Neige en Wallachie


Traduction de The Snow in Wallachia par YamatosSenpai

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À propos de la traduction :

Certains mots ne sont pas traduits : « Veritas », « Carcer »… Il faut les prendre comme des noms propres. Représentent-ils des lieux, des personnes ? À vous de voir...
Ces mots font partie de la mythologie de l'histoire principale. Leur signification devrait se deviner par quelques indices ici et là (et plus facilement pour ceux qui ont quelques notions de latin :).

Mise en garde :
Que les âmes sensibles se préparent : les descriptions effroyables font une nouvelle apparition !


Partie XXI : Conte du Gardien et du Dragon

« Qu'est-ce que tu mijotes ? », demanda Coyote, le regard bleu pesant sur la jeune femme.

« Hein ? » Rukia leva les yeux vers lui, des yeux larges et troublés.

« Je plaisantais... », soupira Coyote, le regard perdu derrière la fenêtre de la taverne. « Ça donne l'impression d'être en prison, n'est-ce pas ? »

Rukia regarda la pièce exiguë avec attention. Elle hocha la tête, se tordant les mains sur les genoux. Elle resta silencieuse pendant un long moment, si longtemps que Coyote ne s'attendait plus à ce qu'elle répondît. « Au moins, ils ne sont pas ici avec nous. »

« "Ils". Je pensais que ces '"ils" étaient tes amis. » Coyote arqua un sourcil sceptique. « S'ils ne sont pas tes amis, et puisqu'ils ne sont certainement pas les miens, pourquoi diable sont-ils ici ? »

« Ils ne sont pas mes amis », dit Rukia catégoriquement, des rides d'amertume visibles au coin des yeux. « Ils sont le Maître de mon coven et le vampire qui m'a créée. »

« Tu êtes trop sérieuse », se plaignit Coyote en resserrant plus étroitement sa veste sur lui.

« Excuse-moi », dit Rukia en dressant le menton. « Je n'apprécie pas d'être retenue contre mon gré et forcée à faire des choses... »

Coyote secoua la tête, riant derrière son poing. Il se mordit les doigts, comme pour museler un éclat de rire, et dirigea son regard sur Rukia. « Fillette, tu ne sais encore rien. »

« Ni toi non plus », dit Rukia d'un ton égal, bien que son attitude fût plus relâchée.

« Mets-moi à l'épreuve », taquina Coyote, quelques boucles brunes et huileuses tombant en travers de son beau visage. « C'est seulement le début. Tu ne sais réellement rien. Et je suis désolé pour toi, bien sûr, mais allons. »

« J'ai attaqué mon frère », dit Rukia, les yeux agrandis sous une nouvelle vague de panique. « Ils m'ont obligée à attaquer mon propre frère ! »

Le corps de Coyote se tendit, ses yeux dardant la jeune femme avec surprise. Coyote se racla la gorge et gratta sa joue amaigrie avec nervosité. « Il te pardonnera. »

« Tu ne le connais pas », gémit Rukia, ramenant ses genoux contre sa poitrine. « Il a gardé de la rancune pendant les 400 dernières années. Il ne va pas simplement laisser tomber... »

« Ton frère... », commença Coyote avec hésitation. « C'est le vampire Byakuya, hein ? Ils n'arrêtent pas de mentionner son nom. »

« Oui », dit Rukia avec un hochement de tête affirmatif. « Le comte Byakuya Kuchiki. »

« Oh, eh bien », fit Coyote en roulant des yeux, « je suis le vicomte Coyote Stark. »

« Comtesse Rukia Kuchiki », se présenta Rukia en offrant sa main. « Êtes-vous français ? »

« Oui, par la grâce de Dieu », répondit Coyote en plaçant ses lèvres contre la main délicate de Rukia.

« Mon père, quand il était en vie, faisait venir un tailleur depuis Paris pour confectionner nos robes », dit Rukia, le regard baissé sur ses mains.

« C'est un long voyage pour une robe », grogna Coyote en tirant sur le gant de sa main.

« Ça l'est ? », demanda Rukia. « Je n'ai jamais quitté la Roumanie avant. »

« C'est vraiment, vraiment très loin. Votre père était un homme frivole », repartit Coyote avec désapprobation.

« C'était un grand homme. Tout le monde autour de lui disait que c'était tellement dommage qu'il n'eût pas de fils. Mais il répondait haut et fort, pourquoi avoir sept garçons quand il pouvait avoir deux filles parfaitement intelligentes ? », récita fièrement Rukia en bombant son torse mince.

