20. Disputes et remise en question devant la cheminée

Une semaine après la sortie à Pré-au-Lard, tout le monde oublia la Saint-Valentin. Ce n'était plus d'actualité, et on en revenait à d'autres activités, comme ne pas travailler, discuter, rater sa vie, le quotidien déploré par McGonagall. Il restait un mois et demi avant les vacances de Pâques, mais Poudlard tout entier a décrété qu'elles commenceraient dès maintenant et sans plus attendre.

Mais les vacances, ce n'était pas seulement à l'école qu'elles se passaient. C'était aussi à la Salle sur Demande, pour les réunions habituelles d'Harry, à apprendre des sorts. Ce qui était du moins la raison initiale. Avec le temps, les nouveaux venus, petit à petit, le cours d'entraînement à la magie se mua en un cours à la Flitwick, où on s'amusait plus qu'on ne trvaillait. C'était d'une part lié à la méthode d'Harry, très permissive. Le professeur improvisé, en règle générale, n'ordonnait de préparer que deux ou trois sorts, et c'était rapide. Notamment car Potter était bon professeur, mais surtout parce qu'il y avait une foule de connaissances de toutes maisons, et c'était des aides en plus : chacun aidait son voisin quand il avait fini, au lieu de s'ennuyer dans son coin, et cela faisait progresser très vite les uns et les autres. Et du coup, quand c'était fini, jusqu'à la fin de la réunion, on discutait.

Hermione, pourtant stuideuse, était loin d'être la dernière à s'adonner à ces discussions. Par exemple, le samedi 22 février, lors de l'apprentissage du sortilège complexe du Tonnerre, Hermione, qui était seule ce soir-là, décida de se mettre en binôme avec Adrian Pucey. En effet, Ginny était allée avec Luna, Ernie avec Cadwallader, et Seamus avec Montague. Ils s'entraînaient donc à apprendre ce sortilège avancé dans la magie défensive, mais elle n'eut pas à le lui expliquer longtemps. Adrian avait beau être flegmatique et peu bavard, il était intelligent et maîtrisait le sort presque aussi vite qu'elle, ce qui l'impressionna. Et on en vint à de tout autres sujets.

- Tu as maîtrisé ce sortilège, tu as lancé un tonnerre trois fois d'affilée, dit Hermione. Je n'ai rien à dire dessus, tu es doué, Adrian.

- Mmh. Oui.

Comme Pucey, n'avait rien d'autre à ajouter, Hermione se disait qu'il valait mieux en rester à là car il n'y avait rien à se dire de plus ; toutes les banalités déjà ont été échangées depuis un moment. Donc, elle décida de parler d'un sujet qui déjà l'avait fait réfléchir :

- Dis, au fait, tu connais Theodore Nott ? Il est dans ta maison, mais en cinquième année.

- Heu… Oui. Pourquoi ?

Il était soudain méfiant et irrité en entendant son nom. Adrian avait des petits yeux plissés en entendant ça, comme un serpent. Un serpent bien dodu qui dodelinait de la tête d'un air peu engageant. Hermione sentait qu'elle avait mis le doigt sur quelque chose de délicat.

- Nott a dit quelque chose sur toi, répond Granger. C'était très étrange. Après s'être moqué de ton ventre un bon moment, il a demandé si on était ensemble. Tu y comprends quelque chose, toi ?

Adrian rougit jusqu'aux oreilles en entendant cela, et il semblait soudain très mal à l'aise en entendant cela, et il ouvrait la bouche nn moment, l'air hagard, comme statufié par ce qu'il entendait, et après un temps de réflexion, ce dernier bougea enfin un peu de sa position figée pour lui répondre :

- Hem… Cet escogriffon se moque de mon ventre, soit. Mais moi, je ne suis pas un cadavre comme lui. Une femme mince et svelte est désirable. Mais un homme maigre ne l'est pas. Il ressemble à un cadavre. Moi au moins, je ressemble à un être vivant.

- Que je sache, tu n'es pas amoureux de moi, remarque Hermione, qui trouvait étrange son soudain malaise.

- Hmm… Je t'aime bien. Mais pas dans ces eaux-là. Je ne suis pas sûr que tu voudrais de moi. Je te vois souvent avec d'autres personnes. Donc je suis un camarade, point. Je sais que les relations ont des limites. Et je m'y tiens. Je serai ton ami mais sans doute jamais plus.

- Voilà qui est mature à entendre, remarque Hermione, alors. Tu es le premier que je connaisse qui envisage les choses de cette manière.

- Hm. Oui. Mais pour revenir à ce qu'on dit. Tu ne devrais pas faire confiance à ce Nott. Il est dangereux.

- Comment ça, il est dangereux, s'étonne Hermione, sourcils levés. Pourtant, je le côtoie depuis cinq ans, il est tout sauf dangereux. Juste… bizarre, morose, ennuyeux et terne.

- Il est bien moins agréable quand tu ne le vois pas, réplique Adrian, irrité. Je ne sais pas combien de fois j'ai attrapé ce petit démon au milieu de la nuit. Bien que je ne suis pas préfet, je suis de garde certaines nuits. À chaque fois que je patrouille je suis certain de le trouver quelque part dans le château. Et quand cela arrive, ce petit imbécile m'attaque de temps à autre.

- Quoi, il t'agresse en plus, demande Hermione, surprise.

- Oui, grimace Adrian, en colère. C'est arrivé plusieurs fois. Il ne voulait pas que je lui mette la main dessus donc il a répliqué. La meilleure défense, c'est l'attaque, il le sait. Mais ce petit malin s'en tire toujours. Comme un chat. Il retombe sur ses pattes à chaque fois. Nott fouille dans tes affaires et il sait tout de toi. Mais toi, tu ne sais rien de lui. Et tu ne sais même pas qu'il t'espionne.

- J'ai remarqué, dit alors Hermione, méfiante. Il sait beaucoup de choses sur moi… Notamment sur mon courrier… Comment peut-il le savoir ?…

- Je ne sais pas s'il s'occupe du courrier. Mais je sais qu'il se mêle de tout ce qui se passe chez autrui, répond Pucey, désagréable.

- Pourquoi il fait ça, demande la Gryffondor, incrédule. Si ce n'est pas pour cancaner… Quel est l'intérêt de fouiller comme ça dans la vie des gens ?

- Nott s'ennuie, tout simplement, répond Adrian. Theodore n'a pas d'amis et personne ne lui parle. Faute d'avoir des relations constructives, il va s'enquérir de ce qu'ils font. C'est comme s'il parlait aux autres, sans leur parler ; il écoute. Mais pas passivement. Nott fait beaucoup de coups en traître. Prends garde à lui.

- Theodore n'aime pas Harry, dit alors Hermione. Mais moi… Il a l'air de m'apprécier plus ou moins. Il me parle parfois. Enfin. Il est bizarre quand même mais il semble « amical », si je peux dire. Il ne m'a jamais attaquée. Juste parlé.

- Hmm… Il doit donc t'apprécier. À sa manière. Enfin. S'il te parle, c'est qu'il s'intéresse à toi. Ça veut donc dire qu'il t'espionne et qu'il te veut quelque chose. Tu es prévenue.

- Quoi, comment ça, il m'espionne, demande Hermione, surprise. Mais pourquoi il fait ça ?!

- Je ne sais pas, répond le Serpentard. Je ne suis pas dans sa tête. Mais tu n'as pas besoin de dramatiser. Nott garde tout ce qu'il sait pour lui. Il ne parle jamais à personne. S'il sait un secret sur toi, il ne le dira jamais. Sauf si tu le contraries. Dans ce cas, il ne se gênera pas. Marcus en a fait une amère expérience une fois. Je te déconseille de la vivre à ton tour.

- Qu'à vécu Marcus avec lui, demande Hermione, intriguée.

- C'est un secret, répond fermement le Serpentard. Désolé. Je te fais confiance. Mais Marcus veut que ça reste secret. C'est d'ailleurs pour ça qu'il a mal pris le fait que Nott en parle. Donc je ne te le dirai pas.

- Bon… Très bien, d'accord… M'enfin… Tu dis que Theodore n'a pas d'amis, pourtant il traîne souvent près de Drago Malefoy. C'est pour l'attaquer, comme une fois en début d'année ?

- Tu l'as vu se battre, demande alors Adrian, alors. Ah. Alors tu dois savoir qu'il vaut mieux éviter de le faire. Il est… disons, à cheval entre toi et Marcus.

Hermione eut un rire en entendant ça.

- Oh, quand même, je suis meilleure que Montague sans essayer. Tout au mieux il me bat au Quidditch, mais pas en sortilèges.

- Que tu es modeste, sourit le Serpentard, amusé. Si, Marcus est très fort. Tu n'as jamais reçu un de ses Expelliarmus sur l'estomac. Tu ne peux pas juger.

- Quoi, il t'a lancé un sort sur le ventre, demande Granger, choqué. Et tu es toujours son ami avec lui après ça ?!

- Ha, ha, ha ! Tu as mal compris ! C'était un malheureux accident, rit alors le Serpentard. Marcus avait mal visé dans la précipation. Et il était aussi mal que moi en voyant ce qui s'est passé. Il a tout fait pour s'excuser après. Ah, ah, ah. Hm… Revenons au sujet… Oui, Malefoy. Hé bien, Nott ne l'aime pas non plus. Mais il reste à côté pour espionner. Drago est bavard, Theodore très attentif. Les deux font la paire. Les pipelettes et les muets s'attirent comme des aimants. Chacun fait le miel de l'autre.

- Tu es bien placé pour le dire, tu as un ami hystérique, rit alors Hermione.

- Et une amie très curieuse, sourit Adrian.

- Ah, ah, c'est sûr… J'aime bien discuter avec toi, c'est toujours très intéressant, même si tu ne parles pas souvent.

En entendant cela, Pucey eut un sourire discret. Pas très démonstratif, on voyait juste ses lèves se tirer à chaque coin de sa joue. Les timides ont leur manière de se réjouir.

- Ah, je ne savais pas que Nott espionnait Malefoy aussi, répond Hermione. Il faut qu'il ait du temps à perdre. Drago ne dit que des inepties à longueur de journée. C'est épuisant de l'entendre pérorer en cours. Je me demande comment Theodore fait pour le supporter. Il devrait m'expliquer, un jour.

- Ça dépend de quoi il parle, répond Adrian. Parfois Drago dit des choses intéressantes. Sur les amis à son père par exemple. Tu apprends ainsi tout ce qui se passe en politique et ce que son père fait pour frauder les impôts sans être vu.

- Heu… Son père a fondé un club pour frauder les règles de l'État, je n'étais pas au courant de ça, remarque Granger, soudain étonnée. Hé… Mais attends… Tu saurais si Drago n'a pas parlé d'un des amis de son père ? J'en ai croisé un qui venait de Durmstrang. C'était, heu… un homme très gros, âgé de la cinquantaine, et qui trafiquait avec Lucius Malefoy. Ça te dit quelque chose ?

Adrian se grattait la tête un instant, pensif, avant de répondre :

- Heu… Malefoy a beaucoup d'amis, les uns véridiques et les autres imaginaires. Mais celui-là ne me dit rien. Je sais que Malefoy a des contacts à l'étranger. Où, par contre… Ça peut être à Durmstrang comme à Salem…

- Eh bien, figure-toi qu'il a des amis en Biélorussie. Tu te rends compte ? C'est déjà à peine si je connais une Française du nom de Delacour, et un attrapeur Bulgare du nom de Krum.

- Il s'appelle comment, ce Biélorusse, dit juste Adrian.

- Il n'a pas dit son nom de famille. Je sais juste que son prénom est Olaf.

Adrian eut un rire.

- Il y a plein de Olaf là-bas, rit-il. Ils ont les mêmes prénoms d'un coin à l'autre du pays. Si tu n'es pas plus précise…

- Je ne sais pas, soupire Hermione. Il est vieux, et il parle à Malefoy, c'est tout ce que je sais… Il doit être haut placé… Tu connais des Olaf haut placés ?

- Bien sûr ! Je suis Anglais, et je connais tous les Biélorusses. Ha, ha, ha !

- Grrr. Je préférais quand tu te taisais. Ce n'est pas drôle. Arrête tout de rire, il n'y a rien de plaisant là-dessus.

Tandis que Pucey rigolait un bon coup, Hermione grognait. Oui, bon, c'est vrai, merci Adrian, mais tu ne m'aides pas beaucoup, pense-elle, contrariée.

Une fois que l'hilarité du Serpentard fut passée, il devint alors plus sérieux.

