REDEMPTION
CHAPITRE 3 : Tension
Partie V
En criant cette réplique, David avait pointé un doigt inquisiteur sur Andrew, qui tiqua de la paupière en encaissant la cruauté de cette accusation publique. Il tâcha cependant de ne pas montrer que cela l'atteignait profondément, s'efforçant de garder un visage impassible.
Il sentit tomber sur lui les regards effarés du reste de l'équipe. Ces regards emplis de questions, de jugement, d'étonnement. Ces regards qu'il redoutait toujours, qui le hantaient la nuit. Ces regards semblables en tout point à ceux qui lui avaient été servis dix ans plus tôt, à la suite du drame.
Ces regards que même ses propres parents avaient eu à son égard.
Le temps semblait soudain comme ralenti. Son ventre se crispa, sa gorge se noua, et il sentit poindre en lui une sensation de vide. Cette accusation le transperçait, faisait renaître en lui un sentiment de culpabilité qu'il connaissait trop bien. Un sentiment qu'il se trainait, telle une croix, depuis dix ans. Tout le monde avait décidé de le rendre responsable – en partie du moins – de la mort du cadet Moore.
Ce n'était toutefois vrai que dans la version déformée que David avait décidé de servir à tout le monde, et qu'Adam, son père, avait brandi et ébruité, car il fallait bien un coupable pour justifier la douleur de la perte d'un enfant, et Andrew en était un tout trouvé.
Douloureuse trahison de la part de la personne dont il était le plus proche, ami de longue date. Pourtant, il savait que cela était dû à la colère du deuil et d'une propre culpabilité reportée. Car David lui en voulait, mais pour tout autre chose que ce qu'il lui inculpait depuis toutes ces années.
Andrew ferma les yeux une seconde pour ne pas voir l'air satisfait de David – celui de quelqu'un qui avait touché sa cible et se félicitait d'avoir fait mouche – et repoussa de toutes ses forces la sensation de vide. Il lui avait fallut du temps, beaucoup, pour comprendre au fond de lui qu'il n'était pas responsable de ce qu'on lui reprochait, pour se pardonner ce qui s'était passé ce jour-là et pour avancer.
Pour reprendre contenance, il se répéta ce que le psy qu'il avait consulté à Denver lui avait permis d'analyser. La situation était critique le jour du drame et il avait dû prendre une décision. Quelqu'un était mort, certes, mais deux personnes avaient survécu. Il avait pris la décision la plus censée sur l'instant, et il ne devait pas se le reprocher.
Il rouvrit les yeux au moment lorsque la voix d'Assia lui parvint, visiblement sous le choc de la pseudo révélation de David.
- Attendez… quoi ?
- David, tu ne crois pas que tu abuses ! reprocha Lucy à son ami dans un profond soupir.
- Sérieux ! C'est quoi ces histoires ?! s'exclama Rebecca, totalement choquée elle aussi, mais dans le sens explosif du terme.
- I'm so chocking ! surenchérit Stan d'un ton théâtral digne d'une gossip girl de mauvaise série télévisée.
- Andrew, est-ce que c'est vrai ? interrogea Assia en portant sur ce dernier un regard qui le suppliait de démentir cette horrible révélation.
Andrew prit une grande respiration pour retrouver contenance, chasser le vertige, ne plus ressentir ce gouffre sous ses pieds, rester maître de la situation. Il planta son regard dans celui de David et, comprenant que de toute manière ce dernier voulait jouer de manière déloyale pour le blesser, décida de mordre à son tour.
- Il y a toujours plusieurs versions d'une histoire, autant que de personnes qui la vivent, lâcha-t-il après un court instant de réflexion en tournant la tête vers Alexandra afin de la rassurer, car il sentait qu'elle en avait besoin.
- Gnagnagna, le coupa David qui, décidément, semblait décidé à transformer cette histoire en règlement de compte et le rouler dans la boue pour le discréditer aux yeux de tous. Ne sors pas des phrases toutes faîtes de gâteaux chinois pour tenter de te soustraire à tes torts.
- Je ne cherche pas à me soustraire de ma part de torts ! répliqua un peu plus sèchement l'autre en le dévisageant à nouveau, plantant sur lui le regard le plus dur dont il soit capable. Je dis simplement que tu as TA vérité sur ce qui s'est passé, mais que ce n'est pas la mienne. Nous avons vécu différemment cet évènement, chacun avec notre mentalité et notre émotivité et que ce que tu interprètes ou te remémores n'est peut-être simplement pas la vérité brute, telle qu'elle a été.
