Titre :
Seigneur Fercaël
Auteur :
Bun'
Genre :
Grand délire, angst (caché là-bas, au fond),
humour (si, si), ratons-laveurs et littérature (mouais…).
Résumé :
Koblenz et Koblenz vont voir Voldemort. Harry veut lire
tranquillement mais n'y arrive pas, Ginny tente de percer les
mystères de la littérature tchèque (si, si c'est
vrai T.T)
Disclamer :
Quel que soit le monde, ils sont pas à moi. Juste Koblenz.
Citation :
Kafka, Le procès, Gallimard (Chapitre V – Le bourreau
et Chapitre X – La fin)
- paroles du Rafaïl du monde de Dark Harry (là ou est
actuellement White Riri)
- paroles du Rafaïl du monde de White Riri (là ou squatte
actuellement Dark Riri)
Chapitre 21
La bouche en feu
Silences et secrets
Koblenz soupira et se laissa tomber sur une chaise près de son double qui ne semblait pas moins énergique que lui. Ils étaient du genre têtu, mais vient un moment où même l'obstination arrive à ses limites. Et l'un comme l'autre les voyait d'un peu trop près ces limites.
- Qu'est-ce qu'on fait alors ?
- J'sais pas.
- C'est pas une réponse.
- Oui, mais j'ai pas d'idées.
- T'es pas censé être un chercheur, donc trouver des idées ?
- J'suis pas de ce monde.
- C'est l'excuse la plus foireuse que tu puisses me pondre.
- Si on dormait ? On réfléchira demain…
Rafaïl étudia la proposition, fort alléchante. Vraiment alléchante.
- T'as raison. Je prends le lit.
Et avant que son double n'ait pu protester, il quittait la pièce. Rafaïl grogna en s'étendant sur le canapé après avoir jeté un sort de chaleur. Il attrapa sa cape et se couvrit, tout en attrapant un coussin qui avait atterri par terre quelque part lors de leur déprime collective. Quand même, c'était un lit deux places et ils avaient le même corps. C'était complètement stupide de dormir sur ce canapé – et il y avait des chances pour que son dos lui fasse remarquer son idiotie le lendemain. C'est sur cette pensée qu'il s'endormit.
Le lendemain, il fut réveillé par la voix « joyeuse » du crétin qui lui servait de jumeau parallèle. Fermant les yeux, il lui balança le coussin qui était sous sa tête le priant gentiment de la fermer, et que les gens normaux qui avaient passé une nuit sur un canapé fort peu confortable appréciaient le sommeil de temps en temps.
- Arrête de te plaindre, répondit Rafaïl. J'ai demandé aux Elfes un plateau. Tu veux quoi, pudding ou toast ?
- Ta tête ce serait bien.
- T'es cannibale ?
- … Je peux le devenir, si tu me laisses pas DORMIR.
L'autre ricana. Il y eut un blanc durant quelques minutes. Et puis –
- YAAAAAAAAAAAAAAAAAARK !
L'eau gelée qui coulait le long de ses cheveux – sa gorge, sa nuque, ses bras jusque sur le canapé – acheva de le réveiller. Ouvrant brutalement les yeux, il assassina du regard le crétin qui lui avait balancé un broc d'eau froide sur la tête. Même dans ses plus noirs délires, il n'aurait jamais imaginé que ce putain de Mangemort serait du genre à se livrer à ce type d'enfantillages. C'était simple, il allait le tuer, mais avant tout le faire souffrir, lentement, très lentement et avec tout le raffinement dont il était capable.
- Je vais te tuer, espèce d'enfoiré, je te jure que je vais te tuer.
- Pudding ou toast ? fut la réponse.
Découragé, Rafaïl ferma les yeux, se demandant pourquoi la baguette qu'il avait mis à portée de main avait soudainement disparu. Puis il comprit que l'autre allumé n'avait pas perdu toute sa tête et qu'il avait certainement dû lui piquer sa baguette avant de lui balancer de la flotte glaciale sur la figure. Il allait vraiment le tuer.
- Pudding, marmonna-t-il.
L'autre lui mit un bol de pudding entre les mains et s'assit à côté de lui en sirotant sa tasse de café.
- T'en veux ?
- Non. Et si tu me demandes si j'ai bien dormi, je te tue avec ma petite cuillère.
