Chapitre 21
Branle-bas de combat.
- Regarde Kaya j'ai réussi !
Réussi… tout était relatif. La flèche de Kiyo s'était plantée quelques mètres plus loin, dans le sol. Il est vrai que c'était la première fois qu'elle parvenait à tirer correctement sans se faire mal, au choix, aux mains, aux bras ou au visage.
Yuriy, quand à lui, s'entraînait au sabre avec son cousin. Sango, craignant qu'ils ne se blessent, leur avait donné des épées de bois. Lorsqu'elle était enfant, c'était avec ce genre d'armes qu'elle avait appris le maniement du sabre. Les deux petits garçons étant autant inexpérimenté l'un que l'autre, le combat était ponctué d'éclats de rire et ressemblait davantage à une chorégraphie mal répétée qu'à un véritable combat. Ils se faisaient des signes pour attaquer, de manière à ce que l'un recule lorsque l'autre avance, etc… Ils considéraient que le simple fait de coordonner un minimum leurs mouvements étaient plus important que les positions de combat.
Avant de partir, Tôtôsai avait « prêté » à Kaya un arc à sa taille – Sango savait donc que l'un des multiples sacs du vieux forgeron contenait des armes en tout genre – pour qu'elle puisse s'entraîner avec sa cousine. Il prétendait qu'il le récupèrerait lorsqu'il reviendrait avec les armes des deux enfants de la tajiya (car il avait sauté sur l'occasion de leur confectionner des armes, commande peu habituelle et pleine de perspectives selon le vieil homme). Les deux cousines avaient donc décidé de s'entraîner ensemble. Là encore, elles riaient beaucoup et tiraient peu, considérant comme une victoire le simple fait que leur flèche reste en l'air plus de dix secondes.
Lorsque le père du garnement qui avait malmené Kiyo avait croisé les enfants, sabres en bois à la main et arcs en bandoulières, il était aussitôt venu se plaindre à Sango, arguant que les « enfants de youkais » (elle avait d'ailleurs beaucoup apprécié le terme) allaient effrayer les gamins du village.
Miroku, qui se trouvait dans la hutte au moment de la visite inopinée de leur charmant voisin, s'était mordu les lèvres pour ne pas éclater de rire, tandis que Sango prenait une grande inspiration, prête à hurler suffisamment fort pour se faire entendre de tout le village. Tant qu'à faire, autant clore ce genre de discussion de manière définitive. Le vocabulaire fleuri utilisé par la tajiya témoignait du reste d'un certain agacement. Kaya quand à elle, dans un élan de maturité et d'autorité, avait tiré la langue à l'opportun lorsqu'elle l'avait croisé en rejoignant sa mère.
De cette conversation diplomatique étaient ressortis trois points principaux :
- Kiyo et Yuriy étaient des enfants et non des « youkais miniatures ».
- Les armes qu'ils possédaient ne leur seraient pas retirées.
- Si ce charmant monsieur informait son ordure de fils qu'il ne devait pas s'approcher de l'un de ses enfants (en l'absence d'Inuyasha et Kagome, elle s'octroyait tous les droits sur ses neveux), il éviterait bien des désagréments, par exemple une dent en moins (Naoki avait un croché du droit remarquable pour son âge).
De mémoire de villageois, aucune femme - aucun homme non plus d'ailleurs - n'avait jamais tenu aussi longtemps sans reprendre sa respiration. Quand au villageois qui avait eu le malheur de se retrouver aux premières loges durant la performance vocale de la tajiya, il n'essaya même pas d'argumenter, se contentant de déguerpir en la traiant de tous les noms ("dingue" étant principalement employé).
Seshommaru observait, de loin, Ushio. Immobile, le jidayoukai passait une lame le long de son bras, tandis que son fils recueillait le sang ainsi répandu dans une coupe. Aucune expression ne passait sur le visage d'Ushio tandis que la lame, implacable, tranchait dans sa chair à intervalles réguliers.
Le taiyoukai s'approcha de lui sans se presser. Aucun des deux youkais ne tourna la tête à son approche.
