CHAPITRE 21

Bien que ni Irvine ni Seifer ne crurent Ellone, ils relâchèrent leur garde sur un signe convenu pour la mettre en confiance et essayer d'en savoir plus. Elle souriait toujours, semblant ne pas remarquer leur méfiance. Un étranger à la scène eut tout de suite repéré que les deux partis cherchaient à se placer dans des intérêts convergents: tandis que les deux SeeDs se rapprochaient de la machine dans un objectif de contrôle et d'observation, Ellone les laissait faire. En effet, il serait ainsi plus simple pour elle de les faire s'asseoir dans le fauteuil et alors de récupérer leurs magies.

C'est pas normal… Trop facile… On dirait qu'elle veut nous attirer dans ce coin et ON EST EN TRAIN DE SE FAIRE AVOIR COMME DES BLEUS ! Seifer voulut faire demi-tour pour la cerner, impossible, il était immobilisé par un stop.

Bien vu Seifer, tu as compris. Dommage pour toi, tu as compris un peu trop tard. Seifer était désormais inoffensif. Près de la machine, Irvine resta sans réagir, complètement dépassé. Depuis quand Ellone était-elle devenue capable d'utiliser de la magie ? Avant qu'il n'ait pu poser la question suivante, à savoir, depuis quand était-elle devenue méchante ? Irvine se retrouva impuissant, victime d'un aphasie. Irvine… Fais-moi plaisir et aide-moi. Assieds-toi dans ce fauteuil. Tu ne sentiras rien …

Irvine, ne l'écoute pas et libère-moi !

Impossible, elle m'a jeté un aphasie !

Sers-toi d'Ondine et de la capacité traitement alors !

J'ai pas Ondine, tu m'as demandé de la laisser à la B.G.U. Tu te souviens ? "on ne s'encombre pas de choses inutiles"

Il ne sait pas obéir quand on lui ordonne d'éteindre un téléphone et il ne pose pas de question quand on lui demande de désassocier sa G-Force attitrée… Excédé, Seifer exigea alors un défigeur.

Ben, j'en ai pas non plus... C'est Zell qui est chargé des objets… Le cow-boy avait maintenant perdu son ton moqueur. La situation était vraiment mauvaise, il ne lui restait plus qu'une chose à faire: attaquer. Et il ne pouvait s'y résoudre. Je ne peux pas frapper Ellone ! Elle n'est pas armée, et puis, elle fait partie du groupe, c'est un peu notre grande sœur… Qu'est-ce qui lui arrive ? … Ellone … Mais si je la laisse faire, elle prendra des forces et on perdra le contrôle de la situation… Comme à Deling quand j'ai hésité à tirer sur Edéa, à cause de moi. Cette fois, je dois faire mon boulot et la stopper..

La jeune fille eut moins de scrupules et profita des hésitations de son petit frère pour poursuivre. A l'aide d'un décubitus, elle le fit asseoir dans le fauteuil. Une fois installé, elle le paralysa d'un stop et s'approcha de la console. En rage mais impuissant, Seifer regarda le rayon formé par la mise en marche de la machine. Il observa malgré lui fasciné les particules magiques émaner d'Irvine pour se faire absorber non pas par la machine mais par Ellone elle-même. Sous la violence de l'expérience qui aspirait littéralement ses forces, Irvine sombra dans l'inconscience. Le sourire qu'affichait Ellone se fit alors satisfait puis franchement malsain. Elle dévisagea Seifer et s'amusa de la crainte et du dégoût qu'elle trouva dans ses yeux habituellement si fiers. Finalement, le rayon s'affaiblit et disparut.

Tu vois, Seifer, tu n'as rien à craindre, c'est parfaitement indolore. Ne t'inquiète pas pour lui, il est simplement évanoui. A ton tour maintenant !

Elle va devoir me libérer pour m'emmener là-bas… Ca ne durera qu'un instant, il faut que je me tienne prêt à agir, je n'aurai pas de deuxième chance

Laissons Irvine se reposer, je peux très bien prendre tes pouvoirs à distance. Et puis, tu es figé, alors tu ne risques pas de te blesser en tombant inconscient.