- Ah, ah… Ça fait du bien de rire un peu. Hé bien… Je ne suis pas sûr que ça te réponde. J'ai lu une fois un article à la dérobée… Un certain Olaf Lebknev a remplacé Karkaroff. Avec un peu de chance, c'est celui dont tu parles.

- Attends, coupe soudain Hermione. Il s'appelle Lebknev… Ah ! Oh non !

- Heu… Que se passe-il ?

- Rien ! Enfin si ! Cet Olaf Lebknev… Argh ! J'ai compris ! Ah !

- Heu… D'accord, dit Adrian pour lui, déstabilisé.

Si le Serpentard n'y comprenait rien à rien, Hermion, elle, en revanche, saissisait tout. C'était ça, ce crâne… Un cadeau de Liebknev, que Malefoy vend contre des reliques de Poudlard. Elle savait très bien que Durmstrang était réputée pour sa magie noire… Et qu'on ne trouve nulle part ailleurs… Ah, mais cette nouvelle amitié, comme celle qu'il a trouvé en Dolores Ombrage, ne sort pas du néant comme cela. Il y avait un intérêt caché derrière… Voldemort, en effet, ne serait pas contre un supplément en magie noire…

- Tu veux un penny ? Pour me donner enfin le contenu de tes pensées, dit alors Adrian, abasourdi. Je n'ai rien compris.

- Je ne sais pas si tu comprendrais. J'ai vu ces deux-là roucouler ensemble à la Saint-Valentin, mais en fait, ce n'est qu'une relation intéressée. Chacun assouvit ses désirs à travers l'autre. Et Malefoy, parlons-en, tiens, vend derrière toute l'école nos propres artefacts pour voler de la magie noire. C'est honteux ! Même le trafic de drogue à côté semble plus humain ! Il est en train de donner des objets irremplaçables et coûteux, dont les effets magiques ne sont pas moindres, dans la main d'un étranger qui les ramène chez lui ! Et dans son école, la magie noire y est bien plus prononcée que chez nous !

- Ah oui, quand même, remarque alors le Serpentard, incrédule.

- C'est à ajouter dans la liste déjà très longue des péchés de Lucius Malefoy, soupire alors Hermione. Quand va-il enfin cesser de lasser la patience et la clémence du Ciel ?

Adrian semblait voir autre chose dans ce que disait Hermione.

- Hmm… Attends. Il donne de la magie noire à Malefoy ? Comment il fait ? Ça ne se donne pas, la magie. Ça s'apprend.

- Je ne sais pas trop, sans doute qu'après leurs marchandages, ils échangent leurs petites astuces sur ce sujet, comme les cuisinières s'échangent leurs techniques entre elles, répond la Gryffondor.

- Hmm… Cet étranger sait-il ce qu'il fait ? La magie noire de Durmstrang est terrible. Elle ne devrait pas tomber dans n'importe quelles mains. Nous n'avons que très peu de connaissances en la matière. Et c'est bien mieux ainsi.

- Ah bon ? Krum, enfin… J'avais un ami là-bas, il ne m'en a jamais parlé, dit alors Hermione, surprise.

- Et pour cause. La magie noire est un secret très rare et très bien protégé à Durmstrang, explique Adrian. La magie de Durmstrang est très puissante. Les ancêtres de Karkaroff ont tué leurs propres camarades parce qu'ils ont raconté leurs secrets aux étrangers. Les élèves de Durmstrang pratiquent la magie noire. Ils l'approfondissent, et l'ont maîtrisée et parfaite à un stade que nous ne connaissons pas. Et en plus d'apprendre la magie noire, on leur apprend, sous peine de la vie, à ne rien en dire.

- Ah… Il ne vaut mieux pas alors, dit Hermione, que ces sorts tombent dans les mains de Volde… Tu-Sais-Qui. Tu sais bien que Malefoy est très proche de Tu-Sais-Qui…

- Oui, dit juste Adrian. Tout le monde le sait bien.

Hermione réfléchissait à ceci, intriguée. Elle voulait en savoir plus. C'est vrai, d'ailleurs, qu'Adrian, en Serpentard, a de meilleures connaissances sur le sujet de la magie noire qu'elle. Non pas qu'elle veuille en faire, mais qu'il serait bon de savoir ce que Voldemort mijote pour mieux le contrer.

- Tu peux me parler de Durmstrang plus en détail, demande Hermione.

- Pas maintenant, dit Adrian. C'est déjà l'heure.

En effet, Harry déjà passait dans les rangs pour annoncer que le cours était fini. Hermione soupirait. Déjà ? Oh, là, là…

- Mais on rattrapera ça, lance alors le Serpentard, soudain. Tu aimes le fondant au chocolat ?

- Heu… Ce n'est pas mon dessert préféré, je trouve ça trop épais, lourd et sucré, mais si on m'on propose, j'en prendrai… Pourquoi cette question ?

- C'est le dessert que je réussis le mieux, dit alors Adrian, en riant un peu. Je t'offre de quoi te remplir l'estomac. Veux-tu qu'on en reparle à un autre moment, à un pique-nique dans le parc ?

Surprise d'entendre ça, Hermione ne put s'empêcher de rire. Puis elle répondit, alors :

- J'apporterai du jus du citrouille, nous nous ferons un goûter, un soir. Je suis d'accord. Dommage que je ne sais pas jouer de la musique. Je t'aurai offert un morceau de musique pour accompagner ton gâteau.

Ils rièrent à ce trait d'esprit.

Décidément, la vie était pleine de surprises. Hermione avait trouvé un ami très généreux à laquel elle n'aurait jamais pensé, pourtant. Il ne faut jamais juger sur les apparences.

Deux jours plus tard, elle fit un petit goûter avec Pucey dans le parc, après les cours. Ce fut mieux qu'elle ne l'a cru. Bien que peu bavard, il semblerait que le futur Brigadier ait fait des efforts. Bien qu'il gardait son ton monotone, son expression vide, il faisait désormais des phrases bien plus longues et demandait à connaître Hermione plus. Ça allait d'autant mieux que les deux avaient bien des points communs, à savoir, qu'ils sont cérébraux et professionnels. Et les tentatives de faire rire la Gryffondor marchèrent en général bien. Hermione, non seulement, approfondit sa connaissance de Durmstrang auprès d'un homme renseigné sur la question, mais en plus, passa du bon temps avec quelqu'un dont le caractère et les dispositions d'esprit le rendait agréable à ses standarts.

Pendant qu'Hermione se rapprochait ainsi d'Adrian à l'A.D., cette dernière allait avoir de nouveaux problèmes sur la tête. Vers la fin du mois de février, Hermione avait vraiment du mal à gérer les deux bouts. Elle avait bien du travail à faire, et il était difficile de se réserver du temps pour voir ses amis. Ce qui allait amorcer immédiatement après une prévisible tension, déjà bien tendre. Ayant des difficultés pour finir tous les devoirs à temps, elle négligea Harry et Ron pour aller à la bibliothèque, et parlait à d'autres amis pour d'autres raisons que celles qu'ils s'imaginaient. Et lors des cours de Divination, elle préférait discuter avec Ernie, autant pour mieux comprendre la Divination, autant que pour son exubérence et son humour, qui la détendaient plus que les éternelles remarques d'Harry et Ron sur la stupidité de la matière. C'était Seamus le plus chanceux de tous, car elle pouvait librement parler avec lui lors des matières où n'étaient pas ses amis, comme les Runes ou l'Arithmancie. Si elle rajoutait par dessus ceci le fait que Ginny avait parfois besoin d'aide sur des sujets difficiles - parfois en cours, parfois en matière sociale - et qu'Adrian, d'ailleurs plus positif qu'elle ne l'aurait cru, restait avec elle plusieurs intercours et à presque toutes les réunions de l'A.D., il n'y avait plus de place pour ses deux meilleurs amis de toujours.

Amis de toujours, qui d'ailleurs, devenaient parfois insupportables. Même si Harry, à l'image de Seamus, s'énervait pour des broutilles, il finissait toujours par passer l'éponge. Il fit sèchement une remarque à ce sujet un soir avant de bouder, et il ignora Hermione deux jours, mais après il passait à toute autre chose et ne remua plus ce sujet. Mais Ron, en revanche, suscita une fois de plus la colère d'Hermione.

Pour deux raisons. D'abord, il s'obstinait à parler de sujets qu'elle n'aimait pas aborder. Par exemple, ses fréquentations, son ex, ses fantasmes sur le fait qu'Hermione ait cent milliards de maris, pour le simple plaisir d'avoir raison et de lui montrer qu'elle a mal agi. La préfète sachait être patiente, mais cela l'irritait sans cesse que de voir ce sujet revenir en boucle. Sa patience commençait à attendre sa limite, surtout avec le stress qu'elle accumulait avec les travaux nombreux qu'elle avait à fournir. Ron étant en plus rancunier, il ressortait souvent de ces reproches, au point que son amie finit par en être excédée, et par redevenir aigrie contre lui. Elle savait que Ron tenait à elle, mais elle en avait assez de sa jalousie, et de son temparément « Il faut faire comme je dis, sinon ce n'est pas bien » qui commençait à la rendre chèvre. De plus, sa manie de critiquer tout qui ne lui plaisait pas l'irritait beaucoup. Tout y passait ! Luna, Ernie, Adrian surtout, l'inévitable Krum rebattu à toutes les sauces, puis Ginny, parfois Seamus et les professeurs au final.

La Gryffondor le trouvait de plus en plus désagréable, et Ron fut surpris après de la voir lui lancer un regard de colère. Mais bon, disait-il. Les filles sont simplement folles, Hermione plus que le reste. Et pour ne rien arranger les choses, Harry, qui jouait les aveugles, restait impassible, indifférent même, habitué à ces disputes, en se disant que ce n'était « rien » et se contentait de maugréer de temps en temps quand ça l'excédait. Il ne voyait pas le problème qui était sous son nez, ou plutôt, il ne voulait pas le voir.

Elle s'éloignait de lui, mais la préfète lui a pourtant cent mille fois reproché son manque de tact, son ingérence et sa critique facile et irréfléchie. Malgré cela, Ron ne changeait rien, ce qui faisait qu'Hermione s'en éloignait de plus en plus, n'en pouvant plus de son attitude négative. Donc elle allait voir des personnes plus positives, mais cela, il ne pouvait pas le comprendre. Au final, la Gryffondor en venait même à se demander si elle ne devait pas cesser de fréquenter Ron, ou réduire avec lui les contacts au strict minimum. Ça n'allait plus du tout, ils se disputaient sans cesse pour rien. L'amitié était déjà morte, elle ne subsistait plus que de nom.

Ce qui mit le feu aux poudres une nouvelle fois, ce fut ce dîner, que d'ailleurs, Hermione leur sacrifia en laissant Ginny toute seule. Son humeur n'était pas des meilleures avec son travail et les critiques de Ron. Malgré tout, elle avait fait un effort pour eux, mais bien sûr, on ne fit pas attention à ce fait. C'était le samedi 1er mars, et la préfète discutait avec son ami Harry d'un sujet quelconque : les réunions de l'A.D. Elle demandait le programme d'entraînement des prochaines réunions auprès de son dirigeant.

- J'ai une question. Aura-on des réunions de l'A.D. bientôt ?

- Je ne crois pas, répond Potter. Il y a le match Gryffondor-Poufsouffle en mi-mars. Angelina va nous séquestrer toutes les soirées et je serai trop tendu pour apprendre aux autres à lancer des sortilèges. Et Cadwallader fera la même chose, et si c'est pour travailler sans les Poufsouffle, ce n'est pas la peine.

- Bah, lance Ron, ennyé. Les Poufsouffle se débrouillent en cours, certes, mais au Quidditch, ce sont des mauviettes. Tu te rappelles quand tu as attrapé le vif sous le nez des Jaunes en dix minutes en première année ?

- Oui, ils n'ont jamais été très bons, affirme Harry. Mais selon Angelina, Cadwallader, le plus proche suppôt de Diggory, est un zélote du Quidditch et c'est un bon entraîneur. Je me rappelle encore de l'humiliation que j'ai subie contre eux il y a deux ans. De toute façon, je pense gagner d'office. Summerby, l'Attrapeur adverse, n'est pas très bon. Il n'y a qu'Ernie, Susan et Martin qui jouent bien. Ce n'est pas assez pour gagner des matches, trois bons joueurs. Nous sommes sept et tous excellents.

- Y compris la perfide qui m'a volé ma place de gardien, demande Ron, ronchon. Je n'ai pas vu de quoi sauter au plafond, avec ses performances contre les Serpentard. C'était surtout moyen, passable à mes yeux.