- Vous avez terminé ? interrogea froidement Seshommaru.
La lame cessa son va et vient durant quelques instants.
- Presque. Certains refusaient de faire confiance à un jidayoukai. Les convaincre a légèrement retardé le processus, mais nous y sommes presques.
- Bien.
- Ton humaine est passée voir comment se passait la répartition, commenta Asao.
Le taiyoukai lui aurait volontiers arraché la langue pour la manière dont il désignait Rin. Pour ce qui était du pronom possessif qu'il utilisait, cela ne gênait pas Seshommaru outre mesure. Il savait que personne ne pouvait prétendre avoir autant de droit sur la jeune fille que lui.
A cette pensée, le taiyoukai se surprit à sourire.
- Quelque chose t'amuse, Seshommaru ?
Rin s'était doucement glissée derrière lui, sans qu'il l'entende arriver. Mais curieusement, il s'en fichait. Elle pouvait bien faire ce qu'elle voulait. Profitant du fait qu'elle regardait Ushio, il attarda quelques secondes son regard sur son visage. Quelques secondes de trop apparemment, car lorsqu'il releva la tête, il croisa le regard du jidayoukai. Celui-ci ne dit rien, mais son sourire narquois était éloquent.
Il pensait probablement qu'ils avaient tous deux la même faiblesse. Mais c'était faux. Ils ne se ressemblaient en rien, n'est ce pas ? Le taiyoukai posa la main sur le pommeau de son épée, se retenant à grand-peine de trancher la tête d'Ushio. Ne serait-ce que pour faire partir ce sourire désagréable de son visage. Depuis quelques temps, il s'autorisait bien trop de familiarités à son égard. Même Rin, songea-t-il avec amertume, je ne devrais pas la laisser se comporter ainsi avec moi. Mais ais-j'envie qu'elle s'en abstienne ?
- Lorsque vous aurez terminé, vous devrez aller voir Hikari. Elle veut le plus d'informations possibles sur nos ennemis.
Ushio acquiesça puis, prenant la coupe des mains de son fils, se mit en devoir de distribuer son sang aux derniers récalcitrants.
- Et toi Rin ? interrogea Seshommaru.
Elle se tourna vers lui, souriante. Comme chaque fois qu'elle s'adressait à lui. C'était plus fort qu'elle, il fallait qu'elle sourie lorsqu'il lui parlait. Qu'elle soit heureuse.
- Je vais avec Kagome surveiller la barrière. Nous devons nous assurer qu'elle reste en place. L'aura accumulée de toi, Asao et Ushio est trop puissante pour que nous prenions le risque qu'elle soit découverte.
Il acquiesça, et elle s'éloigna pour aller rejoindre Kagome.
- Tu ne lui as pas reproché le fait qu'elle te tutoie, si je ne m'abuse, remarqua Asao.
Le taiyoukai lui lança un regard glacial, signifiant que la discussion était close.
- En même temps, c'est vrai qu'elle est plutôt jolie, continua le youkai, ses yeux s'attardant sur la silhouette de Rin qui s'éloignait.
Seshommaru esquissa un sourire imperceptible. Il passa devant le demi-sang et, sans le regarder, lui murmura très doucement :
- Si tu poses la main sur elle, je te tuerai.
Sur ce, il s'éloigna.
- Kaya, je sens quelque chose.
La petite fille, ainsi que Yuriy et Naoki, qui s'entraînaient tout près d'elles, se tournèrent, étonnés, vers Kiyo.
- Yuriy, tu sens ?
Le petit garçon leva la tête et se tourna vers le village. Il se tourna brutalement vers sa sœur et acquiesça vivement. Kaya et Naoki se regardèrent. Leurs cousins avaient probablement perçus une aura familière, chose que leur sang youkai leur permettait de sentir, contrairement aux humains.
- C'est qui que tu sens Kiyo ? interrogea Naoki en abaissant son épée en bois.
-… Grand-mère !