L'autre explosa de rire, et Koblenz se mit à réciter mentalement tous les sorts de torture qu'il connaissait.
oO0°0Oo
Rogue se dirigea directement vers la chambre de son collègue. Rapidement, il enclencha le mécanisme qui ouvrait la salle secrète que le professeur avait créé dans sa chambre. Ca lui rappelait vaguement la caisse magique du faux Maugrey et il était prêt à parier que cela ne signifiait rien de bon. Si comme le disait Lucius ce sort n'était pas à la portée du premier venu et qu'il fallait consulter des tonnes de grimoires pour tomber dessus, Rafaïl Koblenz avaitforcément une raison pour jeter ce sort.
Et comme il n'était pas pour ainsi dire le prototype du gentil Gryffondor, Rogue doutait franchement de ses motivations. Cet homme n'était pas un Mangemort – même s'il ne s'était pas fié à l'avis de Dumbledore, qui s'était révélé plus ou moins inexact au vu des derniers profs de Défense, Voldemort en personne avait confirmé qu'il ne savait rien de cet homme et qu'il voulait des informations. Le Mage Noir était tordu, mais Severus pensait que s'il avait voulu lui cacher cette information, il n'aurait pas demandé au Maître de Potions de se renseigner sur lui. Severus avait d'autres chats à fouetter et le Seigneur des Ténèbres aussi.
Bref.
Koblenz n'était pas un Mangemort. Ce n'était pas un Auror non plus – et il avait l'air d'aimer le Ministère autant qu'un Hippogriffe les insultes. Il n'avait jamais dit un mot sur Voldemort qu'il appelait sobrement le « Lord » ni fait mine d'approuver ou réprouver les actes de Dumbledore.
Il détestait manifestement le côté fantasque de l'homme mais ça ne faisait pas de lui un tueur en séries. Et puis il faisait de la Magie noire aussi. Rogue avait mal à la tête tout d'un coup. Koblenz était quelqu'un d'étrange. Mais il n'était pas l'ennemi public numéro un. Rogue devait juste s'assurer qu'il n'était pas non plus le numéro deux.
oO0°0Oo
L'escalier était en pierre. Les marches étaient si étroites qu'il devait presque poser le pied en biais pour le descendre. Par bonheur l'escalier n'était pas magique, s'il avait bougé, les chances de Severus de rester en équilibre auraient diminué de façon dramatique. Heureusement, cet escalier diabolique n'était pas très long et Severus retrouva très vite le plancher des Veracrasses. L'homme leva sa baguette et jeta un « Lumos » à voix basse, parce que dans une cave, il faisait véritablement noir.
C'était un laboratoire. Severus aurait pu soupirer de dépit. Quoi d'extraordinaire pour un prof de potions d'avoir un laboratoire personnel ? Même en étant prof de défense, Rogue avait gardé son labo et sa réserve personnelle. Ce type était définitivement blanc comme neige. Et il avait dû décider qu'il ne voulait pas faire le trajet de ses quartiers à un labo dissimulé au fin fond des cachots à chaque fois qu'il voulait faire une expérience. Etant majeur et vacciné, Koblenz avait décidé de ne rien dire à Dumbledore. Et merde. Tout ce temps gâché pour rien. Rogue aurait presque préféré découvrir tout attirail de Magie Noire.
Dépité, l'homme inspecta tout de même le plan de travail impeccable. Une pile de feuilles était sagement posée à droite, et plus par curiosité qu'autre chose, Severus s'empara de la première pour la lire. C'était une bibliographie. Génétique et sorcellerie, par Amon Dubar, Recensement des pouvoirs héréditaires 1200 – 1990, par Stallion Vanoff, du bureau des Affaires Familiales, L'inquisition sorcière, ou la Chasse Aux Pouvoirs par Ether Bradley. Et encore des listes et des listes de titres. Il y avait au moins une centaine d'essais répertoriés à la main. De temps en temps, les titres étaient barrés ou leur emplacement était noté à droite, Poudlard, Poudlard, Poudlard, Bibliothèque du Ministère de la Magie, Poudlard.
Koblenz avait l'air de s'intéresser de près aux pouvoirs héréditaires. Rogue tourna les pages, se demandant si la raison se trouvait écrite dans celles-ci. Il aurait dû partir maintenant qu'il avait la certitude que Rafaïl n'était pas là pour détruire le monde ou Poudlard, mais n'importe qui dans la même situation aurait fouiné. Koblenz en premier – ce n'était pas l'homme le plus sympathique que Rogue avait eu le déplaisir de rencontrer. Il était sans doute mal placé pour faire ce genre de réflexions – mais il était assez doué en hypocrisie.
Se levant, il se dirigea vers l'armoire où étaient très certainement gardés les ingrédients de Potions. Après un sort marmonné, il l'ouvrit et ne fut guère surpris de trouver des substances illicites. Pas si blanc que ça.