- Ginny une excellente Gardienne, réplique Hermione. Et elle ne te l'a pas volée, rien ne te la réservait, cette place de Gardien.

Son ton désagréable venait du fait qu'elle avait plus d'une dent contre Ron. Une mâchoire entière, même, après tout ce qui s'était passé.

- Tu t'y connais en Quidditch, toi, répond alors Weasley, d'une voix irritée. Ce n'est pas difficile d'être Gardien ! Elle n'a rien à craindre sur le terrain. Ernie est un Batteur, il ne risque pas d'aller lui faire coucou près des rings de points. Et Cadwallader est aussi un Gardien. Ce sera un match facile pour ma sœur.

- Je dis juste qu'elle est douée ! Et tu as le sens de la famille, non ? Alors pourquoi tu parles de ta sœur comme ça ?

Cette évocation à ses principes rendit honteux Ron, qui arrêta ses critiques. Pendant ce temps, Harry, qui n'écoutait jamais les disputes de ses deux amis qu'avec un grand dédain ou un grand ennui, selon son humeur, pensait à autre chose. Comme cela le rendait triste ou inquiet, Hermione, attentive à ce genre de détail, demandait à Potter s'il y avait un problème.

- Hein ? Non, non… Il n'y a rien… Rien du tout… Enfin…

- Tu peux tout nous dire. Nous sommes tes amis.

Il réfléchit un bon moment, avant de dire le fond de sa pensée à haute voix, décidé à en parler avec eux :

- Je comptais parler à Sirius… Je m'inquiète pour lui… Ces derniers temps, il ne donne plus de signe de vie.

Il se massa la cicatrice d'un air frénétique juste après. Hermione, qui ne comprenait pas ce geste, devinait en revanche qu'il y avait une raison sous-jacente à ce soudain intérêt à parler à son parrain.

- Je n'ai plus de nouvelles. J'ai envoyé Hedwige plusieurs fois faire des vols vers le Square, mais elle a du mal à revenir ces derniers temps. Je l'envoie depuis le début de l'année de temps à autre, en lui précisant de déposer les messages à mon dortoir au lieu de la Grande Salle, pour plus de discrétion. Si les deux premières fois, il ne s'est rien passé, cependant, depuis la fin de janvier, Hedwige s'était fait attaquer plusieurs fois. La dernière fois que j'ai reçu une lettre de Patmol, c'est-à-dire avant-hier, Hedwige saignait, et allait mal… je n'ai pas voulu insister davantage.

- Attends, elle ne peut pas saigner comme ça toute seule, ce n'est pas normal, intervient Ron. Elle fait comme Errol, elle se cogne par mégarde dans des endroits peu recommandables ?

- Non, elle se fait attaquer, il n'y a aucune autre explication possible, insiste Harry, d'un regard appuyé. J'ai demandé à Patmol de me décrire, dans sa dernière lettre, l'état dans lequel il recevait Hedwige. Il m'a écrit ainsi qu'il n'a pas compris de quoi je parle, car quand il reçoit ma chouette, elle est gaie comme un pinson et n'a aucune blessure. Ce n'est que quand elle revient au château qu'elle commence à avoir des ennuis.

- Il y a peut-être des hibous sauvages qui l'attaquent à la dérobée, ça arrive, suggère Ron. Les hiboux ne sont pas forcément amis entre eux.

- Bien sûr que non. Tu vois bien les chouettes quand elles arrivent ici chaque matin. Il n'y a qu'Hedwige qui a des problèmes. Je sais pourquoi.

Harry se mordillait les lèvres un petit moment, muet, avant de déclarer :

- Je suis sûr qu'Ombrage l'attaque.

- Ombrage, répète Ron. Mais dans quel but ?…

- Pour lire tes lettres, je parie, répondit Hermione.

- Oui, il n'y a qu'une possibilité à mes yeux : Ombrage refait des siennes.

- Est-ce qu'Hedwige en sait quelque chose, demande Ron.

- Malheureusement, Hedwige ne parle pas anglais, et ce n'est pas faute d'avoir essayé de le parler avec elle, remarque Harry, dépité. Ombrage n'aurait pas de difficultés à l'attaquer, Hedwige étant repérable de loin, et tout le monde sait que j'ai une chouette grand duc. Cet hibou est rare dans l'école, d'ailleurs. Je crois être le seul à en avoir un, enfin, une, plutôt. D'ailleurs, quand j'inspecte ses blessures, je vois clairement que la blessure n'est pas physique, mais magique.

- Tu l'as envoyée à l'infirmerie, demande Ron.

- Non, je l'ai donnée à Hagrid qui en a pris soin, répond Potter. Mais j'ai préféré ne pas l'envoyer encore au Square. Je ne veux pas la voir rentrer entre quatre planches la prochaine fois. Donc j'ai arrêté d'envoyer des lettres, et depuis j'ai cherché un autre moyen de communiquer avec Patmol.

Il se tut, avant de reprendre.

- Je compte utiliser une cheminée pour le voir. Je n'ai pas d'autre solution.

- Tu plaisantes, lance Hermione. Ombrage les surveille toutes, dans tout le château. Si tu les prends, tu connaîtras le même problème qu'Hedwige : facilités pour en partir, difficultés pour te tirer d'affaire après.

- Je n'ai jamais dit que j'allais prendre n'importe quelle cheminée. Il y en a une que j'ai mis sous réservation.

- Voyez-vous ça. Je suis ravie de l'apprendre. Laquelle ?

- Celle d'Ombrage.

Elle manquait de tomber par terre, quand Ron fut abasourdi de l'apprendre.

- Tu es fou ! Elle ne te laissera jamais rentrer dans son bureau !

- Je n'ai jamais dit que j'allais lui demander une permission. J'irai quand elle aura le dos tourné, répond Harry, négligent. Et je n'y vais pas sans un plan.

- On aura tout entendu ce soir ! Et quel est ton plan ?

- Voici ce qu'on va faire : je fais ce que je veux, et toi tu te tais. C'est un excellent plan.

Tandis que Weasley riait, Granger devenait soudain bien moins aimable.

- Non ! Je ne suis pas d'accord ! Je veux savoir ! Et puis… Tu as besoin de couvrir tes arrières ! Tu n'as pas des yeux partout !

- Désolé, j'ai déjà des volontaires pour m'aider.

- C'est la meilleure ! Et qui ?

- Pas toi, c'est certain. Occupe-toi de tes affaires.

- Non ! C'est grave ! Si elle t'attrape, tu seras renvoyé de Poudlard !

- Oh, ça ne risque pas d'arriver. Des Ombrage, j'en mange six au petit-déjeuner. J'en ai vu d'autres.

- Je rêve ! Six au petit-déjeuner ! Tu dois avoir un estomac de lion pour pouvoir la digérer, et six fois, en plus ! Je t'en prie, Harry, ne fais pas ça !

- Je fais ce que je veux, tu n'es pas ma mère, réplique Potter. Voilà pourquoi je t'épargne ces détails, tu deviens insupportable quand je te parle de faire des choses à ma façon.

- Mais ta façon de faire n'apporte que des problèmes !

- Comment puis-je avoir des problèmes, je ne me fais jamais prendre.

- C'est faux ! Tu t'es fait prendre plusieurs fois ! N'y va pas, c'est ridicule !

- Tu es casse-pieds, tu le sais, ça, Hermione ?

- Et fière de l'être ! Je veux t'empêcher de faire des âneries ! Je suis ton amie, Harry ! Je ne veux pas que tu fasses des choses stupides ! Et Ombrage a dû piéger son bureau ! Tes efforts seront vains !

- Fais-nous plaisir, arrête de me faire la morale.

- Tu manques sacrément d'imagination. Tu me râbaches sans cesse la même réplique depuis cinq ans…

- C'est peut-être parce que c'est le cas ? Il n'y a que toi qui aime travailler ici. Épargne-nous tes simagrées. Je suis d'avis que quitte à mal agir, autant le faire, au lieu de tout remettre en question comme tu le fais sans cesse.

Hermione manquait de s'étrangler. C'était bien un argument digne d'une tête brûlée ! Mal agir, quitte à se rater, pourvu qu'on fasse quelque chose ! Et la raison dans tout ça ? Harry croit vraiment que cela n'impacte en rien les autres, que de faire n'importe quoi ? Si elle voit son ami renvoyé de Poudlard, cela ne lui fera pas plaisir du tout !

- Tu divagues ! Tu aurais bien besoin d'un peu de remise en question ! Et tu ne crois pas que…

- Tu commences à me courir sur le haricot magique. Tu es infernale. Il faut toujours que tu fasses des remises en question de tout, c'est plus fort que toi. Je n'ai pas besoin de toi pour me dire « Fais-ci, fais pas ci »…

- Ah, vraiment ?

- Oui, vraiment !

Hermione comprenait que c'était peine perdue. Harry, têtu comme il est, allait s'obstiner encore plus, et Ron, aussi passif qu'à l'accoutumée quand quelqu'un élevait le ton plus fort que lui, ne ferait rien pour aider qui que ce soit. Alors autant se taire, et économiser sa salive. La préfète se dit, de toute façon, que ce n'était pas son affaire. Elle abandonna la partie, ce qui soulagea Ron, qui vit que la colère était partie, et qu'il n'aurait pas à intervenir, et contenta très brièvement son ami, qui sentit qu'il avait gagné, mais resta aigri de sa victoire, car il n'avait pas réussi à faire changer d'avis Hermione sur sa volonté de prendre la cheminée d'Ombrage. Au final, ce fut un dîner plutôt morose.

Le plus drôle dans l'histoire, c'est qu'en n'allant pas chercher plus loin, Hermione trouva la réponse à l'affaire sans même s'en enquérir.

Ce soir même, c'était encore une fois la joie de vivre à la Salle Commune, tout le monde discutait et s'amusait, y compris Fred et George, qui riaient en disant des choses à Lee Jordan, leur ami de toujours. Hermione, qui revenait de dîner, allait se poser dans un fauteuil à côté d'eux, sans même réfléchir, pour réviser un peu, en vue d'un contrôle. Alors qu'elle lisait attentivement, la voix forte de Fred et George lui tombait dans l'oreille sans même chercher à l'attirer.

- … trente Gallions en une semaine ! Nous sommes déjà riches !

- Oui, c'est un bénéfice très lucratif, et nous avons déjà des locaux. Plus que trois mois à supporter cette bande de nazes et nous partons, Lee.

- Ouais, j'en ai marre aussi, remarque Jordan. Mais vous restez au moins pour voir le Quidditch, vous deux ?

- Au moins Gryffondor-Poufsouffle, ça, c'est certain, assure George. Mais je ne sais pas trop pour Serdaigle, Lee. Ce n'est pas qu'on veut pas, au contraire, on adore faire du Quidditch, mais Ombrage nous tape sur le système et elle n'attend que ça pour nous virer, on ne travaille jamais avec elle car ses cours sont abrutissants, on le lui dit, elle n'a pas aimé, donc elle nous ennuie pour qu'on prête attention à elle et à son cours.

- Mais on lui rend la monnaie, continue Fred, on fait tout ce qu'on peut pour perturber son cours. Par exemple, on met des punaises - l'insecte, pas le truc pour accrocher des papiers - sur sa chaise. L'autre fois, en soufflant dans nos bras en écrivant, on a fait comme si on pétait, ça la rendait folle.

- Faites attention, s'inquiète Lee. Ombrage est très sévère. J'ai entendu ce qu'elle a fait aux Crivey qui défendaient Harry dans son cours.

- Oui, elle a viré les deux Crivey pour une période de deux semaines, on sait. Mais tu nous connais. Comme nous sommes toujours en quête d'un sale coup à lui faire, nous avons trouvé une autre façon de la contrarier. Écoute ça… Nous allons la faire combattre les armures à Rusard au troisième étage. On va l'attirer là, et elle se fera victimiser sur place par dix armures enchantées. Avec un peu de chance, Ombrage sera morte.

- Vous ne risquez pas de la tuer, intervient leur ami Jordan en riant. J'ai entendu dire que Wellington les explose facilement.

- Oui, mais il le fait à mains nues, réplique Fred. Il fait de la boxe française donc ce n'est pas trop dur pour lui d'exploser tout ce qui bouge, il a de la force, j'en sais quelque chose, on s'est battus aux poings il y a deux ans. Mais si tu n'as pas cet avantage, c'est très dur de les vaincre car elles résistent bien aux sortilèges. Et je vois très mal Ombrage faire du karaté, et toi ?

