Coucou tout le monde!

Ce chapitre est prêt depuis presque une semaine mais je n'ai pas eu le temps de m'occuper de sa relecture avant aujourd'hui... Je sais que l'attente a été longue pour enfin le voir rédigé mais on ne tape pas l'auteur! Promis, le suivant arrivera dans moins de six mois, même si je doute de pouvoir publier aussi régulièrement que par le passé. Après tout, le travail d'abord!


Bonne lecture!


Chapitre 21

Dimanche.

Jour béni entre tous : la liberté absolue de ne rien faire d'autre que ce que l'on souhaite. Pas d'administration retorde pour vous chercher noise, pas de réveil vicieux carillonnant sauvagement à vos oreilles à des heures bien trop matinales, pas de chef survolté et dynamique qui ne vous laisse pas même ingurgiter votre thé du matin avant de vous infliger une réunion aussi ennuyeuse que globalement inutile. En bref, le dimanche incarne la farniente pour la majorité des gens, sorciers ou non.

Mais ce dimanche-là, s'il avait commencé comme tous les autres dimanches du calendrier, prit bien vite une toute autre tournure pour l'ensemble de la communauté sorcière de Grande-Bretagne. A peine installé à table devant un confortable petit-déjeuner, chaque sorcier et chaque sorcière s'empara de son sacro-saint journal du dimanche et, au choix, sursauta, s'étouffa avec sa gorgée de thé brûlant, ou encore s'entrucha avec une bouchée de rôtie bien beurrée.

Qu'il s'agisse de Sorcière Hebdo – Le Mag, de la Gazette du Sorcier, L'édition du dimanche ou du très pompeux Tendances et Traditions – Supplément dominical – L'indispensable guide du jardin sorcier inclus, tous les périodiques arboraient à peu de chose près le même article en première page :

La famille Malfoy annonce le prochain mariage de l'héritier du titre avec une Née-moldue !

Un hibou nous parvient à l'instant alors que nous nous apprêtions à imprimer la présente édition. Impossible de se méprendre sur ces couleurs et ces armoiries : il s'agit d'un communiqué de la très célèbre famille Malfoy.

Et quelle nouvelle !

Le sang veela du jeune Draco (voir la photo ci-contre prise lors du dernier gala ministériel, quelques jours avant le dix-septième anniversaire de l'intéressé) a sélectionné en tant que compagne Miss Hermione Jane Granger, jeune sorcière née de parents moldus, au profil académique excellent et bien connue du public pour avoir été la petite amie du Survivant durant le dernier opus du Tournoi des Trois Sorciers. Que le lecteur inquiet se tranquillise comme nous l'avions relaté dans un précédent article, notre Héros est depuis cet été marié à l'ombrageux professeur de Poudlard, le Maître des Potions Severus Rogue. Aux dernières nouvelles et malgré les angoisses légitimes que nous autres admirateurs de Harry Potter avions, le couple s'entendrait à merveille, aussi n'est-il pas à craindre qu'une discorde apparaisse entre le fiancé et le garçon d'honneur de la mariée (voir l'arbre généalogique des familles des futurs époux en page 3).

Le mariage aura lieu le week-end prochain au Manoir Malfoy (voir photo en page suivante) et nul n'y sera admis sans invitation préalable. Il va sans dire que la présence à la cérémonie de notre jeune Sauveur entraînera un renforcement de la sécurité déjà draconienne de la demeure ancestrale des Malfoy et que l'intrusion d'un contrevenant sera certainement chère payée par l'individu en question. Ainsi donc, point de geste héroïque et désespéré Mesdemoiselles et Messieurs !

Lord Malfoy a précisé que, par égard pour la famille Granger, la cérémonie se déroulerait en petit comité et que la réception se limiterait à quelques centaines d'invités, soit un mariage relativement modeste pour cette fastueuse famille aristocratique. Le patriarche n'a cependant nullement indiqué son sentiment personnel sur cette Union et ses potentielles répercussions politiques.

Mais loin de nos préoccupations les sujets qui fâchent ! D'ici à samedi prochain une seule et même question sera sur toutes les lèvres : quel modèle habillera la mariée ?

Miss Granger, que ses détracteurs qualifient ouvertement de buisson épineux à dents de castor, n'est pas réputée pour sa beauté, son raffinement ou sa distinction mais il est certain que Narcissa Malfoy, née Black, saura faire de sa future belle-fille une parfaite femme du monde, capable de porter élégamment en société la robe haute couture qu'elle ne manquera pas de présenter. Pouvons-nous risquer quelques pronostics quant à l'éventualité d'une tenue ruchée-voilée, tendance à la mode dans les derniers défilés parisiens de la saison ?

(Suite de l'article en page 2)


Appartements de Severus Rogue, 11h30.

Harry, réveillé depuis peu et ronchonnant de ne pas avoir trouvé son mari dans le lit lorsqu'il avait ouvert les yeux, se vautra dans le fauteuil de Severus en appelant Dobby. L'elfe s'empressa de lui servir un brunch pantagruélique, ignorant royalement la requête de simples tartines qui lui avait été faite, et disparut avec un grand sourire que Harry trouva bien un peu étrange mais qu'il renonça à analyser avec le cerveau en compote.

Tandis qu'il composait soigneusement son assiette de viennoiseries, le Veela fut distrait par le journal que Severus avait déjà dû lire, bien que l'état impeccable des pages laissa douter que quiconque l'eut jamais ouvert. Il ne lisait pas la Gazette. Trop de choses avaient été dites à son sujet pour qu'il envisage de relire un jour ce torchon, et il savait que Severus était du même avis. D'où sa surprise à la vue d'un journal sorcier qui ne traitait visiblement pas de potions sur la table du salon.

Il voyait très nettement le bas d'une photo et, bien qu'il ne soit guère physionomiste, il reconnaissait parfaitement la canne de Lucius. Intrigué, un croissant dans la bouche, il posa son assiette garnie sur le bras du fauteuil et saisit le journal pour le retourner et voir à quel événement l'aristocrate était encore mêlé.

Il faillit bien en recracher sa pâtisserie et provoquer la chute de son innocent plat dans un sursaut outragé.

Pas tellement que la nouvelle l'ait surpris, il savait depuis longtemps que ce mariage aurait lieu non, ce fut le ton sur lequel 'née-moldue' était sous-entendu qui le mit hors de lui. Une fois parvenu à bout de l'article, il ne prit pas la peine de replier quoi que ce soit, balançant l'offensant périodique sur la table avec un claquement sec.

Il en avait perdu l'appétit !

Lucius n'aurait jamais parlé d'Hermione en termes si condescendants, il en était persuadé. Il commençait à comprendre le mode de pensée du Veela plus âgé et savait que sa famille était toute sa vie. Il ne dénigrerait pas la compagne que la magie de son fils avait choisie.

Encore une sournoise envolée journalistique sans intérêt qui ferait plus de mal que de bien, rallumant les insécurités d'Hermione et courrouçant Malfoy. Mieux valait ne pas mettre le nez en dehors de l'appartement tant que cela ne serait pas absolument nécessaire. Severus s'était probablement enfermé dans son laboratoire pour travailler et, bien que Harry ne soit guère enclin à le reconnaître, il lui manquait déjà. Il n'aurait sûrement pas la patience de supporter une crise de fierté outragée de la part de son amie, même s'il comprenait parfaitement les sentiments qui devaient l'agiter pour peu qu'elle ait déjà lu cet infâme torchon, ce dont il ne doutait pas.

Pourquoi diantre Severus avait-il éprouvé le besoin de s'enfermer dans une pièce enfumée, le nez au dessus d'un chaudron malodorant alors qu'Harry se morfondait dans son coin ? Comme si un passage chez le tailleur avec la famille Malfoy au grand complet n'était pas suffisamment ébranlant pour les nerfs, il ne pouvait pour s'en remettre ni profiter outrageusement de son compagnon ni, en désespoir de cause, se distraire avec ses amis. Ron n'articulait pas une phrase qui ne fut dédiée à Blaise et à ses extraordinaires qualités tandis qu'Hermione devait être remontée à bloc, prête à exploser à la moindre anicroche.

Vraiment ce dimanche ne débutait pas sous les meilleurs auspices…


Poudlard, appartements de Lucius et Narcissa Malfoy, bien plus tôt dans la matinée.

La porte claqua sèchement contre le mur, faisant sursauter le couple Malfoy qui prenait son petit-déjeuner en robe de chambre. Une furie de boucles châtaines se rua à l'intérieur de la pièce et, sans prendre la peine de refermer le battant ou de saluer, attaqua :

- Qu'est-ce que c'est que ce communiqué de presse ?

- Et bien justement un communiqué de presse, Miss Granger, répliqua fraîchement Lucius.

S'il y avait une chose que Lucius ne supportait pas c'était d'être pris au saut du lit. Lorsqu'il s'agissait de Draco, voire de Severus, passe encore, mais Hermione Granger ! Il était si peu convenable que sa future belle-fille le voit ainsi, dépeigné, en robe de chambre lilas à demi défaite alors qu'il ne portait en dessous qu'un simple boxer de soie ! Non vraiment, elle aurait dû frapper et attendre qu'il ait pu remettre de l'ordre dans sa tenue au lieu de se manifester si brutalement. Il jeta un coup d'œil en direction de sa femme pour constater avec un certain soulagement qu'elle avait resserré les pans lâches du peignoir de satin pêche qui couvrait son déshabillé.

- Il est odieux, condescendant, bien pensant… fulminait la Gryffondor sans prendre garde au regard durci de Lucius ou à celui, glacial de Narcissa.