Ce typefaisait de la Magie Noire lui rappela un coin de son cerveau. Et il y avait là-dedans de quoi faire des poisons foudroyants.
Rogue haussa les épaules, un peu déçu par son exploration. Il remonta les escaliers et sortit des appartements de Rafaïl Koblenz sans un regard à Saevrius qui l'insultait à moitié « si jamais vous revenez sans la permission du professeur Koblenz, je – ».
Il se demandait quand même pourquoi les pouvoirs héréditaires intéressaient tant cet homme. Et pourquoi il se donnait autant de mal – prendre le risque de faire de la Magie noire sous le nez de Dumbledore – pour cacher des travaux au premier abord innocents ? Question à approfondir.
oO0°0Oo
Harry n'aimait pas le dimanche. C'était le jour avant le lundi et personne ne savait jamais quoi faire un dimanche. Le samedi était génial, le dimanche pas terrible. Règle universelle. En général, c'était le dimanche qu'on se tapait les gueules de bois. Remarquez, cela faisait longtemps, à son grand regret, qu'une telle chose ne lui était pas arrivée. Depuis son anniversaire. Les Gryffondor devaient ignorer qu'il existait des alcools supérieurs à quinze degrés. Harry doutait que ces crétins de Weasley, Finnigan et Thomas aient un jour expérimenté autre chose qu'une bière-au-beurre un peu corsée.
- Harry !
- Ginny…
- Bien dormi ? demanda la rouquine avec un grand sourire.
- J'aurai bien dormi deux heures de plus, fut la réponse.
Il y a des gens qui ne comprennent pas comment d'autres peuvent faire pour dormir plus de dix heures. Ginny Weasley faisait partie de ces gens-là. Elle n'aimait pas tellement dormir, et fermait les yeux juste parce que la bonne marche de son corps l'exigeait.
- Tu t'es couché tard ?
- Mouais. Bon bouquin à finir.
Les soirées chez les Gryffondor n'avaient rien de passionnant. Ou alors il était tombé dans un repaire de dépressifs. Cette hypothèse était peu probable, ces crétins paraissaient adorer jouer aux cons jusqu'à tard dans la nuit. Harry ne parvenait pas à saisir ce qui les poussait à jouer aux cartes, faires des batailles d'oreillers jusqu'à tard dans la nuit. La vie chez les Gryffondor, c'était nul. Harry voulait aller squatter la Salle Commune des Serpentards.
- Quel bouquin ? demanda-t-elle, intéressé.
- Kafka.
- Qui ?
- L'auteur s'appelle Kafka.
Un tordu comme il les aimait. Celui-là avait vraiment un grain. Mais Harry ne pouvait que reconnaître le génie de sa plume.
- Je connais pas.
Harry lui mit sous le nez l'exemplaire qu'il avait déniché dans les rayons de la bibliothèque de Poudlard.
- LeProcès. C'est bien ?
- On peut dire ça, répondit Harry avec un petit rire.
- Pourquoi tu aimes ?
Harry sourit.
- Pour les rapports sado-masos entre les personnages, répondit-il avec un sourire charmant. Allons manger, ajouta-t-il sans tenir compte de l'air choqué de la rouquine.
- Sado –
Harry n'avait strictement aucune envie de parler littérature avec elle. Qu'elle trouve un autre sujet de conversation. Expliquer les richesses de l'œuvre de Kafka à un néophyte ne servait à rien. C'était un auteur illisible pour la plupart des gens qui ne parvenait pas à comprendre les délires oniriques de l'auteur.
Harry était fondamentalement paresseux et n'aimait pas se fatiguer inutilement.
- Je meurs de faim, insista-t-il en appuyant sa parole d'un regard trèstrès lourd.
oO0°0Oo
- Tu lis quoi ?
- Pourquoi tout le monde trouve incroyable le fait de lire un livre entre deux cours ? soupira
Harry alors que Draco lui piquait le livre des mains et le feuilletait rapidement.
- Parce que personne n'est habitué à l'idée de voir Harry Potter lire. Méfie-toi ce simple fait pourrait te trahir.
- Il est si débile que ça ?
- T'as pas idée.
- T'es pas objectif.
- Toi qui peux fouiller comme tu veux ses affaires, diras-tu le contraire ?
Harry songea aux livres de Quidditch et au manuel « Comment garder son balai en bon état »
- Même pas un magazine porno, admit-il.