- Je n'interprète rien du tout ! se renfrogna le noiraud, grinçant des dents en posant sur lui un regard hardant de haine.
- Bien sûr que si ! le stoppa net Andrew avec un mouvement énergique de la main. Tu passes ton temps à le faire, à me rendre unique responsable de la mort de Taylor et de ton malheur par rapport à ce que tu interprètes de ce que j'ai pu penser ce soir-là !
- Ne prononce pas son nom devant moi ! fulmina soudain David serrant un peu plus les poings. Tu n'en as pas le droit.
- Le reste du groupe suivait cet échange animé comme s'il s'agissait d'une partie de tennis, leurs regards se portant de l'un à l'autre, comme pour suivre la balle invisible qu'ils se renvoyait à tour de rôle.
- Et de quel droit me l'interdirais-tu ? Il était aussi mon ami je te rappelle.
- Ferme-la !
- Non, j'en ai marre de me taire. En plus tu sais très bien que j'ai raison, poursuivit Andrew, prenant inconsciemment un air railleur, défiant. Et d'ailleurs, je suis certain que si tu avais l'honnêteté de regarder au fond de toi, tu te rendrais compte que ce qui t'emmerde et te pousse à me détester à ce point, c'est uniquement parce que tu penses que je t'ai privilégié à lui. Parce que ça te rendrait autant responsable que moi !
- FERME-LA ! hurla puissamment David, visiblement au bord de la rupture, ce qui n'annonçait rien de bon.
Tout le monde était conscient à cet instant précis que ça allait mal tourner, l'infographiste compris. Pourtant, même s'il ressentait dans l'air toute l'électricité provoquée par les pulsions de colères que son vis-à-vis portait sur lui, il ne put s'empêcher de poursuivre. Un peu comme si le barrage qui contenait tout ce qu'il avait sur le cœur depuis tant d'année venait de rompre et que le flot des mots s'échappait de sa bouche en un torrent impossible à stopper.
- Tu sais quoi, je trouve qu'au final tu es autant pathétique que moi. Et très franchement, s'il était encore là je me demande ce que Taylor aurait pensé de nous en nous voyant nous détruire ainsi mutuellement, lui qui était si heureux de nous savoir en couple…
Il n'eut pas le temps d'aller plus loin dans sa diatribe, et l'effet qu'il espérait provoquer, le coup de théâtre de la révélation involontaire de sa dernière phrase, fut coupé par l'attaque furieuse et instantanée de David, qui s'était jeté sur lui de rage.
Malgré tout, juste avant que ne succèdent les cris et l'agitation du reste de l'équipe, surpris et choqués par la violence de la réaction de leur ami, la voix de Stan eut le temps de résonner au-dessus du reste, réplique légère et décalée, dite avec satisfaction.
- J'en étais sûr !
L'instant d'après, Andrew tombait à la renverse, emporté par l'élan de son assaillant, qui avait littéralement plongé sur lui, les précipitant tous deux à terre. Le souffle coupé, il heurta le sol et s'y retrouva allongé. Il eut à peine le temps de reprendre ses esprits et de se redresser sur les coudes que David, déjà agenouillé au-dessus de lui, lui assénait un coup de poing au visage.
Andrew entendit nettement le craquement du cartilage de son nez à l'intérieur de son crâne, sentit ses dents s'entrechoquer, puis éprouva une vive douleur. Il poussa un cri qui ressemblait davantage à un grognement tandis qu'un goût de sang emplissait sa bouche. Un second coup l'atteignit par le côté du visage avant qu'il ne puisse se protéger ou riposter.
Son instinct de défense reprit alors le dessus et il se redressa au mieux, attrapant son adversaire par les bras et le poussant de toutes ses forces en roulant sur le côté. David vola, se retrouvant à son tour par terre.
Malgré l'envie furieuse de rendre les coups, provoquée par la douleur et la montée d'adrénaline, Andrew parvint de justesse à se retenir et préféra se remettre debout, imité par l'autre, qui continuait de planter sur lui un regard brouillé de colère.
- Comment oses-tu ?! beugla ce dernier en se préparant à se jeter à nouveau sur lui, prêt à continuer de le rouer de coups.
Heureusement, Lucy, revenue de sa surprise, réagit vite et le ceintura de ses bras par derrière, hurlant elle aussi, mais pour se faire entendre et tenter de l'inciter à se calmer.