- Sachez Miss Granger que le hibou qui a été envoyé aux journaux était des plus simples. Il annonçait brièvement le mariage, la prise de mesure de sécurité exceptionnelle au vu des circonstances et le fait que la réunion se ferait en petit comité contrairement aux habitudes de la famille. Rien de plus, rien de moins. La manière dont le tout est retranscrit est exactement la raison pour laquelle je vous inflige des heures et des heures d'étude des traditions sorcières. Le moindre détail, même inexistant, est relevé, analysé, décortiqué, remâché et transformé en tout autre chose. Dans ces conditions, le plus petit impair peut prendre des proportions astronomiques. Si vous voulez bien vous calmer désormais, peut-être pourrions terminer notre repas en paix ?

La voix haut perchée de Narcissa avait cinglé l'air comme un fouet et Hermione en était restée ébahie. Elle ne pouvait pas dire que ses relations avec sa future belle-mère soient toujours au beau fixe étant donné la manière guindée et formelle dont celle-ci approchait chaque chose, mais jamais encore elle ne l'avait vu dans un état pareil. Visiblement Narcissa n'était pas du matin et interrompre si cavalièrement son thé matinal était sévèrement puni.

- Fermez donc la porte et prenez une chaise, Miss Granger, ne restez pas debout, reprit la blonde d'un ton plus posé.

Son but n'était nullement de braquer la compagne de son fils, pas plus que de lui manquer de respect. Non, elle souhaitait juste attirer son attention sur les réalités du monde sorcier. Et aussi légèrement lui montrer qu'une intrusion d'une telle vivacité n'était pas à reproduire alors qu'elle profitait d'un petit moment privilégié avec son mari. Il n'était pas si fréquent que Lucius prenne le temps de déjeuner avec elle le matin car il avait plutôt tendance à sortir prendre un brunch avec Merlin sait quel financier parcheminé avec lequel il était en affaire. Pour une fois qu'elle pouvait regarder son époux encore échevelé et chiffonné de sa nuit lui beurrer ses tartines, il fallait que sa belle-fille débarque sans tambour ni trompette !

- Euh… hésita Hermione, décontenancée.

- Installez-vous. Vous prendrez bien une tasse de thé ? demanda Lucius, la théière déjà toute prête à la main.

- Ou…oui.

Hermione devait admettre qu'elle en avait besoin. Elle était arrivée dans un tourbillon d'émotions, sûre d'elle et du combat qu'elle allait mener, persuadée que les Malfoy étaient repartis dans leur délire paranoïaque de Mages Noirs suprématistes et voilà qu'on lui opposait d'une voix sèche des arguments non dénués de logique. C'était elle qui contrait ses amis de cette façon en temps normal et elle trouvait soudainement très étrange de se trouver de l'autre côté de la barrière, enfant irrationnel sermonné pour son impétuosité.

Se sentant un peu honteuse de son éclat et encore sonnée par le discours de Narcissa, Hermione s'assit avec hésitation sur le bord d'une chaise en bout de table. Elle n'était pas très sûre de la place qu'elle devrait occuper si elle suivait à la lettre les règles de bienséance et, quoi qu'il en soit, elle ne voulait pas s'asseoir près de l'un ou l'autre membre du couple. Narcissa n'était pas sa compagnie favorite et la tenue artistiquement négligée de Lucius la mettait relativement mal à son aise tant elle faisait ressortir le charme de son futur beau-père.

Mieux valait ne pas se laisser emporter par ce train de pensées où elle risquait de se retrouver avec un Veela jaloux sur les bras…

- Du lait, du sucre ? s'enquit Lucius, la distrayant inconsciemment de ses dangereuses considérations.

- Euh oui, du sucre. Merci, répondit-elle en lorgnant le plateau de pains au chocolat qui trônait au centre de la table, juste à côté de celui de croissants.

Comme personne ne disait rien, elle tendit la main et se servit d'une viennoiserie de chaque plateau, les déposant dans l'assiette qui était apparue devant elle lorsqu'elle s'était assise et commença à manger. Avec toutes ces émotions, elle n'avait pas trouvé le temps de déjeuner, acte qu'elle accomplissait généralement dans le même temps que la lecture de la Gazette.

Quand il vit que la jeune femme avait calmé son estomac d'un pain au chocolat et d'une demi-tasse de thé, Lucius prit la parole :

- Je peux aisément admettre que vous puissiez avoir quelques doutes sur la manière dont nous gérons nos affaires, Miss Granger. Je suis parfaitement conscient qu'il y a eu nombre de points négatifs entre nous par le passé et que ce genre de griefs ne s'oublie pas en une semaine, mais néanmoins j'avais espéré que vous commenciez à comprendre le monde dans lequel nous évoluons en permanence et ce qui y revêtait pour nous de l'importance.

- Je… Ce n'est pas que je ne comprends pas mais… même si ma vision sur la famille Malfoy a commencé à changer, il est difficile pour moi de ne pas réagir comme je l'ai toujours fait. Je crains que mes réflexes n'aient la vie dure. Je… C'est très compliqué pour moi, admit-elle le nez plongé dans sa tasse.

- Il est vrai que nous ne cherchons que rarement à ménager les susceptibilités de ceux qui ne possèdent pas un rang social identique, déclara Narcissa en acceptant d'un gracieux signe de tête le scone généreusement beurré que lui tendait Lucius. C'est ainsi que l'on acquière une réputation et le respect de l'aristocratie. La franchise brutale peut être perçue comme réprobatrice alors même qu'elle ne juge nullement.

Hermione choisit de ne pas prendre position et ne répliqua pas. Si elle reconnaissait que la franchise absolue était parfois mal acceptée par son destinataire, elle ne goûtait en revanche guère les classifications complexes que les Malfoy instituaient pour les individus. Elle commençait à comprendre les subtilités qui régissaient leur conception du rang social mais elle ne les approuvait pas pour autant.


Poudlard, appartements de Lucius et Narcissa Malfoy, 9h00 précises.

Draco entra posément dans le salon après avoir sagement frappé à la porte. Bien que fort surpris de voir sa compagne assise à la table du petit-déjeuner de ses parents, il ne manifesta aucune émotion perceptible et salua ses géniteurs avant de se tourner vers elle.

- Hermione, cette visite matinale est inattendue.

Ces mots polissés et la légèrement inclinaison du buste qui les accompagnait semblèrent si formels à la jeune femme qu'elle ne put répondre immédiatement.

- Je suis passée à l'improviste, baragouina-t-elle, peu sûre de devoir réellement s'exprimer avec toute la réserve qui eu convenu à une demoiselle à marier comme le comportement de Draco le laissait supposer.

Après le baiser dont le Veela l'avait gratifiée, les effleurements plus ou moins chastes qu'il déposait avec légèreté sur ses bras, ses mains ou son dos en la croisant innocemment dans les couloirs et l'intensité avec laquelle il la fixait de plus en plus fréquemment, elle se voyait difficilement jouer les timides puritaines et faussement incarner la parfaite jeune fille d'un siècle désormais révolu. Et qu'à cela ne tienne si sa réponse manquait d'esprit protocolaire ! Draco était bien présent la veille lorsque ses sous-vêtements avaient été discutés !

Un regard appuyé s'échangea entre Lucius et Narcissa et le couple déserta la pièce sous le fallacieux prétexte de se préparer pour la journée. Draco n'espérait pas pouvoir de sitôt s'entretenir en privé avec Hermione et fut soulagé que ses parents semblent savoir, sans qu'il fût besoin de le leur expliquer, qu'il était nécessaire pour eux de mettre les choses à plat.

Il fit signe à Hermione de venir s'installer avec lui sur le sofa devant la cheminée et il apporta deux tasses de thé pour alléger l'atmosphère qu'il sentait se tendre. Il décida de débuter sur un sujet qu'il espérait inoffensif.

- Ce serait-il passé quelque chose pour que tu sois venue voir mes parents si tôt dans la journée ?

Un nuage vint assombrir le visage de sa compagne et il regretta ses paroles. Il voulait la mettre à l'aise, pas l'énerver.

- Le journal du jour, répliqua Hermione d'un ton sec.

- Oh, ça. La presse reste égale à elle-même, il n'y a rien à en dire, lâcha Draco, balayant le sentiment d'injustice que ressentait Hermione d'un revers négligeant de la main.

- Vraiment, je…

- Hermione, quoi que tu dises ou fasses, ils interpréteront les choses comme cela leur chante. Tu l'as bien vu avec Potter depuis la première année. Il est inutile de se mettre la rate au court-bouillon pour si peu. Si tu leur donnes l'information, tu limites forcément leur délire au minimum mais c'est tout ce qui peut être fait.

- Il n'empêche que ça me déplait.

- Bien entendu. Mais il est évident que jamais mon père ne prononcerait une parole contre ma future femme. Du moins pas sans une sérieuse raison autrement plus importante que tes origines.

Hermione ouvrit la bouche mais Draco la fit taire d'un geste.

- Ne proteste pas. Je sais qu'il peut paraître, tout comme ma mère, dédaigneux. Moi aussi d'ailleurs, j'en ai conscience, mais ce n'est pas forcément le reflet de la réalité. J'ai bien vu hier matin que tu avais mal pris ma remarque sur ta tenue émaillée de toiles d'araignée. J'ai senti que tu l'avais considéré comme une attaque personnelle alors que ce n'était pas du tout le cas.

- C'est plus fort que moi. Mon premier réflexe est de tout prendre comme une critique… L'habitude, je suppose.