- Non, elle ne sait pas se battre sans sa baguette, remarque Lee. Mais pourquoi vous essayez d'attenter à sa vie comme ça ? Vous pouvez simplement vous contenter de vendre vos sucreries. Elle n'arrive pas à vous trouver, c'est lucratif et c'est moins risqué. Et puis, vous avez vendu des Caramels Pâtencoton, elle n'a jamais entendu parler de ceux-là encore. En le mangeant, vous n'arrivez pas à parler, et vous êtes dans les vapes. Pratique, pour les interros orales.

- On ne fait pas ça pour le plaisir. C'est exceptionnel, cette fois. On aide un ami. Aussi, j'ai envie de voir à quoi ressemble Ombrage qui se bat. Sans doute à Ron qui danse. Tu te rappelles, frangin, quand Ron s'est mis à danser la salsa après avoir essayé notre pull-over rempli de poil à gratter ?

- Ah oui ! On aurait dit qu'il s'était fait posséder. Tu te rappelles de comment il criait ? « Ah ! Maman ! Au secours ! Ça me gratte ! »

Et Fred et George se mirent à gesticuler comme des danseuses du ventre en riant. Hermione, qui assistait à cette pitoyable scène, ne put s'empêcher de sourire, car ces deux-là avaient l'air vraiment ridicules - plus que d'habitude, pensait-elle.

- Vous allez aider qui, questionne Jordan, curieux. Harry Potter ?

- Évidemment, nous n'aidons pas n'importe qui, répond alors Fred, fièrement. Nous nous occuperons de « divertir » Ombrage pendant qu'il ira faire ce qu'il veut dans son bureau. Ne nous demande pas ce qu'il va faire, c'est secret. Nous sommes de bons amis, nous gardons les secrets.

- Il y a juste une chose, ajoute George. Ne le dis pas à Hermione Granger. Cette fille est le démon incarné sur Terre. Elle est pire qu'Ombrage et maman réunie, et elle s'arrange toujours pour…

- Vous parlez de moi ?

Les deux jumeaux se retournèrent d'un coup vers la préfète de Gryffondor, qui venait de quitter son fauteuil, l'air menaçante. En temps normal, Hermione a vu d'autres insultes, mais elle ne pouvait pas supporter plus longtemps de voir Fred et George mijoter de sales coups.

- Salut, Hermione, lance soudain Fred, affectant de sourire. Comment vas-tu, ce soir ?

- Oh, je vais merveilleusement bien. Je viens de vous voir en train de danser comme des idiots, et je vous tiens la main dans le sac, pour une énième fois, d'ailleurs. Je ne les compte plus.

- Hé, on est discrets quand on le veut, lance George, irrité. Par exemple, tu n'arriveras pas à trouver nos sucreries sur nous ou ailleurs.

- J'arriverai à démanteler votre cartel sans difficulté, ce serait trop facile pour moi de m'y atteler, vous avez de la chance d'être les amis d'Harry, sinon vous seriez déjà morts, réplique Granger. Je sais que vous cachez votre camelote dans votre chambre, ou dans un local qu'on trouve au cinquième étage. Il y a bien des papiers de sucreries sur le sol, par là-bas. Vous croyez que ce genre de détails m'échappe ? Enfin, je pense avoir seulement effleuré le secteur, il doit y en avoir d'autres dans le château, en cherchant bien, je devrais les trouver. Bien, je vais vous laisser. Le « Diable sur Terre » va s'en aller.

Fred et George pâlirent et reculèrent, tandis que Lee eut l'air horrifié. Encore une fois, Hermione a vu juste. Et cette dernière s'en alla donc. Fièrement. Elle a réussi à savoir ce que préparait Harry pour mardi prochain. Elle n'avait qu'à se rendre sur les lieux du rendez-vous pour le protéger, comme il se doit. Et puis, vraiment, comment Potter peut penser qu'un plan de Fred et George marcherait ? Ombrage travaille au Ministère, et elle sait que chaque employé là-bas maîtrise parfaitement la magie. Elle devait avoir au moins de quoi dépiter vingt armures enchantées.

Toutefois, elle crut sentir peu après une revanche de Fred et George. Voici que devant la porte de son dortoir, elle trouvait une boîte rempli de caramels odorants. Bien qu'ils sentaient très bons, Hermione suspectait que c'était un cadeau des jumeaux. Elle n'en a pas touché un seul, et laissa la boîte dans sa chambre, l'oubliant sur une table pour ne pas y toucher. Quand Lavande lui en prit un à même la boîte sans demander la permission, elle se mit à avoir la bouche pâteuse, et à ne pas arriver à l'ouvrir. Cela durera quelques jours, même après avoir pris un remède de Madame Pomfresh à l'infirmerie. Lavande était dévastée : elle n'a pas pu cancaner sur qui que ce soit, et cela l'a plongée dans le désespoir pour un temps. En voyant ça, la préfète se félicita d'avoir écouté son sixième sens hermionien.

La première semaine de mars commençait, mais tout ce qui s'était passé depuis deux mois avait beaucoup épuisé la préfète. Elle se prenait souvent la tête, elle avait moins de répit. Ses sommeils devenaient lourds. Au sujet d'Harry, elle avait besoin de se confier, mais ne savait pas vraiment à qui.

Elle était fatiguée, et consacrait même des repas à ne pas manger, mais à somnoler sur un fauteuil. Ce qui ne la rassurait pas, c'est qu'à faute que de ne pas cesser de penser, elle se rend insomniaque. Ça finissait par déteindre peu à peu sur sa santé, elle devenait un peu distraite par moments, voir irritable. Elle manquait d'ailleurs, le jeudi, de manquer son cours de Sortilèges, le premier de la journée. Elle avait dormi tard, et s'était réveillée d'extrême justesse. Hermione était très anxieuse désormais. Elle avait besoin de quoi l'aider à dormir. En attendant les vacances, qui étaient encore loin - un bon mois entier - elle préféra demander un remontant à l'infirmerie ce soir-là.

Après un dîner copieux le jeudi 6 mars au soir, Hermione arrivait devant l'infirmerie. Elle ouvrait la porte, pensant simplement parler à Madame Pomfresh pour s'enquérir d'un remontant ; cependant elle aurait une grande surprise à ce sujet. À l'intérieur, Dumbledore parlait avec la nonne chargée de soigner les élèves. Quand la Gryffondor s'approchait, elle se fit remarquer par les adultes, et on la regarda en cessant de parler. Mais elle ne semblait pas déranger. Madame Pomfresh, pourtant très expressive, semblait indifférente de la voir ici, et Dumbledore ravi de la croiser ici.

- Bonsoir, Miss Granger, fit Dumbledore, poli. Comment allez-vous ?

- Bonsoir, professeur… Je vais très bien… J'aurai besoin de quoi m'aider à dormir la nuit.

- Ah, oui, lance aussitôt Madame Pomfresh. Je reviens tout de suite.

Et elle disparut dans un coin de la salle. Surprise, Hermione attendit sur place, déconcertée, se demandant ce qui allait lui arriver, quand Madame Pomfresh revint aussitôt d'un coup la voir, pour lui enfoncer entre les mains des tisanes de camomille.

- Buvez ceci la nuit au dîner - il y a de l'eau chaude partout sur les tables - et vous dormirez comme un loir.

- C'était rapide… Et merci encore…

- De rien, c'est naturel ! N'hésitez pas à revenir si vous en voulez encore. J'en ai toute une plâtrée.

- Ah, contente de l'apprendre… J'y vais, au revoir.

Elle n'était pas tellement ravie, elle avait déjà bu de la tisane de camomille. C'est infect. Dépitée, s'attendant à mieux, elle partit de l'infirmerie, Madame Pomfresh s'affairait partout, et n'aurait pas de temps à lui consacrer. Mais elle ne sortit pas toute seule. Visiblement, Dumbledore voulait parler à Hermione, car il la suivait à sa sortie.

- Miss Granger, vous n'êtes pas autorisée à vous promener si tard. Normalement, vous devriez être déjà couchée ou dans la Salle Commune. Je vais donc vous accompagner jusqu'au tableau de la grosse dame. Si vous êtes accompagnée, un retard au couvre-feu est amplemenent justifié. Est-ce que le fait de vous tenir compagnie un moment vous dérange ?

- C'est plus pour vous que la question se pose, répond la préfète. Vous avez du travail en tant que directeur, et plus que moi en tant qu'élève.

Cette allusion fit pouffer de rire le directeur.

- Comment ? C'est vrai que certains jours sont particulièrement fastes, mais ce soir, j'ai du temps de libre. Sinon, je ne vous aurai pas proposé de vous accompagner, cela va de soi.

Hermione, silencieuse, acceptait que le directeur la suive. De toute façon, elle n'avait pas non plus de quoi s'enthousiasmer toute seule. Alors que tous deux commençaient à sortir de l'infirmerie pour marcher tranquillement vers la plus haute tour du château, Hermione se posait des questions. D'habitude, c'était Harry qui restait avec Dumbledore, pas elle. Elle se disait que cet honneur n'était dû qu'à une chance extraordinaire, et qu'elle n'aurait pas à y compter deux fois.

- Est-ce que tout se passe bien de votre côté, miss Granger, demande alors Dumbledore. Votre année à Poudlard se passe-elle dans de bonnes conditions ?

- Tout va bien de mon côté, quoiqu'un peu fatiguée, et je n'ai pas toujours de temps à consacrer à d'autres choses que mon travail.

Le directeur regarda Hermione avec un sourire qui en disait long.

- Minerva m'assure que vous avez bien plus à faire que la moitié des professeurs de Poudlard eux-mêmes. Je ne suis pas étonné d'entendre ceci.

La préfète ne se sentit pas rassurée. Si à quinze ans, elle assumait plus de charges encore que la moitié de ses professeurs, il y avait quand même un problème. En y pensant, c'était quand même inquiétant. Il y avait un grand décalage, elle trouvait les élèves de Poudlard paresseux, mais elle était très loin de l'être. N'était-elle pas trop travailleuse ?

- J'espére que toutes ces charges ne vous écrasent pas. Si cela vous ennuie, je peux vous faire une dispense à certains cours.

Cela inquiétait Hermione, surtout qu'elle savait que bien des élèves de Poudlard ne lui pardonnerait pas de disposer d'un passe-droits dont la majorité serait jaloux de ne pas posséder aussi.

- Hem… Non merci… Je me débrouille assez comme ça… En fait, je suis en pleine forme en ce moment… Assez bien, oui…

Le directeur ne dit rien mais Hermione pressentait qu'il savait qu'elle disait faux pour ne pas l'inquiéter.

- Tant mieux pour vous, répond alors Dumbledore. J'espère que vous réussirez vos B.U.S.E. Et… Il y a une chose dont j'aimerai vous parler quelque temps. Ce n'est pas bien long.

- Très bien, de quoi s'agit-il, demande Hermione.

- J'ai eu vent, à la dernière réunion de l'Ordre, explique Dumbledore, que vous aviez entendu, disons, une bribe sur l'histoire de votre grand-mère Aurelia.

Cette allusion surprit au plus haut point Hermione. Qu'on lui parle encore d'Aurelia, c'était déjà impressionnant, mais que ce soit Dumbledore qui le fasse, cela l'était encore plus !

- Oui, eh bien… J'ai certes entendu dessus une histoire à Noël, mais il semblerait que ce ne soit pas tant exceptionnel que ça, après coup.

- Cette histoire était tout à fait réelle, assure le directeur. Je l'ai côtoyée sept ans à Poudlard, et j'ai travaillé avec elle un bon moment.

Hermione, stupéfaite, s'interrompait de marcher pour regarder avec effroi un directeur totalement calme. Celui-ci, voyant que l'on s'arrêtait, en fit de même, et se tournait poliment vers son interlocutrice.

- C'était donc vrai ?… Mais je suis suprise de… On me l'a caché toute ma vie, professeur…

- En effet, il valait mieux que vous ne soyiez pas au courant, bien que vous avez son sang dans les veines. Vous avez tout le talent d'Aurelia, l'orgueil en moins. Il n'y a qu'elle qui maîtrise les sorts mieux que vous ici.

- Ah… Ah bon ! C'est normal, non, de maîtriser les sorts… comme moi ?

- Pas vraiment. Même Voldemort a eu plus de mal que vous, et pourtant il était très doué.

Hermione sursauta presque en entendant ça. Alors comme ça, elle serait plus douée que le Seigneur des Ténèbres lui-même ! Il serait vert d'apprendre qu'une « Sang-de-Bourbe » l'enfonçerait les doigts dans le nez aux examens.

