Lemon !
Chapitre 19.
Baignée dans un silence de temps à autre ébréché par le chant du vent et les piaillements des oiseaux, Tokyo s'éveillait lentement. La pâle lueur de l'aurore striait le ciel de janvier. Allongé sur son inconfortable lit, la couverture remontée jusqu'au menton, Sasuke contemplait d'un œil brillant le spectacle magnifique offert par la nature. L'aube était si belle que même les barreaux métalliques entourant la fenêtre de sa chambre ne gâchait rien. La douce lumière matinale qui éclairait le monde lui apportait un peu de réconfort et si la nuit blanche qu'il venait de passer ne l'avait pas autant épuisé, il se serait sans doute levé pour coller son nez à la vitre froide.
Les mois s'étaient écoulés avec une lenteur effroyable depuis sa rencontre avec Fugaku. Les jours se succédèrent et se ressemblèrent cruellement. Au fil des semaines, il subit cette routine insupportable qui rythmait sa vie depuis bientôt un an et demi. Lundi : nettoyage de la chambre, petit-déjeuner, cours, déjeuner, activités sportives, dîner, douche collective, une heure de lecture dans la salle de loisirs, coucher. Mardi : nettoyage de la chambre, petit-déjeuner, cours, déjeuner, séance de cinquante minutes avec Karin Hozuki, chorale, retour au centre, dîner, douche collective, coucher. Mercredi : nettoyage de la chambre, petit-déjeuner, corvées ménagères, déjeuner, chorale, retour au centre, dîner, douche collective, coucher.
Et ainsi de suite.
Jusqu'à aujourd'hui. Le jour fatidique était en train de naître sous ses yeux fatigués. En soupirant, il se redressa sur son séant. Les pas pressés des éducateurs résonnaient dans le couloir et bientôt, la voix rauque de Zabuza les autorisa à sortir de leurs chambres. D'un pas traînant, Sasuke s'extirpa hors de sa cellule et attendit patiemment la fin de l'appel. Puis, le cœur battant étrangement vite, il fit demi-tour, borda correctement son lit, s'habilla en un éclair en songeant que ce matin serait peut-être le dernier passé au centre IPPJ de Tokyo. Peut-être que ce soir, il dormirait dans son lit, au milieu de sa chambre aux murs recouverts d'un papier peint vert pâle. Peut-être que ce soir, il retrouverait ses livres, et plus particulièrement les ouvrages incroyables de King. D'ailleurs, la première chose qu'il fera une fois libre serait de se rendre dans une librairie afin d'aller acheter Dôme, la dernière œuvre de ce maître du suspense.
Un sourire niais s'imprima sur son visage au teint de porcelaine et son cœur rata un battement lorsque ses pensées dérivèrent vers Naruto. Enfin. Peut-être que finalement, ce soir, il ne se plongerait pas dans les lignes de Stephen King. Peut-être que ce soir, il se rendrait au cinéma, la main enveloppée dans celle de Naruto. Peut-être qu'une fois le film terminé, ils pourraient trouver un coin tranquille où s'embrasser en ayant pour seul témoin le ciel étoilé suspendu au-dessus de leurs têtes. Peut-être aussi que ce soir, il pourrait enfin lui dire « je t'aime » dans un endroit plus romantique que les toilettes de la chorale.
Peut-être…
Son cœur battait d'impatience mais l'angoisse tordait son estomac. Une peur sourde et froide tiraillait son esprit.
« Tu réalises que tu as sûrement foutu en l'air toutes tes chances de sortie ? »
Les mots prononcés par Neji Hyûga lui revinrent brutalement, tel un boomerang. Il secoua la tête comme pour les chasser. En vain. Ces paroles acerbes s'accrochaient à lui et ne le quittaient pas une seconde. Depuis qu'ils s'étaient empoignés au détour d'un couloir, ce fameux jour où Kabuto était intervenu avec un couteau, Neji se faisait discret. Il ne l'embêtait plus. Le ténébreux aurait même dit qu'il l'ignorait et cherchait à l'éviter. Cela dit, Sasuke ne s'en plaignit pas, bien au contraire. Si Neji avait disparu de son existence, Kabuto, lui, demeurait plus présent que jamais. Les deux adolescents s'étaient beaucoup rapprochés durant la détention, à un point tel que Kabuto semblait triste de l'éventuel départ de Sasuke. Pour tenter de remonter le moral de son nouvel ami, Sasuke promit de lui rendre visite régulièrement, promesse à laquelle Kabuto avait éclaté de rire.
« Tu ne vas quand même pas remettre les pieds ici une fois que tu seras libre ? Alors ça, ce serait vraiment le comble ! »
Suite à ces paroles, Sasuke n'avait pu s'empêcher de rire à son tour. Dans un geste amical, Kabuto l'avait ensuite pris sous son épaule pour susurrer d'une voix étonnamment douce :
« C'est plutôt moi qui te rendrait visite dans quelques temps. »
Sacré Kabuto. Sasuke s'en voudrait presque de l'avoir si mal jugé. Malgré son lourd passé, le « binoclard aux cheveux gris », élégant sobriquet dont Kabuto avait hérité, ne semblait pas posséder une once de méchanceté et à vrai dire Sasuke l'appréciait beaucoup. L'amitié de Kabuto avait sans doute rendu ses derniers mois de détention plus agréables, plus supportables. Peut-être se montrait-il un peu hâtif en parlant au passé de son séjour en détention mais il ne pouvait envisager d'autre option : il sortirai. Aujourd'hui. Il en était intimement convaincu et ce malgré son abominable semaine d'isolement. Il sortirai.
-Tu es prêt, Sasuke ?
Le concerné se retourna pour faire face à un Sasori qui peinait à dissimuler son anxiété. Sasuke s'approcha et lui envoya un sourire rassurant.
-Oui, répondit-il.
-Alors c'est super. Ton procès est à neuf heures et demie. Tu vas vite passer à la douche et prendre ton petit-déjeuner. Ensuite on se rendra au tribunal.
Voyant qu'il ne bougeait pas, Sasori frappa dans ses mains.
-Allez, allez ! Active-toi !
Sasuke pouffa discrètement avant de quitter la chambre pour prendre la direction des douches. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi son éducateur se hâtait tant. Après tout, il ne devait pas être plus de sept heures, ils disposaient d'encore beaucoup de temps avant le procès. En sifflotant l'air maladroit d'Everything, Sasuke poussa la porte des douches et savoura le plaisir de se laver seul. Cela faisait un an et demi qu'il prenait sa douche en compagnie d'une dizaine d'autres adolescents, devant supporter les blagues ridicules et les allusions perverses du genre « ne fais pas le coup de la savonnette, Uchiha ! ». Un jet d'eau chaude roula sur sa peau nue et il ferma les yeux, frissonnant à cet agréable contact.
Quinze minutes plus tard, Sasuke sortit, une simple serviette blanche autour de la taille, traînant derrière lui une douce odeur fruitée. Il s'empressa d'enfiler les vêtements propres que sa mère lui avait apportés la veille. Son pull sentait bon la lessive de la maison. Sasuke sourit, les joues marbrées de pourpre et les yeux fermés. La maison. Une multitude de souvenirs se peignirent sous ses paupières closes. Il se rappelait de ces chaudes journées d'été, lorsque sa mère étalait le linge à l'extérieur en chantonnant A day in the life* pendant qu'il tentait d'attraper des papillons avec son frère. Incroyable tout ce qu'un simple arôme pouvait représenter.
L'esprit léger, il quitta la pièce faisant office de salle de bains et gagna le réfectoire. Les autres adolescents de la section D s'y trouvaient déjà, prenant leur petit-déjeuner en papotant inlassablement. Quelques regards se levèrent vers lui alors qu'il attrapait un plateau-repas. Parmi ces regards, il y'en avait des curieux, des haineux et des envieux. Sasuke les ignora superbement et se servit, comme toujours, un bol de chocolat chaud. Kabuto l'accueillit à sa table avec un grand sourire et une tape dans le dos. En ricanant, Sasuke s'installa à ses côtés.
-Alors ? demanda Kabuto, pas trop stressé, Sasuke ?
Le brun haussa les épaules d'un air désinvolte.
-On verra bien, répondit-il simplement. Si ça se trouve, je te battrai encore au baby-foot ce soir.
-Sincèrement… je n'espère pas.
Sasuke but une gorgée de chocolat tiède –pour ne pas dire froid- sous le regard chaleureux de son ami. Une bouffée de nostalgie partit à l'assaut de son cœur sans qu'il ne sache vraiment pourquoi. Il avait attendu ce jour avec tellement d'impatience, il désirait tant serrer Naruto contre lui et retrouver sa famille… cependant, il laissait un ami derrière. Un bon ami.
-Kabuto, commença-t-il, je…
-Laisse tomber, coupa l'autre, les au revoir et tout ça… c'est pas pour moi. Profite bien de ta liberté, fais pas trop de conneries et surtout, attends que je sorte d'ici pour venir égayer ta triste vie !
Sasuke partit dans un éclat de rire, sa tristesse envolée.
-Ok ça marche ! Toi non plus, ne fais pas trop de conneries.
Puis le silence s'installa entre eux. Sasuke termina son bol de chocolat et se leva. Il envoya un clin d'œil à Kabuto et murmura un « au revoir » à peine inaudible avant de s'éloigner d'un pas assuré, rogue, sûr de lui. Kabuto le suivit du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse de l'autre côté de la porte en compagnie de Sasori.
-À plus Sasuke, souffla-t-il.
Sasori conduisit Sasuke dans le hall d'entrée où attendaient patiemment deux policiers. Le rouquin les salua courtoisement avant de leur présenter Sasuke. L'un des deux policiers bailla à s'en décrocher la mâchoire, indifférent, avant de sortir une paire de menottes de sa poche revolver. Sasuke leva des yeux stupéfaits vers Sasori. Ce dernier se gratta l'arrière du crâne, mal à l'aise.
-Je suis désolé Sasuke mais c'est la procédure, expliqua-t-il. Tu devras garder les menottes jusqu'au procès.
-C'est pas grave, répondit le jeune homme.
Docilement, Sasuke présenta ses poignets au policier chargé de l'accompagner au tribunal. Ce dernier lui entrava les mains en marmonnant quelque chose d'incompréhensible. Puis dans un silence angoissant, tous les quatre sortirent du centre. Le vent âpre de l'hiver soufflait fortement, griffait leurs visages, coupait leur respiration. Un fourgon bleu les attendait sagement, un autre policier à son volant. Sasuke grimpa dans le véhicule en compagnie des deux policiers tandis que Sasori rejoignit sa voiture, décidant de les suivre. Le chauffeur enclencha la sirène –pour une raison mystérieuse aux yeux de Sasuke- et prit la direction du tribunal de la jeunesse de Yokohama.
