Bonjour à tous, sachez juste que je lis toutes vos reviews sur mon téléphone, et ce même si elles n'apparaissent pas sur ffnet ! Je n'ai malheureusement pas le temps d'y répondre en ce moment, mais ça va venir, promis !

Et pardonnez-moi pour l'irrégularité de la publication, tantôt le matin, tantôt le soir... Je fais de mon mieux ^^'

Bonne lecture !


20 Décembre - Patin à glace


John était parti faire des courses, ce matin-là (il était impressionnant de voir tout ce qu'était capable d'avaler une gamine de cinq ans en pleine croissance et un détective qui s'ennuyait et qui trouvait le temps long, et pour qui manger représentait presque une activité utilisant ses neurones), et comme il avait voulu éviter la foule qui ne manquerait pas de se presser au magasin (à cinq jours de Noël, le mot foule n'était plus de la théorie, même au simple Tesco), il était parti beaucoup trop tôt pour quelqu'un qui était en vacances. Même Sephy dormait encore, mais elle s'était endormie très tard la veille, incapable de s'assoupir tant que l'adrénaline, due à la neige, qui courait encore dans ses veines ne s'était pas calmée. Il était donc normal qu'elle roupille encore. Sherlock avait trouvé que c'était une excellente raison pour ne pas bouger du lit, rester l'un contre l'autre, et surtout s'envoyer en l'air (il savait de source sûre que Sephy avait le sommeil très lourd, et ne se réveillerait pas pour un peu de bruit, Lestrade et Mycroft en avaient toujours juré. Sherlock et John préféraient ne pas savoir), mais John ne l'avait pas entendu de cette oreille.

Il avait repoussé les mains aguicheuses de Sherlock, et s'était habillé rapidement, quittant l'appartement avec des sacs de courses vides avant que son amant n'ait eu le temps de mettre au point un plan pour le ramener dans le lit. John savait très bien qu'il ne résistait pas aux plans machiavéliques d'un Sherlock ayant envie de gros câlins.

Lorsqu'il revint, Sephy avait fini par émerger, et, le regard encore tout ensommeillé, elle mangeait son petit déjeuner aux côtés de Sherlock, qui testait une solution chimique étonnamment orange en gardant un œil sur la fillette.

- Bonjour Sephy ! lança John, d'excellente humeur. Bonjour, Amour.

Il accompagna son salut d'un baiser sur les lèvres impatientes de Sherlock, qui en auraient volontiers pris plus, mais se contenta en silence de l'effleurement de la bouche de John contre la sienne.

- Regardez ce que j'ai trouvé au Tesco ! annonça le médecin en brandissant un prospectus.

Sherlock daigna vaguement tourner le regard dans sa direction. Sephy, encore endormie, le regarda à peine.

- Votre enthousiasme fait chaud au cœur, persifla-t-il.

Sherlock soupira, lâcha sa solution qui avait viré au vert (John ne cherchait plus à comprendre), et fit un effort monumental pour s'intéresser au papier glacé plein de couleurs vives que tenait John. Sephy, à son tour, fit de son mieux pour redresser sa tête (qui piquait dangereusement en direction du bol de chocolat chaud).

- De quoi s'agit-il, John ? demanda Sherlock.

- Ils ont installé une patinoire géante à Somerset House ! La vendeuse m'a dit qu'hier, à cause de la neige, elle était impraticable, mais qu'aujourd'hui, sa sœur Gloria qui travaille à la billetterie lui a dit que ce serait ouvert ! Mais qu'il n'y aurait presque personne, parce que tout le monde s'imagine qu'à cause de la neige qui reste, ce sera fermé !

La neige n'avait en effet pas vraiment fondu. Les rues étaient redevenues parfaitement noires et praticables à la vitesse habituelle, salée par les bons soins de la ville, et sur les trottoirs, on voyait plus de boue grise que de neige, mais les toits, les rebords de fenêtre et les voitures en stationnement avait toujours une jolie couche de poudreuse, si les enfants qui passaient par là ne l'avaient pas pillé dans une bataille contre leurs copains.

Sherlock n'avait pas tout à fait tout compris, et s'interrogeait sérieusement sur les conversations que John entretenait avec la vendeuse de Tesco (non, il n'était pas jaloux, juste prudent. Mais s'ils en arrivaient à parler de la sœur de celle-ci au point de connaître et de retenir son prénom, c'était que John la connaissait bien et lui faisait régulièrement la conversation. En même temps, c'était mieux que les sempiternelles disputes de John avec les caisses automatiques. Mais quand même. Sherlock se fit la note mentale d'accompagner John une fois ou deux. Le jour où ils devraient racheter du lubrifiant. Et un jour où John ne porterait pas grand-chose, genre juste un T-Shirt, qu'il puisse poser sa main sur sa peau nue en signe de possessivité. Non, il n'était pas jaloux. Pas du tout). Sephy, quant à elle, fit une moue perplexe.

- Mouais... grommela-t-elle.