Que veux-tu au juste ? Si tes intentions sont si bien fondées que ça, pourquoi t'as rien dit ? La magie est dangereuse. Sa puissance est envoûtante, tu vas te perdre Ellone. Arrête-ça avant qu'il ne soit trop tard.

Tu es mal placé pour me faire la morale, non ? Je ne veux pas détruire le monde, moi.

Tu n'as pas besoin de le vouloir. Ricana-t-il. La magie s'en chargera pour toi.

SILENCE ! J'en ai assez entendu. Elle se tut elle-même un instant et reprit de sa voix habituelle. Inutile de chercher à gagner du temps Seifer…Laisse-moi faire… Je n'ai rien contre toi ou qui que ce soit, je ne veux que la vérité.

Sur ce, elle ralluma la machine. Seifer vit le rayon venir à lui et dans un réflexe ferma les yeux pour s'en protéger. Idiot ! Ce n'est que de la lumière… Il les rouvrit et plongea son regard dans celui d'Ellone avec résolution. L'expérience n'était pas douloureuse, elle avait raison. Mais elle lui laissait une troublante impression de dédoublement. Comme si ses cellules se divisaient, perdant unes à unes la part de magie qu'elles contenaient. Il se refusait à faiblir, pourtant, il savait qu'il ne pourrait résister à la sensation qui l'envahissait peu à peu: il était persuadé de se transformer en nuage. Un bruit dans les couloirs lui redonna espoir.

Zell ! Y'a qu'lui pour trottiner comme ça ! Il pensa ensuite, assez mal à propos Eh ! Mais qu'est ce qu'il fout là ?

Ellone arrêta brutalement le transfert en l'entendant elle aussi. Si elle n'avait pas changé, Seifer eut juré avoir lu de la peur dans ses yeux. Ca ne dura cependant qu'un instant. Elle s'effaça rapidement et disparut non sans lui avoir auparavant dit au revoir d'un ton indéchiffrable.

A Trabia, Selphie, Delna et Max passaient une excellente soirée. Il faut dire que l'objectif exact de leur mission, et surtout son importance leur échappait un peu. Pour eux, il suffisait d'invoquer Ifrit, le faire attaquer une source vide pour qu'elle soit aussitôt régénérée, tout simplement. C'était l'affaire d'une journée tout au plus. Avec un véhicule ils auraient vite fait de quadriller la zone. Il n'y aurait alors plus qu'à éliminer les monstres affectés ou évolués.

Ils furent soudainement interrompus dans leur partie de Triple Triad par l'alerte de la serre de combat. Sans hésiter, les trois SeeDs laissèrent leurs cartes et se ruèrent dans les couloirs vérifiant au passage leurs associations. La serre de combat de Trabia fonctionnait selon le même principe que celle de Balamb à la différence près que les monstres étaient adaptés au climat et à la faune locale. On y trouvait ainsi, au lieu des orchidas et des T-Rex, des licornes et des satyrux. Ce soir, ces derniers semblaient pris d'une furie collective et attaquaient, avec une force jusque-là jamais rencontrée, quiconque entrait.

Les instructeurs avaient fait évacuer les lieux et bloquer l'entrée. Cependant, cette réaction avait apparemment rendu les monstres encore plus furieux. Toutes les personnes présentes se tournèrent vers Selphie dès qu'ils la virent arriver. La brunette resta un instant désorientée ne sachant quel ordre donner pour remédier au problème. Elle eut une rapide pensée pour Squall dont elle aurait apprécié la présence: lui aurait su quoi faire. Elle décida de suivre son exemple et commença sur un ton sérieux qu'elle employait rarement:

Les choses sont simples, je veux cinq équipes: trois à ma gauche, deux avec la mienne. On avance et on écrase tout monstre dangereusement évolué. Le problème devrait être réglé au point de contact. Ce n'est pas chronométré alors pas de précipitation, assurez vos arrières. Tout blessé fait immédiatement demi-tour et est remplacé. Pas de risques inutiles. Des questions ? Non, alors en avant, la chasse au satyrux est ouverte ! Ah oui, dernière remarque: leur force vient d'une déficience magique, profitez-en ! Sitôt les ordres distribués, son naturel revint au galop et elle s'élança avec un "Booyaka !" retentissant.