À vingt sept kilomètres du centre IPPJ, debout sur les marches en pierre grise menant à l'entrée du tribunal de Yokohama, Karin guettait l'arrivée de Sasuke. Il n'était que huit heures et demie, autant dire qu'elle était très en avance mais elle tenait à se montrer présente pour le jeune homme qu'elle devinait angoissé. Qui ne le serait pas à sa place ? Il ne fallut pourtant qu'une dizaine de minutes à ses doigts pour bleuir et s'engourdir. En pestant, elle porta ses mains gelées à sa bouche et souffla dessus dans l'espoir de les réchauffer. Ce qu'elle pouvait détester l'hiver !
Noël se trouvait loin à présent mais quelques maisons arboraient encore des décorations aux couleurs vives et chaleureuses. Janvier était synonyme de nouvelle année, de nouveau départ et elle avait bien l'intention de respecter les résolutions qu'elle avait prises, la première d'entre elles étant de faire sortir Sasuke de l'IPPJ. Ce ne serait pas un travail facile à accomplir, surtout après l'agression de Neji Hyûga mais elle ferait de son mieux, mettrait en avant les progrès de Sasuke et son dévouement pour la chorale.
-Karin ! l'apostropha une voix.
L'intéressée fit volte-face pour apercevoir un Itachi essoufflé accourir dans sa direction. Elle l'accueillit avec un charmant sourire, sincèrement heureuse de le voir.
-Tu es en avance, fit-elle remarquer une fois qu'il fut à sa hauteur.
-Un peu, c'est vrai, admit-il, mais je pourrais te dire la même chose.
Il jeta un coup d'œil à sa montre.
-Ma mère ne devrait plus tarder.
-Tu es nerveux ? demanda Karin en posant une main compatissante sur son épaule.
Itachi garda le silence mais la contrariété se lisait sur son visage rougi par le froid. Karin sourit. Au fil des mois, elle avait appris à le connaître.
-Ne t'en fait pas, le rassura-t-elle, tout va bien se passer pour ton frère.
Itachi ouvrit la bouche pour répondre mais seul un long soupir franchit ses lèvres. Cela faisait des mois qu'il attendait ce fichu procès et maintenant que ce jour était enfin là, il se trouvait paralysé par l'angoisse. Habituellement, il se montrait doué pour dissimuler ses ressentis mais Karin le connaissait assez pour déceler ses moindres émotions. Il l'admira avec un petit sourire aux lèvres, trouvant que l'hiver la rendait incroyablement belle. Le froid colorait ses joues de pourpre et faisait pétiller ses yeux. Un léger nuage d'air chaud s'échappait de ses lèvres brillantes et le vent malmenait ses longs cheveux roux, les emmêlant davantage, emportant avec lui les arômes fruités dont ils étaient imprégnés. Pourtant, en dépit de sa beauté, elle tremblait de froid et ses dents commencèrent à claquer.
-Regarde-toi, tu es frigorifiée, s'enquit Itachi en lui frottant énergiquement les épaules pour la réchauffer, quitte à attendre, autant le faire à l'intérieur non ? Ne t'inquiète pas, on va s'asseoir dans le hall comme ça on verra Sasuke arriver.
Karin protesta mais Itachi eut raison d'elle. Il la prit sous son épaule et la guida jusqu'à l'intérieur, attentionné. Un homme digne de ce nom ne pouvait quand même pas laisser trembler de froid la femme qu'il aimait. En parfait gentleman, il lui offrit un Capuccino et elle se détendit immédiatement. Itachi avait un véritable pouvoir relaxant sur elle. Discrètement, elle attrapa sa main, bien plus chaude et avec un sourire timide, lui confia :
-Je suis contente que tu sois là.
Pendant ce temps, un groupe d'adolescents à moitié congelés grimpaient les nombreuses marches menant au tribunal après s'être perdus deux fois dans cette ville qu'ils connaissaient à peine.
-J'ai mal aux pieds, se plaignit Ino.
-Arrête de geindre, rétorqua Gaara d'un ton agacé, nous sommes arrivés.
-Naruto ! râla Sakura, Sasuke est ton petit-ami ! Tu aurais pu mieux te renseigner sur l'itinéraire avant de nous traîner jusqu'ici, idiot !
Le blondinet leva les yeux au ciel, dépité.
-C'est bon, j'ai déjà dit que j'étais désolé ! répliqua-t-il.
Lorsqu'enfin ils pénétrèrent à l'intérieur du tribunal, un soulagement général se fit sentir. Tous s'étaient levés aux aurores pour prendre le train afin d'assister au procès de Sasuke. Sakura, Ino et Gaara étaient là pour deux raisons. La première, soutenir Naruto. La seconde, parce qu'ils considéraient Sasuke comme leur ami. Naruto, quant à lui, la raison de sa présence était évidente.
-Oh ! Une machine à café, s'exclama joyeusement Ino en pointant du doigt ladite machine. Qui veut quoi ?
En soupirant, Sakura se laissa tomber sur le sol, rapidement imitée par Gaara et Naruto.
-Je m'en fiche du moment que c'est chaud, marmonna-t-elle.
Pleine de bonne volonté, la blondinette s'en alla acheter des boissons chaudes pour tout le monde et lorsqu'elle revint vers eux, les bras chargés de chocolats chauds et de cafés, ils se ruèrent presque sur elle. En soupirant d'aise, Ino s'assis à côté d'une Sakura occupée à siroter un chocolat chaud insipide. Le silence s'installa entre eux pendant qu'ils attendaient avec une impatience soigneusement dissimulée, chacun gardant pour soi son anxiété afin de ne pas contaminer les autres. Malgré la contenance dont il faisait preuve, Naruto était en proie à une peur sans nom. Ses perles azur ne quittaient pas la porte, à l'affut. L'imposante horloge en fer forgé suspendue à l'un des murs affichait neuf heures moins dix. Sasuke serait là d'une minute à l'autre, le blondinet n'en doutait pas.
La porte claqua soudainement. Naruto sursauta et avala de travers le café qu'il était en train d'absorber. Ces longs cheveux noirs, ce visage pâle, ces yeux dépourvus de fond, cette élégance naturelle… il reconnut immédiatement Mikoto Uchiha, la mère de Sasuke. Il ne l'avait vue qu'une seule fois, le jour du spectacle donné par l'école de chant, mais sa ressemblance avec Sasuke était incontestable. Il la suivit du regard, fasciné. D'un pas langoureux, elle se dirigea vers deux autres personnes occupées à siroter un café. Naruto se figea en reconnaissant Itachi Uchiha, le frère aîné de Sasuke. En revanche, la rouquine au sourire timide qui saluait Mikoto, il l'avait vaguement aperçue au spectacle mais ne la connaissait pas. Naruto fut tenté de se lever pour aller se présenter dignement mais il se ravisa tout aussi vite, jugeant que cette tâche incombait à Sasuke.
La porte s'ouvrit une seconde fois. Encadré par deux policiers, mains entravées et Sasori sur les talons, Sasuke pénétra dans le hall. Naruto bondit sur ses pieds et s'approcha de lui d'un pas pressé, refoulant son intimidation. Le ténébreux le détailla avec une pointe de surprise au fond des yeux, comme si sa présence l'étonnait.
-Usuratonkachi ? Tu es venu ?
Naruto lui décocha un sourire chargé de lumière.
-Bien sûr que je suis venu, répondit-il, d'ailleurs…
-Sasuke !
Les visages des deux adolescents se tournèrent vers Mikoto, Karin et Itachi qui s'approchaient tranquillement. La timidité originelle du blondinet réapparut soudainement, empourprant ses joues. Il baissa les yeux, se découvrant une passion soudaine pour le sol en marbre gris. Naturellement, Sasuke embrassa sa famille et se contenta de saluer Karin d'un bref signe de tête. Tandis que le ténébreux entrait en grande conversation avec sa mère, les prunelles de Naruto remontèrent lentement jusqu'à ses mains entravées. Un pincement aigu serra son cœur sans qu'il ne en connaisse la raison. Le fossé qui les séparait ne lui avait encore jamais semblé si large.
-Excusez-moi, les interrompit Sasori, mais je dois emmener Sasuke ailleurs afin qu'il puisse discuter avec son avocat, vous le reverrez après le procès. Madame Uchiha, vous venez ?
Mikoto opina de la tête et leur emboîta le pas. Sasuke était encore mineur, la présence de sa mère restait donc obligatoire. Il regarda par-dessus son épaule, un sourire angélique sur le visage.
-À tout à l'heure, souffla-t-il discrètement à l'égard de Naruto.
L'intéressé lui répondit par un faible sourire et le regarda s'éloigner.
Lorsque Sasuke pénétra dans la salle d'audience, il fut surpris par le nombre de personnes présentes. Serrés les uns contre les autres, micro et calepin en main, quelques journalistes locaux s'apprêtaient à coucher sur le papier le déroulement du procès. Le public dévisagea Sasuke d'un air à la fois froid et curieux. L'adolescent s'approcha pour se placer face à la juge Tsunade dont le regard semblait inhabituellement sévère. Un silence religieux régnait dans la large pièce aux murs recouverts de bois véritable. Seul le bruit de ses pas se faisaient entendre. Maître Jiraya, son avocat s'assit aux côtés de Karin et Sasori, à quelques pas seulement de Sasuke. Ce dernier balaya la salle d'un œil affolé, en quête d'un quelconque regard réconfortant, d'un quelconque sourire. Son cœur sembla calmer ses battements lorsque ses orbes onyx s'attardèrent sur Mikoto, puis sur Itachi, puis sur Karin, puis sur Sasori et enfin, sur les autres membres de la chorale. Toutes ces personnes venues pour l'encourager lui transmirent, en un regard, en un sourire, le courage qui lui faisait défaut. Il fut également heureux et soulagé de constater l'absence de son père.
Tsunade se racla la gorge et annonça le début du procès. Comme si elle craignait qu'il soit victime d'amnésie, elle rappela à Sasuke le motif de son enfermement. Dans le public, quelques traits se crispèrent, quelques murmures s'élevèrent, quelques regards devinrent glacials. Sasuke gardait le silence, lèvres pincées et sourcils froncés, soutenant le regard dur de Tsunade. Entendre une énième fois les faits produits ce soir-là était presque insupportable pour lui, comme pour sa mère et son frère. Remarquant les yeux larmoyants de Mikoto, Itachi lui prit la main avec douceur et lui sourit gentiment.
