- Thénène... S'il te plaît : calme-toi...

Les pleurs de la cadette redoublèrent et Seika soupira, serrant la métisse plus fort contre elle.

- Titi...

Elle dit alors aux autres, à savoir Kanda, Allen, Lavi, Lenalee et Krory, qu'ils n'avaient pas à s'en faire. Mais la réaction inattendue qu'avait eue Thénène les avait laissés surpris. Ils se trouvaient actuellement à l'infirmerie, Seika étant blessée.

Le retour des trois Exorcistes s'était bien passé et, comme ils étaient arrivés en cours de journée, ils avaient décidé de s'entraîner avec leurs amis. Ceux-ci furent étonnés de les voir avant de commencer les exercices. Pendant la séance, Thénène fut survoltée de pouvoir s'occuper de Krory. Elle l'avait pris sous son aile et l'avait amélioré dans sa maîtrise de l'air et de la terre. Seika les avait laissé, s'entraînant de son côté sur des exercices de gymnastique avec une poutre mais en gardant tout de même un œil sur sa cadette.

À la fin de la séance, Lavi était venu embêter Thénène, légèrement insistant et très tactile. Il avait posé sa main sur le bras de la métisse avant de passer son bras autour de la nuque de la jeune fille, qui rigolait. Elle ne s'en était pas plainte car elle-même était une fille tactile. Devant cette réaction positive, Lavi était devenu un peu plus entreprenant et s'était placé derrière Thénène, les mains autour de sa taille, qui était un peu embarrassée.

À ce moment précis, la japonaise qui avait suivi tout le petit manège du rouquin exécutait un élément compliqué et dangereux. Bien sûr, quand elle vit Lavi faire ce qu'il ne devait pas faire, elle vit rouge et se déconcentra. Pendant son enchaînement, Seika tomba de la poutre, sur sa jambe droite.

Une douleur l'irradia immédiatement et elle jura en japonais. Thénène avait vu le regard que Seika avait lancé à Lavi mais aussi la chute. Elle ressentit également cette douleur et accourut vers Seika, inquiète.

- Seika, ça va ?!

- Mon genou sa grand-mère...

Thénène fit pivoter lentement mais sûrement sa sœur afin d'avoir une vue sur le genou en question. Effectivement, il était désaxé.

- Kanda ! hurla Thénène à travers la salle.

- Tu m'veux quoi Baka Gaki ?!

- Y'a Hikari qui est blessée : faut l'emmener à l'infirmerie !

Quelques secondes plus tard, le kendoka apparut aux côtés de la métisse et constata l'état de la japonaise.

- Tch. T'es pas croyable... Comment tu t'es fait ça ? demanda Kanda à Seika qui rougissait de honte.

- J'ai glissé...

- Tch. C'est ça.

Il prit alors sa compatriote dans ses bras, en faisant attention à ne pas appuyer sur le genou blessé, et il se dirigea vers l'infirmerie. Seika, au départ surprise, s'empourpra furieusement et passa timidement ses bras autour du cou du japonais. Thénène était à côté d'eux et avait sa main posée sur le genou de sa sœur.

Elle envoya alors des vagues calmantes à son aînée, l'empêchant de ressentir la douleur. Cette anesthésie fit grand bien à la jeune femme qui n'arrivait toujours pas à croire que le beau Kanda la portait. Ils arrivèrent trop rapidement à son goût à l'infirmerie, lieu où Thénène et Kanda ne purent rester. La douleur refit surface quand la métisse lâcha son genou et Seika eut un pincement au cœur en croisant le regard paniqué de Thénène. 'Merde... elle va me faire une putain de crise d'angoisse...'

La métisse et le japonais attendirent donc à l'extérieur et ils furent rejoints par Allen, Lenalee, Lavi et Krory, tous préoccupés par l'état de Seika. Quand ils arrivèrent, ils trouvèrent Kanda impassible comme toujours et Thénène qui respirait bruyamment en faisant les cent pas. Elle s'arrêta, une main dans ses cheveux et l'autre sur sa poitrine. Ses amis voyaient clairement qu'elle était en panique et qu'elle ne tarderait pas à craquer.

- Thénène, co-

- Ouioui, ça va Lavi... Faut juste que... que je me calme mais ça va... Oh putain...

Des larmes commencèrent à couler et la jeune fille s'empressa de les faire disparaître à l'aide de ses deux mains, ce que tout le monde vit. La porte de l'infirmerie s'ouvrit à ce moment précis et le groupe fut autorisé à voir la japonaise. Le rouquin attrapa alors Thénène par les épaules et la força à entrer voir son aînée, suivi par le reste du groupe. Cette dernière était assise sur un lit et avait une attelle au niveau de son genou. L'infirmière leur expliqua que Seika s'était tout bonnement déboitée le genou et qu'elle avait besoin de repos.