La foule d'élèves se maintint devant les lourdes portes quelques minutes encore après que les équipes soient entrées. Un instructeur dispersa les curieux et monta à l'étage faire son rapport au proviseur. Une fois mis au courant celui-ci appela son homologue balambien.

Nida? Ici Trabia. Le proviseur est dans le coin ?

Squall ? Non, il est en mission mais Shu est là, elle le remplace en son absence. Je vous la passe ?

S'il te plaît.

Intriguée, Shu prit le combiné des mains de son collègue.

Allô ? Ici Shu. En quoi puis-je vous aider ?

Le commandant en chef Leonhart nous a demandé de le tenir au courant en cas de souci. Eh bien, on a un gros problème! Les monstres sont déchaînés ici !!! On est en train de purger les nôtres, ceux de la serre de combat, pour éviter qu'ils ne s'échappent. Mais on ne pourra pas purger toute la région ! Encore heureux que les habitants soient rares dans ces montagnes.

La situation est sous-contrôle ?

Pour le moment oui, mais on ne sait toujours pas d'où viennent ces changements…

Une équipe y travaille. On ne va pas tarder à savoir. Rappelez-nous dès que vous aurez du nouveau.

Sans problème. Bonne chance dans vos recherches !

Merci.

Elle raccrocha en soupirant.

"Bonne chance"… Je ne suis pas sûre que ce soit ce dont on ait besoin… Mais je sens qu'on va avoir besoin de courage. Les ennuis approchent… … Je l'ai mis où le numéro de Squall ? Elle chercha dans les dossiers étalés sur le bureau et retrouva la page où elle avait griffonné le nom de l'hôtel où il était descendu ainsi que le numéro de sa chambre. Elle reprit le combiné et appela, sans résultat. Elle essaya alors son numéro personnel: occupé.

Une heure de marche silencieuse ou presque dans les rues de Deling n'avait rien changé au problème. Squall avait toujours la tête aussi embrumée, il cherchait désespérément une solution et n'en trouvait aucune. Pourtant, au fond de lui il savait déjà ce qu'il répondrait: et c'était ça son vrai problème. Il savait qu'il ne cèderait pas et qu'il confirmerait donc la condamnation d'Edéa, la seule figure affective ayant jamais traversé sa vie, hormis Linoa, … évidemment. Il avait l'impression d'être un bourreau et se sentait impuissant, comme à chaque fois qu'il n'avait pas le choix. Heureusement il n'était plus seul, Linoa était là. Penser à elle fit naître un léger sourire sur ses lèvres, sourire que la brune ne manqua pas. Elle saisit l'occasion de se rapprocher encore un peu plus de lui pour lui montrer son soutien. Il s'arrêta et se tourna vers elle. Il prit gentiment son visage entre ses mains et en retraça les lignes.

Désolé, ça fait une heure déjà qu'on marche. Pas trop fatiguée ? Je t'avais promis un dîner, pas une randonnée…

Je vais bien t'inquiète pas. Tu te sens mieux ?

A peine. Répondit-il avec honnêteté. On a perdu. Les conditions sont inacceptables et ton père le sait. Il ne négociera rien et on a rien à proposer, aucun moyen de pression... On ne va pas pouvoir éviter le conflit. La victoire ne posera pas de problème mais on n'aura pas réussi à sauver Edéa… J'ai échoué.

Ne dis pas ça. Elle ne t'a rien demandé et ne t'en voudra pas. Elle serait même plutôt déçu de te voir céder et trahir tes valeurs. Faire passer ses sentiments avant son devoir, ce ne serait pas digne du grand Squall Leonhart, commandant en chef de l'élite militaire, le SeeD !

Très drôle…

Non, je suis sincère, Squall.

Il réfléchit un instant à ses derniers mots et décida de laisser les problèmes attendre jusqu'au lendemain. Ils se remirent à marcher main dans la main, décidés à profiter malgré tout de la soirée qui s'offrait. C'était sans compter sur le reste du monde qui se rappela à eux quand le téléphone de Squall sonna. Il fronça les sourcils en voyant apparaître le nom. Seifer. A cette heure ?