Naruto, de son côté, bouillonnait de rage sur son siège, se retenant de flanquer un coup de poing digne de Mike Tyson à l'abruti installé derrière lui occupé à baver sur Sasuke. D'ailleurs, il ne comprenait toujours pas les raisons ayant poussé le ténébreux à garder secrète la violence de son père. Aux yeux de beaucoup de gens, Sasuke passait pour un fou ayant des problèmes de gestion de la colère mais au fond combien d'entre eux le connaissaient vraiment ? Aucun.
Une fois l'histoire dramatique de la famille Uchiha contée, Tsunade posa quelques questions à Sasuke sur son séjour en détention et sur son expérience musicale auxquelles il répondit avec un calme admiratif. Mains jointes devant son visage pâle, Tsunade l'examinait avec attention, jaugeant ses moindres changements d'expression, tentant de lire à travers les lignes, de deviner ses véritables sentiments. De par sa longue expérience, elle savait que le visage d'une personne n'était souvent qu'un masque dissimulant moult secrets.
Recroquevillé sur son siège, Naruto serrait les dents, ne lâchant pas Sasuke du regard. Sa capacité à rester calme dans n'importe quelle situation le surprendrait toujours. S'il s'était trouvé à la place du ténébreux, Naruto aurait dû faire montre d'un courage exemplaire pour ne pas sauter au cou de ces journalistes en train de griffonner sur leur calepin ou de cette juge aux yeux inquisiteurs. L'atmosphère régnant dans la salle d'audience était lourde, suffocante. En dépit de la saison, une chaleur dense planait dans la pièce, rendant les propos de Tsunade encore plus insupportables.
Naruto jeta un coup d'œil à la dérobée à ses amis. Concentré, Gaara ne pipait mot, écoutant avec attention l'histoire dramatique dont Sasuke était le personnage principal. Ino et Sakura semblaient également pendues aux lèvres de la juge, guettant de temps à autre les réactions de Sasuke, craignant qu'il ne perde le contrôle de lui-même. Naruto reporta son attention sur l'accusé. Un long soupir franchit la barrière de ses lèvres sèches. Son cœur cognait furieusement contre sa poitrine, comme s'il cherchait à en sortir. Pris d'une soudaine nausée, il déglutit avec difficulté. Pourquoi avait-il la désagréable impression que la température venait de grimper d'un cran ? La sueur perlait sur son front, collant ses cheveux en d'épaisses mèches blondes. Chaque mot qu'il entendait, chaque regard qu'il surprenait lui faisait un mal indéfinissable et voir Sasuke affublé d'un crime dont il n'était pas l'unique coupable le mettait hors de lui.
Ne pouvant en supporter davantage, il se leva soudainement et quitta le tribunal en murmurant un « désolé » à peine inaudible. Stupéfaite par cette réaction inattendue, Sakura le suivit sous les regards stupéfaits de Gaara et Ino. Sasuke, lui, se contenta de baisser les yeux, conscient de la tristesse qu'il engendrait involontairement. D'un pas précipité, le blondinet traversa le hall. Une fois dehors, il ne put retenir un long soupir. Machinalement, il descendit quelques marches, tournant le dos à l'imposant bâtiment. Assister au procès et entendre toutes ces horreurs au sujet de Sasuke se révélait plus difficile qu'il ne l'avait cru.
Sa langue frétillait d'envie de dévoiler la vérité que Sasuke s'efforçait de taire. Plusieurs fois, il manqua de bondir sur ses pieds pour hurler que Sasuke n'avait fait que se défendre, qu'il n'était pas le seul responsable dans cette affaire, que Fugaku Uchiha devait aussi payer le prix de ses erreurs. Mais heureusement pour le ténébreux, sa lucidité domina son impulsivité originelle. La plupart des personnes assises dans cette salle considéraient Sasuke comme un vulgaire criminel qui ne méritait pas la liberté. Elles ne le connaissaient pas. Sasuke était tout sauf un criminel, il était un artiste rêveur, un chanteur bourré de talent, un garçon au cœur tendre. Il n'était pas ce qu'il montrait et se trouvait à des années lumières des écrits de ces journalistes avides d'histoires sanglantes. Alors les écouter délibérer sur un Sasuke totalement inconnu, pour ne pas dire inexistant, le rendait presque malade.
Nerveusement, il se mordillait la lèvre inférieure, jetant de temps à autre un coup d'œil derrière son épaule avec l'espoir de le voir apparaître. Une bourrasque soudaine chassa la chaleur de ses vêtements, le faisait greloter. D'épais nuages gris couvraient le ciel, étouffant l'éclat du soleil. Même Dame Nature semblait contre eux aujourd'hui. Malgré son tempérament cartésien, Naruto ne put s'empêcher d'éprouver une étrange sensation, comme un pressentiment n'annonçant rien de bon. Jusqu'alors, il n'avait cessé de croire en la libération de Sasuke mais cependant que le procès avait lieu, il mettait en doute ses croyances et ses espoirs. Sasuke ne sortirait peut-être pas. Pensée insupportable pour l'adolescent qui sentit son cœur battre une nouvelle fois le record de vitesse.
Il baissa les yeux pour étudier le sol, perplexe. Le pire dans tout ça, selon lui, restait le regard des autres, si froid et distant. Il en venait presque à admirer Sasuke pour sa maîtrise de soi et son calme mesuré. Les regards qu'il devait supporter continuellement et qu'il supporterait encore une fois libéré étaient incroyablement durs. À travers eux, on devait se sentir impuissant, incapable, presque étranger. Chaque paire d'yeux véhiculait quelque chose de différent. Dans certaines fulgurait la peur, dans d'autres demeuraient la colère et le dédain. Naruto clôt les paupières et secoua la tête de gauche à droite, éloignant les images troublant son esprit. Dans son dos, des pas familiers résonnèrent soudainement. Il se retourna.
Sakura se tenait devant lui, une mine inquiète sur le visage.
-Naruto ? Est-ce que ça va ? demanda-t-elle.
Naruto ouvrit la bouche pour répondre mais aucun son n'en sortit. Il inspira profondément pour tenter de calmer son angoisse grandissante et glissa une main dans ses cheveux blonds.
-Sakura… c'est peut-être lâche de ma part mais je… je ne supporte plus d'être dans cette salle, expliqua-t-il dans un souffle. S'ils ne veulent pas… si Sasuke ne sort pas… je…
-Il va sortir, le coupa-t-elle, j'en suis sûre.
Un fantôme de sourire flotta au coin des lèvres de Naruto.
-Merci mais je crois que je vais attendre ici.
La jeune fille répondit à son sourire avant de s'asseoir sur l'une des marches en pierre grise. Consterné, Naruto haussa un sourcil.
-Qu'est-ce… commença-t-il.
-Ben j'attend avec toi, répondit-elle en haussant les épaules. Tu ne penses quand même pas que je vais te laisser déprimer tout seul dans ton coin ?
Naruto voulut rétorquer mais se ravisa, se contentant simplement de se laisser tomber aux côtés de son amie de toujours. En poussant un petit rire discret, elle ramena ses genoux contre sa poitrine afin de garder un maximum de chaleur. Le silence s'installa entre eux, ébréché par le bruit de la circulation. Les prunelles de jade de Sakura balayaient le paysage avec une certaine amertume. Voir son ami dans un tel état l'attristait profondément, d'autant plus qu'elle restait impuissante face à sa détresse.
D'un naturel jovial, Naruto souriait toujours, pleurait rarement. Pourtant, depuis plusieurs mois, Sakura aurait pu compter sur les doigts de sa main le nombre de fois où elle l'avait entendu rire. Les seuls instants où Naruto paraissait véritablement heureux étaient en présence de Sasuke. Le reste du temps, il s'apitoyait et se posait une salve de questions quant à son avenir commun avec le ténébreux, s'interrogeant sur l'issue du procès, tentant de réprimer ses craintes. Même s'il n'oubliait pas ses rêves, son existence gravitait autour de Sasuke. Parfois, le blondinet trouvait un peu de réconfort dans la musique, jouant du piano durant des heures interminables, fuyant la cruelle réalité.
Sakura soupira, affligée. Si seulement elle pouvait faire quelque chose pour lui, pour eux, elle n'hésiterait pas une seconde. Mais que pouvait-elle faire d'autre qu'attendre aux côtés d'un Naruto au comble du désespoir ? Elle lui jeta un regard à la dérobée et son cœur se serra au creux de sa poitrine. Yeux perdus dans le vague, Naruto semblait ailleurs.
-Je ne supporterais pas d'entendre un verdict négatif, murmura-t-il. C'est pour ça que je suis parti.
Sakura posa une main amicale sur son épaule. La chaleur de sa paume arracha un triste sourire à Naruto. Il songea qu'il avait de la chance d'avoir une amie telle que Sakura. Certes, elle n'était pas très douée pour remonter le moral des autres mais sa seule présence lui réchauffait le cœur. Parce qu'après tout, subir à deux était moins difficile que subir seul. Si Kiba et Sakura ne se trouvaient pas à ses côtés, sa vie n'aurait pas la même saveur. Délicatement, il posa sa main, bien plus froide, sur celle de la jeune fille. Et, dans un silence révélateur, ils patientèrent, ils espérèrent, chacun essayant de soulager la peine de l'autre. Naruto s'efforçait de respirer lentement, tentant d'absorber en lui le calme que Sakura lui transmettait. Naturellement, la jeune femme commença à fredonner l'air de Shadow of love. Bercé par la douce mélodie de sa voix, Naruto ferma les yeux. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres et il pressa la main de Sakura. Le vent caressait leurs visages avec timidité, emportant avec lui les mots de la jeune fille.
Quelques personnes –avocats, juges, ou encore de simples passants- les dévisagèrent étrangement. Elle ne s'arrêta pas de chanter, nullement dérangée par leurs regards inquisiteurs. Si la musique et la chaleur de sa paume suffisaient à consoler ne serait-ce qu'un peu son meilleur ami, alors elle ne s'arrêterait pas. Pour rien au monde. L'amitié qu'ils se portaient était clairement visible dans chacun de leur geste, dans le moindre des regards qu'ils échangeaient. Parfois, certaines personnes sont tellement liées l'une à l'autre que c'en devient troublant, qu'on en arrive à les repérer immédiatement au milieu d'une foule. Comme un réflexe, Sakura laissa sa joue se poser sur l'épaule de Naruto, toujours en fredonnant discrètement. Le blondinet leva les yeux vers le ciel. Quelques minces rais de lumière perforaient les nuages d'un gris maussade, redonnant un peu d'espoir aux deux adolescents.