- David, arrête tout de suite !
- Lâche-moi ! riposta-t-il en se débattant légèrement.
- Sois raisonnable David, ajouta Rebecca en venant prêter main forte à la rouquine pour le retenir.
Alexandra quant à elle s'était approchée d'Andrew pour voir s'il allait bien et s'il avait besoin d'aide, lui tendant un mouchoir pour éponger son nez qui saignait.
- On peut savoir ce que c'est que ce bordel ?! interrogea subitement Marco d'un ton autoritaire, sortant du dédale des bureaux, marchant droit vers le groupe.
Lui, Peter et Sofia avaient été alertés par les éclats de voix, qui avaient tant pris d'ampleur qu'ils les avaient perçus alors même qu'ils se trouvaient à l'autre bout des locaux dans le bureau de la comptabilité pour les deux hommes, et dans son propre espace pour la PDG.
Sofia, prenant un air pincé et aussi sévère que possible, toisa son équipe d'un regard circonspect avant d'interroger :
- Quelqu'un peut-il me donne une explication sur ce qui est en train de se passer ?
- Difficile à expliquer, se risqua à répondre Alex, qui était la plus réactive.
- Tu veux vraiment savoir, enchaina directement Andrew en posant sur elle un regard appuyé. J'ai essayé de mettre en pratique tes directives, mais visiblement ça ne fonctionne pas.
- La faute à qui ?! riposta immédiatement David, continuant de le fixer avec colère. Qui a débarqué pendant la pause en faisant un scandale rappelle-moi ?
Marco tourna imperceptiblement le regard sur sa compagne. Il n'était pas au courant pour cette histoire de directives et se demandait ce qu'elle avait encore bien pu faire comme erreur de management.
- Peut-être que ce ne serait pas arrivé si tu ne m'avais pas envoyé sur les roses alors que je venais chercher auprès de toi un terrain d'entente pour travailler au mieux, rétorqua Andrew en reportant son attention sur l'autre. Je ne demande rien de plus. Et au lieu de cela, tu m'accuses quasiment de meurtre devant le reste de nos collègues !
Marco se passa une main sur le visage, excédé par ce qu'il venait d'entendre, tandis que Sofia poussait un soupir d'exaspération et que Peter restait neutre et impassible, préférant ne pas s'en mêler.
- Tu sais que c'est totalement de la diffamation et par conséquent une raison de plainte pénale ? interrogea Marco à l'attention de David, laissant un court instant son côté professionnel reprendre le dessus.
Ce dernier lui décocha un regard à la fois choqué et empli de représailles. Bien sûr, l'actionnaire secondaire de l'entreprise espérait bien que ces deux idiots seraient suffisamment malins pour ne pas en arrive là, mais il souhaitait vraiment leur donner un électrochoc pour qu'ils comprennent que leurs querelles devenaient vraiment malsaines et dangereuses.
- Et pour ce qui est de révéler publiquement mon orientation sexuelle sans mon accord, la loi prévoie quoi à ce sujet ? surenchéri David avec hargne.
Marco roula des yeux, Andrew se raidit en se rendant compte de son erreur, Sofia émit un « quoi ?! » sonore en plantant sur lui un regard atterré et Peter chercha à s'éloigner discrètement, ne se sentant plus du tout concerné, estimant que ce n'était pas son affaire.
Il y eut un petit instant de battement qui plana sur le groupe avec la légèreté d'un porte-containers. Si chacun avait bien entendu de manière subliminale lorsqu'Andrew avait annoncé avoir été en couple avec David, tous n'avaient pas assimilé la donnée, ou en tout cas pas de manière frontale.
Alexandra, entre autres, posa sur l'homme qu'elle convoitait un regard soudain attristé. Sa lumière pâlit durant quelques secondes alors qu'elle prenait conscience de cette annonce. Elle ne savait pas, sur le moment et avec le choc de la révélation, si elle était soulagée ou désespérée par cette nouvelle.
- Votre bêtise m'exaspère, souffla Marco en se massant les paupières du bout des doigts, fatigué.
- Pour ma défense, je n'ai pas révélé ton orientation, enchaina Andrew, plus calmement, la tension retombant subitement de son côté.
- Non, t'as juste clamé haut et fort qu'on avait été en couple ! riposta toujours hargneusement le principal concerné. Ça revient au même, abruti ! Je te préviens, je vais porter plainte !
- David, soupira Lucy avec déception face à la réaction de son ami.