- Personne n'est censé parler d'Aurelia. Si j'ai compris ce que Nymphadora a dit à la réunion, c'était Albert qui vous en a parlé. Dommage qu'il vous ait rencontré, avant que je le prévienne de ne rien dire au sujet de votre parente. Que ce soit à sa petite-fille, où à Harry, ou aux enfants Weasley, qui seraient devenus trop curieux, et se seraient empressés de fouiller dans une histoire dangereuse.

Dumbledore consacra alors à Hermione une totale attention.

- Il serait temps que je vous en parle, ainsi, vous aurez un meilleur aperçu de l'histoire que vous a conté Albert. Je n'ai fait aucune remarque sur vos talents scolaires dans votre parcours ici, bien que j'ai hésité à vous faire venir dans mon bureau pour vous féliciter, Miss Granger. Depuis le début, je savais que votre talent n'était pas naturel.

- Vraiment ? Mais pourtant, certains comme… je ne les connais pas, mais beaucoup me dépassent sans essayer…

- Je ne parle pas d'une quelconque histoire de notes. Le véritable talent ne se jauge pas ainsi. Lorsque j'ai entendu à la cérémonie du Choixpeau, il y a cinq ans, qu'une « Hermione Granger » a été sacrée sorcière de Gryffondor, j'ai eu un petit sursaut. Je connaissais une Aurelia qui avait pris ce nom de famille en se mariant, et j'ai cru voir une de ses descendantes ce soir-là.

- Pourquoi on ne m'a pas parlé d'elle ?

- Parce qu'Aurelia a su se rendre tellement détestable que la plupart des élèves ont préféré l'oublier sitôt leur scolarité finie, dit Dumbledore. Dans l'histoire de la guerre qu'a causée Voldemort, ce n'était qu'une victime parmi tant d'autres. Il y avait tant de personnes, et pas des moins illustres, qui nous ont quittées ces années-là. Votre grand-mère était du lot. Lorsqu'on regarde la forêt, nul ne remarque l'arbre des autres. Ce fut surtout votre ami Harry qui attira sur lui tous les projecteurs, car il a tué Voldemort, ou presque.

Il marqua une pause avant de continuer son récit.

- J'ai été le professeur de Métamorphose de votre grand-mère. Je m'en souviens comme si c'était hier. Aurelia ne se sentait exister que lorsque toute sa classe a été humiliée à chaque cours. Il a fallu lui réserver un dortoir pour elle seule, car ses camarades ne pouvaient plus la supporter. Comme elle, d'ailleurs. Elle les menaçait de mort, et tentait de les défenestrer. Elle était méchante avec tout le monde, et toute l'école avait peur d'elle, y compris les septième année et quelques professeurs.

- Ah, quand même, fit Granger, surprise. Je n'ai pas hérité ça d'elle…

- Un peu, insiste Dumbledore. Quand il s'agit de dire ce que vous pensez, peu importe qui vous avez en face, vous le dites et vous insistez.

Hermione ne put s'empêcher de sourire. Bon, d'accord. Juste un peu.

- Très bien, revenons sans tarder au sujet. Donc, votre grand-mère a été anciennement mage noir et a trahi Voldemort. Mais, je ne peux continuer sans votre consentement, miss Granger. Voulez-vous que je vous raconte l'histoire de votre malheureuse grand-mère ?

- Bien sûr.

Dumbledore commença sans plus attendre. Hermione de son côté, était toute ouïe. Elle était attentive, et surtout anxieuse de ce qu'elle allait entendre. Elle allait enfin savoir ce qu'on essayait de lui cacher dessus.

- Il y a presque trente ans de ça, Aurelia trahit Voldemort car elle ne pouvait pas supporter ses crimes sans fin. Elle n'avait plus de soutien car elle sortait d'un groupe dangereux, et elle n'avait jamais eu d'amis, pour la simple raison qu'elle repoussait tous ceux qui ont essayé de se lier avec elle. Après un hasard, Aurelia a fini par me rencontrer, et par m'avouer tout ce qu'elle avait fait. Je lui ai tendu la main, et elle a rejoint l'Ordre du Phénix, tel que vous le connaissez. Nous avions lutté contre Voldemort, mais ce dernier était coriace, et pour le vaincre, il nous a fallu beaucoup de vies arrachées. Puis Harry est venu, et pour un moment, Jedusor ne serait plus une menace.

Albus perdit alors son ton calme, et devint alors quelque peu triste.

- Parmi les morts à enterrer, nous avions Aurelia Granger. Elle a défié Voldemort, pour protéger son mari et son fils. Il les avait retrouvés, disons.

Hermione frissonna. Alors, son père avait rencontré…

- Non, Miss Granger, dit alors le professeur, qui devina ses pensées. Votre père Charles n'a jamais rencontré Voldemort. Ce dernier ne sait pas qu'Aurelia a mis au monde un enfant. Il voulait juste tuer celle qui l'a mis à mal un moment. Il a manqué presque de perdre sa vie. Aurelia a presque mis à genoux le Seigneur devant elle. C'est entre autres, ce qui a facilité son déclin total avec Potter. Il était affaibli à ce moment-là, et la protection d'amour qu'a lancé Mrs. Potter, au désespoir de voir son fils mourir, a marché d'autant plus facilement que Voldemort a perdu son éclat en affrontant votre puissante grand-mère.

Le directeur marqua alors une pause, avant de laisser échapper un infime soupir de tristesse. Hermione crut même le voir frissonner un moment.

- En réalité, Voldemort a trouvé en premier votre grand-père Moldu, et a tenté de lui faire avouer où se cachait sa femme. Il a tenté de lui tenir tête, très bravement. Mais un Moldu n'avait aucune chance contre Lord Voldemort.

Hermione se taisait, alors, tristement. Dumbledore marqua une pause, comme pour laisser le temps aux émotions de passer ; et ensuite, il continua :

- Je suis navré pour vous. Ce mage noir a éradiqué une partie importante de votre famille. Il ne restait qu'un rescapé, Charles Granger, votre père. Mais il n'a jamais connu sa mère. Aurelia, craignant pour sa vie, l'a déposé à un orphelinat. Elle préférait qu'il souffre de la solitude, plutôt que de Voldemort. Elle partait du postulat, qu'il valait mieux qu'il souffre, plutôt qu'il meure. Aurelia espérait qu'il ait, loin d'elle, une vie meilleure. Surtout qu'étant Moldu, sans aucun pouvoir magique, il n'aurait aucune chance face à un mage noir. Elle a pesé son choix, mais je vous assure qu'elle s'est exécutée de la plus mauvaise grâce. Ce n'est jamais une décision légère que d'abandonner un enfant.

La préfète sentit cette parole lui peser lourd sur l'estomac. Elle sentait que c'était vrai, mais si douloureux à entendre. Sa grand-mère a engendré un fils froid et totalement indifférent, que personne ne veut. Y compris sa propre mère. Cela a détruit en partie son père. Elle en savait quelque chose, elle le côtoie depuis quinze ans. Et cela déteint sur elle.

En pensant d'héritage invoulu, la préfète sentit qu'elle pouvait aussi sentir le courroux de Lord Voldemort sur elle. Elle en toucha un mot à Dumbleodre.

- Mais… ça m'handicape de suite. Voldemort doit connaître qui je suis.

- Au contraire, vous avez beaucoup de chance, Miss Granger. Voldemort se soucie peu des Moldus en général. Il a estimé que son ressentiment personnel a été réparé, et depuis, il a oublié votre grand-mère. Il a mauvaise mémoire. C'est un défaut de Voldemort, il se préoccupe peu des détails.

Hermione ne dit rien du tout. Enfin, le directeur dit :

- Il y a une dernière chose dont je dois vous parler, Miss Granger. Parce que je sais que vous allez sans doute répéter ce que je dis là. Vous ne devez pas chercher à en savoir plus sur votre grand-mère. Ou sinon, il risquerait de s'en prendre aussi à vous. Et vous savez que Voldemort n'a aucune pitié avec ceux qui se mêlent de ses affaires.

- C'est… C'est à dire ? Pourquoi je ne dois pas chercher à aller plus loin ?

- Votre grand-mère a laissé un héritage qui intéresse Lord Voldemort. Maintenant qu'il a récupéré un corps après treize ans de disparition, il cherche désormais à récupérer sa force, mais aussi à prémunir ses faiblesses. Or, il savait que votre grand-mère, pour l'avoir côtoyée, d'ailleurs d'assez près, a laissé des notes derrière elle, dans un cahier, et son contenu peut le détruire à jamais.

Hermione fronça alors les sourcils en entendant ceci.

- Un cahier, vous dites ?

Le directeur hocha la tête tout en regardant Hermione de ses yeux clairs.

- Oui, en effet. Il me semble d'ailleurs qu'il est bien actif à retrouver ce petit ouvrage, entre autres choses. Laissez-moi donc vous avertir : comme il cherche cet objet, vous ferez mieux de ne pas vous en mêler. Voldemort n'aime pas la compétition et il est assez brutal.

Dumbledore regardait Hermione en biais, en silence. Cette dernière était choquée de ce qu'elle entendait. Non pas que c'était grave, mais qu'elle comprenait soudain beaucoup de choses. Alors… C'était donc cela que cherchait l'Ordre ?… Un cahier dont le contenu pouvait détruire Voldemort ?

Ça semble cohérent, pense alors la Gryffondor. Nul ne sait rien de Voldemort. Il a bien des secrets, et si ce cahier en est rempli, cela peut en effet changer beaucoup de choses. Une chose est bien plus redoutable, ou semble l'être, quand on ne la connaît pas bien.

Tandis que la préfète y pensait, elle se rappelait soudain de quelque chose, qui remontait à quelques temps de cela.

- Ah ! Monsieur ! Je me souviens de quelque chose… C'est à propos de ce cahier de ma grand-mère… Je crois l'avoir vu quelque part !

- Vraiment ? Où donc, demande le directeur, surpris, en haussant ses sourcils au-dessus de ses lunettes en demi-lune.

Hermione raconta alors ce qu'à donné Malefoy à cet inconnu de Durmstrang, le jour de la Saint-Valentin. Dumbledore écouta tout poliment. Puis il répondit :

- J'ignorait que ce cher Lucius participait à des transactions aussi douteuses, mais ce carnet que lui a remis ce Biélorusse n'est pas celui d'Aurelia Granger. Je sais où il est. Et à ce jour, il s'y trouve encore. Mais vous faites bien de m'en parler… Je trouvais ça étrange que des objets de la Salle des Trophées disparaissent sans raison. Je sais maintenant dans quelles mains elles sont… Et cela me déplaît, d'autant plus que ces objets n'appartiennent pas à Durmstrang. Non pas qu'elles soient sacrées, mais je préfère qu'on me demande la permission avant de disposer du patrimoine de l'école comme d'un étalage de souvenirs pour touristes étrangers.

Le professeur marqua une pause, avant de dire alors :

- Nous avons beaucoup parlé. J'ai été contente de discuter avec vous, Miss Granger, j'espère que je ne vous prends pas trop de temps. Je sais que vous avez nombre d'obligations.

Cette allusion à ses cours surprit beaucoup la préfète.

- Ah ! Ce soir, je n'ai rien de précis à faire, mais… Merci pour m'avoir raconté cette histoire,

- Ne me remerciez pas encore. Nous reparlerons plus de ceci un autre jour. Le temps n'est pas encore venu de tout savoir. Mais vous n'êtes pas Harry, vous saurez vous contenter d'une partie de l'histoire, en attendant l'autre.

Et Dumbledore disparut. Abasourdie, Hermione ne réagit pas ; mais il avait raison de dire ça, car pour le moment, Granger se contentera de savoir qu'Aurelia Granger était une sorcière, comme elle. Comme on le lui répétait, après tout, ce n'était pas bien exceptionnel, et sur ce point, c'était bien vrai. La seule chose qui était stupéfiante à son point de vue, est le chemin qu'a décidé de prendre sa grand-mère en tant que sorcière.

Elle rentra à la Salle Commune, encore sonnée par ce qu'elle venait d'apprendre. Elle ne s'adonna même pas à un devoir, elle se contenta de rentrer dans sa chambre, mécaniquement. Elle avait simplement besoin de dormir. Et peut-être était-ce lié à l'odeur de la camomille qu'elle tenait depuis des minutes, mais elle s'endormit comme un loir ce soir-là, et ne fut pas insomniaque du tout.