Plongés dans leurs pensées, ils n'entendirent pas quelqu'un s'approcher. Trois marches au-dessus d'eux, Sasuke contemplait Naruto avec un amour clairement discernable au fond des yeux. Puis il fixa longuement la route s'étendant à ses pieds. Il songea alors qu'il pouvait soit tourner à gauche, soit tourner à droite, ou encore aller tout droit sans que personne ne vienne le sermonner. Il prit conscience qu'il pouvait se rendre au cinéma ou dans un bar, qu'il pouvait manger une glace au chocolat ou boire un verre de vodka. Mais il n'y avait qu'un seul endroit où il désirait se rendre. Entre ses bras.
-Hey… souffla-t-il.
Dans une synchronisation parfaite, Naruto et Sakura sursautèrent. Le blond bondit sur ses pieds et se retourna à la volée. Avec plus de lenteur, Sakura l'imita. D'un œil brillant, il jaugea Sasuke. En ricanant, le ténébreux descendit les quelques marches qui les séparaient encore. Les deux garçons se toisèrent silencieusement, aucun n'osant faire un pas vers l'autre. Ils croyaient rêver. Une pudeur soudaine naquit entre eux, comme s'ils se rencontraient pour la première fois.
-Alors ? demanda finalement Naruto d'une voix rauque.
Le blondinet connaissait déjà la réponse mais voulait l'entendre de vive voix.
-Alors… je suis libre, déclara Sasuke avec un sourire aux lèvres.
Les perles azur de Naruto s'humidifièrent un peu. Aucun mot ne pourrait décrire ce qu'il ressentit à cet instant précis. Il fut pris d'une terrible envie de serrer Sasuke contre lui mais il ne parvenait pas à bouger. Ses jambes semblaient clouées au sol. Sakura, quant à elle, porta une main à sa bouche, dissimulant un sourire rayonnant. Sasuke aussi souriait. Il souriait à ce blondinet à la mine ébahie tout en songeant qu'il ne l'avait jamais trouvé aussi beau. Et le plus merveilleux dans cette histoire, c'était que ce blondinet à la beauté troublante l'aimait.
Puis, sans crier gare, Sakura lui sauta au cou et l'étreignit de toutes ses forces.
-D'où tu m'enlaces, Malabar ?
-Je suis tellement contente pour vous ! s'enthousiasma la jeune fille, j'en pleurerais presque !
-Si tu veux pleurer, ne le fait pas sur mon épaule, ton mascara va tâcher mon pull, râla-t-il en se libérant de son étreinte, recule maintenant.
-Ouais recule, bougonna Naruto.
Sasuke pouffa discrètement lorsque Sakura menaça de l'étriper s'il la surnommait encore « Malabar ». Naruto essuya rapidement ses larmes avant d'attirer Sasuke à lui pour le serrer contre son cœur. Le brun enroula les bras autour de son cou et l'étreignit avec une telle force que ses ongles griffèrent un peu sa nuque. Et là, de nouvelles larmes jaillirent. Cependant, cette fois ils pleuraient leur joie et non leur peine. Ils fermèrent les yeux un instant, égarés dans leur bonheur. Ce fut un moment dans l'éternité. Dans leur éternité. La vie sembla s'arrêter subitement et le temps d'une étreinte, le monde cessa de tourner. Le visage joyeux de Sakura s'évanouit et le bruit de la circulation n'exista plus. Il ne persistait plus que la chaleur de l'autre, son parfum, la saveur de ses lèvres, les battements irréguliers de son cœur, la douceur de ses cheveux. Ce jour marquait la fin d'un combat laborieux.
Enfin, ils allaient être ensemble, véritablement ensemble, après des mois de souffrance, d'embrassades furtives dans les toilettes de la chorale, de questionnement, de doutes. Enfin, ils allaient pouvoir se rendre au cinéma, au théâtre, à la chorale main dans la main. Enfin, ils allaient pouvoir s'embrasser sans se cacher, savourer le plaisir de se promener main dans la main, partager des moments d'intimité à l'abri des regards indiscrets. Enfin, ils allaient pouvoir débuter une relation réelle, sincère, véritable, une relation qui résisterait à bien des obstacles puisqu'elle était parvenue à supporter l'absence. Enfin, ils allaient apprendre à se connaître, à se connaître vraiment dans un autre monde que celui du centre de détention.
Enfin, ils allaient s'aimer. S'aimer pleinement.
-Sasuke ! Naruto !
Sans se décoller l'un de l'autre, les deux adolescents aperçurent Ino et Gaara accourir vers eux, une mine radieuse sur le visage. Hilare, la blondinette sauta sur les deux garçons, ignorant leurs protestations, et les serra contre elle avec affection. Gaara l'imita, oubliant ses habitudes réservées. Puis, vaincue, Sakura fit de même, ses yeux émeraude inondés de larmes. Le bonheur de Sasuke et Naruto était également le leur. Leurs peurs avaient été celles de tous, leurs larmes avaient été celles de tous, leurs rires avaient été ceux de tous. Les cinq chanteurs avaient scellé leur amitié ce fameux jour de septembre où ils enflammèrent la scène, où une centaine de personnes étaient venues les applaudir, où ils apprirent à se connaître et à s'apprécier davantage, abolissant la barrière des préjugés.
La veille du procès, Ino avait passé la nuit chez Sakura et les deux jeunes femmes furent incapables de fermer l'œil. Résignées à trouver le sommeil, elles tuèrent le temps devant les épisodes d'une série télévisée ridicule. Gaara aussi fut victime d'une insomnie la nuit précédente mais s'était contenté de jouer un air de guitare au grand malheur de son frère, Kankurô, qui partageait la chambre avec lui. Ils s'étaient inquiétés pour eux. Pour Naruto parce qu'ils savaient pertinemment que si Sasuke restait enfermé, le blondinet s'en remettrait difficilement. Pour Sasuke parce qu'il était désormais leur ami et qu'il n'avait rien à faire dans un centre de détention.
Agglutinés les uns aux autres, insensibles à la fraîcheur âpre de l'alizé, ils se remémorèrent le long chemin parcouru jusqu'à ce jour à jamais gravé dans leur mémoire. Ils se souvinrent, non sans sourire, de la guerre entre Naruto et Sasuke dès l'arrivée de ce dernier à la chorale. En évoquant ce souvenir à présent dérisoire, ils partirent dans un éclat de rire commun. Une page venait de se tourner. Tout serait différent, désormais.
Très vite, ils furent rejoints par Mikoto, Itachi, Karin et Sasori. L'éducateur ébouriffa amicalement la chevelure sombre de Sasuke tout en marmonnant un « toi tu m'auras donné du mal » entre ses dents. Après s'être libéré tant bien que mal de l'étreinte ferme du rouquin, Sasuke présenta chacun de ses amis. Il omit de préciser que Naruto était son petit ami mais il n'eut pas besoin de le faire : le clin d'œil complice que lui envoya Itachi ainsi que le sourire amusé de sa mère lui firent comprendre qu'ils savaient déjà. Le pouvoir de la famille sans doute. Ils discutèrent pendant une poignée de minutes avant que Gaara, Ino et Sakura ne les quittent, le cœur léger et le visage affublé d'un sourire rayonnant.
Puis, au comble du bonheur, Mikoto étreignit Sasuke avec cette douceur dont elle seule avait le secret. Le jeune homme fut envahi par une sensation de bien-être incomparable. Il n'y avait pas d'âge pour serrer sa mère contre soi.
-Sasuke… je suis vraiment heureuse que tu sois libéré, chuchota-t-elle contre son oreille.
Emue, Karin attrapa la main d'Itachi. Perdu dans ses pensées, ce dernier sursauta brutalement, ce qui la fit sourire. Les traits de son visage s'adoucirent face au regard brillant de la rouquine et à ses joues marbrées de pourpre. Sasuke ne tiqua pas en apercevant leurs mains liées. Il n'en fut même pas étonné et ne posa aucune question, se contentant simplement de leur adresser un clin d'œil amusé. Karin évita ses orbes rieurs, embarrassée. Plus tard, dans une lettre qu'elle rédigerait à sa défunte mère, elle dirait que Sasuke avait deviné leur futur bien avant eux.
Dans un élan de bonté, Itachi invita tout le monde au restaurant pour fêter la libération de son petit-frère. Sasori refusa poliment, expliquant qu'une tonne de travail l'attendait au centre de détention. Naruto n'en laissa rien paraître mais une tristesse innommable partit à l'assaut de son cœur. Lui qui pensait passer le reste de l'après-midi aux côtés de Sasuke, voilà que c'était fichu. Comme s'il lisait dans ses pensées, Itachi déclara d'un ton enjoué :
-Aller… tu viens avec nous, Naruto.
Pris de court, le concerné sentit ses joues virer au rouge pendant que Karin marmonnait quelque chose ressemblant à un « c'est toi qui invite alors ? » taquin à l'oreille d'Itachi.
-Je… je ne voudrais pas m'imposer, balbutia-t-il, gêné.
Mikoto lui décocha un doux sourire.
-Tu ne déranges personne tu sais, le rassura-t-elle. Tu es l'ami de mon fils après tout, tu as été à ses côtés sans doute plus que je ne l'ai été moi-même. Je te dois bien ça, non ?
Le regard qu'elle lui envoyait calma toutes ses angoisses. Il se mit alors à penser que cette femme était la gentillesse incarnée. Il examina les traits de son visage avec plus d'attention, troublé par cette beauté austère dont Sasuke avait hérité. Avec douceur, elle tapota son épaule, espérant ainsi le rassurer. Puis, toujours avec ce sourire chargé de lumière, elle emboîta le pas à Karin et Itachi. Amusé, Sasuke gloussa discrètement. Naruto se tourna vers lui et l'interrogea du regard, stupéfait.
-Tu… tu lui as dit, c'est ça ?
Sasuke haussa les épaules d'un air désinvolte.
-C'est ma mère après tout, répondit-il laconiquement. Je trouve ça normal de lui dire que j'aime quelqu'un.
-Ouais… ben t'aurais pu me prévenir avant, marmonna le blond dans sa barbe.
La mine boudeuse imprimée sur son visage au teint hâlé fit ricaner Sasuke. Ses lèvres effleurèrent l'oreille de Naruto, lui arrachant un agréable frisson.
-On peut enfin le faire, susurra-t-il.
-Faire quoi ?
-Ca.
Et Sasuke lui prit doucement la main. Un pourpre embarrassant teinta les joues du blondinet et Sasuke sourit, serein. Sans dire un mot, ils suivirent les trois adultes, savourant le plaisir de marcher côte à côte, main dans la main, en toute liberté. Le monde leur parut soudainement plus coloré. Les couleurs du parterre de fleurs bordant le trottoir sur lequel ils marchaient étaient étonnement vives, presque aveuglantes. Le vent ne soufflait soudainement plus : il chantait et faisait danser les feuilles des arbres. Le bruit des voitures et l'air pollué qu'ils respiraient sans même s'en rendre compte ne s'avéraient pas dérangeants et la fontaine d'eau fraîche devant laquelle ils passèrent leur sembla d'une beauté incroyable.