« Oh, doux Jésus », soupira Coyote en se pinçant le nez. « Tu es encore une enfant. Pauvre petite chose. »

« Je vous demande pardon », dit sèchement Rukia, « J'ai 436-euh 7 ans ! »

« Ton père mentait », dit Coyote en articulant chaque syllabe. « Il faisait au mieux avec la situation. Qui diable voudrait une fille en ce monde ? »

« Quel monde ? », demanda Rukia en jetant un regard noir de colère à Coyote. « Tu l'as dit toi-même ! Qu'ai-je eu à subir que toi, un garçon, n'aies pas ? »

« C'est- tu- Attends une- », balbutia Coyote.

« Touché(1 )», dit Rukia avec un sourire triomphant. « C'est du français, n'est-ce pas ? »

« Ta petite taille », répondit Coyote puérilement. « Voilà. »

« Ah oui ? Eh bien, ton visage est allongé ! », s'exclama Rukia en pointant un doigt fin. « Il est long comme celui d'un cheval ! »

« Tu as une tête ronde », dit Coyote en croisant les bras sur la poitrine.

« Tes yeux sont trop rapprochés », riposta Rukia.

« Je t'aime bien », dit Coyote en hochant résolument la tête. « Même si tu as un corps de garçonnet. »

« Bon, eh bien, peut-être que je peux passer outre ta figure d'idiot », concéda Rukia. « Dieu sait que j'ai besoin de quelqu'un à qui parler. »

« Alors nous sommes d'accord », dit Coyote, le regard de nouveau perdu derrière la vitre. « Tous les trois jours, nous devrions nous adresser la parole... »

« Tu es très étrange, Coyote Stark », dit Rukia en s'asseyant sur le lit près de la fenêtre. Elle dévisagea Coyote, se mordillant la lèvre inférieure. « Pourquoi être si triste ? »

« Que veux-tu dire? », demanda Coyote. Il s'éclaircit la voix. « Je pense simplement que tu as tord. Mes yeux sont mon meilleur atout... »

« Tes amis te manquent », réalisa Rukia en s'approchant doucement de Coyote. « N'est-ce pas ? »

« Quels amis ? », aboya Coyote en secouant la tête, les boucles de ses cheveux s'agitant dans tous les sens. « C'était sympa comme discussion. Refaisons-le une prochaine fois. » Et Rukia sut que Coyote avait fini de parler.


« Et que pensez-vous être en train de faire ? », demanda Byakuya en cillant lentement des paupières. Ichigo et Shunsui se retournèrent doucement, les lèvres fermement pincées. À l'unisson, ils secouèrent la tête, marmonnant tous les deux dans leurs barbes. « Eh bien ? Expliquez-vous. »

« Vous n'êtes pas obligé de venir », dit Shunsui tout simplement, en croisant enfin le regard froid de Byakuya.

« Mais nous avons une mission », ajouta Ichigo, son couteau glissant le long du morceau de bois qu'il tenait dans la main.

« Qu'allez-vous bien faire avec deux épées, trois couteaux et un… un bâton très pointu ? », soumit au bon sens Byakuya, la déception et la perplexité évidentes sur son beau visage. « Vous ne pouvez pas le tuer avec ces joujoux. »

Passant nerveusement la langue sur ses lèvres, Renji intervint : « Je ne comprends pas pourquoi nous devons le tuer du tout. Je ne pense pas qu'il soit un mauvais gars. »

« Il est dangereux. Fais-moi confiance », dit Ichigo en repensant au regard chargé de haine que Kira avait porté sur lui.

Byakuya hocha la tête : « Oh, je suis sûr qu'il est très dangereux », admit -il. « C'est pourquoi vous êtes tous les deux des idiots. » Il arracha sans effort la lance à moitié taillée de la main d'Ichigo. Il pinça la hampe entre deux doigts, cassant le bois en deux en moins de deux secondes. « Vous dites : "Les Maîtres sont mauvais", "Les Maîtres sont effrayants", "Les Maîtres sont puissants"… Puis vous vous comportez comme si le Maître était votre paternel, lequel, tout simplement, se contentera de vous fouetter proprement avant de vous envoyer au lit. »

« Nous devons faire quelque chose », souffla Ichigo. « C'est là ce que nous sommes... »

