Chapitre 21 : Feu !
Le jour se levait sur la presqu'île de Tivoli. Près du Château du Comte de Piper, en bordure de la baie Brunnsviken, un évènement avait rassemblé plusieurs hommes à l'aube. Un duel ! Entre le Comte Adolphe Ludvig Piper et le sous lieutenant des gardes françaises Alain de Soisson.
Etaient présents en ce lieu le deux duellistes, bien évidemment, le témoin du Comte qui était un notable de la ville ; André et Oscar qui était témoin d'Alain et enfin le Sénateur de Fersen qui servait d'arbitre à la rencontre mortelle. Oscar fut étonnée que Fersen ne soit pas présent en un moment aussi délicat. La veille, il devait se rendre à Löfstad pour y voir sa sœur, mais alors que le duel allait commençait, il brillait par son absence. Pourquoi n'était il pas là ?
SENATEUR : Messieurs, nous sommes ici pour régler le différent qui oppose Monsieur le Comte de Piper et Monsieur Alain de Soisson. L'un des participants veut il renoncer à ce duel.
Aucun des deux hommes ne bougea. Alain brillait par son calme. Personne ne pouvait imaginer qu'il risquait dans quelques minutes de perdre la vie. André voulait répliquer, ce n'était pas possible, ils allaient assister au massacre d'un innocent ; mais Oscar le retint en pressant sa main dans la sienne. Elle le regarda sans les yeux avec un signe de dénégation. Il reprit sa place à ses côtés et fixa son regard sur son compagnon, Alain.
A présent, le Sénateur Fersen donnait la marche à suivre. Le duel avait des règles et tout participant devait les respecter.
SENATEUR en traduisant chaque consigne à Alain : « voici deux pistolets ! Vous en prenez chacun un, puis vous vous mettez dos à dos. Je compterais jusqu'à dix, à chaque fois vous ferez un pas de plus pour vous éloigner. Enfin au dixième pas, vous pourrez vous retourner et faire feu. Avez-vous compris ? »
PIPER : « oui »
ALAIN : oui
Le sénateur tendit la boîte où reposaient les pistolets au Comte. Une des règles d'un duel était que celui qui demandait réparation avait le privilège de choisir son arme. Le comte de Piper n'avait pas manqué de noter ce principe : il choisit judicieusement son pistolet. Ensuite, le sénateur présenta la seconde arme à Alain. Une fois les adversaires armés, ils se placèrent dos à dos au centre de la clairière, armes pointées vers le ciel.
« Un », premier pas, « deux », « trois ». Alain n'avait pas besoin qu'on traduise pour lui : il comptait mentalement les pas au fur et à mesure qu'il avançait vers son destin. A chaque étape supplémentaire, la main d'Oscar se resserrait sur celle d'André. Elle ne l'avait pas lâchée depuis le début.
« Quatre », encore un pas ! Puis au loin, Oscar crut entendre les bruits d'un cheval. « Cinq ». Elle détourna le visage de son sous lieutenant. « Six ». Le cavalier s'approcha du groupe en criant. C'était Fersen ! Enfin !
FERSEN en descendant de son cheval : arrêtez !
Fersen courut se placer entre Alain et Piper, faisant face à son père. Oscar, curieuse, libéra la main d'André et l'entraîna près du cheval : une jeune femme accompagnait Fersen. Elle se présenta à la cavalière et l'aida à quitter sa monture.
OSCAR : « bonjour je suis Oscar de Jarjayes, et vous êtes ? »
FEMME : « je m'appelle Rosana »
OSCAR : « enchantée, Mademoiselle »
………….
FERSEN affolé: « Père ! Je vous en supplie ! Arrêtez ce duel ! Ce n'est qu'un complot ! Une fumisterie ! »
SENATEUR choqué par une telle intervention : « Messieurs de Piper et de Soisson, arrêtez vous ! »
PIPER : « mais voyons, on ne stoppe pas un duel ainsi ! »
SENATEUR : « Cessez ! Un duel est une chose grave ! Mon devoir est d'écouter tout élément en rapport à l'affaire ! Soit ! Expliquez vous, Hans »
FERSEN en désignant le coupable : « Père, le Comte de Piper n'est qu'un homme sans scrupule ! Il a abusé de l'innocence de votre fille ainsi que de votre confiance !»
PIPER refusant d'être ainsi démasqué : « Voyons Sénateur Fersen, vous voyez bien que votre fils tente désespérément de sauver son ami du jugement divin ! »
SENATEUR n'acceptant pas l'accusation sans preuve : « Hans, le Comte à raison ! Avez-vous la moindre preuve de ce que vous avancez. »
FERSEN : « oui père, j'ai surpris le Comte de Piper dans une position plus qu'indélicate hier soir »
FERSEN en se tournant vers les deux jeunes femmes : Oscar, veuillez accompagner Mademoiselle jusqu'à nous, je vous prie.
Oscar s'exécuta dans l'instant : elle présenta son bras à la belle courtisane et l'approcha près du Sénateur qui lui présenta ses hommages.
SENATEUR : « eh bien mon enfant, qu'avez-vous à dire »
Rosana croisa le regard noir du Comte de Piper qui lui intimait le silence, elle savait qu'il pouvait se montrer violent par moments. Elle avait peur. Puis elle glissa son regard sur le visage doux et rassurant du jeune Comte de Fersen. Hans était venu lui parler après sa soirée avec le Comte. Il lui avait expliqué qu'un innocent risquait la mort si elle n'intervenait pas. Elle avait longuement hésité, par peur de représailles, puis assurée de la protection du Comte de Fersen, elle avait finalement accepté de l'aider.
ROSANA timidement : « je m'appelle Rosana, je vends mes charmes à tout homme qui le souhaite. Adolphe en fait partie. J'ai passé la soirée d'hier en sa compagnie. »
Piper fulminait ! Cette fille de joie le trahissait, lui son bienfaiteur ! Quelle ingrate ! Ne pouvait elle donc pas se taire ; à cause d'elle, il perdait la face devant le Sénateur de Fersen, perdant par la même occasion la main de sa fille. Sans attendre, il arma son pistolet et fit feu ! Sa cible : Alain ! Ce gueux, ce chien n'aurait jamais Sofia ! Malheureusement pour lui, il manqua son objectif premier ! Horrifié, le comte de Piper vit Hans Axel de Fersen, le fusiller du regard, le visage crispé : le frère de Sofia venait d'être touché.