Tenir la main de l'être aimé rendait la vie plus belle, l'air plus doux, le soleil plus chaud. L'être aimé embellissait tout.
Itachi les conduisit jusqu'à une pizzeria située non loin du tribunal. Au cours du repas, Naruto se détendit, plaisantant même avec Itachi au sujet d'un Sasuke faussement vexé. En effet, Mikoto et Itachi s'amusèrent à dénoncer les idioties que Sasuke avait faîtes durant son enfance, ce qui fit rire tout le monde sauf le concerné. Ce dernier se contenta de manger sa pizza tranquillement, ignorant simplement son imbécile de frère et sa mère hilare. Puis la discussion devint plus sérieuse. Il fut convenu que Sasuke logerait chez Itachi en attendant que Mikoto trouve un appartement. Elle vivait toujours chez Uruchi et venait à peine de dénicher un travail de secrétaire dans un cabinet médical. Sasuke ne s'opposa pas à cette décision, au contraire. Son frère et lui avaient énormément de temps à rattraper. Réapprendre à être une famille serait un travail long et quelque peu laborieux mais un travail tout de même merveilleux.
Au moment du dessert, tandis qu'il fixait son banana split d'un œil affolé, Naruto brava sa timidité et demanda à Mikoto la permission d'inviter Sasuke chez lui ce soir. Suite à cette requête inattendue, un silence inconfortable s'installa entre eux. La bouche pleine de tiramisu, Sasuke l'avait dévisagé d'un air surpris. Les yeux rivés sur Mikoto, Karin et Itachi s'attendirent à un refus cinglant étant donné qu'elle n'avait plus partagé de moments intimes avec son cadet depuis longtemps mais ils furent étonnés. En souriant gentiment, Mikoto accepta. Naruto peina à réprimer la joie déferlant en lui et balbutia un « merci » presque inaudible.
Aux alentours de quatorze heures, ils se séparèrent devant le restaurant italien. Après avoir déposé quelques baisers tendres sur les joues de son fils cadet, Mikoto partit de son côté. Karin et Itachi firent de même, laissant les deux adolescents livrés à eux-mêmes. Le visage rayonnant de bonheur, Naruto se tourna vers Sasuke et lui décocha un sourire espiègle.
-Alors ? Ca fait quoi d'être enfin libre ? demanda-t-il avec curiosité.
-Bizarre, répondit Sasuke. Plus personne ne va me dire quand manger ou quand dormir. C'est bizarre.
Soudainement, la joie imprimée sur les traits de Naruto s'effaça, laissant la place à un air grave, presque solennel.
-Et quelles sont les conditions de ta liberté ?
-Je n'aurais pas de problème tant que j'obtiendrais de bons résultats scolaires, que je rendrais visite à mon délégué judiciaire et que je ne ferais pas parler de moi.
-Alors il n'y aura aucun problème ! Hein ? s'enquit-il.
-Non, aucun. Sois tranquille, usuratonkachi.
Rassuré, Naruto sourit une nouvelle fois et attrapa la main de son amour pour l'entraîner à travers la ville. Le temps était étonnement doux, le soleil se trouvait haut dans le ciel et les nuages gris de la matinée avaient disparus. Leurs doigts entremêlés, ils sillonnèrent dans Yokohama, insouciants et au comble du bonheur. Le regard brillant de Sasuke ne quittait pas Naruto, pas une seconde, hypnotisé par sa beauté. Son long combat entre les murs de l'IPPJ avait valu la peine puisque désormais il obtenait le droit d'aimer l'usuratonkachi de tout son cœur, sans avoir besoin de se cacher ou de mentir. Au sein de sa poitrine, son cœur battait de joie. Jamais la liberté n'aurait pu avoir meilleure saveur. La main de Naruto était si chaude, si sécurisante que Sasuke avait l'impression qu'il ne pourrait jamais rien lui arriver. Sans réellement savoir pourquoi, il s'arrêta de marcher. Surpris, Naruto l'interrogea du regard.
-Naruto…
-Qu…
Sasuke lui coupa la parole de la plus belle des manières. Il colla les lèvres à celles du blondinet avec douceur et sensualité, savourant le bonheur de l'embrasser ailleurs que dans les toilettes de la chorale. Il avait dû se retenir durant le dîner et maintenant qu'il embrassait ses lèvres, il en avait des papillons dans le ventre. Naruto répondit à son baiser avec douceur et passion, caressant sa joue du bout des doigts. Depuis maintenant quatre mois, ils échangeaient une multitude de baisers mais aucun n'avait encore possédé une telle saveur. Le goût de cette embrassade sous un timide soleil de janvier était celui de la liberté.
Moult choses véhiculaient à travers leurs lèvres scellées. Il y'avait toutes ces paroles, celles qu'ils s'étaient dîtes, celles qu'ils ne s'étaient pas dîtes, par pudeur ou par crainte. Il y'avait leur amour, rendu plus fort par l'épreuve de l'absence. Il y'avait l'espoir en l'avenir, en la naissance, au creux de leurs cœurs, d'un futur commun. Il y'avait là le symbole d'une page qui se tourne, de l'écriture d'un nouveau chapitre d'une vie tumultueuse, la promesse d'une existence meilleure, la promesse de deux mains qui ne se lâcheraient pas. Contrairement à Sakura, Naruto ne lisait jamais son horoscope et ne croyait aucunement au tarot ou à la voyance. À l'exception des romans de Stephen King, Sasuke détestait la science-fiction. Néanmoins, à cet instant précis, tandis que leurs bouches s'unissaient une nouvelle fois dans un rayon de soleil, ils entraperçurent leur avenir.
À contre cœur, Naruto se décolla de Sasuke pour chuchoter d'une voix suave :
-On y va.
Sasuke haussa les sourcils.
-On va où ? demanda-t-il.
-Au cinéma.
Une évidence. Le ténébreux sourit, heureux. Naruto lisait-il dans ses pensées ? À force, il allait commencer à le croire. Le blondinet enveloppa la main de Sasuke dans la sienne et les conduisit au cinéma. À cette heure de la journée, l'établissement était quasiment désert. Les deux adolescents scrutèrent les affiches des films d'un œil impatient, peinant à se décider. Après un bon quart d'heure de délibération, ils trouvèrent un terrain d'entente et optèrent pour Target, un film d'action mettant en scène deux agents secrets amoureux de la même fille. Munis de pop-corn, ils achetèrent leur ticket et pénétrèrent dans la salle faiblement éclairée. Assis au milieu d'une rangée située en hauteur, les deux garçons discutèrent naturellement de tout et de rien jusqu'au début du film. Naruto tiqua un instant lorsque Sasuke loua la beauté de l'un des acteurs. En proie à une jalousie ridicule qu'il dissimula parfaitement, il se pencha sur le visage de son amour, embrassant ses lèvres dans l'espoir de lui faire oublier cet agent secret de malheur aux yeux d'un bleu magnétique. Ils ne surent rien de la suite du film et ne touchèrent pas aux pop-corn.
Leurs lèvres ne se séparèrent qu'une fois les lumières rallumées. Eblouis, ils se jaugèrent avec une pointe de stupéfaction, brutalement ramenés à la réalité. Puis Sasuke éclata d'un rire discret auquel Naruto se joignit rapidement. Puis dans un silence serein, ils quittèrent le cinéma pour la gare de Yokohama. Ils sillonnèrent à travers les rues de la ville, frissonnant à la caresse du vent, s'amusant à voir leurs ombres s'étirer sous la lueurs des lampadaires bordant le trottoir. En chœur, il chantonnèrent l'air de The antem*, couvrant de leurs voix le bruit d'une circulation de plus en plus fluide. Toujours en fredonnant, ils attendirent patiemment sur le quai et lorsqu'enfin leur train pointa le bout de son nez, ils ne cessèrent de chanter, ignorant les regards consternés des autres passagers. Ils traversèrent les différents compartiments jusqu'à en trouver un vide. Ils se laissèrent tomber sur une banquette et, comme un réflexe, leurs lèvres s'agrippèrent une nouvelle fois. Buste contre buste et doigts entremêlés, ils se perdirent dans la chaleur de l'autre, oubliant tout du monde extérieur.
Après un trajet d'une demi-heure, ils traversèrent le centre-ville de Tokyo pour arriver dans le quartier où résidait Naruto. La maison des Uzumaki était modeste mais confortable et chaleureuse. Sasuke s'y sentit immédiatement à l'aise. Machinalement, les deux garçons enlevèrent leurs chaussures puis Sasuke suivit Naruto jusqu'au salon. Curieux, le brun examina avec attention chaque détail de la pièce, appréciant le papier peint d'un bordeaux discret recouvrant les murs. Il ne put s'empêcher de glousser devant le véritable capharnaüm régnant dans la pièce et il songea que si sa propre mère voyait un tel désordre, elle ne pourrait s'empêcher de ranger. Des livres traînaient négligemment sur la table basse ainsi que des canettes de soda vides et de deux ou trois papiers de bonbon. La télécommande se trouvait au fin fond du canapé en cuir beige, à moitié dissimulée sous un plaid en laine sur lequel un chat à la fourrure rousse dormait profondément. Quelques vêtements gisaient sur le rocking-chair situé à côté d'un feu de cheminée éteint. Sasuke sourit. Il reconnaissait bien là son petit ami.
-Ta mère n'est pas là ? remarqua-t-il.
Naruto lui envoya un clin d'œil charmeur.
-Non, elle est infirmière et travaille de nuit, aujourd'hui.
-Je vois…
Naruto lui proposa à boire. Il accepta. Puis comme n'importe quels autres adolescents de leur âge, ils se laissèrent tomber sur le canapé avec un bol de nouilles instantanées. Aux alentours de vingt trois heures, ils éteignirent la télévision, donnèrent une dernière caresse au chat nommé Kyûbi et grimpèrent les escaliers avec l'intention d'aller dormir. Lorsque Sasuke pénétra dans la chambre de Naruto, il sentit son cœur danser la rumba.
La chambre aux murs recouverts de bleu était spacieuse et tout à l'image de son occupant. Une étagère pleine de livres gisait dans l'un des coins, face au lit. Quelques posters se trouvaient accrochés au mur, dont l'un représentant l'équipe de football anglaise, Manchester United dont Sasuke déplorait le jeu de ballon. Il ne le dit pas à Naruto, préférant éviter une guerre entre supporters, mais il préférait de loin l'équipe de Chelsea. Le parfum aux arômes épicés collant à la peau de Naruto flottait dans l'air. Ses prunelles brillèrent d'un éclat nouveau et, avides, examinèrent soigneusement chaque recoin de cette pièce particulière. Découvrir l'intimité de Naruto engendrait en lui une salve d'émotions étranges. Il avait comme l'impression d'entrer dans un autre monde, de découvrir une nouvelle facette du blondinet mais surtout, il se sentait véritablement spécial à ses yeux. Somme toute, Naruto n'était pas du genre à ramener n'importe qui dans sa chambre.