La petite fille partit en courant vers le puits, suivis des trois enfants. Ils traversèrent le village en trombe, et les villageois qui les croisaient les auraient probablement interpellés en leur demandant si tout allait bien s'ils n'avaient pas vu un grand sourire sur le visage.
Très vite, le puits fut en vue, ainsi que les deux personnes qui se trouvaient devant.
- Tonton !
- Grand-mère !
Le jeune homme attrapa au vol Yuriy tandis que Kaya lui prenait les jambes, le faisant tomber en arrière. Mme Higurashi, elle, s'était accroupie juste à temps pour recevoir Naoki et Kiyo dans ses bras. Sôta, allongé sur le sol, la regarda : elle souriait.
Les enfants sentaient que leur grand-mère – car Mme Higurashi était la grand-mère de tous les enfants, même si tous n'étaient pas liés à elle par le sang – semblait plus mélancolique qu'à l'accoutumée. Mais ils pensaient innocemment, et avec raison, que rester avec elle et la faire sourire était la meilleure thérapie. Meilleure que ces grandes discussions d'adultes qu'ils ne comprenaient pas.
Ils guidèrent Sôta et sa mère jusqu'à la hutte de Miroku et Sango. La jeune femme accueillit avec joie la mère de Kagome, ainsi que son fils. Le moine serra la main de Sôta, mais un regard échangé entre les deux hommes fit clairement sentir au bonze que quelque chose tourmentait le jeune homme. Miroku échangea un regard avec sa compagne. Ils se comprirent sans se parler. Tandis que Sango et les enfants entamaient un dialogue animé, les deux hommes sortirent discrètement de la hutte, et s'éloignèrent du village vers la forêt d'Inuyasha.
Ils marchèrent quelques minutes en silence. Sôta ne disait rien, mais Miroku sentait qu'il suffisait d'ouvrir les vannes pour déclencher l'inondation. Le jeune homme semblait inquiet, et en parler le soulagerait certainement.
- Ta mère n'a pas l'air d'aller bien.
- Perspicace.
- …
- C'est Kagome, soupira Sôta. Je… Je ne sais pas quoi faire. Elle a l'air persuadée que Kagome est déjà morte. Quand… Enfin, quand elle est partie ça a été dur, mais ça allait, parce que ma mère était persuadée que Kagome serait heureuse. Elle ne la perdait pas vous voyez elle…
- Tu peux me tutoyer, remarqua le moine.
Sôta esquissa un sourire.
- Merci… Enfin voilà. Son état s'est vraiment détérioré depuis que Kagome et Rin ont disparu. Elle est… Ailleurs.
- Et tu espérais que les enfants pourraient y remédier.
- Pas seulement les enfants. Vous aussi en fait. Le Japon Féodal, la nouveauté. J'espérais que ça aiderait. Tout ça, dit-il en désignant d'un grand geste du bras la forêt et le village, ça pourrait la faire penser à autre chose.
Miroku ne disait rien. Sôta commença à craindre d'avoir fait une erreur en suivant les conseils/ordres de son grand-père.
- Ecoute, reprit le jeune homme, je comprendrais que vous ayez d'autres chats à fouetter. Je comprendrais que vous ne vouliez pas que nous restions. Je suis désolé si j'ai fais une erreur et je…
- Non, non Sôta, murmura le moine, tu as bien fais. Et j'aurais fais pareil. Je pensais simplement à Kagome, Rin, Inuyasha, Kohaku, Shippô… Ils sont tous partis, probablement affronter les mêmes youkais que celui, très puissant, qui a attaqué Kagome. Tu as peur pour ta sœur, j'ai peur pour tous les autres. J'ai voyagé avec eux. J'ai vécu avec eux. Comment ferai-je s'ils ne reviennent pas ?
Sôta soupira.
- Ils reviendront.
Le moine sourit. Il était comme Sango. Eternellement optimisme. Il prit le bras de Sôta, et le ramena vers le village.