- Que Salazar nous préserve de Saint Potter, ami de l'inculture, fervent partisan des conneries en tout genre.
- …
Draco alla à la fin du livre. Il aimait beaucoup lire les fins avant de commencer un ouvrage. D'aucuns disaient que ça ne servait à rien, mais Draco s'en moquait totalement. Il lisait comme il voulait, et il commençait par la fin s'il avait envie.
« Les yeux mourants, K. vit encore les deux messieurs penchés tout près de son visage qui observaient le dénouement joue contre joue.
« Comme un chien ! » dit-il, et c'était comme si la honte dût lui survivre. »
- Et ben c'est joyeux, commenta Draco.
- C'est Kafka, répondit Harry, comme si ce simple fait expliquait tout. Et puis c'est assez… drôle.
-…
-…
- Il est Russe ? demanda Draco en lui rendant son livre.
- Non, Tchèque.
- Ah. Dis-moi, avec tous les bouquins que nous refilent MacGonagall, Rogue et Koblenz, tu trouves le temps de lire autre chose ?
- On dirait. Tu sais, j'ai lu aucun des livres prescrits.
- Tu n'as lu –
Draco était dégoûté. Il obtenait toujours minimum un E.
- La vie est profondément injuste.
- Et oui. Si ça peut te consoler, Granger travaille comme une malade.
Draco ne se sentait pas consolé. Certes, il ne se foulait pas non plus, le travail de l'étudiant moyen, quoi, qui ne fait que ce qu'on lui demande, et obtenait régulièrement des O. Mais quand même. Ils ne lui tombaient pas dans la bouche comme pour ce foutu Potter. Draco décida de changer de sujet.
- Je te laisse à ton bouquin, marmonna le blond.
Harry releva la tête et fixa le Serpentard.
- J'ai rendez-vous avec Pansy.
- Tu sors avec elle ?
- Non, je joue à la marelle avec elle. Bien sûr que je sors avec elle, crétin. Est-ce que je te demande ce que tu fabriques avec Weasley ?
- C'est pas pareil, je ne sors avec elle que par pur utilitarisme. Pour assurer mes arrières, tu vois.
- Je vois.
- T'es amoureux ?
- Ca va pas la tête ?
- T'es amoureux.
- T'es complètement cinglé, mon pauvre Potter, grogna Draco avant de s'éloigner.
Harry ricana, puis reprit sa place contre le mur. Il se laissa glisser sur le sol pour reprendre là où il s'était arrêté.
« L'un des hommes, qui avait l'air d'être le maître des deux autres, et qu'on apercevait le premier, était vêtu d'une sorte de combinaison de cuir sombre très décolletée qui laissait les bras entièrement nus. Il ne répondit rien. Mais les deux autres crièrent :
« Maître ! nous devons être fouettés parce que tu t'es plaint de nous au juge d'instruction. » »
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Harry quitta le mur qui avait soutenu sa jeunesse alors qu'il lisait pour entrer en cours d'Histoire. Binns planait au dessus de l'estrade, alors que les élèves de sixième année, fort peu motivés par deux heures de flottement cérébral complet s'avachissaient derrière leurs tables. La plupart s'était procurée des Plumes à Papote qui écrivaient à leur place tandis qu'ils vaquaient à d'autres occupations, beaucoup plus enrichissantes – morpions pour les uns, devoirs à terminer pour les autres. D'ordinaire, les professeurs proscrivaient ces Plumes, mais Binns ne savait même pas leur nom.
Harry était déprimé. Il aimait bien parcourir de temps à autre des essais d'histoire. La nouvelle marotte des historiens ne le passionnait pas trop – la magie dans les pays de l'est. Cette histoire de chute de mur les séduisait depuis quelques années et les historiens s'étaient pris de passion pour la magie des pays de l'est de l'Europe.
Son truc à lui, c'était la magie des Anciens. Les sorciers égyptiens faisaient de chouettes trucs, notamment pour protéger les pyramides et les tombes. Mais si Binns n'accordait aucun intérêt à l'engouement actuel pour l'Orient – il ne devait même pas savoir qu'une chose nommée URSS avait un jour lointain, existé – l'Egypte Ancienne ne lui disait rien non plus.
- Nous avons vu lors de notre dernier cours, comment la Révolte des Gobelins de 1642 avait influencé l'organisation économique du dix-septième siècle. Et c'est donc sous l'impulsion de Ralf le Cornu que…
Harry ne prit même pas la peine d'ensorceler une Plume. Binns avait déjà fait deux contrôles, et à chaque fois les questions avaient été les mêmes dans un ordre différent. Il ressortit donc Kafka et reprit sa lecture.