Elle-même était un peu chamboulée par cette révélation, car son ami ne lui avait jamais parlé de ce « détail » qui pourtant, selon elle, avait une grande importance dans la compréhension des évènements du passé et changeait beaucoup de chose par rapport à la version que le jeune homme lui en avait servi toutes ces années.
- Ho ça va, ce n'est pas si grave, non plus, intervint Stan sur un ton qui se voulait léger, essayant de détendre la situation. Je suis aussi gay et « out », et pourtant ce n'est pas la fin du monde.
- Tu es la définition même de la fin du monde, se moqua Rebecca en se tournant vers lui avec un grand sourire, se prenant d'instinct au jeu.
Cela eut pour effet de faire pouffer les deux compères et d'arracher un maigre sourire à Alex, mais la tension était encore trop présente pour que cela puisse faire oublier la situation.
- J'estime que je ne t'ai pas lésé en disant cela, dans le cas où cette révélation me concernait tout autant que toi, reprit Andrew avec une lassitude dans la voix. Mais bon, si tu tiens à porter plainte, je t'en prie, vas-y.
- Ne me tente pas, souffla David.
- Bon, ça suffit maintenant vous deux, la plaisanterie a assez duré, tenta d'intervenir Sofia, désireuse d'en finir avec cette situation.
- De toute manière, on sait tous les deux que tu ne le feras jamais, surenchérit malgré lui l'infographiste, encore sous émotionnellement chamboulé et inconsciemment toujours désireux de dire ce qu'il pensait profondément. Tu auras bien trop les foies que ça arrive aux oreilles de ton père si ça va plus loin, et que tu sois alors obligé d'assumer qui tu es vraiment.
David eut un instant de creux, se figeant, la bouche entrouverte, ses épaules retombant car il cessa de se débattre.
- Tu ne crois pas que tu devrais arrêter de passer pour un « Monsieur Parfait » aux yeux de ce type ? renchérit plus doucement Andrew. A presque trente ans, tu ne crois pas que tu devrais vivre pour toi et pas pour faire bonne figure devant un homme qui n'a toujours considéré sa famille que comme une simple vitrine afin de promouvoir sa carrière politique.
La flamme se ralluma dans les yeux de David, et cela n'échappa pas à Marco, qui se tourna vers son cousin.
- Andrew, ça suffit, n'en rajoute pas.
Mais ce dernier n'arrivant vraiment pas à contenir les mots, continua, sous les regard de plus en plus perdus et interrogatifs du reste de l'équipe.
- Un homme qui n'a jamais eut d'affection pour ses enfants, ou seulement comme carotte afin de les garder dans les lignes qu'il leur avait attribué. C'est pour ça que Taylor est parti en vrille, tu le sais. Il en avait marre de jouer selon ses règles trop strictes, et il voulait que tu te réveilles toi aussi, c'est pour ça qu'il a fait toutes ces conneries. Pour attirer ton attention. Mais toi, tu te complaisais, par peur, dans ce schéma, et tu n'as pas réagit avant que ça ne finisse en drame.
- Andrew ! réitéra Marco avec plus d'autorité dans la voix en voyant le poing de David se refermer.
Mais il était déjà trop tard. Le noiraud, profitant que Rebecca et Lucy aient baissé leur garde et desserré leur emprise sur lui, se jeta à nouveau en avant sur Andrew, lui envoyant une droite en direction du visage. Heureusement pour l'autre, il avait plus ou moins anticipé cette fois-ci et se protégea au mieux.
Un second coup le toucha par le côté et raviva la douleur dans le crâne, li arrachant un grognement. Su le coup et par réflexe, il rendit un coup à son adversaire qui, trop enragé, ne l'avait pas vu partir et se le ramassa de plein fouet au niveau de l'œil. Titubant légèrement, David poussa un râle de douleur tandis qu'Andrew se préparait à lui filler un second coup, pris dans le combat lorsque Marco s'interposa entre les deux, bras tendus, tonnant d'une voix impérieuse.
- ÇA SUFFIT MAINTENANT !
Si Andrew, un peu sonné, obéit en ramenant ses bras le long de son corps, David, lui, fit mine de vouloir contourner son patron pour continuer la bagarre. Marco se tourna alors vers lui et l'attrapa par les épaules, serrant juste assez pour le dissuader de faire le malin, plantant un regard dur dans le sien.
- J'ai dit que c'était terminé, David, réitéra-t-il avec fermeté.