Après une autre journée de cours, la préfète ne voulait pas rester seule avec ses connaissances nouvelles sur sa grand-mère. C'était le vendredi 7 mars, et comme c'était le week-end, elle était sûre d'avoir plus de temps pour discuter. Mais ne voulant pas parler à Harry qui l'exaspérait, et à Ron qui ne saurait pas l'écouter, elle préféra en parler à Ginny. Après avoir mangée la paëlla du dîner, Hermione discutait avec Ginny qu'elle avait ramené dans son dortoir, où elles étaient seules, pour lui parler de ce qu'elle venait d'apprendre. Et elles auraient aussi bien du temps pour discuter d'autres choses, aussi importantes.

- Alors ta grand-mère a laissé des secrets sur Voldemort derrière elle ! Cela est très intéressant ! Et également, tu es sa petite-fille ! Tu es donc une sorcière par le sang. Et par quel sang ! Quand on entend l'histoire de ta grand-mère, on croirait lire un roman d'aventures ou un western. Mais ce n'est guère étonnant, tu devais avoir du sang de sorcier quelque part pour l'être, sinon tu serais Moldue.

- Oui… J'ai l'impression que cette histoire est plus complexe qu'elle n'en a l'air… Mais il y a une chose que Dumbledore a dite qui m'étonne, je serai plus douée que Voldemort lui-même.

Ginny eut un rire mêlé à un spasme de surprise.

- Ah bon ! Il dit ça !

- Oui, apparemment… Je tiens d'une grande sorcière. Et… Je réussis mieux que les Sang-Pur, j'ai toujours trouvé ça flatteur, mais… un peu étrange aussi…

- De quoi ? Que parce que tu as des origines modestes pour nous, tu es sensée être une idiote incapable de prononcer trois mots sans se tromper, avec un bonnet d'âne sur la tête ?

- Heu… Oui, voilà. Ça m'amuse, mais me surprend moi-même. Ne suis pas… Ne suis-je pas sensée aussi être normale que vous tous ? J'ai constamment l'impression de ne pas appartenir à votre monde.

Ginny réfléchit un peu, avant de répondre :

- Ça n'a rien à voir avec ta mamie, ça. C'est que tu doutes de toi. Tu crois qu'il est bizarre pour une fille de faire mieux que tout le monde. Mais, Hermione, personne ne peut être normal, nous sommes tous différents.

Et elle continua sur sa lancée.

- Mais je crois que c'est le fait que tu es une femme qui pose un souci.

- Comment ça ?

- Les filles sont habituées à passer après les garçons, explique Weasley. Ma mère me faisait constamment ce sale coup, de reléguer à la dernière minute les soins qu'elle me devait étant jeune, pour jouer avec un de mes frères. Et ces enfoirés faisaient exprès de chercher son attention tout le temps. Conséquence, je n'arrêtais pas de me faire exclure et je me disais que c'était parce que j'étais bête. C'est notamment à cause de ça que j'étais timide en première année.

- Mais pourtant, tu es très assurée maintenant, rétorque Hermione.

- Parce que j'ai travaillé sur moi, j'y ai bien réfléchi, et que j'ai fini par trouver ça absurde, je ne vois pas en quoi je suis plus bête qu'une autre, répond Ginny. Tu n'as pas fait ce travail, et donc tu n'as pas confiance en toi. Pour te revaloriser, tu cherches une consolation dans le travail et dans tes notes.

Hermione baissa la tête, soudain triste. C'était vrai sur toute la ligne.

- Mais tu n'es pas nulle, au contraire, continue alors Weasley, d'un ton enthousiaste. Tu es certes timide, mais si les gens ne t'aiment pas comme tu es, tu leur fais un doigt d'honneur et tu continues ta route. Hé ! Harry est ton ami ! Ron aussi ! Moi aussi ! Et d'autres aussi ! Ça n'empêche pas qu'il y a des empotés comme Drago ou Lavande pour te déprécier, mais être vu comme débile par des débiles, c'est un compliment.

Hermione ne put s'empêcher de rire. Oui, quand même, c'est vrai… elle exagère pour des gens qui n'en valent pas la peine comparé à Ron et Harry.

- Donc, tu dis qu'en faisant ce « travail », tu es passée outre ta timidité ?

- Pas totalement, répond Weasley. J'ai tendance à bredouiller, de temps en temps. Mais ça va beaucoup mieux. Je parle à peu de monde, mais pas comme en première année, où je m'enfermais dans mon dortoir.

- Je trouve en tout cas qu'il y a un réel progrès entre la Ginny d'il y a trois ans, et celle d'aujourd'hui, répond Hermione. Et très positif.

Ginny eut un sourire en entendant ça. Cela la mit de très bonne humeur. Comme la discussion qu'elles avaient l'intéressait, elle lui demanda alors :

- Et qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?

- Ce qui ne va pas chez toi ? Tu veux dire, ce qui bloque ?

- Oui, si tu le vois. Je… J'aime travailler, pourquoi ne pas travailler sur moi également entre deux cours. Ça me changera les idées. Et ce sera tout aussi utile. Dis-les donc, je te demande, en plus.

Weasley pesa ses mots pour parler, et dit ce qu'elle voyait qui n'allait pas.

- Bon. Ça va t'irriter si je te le dis, mais allons-y. je suis ton amie, et mon devoir d'amie me pousse à être honnête. Je vais quand même peser mes mots pour ne pas te blesser. En premier lieu, tu es coincée et c'est problématique.

- Je ne suis pas, pour l'amour de… Bon. Je suis juste, un peu lente. C'est tout. Et un peu. Un tout tout petit peu.

- Oui, un tout tout petit peu trop, répond Ginny, amusée. Je ne te ferai pas de commentaire sur ta vie amoureuse. Le problème, c'est que tu es trop sur la défensive. Tu sais, si tu portes ton armure sur toi en permanence, ils seront découragés et finiront par voir ailleurs s'il fait beau.

- Mais je ne vais pas devenir insouciante et me confier à n'importe qui !

- Bien sûr, je n'ai jamais dit ça ! Ne deviens pas non plus comme Lavande ou une de ces idiotes écervelées qu'on croise souvent par bancs entiers à Poudlard ! Simplement, accepte le fait de ne pas être invulnérable quand tu parles à quelqu'un. D'accord, il peut te rejeter, t'abandonner, t'ignorer, te mépriser, mais je te le répète, tout le monde ne s'appelle pas Drago, et bonne nouvelles, les autres, en règle générale, ont autre chose à faire.

Hermione réfléchit alors.

- Hmm… Mais pour ma défense, ce n'est pas agréable d'être jetée.

- Personne n'aime ça, je te rassure. Et ça m'arrive parfois, ne crois pas que je suis invulnérable parce que plus sociable. Ça m'arrive de tomber sur des trous du cul, mais je n'en fais pas une maladie. Disons-le tout de suite, Hermione : tu ne seras pas toujours acceptée, peut-être même rejetée et détestée pour rien. Comme Susan et Chang avec nous. Et tu vois bien quelles raisons stupides les motive, ce n'est pas sérieux, ce qu'elles font. Ne fais pas la même erreur que Ron, il reste en permanence seul et c'est pourquoi il n'a pas d'amis ou presque : il n'essaie jamais de parler à qui que ce soit, il attend et rien ne vient. Il peut attendre encore longtemps avant que quelque chose ne change. Il n'a toujours pas compris que le vrai changement est intérieur et ne provient pas de l'extérieur.

Hermione médita sur ces paroles.

- D'accord. Et… C'est tout ?

- Non, il y a autre chose. Par exemple, le fait que tu sois trop sur tes devoirs. Je sais, ça va. Il faut travailler pour vivre, mon père t'approuverait tout à fait. Mais il y a une différence, entre travailler, et se tuer au travail.

- Je pense la même chose, Ginny. Mais j'ai douze B.U.S.E. et je ne peux pas annuler des cours avant la sixième année. Je n'ai pas d'autre choix que de continuer ainsi jusqu'à la fin de l'année scolaire. Conséquence, je suis obligée de jongler entre tout ça.

- D'accord pour cette année, mais Hermione, si tu restes avec douze A.S.P.I.C., tu vas mourir. C'est juste trop ! Je suis sûre que tu trimballes des choses qui servent à rien, en plus. Ne me fais pas croire que sur tes douze matières, elles te sont toutes utiles à ton évolution professionnelle ou personnelle.

- Non, c'est vrai… J'en ai assez de certains cours.

- Ah, voilà, remarque Ginny. Débarrasse-toi de ce qui ne te sert plus en sixième année. Tu verras, ça te donnera aussitôt plus de temps pour toi, et pour parler à d'autres personnes. Ce qui peut indirectement aider à résoudre le premier problème. Tu vois, tout est lié.

- Mais je suis obligée, à contrecoeur. Moi-même je trouve ça… juste trop.

- Tu peux sécher des cours en trop ou inutiles, répond Weasley. Ce n'est pas glorieux, certes, mais ta santé mentale est plus importante que trois Optimal. Parce que la première, quand tu la perds, c'est dur de la retrouver, la seconde n'est importante que pour le bulletin, et ce même bulletin, au passage, ne vaudra plus rien dire dans vingt ans.

Hermione soupira alors. Bon. Ginny aime bien parler de balais tout le temps, mais c'est une admirable psychologue. Elle a raison sur toute la ligne.

- Enfin, finit Weasley, parfois tu es trop rigide, et tu penses que tout doit être fait à ta façon pour être valable, comme avec Luna et la Divination. Mais c'est tout.

Cette allusion à sa rigidité rendit alors la Gryffondor d'humeur excécrable. Elle se rappelait alors d'un moment où elle a été rigide, et aussi, à l'occurrence, un de ses amis : Harry et ses lubies nouvelles, qui entre autres, décide maintenant d'enfreindre tous les règlements du monde en prenant la cheminée des autres. Pendant qu'elle devenait soudain furieuse, Ginny lit sur son visage sa soudaine colère. Inquiète de voir ceci, pensant que c'était ce qu'elle a dit qui la rendue aussi rouge, elle demanda :

- Que se passe-il ? J'ai dit quelque chose de mal ?

- Rien à voir… Cela m'a rappelé, sur le chapitre de la rigidité…

Hermione racontait à Ginny ce qui l'exaspérait : Harry qui joue les Père Noël en prenant la cheminée des autres pour voir Sirius, en risquant gros, et en plus, sans réelle préparation, si ce n'est que de demander à Fred et George de faire des bêtises. Son amie comprit aussitôt, et fut consternée de l'apprendre.

- Ah, Harry recommence à faire des siennes. Ce n'est pas nouveau, il n'a jamais aimé obéir aux règlements, sauf aux siens, qu'il modifie quand le chante. Mais en quoi ça t'embête ? Il est expert quand il s'agit de se débrouiller seul en terrain hostile. Il a même une cape d'invisibilité.

- Ce n'est pas de ça dont je parle ! C'est que j'en ai assez qu'Harry n'en fasse qu'à sa tête, et qu'il fasse des choses risquées qui le compromettent ! Il se croit invulnérable ! C'est énervant de le voir à multiples reprises passer à côté de la mort, parce qu'il ne prépare jamais rien et agit sur des coups de tête ! Et il s'étonne après qu'il a des problèmes !

- Oh, tu sais, Harry n'a jamais été adepte des réflexions profondes et autres questionnements existenciels, répond Ginny. Tu seras frustrée toute seule si tu crois qu'il va changer là-dessus. Il est comme ça et il ne changera pas. Tout au mieux il sera plus posé dans les prochaines années, mais il est et restera un impulsif qui écoute davantage son cœur que sa tête. Mais je pense que c'est bien, au contraire, qu'on a des gens comme ça. Sinon, personne ne ferait jamais rien.

Hermione voulut répliquer, mais elle ne trouva pas de quoi répondre.

- Ça m'a l'air plus compliqué qu'une histoire de « par derrière », ajoute son amie. Tu ne t'énerves pas pour si peu. Di-moi ce qui pose vraiment problème.

La préfète réfléchit un peu à cette question. C'est vrai que cela l'énervait, mais pas spécialement le fait que son ami soit une tête de mule. Ce qui la rendait folle, par contre, c'était son côté tête brûlée, et même, provocateur du diable, dans des actions très risquées. Et cela l'épuisait, à force. Elle répondit alors, après cette réflexion :

- C'est… C'est que j'en ai assez. Harry ne semble vivre que d'agissements contre la société et de perturbations du règlement. J'ai beau lui dire que c'est dangereux, il ne m'écoute jamais. Et je suis très frustrée que de le voir après dans de sales draps. Quand ça ne nous tombe pas dessus après. En première année, nous avions perdu cent cinquante points sur négligence. Je ne compte plus les fois où Rogue, McGonagall ou Dumbledore, l'a saisi en train de rôder dans un couloir tard la nuit. Mais quand il s'agit de l'A.D., d'attaquer le Ministère… Je ne crois pas qu'Harry saisit vraiment la portée de ses actes. Il n'y a que moi qui le contredit, en plus. Ron et Sirius l'encouragent. Il se croit tout permis.