« En repartant, comme il passait devant le cabinet, son obsession le poussa à l'ouvrir, et ce qu'il aperçut alors au lieu de l'obscurité attendue le plongea dans l'affolement. Tout était exactement tel qu'il l'avait trouvé la veille en ouvrant la porte, les vieux imprimés, les encriers, le bourreau avec sa verge, les inspecteurs encore complètement habillés et la bougie sur le rayon. »
Harry releva la tête et posa sa tête sur son bas, à demi replié. Ca commençait à devenir légèrement répétitif. Il referma le livre et se laissa bercer par la voix monocorde de Binns.
- … qui appuya l'action du frère de Erik le Grand, qui se nommait Edward Quatre Doigts – un malheureux incident de chasse lui valut ce nom, incident conté dans une splendide fable de tradition Gobeline rédigée par Ulric le Simple. Je ne crois pas vous avoir déjà cité un peu de littérature Gobeline, la culture ce n'est pas plus mal. Donc cette fable, sobrement intitulée « Varréloth arthsu », ce qui signifierait plus ou moins « Les Quatredoigts », répond aux critères de la poésie Gobeline du dix-septième siècle, poésie tout ce qu'il a de plus classique. Arrelos't tsomrrali mofarrewe errflitat Evardwod , ce qu'on traduit traditionnellement par « Edward partait massacrer allégrement un Arries », créature nuisible, qui comme tout le monde le sait, a disparu depuis deux siècles. Donc pour en revenir à Edward Quatre Doigts, la signature de ce traité fut le premier pas d'une entente entre les Gobelins du Nord et ceux du Sud –
Trente secondes plus tard, Harry s'endormait.
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Ginny avait longuement hésité, mais finit par se planter devant Hermione qui rédigeait un devoir de Potions. Elle ne pouvait pas demander à Ron, celui-ci avait toujours eu un problème avec ses copains, fussent-ils ses amis.
- Hermione ?
La jeune fille lui sourit.
- Oh, salut Ginny.
- Salut, dit Ginny.
Hermione dut sentir son sourire forcé car elle demanda après l'avoir brièvement examiné :
- Est-ce que tout va bien ?
- Euh… oui. Je voulais juste te poser une question.
- Un problème de devoirs ? demanda la copine de son frère.
Ginny secoua la tête.
- Quoi alors ? s'enquit Hermione, nettement plus intéressée.
- C'est à propos de Harry…
Hermione sursauta.
- Il t'a fait quelque chose ?
Ginny rougit mais secoua la tête.
- Non, bien sûr que non. Mais je le trouve… étrange ces jours-ci.
- Etrange ?
- Etrange.
- Je ne vois pas de quoi tu veux parler, marmonna Hermione qui finalement aurait préféré corriger un devoir d'Astronomie ou de Potions.
- Je trouve qu'il a… changé.
Si seulement tu savais…
- A quoi tu penses ?
- Et bien… par exemple… je ne l'avais encore jamais vu plongé dans un bouquin.
- Un bouquin ? répéta Hermione sidérée.
- Kafka.
- Kafka.
- Tu connais ?
- Oui, je connais Kafka, soupira Hermione, qui n'arrivait pas à croire que ce que Ginny
trouvait d'étrange dans l'attitude de Harry était le fait qu'il lise un roman. C'est un très bon auteur.
- Qu'a-t-il de si… particulier ? Il écrit sur des sujets… polémiques, non ?
- Polémiques ?
Ce n'était pas le mot qu'aurait choisi Hermione pour qualifier l'écriture de Kafka. « Tordu » pourquoi pas, « absurde » certainement, mais « polémique » ? Où avait-elle pêché cette idée ?
- Sur des relations… sortant de l'ordinaire… c'est ce qu'a dit Harry.
- Harry a dit quoi ?
- Qu'il appréciait… pour les relations sados masos entre les personnages.
Hermione secoua la tête.
- A mon avis, il plaisantait.
- Ah oui ?
- Je dirai plutôt « absurde » pour qualifier Kafka. Voire « kafkaesque (1) » plutôt. C'était un grand angoissé, ses œuvres sont terrifiantes… et assez drôles à la fois. C'est très étrange, il faut lire pour comprendre. Si tu veux quelque chose de remarquable chez lui, c'est incroyable la justesse de sa vision. Quelques uns de ses romans (2) ne sont pas s'en rappeler des événements historiques qui se sont produits plus tard, après sa mort en 1924.
- Evénements historiques ?