- Je reconnais que nos… relations, si je puis dire, n'ont pas été au beau fixe depuis que nous nous sommes rencontrés. J'ai ma part de responsabilité dans cette affaire et je ne le nie pas… mais je pensais que… que tu commençais à me faire un peu confiance ces derniers temps…

Il était très net que le jeune Veela ne révélait son ressenti qu'à contrecœur et qu'il était difficile pour lui d'avouer qu'il avait souffert de la réaction un rien épidermique d'Hermione la veille. L'honneur des Malfoy leur interdisait de montrer toute trace même infime de faiblesse et Hermione comprit que Draco lui offrait là une preuve de confiance qu'elle n'attendait pas. Il mettait entre ses mains la possibilité de ruiner définitivement sa réputation auprès de l'ensemble du monde sorcier.

Il serait mentir que de dire qu'Hermione n'apprécia pas ce geste, bien au contraire. Elle en fut décontenancée mais flattée. Evidemment, elle possédait déjà sur Draco le pouvoir de vie ou de mort puisqu'un seul mot de sa part pouvait avoir les conséquences les plus dramatiques mais ce n'est pas la même chose. Ce pouvoir qu'elle avait était par trop extrême, elle n'en voulait pas. Il pouvait par ailleurs tout aussi bien lui coûter la vie selon la législation en vigueur.

Non cela n'avait rien de comparable avec la vulnérabilité, affichée sans être indécente, dont Draco faisait preuve en cet instant. Les grands yeux argentés qui la considéraient ne la trompaient pas, elle en était certaine. Ils auraient été froids et sans émotion dans ce cas. Elle connaissait suffisamment les manigances du Serpentard pour savoir à coup sûr quand il fallait le prendre au sérieux ou non.

Et là, ce regard qui… se troublait ?

Hermione réalisa qu'elle prenait trop de temps à réfléchir et que le Veela interprétait son silence assommé comme un rejet.

- C'est le cas, murmura-t-elle doucement, la voix un peu rauque.

Une boule rebelle et dure semblait s'être soudainement logée dans sa gorge alors qu'elle ouvrait la bouche pour parler, donnant à son ton une profondeur et une émotion inattendue. Les yeux gris se verrouillèrent instantanément sur les siens, si brillants, si intenses, qu'elle en eu le souffle coupé. Elle pensa distraitement que le jeune homme gagnerait vraiment à montrer plus souvent sa nature ardente avant que son cerveau ne se déconnecte sous l'assaut brutal de phéromones veelas qui vinrent l'entourer alors que Draco se penchait souplement vers elle.


Draco savait qu'il n'aurait jamais dû se placer ainsi en position de faiblesse. Hermione ne faisait que le fixer d'un regard étrangement vacant, sans bouger le moindre muscle. Il le sentait, il était fichu. Elle allait lui dire qu'elle ne lui ferait jamais confiance quelles que soient les circonstances, qu'elle ne voulait même pas entendre parler de ses états d'âme, que cela ne la concernait pas…

Alors qu'il commençait intérieurement à paniquer, persuadé que sa compagne allait au choix rire de lui ou bien le rejeter purement et simplement, elle parla d'une voix basse et enrouée.

- C'est le cas.

Le soulagement se répandit en lui comme un torrent en crue à la fin de l'hiver et l'acceptation de sa compagne le submergea. Incapable de réfléchir ou d'articuler le moindre son, il s'approcha d'elle, guidé uniquement par son instinct, et l'embrassa. Picorant ses lèvres avec une douceur agressive, il obtint rapidement l'autorisation d'entrer et sa langue vint assaillir celle d'Hermione, détruisant définitivement tout éventuel esprit de révolte chez la jeune femme.

Il ne fallut guère longtemps pour que la Gryffondor se retrouve plaquée sur le canapé, la tête coincée dans l'angle formé par l'accoudoir et le dossier, son corps entièrement recouvert par celui de Draco. Si elle avait été capable de penser rationnellement, elle se serait certainement dégagée, notant au passage que le petit blond était bien plus lourd et bien plus fort qu'il n'y paraissait, mais son cerveau totalement déconnecté de la réalité se concentra seulement sur la sensation si agréable produite par le poids du corps du Veela, la langue qui cartographiait passionnément sa bouche, les doigts mutins qui venaient caresser la peau sensible de son ventre, la jambe musclée qui s'était faufilée entre les siennes.

Draco nageait dans son petit océan de sensations, drogué par l'odeur délicate de sa compagne, enivré par la confiance qu'elle avait admise à demi-mot. Disparue l'obligation de réserve que lui imposaient ses parents ! Il ne pensait plus qu'à ouvrir cette chemise aux boutons bien trop petits à son goût pour pouvoir glisser la main entière sous le tissu. Lorsqu'il y parvint enfin, une minuscule partie de son cerveau fit mentalement la comparaison entre Hermione et toutes ses précédentes conquêtes, remarquant qu'elle avait la peau plus douce que beaucoup mais le ventre moins plat que Pansy.

Sans qu'il puisse pousser plus avant ses investigations, la jambe d'Hermione qu'il n'immobilisait pas sous son poids vint s'enrouler autour de sa hanche, le talon de la jeune femme exerçant une pression sur son bassin pour qu'il se colle davantage à elle. Toutes les données comparatives qu'il recueillait inconsciemment s'envolèrent de son esprit, repoussées par un élan de possessivité jalouse. Sa compagne était parfaite, point à la ligne !


Lucius estima au bout d'un long quart d'heure d'attente dans sa chambre qu'il avait suffisamment patienté. Il était prêt depuis un bon moment bien que Narcissa se pomponnât encore dans la salle de bain, rectifiant un maquillage auquel il ne voyait aucun défaut. Il ouvrit la porte en faisant assez de bruit pour que le couple qu'ils avaient laissé en tête à tête ait le temps de se séparer si jamais il s'était engagé dans une activité licencieuse mais eut la surprise de ne voir aucun des deux jeunes gens dans la pièce.

Il n'eut pas l'opportunité de s'interroger sur leur disparition avant qu'un gémissement sourd ne provienne du sofa dont il ne voyait que le dossier. Alarmé, il couvrit à longues enjambées la distance qui le séparait du meuble incriminé et ne put retenir un cri.

- DRACO ! Lâche Miss Granger immédiatement ! Il est hors de question qu'une quelconque activité de cet acabit ait lieu avant que vous ne soyez légalement mariés ! Cissa ! Cissa ! Viens m'aider !

- Mais que se passe-t-il pour que tu… Merlin ! s'exclama Narcissa en accourant.

Lucius saisit Draco par le col de sa chemise et Narcissa referma la main sur le bras d'Hermione, noué autour du cou du Veela. Ils séparèrent les deux corps enlacés dans un effort commun et Lucius eut maille à partir avec son fils qui sifflait et crachait pour manifester son mécontentement, ondulant comme une anguille entre les bras puissants de son père pour échapper à son étreinte.

Narcissa éloigna Hermione, soutenant la jeune fille aux jambes molles tandis qu'elle l'emmenait dans la salle de bain pour qu'elle puisse se rafraîchir et reprendre ses esprits. Elle savait parfaitement que le contact prolongé avec les phéromones veelas embrouillait fortement les sens, d'autant plus lorsque l'on n'en avait point l'habitude, et qu'un temps de réadaptation était nécessaire avant qu'une pensée cohérente ne puisse voir le jour.

Lucius maintint tant bien que mal Draco contre lui jusqu'à ce que le Veela se calme. Il était passé par là dans sa jeunesse et avait conscience de la difficulté que représentait l'arrêt brutal d'une tentative d'Union mais il ne pouvait se permettre que qui que ce soit découvre par hasard que la consommation avait eu lieu avant mariage. Si Hermione s'avérait très fertile et tombait enceinte de suite ainsi qu'il arrivait parfois, il serait bien ennuyé pour justifier de la lignée du futur héritier. Il n'existait aucun moyen de tromper les sorts utilisés en médicomagie pour déterminer l'âge d'une grossesse et ceux-ci étaient, à tort ou à raison, d'une précision diabolique.

Draco s'apaisait lentement, la rage absolue de voir sa compagne éloignée de lui recédant progressivement. Lucius soupira intérieurement : le pire avait été évité. Heureusement qu'ils n'avaient pas eu le temps nécessaire pour s'unir ou bien il n'aurait jamais pu les séparer et aurait risqué de se trouver en lieu et place de Ginny Weasley. Il n'eut pas souffert des mêmes traumatismes étant un Veela lui-même et appartenant qui plus est à la famille de Draco, mais il ne tenait nullement à tenter l'expérience. Son fils tourna vers lui un regard tempétueux et accusateur qu'il stoppa immédiatement d'un haussement de sourcil.

- Tu sais que j'ai raison, Draco. Crois-moi, j'ai parfaitement conscience de la difficulté que tu peux avoir à ne pas t'unir dès à présent à ta compagne. Chaque Veela passe par là tôt ou tard. Le mariage n'est plus que dans quelques jours, ton calvaire est bientôt terminé.

- Je sais, souffla Draco d'une petite voix contrainte. Je pense que je ferais mieux de retourner dans mon dortoir…


Square Grimmauld, 11h08 du matin.

Sirius contemplait pensivement les flammes qui crépitaient de la cheminée, oublieux de sa tasse de thé qui refroidissait depuis une heure sur le guéridon qui jouxtait son siège. Il ne profitait même pas du spectacle dansant tant son esprit se tournait entièrement vers Remus. Son mari était difficile à vivre depuis deux jours. Il avait beau comprendre en quoi la situation pouvait perturber Remus, il n'en restait pas moins qu'il souffrait de son humeur maussadement ronchonne. Il avait envie de se réjouir, de crier sur les toits la nouvelle, mais Remus ne partageait certes point sa conception des choses.