Sango observait par la fenêtre de sa hutte Mme Higurashi et les quatre enfants. Ils avaient tous tenu à lui faire des démonstrations de leurs talents. Evidemment, Kaya et Kiyo ne réussissaient que rarement à tirer, tandis que Yuriy et Naoki se rentraient l'un dans l'autre et maîtrisaient encore moins leurs corps que leurs épées. Mais l'expérience jouaient en la faveur de la mère de Kagome, et c'est avec une patience d'ange qu'elle les regardait faire, conseillant un peu, riant beaucoup.
- Vous resterez bien quelques jours ? L'interrogea la tajiya qui s'était approchée.
- Je ne voudrais pas déranger.
- Ne dites pas de bêtises. Regardez-les, ils sont très heureux de vous avoir. Les enfants ! s'écria la jeune femme pour illustrer ses paroles, ça vous dirait que grand-mère reste quelques jours ?
Un cri du chœur lui répondit.
- Vous voyez bien ? S'exclama-t-elle, tout sourire.
- Mais… Si les youkais attaquent ?
- Justement, reprit Sango plus bas. Si vous avez le morceau de perle avec vous, vous pourrez amener les enfants en lieu sûr. Je vous avouerais que nous n'avons pas encore essuyé de représailles depuis que Kagome et Rin ont disparu, mais vous assureriez un repli potentiel pour les enfants.
Ce discours était en partie vrai. Sango craignait en effet des attaques potentielles, mais jusqu'ici, il n'y avait pas eu de problèmes. Il n'y en aurait probablement pas maintenant, depuis plusieurs semaines sans nouvelles de Kagome et Rin ou d'un démon lié à celui qui les avait attaquées.
Mme Higurashi se prit à sourire, heureuse de pouvoir rendre service tout en restant auprès de ses petits-enfants. Elle avait besoin de se changer les idées, quoi de mieux pour cela que des vacances dans le Japon Féodal, auprès de sa famille ?
- Très bien. Je vous avouerais que j'ai bien besoin de me changer les idées. Et puis, je serais heureuse de pouvoir tous vous voir plus souvent.
La tajiya acquiesça en souriant.
- Qu'est ce que tu fais ?
Inuyasha se tourna vers son frère qui le regardait, dédaigneux. Il soupira. Chassez le naturel…
- Je vérifie que les lames qu'on va leur distribuer sont solides. On n'a vraiment pas besoin que ça lâche en plein combat.
- Depuis quand es-tu devenu un expert ? Ironisa Seshommaru.
- Depuis que personne d'autre ne s'est proposé. Mais tiens, répondit le demi-démon en envoyant un sabre vers son frère, rien ne t'empêche de prendre ma place.
La lame revint à l'envoyeur presqu'instantanément, et Inuyasha manqua de peu de se la prendre en pleine tête.
- Je constate que Rin n'a pas réussi à corriger ton charmant caractère. Ne change rien, surtout.
- Il est vrai que tu es devenu étonnamment conciliant, ou devrais-je dire faible, depuis que tu as renoncé à ton immortalité, répondit Seshommaru, acide.
- Il faudrait que tu m'expliques jusqu'à quand tu comptes dédaigner ma relation avec Kagome, alors que je parie que tu ne serais pas contre avoir la même avec Rin…
Le coup partit tout seul, mais Inuyasha s'y attendait, et para le coup de griffes de son frère de justesse.
Les deux demi-frères se dévisagèrent quelques secondes sans rien dire, mais tous deux refusaient de baisser les yeux. A la surprise d'Inuyasha, Seshommaru l'interpella le premier.
- Tu n'es pas en droit de juger mon comportement, Inuyasha. Le tien vis-à-vis de ta miko n'est pas exemplaire.
A la surprise du taiyoukai, le regard du demi-démon s'assombrit.
- Je le sais… Et… j'ai eu de la chance, Seshommaru. De la chance qu'elle m'ait pardonnée malgré tout. Qu'elle soit revenue vers moi. Rin a assez souffert, et si tu restes indécis, tu vas lui faire du mal. Elle finira par partir, et qui pourra le lui reprocher ? Toi ? Méfie-toi, quand tu te décideras à admettre ce qu'elle représente pour toi, il sera peut être trop tard.
