ainsi la vue. Il ne dit rien et laissa son épouse découvrir par elle-même le petit druide.
- Tu n'as pas l'air surprise, remarqua-t-il presque blasé.
- Merlin m'a expliqué en chemin. Il est blessé ?
- Oui, sur l'abdomen…confirma Morgane en désignant de la main l'endroit précis de la blessure.
Le petit Druide était effrayé, ses yeux si bleus , ne cessaient de passer d'une personne à l'autre, ne sachant ce que le futur allait lui réserver. Illya s'agenouilla près de lui, et écarta les bouts de tissus déjà ensanglantés pour avoir un meilleur aperçu de l'origine du saignement. Elle essaya de le rassurer mentalement, pour qu'il lui fasse confiance.
- Ce n'est pas très grave pour le moment, mais si on ne fait rien, cela peut mettre en danger sa vie. Veux-tu que je le soigne ? demanda-t-elle en se retournant vers son mari.
Uther se tenait toujours debout, bras croisés et observait avec attention le garçon. Il n'avait visiblement encore pas pris de décision.
- Ça dépend. Qu'as-tu appris de l'homme qui fuyait avec lui ?
- Qu'ils se sont faits piégés.
- Ce ne sont pas des Druides ?
- Oh, si, tout ce qu'il y a de plus druidique, confirma Illya en faisant apparaître le triskèle situé sur le torse du petit garçon.
Morgane observa son père se pencher au-dessus d'Illya pour mieux voir le symbole.
- Mais…tenta-t-il connaissant parfaitement la jeune Darakorn maintenant pour savoir qu'elle n'avait pas fini dans ses explications.
- Mais…ils n'étaient pas en train d'utiliser la magie noir, comme tous les Druides, ils sont pacifiques et Cerdan et son fils Mordred ici présent étaient à Camelot uniquement pour se ravitailler en herbes diverses et en nourriture. Ils faisaient fonctionner les commerces du royaume avec tout ce qu'il y a de plus légal. Et c'est là que nos gardes leurs sont tombés dessus sans ménagement.
- Tu es sûre ? insista Uther.
- Affirmative. Je le crois sur parole mais comme je sais que ce n'est pas ton cas, j'ai testé son aura, et elle est pure.
Merlin et Morgane allaient demander la signification de cette remarque, « tester son aura ». Jamais ils n'avaient entendu parler de cela. Et à leur plus grande surprise, Uther ne chercha même pas à connaitre le sens de ce terme puisqu'il semblait avoir parfaitement saisi.
- D'accord. Soigne-le, dit-il en tournant les talons pour sortir de la pièce. Et rejoins moi quand tu auras fini.
Morgane suivit son père des yeux, ne comprenant toujours pas ce qu'il venait de se dérouler sous ses yeux.
- Qu'est ce qui vient de se passer exactement ? demanda-t-elle étonnée.
- Ton père vient de m'autoriser à soigner Mordred. Et de ce fait, il lève les recherches. Ils sont libres.
- Vous avez déduit tout cela de « soigne-le » ?
- Non j'ai déduis tout cela de « d'accord ». Merlin et Gwen, il va falloir de l'eau et de la nourriture pour lui.
Les deux serviteurs acquiescèrent et partirent chercher de quoi nourrir le garçon, laissant Illya et la fille d'Uther seule dans la pièce.
- Approche Morgane. C'est toi qui va le soigner, indiqua la Reine en fixant sa belle-fille.
Peu après, Illya pénétra dans ses quartiers. Elle avait besoin de se changer d'habits mais aussi de parler à Uther. Et elle savait qu'il se trouvait de l'autre côté du couloir de communication, les divers bruits de papiers et de pas prouvant sa présence. Après avoir enfilé des vêtements propres, elle marcha à travers leur séparation et le découvrit assis à son bureau en train de prendre connaissance de divers documents. Son arrivée n'était pas passée inaperçue puisqu'il avait légèrement relevé son regard vers elle pour s'assurer de son identité. Et constatant que c'était bien la seule personne autorisée à rentrer sans prévenir dans ses quartiers de cette façon, il avait reporté instantanément son attention sur sa lecture.
- Un souci ? demanda-t-elle en voyant son front se plisser et ses sourcils se froncer à la lecture d'un parchemin.
