Presque fini :)


Chapitre 21- Apaisement

Draco et Harry marchèrent un peu avant de rentrer. C'était l'automne et la tenue des deux jeunes hommes contrastaient autant que leurs physiques. D'un côté, Harry, cheveux sauvages en bataille, gros pull bleu moelleux, jean décontracté. De l'autre, Draco, cheveux fins et soigneusement coiffés, veste légère élégante sur une chemise blanche en satin et un pantalon noir extrêmement seyant. L'un avenant, chaleureux et extraverti, l'autre plus en retrait, froid et assez hautain. La braise et la glace réunies.

- Tu viens chez moi ? demanda le garçon à la cicatrice.

C'était la première phrase prononcée depuis le départ de la maison du couple Weasley. Draco Malfoy était resté songeur, il était épuisé et un peu secoué par toutes les émotions ressenties. Harry était devenu si proche à présent, c'était comme la réalisation d'un rêve impossible... alors, malgré la fatigue, il ne comptait pas le laisser rentrer seul, de peur que le rêve ne s'évanouisse.

- Je crois que tes tableaux m'aiment bien.

Harry sourit d'un sourire heureux. Cette façon qu'avait le blond de ne jamais dire oui et de trouver une explication justifiant un choix, ça le touchait inexplicablement.

- Ne les décevons pas, alors.

Une fois arrivés Square Grimmaurd, Draco prit plus de temps pour observer les lieux. Il y avait un je-ne-sais-quoi quoi de familier dans cette immense maison. On sentait de la magie noire encore présente, quelques sortilèges protégeaient quelques sinistres secrets ça et là mais le lieu était beaucoup plus chaleureux que le Manoir Malfoy. Il y avait bien entendu, la touche Gryffondor de Harry, celle de Sirius aussi sans doute, quelque chose de plus humain que dans l'héritage de la famille Malfoy. En fait, malgré son lointain passé noble et sombre, on se sentait simplement bien.

Accablé par la fatigue, Draco frissonna. Harry vint l'encercler doucement.

- Tu as besoin de te réchauffer, tu grelottes, viens.

Il sortit sa baguette et la dirigea vers la cheminée.

- Incendio !

Les flammes crépitèrent aussitôt dans l'âtre, créant des reflets chatoyants sur les murs à présent légèrement orangés. Harry posa un plaid en cashmeere sur les épaules de son invité et l'installa dans le canapé. Draco soupira.

- Même un simple sortilège de feu, je ne peux pas l'effectuer moi-même.

- Un peu de patience, l'interdiction de pratiquer la magie sera levée l'an prochain.

Il soupira de plus belle.

- Je me sens encore plus inutile qu'auparavant.

Harry vint se blottir contre lui.

- Une fois, tu as manqué de me lancer un sort impardonnable alors j'aime autant quand tu n'as pas de baguette, tenta-t-il de plaisanter.

Ce fut pire. Draco se remémorait parfaitement cet événement, la terreur qui avait été la sienne ce jour-là, la marque fraîchement reçue, la mission du Maître de tuer Dumbledore... et Harry le trouvant en train de pleurer dans les toilettes. Le sort qu'il avait voulu jeter était condamnable... La honte, l'humiliation et la peur avaient failli faire de lui un monstre, le contre-sort de Harry avait été extrêmement douloureux mais s'il n'avait pas été le plus rapide, le résultat aurait été bien pire...

Le Survivant réalisa son erreur en voyant l'air sombre du jeune aristocrate de Sang pur, il reprit :

- Toi et moi, ce ne sera pas simple mais je sais qu'on peut effacer les erreurs du passé. Les tiennes comme les miennes.

- Les miennes, Harry... sont bien plus noires que les tiennes...

- Tout à l'heure, sur ce piano, c'est ton âme qui s'exprimait, elle était pure et fragile, magnifique et altière... la musique ne ment pas, elle révèle ce qu'il y'a de meilleur en toi.

Ce disant, il passa ses doigts dans l'encolure de la chemise du blond, effleurant la peau laiteuse.

- Je ne laisserai plus jamais quelqu'un te faire du mal.

- Je ne suis pas une damoiselle en détresse, Potter, protesta Draco, légèrement blessé dans sa dignité.

- Oh ne t'inquiète pas, je ne le sais que trop. Je sais combien tu peux être dangereux quand tu veux, mais je veux être avec toi si tu as d'autres épreuves à affronter.