Alors un espèce de film se mit à tourner dans sa tête. Il imagina les instants que Naruto avait pu passer entre ces quatre murs. Il le vit sur son lit, couché sur le ventre, écouteurs dans les oreilles, occupé à composer une nouvelle chanson. Il le vit devant sa bibliothèque, sourcils froncés et index tapotant sa bouche, en quête d'un roman digne de ce nom. Il l'imagina aussi sur le sol, assis sur un futon confortable en compagnie de Kiba Inuzuka, déblatérant des imbécilités plus grosses que lui ou regardant un film comique sur son ordinateur portable. Il le vit au milieu de la pièce, le regard rêveur, les mains égarées dans la fourrure rousse d'un Kyûbi niché contre sa poitrine. Il l'imagina aussi lors de ces soirs difficiles où la solitude était de mise, lorsqu'il songeait à son défunt père. En se concentrant très fort, Sasuke pouvait même entendre le son discret de ses sanglots. Il aurait tant voulu être là dans ce genre de moment.
Cependant, le ténébreux ne put s'empêcher de remarquer que tout un côté de la chambre était inoccupé. Il haussa un sourcil dubitatif et se tourna vers Naruto.
-Dis usuratonkachi, pourquoi est-ce qu'il n'y a rien de ce côté-là ? demanda-t-il en pointant ledit côté de l'index.
En poussant un petit rictus, Naruto se laissa tomber sur le lit.
-C'est une place pour mon futur piano, répondit-il.
-Ton piano ?
Naruto se redressa sur les coudes pour le jauger.
-Ben oui. Je n'ai pas encore mon propre piano. Ma mère m'élève seule alors ce n'est pas toujours facile pour elle. Cela fait deux ans que j'économise pour m'en acheter un mais je n'ai toujours pas réuni la somme.
Puis il soupira, soudainement affligé par la petitesse de ses moyens financiers. Sasuke pouffa avant de s'approcher de la bibliothèque, coin le plus intéressant de la chambre selon lui. Beaucoup de livres s'y trouvaient mais il n'y avait que quatre ou cinq romans, le reste des ouvrages étant seulement des biographies de grands compositeurs. D'un œil perplexe, il examina les quelques romans qui se présentaient à lui mais détourna bien vite le regard, accablé.
-Usuratonkachi, tu n'as que des romans de bas étage, bougonna-t-il, ça me ferait presque pitié.
Naruto haussa les épaules mais ne releva pas, totalement désintéressé par la littérature. Les seuls romans qu'il possédait étaient ceux imposés par son professeur de japonais, ni plus ni moins. Malgré son apparence calme et détendue, Naruto était en proie à un stress nouveau. Se trouver dans sa chambre en compagnie de Sasuke le rendait étrangement nerveux. Il se demanda si Sasuke aussi se sentait mal à l'aise. Il lui jeta un regard à la dérobée pour s'apercevoir que le ténébreux feuilletait tranquillement un roman « de bas étage » tout en marmonnant des choses incompréhensibles. Naruto soupira, dépité. Apparemment, il était le seul à s'angoisser pour une raison qu'il ne connaissait pas.
Il fallait dire qu'à part Sasuke, aucun autre garçon n'était venu dans sa chambre. Enfin, il y'avait bien eu Kiba mais il restait un cas à part. Aucun garçon dont il avait été amoureux n'était venu dans sa chambre. De ce fait, il ne savait trop comment agir. Heureusement pour lui, Sasuke ne semblait pas s'en formaliser, bien trop occupé à dénigrer les quelques livres reposant sur sa bibliothèque. Cependant, cela ne dura pas.
-Au fait, Naruto, l'apostropha Sasuke, je voulais te dire…
Le blondinet se redressa sur son séant et fut surpris de la proximité de Sasuke. Plongé dans ses pensées situées à mi-chemin entre la perversion et l'accablement, il ne l'avait pas entendu s'approcher du lit. Les traits de Sasuke s'étaient subitement tendus sans qu'il ne sache pourquoi.
-Quoi ? demanda-t-il.
En proie à une soudaine timidité, le brun dut réunir tout son courage pour soutenir le regard interrogateur de son petit ami.
-Je ne te l'ai jamais dit mais la semaine où je ne suis pas venu à la chorale… ce n'était pas parce que j'étais malade. En réalité, on m'a flanqué en isolement parce que j'avais fait une connerie.
Naruto l'écoutait d'une oreille attentive, les prunelles traversées par l'étonnement.
-On m'a enfermé pendant une semaine, reprit Sasuke, et pendant cette semaine j'ai… j'ai… euh…
Il chercha ses mots et ne se souvint pas s'être déjà senti si ridicule.
-Tu as ? l'encouragea Naruto.
-Je t'ai écrit une chanson.
Il avait prononcé cette phrase d'une traite, oubliant même de respirer. Ils restèrent de longues secondes à se fixer béatement, l'un surpris par cette nouvelle, l'autre au bord de l'hystérie. Puis Naruto lui décocha un de ces sourires dont il avait le secret et il se détendit instantanément.
Il inspira lentement et laissa sa douce voix emplir la pièce.
Find me here
And speak to me
I want to feel you
I need to hear you
You are the light
That's leading me to the place
Where I find peace again
À peine les premiers mots susurrés, le cœur de Naruto sembla suspendre ses battements. La tessiture aigue combinée à la suavité de son timbre ne cesserait jamais de l'impressionner. Cependant, il ne se concentrait pas sur la mélodie de sa voix, non, il écoutait les paroles, les mots tels qu'ils étaient, tels que Sasuke les avait écrits, tels qu'il les avait imaginés depuis sa cellule d'isolement. Il l'aimait. Dieu comme il pouvait aimer Sasuke. Son cœur battait d'amour pour lui et juste pour lui. Dans sa tête, il n'y avait que ce visage à la peau laiteuse, dans ses oreilles, il n'y avait que ce rire aux notes cristallines. Voir Sasuke à seulement deux pas de lui, sans cet éducateur collant dans les parages, semblait encore irréel alors écouter cette chanson frisait carrément le miracle.
You are the strength
That keeps me walking
You are the hope
That keeps me trusting
You are the light to my soul
You are my purpose
You're everything
Everything… ce dernier mot marqua l'esprit de Naruto, le chamboula littéralement. Aimer quelqu'un à ce point et se sentir autant aimé en retour, il n'y avait à ses yeux rien de plus merveilleux au monde. L'amour était une force, une énergie. À travers les paroles chantées par Sasuke, il pouvait voir leur futur commun se dessiner sous ses yeux légèrement humides. Si la voix du ténébreux vacillait sous le poids de l'émotion, elle ne perdait rien de sa beauté. Et ce regard brûlant qu'il lui envoyait… Naruto sentit un frisson traverser tout son corps. Lire entre les lignes n'avait jamais été si facile. L'évidence était là : c'était Sasuke ou personne.
And how can I stand here with you
And not be moved by you
Would you tell me how could it be
Any better than this
Un discret sourire s'arqua sur les lèvres de Naruto, paradoxalement à la gouttelette salée roulant sur sa joue. Il ne connaissait pas vraiment la raison de ses pleurs. Ce n'était pas tout à fait à cause de cette chanson. C'était un peu à cause de tout, du stress qu'il avait emmagasiné ces derniers jours, du manque de sommeil dû à ses nuits blanches, de l'entrelacs de joie et de peur qu'il ressentait en sachant Sasuke définitivement libre.
You calm the storms
And you give me rest
You hold me in your hands
You won't let me fold
You still my heart
When you take my breath away
Would you take me in take me deeper now
S'il ne se trouvait pas assis au bord du lit, Naruto aurait sûrement défailli. Lui qui se trouvait cruellement banal et ennuyeux n'aurait jamais cru représenter tant de choses pour quelqu'un et encore moins pour quelqu'un comme Sasuke. En général, ses histoires d'amour s'avéraient chaotiques mais cette fois ce serait différent. Tout serait différent puisqu'il aimait sincèrement et qu'il était aimé avec cette même authenticité.
Et tandis que Sasuke s'apprêtait à entamer l'ultime couplet, Naruto songea que jamais il ne le laisserait partir. Jamais. Pour rien au monde.
Cause you're all I want
You're all I need
You're everything
Would you tell me how could it be
Any better than this
Il y eut un silence. Sasuke s'approcha de Naruto et, à l'aide de son pouce, essuya les quelques larmes ruisselant sur le visage de ce dernier.
-Cette chanson n'était pas censée te faire pleurer, usuratonkachi, chuchota-t-il.
-Je t'aime Sasuke, lâcha le blond. Je t'aime et je me fiche de tout le reste… du moment que tu es avec moi. Reste avec moi... cette nuit et toutes les autres.
Sasuke fut d'abord stupéfait par les paroles de Naruto puis, vaincu, l'embrassa avec douceur. Rester avec lui ? Il ne demandait pas mieux. Où pourrait-il bien aller d'ailleurs ? Si Naruto était là alors il resterait là. Les bras du blondinet se refermèrent autour de sa taille puis, docilement, il se laissa entraîner sur le lit. Naruto se retrouva sur lui et leur échange innocent devint rapidement plus prononcé. Leurs langues se trouvèrent, dansèrent ensemble. Fébriles, les mains de Sasuke se glissèrent sous le t-shirt de Naruto, découvrant la délicatesse de sa peau. L'épiderme du blondinet frissonnait sous ses phalanges audacieuses tandis qu'il l'embrassait comme si sa vie en dépendait.
Leurs souffles se mêlèrent, ne firent plus qu'un. Lèvres scellées, corps en ébullition, ils oublièrent le monde extérieur, égarés dans une bulle charnelle. La bouche de Naruto se fraya un chemin jusqu'au cou de Sasuke, le couvrant de baisers humides, goûtant à sa peau, en absorbant le goût comme pour en garder une trace indélébile. Doigts égarés dans la chevelure ambrée de Naruto et souffle court, Sasuke clôt les paupières, savourant pleinement la chaleur nouvelle qui déferlait dans son corps. Le blondinet enroula ses bras autour de la taille de Sasuke et se redressa, l'entraînant avec lui. Leurs t-shirts furent de trop et rejoignirent bien vite le sol recouvert d'une moquette blanche. Les mains de Sasuke trouvèrent la nuque de Naruto, la griffèrent involontairement. Les lèvres exploratrices du blondinet remontèrent de la bouche de Sasuke jusqu'à son oreille pour en mordiller le lobe. Le brun ne put retenir un gémissement mêlant bien-être et surprise, puis captura de nouveau sa bouche. Il le sentit sourire contre ses lèvres.