« Laissez-moi clarifier une chose rapidement », interrompit Byakuya en levant un doigt devant Ichigo. « Je suis égoïste. Je suis si incroyablement égoïste que cela vous rendra fou au cours des cinq prochaines années… Je suis tellement égoïste que si vous êtes sur le point de mourir, si vous n'êtes qu'à quelques instants de la mort et qu'il n'y a pas moyen de vous sauver, je vous tuerai moi-même. »

La pièce s'était tue. Nullement affecté, Byakuya poursuivit : « Que votre cadavre nourrisse mon ennemi, alors votre cadavre est aussi mon ennemi. Que votre cadavre aide mon ennemi, alors votre cadavre est aussi mon ennemi. Vous, pas un seul d'entre vous, ne tomberez entre les mains d'un ennemi aussi longtemps que je serai parmi vous. »

« C'est d'une telle prévenance », murmura Ichigo, se renfonçant dans son siège.

« Non, il a raison », soupira Shunsui avec défaite. « Spécialement puisque nous sommes une source de nourriture pour les Maîtres comme pour les vampires. Qui devrions-nous nourrir ? Nos ennemis ou nos alliés ? »

« Je remarque que tu n'as pas dit "amis", dit, pince-sans-rire, Ichigo, en fichant son couteau entre ses pieds.

« En effet », confirma Shunsui. « Soyons honnêtes, nous ne sommes pas tous des amis. »

« Cela doit changer », dit Renji en lançant un regard significatif à Ichigo.

« Nous n'avons pas le temps de nous tenir la main et de tresser des paniers », grogna Ichigo. « Ce Maître… Il ne m'aime pas… J'ai un mauvais pressentiment... »

« Est-ce que tu le connais ou autre ? », demanda Shunsui.

« Pas du tout », reconnut Ichigo. « Je ne m'informe pas vraiment de tous les Maîtres connus figurant sur la liste... » Ichigo regarda à la ronde d'un air désolé. « Les Maîtres qui nous rendent compte suivent si bien les règles que je n'ai jamais pensé que c'était important. »

« Rendent compte ? » demandèrent Shunsui et Renji en même temps, leurs sourcils froncés de confusion au point de se toucher.

« Que voulez-vous dire par "suivre bien les règles" ? », demanda Byakuya, et soudain il n'y avait plus aucune trace d'irritation sur son visage. Il était curieux, une presque-joie attachée à cette curiosité, et son attitude entière avait changé.

« Eh bien », commença lentement Ichigo, « le Conseil des Anciens est en quelque sorte… eh bien… Ils deviennent un peu... »

« Recommence, depuis le début », enjoignit Byakuya en tirant à lui la chaise placée derrière. Il s'assit sans perdre une seconde et croisa les jambes.

« Le début de quoi ? », demanda Ichigo avec un haussement d'épaule.

« Quand as-tu rejoint le Conseil ? », suggéra Renji, ce qui suscita un regard noir plutôt amusant de la part d'Ichigo.

« Parfait », complimenta Byakuya, qui décocha sans y penser un sourire en direction de Renji. « Quand avez-vous rejoint le Conseil ? »

« La première fois que je les ai rencontrés », répondit Ichigo.

« Quoi ? », demanda Shunsui, l'intérêt piqué. Il se pencha en avant, genoux écartés. « Vraiment ? »

« Le début », grogna Byakuya, tiquant de la langue avec désapprobation. « Il ne faut pas raconter une histoire dans le désordre... » Byakuya regarda Shunsui, une étrange lueur dans le regard. « Cela demande un vrai Poète pour que cela marche. »

« Le début, eh bien, je suppose... » L'expression d'Ichigo s'assombrit. Il baissa les yeux sur ses mains, s'occupant à triturer les petites peaux mortes des cuticules. « La première fois que j'ai rencontré le Conseil, j'étais malade. Je ne me souviens pas comment je suis arrivé là-bas, mais je me souviens de presque tout après que le Gardien m'ait trouvé. »

« Le Gardien », continua Ichigo, prenant une inspiration hésitante. « Il n'est pas humain et il n'est pas un changeant... » Ichigo se tut et passa les doigts dans ses cheveux. « Cela s'est passé comme ça... »

« Qui est là ? », demanda Yamamoto en regardant par les portes ouvertes du grand hall avec surprise.