L'idée n'avait pas l'air de l'enchanter plus que ça. Sherlock était on ne peut plus d'accord. Sauf que John dégaina soudain l'argument ultime :

- Mais enfin Sephy, tes deux héroïnes princesses, elles font bien du patin à la fin, non ? Tu ne voudrais pas savoir en faire, toi aussi ? On peut même te faire la coiffure de l'autre là, Anna ?

Jeu, set et match. John avait gagné. Sherlock avait perdu. Avec Sephy de son côté, surtout avec l'air émerveillé de la gamine qui s'étalait désormais sur son visage, John savait qu'il était en très bonne position pour décider du programme de la journée. Et que Sherlock devrait s'y plier.

- Sans moi, marmonna-t-il néanmoins, l'œil rivé sur sa solution devenue rouge (elle aurait dû être violette, c'était inquiétant).

Il ne perdait rien à essayer de se défiler.

- C'est non négociable, annonça John joyeusement.

- J'ai une enquête ? essaya Sherlock.

Le sourcil levé de John, parfaitement moqueur et au courant des enquêtes de Sherlock, parlait pour lui.

- J'ai une expérience que je ne peux pas du tout arrêter ? tenta-t-il.

Cette fois le regard de John tomba sur la solution qui virait doucement au rose. Obtenir les teintes de l'arc-en-ciel ne paraissait pas franchement être une priorité.

- Lestrade risque d'appeler ? poursuivit-il sa liste d'excuses.

Sephy pouffa, et John l'appuya d'un sourire.

- Je ne sais pas patiner, grommela-t-il, vaincu.

John explosa de rire.

- Tu sais tout faire, Sherlock, dit-il une fois son hilarité retombée, constatant que son amant ne plaisantait pas.

- Ben non, pas ça.

- Je ne pensais pas t'entendre reconnaître un jour que tu ne sais pas faire quelque chose. Mais ce n'est pas grave, je vais vous apprendre, toi non plus tu ne sais pas faire, hein Sephy ?

La fillette acquiesça. Sherlock comprit qu'il n'y couperait pas. Il soupira profondément et regarda de nouveau son tube à essai. Le liquide avait désormais une magnifique couleur indigo. Il soupira derechef. Son expérience était fichue.


Ils se retrouvèrent donc, en début d'après-midi, à l'entrée de la piscine de Somerset House, à débourser les 7.50£ par personne que coûtait l'entrée, en constatant que la sœur de la caissière du Tesco avait eu raison : il n'y avait pas grand monde sur la piste. Sherlock traînait des pieds, et Sephy sautillait. Elle avait deux tresses de chaque côté de la tête, et arborait un bonnet, des gants et une écharpe violette, vaguement de la même couleur que la cape de son héroïne du jour. John avait pris son écharpe verte, et par pur esprit de contestation, Sherlock avait refusé la rouge en laine chaude que lui tendait son amant, préférant celle en soie bleue habituelle. On avait pris leurs chaussures, demandé leur pointure, et leur avait donné en échange trois paires de patins à glace noirs, qu'ils avaient chaussé. Ils étaient donc maintenant tous les trois parfaitement ridicules, instables, marchaient comme des canards, et s'apprêtaient à monter sur la glace.

John fut le premier à s'élancer, et resta étonnamment stable, sans la moindre crainte. Sherlock, secrètement, l'admira. Comment un homme qui avait passé la majeure partie de sa vie d'adulte, avant de rencontrer le détective, sous le soleil d'Afghanistan pouvait savoir patiner ?

Galamment, le médecin tendit la main à son amant pour le faire monter sur la glace à son tour, et à sa grande surprise, Sherlock parvint à rester stable et debout sur ses deux jambes. Ce n'était pas si compliqué, finalement. Après tout, peut-être que ça pourrait être intéressant. Surtout avec l'effet de son manteau long. Il se fit une note mentale de tester les réactions physiques de John à la vision, et de revenir seul avec son amant si le test était concluant. Sherlock était un scientifique et un chercheur né : il était toujours en quête de nouvelles choses susceptibles de plaire physiquement à son amant.

John l'amena un peu plus loin sur la piste, de sorte qu'il ne pouvait plus se tenir au bord, et qu'il ne pouvait plus bouger parce qu'il ne savait pas faire, sans soutien. Et son compagnon en profita pour lui murmurer à l'oreille :

- Je draguais des filles à la patinoire quand j'avais dix-sept ans, pour répondre à ta question muette.

Et s'esquiva aussitôt, laissait Sherlock furieux, jaloux, et parfaitement incapable de faire le moindre mouvement au milieu de la glace.

Le médecin, l'air goguenard, récupéra ensuite Sephy, plantée au bord, les jambes flageolantes, agrippée au bord comme si sa vie en dépendait. Et au lieu de l'aider à rejoindre Sherlock, il se mit naturellement à patiner à l'envers, faisant avancer la petite fille ainsi, dans le sens des aiguilles d'une montre. S'éloignant du détective, un sourire taquin aux lèvres.