Avec douceur, Naruto incita Sasuke à se rallonger sous lui. Ils n'avaient pas besoin de se parler pour se comprendre, leurs corps agissaient d'eux-mêmes, ivres de désir, comme si toute la passion contenue en eux explosait soudainement. Quelques « je t'aime » se perdaient dans le néant, au détour d'un soupir d'aise. Sasuke serrait Naruto contre lui avec une force telle que ses ongles malmenaient la peau du dos, y laissant quelques traces rougeâtres. Le blondinet ne s'en formalisa pas, trop perdu dans ce tourbillon de passion pour seulement s'en rendre compte. Ses lèvres s'aventurèrent plus loin, désertant le cou de Sasuke pour glisser sur la clavicule, s'attardant ensuite sur les mamelons qui durcirent d'excitation.
Sa langue prétentieuse formait des cercles sur cette peau frissonnante, le mouvement étant quelques fois accentué par la pression de ses lèvres coquines et gourmandes. Chacun de ses gestes débordait de délicatesse et de douceur, de timidité et de maladresse. La veille, dans ce même lit, il se morfondait, la tête enfouie dans l'oreiller, s'imaginant la tournure que prendrait les évènements si Sasuke ne sortait pas du centre de détention. Et aujourd'hui, il l'embrassait passionnément, le cœur battant à n'en plus finir et l'estomac martelé par le désir. Hier n'existait plus.
Sasuke sentait sa peau fondre sur les caresses de Naruto. Les mains du blondinet rallumaient des feux qui demeuraient jusqu'alors éteints. Son corps entier brûlait d'amour pour lui. La langue experte de Naruto remonta lentement jusqu'à son cou et il tourna la tête sur le côté, lui laissant un libre accès. Les dents remplacèrent bien vite la langue, mordillant sa peau avec envie, y laissant quelques marques trahissant une possessivité soigneusement dissimulée. Puis la bouche de Naruto recommença à explorer le torse imberbe et finement musclé de Sasuke, laissant derrière elle un mince sillon de salive.
En sentant Sasuke se cambrer sous son poids, Naruto frémit. De temps à autre, le ténébreux laissait échapper des halètements de plaisir. Le blond se croyait perdu dans une autre dimension. Ses doigts, la paume de ses mains, ses lèvres, sa langue, ses yeux… tout son être s'imprégnait de Sasuke, du goût de sa peau opaline, de l'arôme de son parfum aux effluves mentholés, de la douceur de ses cheveux sombres, de la chaleur de ses étreintes. Il pouvait sentir le cœur de Sasuke tambouriner férocement contre sa poitrine, rendu fou par ses baisers parfois maladroits et hésitants.
Arrivé à hauteur du nombril de Sasuke, Naruto sentit l'excitation grimper d'un cran à tel point qu'il en eut le vertige. Dans une lente et douce caresse, sa main glissa sur le ventre de Sasuke pour terminer sur le bouton de son jeans. Contre toute attente, Sasuke redressa sur les coudes, joues rougies par le désir et yeux étincelants. Naruto le questionna du regard.
-Je ne sais pas trop comment on fait… tu vois ? confia-t-il d'une voix inhabituellement rauque.
Sa phrase lui sembla ridicule, presque risible. Il mentait un peu en disant ne rien savoir. Il avait tout de même lu quelques livres osés, comme n'importe quel autre adolescent en plein bouleversement hormonal. Il connaissait la théorie mais la pratique lui demeurait inconnue. C'était également le cas pour Naruto mais ça il l'ignorait encore.
Un léger sourire s'arqua sur les lèvres du blondinet.
-Et tu crois peut-être que moi je le sais ? C'est aussi la première fois pour moi, Sasuke et je t'avoue que je suis vraiment très nerveux.
Le brun le toisa quelques instants avant de laisser échapper un soupir de soulagement. Ses lèvres s'arquèrent en un sourire auquel Naruto répondit, le regard brillant. Savoir qu'il était le premier pour l'usuratonkachi le rendait étrangement heureux et rassuré. Qu'importe si un jour Naruto aimait une autre personne, il ne pourrait jamais l'oublier puisqu'il demeurerait toujours le premier, l'unique. Celui qu'on oublie pas, jamais, malgré les années. Celui dont le nom résonne en nous comme un écho incessant, celui qui quelque part habitera toujours un recoin de notre cœur. Celui qui se démarque, celui qu'on aime plus ou qu'on aime autrement. Celui qui est et restera différent.
Docilement, Sasuke se rallongea, partagé entre l'anxiété et la hâte. Avec une tendresse innommable, Naruto couvrit son ventre de baisers humide, faisant rouler sa langue contre sa peau pâle, soupirant d'aise. Puis le jeans de Sasuke glissa sur le sol et fut rapidement rejoint par son boxer et les propres vêtements de Naruto. Haletant, il glissa une main dans les cheveux blonds et humides de Naruto, l'incitant à continuer. Le cœur battant et l'âme en vrac, Naruto obtempéra lentement, veillant à ne pas brusquer Sasuke. Ses lèvres titillèrent l'aine sensible avant de descendre plus bas. Le brun ne put réprimer un râle de plaisir lorsque les phalanges délicates de Naruto trouvèrent sa virilité gonflée d'excitation. Très vite, sa langue remplaça ses doigts, caressant Sasuke avec passion et sensualité. Ce dernier se cramponna aux draps, incapable de retenir le plaisir nouveau qui l'assénait. Tout son corps frémissait, tremblait à chaque mouvement de langue. Son bas ventre se trouvait parcouru d'un courant électrique qui lui donnait le vertige tandis que sa gorge s'asséchait de plus en plus à cause des gémissements crescendo qu'il poussait.
Naruto releva les yeux durant quelques secondes afin de contempler la splendide image qui lui était offerte. Les paupières à demi-closes, les lèvres entrouvertes desquelles s'échappait un souffle chaud et irrégulier, les joues cramoisies et les traits déformés par le plaisir, la beauté de Sasuke atteignait son apogée. Il était résolument magnifique, offert. Naruto imprima cette image sur sa rétine et sentit son cœur accélérer derechef ses battements, vaincu. Le désir prit soudainement le pas sur la retenue dont il faisait preuve jusqu'alors.
Les dernières barrières de pudeur abolies, le blondinet retourna à son occupation, fermant les yeux, se concentrant sur les zones les plus érogènes, se délectant des halètements de Sasuke. Après quelques caresses humides, il se décida à prendre le membre en bouche et à entamer des mouvements de va et viens tout en titillant le bout rosi à l'aide de sa langue. Une main s'accrocha à son crâne afin de l'inciter à y aller plus franchement et à accélérer le mouvement, chose qu'il fit avec énormément de passion, ronronnant contre la peau humide de Sasuke.
Naruto se redressa et avec une hâte mal contenue, présenta son majeur à Sasuke. Ce dernier le jaugea quelques secondes, encore sous le choc de tout le plaisir qu'il venait de ressentir, avant de le lécher sensuellement sans le lâcher de son regard brûlant. Ces orbes onyx le fixant avec un envie aisément perceptible le rendaient ivre de désir. Avec un mélange d'empressement et de délicatesse, il alla chercher l'intimité d'un Sasuke soudainement tendu. Lorsque le majeur de Naruto entra en lui, il poussa un grognement mêlant à la fois surprise et douleur. Ressentant son angoisse, le blond captura ses lèvres, cependant qu'il entamait de lents va et viens à l'aide de son majeur.
-Je te fais mal… Sasuke ? articula-t-il au creux de son oreille.
-Non… ça va.
Sasuke sourit avant de lui embrasser la joue en refermant les bras autour de son dos, le pressant davantage contre son corps. Naruto était attentionné comme jamais. Il prenait garde à ne pas le faire souffrir et à vrai dire, il s'y prenait avec tant de douceur et de délicatesse que Sasuke ne ressentait qu'une légère douleur.
-Je peux y aller ? demanda-t-il, prévenant.
D'un hochement de tête, Sasuke lui donna l'autorisation. Naruto n'attendit pas plus longtemps. Une seconde plus tard, leurs corps ne firent plus qu'un. Naruto était entré en lui avec une douceur telle qu'il n'avait pratiquement pas eu mal. Le blondinet resta figé durant quelques instants, laissant Sasuke s'habituer à sa présence, puis commença à se mouvoir avec délicatesse, veillant à ne pas le blesser. Sasuke ferma les yeux, écoutant les soupirs de Naruto, savourant son propre plaisir. Leurs cheveux s'emmêlèrent, leurs doigts s'entrelacèrent, leurs corps se découvrirent pleinement. Très vite, Sasuke ne ressentit plus la moindre douleur. Juste le plaisir d'être uni à Naruto, de le sentir bouger à l'intérieur de lui. Les yeux ouverts mais voilés d'humidité, le blondinet admirait Sasuke. Le voir réagir à ses moindres mouvements, le sentir se cambrer sous son poids et contempler son visage déformé par le plaisir engendrait en lui une émotion qu'il ne connaissait pas. Il possédait entièrement Sasuke, explorait une face de lui-même que personne n'avait encore jamais vu auparavant.
Leurs halètements de bien-être emplirent la pièce. Un instant unique, l'impression de partager le même cœur, d'établir refuge dans le même corps, de n'avoir aucun secret pour l'autre. Leur première fois resterait magique à leurs yeux. Chacun offrait à l'autre sa virginité, cadeau merveilleux que l'on offrait qu'une seule fois. Qu'importe si demain était difficile, rien ne pourrait entacher le bonheur qu'ils étaient en train de vivre. Après une dizaine de minutes de va et viens de plus en plus rapides, Naruto les fit basculer dans la jouissance en un coup de rein brutal. Sasuke se délivra entre leurs deux corps, laissant échapper un gémissement plus fort que les autres. Le blondinet vint après, se délectant de l'expression qui s'inscrivit sur le visage de Sasuke lors de l'orgasme. Image magnifique qu'il n'oublierait jamais.