Il n'y eut pas de réponse bien qu'une silhouette recroquevillée, agitée de tressaillements, s'avançât en traînant les pieds. La puanteur de la chair en décomposition était insupportable, et les membres présents du Conseil couvrirent leurs bouches. La silhouette se redressa, la forme d'un homme se dessinait à peine dans l'obscurité. La silhouette inclina la tête, comme si elle n'entendait que maintenant la voix de Yamamoto.

« C'est un changeant », souffla Unohana.

« Non ». Yamamoto avait parlé d'une voix ferme. Il secoua la tête, les yeux étrécis. Le Conseil attendit, tous retenant leurs respirations jusqu'à ce que la silhouette s'avançât dans la lumière.

À la vision inattendue, Urahara, la main couvrant sa bouche, étouffa un sifflement. Il échangea un regard avec Shinji, pris par surprise également. Shinji cliqua de la langue, ses yeux bruns plissés de dégoût. « Putain, qu'est-ce qui ne va pas avec ce truc ? »

Lorsqu'Ichigo essaya de parler, du sang dégoulina de sa langue et tout son corps fut pris d'un grand frisson. Il laissa échapper un grognement hébété, ses genoux s'entrechoquant dans sa démarche traînante. « Mon… c-orps... »

« Urahara », dit sévèrement Yamamoto, les sourcils rapprochés de dégoût. « Détruis-le. »

« Mais, ce n'est qu'un enfant », s'insurgea Unohana dans un souffle en s'approchant d'Ichigo avec sollicitude. « Il doit bien y avoir quelque chose que nous pourrions faire. »

« Je ne suis pas certain de ce que nous pouvons faire à ce niveau... », dit Urahara en plissant les yeux, songeur. « Est-ce que c'est vraiment un changeant ? »

« Nous ne connaissons pas cette créature », gronda Yamamoto. « Nous ne lui devons rien. Elle est clairement malade. »

« Mou-rant... » La voix d'Ichigo s'échappa comme un gargouillement, le sang suintant d'entre ses dents et coulant sur son menton jusqu'à la poitrine. « Aid... »

« Il souffre », dit Unohana en tendant le bras comme pour le toucher. Elle retint sa main, ses cheveux nattés oscillant à la soudaineté du mouvement.

« Mon corps. » Ichigo parla tout à coup d'une voix caverneuse qui n'était pas la sienne. Il parlait lentement, en choisissant ses mots avec soin, mais avec aisance. « J'ai choisi un nouveau vaisseau. »

Ichigo se plia en deux, les lèvres ruisselantes de sang. Il se tenait l'estomac d'un bras malingre. Il tendit l'autre vers le Conseil en secouant la tête. Ichigo fit un pas en avant ; un crac retentissant résonna dans la pièce en même temps que son fémur lui déchirait la peau.

« Je vais l'achever doucement », dit Urahara en s'emparant de son épée. « Ce sera faire acte de bonté. »

« Ne le touchez pas ! », hurla le Gardien en se ruant dans le grand hall, à bout de souffle. « Et vous n'avez pas intérêt à le tuer ! »

« Gardien ? », marmonna Yamamoto. « Qu'est-ce que tout ceci veut dire ? »

« Oh-ho », roucoula Urahara, remisant son épée. « Vous ne venez jamais nous voir. »

« Est-il un Maître? », demanda Unohana en détournant le regard de la vision misérable.

« C'est un changeant. Comme chacun de vous », aboya le Gardien, cajolant de deux mains légères le corps meurtri et ensanglanté devant lui.

« Qu'est-ce qui ne va pas chez lui ? », demanda Shinji, dépliant ses jambes de sous son siège. « Je ne ressemble pas à ça. »

Le Gardien déglutit. « Je dois l'emmener avec moi. »

« Qu'est-ce que vous voulez dire », demanda Yamamoto. « À Carcer ? »

« Non. Certainement pas à Carcer », insista le Gardien. « Il doit aller à Veritas. »

« Mais vous ne pouvez pas laisser Carcer sans surveillance », affirma Yamamoto avec autorité, les sourcils froncés.

« Je n'ai pas à y être pour savoir exactement ce qui se passe », dit le Gardien, sa voix grave grondant de sa poitrine. Il essuya le sang des yeux aveugles d'Ichigo. « Je vous attendais, Ichigo Kurosaki. »

« Que voulez-vous dire par là ? », exigea de savoir Yamamoto.

« On dirait qu'il va partir avec le gamin à moitié-mort », expliqua Shinji, titillant du doigt quelque chose à son oreille.