Sephy, concentrée pour ne pas tomber (et découvrant que non, ce n'était pas aussi simple que dans La Reine des Neiges), ne remarqua absolument pas qu'ils laissaient de côté son parrain. Pas plus qu'elle ne remarqua l'enfant et sa mère qui fonçaient sur elle. L'instant d'après, elle était sur les fesses, sur la glace, et avait entraîné dans sa chute le garçonnet qui l'avait fait tomber, ainsi que la mère de celui-ci. John n'hésita qu'une fraction de seconde avant de lancer une œillade moqueuse à Sherlock, planté à plusieurs mètres de là, et de se laisser tomber lui aussi. Dans la confusion de la chute et des bras et des jambes emmêlés, personne ne réalisa que John était tombé avec un temps de retard.

Sherlock, en revanche, vit clairement son amant tomber volontairement, puis rire et discuter avec la jeune femme blonde qui étaient à terre avec eux. Il se relevait déjà et lui offrait sa main. Elle riait et minaudait. Sherlock ne savait pas patiner, c'était un fait. Par contre, il était un génie, il savait danser, et il était jaloux. Il n'y avait aucune raison pour qu'il ne parvienne pas à patiner dans les cinq prochaines secondes.

Il analysa à une vitesse record les patineurs autour de lui, repérant rapidement les bons mouvements à faire, fit quelques calculs d'aérodynamiques dans sa tête, et le sang pulsant dans sa veine, étouffé de colère, se jeta dans la bataille sans hésitation.

John du coin de l'œil, vit son amant fondre sur lui, dans une grâce irréelle qui fit se tordre son estomac. Dieu que Sherlock pouvait être beau, dans le pâle soleil d'hiver, avec sa peau d'ivoire, ses cheveux qui fouettaient son visage et son manteau voletant autour de lui.

Le détective arriva sur eux juste après que tout le monde se soit relevé, et il s'arrêta dans un mouvement parfaitement incontrôlé (mais néanmoins gracieux), attrapant la taille de John contre lui, un air de possessivité peint sur le visage et ses yeux lançant des éclairs. La mère et son fils, ressentant l'animosité du nouvel arrivant, ne se firent pas prier pour décamper, et John et Sephy éclatèrent de rire.

- Tu es magnifique, quand tu es jaloux, lui chuchota John. Tu vois que tu sais patiner ! C'est très instinctif en fait ! Allez viens, prends une main de Sephy, on va lui apprendre !

La fillette eut un immense sourire et tendit sa main gauche à son parrain, offrant la droite à John. Sherlock patinait mal, mais il avançait désormais sans tomber (bien incapable cependant d'imiter John quand il patinait en arrière), et cahin-caha, ils parvinrent à avancer, expliquer à Sephy comment faire les mouvements, et comment avancer seule.

Aussi têtue que ses pères, la fillette s'acharna, tomba, réessaya, re-tomba, essaya encore, se retint de justesse au bord pour ne pas tomber, lâcha la rambarde, parvint à avancer seule, eut un immense sourire de fierté, et rechuta lourdement à cause d'un ado qui passa à toute vitesse près d'elle sans faire attention (Sherlock se chargea de remettre la fillette sur ses lames, tandis que John rattrapa l'impudent, et prit sur lui de lui expliquer ce qu'il venait de faire, avec des mot simples et sans la moindre menace, ou presque. Sherlock n'avait jamais vu quelqu'un devenir blanc aussi vite, avant de quitter la patinoire sans un regard en arrière. Le détective exsudait de fierté. Il aimait son John en mode soldat).


Trois heures plus tard, Sephy tout comme Sherlock se déplaçait normalement, glissant sur la piste avec une joie évidente, John décréta qu'ils avaient tous mérité un goûter, et qu'il était temps de rentrer.

- Je peux avoir des crêpes ? demanda l'enfant avec un sourire enjôleur.

John, si faible avec les grands yeux bleus faussement pétillants de la fillette, accepta aussitôt, tandis que Sherlock levait les yeux au ciel. Il faudrait qu'il travaille sur la technique de Sephy, parce qu'elle avait de bien meilleurs résultats que lui, c'était agaçant.

- Promis ! jura-t-il en l'aidant à sortir de la piste.

Ils croisèrent alors la mère de famille qu'ils avaient bousculés au début, et Sherlock se rapprocha instinctivement de son amant. Mais elle leur sourit gentiment, les félicita.

- Vous avez une très jolie petite famille. Je suis fière de votre exemple pour mon fils. Passez de joyeuses fêtes de fin d'année !

Elle s'éloigna sans voir le trouble qu'elle laissait derrière elle. John préféra détourner les yeux. Et ne vit pas l'air de souffrance peint sur le visage de Sherlock. Ils préfèrent tous deux faire semblant de rien, pour le reste de la journée. C'était leur jeu préféré, après tout.


Prochain chapitre - 21/12 - Ciel étoilé