Etrangement, cela eut l'effet escompté et le jeune homme s'immobilisa, cessant d'opposer la moindre résistance. Marco avait une aura d'autorité que l'on peinait à contrarier. Ce dernier attendait encore quelques seconde avant de relâcher sa prise afin de s'assurer que c'était bien terminé, puis rendit la liberté à son collaborateur.
- Je vais être obligé de te demander de quitter les locaux le temps d'être calmé, déclara-t-il plus posément. Prends ta journée !
David le fixa droit dans les yeux, l'air contrarié par cet ordre. Son regard fut ensuite attiré par les visages des autres membres de l'équipe, qui le fixaient avec différentes expressions. Se sentant alors très mal à l'aise, il regarda à nouveau Marco, qui l'observait toujours, sans aucune méchanceté mais avec fermeté, une lueur de compassion brillant dans ses iris vertes.
Comprenant qu'il n'était plus en position de discuter, il acquiesça en se pinçant les lèvres, puis se détourna pour partir, tâchant de garder la tête haute et de marcher droit pour conserver un minimum de dignité – question d'orgueil –, tout en s'efforçant en passant à côté de Sofia de ne pas croiser son regard.
Lorsqu'il eut disparu dans le dédale des cloison, Marco se tourna vers Lucy et, sans qu'il ait besoin de parler, elle approuva d'un hochement de tête avant de partir à la suite de son ami. Bien que David soit énervé et doive se calmer, il valait mieux ne pas le laisser seul. Il aurait probablement besoin d'une oreille attentive pour parler de ce qui venait de se passer, libérer son esprit.
Tout en se soupirant et en se disant que s'était un beau bordel, Marco se tourna vers son cousin et s'approcha de lui.
- Comment vas ton nez ?
- Je pense qu'il doit être cassé, répondit Andrew en grimaçant, retirant un instant le mouchoir avec lequel il tamponnait le sang qui en coulait pour montrer les dégâts.
- Effectivement.
- Marco ? fit la voix de Sofia dans son dos.
Fermant les yeux en prenant une grande respiration, il se tourna vers sa compagne, agacé intérieurement de se dire que la scène qui venait de se dérouler lui servirait probablement d'argument choc pour lui dire encore une fois à quel point il avait pris une mauvaise décision à la prochaine dispute sur le sujet.
- Oui ?
Elle s'était approchée et l'observait avec un air étrange, visiblement perturbée par quelque chose. Son air était loin de celui de la victoire, mais plutôt de quelqu'un d'inquiet.
- Qu'est-ce que tu faisais ici ce matin ? interrogea-t-elle d'un ton assez mal assuré. Je croyais que tu avais beaucoup de boulot à ton cabinet ?
Marco comprit en l'observant qu'elle était mal à l'aise. Même si elle cherchait à le dissimuler, il la connaissait suffisamment pour le remarquer.
C'était assez étrange car une partie de lui, en la voyant ainsi fragilisée, lui dictait de la prendre dans ses bras pour la rassurer, mais une autre partie lui criait de ne pas le faire. Après ce qu'il avait découvert un peu avant aux côtés de Peter, il avait de la peine à se trouver en sa présence.
- J'avais quelque chose à voir avec la comptabilité, lâcha-t-il un peu plus froidement qu'il ne l'aurait souhaité.
Un éclat à la fois craintif et intrigué traversa les yeux de sa compagne et elle fronça légèrement les sourcils, demandant :
- A bon ? Et quoi donc ?
Son attitude venait de subitement se muer. Elle s'était redressée d'instinct, et le toisait, la tête bien droite, dans une attitude défensive. Cela lui tira un maigre sourire, car sans avoir besoin de lui poser la question, il savait qu'elle avait quelque chose à se reprocher. Cela le décevait, mais au moins ce serait plus rapide d'aborder le sujet. Mais
Mais pas tout de suite. Pour l'heure, il avait envie de la laisser cogiter et se torturer un peu. Vu ce qu'il avait découvert, elle méritait bien de passer le reste de la journée à se bouffer les sangs.
- On en rediscutera ce soir, coupa-t-il court. Là je pense qu'il vaut mieux amener Andrew à l'hôpital pour son nez. Tu m'excuseras.
Sous le regard médusé de Sofia, il demanda aux employés de bien vouloir essayer de retourner à leur poste et de reprendre le travail s'ils y arrivaient, puis fit signe à son cousin de le suivre et quitta les locaux, la laissant avec un sentiment d'angoisse.
Votre avis sur cette partie ?
A bientôt !