- La Seconde Guerre mondiale, Ginny ! soupira Hermione. Tu sais, quelques millions de morts.
- Oh.
« Oh. » Parfois, Hermione se demandait si le cas de Ginny n'était pas réellement désespéré
- Tu t'intéresses à Kafka pour faire plaisir à Harry ?
- Non je voulais juste savoir.
Et l'Hippogriffe met le feu sous le chaudron…
- Et puis… je sais pas… y a quelque chose de bizarre. C'est pas comme ça que j'imaginais les choses. Parfois, j'ai l'impression qu'il est ailleurs, qu'il pense à autre chose. Il me laisse seule, aussi.
- Ecoute, Ginny…
- Oui ?
- Je… ne le laisse pas te faire du mal.
C'était complètement idiot comme phrase. Mais Hermione n'avait pas pu s'en empêcher. La mettre au courant, la préserver, pour qu'avec un peu de chance, elle ne voit jamais le sourire effrayant de Potter. Ce que Harry aurait pu être.
- Pourquoi m'en ferait-il ? Je suis un peu triste, c'est vrai, mais j'aime vraiment Harry. C'est un garçon bien.
- C'est « surtout » un garçon, tu sais.
Elle ne savait pas quoi dire d'autre. « C'est un meurtrier psychopathe » n'était pas une chose à dire.
- C'est gentil de t'inquiéter pour moi, Hermione.
Hermione aurait aimé pouvoir faire plus, mais elle ne pouvait rien faire. Viendrait le temps où Ginny découvrirait la vérité par elle-même. D'ailleurs…
- Tu en es où avec lui ?
- Aucune idée, soupira la rouquine.
Il n'arrêtait pas de se dérober, de revenir et de reculer. Ginny ne savait plus trop à quoi s'en tenir et cette situation la stressait un peu. Mais Harry avait des problèmes, elle le savait très bien, elle y pensait quand il la plantait sans crier gare, comme tout à l'heure après le petit-déjeuner. Elle lui pardonnait toujours. Il était tellement… Ginny ne pouvait que lui pardonner.
oO0°0Oo
- On a rien à perdre.
- Si je crois précisément le contraire.
- T'as peur de quoi ?
- Visiblement, ce n'est pas ton cas, mais figure-toi que je tiensvaguement à la vie, moi.
- Il ne me tuera pas – donc toi non plus.
- Me voilà rassuré. Et sur quoi bases-tu ton affirmation ? Tu pars du principe qu'il est, un, au courant, deux, qu'il a 'relativement' bien pris cette histoire.
- Si en trois mois ce n'est pas le cas, ça ne le sera jamais.
- On va trouver autre chose.
- Trouve alors. Je n'ai pas d'autres idées, on ne va pas dépoussiérer toutes les bibliothèques d'Angleterre pour trouver quelque chose. A moins que tu n'ais soudainement un trait de génie…
- … non pas cette fois.
- Dans ce cas.
- Pourquoi tu lui as parlé ?
Koblenz haussa les épaules.
- De tous mes doubles – ceux que j'ai rencontré, évidemment – tu es le mieux placé pour comprendre mes motivations.
- Pas cette fois, non.
- Tu te répètes.
- Pas dans le même ordre, et ne change pas de sujet.
Qu'est-ce qu'il disait. Avec quatre-vingts pour cent de temps à se disputer avec lui-même, ils n'avançaient pas vite.
- Moins on en parle, mieux on se porte. Pourquoi, alors ?
- Parce que je savais que son intérêt serait piqué.
- Une protection, hein ? Et à part ça, « non, il ne me tuera pas ».
- Justement. Mes pouvoirs peuvent lui servir. Du moins, c'est ce qu'il pense.
Koblenz baissa la tête, vaincu. Rien n'indiquait que Voldemort puisse les aider en plus.
- Allons-y. Mais nous avons au moins répondu à une question que nous nous posions depuis longtemps.
-…
- De nous deux, tu es le plus cinglé ! grommela-t-il en rabattant le capuchon de sa cape sur sa tête, et jetant un sort d'obscurité pour que son visage soit bien dissimulé.
L'autre éclata de rire, lui tendit la main, et ils transplanèrent ensemble. Ils atterrirent quelques secondes plus tard dans une salle au décor rappelant vaguement le Moyen Âge. Rafaïl examina sans aucune curiosité les tapisseries aux murs. Des chandeliers ensorcelés volaient dans l'air dispensant une clarté amplifiée par un quelconque sort de lumière. Il faisait froid. Rafaïl décida qu'il détestait cet endroit.