- Tu me donnes des leçons des morales ? Commenta le taiyoukai, dédaigneux.
- Tu prends de grands airs, mais nous savons tous les deux que je te dis la vérité.
Seshommaru se contenta de lui adresser un sourire narquois. Cependant le discours de son frère le faisait réfléchir et ravivait des souvenirs pas si lointains, une nuit en particulier…
- Allez, aide-moi.
Inuyasha lui lança une nouvelle fois un sabre et, cette fois-ci, le taiyoukai ne l'esquiva pas.
Kagome et Rin s'étaient postées dans la caverne la plus haute de la falaise. Celle-ci donnait sur ce qu'on pourrait appeler « le monde extérieur ». A vrai dire, il y avait si longtemps que les deux jeunes filles vivaient et respiraient dans l'enceinte de la barrière protectrice qu'elles finissaient par croire que rien n'existait en dehors. Cette soudaine plongée sur l'immense plateau cerclé de rochers qui allait servir de théâtre à leur combat provoquaient en elles une appréhension teintée d'un sentiment indéfinissable : l'issue de ce combat définirait leur avenir. Rester là finirait par les tuer toutes les deux.
Ce n'était pas leur monde, et cette guerre qui était venue à elles était désormais la seule issue à tout ce chambardement. Tout cela n'était pas facile à vivre.
Rin se mordait l'intérieur des joues pour s'empêcher de parler. Elle avait un pressentiment étrange, quand au fait que le combat se rapprochait. Elle avait envie d'avouer à Kagome le marché passé avec Tsukiyo. Lui dire à quel point elle aimait Seshommaru, qu'il fallait le lui dire, qu'il fallait que…
- Tu m'as l'air bien anxieuse, Rin.
La jeune miko sourit imperceptiblement, comme le faisait si souvent Seshommaru. Kagome avait appris à bien la connaître.
- Le combat qui se rapproche. J'ai déjà perdu bien trop de gens à qui je tenais. Je refuse que ce schéma se répète. Les premières années de ma vie n'ont été que le deuil de la mort des miens. Si je perds Seshommaru…
Elle s'interrompit. Ses pensées étaient si confuses dans son propre esprit qu'elle ignorait comment les démêler et les présenter à son interlocutrice.
Kagome sortit alors d'un pan de son hakama le médaillon de Kikyo. Rin le regarda, véritablement étonnée. Elle avait presque fini par l'oublier, celui-là !
- Je l'ai conservé, et j'ai continué ce que nous avions commencé. Il protégera au moins une partie de ceux à qui tu tiens.
Tout en parlant, Kagome avait tendu le médaillon à Rin, mais celle-ci le refusa d'un signe de tête. Kagome l'interrogea du regard.
- Tu es mère de famille, répondit simplement la jeune fille. Je refuse d'imposer à tes enfants ce que j'ai vécu.
Et je suis déjà condamnée, songea-t-elle amèrement.
La miko hocha la tête et repassa le médaillon autour de son propre cou.
- Evite de parler comme si nous allions tous mourir Rin, commenta Kagome. C'est… Comment te dire ? Un peu frustrant… Et inquiétant aussi… En clair tu me fiches la trouille. Essaie de rester positive s'il te plaît.
Rin éclata de rire, convenant sans peine qu'effectivement, elle évoquait la bataille prochaine comme s'ils allaient tous mourir. Après tout, on en était pas là…
- Rin, regarde !
La jeune miko suivit du regard la direction indiqué par Kagome.
Une silhouette avançait vers la falaise. Sa démarche était saccadée, ses pas incertains. Elle semblait se déplacer avec difficulté. Deux fois, elle tomba à terre avant de se relever courageusement et d'avancer à nouveau.
Les larmes de Rin lui montèrent aux yeux en la reconnaissant.
- Nao !
Elle se leva en trombe et s'élança vers les escaliers rocheux pour rejoindre l'entrée des cavernes, tandis que le prénom du petit garçon se répercutait sur les parois de la grotte. Kagome s'élança à son tour pour la rattraper. C'était un piège. Ça ne pouvait être qu'un piège.