- Ce n'est pas faux, tu es souvent seule à essayer de relativiser les choses quand Harry agit impulsivement, répond Ginny.

- C'est le cas de le dire ! Si je suis contente de lui rendre service, ce n'est pas mon genre que d'enfreindre les règlements. Nous avons besoin de structures pour nous guider ! L'être humain est perdu sans règles ! Et quand je fais entendre la voix de la raison, je passe pour la folle de service. Pfffft, quelle vie, parfois.

- Certains protocoles sont nécessaires, certes, mais il y a beaucoup de règles idiotes, répond Ginny. Dumbledore dit que beaucoup de lois du Ministère sont plus absurdes le cricket. Mais c'est vrai qu'Harry abuse parfois, et que Ron et Sirius l'encouragent dans ses manies.

- Ils ne font que ça, même, soupire Hermione. Je suis peut-être pénible à écouter, mais je suis raisonnable. Ce qu'Harry sent, ce n'est pas toujours la vérité. Je suis peut-être lente et coincée, comme tu dis, mais je me trompe que très rarement dans mes réflexions, et ma vie est stable sur tous les plans. C'est tout le contraire chez Harry et Ron.

- En effet. Mais quand même, tu te dis responsable, mais tu risques ta peau chaque soir quand tu vas à l'A.D.

- J'ai pesé le pour et le contre avant. Il y a eu une réfléxion derrière ce choix. J'ai tout à gagner en allant à l'A.D. Déjà pour les examens. Et aussi, c'était nécessaire que de trouver des alliés dans une période difficile où Fudge tente d'isoler Harry de tout ce qui vit. En plus, c'était quand même une idée géniale, risquée ou non !

- Tout à fait d'accord, approuve Ginny en hochant la tête. Là-bas, j'ai rencontré du monde, je m'amuse, et j'y ai appris des sorts qui me serviront toute ma vie. Je trouve le concept de l'A.D. excellent. D'ailleurs, je ne suis pas la seule à le penser, même les Serpentard s'y plaisent, comme tu le vois.

- Cela ne pose pas de problème, qu'on ait des Serpentard parmi nous, demande Hermione, qui se souvenait de l'accueil désastreux fait à l'un d'eux.

- Pas vraiment. On s'en fiche, en fait. Du moment qu'ils ne disent rien sur ce qu'on fait, on les laisse en paix. C'est plutôt Fred et George qui posent des problèmes en ce moment. Bien qu'ils ne disent rien sur l'A.D., leur trafic de bonbons irrite beaucoup

- Oui, je sais, le trafic de bonbons. Mais il n'est pas si grave que ça pour nous. Pour ma part, je n'y ai jamais touché.

- C'est quand même plus important que tu ne le penses. Ce n'est soit pas un problème majeur en soi, pour aller à l'A.D. le soir, Rusard n'est pas très futé, et Miss Teigne rôde dans toujours les mêmes salles. Quand tu as compris où ils vont et comment ils font, ils deviennent prévisibles. Ce qui est plus ennuyeux, c'est qu'Ombrage renvoie ceux qui se promènent avec ces sucreries, et interroge les suspects avec du Veritaserum. Et Fred et George font de l'A.D. leur plateforme tournante du trafic de sucreries. Ce qui veut dire que toute l'A.D. a de ces sucreries dans leurs poches, et si elle tombe sur l'un de nous, qui nous dit qu'il ne parlera pas ? J'ai demandé à mes frangins de faire attention, mais ils m'ont écouté à moitié. Ils envoient même des colis aux professeurs et aux élèves qui passent leurs commandes. Et si Ombrage voit ça, elle peut leur demander qui est leur fournisseur, et ce sera coton pour nous. Si elle remonte jusqu'à l'origine du trafic, elle ne trouve pas que Fred et George ; mais toute l'A.D. avec, et Harry va avoir à son tour de gros soucis. Si elle tire sur cette ficelle, elle peut faire tomber plus gros qu'elle ne pensait trouver au départ.

- Oui, d'accord, mais quelle est la probabilité qu'elle tombe sur l'un de nous ? Ombrage est très douée pour viser à côté des vrais coupables. Elle croit tout savoir, mais elle ne se rend pas compte qu'elle est complètement à côté de la plaque. Et tiens, tu parles de livraison à domicile ? Sais-tu que Fred et Georges, si on ne fait pas cas de leur sublime poupée de Noël, m'offrent aussi de façon détournée des caramels contaminés ?

- Ils t'ont offert des Caramels Pâtencoton ? J'espère que tu n'y as pas goûté. Enfin, tu sais, même si ce sont deux idiots, ce sont de bonnes personnes au fond. Ils feront tout pour leur famill et leurs amis, je le sais. Ils ont des qualités, que tu le veuilles ou non. Mais ce qui m'ennuie, c'est qu'ils en rajoutent des plâtrées. Pour le moment, Ombrage est plus ou moins patiente, mais j'ai l'impression que ça ne va pas durer. Mais cela n'a pas tellement l'air de les effrayer. Tiens, tu veux entendre leur dernière prouesse ? Ils vont attaquer ce soir Ombrage avec vingt armures enchantées ! Tu entends ça !

Hermione fronça les sourcils.

- Attends, ce soir, là, maintenant ?

- Oui, en allant dîner, mes frères m'ont pris au vol dans un couloir, pour me prévenir de ne pas aller au couloir des enchantements car ils préparaient une plaisanterie tout à l'heure.

Ginny, qui n'était pas au courant des détails sur le plan d'Harry, ne comprit pas de prime abord l'air furieux que son amie affichait.

- Oh, les sales… Ils vont me rendre folle ! Ginny, j'y vais !

- Mais où vas-tu, demande Weasley, paniquée. Qu'est-ce que j'ai dit ?

- Ce n'est pas toi le problème ! C'est simplement que ce vil Harry va aller ce soir emprunter la cheminée d'Ombrage ! J'y vais !

Elle sortit de la Grande Salle les poings serrés et la baguette en main. La plupart des Gryffondor la regardaient partir avec étonnement, car d'habitude, Hermione était calme. Et ce qui intrigua encore plus les spectateurs de la scène, c'était que son amie Ginny lui courrait après, à sa suite, l'air très inquiète. Tout le monde crut qu'elles s'étaient disputées à table, ce qui n'était pas le cas.

Quelques couloirs plus loin, Weasley tentait de retenir Granger, mais cette dernière aussi semblait avoir mis sa raison de côté pour aller chercher, encore une fois, son ami qui faisait des âneries. Ils en faisaient tous, se disaient-elle. Elle savait très bien que le plan de Fred et de George ne marcherait pas et qu'Harry allait avoir des soucis. Vous en doutez ? Eh bien, pas elle ! Hermione a son sens de la Divination, et il n'a jamais fauté jusque là. Elle se rendait vers le bureau d'Ombrage sur son ordre, car elle savait comment tout allait finir.

- Hermione ! Arrête ! Tu vas avoir des ennuis ! Tu n'es pas sensée rôder dans les couloirs, c'est bientôt l'heure du couvre-feu !

- Oh, peu importe ! Je vais aller chercher Harry et le ramener par la peau des fesses à la Salle Commune ! Ce n'est que l'affaire de quelques minutes !

Hermione était devant le bureau d'Ombrage désormais. Elle regardait autour d'elle pour vérifier sa marge d'action. Mis à part son amie, il n'y avait personne d'autre qu'elle. Elle n'entendait rien du tout aux alentours, ce qui signifiait sans doute qu'Harry soit n'était pas là, soit a pris la poudre de Cheminette pour se faire la malle depuis un moment.

- Tu crois qu'il est rentré, demande Ginny, anxieuse.

- Je ne sais pas. Je vais simplement prendre mes précautions…

Elle se lança à elle-même son sort d'Invisibilité.

- Et moi, s'insurge Weasley. Tu ne vas pas m'oublier.

- Heu… Ginny, je ne compte pas m'attarder dedans non plus. Je regarde si Harry est bien parti, et je ressors.

- C'est supposé excuser le fait que je n'ai pas droit à la même protection que toi ? On fait une équipe ! Accepte un peu le fait que moi aussi j'ai envie de mettre la main à la pâte ! J'ai d'ailleurs quelque chose à prendre dans ce bureau.

- Vraiment ? Elle t'a confisqué quelque chose ?

- Non. J'ai entendu dire de maman que papa a des gros soucis de travail dernièrement. Et Ombrage dit devant tout le monde dans mon cours, que mon père vit des minimum sociaux, et que ça risque d'empirer bientôt. Comme elle fait beaucoup de sous-entendus en public, quand je l'ai en cours, je veux voir si elle n'a pas quelque chose à y voir dedans. C'est important pour moi, Hermione. C'est ma famille.

Hermione hésita un moment. Comme Ginny ne pouvait pas la voir, elle se contenta de pointer sa baguette sur elle en tapotant son crâne en marmonnant :

- Invisibilis.

Et Ginny fut recouvert du même liquide, qui la rendit invisible peu à peu.

- Merci, Hermione.

- De rien. Mais n'oublie pas, nous ne faisons pas du tourisme. Si tu entends quelqu'un approcher, immobilise-toi. Même si on ne te voit pas, on t'entendra.

- Je sais. Hermione. Je ne suis pas ton amie pour rien.

Et les filles rentrèrent dans le bureau d'Ombrage. La porte étant déjà ouverte, il n'y eut pas d'effort à faire pour y parvenir.

C'était le bureau le plus hideux qu'il était possible à Hermione de voir. Les murs étaient tapissés de rose, les assiettes chaton qu'elle supportait en cours se trouvaient ici, démultipliées presque. Des légions de porcelaine blanche montraient des chatons en train de miauler d'un ton plaintif, comme si elles allaient mourir de malnutrition. Sans parler de la dentelle qui rentrait de partout, le bureau couvert de fanfreluches. La cheminée même était peinte en rose. On se croirait dans une maison de Barbie.

- Oulà, je n'inviterai jamais Ombrage repeindre ma chambre, s'écrie Ginny.

- Moi non plus, grimace Hermione. Ces assiettes sont juste atroces. On dirait que les chats sont en train d'agoniser. C'est insupportable à entendre.

Puis Hermione se sépara de Ginny, qui allait vers le bureau de la Grande Inquisitrice. Elle inspecta la cheminée d'Ombrage. Il y avait des cendres autour du feu. Ombrage était pourtant très propre. Elle grogna alors.

- Harry, tu m'énerves. Il est déjà parti.

Pendant qu'elle soupirait devant les actes de Potter, Hermione nettoya de sa baguette les contours de la cheminée. Ginny, elle, fouillait tranquillement les tiroirs d'Ombrage, comme si elle était chez elle. Peu de temps après que Granger eut fini son ménage, la rousse poussa un cri.

- Ah ! Horreur !

- Quoi donc ? Tu as trouvé une autre assiette avec un chaton dessus ?

- Pire encore ! Viens voir !

Surprise, Hermione quitta sa cheminée pour retourner voir Ginny. Faute de la voir, elle voyait au moins une lettre voler entre ses mains. Elle pensait que c'était ça qui posait problème, donc elle s'en approcha.

- Cette lettre ! Elle vient de Lucius Malefoy !

- Elle écrit à Mr. Malefoy ? Que dit ce papier ?

Ginny lui tendit le papier. Hermione s'attendit à ce qu'elle le lise, mais comme le papier flottait sous son nez sans qu'une parole soit prononcée, elle comprit qu'elle devait lire et pas écouter. Elle prit la missive et lut :

Chère Dolores,

Je suis confus d'avoir à vous demander de telles faveurs par écrit, mais je n'ai guère d'autre moyen de vous faire parvenir ce que je demande jusqu'à Poudlard. Je ne peux quitter mon bureau et la présence d'Albus m'incommode. Voici ce que j'ai à vous demander : ce sera rapide, bien que j'ai besoin de vous raconter les détails avant.

Il semble que Mr. Weasley soit bel et bien vivant après l'attaque qu'il a subie en décembre. Je le vois me narguer de son sourire depuis le cagibi où il travaille. Cet employé sans le sou a réussi à payer son intervention chirurigicale, il peut en remercier la politique qui paie à sa place les frais médicaux.