- On dirait…
Il tendit le parchemin à sa femme qui venait de s'asseoir en face de lui, de l'autre côté du bureau, et s'adossa plus confortablement à son fauteuil en la regardant lire. Illya s'était quant à elle assise de manière à avoir une jambe repliée sous elle et l'autre posée sur la chaise, et cela le stupéfiait toujours autant de voir qu'elle réussissait l'exploit de tenir assise dans une chaise aussi petite. Elle aimait être confortable quand ils étaient dans leurs quartiers privatifs et Uther ne se lassait pas de la voir se comporter aussi « normalement » en sa présence.
- J'ai demandé à Geoffroy et Gaius de me sortir tout ce qu'on avait sur Maieul, dit-il a bout de quelques secondes de silence.
- L'homme qui a dénoncé les deux Druides ?
- Oui, son nom me disait quelque chose et je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Mais j'ai trouvé. Il faisait parti d'une sorte de confrérie créée il y a plusieurs années pour protéger Camelot de toute incursion magique.
- Une de tes idées lumineuses ? railla Illya en fixant son mari sans retenue.
- Certainement pas, contesta-t-il avec vigueur. Ils essayaient de piéger les gens et dénonçaient une dizaine de personnes par mois. (et avant qu'elle ne puisse rebondir sur son explication, il enchaina). Que je n'ai pas toutes exécutées. Même sans toi, j'essayais tout de même de faire la part des choses.
- Whatever…lança Illya en reportant son attention sur le document entre ses mains.
Le parchemin retraçait minutieusement le parcours du-dit Maieul, et celui-ci n'avait pas chômé. Lui et sa petite « confrérie » avait amené environs soixante dix personnes en six mois. Ce rapport datait d'environs un an, ils s'étaient calmés depuis, sans doute déstabilisés par la présence d'une magicienne reconnue par le Roi au sein de Camelot.
- Pourquoi faisaient-ils cela ? Ils ne gagnaient rien à se comporter de la sorte. Alors pourquoi ? Je veux dire, qu'est ce que cela lui rapportait de dénoncer toutes ces personnes.
- Mon attention.
- Sérieusement ? lâcha Illya en regardant son mari droit dans les yeux incrédule.
- Illya, tu dois comprendre que cela n'a pas été facile toutes ces années et que la lutte contre la magie était ma priorité. Mais parfois des personnes interprétaient mal ce que j'attendais d'eux…
- Et Maieul était l'une de ses personnes ?
- Apparemment. Le groupe comprenait une dizaine de personnes et ils voulaient attirer mon attention sur eux, pour avoir de l'influence et une place à la cour je pense. Et pour ce faire, ils ne reculaient devant rien et pensaient que plus ils m'amèneraient de personnes à condamner, plus mon estime pour eux grandirait.
Uther se mit debout et marcha quelques pas derrière son bureau sous les yeux attentifs de sa femme.
- Et cela marchait ? demanda-t-elle sentant qu'il y avait quelque chose qu'il ne lui disait pas.
- Au début, oui. Je n'en suis pas fier mais ils étaient très efficaces et j'aimais cela. Ce groupe amenait beaucoup de personnes. Et j'ai mis quelques temps à me rendre compte qu'ils utilisaient ma haine pour la magie pour m'atteindre et rentrer dans mes bonnes grâces.
Le ton du Roi s'était fait plus lent et grave, comme s'il avouait quelque chose. Et son changement d'intonation n'était pas passé inaperçu à Illya.
- Je déduis de ta manière d'en parler que quelques personnes ont fait les frais de ce petit manège.
- Oui.
Ce seul mot envoya des frissons dans le dos de la Reine. Ils avaient construit un système pour éviter de se tromper et ainsi permettre aux magiciens une porte de sortie sans passer par le bucher. Mais parfois, Illya oubliait un peu trop facilement que seulement quelques mois auparavant c'était Uther et Uther seul qui décidait des exécutions et qu'il avait la réputation d'être sans pitié.
- Combien ?
- Je ne sais pas exactement.
- Qui t'a fait arrêter de leur faire confiance aveuglément ? demanda Illya intéressée par la réponse.
Uther fit le tour de son bureau et finit par s'asseoir dans le fauteuil jouxtant celui de sa femme. Il attendit quelques secondes avant de lui répondre, car il avait décidé d'être franc avec elle. Et admettre qu'il s'était trompé dans le passé n'était pas une chose facile pour lui.