Lorsque son mari l'avait appelé, s'époumonant dans la cheminée d'Albus qu'il devait lui parler sur le champ, Sirius avait paniqué, persuadé qu'un accident s'était produit. Il fallait un événement d'amplitude remarquable pour faire perdre au lycanthrope son légendaire sang-froid et Sirius n'avait pas vu de tel débordement depuis le lendemain de cette nuit de pleine lune fatidique durant laquelle il avait poussé Rogue à se rendre à la Cabane Hurlante. Il s'était précipité chez lui, laissant Harry et son affaire en plan, pour trouver Remus marchant de long en large dans le salon, menaçant de trouer le précieux tapis de soie d'Acromentula tissée, hérité de la grand-tante Marivalda, en passant et repassant obstinément toujours au même endroit. Il lui avait semblé en bonne santé quoique ses yeux soient par trop dorés à son goût, signe immanquable que le loup était proche et éveillé.

Les mots hargneux qui avaient quitté les lèvres de Remus quelques secondes après qu'il soit entré dans la pièce l'avaient stupéfait.

- Comment as-tu pu oser me faire ça ?

- Quoi ça ? avait demandé Sirius bêtement, incapable de se rappeler avoir fait quoi que ce soit à son mari qui put engendrer telle colère.

- Ça ! avait hurlé Remus en gesticulant vivement, n'aidant pas Sirius à comprendre.

L'expression stoïquement vide de toute intelligence que l'animagus avait arboré avait fini par pénétrer le cerveau embrumé de ressentiment du loup-garou et il avait daigné s'expliquer sur un ton hargneux.

- Ne prétends pas me mettre enceint et ne pas le savoir, Sirius Orion Black ! Qu'est-ce que je fais moi, maintenant, hein ?

Remus n'avait rien ajouté, refusant de voir l'absolu ébahissement de son mari puis la joie qui remplaçait progressivement la surprise dans son regard bleu. Il s'était détourné et était sorti presque en courant avant de se cloîtrer dans sa chambre. Qu'il la partagea habituellement avec Sirius ne l'avait pas effleuré et l'animagus avait du passer la nuit dans l'une des chambres d'amis, complètement retourné.

Depuis, Remus ne sortait plus de la chambre et ce seul fait suffisait à angoisser Sirius. Il savait que son mari ne manquait de rien et qu'il serait alerté au moindre problème mais il ne pouvait se débarrasser de ce sentiment de déprime qui n'avait pourtant pas lieu d'être.

Il était cependant bien soulagé de ne pas avoir à travailler ce dimanche. Il avait fait la veille plus d'erreurs et oublié plus de paperasserie qu'en plusieurs années au bureau des Aurors. Il avait passé deux heures à rêvasser assis sur sa chaise au lieu de se présenter à la réunion mensuelle du Magenmagot qui avait lieu le samedi après-midi pour permettre aux vénérables membres de l'assemblée sorcière de pouvoir vaquer à leurs occupations en semaine, quand bien même celles-ci se limitaient en majorité à garder leurs petits-enfants ou arrière-petits-enfants. Il ne s'en était rendu compte que lorsqu'un obligeant collègue lui avait fait remarquer qu'il était rentré bien tôt du meeting et il était arrivé hors d'haleine, avec en sus un retard considérable, dans la salle de réunion devant les augustes dignitaires. Il va sans dire que la plupart des dossiers à traiter ce jour avaient été reprogrammés à une date ultérieure par une petite sorcière courroucée aux lèvres plissées et aux cheveux grisonnants qui officiait en tant que greffière, sous le regard plutôt amusé des aimables vieillards qui prenaient connaissance avec une bonté condescendante des frasques de la jeunesse.

Étrangement Sirius n'était pas mort d'embarras sur place. Il devait admettre que ce contretemps, qui l'aurait certainement rendu malade l'année passée, ne l'avait guère affecté. Il allait avoir un enfant, rien ne pouvait davantage bouleverser son existence paisible.

Sauf l'humeur de Remus.

Il savait que son mari voulait des enfants. Il avait visiblement la fibre paternelle et s'entendait à merveille avec tout être de moins de vingt ans. Ce n'était pas un dégoût de la paternité qui bloquait ainsi Remus, il en était persuadé. Bien qu'ils n'aient jamais abordé le sujet durant leurs discussions, Sirius pensait suffisamment connaître l'homme qui partageait sa vie pour ne pas en douter.

L'ennui était d'un tout autre ordre.

Un loup-garou n'est pas une créature magique ordinaire. Les dominances sont très clairement définies chez les lycanthropes et, en dépit du fait que tous les mâles de l'espèce soient potentiellement fertiles, nul n'avait jamais vu un mâle alpha enceint.

Jusqu'à Remus.

Bien qu'absolument adorable, très gentil et attentionné, Remus n'en restait pas moins un homme au caractère très dominateur dans l'intimité de leur chambre à coucher. Oh, Sirius ne s'en plaignait certes pas ! Il prenait goût à toutes les positions et laisser les commandes à Remus ne lui déplaisait point, bien au contraire. Il ressentait cependant parfois le besoin d'inverser les rôles et Remus, s'il avait exprimé quelques réticences au début de leur relation, en était rapidement venu à apprécier ces occurrences tant qu'elles ne se généralisaient pas.

Sirius avait toujours parfaitement compris que le loup en Remus puisse voir d'un mauvais œil le fait d'être soumis, même pour quelques minutes. Un mâle alpha restait le chef de la meute, le dominant, et toute tentative de le soumettre était perçue comme un putsch, et traitée comme telle. Quelles que soient les envies de Sirius aux abords de la pleine lune, il les retenait toujours pour ne pas risquer une confrontation avec Moony, quitte à devoir attendre deux semaines pour obtenir satisfaction. Il n'avait d'ailleurs pas touché à Remus de cette manière depuis… juste avant le mariage d'Harry. Sûrement l'union approchante du Veela avait-elle été porteuse de bonne fortune car les loups-garous ne tombaient pas si aisément enceints.

Une petite voix soufflait à l'oreille de Sirius qu'au vu des derniers développements, il ne risquait pas pouvoir de sitôt approcher à nouveau l'alléchant postérieur de son mari, à son plus grand regret. A vrai dire, il aurait certainement du mal à obtenir du loup-garou qu'il le touche durant les prochains jours.

Sirius soupira. Il n'avait jamais fait bon ménage avec l'abstinence et craignait quelque peu de voir son tempérament devenir volatile si la situation devait perdurer. Il ne s'angoissait cela dit pas outre mesure à ce propos puisque les créatures magiques étaient en règle générale dotées d'une libido exigeante. Remus ne tiendrait pas une éternité sans poser la main sur lui, il en avait la conviction. A lui de bien gérer l'intervalle…

Si seulement Remus acceptait de sortir de la chambre pour discuter de la grossesse !

Sirius ne demandait pas mieux que de le rassurer, de lui certifier que son statut d'homme et de chef de meute n'en avait pas souffert. Evidemment, il savait bien que Remus en avait conscience et que seul le loup influençait négativement sa vision des choses mais un câlin en tout bien tout honneur assorti d'une sérieuse conversation ne pouvait pas nuire.


Remus était roulé en boule dans le grand lit vide qu'il partageait normalement avec Sirius. Jamais les draps ne lui avaient paru si froids, si inhospitaliers que depuis deux jours. Depuis ce vendredi matin où, inquiet de vomir pour la deuxième fois consécutive en l'espace de dix minutes, il s'était rendu à Sainte Mangouste. Il avait attendu une éternité pour voir un médicomage, sa condition de lycanthrope exigeant un spécialiste, et le verdict était rapidement tombé lorsqu'il avait énoncé les symptômes de barbouillement, légers vertiges et nausées. Il avait cru que le praticien se moquait de lui lorsqu'il lui avait demandé s'il avait des relations sexuelles régulières avec un homme, ne voyant absolument pas le rapport qu'il pouvait y avoir avec son état.

Il savait qu'il ne souffrait pas d'indigestion puisqu'il se sentait un peu patraque depuis plusieurs jours et n'avait consommé aucun aliment sensible. Son odorat sur-développé l'aurait instantanément alerté si la viande n'avait pas été fraîche et, comme tout carnivore qui se respectait, il ne tenait guère aux légumes ou aux produits de la mer. Mais en dehors de cela, le champ des pathologies restait étendu et la question du médicomage l'avait pris par surprise. Il n'avait pas eu le temps de finir un 'oui, je suis marié' un peu confus qu'une baguette avait décrit une arabesque compliquée au niveau de son abdomen et que le diagnostic avait été posé.

Enceint.

Lui, Remus Lupin. Loup-garou stigmatisé depuis l'enfance, ayant échappé par miracle à la stérilisation forcée que le Ministère était parvenu à imposer pendant un court las de temps avant que la pression aussi bien sociale qu'économique des riches familles de Sang Pur ne le fasse fléchir, enceint !

Il était rentré chez lui sans avoir écouté un seul mot des conseils du médicomage, abasourdi, et s'était laissé choir dans un fauteuil, tentant de revenir aux prises avec la réalité. La nouvelle avait fini par faire son chemin, heureusement et malheureusement tout à la fois. Il avait réalisé que le parchemin froissé qu'il tenait encore entre ses doigts était bien le prochain rendez-vous que Sainte Mangouste lui avait fixé pour le suivi de la grossesse et ce terme, soigneusement calligraphié par une secrétaire médicale, avait déchaîné les enfers. Moony s'était éveillé de sa demi-torpeur coutumière et un accès de rage l'avait submergé, durant lequel il avait contacté le bureau des Aurors pour se voir aiguiller sur Poudlard.