« Comprenez ceci », dit le Gardien en se tournant vers Yamamoto. « Je n'ai pas à vous obéir »

« Yamamoto est un connard de première », soupira Renji. « J'aurai bien aimé que quelqu'un lui ait dit d'aller se faire voir. »

« Pour sûr que c'en est un », fut d'accord Ichigo. « Ainsi, voilà comment j'ai rencontré le Conseil et le Gardien. »

« Excusez-moi... », intervint Byakuya, « mais il manque certaines parties. De quelle maladie souffriez-vous ? Où le Gardien vous a t-il emmené ? Si le Gardien n'est pas un changeant, qu'est-il ? »

« Le Gardien, Urahara et Shinji ont finalement convaincu Yamamoto qu'il fallait m'aider », continua Ichigo. « Alors le Gardien a ouvert cet énorme portail. Tout est devenu froid comme la glace. De ma vie je n'ai jamais senti quelque chose de plus froid, avant ou après. Et le Gardien s'est transformé. Ce n'était pas comme pour un changeant. C'était incroyable. Aussi grand qu'une montagne... »

La terre trembla, l'air fut noyé d'une fumée épaisse et étouffante. Le Gardien, de retour dans sa forme usuelle, se laissa tomber à terre et pressa avec hésitation ses doigts contre la gorge d'Ichigo. Il regarda autour de lui, se mit debout et essuya ses mains tachées de sang.

« J'é...dais… en...dor...mi... », émit une voix rauque et profonde dans l'obscurité. « Guest-ce- gue... tu... veux… Hyourin...maru ? »

« Il s'agit d'Ulquiorra », murmura le Gardien.

« Et alors quoi ? », gronda la voix.

« Il a rassemblé les 666 parties au complet », expliqua brièvement le Gardien. « Et il a choisi un vaisseau. »

« Et ? » Le mot fut suivi par un rire guttural.

« Nous devons l'arrêter », dit doucement le Gardien.

« Pourquoi ? », grogna la voix.

« Nous n'avons pas notre place sur Terre », dit le Gardien avec colère, les poings serrés. « Elle appartient aux humains. S'ils se détruisent, ce sera leur faute… mais si nous les détruisons... »

« Je… m'en fous. » La voix sembla tourbillonner dans la caverne obscure.

« Nozarashi, cesse donc. Montre-toi et regarde moi en face », exigea le Gardien avec impatience. « Arrête de jouer. »

La caverne se secoua toute entière, la roche et la pierre devinrent les écailles du monstrueux dragon noir qui se révélait. Les eaux du lac au centre de la grotte se mirent à gonfler, paraissant augmenter en volume en même temps que croissait l'agitation du dragon.

Un seul œil vert s'ouvrit, qui se concentra sur le minuscule Gardien. Le dragon ouvrit la bouche, quelques panaches de fumée accompagnèrent son rire. Le dragon bougea légèrement la tête, désignant Ichigo. « Noie… le... »

« Es-tu mort ? », demanda Orihime, les mains agrippés à l'encolure de sa chemise de nuit.

« Non, je ne suis pas mort », dit Ichigo en secouant la tête. « Et je croyais que tu étais déjà couchée. Va-t-en ! Tu ne devrais pas écouter ça de toute façon... »

« Son japonais s'est nettement amélioré », fit remarquer Shunsui en tapotant la tête d'Orihime. « Bon boulot, Shiro-chan... »

« Ce n'est pas le moment », avertit Jûshirô doucement, même s'il adressa à Shunsui un sourire indulgent.

« Je pense que c'est assez pour ce soir », dit Shunsui, ignorant la mine dévastée sur le visage de Byakuya. « Je suis sûr que c'est vraiment difficile pour Ichigo de nous parler de tout ça. »

« Mais nous n'avons pas encore appris ce que représente vraiment le Conseil ni ce qu'est le Gardien… Et à présent il y a un dragon ! », s'exclama Byakuya.

Le visage de Shunsui s'assombrit, et il avala péniblement le nœud dans sa gorge. « Ichigo, je dois te parler en privé… Tout de suite... »

« D'accord », dit Ichigo en se levant avec hésitation.

« Suis-moi », ordonna Shunsui en marchant vers la porte.