- Koblenz.
Son double se tourna vers le Mangemort.
- Nott.
- Qui est-ce ?
- Rien qui ne te concerne. Qu'est-ce que tu fiches ici ?
- La barrière a repéré ta signature magique, j'avais ordre de t'attendre, le Maître t'attend.
Nott jeta un coup d'œil à l'homme qui l'accompagnait.
- Il peut attendre.
- Mêle toi de tes affaires, Nott, crois-moi, c'est un excellent conseil que je te donne.
oO0°0Oo
Draco se laissa tomber près de Harry. Le cours d'Astronomie était terminé. Il n'appréciait pas vraiment cette matière, Sinistra s'entêtait à leur faire apprendre par cœur les constellations, et Draco trouvait cet exercice non seulement fastidieux mais complètement inutile. S'il avait pu, il aurait laissé tomber cette matière, mais elle faisait hélas partie des matières obligatoire comme la défense et l'histoire – seul moyen pour qu'il reste des élèves dans la classe de Binns.
- T'as eu combien ?
- « E ». Ne me dis rien, je sais que tu as eu « O ».
- Nan, E. Je m'y suis pris la veille, c'était bâclé.
-…
-…
- Koblenz revient lundi ?
- Oui. C'est ce qu'il a dit, en tout cas.
- Les Gryffondor sont pas trop traumatisés ?
- Par le fait d'avoir eu Rogue toute une journée ?
- Ca devait être marrant le soir, quand vous avez fait le décompte des points perdus.
- Cent cinquante.
-…
-…
- Granger devait être hystérique, non ?
- Non, pas trop, en fait. MacGonagall a donné pas mal de points. Du coup, on en a perdu que soixante-quinze.
- Que soixante-quinze ?
- Tu sais les points de la coupe Gryffondor je m'en balance. Et je te ferai dire que nous sommes encore devant vous. Et les Serdaigle nous dévancent.
- Exact.
- Comment il va s'y prendre pour t'aider ?
- Qui ?
- Koblenz.
Un sourire énigmatique lui répondit.
- Je crains de ne pouvoir partager ce secret, même avec toi.
Draco n'insista pas.
- Je te laisse, je dois rejoindre Ginny.
Le blond hocha la tête. Harry se leva, lui fit un signe de la main, et s'éloigna d'un pas rapide. Il n'y avait pas pensé jusqu'alors, mais il se demandait pourquoi, alors qu'il pouvait être à deux endroits à la fois, pourquoi il n'avait pas laissé une copie de lui-même enseigner à Poudlard. Cela lui aurait évité des désagréments, notamment de la part de Rogue et de Dumbledore. Comment avait-il justifié son absence ? Réfléchissant, Harry se dit que laisser un double derrière lui pour plusieurs jours et traverser les dimensions devait demander trop d'énergie. Il avait hâte que l'homme revienne.
oO0°0Oo
- Harry, attends !
La voix du frère de Ginny le stoppa dans son élan. Il devait rejoindre Ginny dans le parc. Il n'avait aucune envie d'entendre les jérémiades que ne manquerait pas de lui servir Ron. Evidemment, Hermione Granger était sur ses talons. Les deux mousquetaires, perdus sans le troisième – Harry aimait bien Dumas, aussi. « Harry, ne fais pas de mal aux gens, parce qu'il ne faut pas. » « Notre Harry n'aurait jamais fait ça, lui. Combien de temps encore resteras-tu ici ? » Il pouvait déjà imaginer ce qu'ils allaient dire. Ou son préféré : « si tu fais du mal à Ginny, je te tue. »
Troisième, gagnant.
- Laisse Ginny tranquille.
Ils étaient au milieu d'un couloir. Ou n'importe qui pouvait passer. Harry grogna et les entraîna dans une allée moins fréquentée. Il y aurait moins de chance qu'on surprenne leur dispute.
- Weasley, nous avons déjà parlé de ça, il a été établi que je n'en ferai rien.
- Ca t'amuse ?
- Si tu crois qu'une question pareille va faire appel à mon altruisme et que je vais te répondre « non » tu te trompes. Outre les raisons pratiques, oui, ça m'amuse. Mais ça, comme le reste, je te l'ai déjà dit. Apprends les raisons par cœur, récite-les dans ta tête, comme ça tu n'auras plus besoin de me demander tout le temps pourquoi j'agis comme je le fais.
Le rouquin serra le poing. Harry sortit sa baguette.
- Ne pense même pas à me toucher, Gryffondor. Tu hurleras de douleur bien avant.