La fureur rentrée qu'il éprouvait devant les actes récents de Ginny se mêlant à la colère indicible du loup-garou à se découvrir enceint avait jailli en une cataracte acide sur les épaules de Sirius avant qu'il ne prenne la fuite pour se barricader dans sa chambre, hargneux et désemparé. Il n'avait pas quitté le lit depuis lors.

Il savait qu'il devrait se secouer et se lever mais il n'y parvenait pas. Il ne faisait que penser encore et encore à la vie ténue qui grandissait en lui. Il n'en avait pas l'air mais l'être humain en lui était ravi, si heureux de porter le fruit de son amour pour Sirius qu'il se sentait sur le point d'exploser. Moony par contre se rebellait de toute son âme, considérant son état comme la pire disgrâce pouvant frapper un lycanthrope dominant.

Porter en son sein la progéniture d'un humain ! Fi ! Si encore, en tout dernier recours, contraint et forcé, il s'était soumis à un membre de son espèce, à la rigueur…

Que Sirius soit son compagnon ne semblait pas faire entendre raison au loup-garou neurasthénique qui rageait sans répit dans l'esprit de Remus, ne lui laissant pas le loisir de dormir et l'épuisant toujours davantage. Etre déchiré entre son instinct naturel de reproduction et la résurgence archaïque du mâle alpha était très difficile à tolérer.

Il lui avait fallu un certain temps pour accepter le fait qu'il pouvait apprécier de ne pas diriger systématiquement ses ébats avec Sirius et mieux valait prendre garde à ne pas tenter ce genre d'aventure lorsque la lune était pleine. Cependant, le loup le laissait désormais tranquille sur ce plan alors qu'à l'époque où Sirius et lui hantaient les corridors de Poudlard, il était réfractaire à toute mention d'une activité sexuelle qui ne le plaçait pas en position de force, entraînant dans le pauvre cerveau de Remus une bataille rangée qui s'achevait toujours par la victoire de Moony.

Il savait que tôt ou tard le loup accepterait la situation : il s'agissait de son enfant, la génération suivante, l'avenir de la meute.

Si seulement la pleine lune n'était pas si proche !

Si seulement le loup était moins présent, qu'il puisse faire cesser ces sautes d'humeur intempestives et aller se blottir dans les bras de Sirius pour baigner gentiment dans la chaleur familière de l'animagus et se laisser dorloter…


Poudlard, une pièce vide aux abords de la salle de classe de Severus, 13h57.

Blaise vérifiait pour la pénultième fois l'ordonnance de ses préparatifs. Il s'assura que le charme de réchauffement maintenait efficacement le thé à bonne température et réarrangea pour la énième fois l'assiette de petites gourmandises qu'il avait spécialement commandées aux elfes des cuisines.

Il ne parvenait pas à se défaire des papillons qui virevoltaient dans son estomac depuis qu'il s'était levé ce matin. Il avait investi la pièce à huit heures tapantes armé de sa baguette, d'une brosse Poildur, d'un chiffon, d'un seau d'eau et d'une fiole du dégraissant surpuissant Astikplus que l'elfe chargé du récurage lui avait conseillé. Malgré l'armada d'elfes qui travaillait à Poudlard, le château couvrait une telle surface que les zones habitées et utilisées recevaient la priorité en ce qui concernait le ménage. Les innombrables salles vides étaient reléguées dans la catégorie non urgente et nettoyées seulement lorsqu'un elfe avait du temps libre devant lui pour s'en occuper. Mais Blaise ne voulait rien laisser au hasard.

Après une matinée de frottage, grattage, ramassage de poussière et décollage de vieilles traces d'ingrédients séchés, le Serpentard estima l'état de la pièce suffisamment propre pour un rendez-vous… euh, cours de potions plutôt. Inutile de se mettre à espérer pour voir ses rêves s'effondrer. Incapable de rien avaler, Blaise passa toute la durée du déjeuner en cuisine à surveiller l'elfe qui préparait la collation qu'il avait requise, critiquant le moindre détail dont l'absolue conformité laissait à désirer et provoquant des crises de nerfs à répétition chez les petits cuisiniers. Lorsque finalement il fut satisfait du résultat, il ne laissa à personne le soin de transporter le lourd plateau et s'en chargea lui-même.

Depuis, il tournait en rond, déplaçant chaque objet de la pièce de trois millimètres au moins vingt fois par tranche de cinq minutes, s'assurant que tous les parchemins qui constituaient ses notes étaient parfaitement alignés, battant du vent et commençant tout doucement à paniquer. Et si Neville ne venait pas ? S'il avait repris ses esprits ? S'il avait réalisé ce que Blaise avait derrière la tête en lui demandant impulsivement de venir le rejoindre ?

Le cours de sa remise en question fut brutalement interrompu par l'arrivée discrète d'un Neville rougissant et hors d'haleine. Il avait sûrement du effectuer la fin du trajet en courant pour ne pas risquer de croiser un Serpentard en dépit du courage aveugle que l'on prêtait aux Gryffondors et Blaise trouvait que le rosissement soutenu et les cheveux en bataille lui convenaient plutôt bien. Quoi qu'il en soit, il trouvait toujours quelque chose de charmant chez Neville depuis le retour des vacances d'été de l'année précédente. Le garçon était revenu de congé avec quinze centimètres de plus, perdant son côté rondouillard et enfantin, ce qui avait immédiatement attiré l'œil du Serpentard.

Bien que Neville ne se soit en rien départi de sa maladresse naturelle, il se déplaçait depuis cette époque avec plus d'aisance et de grâce que par le passé, sans trébucher à chaque pas. Sans avoir l'assurance souple et animale de Severus, le jeune Gryffondor avait néanmoins trouvé un équilibre qui ne le désavantageait point. Blaise n'était pas persuadé que qui que soit d'autre l'ait remarqué car Draco, qui notait chaque détail pour utilisation ultérieure éventuelle, l'avait fixé avec des yeux agrandis d'ahurissement lorsqu'il lui avait fait part de ses découvertes l'année passée.

Neville toussota nerveusement et Blaise sursauta, réalisant soudainement qu'il était resté immobile à fixer le jeune homme qui se tenait devant lui en tentant de réprimer une évidente envie de se dandiner d'un pied sur l'autre. Il se morigéna aussitôt.

Autant pour la mise en confiance…Qu'est-ce que je lui dis maintenant ?

- Tu n'as pas eu de mal à trouver ?

Bravo Blaise, il n'existe pas de réplique plus spirituelle… Secoue-toi les puces nom de nom ! Il va te prendre pour le dernier des demeurés !

- N…non.

- Euh… je… Sur quelle potion tu veux qu'on travaille ? balbutia Blaise, se sentant de plus en plus idiot à chaque seconde qui passait.

On est pas sorti de l'auberge… pensèrent simultanément les deux jeunes gens.


Appartements de Lucius et Narcissa Malfoy, 14h11.

Hermione avait rendez-vous avec le coiffeur personnel de Narcissa pour que celui-ci puisse déterminer quelle coiffure il allait créer pour le mariage. Elle n'était pas enthousiaste à cette idée mais avait néanmoins pris place dans un fauteuil près de la cheminée et attendait en compagnie de Narcissa que l'artisan arrive, Lucius ayant préféré quitter les lieux. Sa future belle-mère lui avait d'autorité placé une tasse de thé dans la main et la scrutait sans cesse depuis qu'Hermione était entrée dans la pièce. Aussi gentille et secourable que Narcissa ait pu s'avérer dans la matinée, Hermione ne s'en sentait pas moins sur le point de hurler à pleins poumons sous l'intensité du regard qui était posé sur elle. Prenant le parti le plus sage, elle s'enquit d'une voix dénuée d'inflexion :

- Aurais-je un bouton sur le nez ?

- Grands Dieux, non, très chère ! Pourquoi cette question ? lui répondit Narcissa avec autant d'aplomb que si Hermione lui avait parlé du temps.

- Vous me fixez.

- Et bien, je m'assure que vous n'êtes en rien traumatisée par les événements de la matinée. Un Veela peut parfois être assez emporté dans ses affections…

- Oui, je sais, déclara distraitement Hermione en repensant au court message d'excuses que Draco lui avait fait parvenir en fin de matinée. Je ne m'attendais juste pas à ce que…

Elle fit un geste vague de la main que Narcissa comprit malgré son peu de précision. Un silence tomba lentement sur le salon, les deux femmes pour la première fois à l'aise en présence l'une de l'autre.

- Je ne savais pas que Draco connaissait des expressions moldues, lâcha Hermione à brûle-pourpoint alors que leur conversation matinale rejouait dans son esprit.

- De quoi parlez-vous ? J'ai bien peur de ne pas vous suivre…

- Il m'a dit ce matin de ne pas me mettre la rate au court-bouillon. C'est une expression moldue, précisa-t-elle lorsque l'incompréhension se peignit sur le visage de porcelaine de Narcissa.

- C'est un plat, pas une expression.

- Un plat ?

- Bien entendu. Un plat recherché et fort dispendieux. Il s'agit d'une rate d'hippogriffe nain du Brésil, cuite dans un court-bouillon de légumes et nappée d'une sauce épicée à base d'algues noires, le tout généralement servi accompagné d'un émincé de pétales de roses blanches confis.