Rin n'écoutait pas les cris de son amie. Elle n'écoutait rien. Elle ne voyait que ce petit garçon qui marchait le long de cette mauvaise route. Elle imaginait ses traits, sa silhouette décharnée.
Elle accéléra.
Les cris de Kagome avaient alertés Seshommaru et Inuyasha, qui vérifiaient les armes non loin de là. Le taiyoukai n'eut aucune difficulté à rattraper Rin avant qu'elle ne franchisse la barrière, même si l'issue des escaliers qu'elle avait empruntés était tout proche de l'entrée des grottes.
Pour la première fois, Rin regretta de ne pas être un youkai. La poigne de Seshommaru l'enserrait, indifférente à la jeune fille qui se cabrait en continuant d'appeler le petit garçon.
Kagome arriva à son tour et posa ses mains sur les épaules de Rin.
- C'est un piège Rin ! Ils l'ont libéré pour nous attendrir ! Ils veulent qu'on se trahisse !
- On devra bien se battre de toute manière ! s'exclama-t-elle. Alors maintenant ou plus tard quelle différence ! Si c'était Kiyo ! Kagome ! Si c'était un de tes enfants ! Tu ne peux pas le laisser mourir ! Parce que c'est ce qui l'attend si on ne fait rien ! Ils le tueront !
Inuyasha regardait avec tristesse la peine et la colère qu'il lisait dans les yeux de Rin. L'enfance de la jeune fille était présente dans l'esprit de chacun.
Rin revivait la mort de son frère, tué parce que personne ne s'était opposé aux bandits, chacun défendant sa propre vie. Laisser mourir Nao était impensable.
- C'est le risque, asséna Seshommaru, sans une once de pitié.
Rin se détourna de lui en s'immobilisant et il la relâcha. Elle avait un éclair dans les yeux que le taiyoukai voyait pour la première fois tandis qu'elle le regardait. De la haine ? Du dégoût ?
- Tu es un… Un monstre !
Les derniers mots claquèrent comme un glaive. Le taiyoukai eut mal, sans qu'il puisse définir pourquoi. Il ne détourna pas les yeux, mais il avait l'impression que quelque chose lui arrachait le cœur. Ce cœur que Rin avait su s'approprier, et qu'elle réduisait en pièce quand bon lui semblait.
- Vous ne pouvez pas laisser un enfant mourir ! S'écria la jeune fille. Aucun enfant ne devrait payer pour des crimes qui ne le concernent pas ! Nao est un humain, même pas un hanyô ! Ce n'est pas son combat !
Nao était arrivé devant les cavernes. Il était pâle. Il saignait, de grosses larmes coulaient sur ses joues. Il se laissa tomber au sol, le visage tourné vers les grottes. Il se mordait les lèvres au sang pour ne pas pleurer, mais rien n'y faisait. La douleur était plus forte que sa volonté.
Rin avait cessé de crier mais se tenait très droite, son regard se posant successivement sur Nao, puis sur Inuyasha, Kagome et Seshommaru.
- C'est peut-être un piège Rin, murmura Inuyasha en cherchant à l'apaiser.
- Tu veux prendre le risque ? riposta-t-elle.
Le taiyoukai secoua la tête. Rin avait toujours réfléchi davantage avec son cœur qu'avec sa tête. A présent, ils risquaient tous leur vie sur une simple impression de la jeune fille. Mais il avait terriblement envie d'accéder à sa requête. Pour qu'elle arrête de pleurer. Pour qu'elle cesse d'être triste et de lui en vouloir. Pour qu'elle le regarde en souriant.
- Elle a raison. Qu'on abaisse la barrière.
Tous se tournèrent vers Hikari. Elle se tenait un peu en retrait, Tsukiyo derrière elle. Elle se tenait très droite, malgré le trouble qui l'habitait. Malgré la vision du corps immobile de Nao, à deux pas derrière eux.