L'attirance était trop forte pour que Draco essaie de lutter encore, il laissa Harry se pencher sur ses lèvres pour un baiser bien plus doux et tendre que l'urgence qu'ils avaient partagée les précédentes fois. Il ferma les yeux pour mieux respirer le parfum de son homme. Oui, cela lui paraissait possible d'effacer le passé, de se fondre dans ces bras là, de baisser ses barrières, de se laisser aimer par celui qu'il avait toujours désiré mais dont il avait passé sa vie à combattre la dépendance.

Harry déposa ses lunettes sur la table et reporta son regard émeraude sur l'ancien Serpentard qui s'y noya. Ses mains déboutonnèrent doucement les premiers boutons de la chemise en satin et Draco se laissa faire, hypnotisé et tellement las de résister à tout. Des doigts assurés effleurèrent le haut de son torse, s'arrêtant sur chaque marque, chaque trace laissée par ses bourreaux. Le blond eut un mouvement de recul.

- Ne regarde pas ça...

- Tu es magnifique, Draco, ne laisse pas ce que ces monstres t'ont fait entacher cette certitude. Ils n'ont pas ce pouvoir là.

Ému, l'héritier Malfoy se redressa, retrouvant immédiatement de sa classe naturelle, il posa sa main sur celle de Harry qui n'avait pas bougé de sa poitrine.

- Harry... pourquoi a-t-on perdu autant de temps à se haïr ?

- Parce que c'est ce que la société attendait de nous. Parce que c'était plus facile. Parce qu'on était aussi butés et orgueilleux l'un que l'autre.

Draco reprit l'ascendant, attirant immédiatement le brun dans un second baiser exigeant.

- Par Salazar, chimique... c'est bien le mot.

Harry se mit à rire, un rire qui avait le don de guérir tous les doutes, toutes les peurs, toute la haine et la violence. Ce sentiment de paix, Draco ne souvenait pas de l'avoir déjà ressenti.

- Tu devras apprendre à faire avec mes mauvais jours, ma fierté, mes colères.

- Toi, tu devras t'accommoder de mon côté irréfléchi, impétueux et têtu.

- Il reste de la magie noire dans mon Manoir et certaines de mes fréquentations détestent ceux qui ne sont pas de Sang Pur.

- J'ai des amis Moldus et je considère Arthur Weasley comme un second père.

- Oulah.

Ils sourirent à nouveau.

- On va s'engueuler souvent, on voudra toujours avoir raison.

- Ouais, et on se lancera même des sorts débiles...

Draco changea de ton et son regard devint curieusement noir.

- Mais peut-être qu'on saura se réconcilier sur l'oreiller ?

- Peut-être, il faudrait tester pour savoir.

- Tu te sens prêt ?

- Oh oui, et toi ?

Pour toute réponse, l'ancien Serpentard se leva et décrocha le portrait de Mrs Black pour le déposer dans la pièce d'à côté. Il revint dans le salon, les yeux toujours aussi sombres. Sans ajouter un mot, il acheva de déboutonner sa chemise, dévoilant un torse parfait, malgré les mois de jeûnes contraints qu'il avait traversés. Dans la lignée, il se débarrassa de son pantalon. Ses cheveux étaient moins disciplinés que d'ordinaire et cela lui donnait un côté sauvage qui lui conférait des allures de redoutable prédateur. Pourtant, sa peau blanche, aussi délicate que celle d'une femme, ses longs cils fins et ce rose qui lui montait aux joues en faisaient également un adonis à la grâce incontestable. Mi-ange, mi- démon... Sensuel et dangereux à la fois.

Harry avait oublié de respirer, il ne le lâchait pas des yeux, un éclat flamboyant dans le regard, subjugué et étourdi également à l'idée de ce qui allait suivre. Faire ça avec Malfoy, ça semblait toujours si irréel...

Était-ce le feu dans la cheminée ou le magnétisme animal de son invité, il eut soudain extrêmement chaud et se sépara de son pull dans la minute qui suivit, attisant le désir dans les prunelles grises qui lui faisaient face.

- Bon sang, Draco, tu es tellement...

Il ne put finir sa phrase, l'autre homme l'avait rejoint sur le canapé du salon, s'installant à califourchon sur lui, l'embrassant sans retenue, pressant son torse contre le sien, peau contre peau, dans une parfaite alchimie. Harry n'avait pas de mots pour ce qu'il ressentait, il trouvait Draco magnifique, torride, brûlant, d'une affolante sensualité... Le simple contact de sa peau immaculée contre la sienne lui donnait l'impression de découvrir des terminaisons nerveuses inconnues dans son corps. C'était juste électrique.