Hermione verdit nettement et se promit de ne plus jamais chercher à savoir d'où provenaient les tics de langage de Draco. Autant s'imaginer gentiment qu'il connaissait un minimum le monde moldu et non qu'un plat sorcier à priori peu comestible avait dû être mal compris d'un moldu qui en avait fait un terme imagé. Cela valait mieux pour sa tranquillité d'esprit – et pour son estomac.

Le coiffeur arriva sur ses entrefaites et, se méprenant sur son visage pâli, compatit d'emblée à la douleur d'Hermione de voir ses cheveux dans un tel état, s'attirant un regard ahuri de sa jeune cliente qui, si elle savait sa coiffure indisciplinée, n'y trouvait en revanche rien à redire.


Appartements de Severus Rogue, 17h12.

Severus se redressa, satisfait.

Il s'était éveillé très tôt ce dimanche matin et alors qu'il écoutait la respiration régulière de son mari blotti contre lui, il avait eu une idée lumineuse. Incapable de se rendormir, il s'était démêlé de son petit koala personnel qui semblait ne vouloir dormir que collé à lui et avait, le temps d'enfiler une robe de sorcier, rejoint son laboratoire. Le travail n'attendant pas, il s'était lancé à corps perdu dans ses recherches sur l'antidote à la potion des jumeaux Weasley, uniquement interrompu par Lucius vers dix heures.

L'aristocrate était arrivé bien plus hérissé que jamais, lui lançant un exemplaire du supplément dominical de la Gazette et commençant à se plaindre à qui mieux mieux des journalistes, de sa belle-fille, de Draco, du mariage… bref de la vie en général. L'article lu et les récriminations de Lucius distraitement écoutées, Severus avait compati, à sa manière froide et sarcastique, avant de flanquer son ami dehors sans un mot d'excuse. Un simple 'j'ai du travail' asséné à l'instant où il refermait sèchement la porte avait suffit à faire comprendre à Lucius qu'il n'avait ni le temps ni l'énergie de lui prêter une oreille attentive pour le moment. Ils pratiquaient tous deux ce petit rituel depuis de nombreuses années, surtout durant les mois d'été, et rien ne semblait pouvoir dissuader Lucius de venir s'épancher lorsque le besoin s'en faisait impérieusement sentir. Il savait que son ami ne s'offusquerait pas d'avoir été ainsi mis à la porte et reviendrait plus tard soulager ses nerfs comme si de rien était.

Après tout, Severus ne pouvait se permettre de laisser son idée lui échapper ou il risquait fort de ne plus voir son chaton de la semaine tant celui-ci serait pris entre ses cours, ses devoirs de garçon d'honneur, ses amis et la garde vigilante qu'il devait assurer envers Ronald Weasley. Non, non, il devait se débarrasser du problème Weasley en priorité !

L'elfe qui tenta de lui apporter son déjeuner aux environs de 14h fut renvoyé manu militari aux cuisines avec son plateau empli de contaminants potentiels et Severus avait pu poursuivre son labeur tout l'après-midi sans interruption inopportune. Et il était plutôt fier du résultat. Il fallait encore tester la potion, cela va de soi, mais il pensait bien avoir réussi à contrer les effets néfastes de la brillante concoction des jumeaux. De quoi restaurer la paix et la sérénité dans ses appartements.

S'assurant que son antidote gardait une consistance convenable, Severus fit craquer ses vertèbres cervicales raidies d'être restées trop longtemps dans une position inconfortable au dessus du chaudron et se saisit d'une boîte de fioles ainsi que d'un entonnoir. Par souci de précaution, il remplit trois flacons de la solution verte qui décantait avant de les placer au fond d'une poche et de quitter son antre.

La vue qui l'accueillit à sa sortie du laboratoire était annonciatrice d'ennuis. Ou de plaisir, au choix. Harry était assis en tailleur dans le canapé, fixant Severus d'un air morose, les sourcils froncés, une moue dépitée et boudeuse attirant l'attention sur la rondeur veloutée de sa lèvre inférieure. Le maître des potions n'avait pas besoin qu'Harry parle pour savoir ce qui trottait dans sa petite tête ébouriffée. Son chaton n'était pas content et quelque chose lui disait que son devoir d'histoire de la magie constellé de tâches d'encre, qu'il apercevait sur la table basse, s'en ressentait.

Severus choisit de ne pas tenter de se justifier auprès de son jeune époux. Quoi qu'il puisse dire, il savait que le Gryffondor le prendrait, au mieux, avec difficulté, voire avec un certain scepticisme. La meilleure tactique consistait évidemment à passer entièrement le problème sous silence. Il s'avança vers Harry qui n'avait pas bougé, sauf pour froncer davantage encore les sourcils à l'approche féline de son compagnon.

Le Veela s'attendait à un sermon sur le fait que Severus devait bien travailler et assurer aussi bien ses cours, ses recherches et ses corrections que les demandes incessantes de Poppy pour remplir les réserves éternellement décroissantes de l'infirmerie. Aussi fut-il grandement surpris lorsque les explications de son mari s'avérèrent parfaitement inaudibles bien qu'orales. Avant d'avoir eu le temps de demander à Severus pourquoi il s'avançait ainsi vers lui – et accessoirement la raison de son enfermement intempestif dans son laboratoire sans même avoir pris la peine de l'y convier – Harry se trouva coincé contre le dossier du canapé, une bouche chaude et exigeante attaquant la sienne. Avec un petit gémissement plaintif, il offrit l'entrée à la langue inquisitrice qui léchait sa lèvre inférieure et entoura le cou de son mari de ses bras sans se soucier de l'odeur âcre de potion qui émanait de la peau même de Severus ou de ses cheveux rendus désespérément gras par sa journée de travail.

Alors que Severus envisageait de rompre le baiser pour ménager son dos mis à rude épreuve par la fabrication de son antidote, Harry déplia souplement les jambes et les enroula autour des hanches de son compagnon, le bloquant dans une position peu confortable et le forçant à s'appuyer des deux mains sur le dossier pour ne pas lui tomber dessus. Mais qu'était un inconfort passager devant l'abandon avec lequel son chaton répondait à ses caresses ? Severus était prêt à endurer un malmenage supplémentaire de ses lombaires, pour un temps limité s'entend, avant que des coups redoublés à sa porte ne viennent rompre l'harmonie.

Seuls les autres professeurs, Lucius et les Serpentards savaient où se situaient ses quartiers, tout comme ils savaient qu'il était suicidaire de venir le déranger sans un motif impérieux, d'autant plus depuis qu'il était marié. Aussi se dégagea-t-il à contrecœur de l'étreinte de son Veela pour aller ouvrir, laissant Harry croiser les bras d'un air bougon. Le très composé Théodore Nott se tenait devant le portrait, les cheveux légèrement désordonnés et le souffle un peu court. Intrigué malgré lui par le fait évident que le jeune homme venait de courir, Severus haussa sèchement un sourcil. La réponse qu'il appelait ne tarda pas.

- Il y a un problème dans l'une des pièces vides près de la salle de potion, Monsieur. J'ai entendu des cris et ce qui semblait être une bagarre. Je crois qu'il s'agit de Weasley, Monsieur. J'ai distinctement reconnu la voix de Blaise.

- Je viens de suite, Nott, répliqua Severus, cherchant mentalement comment Weasley avait pu tromper les mesures de sécurité qui devaient l'empêcher de quitter sa tour. Il est de toute manière plus que temps de faire ingurgiter à Weasley son antidote. Harry, tu…

Bien qu'il ait été dans son intention d'empêcher Harry de le suivre, la mention de son ami fut suffisante pour que le Gryffondor soit debout à ses côtés en moins de temps qu'il n'en fallait pour dire Quidditch. Severus vit d'un œil orageux le regard de Nott s'attarder sur les lèvres rougies et enflées d'Harry, leur précédente occupation ne laissant nulle place au doute, mais son élève ne releva point le fait et ne détailla pas davantage son mari. Le trio quitta donc l'embrasure de la porte d'entrée pour rejoindre la salle en question.

Ce qui se déroulait à l'intérieur leur apparut très nettement avant même qu'ils n'ouvrent la porte. La confirmation fut cependant prompte et ils purent bientôt voir de leurs propres yeux Ronald Weasley tenter de se débarrasser de Neville pour atteindre Blaise qui, coincé par un chaudron brûlant et bouillonnant dans son dos, le repoussait à bouts de bras avec l'énergie du désespoir.

- Nott, Harry, aidez donc Mr Longdubat à retenir Mr Weasley. Mr Zabini, éteignez le feu sous ce chaudron et reculez. Placez-vous derrière moi, près de la porte.

- Sev ! Si tu pouvais te dépêcher au lieu de papoter… râla Harry.

Il était mécontent et frustré d'avoir été interrompu, mécontent de devoir tenir son ami au mieux de ses possibilités, mécontent d'être impuissant face à la colère évidente de Neville et à l'état inhabituellement affectueux et pervers de Ron. Il savait qu'il frisait l'injustice mais ses nerfs étaient mis à rude épreuve depuis quelques jours entre Ginny, les préparatifs du mariage d'Hermione et les recherches de Severus sur l'antidote. La journée avait été très monotone pour lui, condamné à attendre que son compagnon daigne émerger de son laboratoire, dans l'incapacité d'aller rendre visite à Hermione, qui avait dû passer des heures toute hérissée comme un coq de mauvaise humeur monté sur ses ergots, ou à Ron qui ne voyait rien outre Blaise. Il n'avait eu nulle envie de risquer le courroux de son mari en le dérangeant au beau milieu de Merlin sait quelle étape importante et avait rongé son frein tout l'après-midi. Lorsque enfin le maître des potions avait montré le bout de son nez et était venu l'embrasser comme il se doit, et comme il aurait dû le faire dès son réveil, Nott débaroulait et les interrompait. Marre à la fin !