- Cette personne en a eu assez et un jour elle m'a prouvé que la personne que j'allais condamner n'avait rien fait. Et surtout que ce groupe s'était joué de moi, qu'il voulait juste obtenir mes faveurs et n'avait rien à faire de la sécurité du royaume. C'était Morgane, avoua Uther.
- Of course it was her ! sourit Illya à cette confession. De toutes les personnes gravitant autour de toi, j'aurais misé sur elle…quoiqu'il en soit, poursuivit-elle plus sérieuse, qu'est-il advenu de ce Maieul et de ses sbires ?
- Je les ai jugés et condamnés à la prison, où ils ont croupi pendant plusieurs mois. Et j'ai appris dans les rapports qu'ils avaient été libérés i peine un mois.
- Pourquoi ? demanda Illya curieuse. Pourquoi les as-tu libérés, je ne te savais pas aussi clément.
L'expression du Roi se fit étrange, entre mal à l'aise et amusé. L'intonation de la dernière remarque de sa femme avait été évidemment ironique, et la réponse qu'il allait lui faire allait être elle aussi ironique, dans un sens.
- Lui et son groupe faisait partie des personnes à qui nous avons conjointement décidé de donner une deuxième chance…il est dehors parce que tu es arrivée…
Illya ferma les yeux quelques secondes, intégrant ce qu'il venait de lui dire, et ne put retenir un léger sourire.
- On dirait que nous nous sommes trompés tous les deux alors…
- C'est ce qu'on dirait, confirma Uther en expirant longuement. Je pensais que nous faisions quelque chose de bien pour Camelot, que les gens seraient heureux de cette nouvelle opportunité, de rester en vie pour les magiciens et d'avoir une deuxième chance pour ceux qui avaient mal agi, et nous avons ici la preuve que quelquefois, certains sont irrattrapables.
- Et que d'autres ne te suivront pas sur cette voie de la sagesse. J'ai peur de t'avoir crée encore plus d'ennemis dans ton propre royaume.
A sa grande surprise, Uther posa sa main sur son bras, comme pour appuyer ses paroles.
- Cela n'a rien à voir avec toi, il est fort probable que ces personnes se seraient vengées tôt ou tard de moi, ou pire de Morgane. Ce que nous avons commencé à bâtir ensemble était impensable il y a quelques mois encore, mais nous faisons en sorte que ça fonctionne pour tout le monde. Et si des personnes s'y opposent, alors, il n'y a aucune place pour elles à Camelot, finit Uther en la regardant droit dans les yeux.
En cet instant, Illya ressentit réellement le charisme de son mari, pourquoi il était Roi et surtout pourquoi il avait réussi à fédérer autant de personnes lorsqu'il avait conquis Camelot des décennies plus tôt. Il n'était plus un jeune homme, mais la détermination et l'assurance qu'elle voyait en cet instant lui aurait fait le suivre n'importe où. Et surtout lui faisait le croire. Sans réserve.
Elle avala sa salive doucement, consciente de l'importance de ce qu'il venait de lui dire. Et comprenant qu'elle avait saisi son message, il se recula, retirant sa main de son bras, redevenant le Roi, et plus Uther.
- Bien. Où sont les Druides maintenant ?
- Je les ai installés dans des quartiers près de ceux de Morgane, avec des gardes devant la porte. J'ai pensé que pour le moment, personne ne devait savoir qu'ils avaient été innocentés et que nous devrions faire une annonce publique concernant les circonstances de leur accusation.
- Tu as raison. Je vais préparer un discours et je te le ferai relire quand j'aurais fini.
- D'accord. Je vais tenir Arthur et Morgane informés de cela, indiqua la Reine en se levant. Ils doivent savoir que désormais, en plus des ennemis habituels, nous avons réussi à nous mettre à dos des personnes qui autrefois te soutenait dans ta quête d'éradication de la magie. Et je ferai un saut par les quartiers des Druides, pour qu'ils préviennent toute leur communauté dès qu'ils seront rentrés chez eux.
Illya était presque sortie de ses quartiers quand elle avait terminé sa phrase, guettant du coin de l'œil la réaction de son mari à sa proposition. Mais il se contenta d'acquiescer de la tête, apparemment d'accord avec sa proposition. Ce qui lui arracha un sourire et surtout une satisfaction immense. Aujourd'hui, Uther Pendragon venait de faire un grand pas sur le chemin de sa rédemption et la jeune commençait à entrevoir quel genre d'homme il était réellement.