Ron frémit, desserra son poing, mais son regard était toujours aussi furieux. Loin d'être impressionné, Harry en était plutôt ennuyé. Il priait pour que Koblenz revienne vite, avec la solution miracle qui le renverrait dans son monde. N'y avait-il pas moyen pour lui de voyager avec un 'passager' ? Sûrement que non, sinon, le prof de Potions l'aurait déjà proposé.
- Je suis fatigué d'être ici, avec vous, grogna Harry, je suis fatigué de ce monde qui suppure de tout ce que j'exècre. Je suis fatigué de vos bonnes intentions. Je suis fatigué de votre courage. Si je pouvais rentrer, ce serait déjà fait, crois-moi. Et si personne n'est mort, c'est uniquement parce que Dumbledore est le directeur de cette école. Sinon, crois-moi, tu aurais très vite compris ce que je considèrevraiment comme un amusement.
- Harry, tu-…
Le brun se retourna, pointant sa baguette, un Endoloris sur le bout des lèvres – la force de l'habitude, l'ancrage des réflexes, dès qu'on le surprenait – ce qui Merlin soit loué, n'arrivait pas souvent. Il tomba nez avec nez avec Ginny Weasley, qui le regardait avec surprise – horreur, consternation. Et il réalisa qu'elle avait sans doute entendu une bonne part de la conversation – comme son envie de décimer Poudlard. Il s'en moquait, mais encore une langue à surveiller. Il n'avait aucune envie que tous les Gryffondor lui tombent dessus.
Ginny rejoignit son frère et Hermione, sans le quitter des yeux.
- Je-je devais rester un peu après la classe. Le professeur… avait des choses à me dire, et je viens juste de sortir… Tu… toutes ces choses que tu as dites… tu ne les pensais pas, hein ? Tu ne-
- Je pensais chacune d'entre elle, Ginny Weasley, grimaça Harry Potter.
Harry jeta un coup d'œil mauvais à la rouquine. Celle-ci sursauta, déglutit, recula. Etait-ce son petit ami ? Etait-ce vraiment Harry ? Ca ne pouvait être que du Polynectar.
Si personne n'est mort, c'est uniquement parce que Dumbledore est le directeur de cette école.
C'était forcément du Polynectar.
- Qui êtes-vous ? Où est Harry ?
Le faux Harry ricana.
- Je suis Harry, sourit-il.
Ginny ouvrit la bouche, jeta un coup d'œil à Ron qui regardait son « ami » ou avec colère et Hermione ne semblait pas rassurée. Elle sentit la jeune fille lui saisir la main, la presser contre la sienne, tandis que Harry se moquait d'eux.
Peur, peur, peur. Son cœur battait à toute allure, et ça n'avait strictement rien avoir avec ce qu'elle ressentait pour Harry. Harry qui la regardait avec un sourire qu'elle ne lui avait jamais vu, Harry qui pointait une baguette sur elle, Harry qui s'approchait à pas de loup, posant une main sur sa joue, puis un doigt sur ses lèvres.
- Ginny… ma petite Ginny… tu as décidément le don de te retrouver au mauvais endroit au mauvais moment. Mets-toi ça dans la tête. Je suis Harry Potter.
Les yeux de Ginny s'écarquillèrent et il posa un rapide baiser sur ses lèvres, déclenchant la colère de son frère.
- Lâche-la !!
Harry ricana et obéit. Il recula d'un pas, sans cesser de la dévisager en silence.
- Vous pouvez tout lui dire si cela vous plaît. Mais assurez-vous qu'elle tienne sa langue.
Puis, il leur tourna le dos et s'éloigna d'un pas tranquille. Ginny sentit quelque chose en elle se briser, tomber dans son estomac. C'était quelque chose lourd comme une pierre. Son cœur battait à toute allure, et ce fut quand Hermione la serra dans ses bras qu'elle réalisa qu'elle pleurait. Et Ron, lui caressant les cheveux, lui expliqua toute l'histoire.
oO0°0Oo
La porte s'ouvrit devant eux. Ils échangèrent un regard, incertain pour l'un, vaguement rassurant pour l'autre, et entrèrent dans la salle d'un même pas.
- Ah Rafaïl… je me demandais quand vous viendriez.
Koblenz écarquilla les yeux, alors qu'un sourire satisfait se dessinait sur les lèvres de son Maître.
- Je vous attendais, ajouta Voldemort.
A suivre…
(1)c'est
le terme anglais. On dit plutôt « kafkaïen »
en français
(2)La
colonie pénitentiaire