Severus, bien qu'intérieurement outré d'avoir été appelé par son petit nom devant témoins, lança un coup d'œil prometteur à son chaton et s'avança dans leur direction.

- Mr Weasley, puis-je avoir votre attention quelques secondes si ce n'est pas trop demander ?

- Oh Blaisou, ne te sauve pas mon roudoudou… poursuivit Ron, ignorant royalement son professeur.

- RONALD WEASLEY !

La violence véhémente avec laquelle Severus somma le Gryffondor de lui prêter l'oreille produisit son effet et le rouquin s'arrêta, momentanément interdit sous l'assaut assommant que venaient de subir ses tympans. Neville, Théodore et Harry faillirent bien tomber à la renverse en réaction à cause de la brusque absence de mouvement de leur proie et ils se rattrapèrent comme ils purent.

- Quoi ? demanda Ron un peu bêtement.

- Avant d'aller convoler avec Mr Zabini, vous devriez boire ceci, lui répondit Severus en lui tendant une fiole d'antidote.

- Qu'est-ce que c'est ? s'enquit le rouquin d'un air méfiant et désintéressé tout à la fois.

- Un rafraîchissant pour l'haleine, assura Severus sans se démonter le moins du monde.

Ron perdit sa mine soupçonneuse et sourit largement, visiblement passionné par la potion, ce qui ne manqua pas de faire simultanément verdir Blaise et Neville. Les trois jeunes hommes qui le maintenaient le lâchèrent sur un signe de tête du maître des potions et il tendit la main pour s'emparer de la fiole qui lui était toujours proposée. Il ne lui vint pas à l'idée de mettre en doute la parole de son professeur tant qu'il n'avait pas ouvert le récipient et perçu l'odeur méphitique qui s'en dégageait.

- Vous êtes sûr ? A vue de nez, mon petit Blaisinounet ne voudra plus m'embrasser après ça…

Non mais ! Il déclame ça comme si je voulais l'embrasser maintenant ! Pffffffffff… Pour une fois que je réussis à obtenir un peu de temps tout seul avec Neville, il faut qu'un abruti vienne me pourrir le coup…

- Feriez-vous subitement autorité en matière de potions, Mr Weasley ? susurra dangereusement Severus, sachant pertinemment que les philtres d'amour possédaient tous cette faculté unique de vous brouiller l'esprit jusqu'à ce que vous ne soyez plus capable de vous concentrer au-delà de trois secondes sur un problème donné pour peu qu'il ne se rapporte pas directement à l'objet de votre affection.

Effectivement, Ron haussa les épaules d'un geste fataliste et, sans plus se poser de question, avala cul sec la concoction. Il sembla s'étouffer un instant, virant disgracieusement à l'écarlate, avant que le liquide ne soit dégluti et qu'il ne puisse retrouver une respiration qui, quoi qu'un peu sifflante, n'avait rien d'inquiétant. Il reprit lentement son souffle puis son visage qui revenait tout juste à une couleur plus saine parut se décomposer.

- J'ai… j'ai… Oh Merlin…

Sans demander son reste, il s'enfuit, bousculant Blaise sur son passage et ouvrant si vivement la porte qu'elle percuta le mur à grand bruit.


Jardins de Poudlard, au sommet d'une colline surplombant le lac, dans la soirée.

Ronald Weasley été guéri de son philtre d'amour. Enfin. Et pour une raison obscure, il en était moins satisfait qu'il ne l'aurait cru.

Satisfait de ne plus risquer de voir son rouquin préféré embrasser Blaise Zabini ? Certainement.

Satisfait de le voir retourner à son ancien état d'homophobe certifié ? Que nenni !

Comment allait-il bien pouvoir tenter une approche dans ces conditions ? Un Ron obsédé par Zabini n'était pas des plus disposé à se soumettre à une quelconque tentative de séduction de sa part, certes, mais au moins il ne rejetait pas le contact d'un homme.

Devait-il considérer cela comme un point encourageant ou non ? Peut-être devait-il simplement lui laisser le temps d'intégrer la dernière semaine avant de faire un mouvement… Il n'oubliait pas que le rouquin allait en outre devoir prendre en compte les actes inqualifiables de sa sœur dont il avait toujours été très protecteur par le passé. Combien de temps allait-il encore devoir patienter pour voir Ron sortir la tête de l'eau ?

Toujours est-il qu'il fallait qu'il tente sa chance. Maintenant qu'il avait vu son rêve inatteignable à portée de sa main, il n'allait pas laisser tomber. Quitte à devoir le marteler au burin dans le crâne épais et buté de Ronald Weasley ! Oh, il n'était en rien masochiste. S'il se faisait repousser avec conviction et acquérait la certitude que Weasley ne souhaitait vraiment pas une compagnie masculine à quelque titre que ce soit, il abandonnerait. Il s'arracherait le cœur à tourner la page mais il le ferait.

Il soupira.


Poudlard, appartements de Severus Rogue, 17h53.

Harry se laissa choir dans un fauteuil, ahuri. La réaction de Ron l'avait stupéfait. Il se doutait bien qu'il ne danserait pas de joie en comprenant enfin réellement ce qui s'était déroulé durant cette semaine où la potion de ses frères avait dirigé sa vie, mais de là à s'enfuir comme un voleur sans même une parole de remerciement pour Severus ou d'excuse pour Blaise… La vivacité du rouquin n'était pas passée inaperçue en ce tranquille dimanche après-midi et des Serpentards croisés dans les couloirs après avoir remis un minimum d'ordre dans la salle de classe vide faisaient déjà les gorges chaudes de la course effrénée du Gryffondor à travers le château. Il semblerait qu'il se soit dirigé vers son dortoir si l'on en croyait les rumeurs qui allaient déjà bon train.

Harry connaissait bien Ron et estimait que son ami avait dû se ruer au fond de son lit pour y ruminer et y rager à son aise. Il pouvait comprendre ce sentiment. Il avait lui-même passé plus que son content d'heures enfermé dans sa chambre au Square Grimmauld à déprimer sur son mariage prochain et l'inexplicable sensation que la présence de Severus faisait naître dans son corps. Il espérait seulement que Ron n'allait pas s'enliser dans un auto-apitoiement destructeur, comme il savait si bien le faire. Quand on voit de quelle manière le rouquin avait été malade de devoir aller au Bal des Champions du Tournoi des Trois Sorciers avec une vieille robe démodée et fanfrelucheuse, Harry se pensait en droit de s'inquiéter.

Ses pensées moroses furent bientôt interrompues par l'apparition légère sur ses épaules de deux mains qu'il reconnut immédiatement comme appartenant à son compagnon.

- J'ai besoin d'une douche. Commande un plateau de thé, et je reviens.

- Mmmmm… protesta Harry au départ des longs doigts souples qui avaient doucement massé son cou pendant que leur propriétaire lui faisait part de ses projets. Et pourquoi pas plutôt un bain moussant ?

- Pardon ? s'enquit Severus, s'arrêtant interdit à mi-chemin de la salle de bain.

- Un bon bain moussant, bien chaud et très relaxant, quémanda le Veela en prenant son petit air de chat malheureux et innocent.

Severus haussa un sourcil surpris. S'il n'était pas si remonté contre Ginny Weasley et ses manigances criminelles, il lui enverrait des fleurs. Quoique… Il pourrait toujours lui faire remettre une jeune pousse de Filet du Diable pour la remercier de la crise soudaine de possessivité farouche qu'elle avait déclanché chez son mari. Depuis que ses inhibitions de vierge victorienne effarouchée étaient tombées sous la prise de contrôle de son instinct de Veela, elles ne semblaient pas se reconstruire, ce dont Severus allait enfin pouvoir profiter pleinement maintenant qu'il n'avait plus à se cloîtrer dans son laboratoire en permanence pour rattraper les ingénieuses boulettes gémellaires. Quinze jours auparavant, jamais Harry n'aurait suggéré une telle activité et Severus appréciait définitivement de se sentir désiré.


S'il avait pu, Harry aurait ronronné.

Il ne se rendait pas compte qu'il émettait un son bas et vibrant qui ressemblait à s'y méprendre à un ronronnement et, dans l'état de relaxation lascive qui était le sien, il ne s'en préoccupait nullement. Tout ce qui comptait était la chaleur épicée du bain, la caresse de la mousse odorante qui se désagrégeait en petites bulles coquines et les mains chaudes de Severus qui flattaient son ventre, gratouillant d'un côté, chatouillant de l'autre, avant de glisser tout doucement le long de la peau moite, créant localement des poches d'eau presque brûlante. Les cuisses musclées de son compagnon enserraient ses hanches et sa tête mouillée reposait sur son épaule, son visage légèrement tourné vers le cou gracile de Severus sur lequel il envoyait de petites bouffées d'air qui faisaient périodiquement frissonner le sévère maître des potions.

Harry serait volontiers resté installé ainsi jusqu'à la fin des temps mais l'eau finissant toujours par tiédir, il sentit finalement Severus remuer sous lui. Un liquide visqueux fut bientôt répandu sur son cuir chevelu et les doigts agiles de son compagnon entreprirent un massage précis et redoutablement efficace qui le calma à un tel point qu'il lui sembla ne plus avoir le moindre muscle dans le corps bien avant que Severus n'arrête pour lui demander de plonger la tête sous l'eau. Rincé, il se laissa lentement laver, la fleur de douche de Severus se faufilant partout. Il avait été très surpris en utilisant pour première fois la salle de bain d'y trouver pareil ustensile et n'en avait pas vraiment compris l'intérêt. Maintenant il saisissait.