- Hikari-sama…
- Cette bataille n'a que trop duré. Il est temps de cesser de vivre dans la peur. Nao n'a pas à payer pour nos différents. Qu'on abaisse la barrière.
Kagome sembla hésiter quelques secondes mais elle finit par se tourner vers le kekkai.
Rin vint se poster à côté d'elle. Elle avait cesser de crier, de trembler, mais la colère était encore visible sur chaque trait de son visage.
Ensemble, les deux mikos entreprirent de briser la barrière à l'entrée des cavernes.
Dés que Rin perçut l'affaiblissement du kekkai, elle se précipita vers le petit garçon. Il était étendu, face contre terre. La jeune fille le retourna tout doucement et passa sa main sous sa nuque, le redressant pour qu'il la regarde.
Nao esquissa un sourire. Ses lèvres étaient enflées, indiquant qu'il avait été frappé, ce qui ranima la colère de la jeune fille. Quelle sorte de monstres étaient-ils pour se conduire ainsi ?
- Nao… Ca va aller… je suis là maintenant.
Le petit garçon se remit à pleurer.
- Je…
- N'essaie pas de parler ! Je vais te ramener à l'intérieur.
- Je… Suis désolé…
Rin leva la tête.
Des cris se rapprochaient d'eux. Des hurlements plus précisément. Des bruits de course mêlés au son des armes qu'on tire du fourreau.
Et cette cacophonie de plus en plus puissante se rapprochait d'eux à une vitesse terrifiante.
Rin se tourna vers Seshommaru.
Pour la première fois, elle vit la peur marquer son visage.
La voix d'Hikari couvrit un instant le bruit qui montait vers eux et son cri se répercuta en écho dans les cavernes, rendant plus concrète encore la bataille imminente.
Branle-bas de combat.
Hello !
Je tiens à faire remarquer quelque chose : j'ai commenté mon 14e chapitre (ceci est le 21e) en disant « on approche de la fin ». Force est de constater qu'on en était au 2/3.
Ce qui est bien, c'est que vous pouvez constater que j'ai un grand talent d'anticipation.
Là ça y est, les choses sérieuses commencent. Mais j'aurais pu faire durer les discussions des uns et des autres encore cinq chapitres minimum, mais je ne voulais pas que ça devienne répétitif, alors je me suis rappelée à l'ordre )
Enfin voilà merci (encore et toujours), pour être là, c'est vraiment agréable de retrouver les avis des « habitués », plus de nouveaux lecteurs. C'est vraiment constructif parce que la plupart du temps je peux savoir ce qui plaît, ce qui ne plaît pas, me corriger en conséquence.
N'hésitez pas à me dire lorsque c'est trop long, ou quand ça devient répétitif.
Place aux réponses aux reviews (parce que j'y tiens beaucoup à ça) :
Sue : Je te remercie de ta fidélité. De plus, j'adore ton humour ! Tu relèves des phrases, je ne sais même plus exactement où je les ai écrite, mais ça me fait toujours rire de lire celles qui t'ont marquées ! Je suis heureuse que tu continues d'apprécier ma fic. Tu es formidable !
Nino : En ce qui concerne les relations d'Hikari et de Tsukiyo… Ah je ne vais pas me spoiler, mais je peux toutefois te donner un indice : je compte encore les mettre face-à-face avant la fin de cette fic. Je vais donc étudier leur cas une nouvelle fois, ce qui suppose en effet une évolution ! (dans quel sens, ce sera la surprise !)
Merci aux lecteurs silencieux mais néanmoins présents. N'hésitez cependant pas à commentez (comme vous pouvez vous en doutez, je ne mords pas ^^), je serais ravie de répondre aux critiques (et aux compliments aussi =) ). Mais libre à vous de demeurer anonymes ! J'apprécie déjà bien assez le fait que vous lisiez.
J'essaierai d'être plus rapide pour mon prochain chapitre ! J'aurai du temps ce week-end et je pourrai me recentrer sur ma suite.
Désolée pour le retard accumulé ! Mais je compte bien finir !
Ciao !
C-MIB