« Attends une seconde », cria Renji. « Qu'est-ce qui se passe ? »

« Nous revenons tout de suite », dit Shunsui avec un geste évasif de la main. « Laissez-nous une minute. »


« Dis-moi un truc », commença Ginjo lentement. « Quel marché as-tu passé, le petit français ? »

« Qui êtes-vous ? », demanda Coyote, avisant Ginjo d'un œil critique. « Est-ce que je vous connais ? »

« Charmant », grogna Ginjo sans humour. Il fléchit les genoux, la semelle de ses bottes boueuses à plat sur le lit, et vint s'adosser pesamment contre le mur. « Alors ? Qu'est-ce que tu as obtenu d'Aizen ? »

« J'ai obtenu de transporter partout ma défunte sœur dans une malle pendant presque une dizaine d'années avant que je ne la démembre », dit Coyote d'un ton égal. Il arracha un morceau de son pain rassis, appréciant presque l'expression sidérée du visage de Ginjo. « Au fait, qu'est-ce qui t'est arrivé ? » Coyote se frappa le front. « Est-ce que tu n'aurais pas pu lire ça avant ou un truc du genre ? »

« Un effet secondaire infortuné », répondit Ginjo avec une nonchalance affectée.

« C'est carrément dommage », dit Coyote avec un sourire narquois.

« À t'en briser le cœur », murmura Ginjo.

« Écoute », dit Coyote sèchement. « Tu me fais quoi, là ? Est-ce que tu essaies de devenir mon ami ? Parce que c'est impossible. » Les yeux de Coyote s'assombrirent. « Je veux juste faire mon temps, subir ma peine, et foutre le camp d'ici. »

« Tu ne m'arrives pas à la cheville, Stark », se moqua Ginjo. « Tâche d'éviter d'être si arrogant. Tu n'es que la putain du Maître. »


« Je ne me souviens pas », dit Ichigo, le visage froncé d'incertitude. « Je… Je suppose que j'ai oublié... »

« Quoi ? », jeta Renji en secouant la tête avec incrédulité.

« J'ai rencontré le Gardien, ensuite j'ai... » Ichigo se tut, incapable de se rappeler où il voulait en venir.

« Le dragon », suggéra Byakuya. « Qu'est-ce que tu te rappelles au sujet du dragon ? »

« Il était noir, avec les yeux verts », dit Ichigo lentement, comme dans un état second. « Et son rire. » Ichigo regarda l'assemblée avec de grands yeux. « Ce rire pouvait secouait le monde entier... »

« Mais c'est quoi ce foutoir ?! » Renji fit face à Shunsui. « Qu'est-ce qui se passe, bordel ? Est-ce que tu lui as signifié de se taire ? »

« Moi ? », demanda Shunsui, arquant un sourcil surpris. « Pourquoi je ferais ça ? »

« Eh bien… Comment ça "pourquoi" ? C'est toi qui te comportes bizarrement et... », argua Renji, les mots coupés par ceux, effrayants, de Byakuya.

« C'est parti. »

« Qu'est-ce qui est parti ? », demanda Shunsui en regardant Byakuya avec confusion.

« Le souvenir », dit Byakuya.

« Comment un souvenir peut-il tout simplement partir ? C'est impossible », insista Renji.

Byakuya appuya sa main glacée contre le front fiévreux d'Ichigo. Son visage était un masque sans expression et, pendant quelques secondes, tout le monde retint sa respiration. Byakuya se redressa et laissa retomber sa main contre sa hanche. « Je crois que nous en avons terminé pour la soirée. Je pense que je vais me retirer en premier. Veuillez m'excuser. »

« Eh, attends ! », protesta Renji.

Byakuya regarda Renji, le regarda vraiment, avec l'air d'en étudier chaque pouce. Il sourit, d'un sourire étrange, malveillant, qui donna à Renji la chair de poule. « Il vaut mieux qu'on en reste là. »

« Qu'est-ce qui se passe ? », demanda Shunsui, regardant chacun à tour de rôle dans une absolue confusion.

« Tu es sorti parler dehors avec Ichigo », expliqua Jûshirô. « Brusquement, tu l'as convoqué au beau milieu de son histoire. Et maintenant il ne peut plus s'en rappeler la suite… Pourquoi cela ? »

« Quoi ? De quoi tu veux parler ? », demanda Shunsui.

« Viens, Orihime », ordonna Jûshirô, ses yeux verts surveillant Shunsui avec méfiance. « Allons nous coucher. »

« Shunsui », dit Ichigo doucement en le regardant. « Qu'est-ce qui vient de se passer ? »

« Je n'en ai aucune idée », admit Shunsui, sentant un terrible nœud se former dans son estomac.

Partie XXI : fin


(1) NdT : en français dans le texte