Le temps que Severus achève ses papouilles, Harry n'était plus guère en état de penser mais il parvint néanmoins à rendre la pareille à son compagnon, bien qu'il estima ne pas avoir le même talent pour ce faire. Il ne réalisait pas cependant que ses gestes légers et quelque peu incertains se traduisaient par des effleurements lents et machiavéliques en ce qui concernait Severus. Sans aucune concertation préalable, le thé et dîner furent reportés à plus tard et l'essuyage effectué avec une célérité inaccoutumée.

En dépit de ces judicieuses précautions, ils ne parvinrent pas jusqu'au lit, lui préférant finalement la porte de la salle de bain. Nul ne pourrait accuser Severus de ne pas être un homme préparé et, bien qu'il ne conserve pas de réserve de son lubrifiant amélioré dans l'armoire de toilette, il s'y trouvait un flacon d'huile de massage neutre qui ferait parfaitement l'affaire. Harry ne s'en plaignit point. Bien au contraire, il s'arquait contre le battant, s'égratignant les épaules sur le bois en gémissant sourdement, incitant Severus à se hâter davantage. Pour la première fois depuis leur mariage, ce dernier ne prit pas un temps infini à préparer son chaton, pas plus qu'il ne rechercha volontairement la douceur. L'urgence était présente dans chacun de ses mouvements et ses coups de reins prirent dès le départ un rythme ample et intense. Son emprise sur les hanches pâles du jeune Veela allait probablement laisser des marques mais Harry ne s'en souciait guère, venant à la rencontre de son mari avec autant d'empressement que Severus en exprimait.

Comme toujours dans ces cas-là, ils ne purent faire durer le plaisir bien longtemps et ils jouirent rapidement, épuisés et ravis. Lorsque Harry eut reposé les pieds sur le sol et que ceux-ci furent à même de le soutenir, il poussa Severus dans la cabine de douche qui jouxtait la grande baignoire et ouvrit le jet. Ils venaient juste de se laver mais un petit rinçage ne pourrait pas faire de mal…

Severus se trouva promptement plaqué contre le carrelage froid qui formait un contraste saisissant avec l'eau tiède qui se déversait sur sa tête et le petit corps chaud qui se pressait contre lui pour mendier un baiser langoureux. Il glissa les bras autour de la taille souple du Veela et accéda de bonne grâce à sa demande.


Dortoir des Serpentards, chambre de Draco Malfoy, dans la soirée.

Draco avait eu beaucoup de mal à se calmer. Il comprenait et, à posteriori, remerciait son père mais cela ne rendait pas son intervention moins douloureuse pour autant. Se sentir séparé de sa compagne au moment où il pouvait enfin établir le lien était une expérience qu'il ne voulait renouveler sous aucun prétexte.

Il avait ragé en privé toute la matinée dès qu'il avait quitté Lucius, hurlant des imprécations aux impassibles murs de pierre de sa chambre. Lorsqu'il se fut suffisamment apaisé pour pouvoir penser à nouveau rationnellement, il avait rédigé une courte missive pour Hermione, lui présentant de plates excuses et espérant qu'elle ne lui tiendrait pas rigueur de ses écarts de comportement. Il ne savait pas trop si elle risquait de lui en vouloir d'avoir commencé ou de ne pas avoir terminé mais une chose était sûre : il ne souhaitait pas qu'elle prenne mal ce qui avait pu transpirer entre eux. Il était monté chercher un hibou durant le repas, évitant au maximum le contact avec les autres élèves, et était retourné dans sa chambre qu'il n'avait depuis lors cessé d'arpenter, alternant des crises de nervosité avec de sombres moments durant lesquels il se sentait abandonné.

Il avait espéré recevoir un mot rassurant de sa compagne mais rien n'était venu. Il tentait de se convaincre qu'elle avait beaucoup à faire, tout comme lui au demeurant, mais inexplicablement il commençait à se sentir rejeté, incertain de la manière dont elle percevait les événements de la matinée. Il savait que son ressenti était irrationnel au dernier degré mais il ne parvenait pas à s'en empêcher. Il suffirait de quelques mots couchés sur un vélin pour qu'il retrouve tout son entrain mais aucun hibou n'approchait. Sûrement Hermione n'avait pas jugé nécessaire de répondre à sa lettre. Elle n'appelait d'ailleurs aucune réponse, mais tout de même… Un petit mot pour qu'il ne se sente pas oublié et délaissé aurait été un plus.

En fin d'après-midi, un passage presque éclair de Blaise lui avait redonné le sourire. Oh pas pour Weasley, il s'en moquait comme de ses premières chaussures, mais pour Blaise – dont il comprenait à la perfection le calvaire – et Hermione. Un retour à la normale du vindicatif rouquin signifiait moins de stress pour la jeune femme, et plus de temps à lui consacrer même s'il n'était pas sûr qu'il soit opportun de se trouver dans la même pièce qu'elle pour les prochains jours. D'ailleurs, voyait-elle les choses de cette façon ou bien prendrait-elle comme un affront le fait qu'il cherche plus ou moins à l'éviter jusqu'au mariage ?

Mais qui pensait-il duper ? Il ne tiendrait jamais jusqu'au mariage sans la revoir !

Il avait un viscéral besoin de la frôler au moins une fois par jour et, s'il ne pouvait le faire, de la voir pendant le plus longtemps possible, même sans lui parler. Simplement la contempler grattant à toute allure sur un parchemin les flopées d'inepties de Binns… Et dire qu'il avait toujours qualifié son père d'incurable rêveur lorsqu'il surprenait son regard s'attarder sur sa mère qui organisait une réception ou étudiait un arbre généalogique, entourée d'une montagne de paperasses !

Maintenant il s'attendrissait d'une tâche d'encre sur le bout du nez de sa compagne !

Merlin mais qu'allait-il faire jusqu'à la cérémonie ?


Dortoir des Gryffondors, pendant la nuit.

Ron ne dormait pas. Oh il avait bien essayé, rien à faire ! Le sommeil et le généreux oubli qui l'accompagnait le fuyaient. Rien, absolument rien ne venait l'empêcher de se remémorer encore et encore les actes follement délirants qu'il avait accomplis ces derniers jours. Le baiser passionné et profond qu'il avait infligé à Blaise Zabini, les kilomètres de parchemin qu'il avait noircis à toute allure pour y coucher sa prose maladroite et d'un lyrisme douteux, la conviction inébranlable qu'il était amoureux pour l'éternité d'un homme, un Serpentard qui plus est !

Et il ne parlait même pas de sa sœur ! Quelle idée avait-elle eu celle-là de tenter d'attaquer le compagnon d'un Veela juste sous son nez ? Il adorait sa sœur, vraiment, mais elle avait perdu les pédales, il ne voyait que cette possibilité. Il l'avait pourtant avertie – et il n'avait pas été le seul – de laisser tomber cette folie et de chercher quelqu'un d'autre. Comme s'il allait attaquer Draco Malfoy ! Certes cette perspective était des plus tentantes, il l'admettait, mais ce serait prendre des risques inconsidérés et un bon stratège ne se lance pas dans une bataille perdue d'avance. Au moins, Hermione serait heureuse…

Etait-ce si déplacé de vouloir tout effacer ? De vouloir revenir en arrière, avant que Draco Malfoy n'aille humer sa petite amie en cours, avant que Ginny ne perde l'esprit, avant qu'il n'embrasse Blaise Zabini à pleine bouche ?

Il savait bien qu'il ne pouvait espérer poursuivre sa relation chaotique avec Hermione mais, aussi difficile que cela soit pour lui de tirer un trait sur son seul amour véritable à ce jour, il n'envisageait certainement pas de changer de bord ! S'il devait se montrer entièrement honnête avec lui-même, il ne pouvait nier avoir pris un plaisir certain à embrasser Blaise Zabini mais il n'était pas prêt à admettre une telle insanité. Oui, le contact du corps dur et anguleux d'un homme contre le sien n'était pas désagréable mais il était loin d'égaler celui de la douce rondeur féminine dont il était friand.

Quel intérêt pouvaient bien présenter des pectoraux et des hanches étroites tout en os ? Ou un ventre porteur de tablettes de chocolat ? Hein, franchement ? Et il ne parlait même pas du reste de l'anatomie masculine. Si seulement son esprit voulait bien le laisser tranquille et cesser de lui rappeler à quel point il avait goûté la sensation de muscles puissants sous l'épaisseur de l'uniforme de Zabini ! Le Serpentard ne l'intéressait en rien et ne l'avait jamais intéressé.

Ce qu'il lui fallait était une nouvelle petite amie, voilà tout ! Une gentille Gryffondor ou une timide Poufsouffle qui lui ferait oublier le mariage d'Hermione et le contact de la langue soyeuse de Zabini sur la sienne. Surtout pas une Serdaigle qui s'amuserait à le psychanalyser. Une fille peu intelligente, pas farouche mais physiquement assez bien faite, comme Romilda Vane par exemple, serait exactement ce qu'il lui fallait.

De quoi faire disparaître sa frustration.

De quoi oublier qu'un homme avait pu faire naître en lui des sensations qu'il n'aurait jamais dû ressentir.


Encore une fois ffnet a décidé de ne pas me laisser séparer mes passages comme je l'entends... Ça commence à sérieusement m'énerver de devoir refaire entièrement la mise en page à chaque fois! Par dessus le marché, il ne me laisse même plus mettre la ponctuation comme elle me plait! MARRE!