Ce qui m'incommode encore plus, c'est le fait qu'il s'agite de façon dangereuse au Ministère. Il disparaît souvent, traîne à des endroits interdits - comme le Département des Mystères en décembre, je vous rappelle - et je l'ai vu plusieurs fois discuter à Tonks et Shacklebott, et d'autres juges comme Mrs. Bones et Mr. Goldstein. Ce sont des personnes qu'il semble connaître, je ne sais pas comment, et avec qui il discute à voix basse de choses qui ne semblent pas sensées tomber dans toutes les oreilles. Ne me demandez pas quel était leur sujet, j'ai eu beau insister, je n'ai pas eu satisfaction.

Depuis ce jour, je suis aux aguets, et je le vois désormais disparaître plusieurs fois vers le Département des Mystères. Quelque chose cloche chez ce Mr. Weasley. Il a été trouvé en décembre avec mon laisser-passer, ce que ce ver de terre m'a dérobé. Je m'en suis plaint à Cornelius, mais ce dernier a trop peur qu'on l'incrimine dans l'affaire. Je pense qu'il doit avoir peur qu'on explore le Département et ses secrets si cela faisait polémique, ou encore que cette affaire dérange les élections ministérielles qui ont lieu dans moins de quatre mois, soit dans une date très proche. L'opposition reste forte contre lui, et il ne veut pas lui donner une arme qui l'empêcherait de continuer un second mandat.

Ce que j'ai à vous demander, Dolores, est fort simple : est-ce que Mr. Weasley entretient de façon suspecte, des rapports secrets avec Mr. Potter, les proches de Dumbledore, et avez-vous des preuves fiables à l'appui ? La seule façon de sécuriser nos arrières est de le renvoyer, mais je ne peux pas le faire, Mr. Weasley se bat bec et ongles sur son travail ingrat, à en faire pâlir les fonctionnaires de tout notre État !

J'aimerai aussi, ma chère Dolores, que ce soit vous qui vous chargiez personnellement de l'enquête. Vous connaissez Cornelius comme votre poche, et le fils même de Mr. Weasley, Percy, qui travaille ici, vous est acquis. J'entends par là, Dolores, que vous devriez cesser de faire confiance à Albert Runcorn sur le champ. Certes, c'est un bon policier, mais j'ai de sérieux doutes sur sa sincérité envers nous. Je le vois souvent vous désobéir, et ne croyez pas le tenir plus longtemps avec son passé douteux. Il échappe à votre contrôle. Il se peut même qu'il traîne près de Dumbledore, et cela est inacceptable : il sait des choses que personne ne doit savoir.

Renvoyez ce policier, cela ne posera aucun problème de toute façon. Runcorn est haï au Ministère, et la crise nous frappe tous de plein fouet. Et Cornelius ne serait pas contre quelques économies.

Amicalement vôtre,

Lucius Malefoy, votre dévoué serviteur.

Le 25 février, etc.

- Tiens donc, dit alors Hermione, quand elle eut fini sa lecture.

- Tu entends ça, Hermione ! Ce fils d'Inferi essaie de faire renvoyer mon père ! Pour la seule raison qu'il lui déplaît ! C'est honteux ! Mon père a toujours fait du bon travail, et ce vampire déguisé en être humain essaie de le pourrir encore plus ! Alors qu'il se démène pour que ses sept enfants mangent à leur faim ! Et lui, il n'a pas ce problème, il est riche jusqu'au bout des ongles ! Il se fait même une manucure à mille livre sterling par les plus grands barbiers londoniens ! C'est une honte ! Mon père utilise cet argent à tout autre chose ! Quand déjà, il dispose de mille livres sterling !

- Malefoy n'a pas le même train de vie que ton père, il a toujours eu de l'argent à sa disposition, répond Hermione, attristée à la fois de la lettre, et aussi de ce que ressentait son amie. Ne t'offusque pas pour lui, Dumbledore le tient sous muselière. Il se rappelle encore qu'il introduit des fournitures ensorcelées de Voldemort dans l'établissement.

- Ah oui, le journal de Jedusor, seconde raison de détester cet homme, réplique alors Ginny, d'un ton féroce. J'ai eu l'immense honneur de recevoir entre mes mains un objet ayant appartenu à Tu-Sais-Qui en personne.

- Le journal n'est plus qu'un cahier écorné et inoffensif, tu n'as rien à en craindre désormais. Et je ne crois pas que Mr. Weasley perdra son emploi. Il a une vie impeccable et contrairement à Mr. Malefoy, il ne dépend ni de l'argent ni du secours d'autrui. Il se maintiendra. Comme ta mère, il ne manque ni d'astuce, ni de persévérance.

- Je sais. Mais ça me déchire le cœur. Je me rappelle encore des soirées qu'il a passées au travail loin de nous, pour nous payer une vie décente. J'ai bien vu sa tête parfois, ça le fait souffrir que de travailler pour si peu. Et voici qu'ils baissent son salaire encore plus, et qu'il dépend désormais des minima sociaux alors qu'il travaille plus que les plus lôtis du Ministère, qui gagnent des millions de Gallions à ne rien faire… Ce n'est pas juste.

- La roue tournera, assure Hermione. Même si ton père a souffert, ce n'était pas en vain qu'il a réalisé tous ces efforts. Il vous a inspiré à en faire de votre côté. Et il vous a appris à avoir du cœur, chose que ces riches n'achèteront jamais, et qui leur échappera toujours.

- Je sais… Oh, Hermione, je vais redoubler d'efforts dans mes études. Je ne veux pas… Je ne veux pas que mon père ait fait tout ça pour rien.

Il y eut un petit silence où la préfète compatit pour la souffrance son amie. Elle ne disait rien, elle ressentait la même chose. Ce n'est pas juste à ses yeux, et cela ne lui plaît pas de découvrir de pareilles choses.

Après un petit moment, la préfète rompait le silence. Elle remarquait quelque chose entre les lignes de cette missive postale.

- Cette lettre est récente. Nous sommes le vendredi 7 mars. Et ce courrier a été datée le jour de son envoi, logiquement. Ombrage a dû la recevoir la semaine dernière.

- Oui, et à ce sujet, je viens de mettre le grappin sur le tiroir à lettres. Il y a ici toute une correspondance sur Lucius Malefoy et Cornelius Fudge. Épaisse à ce que je vois, il y a un monticule qui remplit la moitié du tiroir. Je les prends ?

Alors qu'Hermione allait répondre, les deux filles entendirent du bruit qui allaient en leur direction.

- Hm ? Qui est-ce, demande Ginny, surprise. Ça n'a pas l'air d'être Rusard.

En effet. Hermione se glaçait d'horreur quand elle reconnut le bruit des chaussures à talons que portait Ombrage, et sa voix qui résonnait dans les couloirs.

- Ah, ces fichues armures… J'ai pourtant dit à Rusard qu'il ne fallait pas les mettre toutes au même endroit. Tssss…

Même si Ginny était invisible, Hermione l'entendait pousser un petit cri de surprise. Elle reposa la lettre où elle était, et ferma le tiroir derrière elle très rapidement. Il valait mieux qu'elles ne restent pas autant sur le plan de travail de la Grande Inquisitrice.

Elles furent rapides pour se cacher vers un coin de la salle chacune, mais pas assez pour en sortir. Peu après, Ombrage rentra et se posa tranquillement à son bureau. À pas lents, toujours sans rien remarquer, elle s'assit sur la chaise devant son bureau. Elle lança nombre de malédictions au perturbateur qui l'a fait lutter contre des armures enchantées. Après cela, elle décida, à haute voix, d'écrire une lettre à ce sujet à Fudge pour lui demander s'il lui accordait des sanctions ministérielles, pour une agression si infâme.

Mais de l'autre côté, Hermione et Ginny étaient paniquées. L'une était près de la cheminée d'Ombrage, mais l'autre était sous les assiettes de chatons, en face de la préfète. Toujours dans leur coin, immobiles, elles se disaient qu'il fallait bien trouver une solution. Le sortilège d'Invisibilité, d'ailleurs, ne dure pas indéfiniment. La présence de la Grande Inquisitrice était d'ailleurs insupportable, sans parler des chatons qu'on entendait miauler d'un ton plaintif en arrière-plan. Hermione n'allait pas supporter ça très longtemps avant de craquer.

Heureusement, Ginny eut une idée. Bien que discrète, ses pas faisaient un peu de bruit, alors elle les accordait sur les miaulement des chatons sur les assiettes. Hermione entendait le bruit de pas de son amie, qui la menaient lentement vers la porte. Hermione aurait bien bougé aussi, mais quelque chose l'en empêchait. Ombrage, absorbée par son travail, n'entendait rien du tout.

Lorsqu'elle fut dehors, Ginny se déplaçait à pas feutrés dans le couloir, et fit tomber une armure par terre. Le cliquement de l'objet fit rager Ombrage d'une façon fort imprévue.

- AAAAAAAAAARGH ! CES ARMURES ! ENCORE ! J'EN AI ASSEZ !

Elle sorta dehors tout d'un coup. C'était inespéré pour Hermione. Elle sortit donc à son tour, rapidement mais discrètement, en prenant soin de ne rien heurter du tout. Mais elle pensait aussi au fait qu'Harry devait sans doute rentrer du Square, et qu'il ne devait pas non plus tomber sur Ombrage par mégarde. Alors pour s'assurer qu'elle ne revienne pas avant un moment, elle s'arrangea pour distraire la Grande Inquisitrice.

Hermione s'arrangea pour faire du boucan vers un autre couloir. À l'aide de sortilège de Tintamarre ou d'autres armures qui s'écroulent, elle essayait de déplacer Dolores à un autre lieu où elle se tiendrait maintenue un moment hors de son bureau. La Grande Inquisitrice ne se posait pas de question au début. Elle se dirigeait sans cesse vers les sources nouvelles de bruit, l'air furieuse, mais elle finit par remarquer que quelque chose clochait, quand elle eut marché trois couloirs entiers, pour rien d'autre que de se casser les oreilles encore plus.

- Qu'est-ce que c'est que ce cirque, s'écrie-elle, ulcérée. Ce ne peut pas être un esprit frappeur. Qui s'amuse à faire autant de bruit ?

Hermione s'arrêta alors, pensant se faire remarquer. Mais il fallut croire qu'elle était arrivée à faire ce qu'elle voulait, puisque McGonagall, attirée par tout ce tapage, arriva vers la Grande Inquisitrice, l'air scandalisé.

- Dolores ! Que se passe-il ? Il y a un de ces vacarmes dans le château !

- Oui, en effet, grommelle Ombrage. Ce sont des armures qui tombent partout. Quand elles ne s'en prennent pas à moi.

- Comment ? Si j'ai bien compris, les armures entassées dans le couloir des enchantements, c'était vous ?

- Elles m'ont agressée, Minerva ! Je n'allais pas me laisser faire !

- Je ne comprends pas ! Elles sont sensées épargner le personnel enseignant. Vous les avez vous-même enchantées, Rusard en est témoin !

- Elles ont dû disjoncter, voilà tout, réplique Ombrage. Je savais que c'était une idée absurde que d'engager des boîtes de conserve sans cervelle. Je vais appliquer des décrets, ce sera plus efficace.

- Dolores ! Il y a déjà eu assez de décrets pour une seule année !

- Eh bien, il semble qu'il faut repousser le maximum, Minerva. Il se passe vraiment des choses absurdes en ce moment. Des élèves qui tombent malade par douzaines… Des armures qui vous agressent, quand on ne les retrouve pas en morceaux… Je vais en toucher un mot à Fudge. Quelque chose ne va pas ici.

Hermione ne fut pas rassurée. Alors, encore plus d'édits qui disaient de ne pas faire certaines choses ? McGonagall elle-même n'était pas dans son élément en entendant ça.

- Donc la signature d'Albus n'est plus nécessaire, si j'ai compris ?

- Non, en effet ! Vous devez le savoir, mais mes pouvoirs de Grande Inquisitrice me permettent de contourner ce problème. Et j'ai déjà des idées pour faire régner l'ordre à Poudlard. Beaucoup d'idées…

Elle fit alors demi-tour, et en se dandinant rapidement vers son bureau.

Hermione ne sut pas si Harry était bien parti après ça, mais elle ne tarda pas à en entendre la réponse deux secondes plus tard.

- AAAARGH ! MA CHEMINÉE ! ELLE EST TOUTE SALE ! MAIS QU'EST-CE QUE C'EST QUE CE CHÂTEAU DE MALPROPRES ET DE BOUCANEURS ! QUI A OSÉ ME FAIRE ÇA ?! QUI ?! AAAAH !