Trop sans doute car des effluves de magie spontanée crépitèrent légèrement autour de lui, elles eurent pour effet de rendre leurs cheveux encore plus indisciplinés. Draco se mit à rire de ce rire clair et merveilleux qui avait enchanté le Survivant quelques jours plus tôt.

- Je te fais de l'effet, on dirait ?

Il y avait une petite pointe d'arrogance dans la phrase de Draco qui donna envie à Harry de reprendre les rênes. Il initia un mouvement de rein qui souda leurs bassins en mettant en contact leurs désirs, durs, palpitants, à travers le dernier rempart de tissu.

- La réciproque a l'air vraie.

Un nouveau baiser répondit à sa remarque, lascif, étourdissant, terriblement érotique. Harry rendit les armes, il n'était plus en mesure de parler, ses sens commandaient à présent entièrement à son cerveau. Ses mains furent partout sur le corps de l'autre garçon. Ses doigts tracèrent des sillons sur sa peau blanche, dessinant des arabesques sur chaque parcelle qu'il prenait le temps de découvrir, comme s'il voulait le cartographier. Le blond frissonna de plaisir sous ces caresses expertes. En retour, il embrassa la gorge offerte de son ancien ennemi, contenant difficilement son souffle de plus en plus erratique.

Un battement de paupières, un souffle étouffé, une envie ardente. Malgré leur désir brûlant, ils tardèrent à enlever le reste de leurs vêtements, un peu réticents encore, puis s'y résignèrent sans cesser de s'étreindre. C'était la première fois que Harry ressentait des sensations similaires, à commencer par ce contact troublant et grisant d'un autre sexe masculin contre le sien mais la confiance qu'il éprouvait était totale et il laissa Draco faire...

Ce n'est que lorsque Draco retomba à moitié sur lui, épuisé, que Harry retrouva la faculté de penser. Il sentait le cœur de l'autre homme contre le sien, battant la chamade, son souffle tiède, la caresse de ses cheveux soyeux contre sa peau... Il posa un bras autoritaire et possessif autour de lui. De l'autre, il attrapa sa baguette et murmura d'une voix étonnement rauque :

- Accio couverture.

Une couverture en mohair traversa la pièce et s'installa sur eux délicatement, les enveloppant d'une douce chaleur.

- Alors ? demanda finalement le jeune aristocrate de Sang Pur dans une hésitation inhabituelle qui contrastait avec le côté passionné et sûr de lui qu'il avait montré quelques minutes avant.

- Alors ? articula Harry sans bien comprendre, l'esprit encore brumeux.

- Eh bien, je ne sais pas, vivre avec un homme, un ancien Mangemort, un Serpentard, une fouine arrogante, est-ce que ça te paraît envisageable ?

Harry lâcha un rire bref sur le dernier qualificatif, mais malgré l'humour, il avait parfaitement saisi la vulnérabilité qui se cachait derrière, il commençait à parfaitement connaître les différentes facettes de son désormais amant.

- Par Merlin, je n'ai jamais fait un truc aussi... aussi chaud. Je crois que je vais vouloir me disputer avec toi tous les jours pour mieux me réconcilier sur l'oreiller.

Les doigts de Draco vinrent s'emmêler dans les cheveux bruns indomptables, redessiner ses boucles, caresser sa joue.

- Je pense que ce n'est pas un problème.

Et il prit soin de ne pas préciser s'il parlait des prévisibles disputes ou des réconciliations.

- Et toi ? Vivre avec un Gryffondor, de Sang Mêlé, qui porte la poisse mais qui a-survécu-deux-fois ?

- Je crois qu'il faudra changer une bonne partie de tes tableaux... et les miens. Mes ancêtres vont être condamnés à s'étouffer à chaque fois qu'on sera dans la pièce.

Nouveau rire, nouvel instant de complicité, si doux pour le jeune aristocrate passé par l'enfer et qui n'avait jamais cru qu'une rédemption était possible.

- Harry... ça faisait longtemps que j'avais envie de faire ça avec toi...

Le brun ne répondit rien, lui n'avait pas même envisagé que ça soit possible et il n'avait jamais ressenti une telle impression de complétude. Peut-être avait-il été le plus aveugle des deux, au final ?

Cette nuit- là, la braise et la glace se mêlèrent pour ne faire qu'un seul.

A suivre...