Naruto se pencha pour déposer un doux baiser sur les lèvres de Sasuke avant de rouler sur le côté, essoufflé. Ayant soudainement froid, le brun s'empressa de se coller à lui, déposant la tête sur son torse légèrement humide. Les bras de Naruto entourèrent sa taille, le faisant frémir. Un silence serein s'installa entre eux tandis qu'ils se remettaient lentement du plaisir commun qui les avait assailli. Sasuke ferma les yeux, un sourire au coin des lèvres, n'ayant seulement conscience des doigts de Naruto qui allaient et venaient sur son dos nu. D'une oreille attentive, il écoutait les battements de son cœur parfois ébréchés par le souffle de sa respiration. Au creux des bras de l'usuratonkachi, il se sentait en sécurité, invincible. Il se souvint de ce jour où, après avoir chanté Chasing cars, Naruto le prit dans ses bras pour la première fois. Il avait alors songé que ses bras étaient le plus bel endroit du monde, un véritable Paradis sur terre. Cette pensée n'en était que plus vraie aujourd'hui.
Yeux rivés sur le plafond, Naruto fut envahi par une soudaine mélancolie. Sa main remonta le long de la colonne vertébrale de Sasuke, laissant sur son passage une agréable chair de poule. Le bonheur qu'il ressentait s'avérait intense, déroutant, à tel point qu'il ne pouvait s'empêcher d'en avoir peur, de craindre d'éventuels revers de médaille. Aujourd'hui était sans aucun doute merveilleux mais comment serait demain ? Sasuke finirait peut-être par se lasser de lui et de ses chansons à l'eau de rose, de ses rêves enfantins et de ses espoirs parfois naïfs. Aujourd'hui, Sasuke l'aimait mais peut-être que demain, son cœur battrait pour un autre. À cette pensée, il sentit une chape de douleur lui tomber sur le cœur.
-Avant j'avais peur de te perdre parce que je craignais qu'il ne t'arrive malheur au centre de détention, lâcha-t-il d'une voix évasive, et maintenant que tu es dehors, j'ai peur de te perdre parce que tu risques d'être attiré par d'autres bras.
Il serra Sasuke plus fortement.
-Si seulement tu pouvais ne jamais sortir de mon étreinte, je me sentirais beaucoup mieux.
Sasuke se redressa pour lui faire face, un air perplexe sur le visage. Il ne comprenait pas vraiment ce changement brutal d'attitude et en vint à se demander si Naruto ne souffrait pas d'un trouble bipolaire. Cependant, la tristesse immuable qu'il décela au fond de ses pupilles azur l'empêcha de formuler sa plaisanterie nullement drôle. Un léger sourire se courba sur ses lèvres tandis qu'une de ses mains trouvait la joue du blondinet pour la caresser avec tendresse. Il se pencha vers lui, déposa un long baiser sur ses lèvres avant d'ancrer son regard dans son homologue céruléen et de décréter d'une voix dépourvue de doute :
-Je t'aime, usuratonkachi, fourre-toi ça dans le crâne. C'est tout bonnement impossible que quelque chose m'éloigne de toi.
-T'en es sûr, Sasuke ?
-Jamais été aussi sûr de toute ma vie, imbécile.
-T'étais obligé de dire le dernier mot ?
En guise de réponse, Naruto n'obtient qu'un gloussement amusé qui lui arracha un mince sourire. En poussant un ronronnement de bien-être, Sasuke enfouit son visage au creux du cou de Naruto pour y déposer quelques baisers tendres. Naruto clôt les paupières. Son étreinte se resserra alors qu'il frémissait sous les lèvres de Sasuke.
-Un jour Naruto, lorsque je serai un écrivain mondialement connu et que je serai riche, je te prendrai par la main et je t'emmènerai loin de ce trou paumé, chuchota le brun. Tu viendras avec moi ?
-À ton avis… imbécile.
-Très drôle.
Sasuke lui asséna une petite tape sur l'épaule à laquelle Naruto répondit par un discret ricanement. Il colla le front à celui du blondinet, découvrant une nouvelle fois les multiples nuances cobalt de ses yeux.
-Tu ne me laisseras jamais seul hein, usuratonkachi ?
-Jamais.
Satisfait, Sasuke captura ses lèvres. Ils s'embrassèrent encore de longues heures avant de sombrer dans l'inconscience, corps entrelacés et cœurs amoureux.
Sasuke s'éveilla au beau milieu de la nuit, quelque peu dérangé par la chaleur inhabituelle entourant son corps. Ne reconnaissant pas l'endroit dans lequel il se trouvait, il fut pris d'une panique soudaine, les yeux ronds et le cœur affolé. Cependant, le souffle tiède de Naruto contre son oreille lui rafraîchit la mémoire et calma immédiatement ses craintes. Avec une tendresse infinie, il déposa un long baiser sur le front du blondinet. Sous la caresse de ses lèvres, Naruto esquissa un léger sourire avant de l'étreindre avec plus de force, comme un objet précieux à ne surtout pas égarer.
Cette nuit-là, Sasuke ne fit aucun cauchemar.
*A day in the life : les Beatles.
*Shadow of love : Olivia Lufkin.
*The antem : Good Charlotte.
*Everything : Lifehouse.
Coucou tout le monde,
Félicitations, vous êtes arrivées au bout du chapitre, j'admire votre courage parce qu'il est vraiment très très long. Je ne pensais pas ça possible mais je l'ai terminé hier soir. Il faut dire qu'avec 5 jours de congé par semaine, on a le temps d'écrire. Héhé alors voilà notre Sasuke hors de l'IPPJ et puis… le lemon, bien sûr =) ne mentez pas, je sais que vous l'attendiez celui-là x) personnellement, je trouve que ce n'est pas le meilleur de mes lemons mais étant donné qu'ils n'ont ni l'un ni l'autre d'expérience charnelle, je ne pouvais pas vraiment faire un lemon ressemblant à ceux de « L'homme de sa vie ». À part ça, ne croyez pas que les problèmes sont finis pour Sasuke… et pour Naruto. De plus, Kabuto n'a pas fini d'apparaître. Mais ça, ce sera pour plus tard =) Le procès de Sasuke est une audience publique, c'est pour ça que les choristes peuvent y assister, au cas où certains se poseraient la question. J'espère que vous avez bien savouré ce chapitre qui est, à mon sens, doux et reposant (cucul et guimauve aussi niark niark). Désolée pour sa longueur au fait mais on m'a suppliée de ne pas le couper en deux alors… x) j'espère simplement qu'il n'a pas été trop lourd et ennuyeux à lire... sinon j'en suis sincèrement désolée.Je vais sans aucun doute traîner pour le chapitre 20, (histoire de laisser digérer ce chapitre-là) car je ne sais pas encore tout à fait ce que je vais y mettre.
Réponse aux reviews anonymes:
Réponse à Mimi-chan: Coucou =) merci, contente que le chapitre d'avant t'ai plu. Fugaku n'est pas super sympa c'est sûr, j'en aurais presque honte. Mdr si Sasuke l'avait cogné, il ne serait sûrement pas sorti x)
Réponse à Ethrenne: Coucou =) ralala si Sasuke avait été enfermé pour meurtre, il serait sorti à vingt ans je crois x) en tout cas, Sasuke est sorti =) même s'il a gardé secret les violences de son père. Karin n'en a pas parlé parce qu'elle est tenue au secret professionnel, elle ne peut pas dévoiler ce qui se dit en consultation sauf en cas de force majeure mais ce n'en était pas vraiment une ici. En gros c'est ça, Fugaku n'a jamais voulu de Sasuke mais ce n'est pas contre Sasuke, c'est "juste" qu'il ne souhaitait pas d'autres enfants. Après cela ne justifie rien, c'est certain =) en Belgique il y'a la tolérance zéro pour la violence conjugale, ça rigole pas. Mais encore faut-il que la femme ait le courage de porter plainte, ce qui n'est pas facile pour elle parce que bon leur conjoint ont un contrôle exacerbé sur elle et sur leur vie :/ j'aime beaucoup les citations que tu cites en tout cas et puis elles correspondent bien aux personnages =) ton cours de philo a l'air plus sympa que le mien où on discute du déclin de l'Europe x) pas que ça m'intéresse pas, le déclin de l'Europe mais après deux heures, j'en peux plus. Pas de problème lol, j'aime toujours les longues reviews, ça ne me dérange pas =) Mirza et Maurice ? Ils ont fait une petite apparition ici x) enfin surtout Maurice en fait, Mirza (trop viril en fait) n'apparaît que brièvement x)
Réponse à Tsukino: Kikou =) oui Neji jalousait Sasuke, le vilain. Je pense lui donner un rôle par la suite mais j'en suis pas encore sûre x) tu dis que je suis comme Fugaku ? :O non quand même, ma cruauté a des limites x) mdr bah il n'était pas tout à fait écrit, d'ailleurs t'as vu la taille du chapitre ? x) je compatis pour vous franchement. Surtout que je ne le trouve pas super bien écrit mais bon... Ma fic, combien de chapitres ? Je ne sais pas vraiment mais je pense aux alentours de trente chapitres, il me reste encore quelques petites choses à faire avant de la terminer =)
Réponse à Celine: Hello =) c'était un chapitre difficile, oui =) mais nécessaire je pense. Fugaku est vraiment détestable dans cette fic, je le reconnait. Le pauvre. Je pense qu'effectivement ce chapitre est plus joyeux =)
Réponse à Sur un air de musique4ever: Coucou =) Fugaku en mode pas très sympa oui x)
Réponse à Shika's fan: Coucou =) oui c'est malheureux pour le père comme pour le fils, je suis bien d'accord avec toi. Le problème c'est que les hommes violents rejettent toujours la faute sur leur femme, parfois sur leur enfant, ils ne se rendent pas compte du mal qu'ils font. Merci beaucoup c'est très gentil, ça fait plaisir =) je ne sais pas si j'écrirai une autre fic après celle-ci, franchement je ne pense pas. Mais je pense poster des OS de temps en temps =)
Réponse à Nero Mikk: Coucou =) non Kabuto n'est pas si méchant x) mais si, je pense avoir été sympa avec Sasuke là, je n'avais plus envie d'écrire dans l'IPPJ x) et puis ça aurait été trop lourd à la longue je pense. Lol x) non Ichigo de Bleach c'est Ichigo Kurosaki mais j'ai bien appelé ce type "Ichigo" pour faire un clin d'oeil à Bleach qui fait partie de mes mangas favoris =)
Réponse à Hikari-chan: Hello =) non non pas grave =) à ce rythme, j'aurais passé en revue toutes les chansons de Nickelback à la fin de la fic. Héhé merci, je suis bien contente que le chapitre t'ai plu =) Fugaku n'est pas super sympa mais évite la tronçonneuse x) Bah ça me dérange pas de répondre aux lecteurs, je le fais tout le temps, je trouve ça normal =) si on avait pas de lecteurs, on ne publierai plus :p et puis vous n'êtes pas obligés de lire, encore moins de reviewer donc vous répondre est la moindre des choses pour moi et je le fais toujours avec plaisir =)
Merci à tous pour reviews =)
Bisous.