Thénène se sentit étrangement soulagée et toute la tension qu'elle contenait s'en alla d'un coup, trop brusquement car elle alla se réfugier dans les bras de la japonaise, éclatant en sanglots.

- Thénène... S'il te plaît : calme-toi...

Les pleurs de la cadette redoublèrent et Seika soupira, serrant la métisse plus fort contre elle.

- Titi...

Elle dit alors aux autres qu'ils n'avaient pas à s'en faire. Mais la réaction inattendue qu'avait eue Thénène les avait laissés surpris.

- Elle a fait une crise de panique, leur apprit-elle.

- Mais... pourquoi ? s'enquit Lenalee, pour l'ensemble du groupe.

- Ça lui rappelle de mauvais souvenirs... je vous explique plus tard. Et en plus, elle se sent coupable.

La métisse pleurait toujours autant, ce qui exaspéra la japonaise. Elle saisit le visage de sa sœur de ses deux mains, la forçant à lever la tête et à la regarder.

- Thénène, arrête de pleurer.

Seika vit que sa sœur faisait tout pour se contenir mais qu'elle allait bientôt se fondre de nouveau en larmes. Elle donna alors deux paires de claques à sa sœur, en tapant simultanément sur les deux joues. Cette dernière couina de douleur et s'attrapa le visage.

- Mais putain, ça fait mal Seika !

- J'en ai absolument rien à foutre. Tiens, une serviette pour te nettoyer le visage.

- Merci... chuchota Thénène, honteuse.

- Décale ton corps de vache : je dois prendre mes béquilles.

- T'es vachement en forme dis donc...

- Titi, j'me suis juste déboitée le genou. Rien de grave, d'accord ? dit alors la japonaise, plus douce.

- Oui... je... désolée Kaka...

En guise de réponse, Seika prit Thénène dans ses bras et lui massa la nuque. La cadette se détacha de son aînée et Timcampy vint l'embêter pour essayer de lui arracher un petit sourire, ce qu'il réussit aisément. Tous s'en allèrent et Thénène porta sa sœur jusque sa chambre.

À peine allongée dans son lit, Seika sentit le poids de sa sœur sur son corps. Elle savait que la crise d'angoisse n'était pas réellement passée. Le reste du groupe regarda alors la japonaise border sa cadette qui s'assoupit.

- Elle va mieux ? lui demanda Lavi, parlant pour tout le groupe.

- Oui, si elle dort : c'est que tout va bien. Déjà que le stress la rend malade et pleurer ça l'endort, mais là... j'ai cru qu'elle allait faire un malaise...

- C'est normal qu'elle ait réagi comme ça ? s'enquit Krory, jusque là silencieux. Enfin, c'est habituel chez elle ?

- Ça n'arrive pas souvent mais vraiment de manière inattendue. Là, c'est m'avoir vue tomber qui lui a rappelé la mort de son père...

- Ah, on est désolés, dit Allen.

- C'est pas votre faute... Je vais vous expliquer comme ça vous comprendrez un aspect du caractère de Titi.

- Mais tu n'es pas obligée, renchérit Lenalee.

- C'était il y a six ans, commença Seika en ignorant la remarque de la chinoise. Thénène était malade à ce moment-là et avait beaucoup de fièvre. Notre mère dormait pendant qu'Aba surveillait Titi. On s'est fait attaqué dans la nuit : ma mère m'a fait sortir en trombe mais Aba était resté en arrière pour récupérer Titi. Donc il l'a porté dans tout le jardin et a trébuché, tombant sur sa jambe. Il s'est relevé et il est quand même allé jusqu'au mur qui séparait notre jardin de la forêt. Et comme il ne pouvait pas grimper à cause de sa jambe, il a fait passer Thénène de l'autre côté et a retenu nos assaillants le temps que l'on puisse être à l'abri...

- Il s'est sacrifié pour vous sauver.

- Ouais... Et Thénène avait senti sa mort... Je vous dis pas à quel point elle était détruite... en vrai, elle s'en est jamais remise, elle se sent tellement responsable de ça que... que maintenant, elle déteste qu'on la protège.

- J'imagine..., chuchota le Bookman junior.

- Donc évitez de vouloir la protéger, conclut la japonaise. Elle ne dit rien pour l'instant mais j'ai noté que vous, particulièrement toi Allen, l'avez souvent sortie de sales pétrins. Elle s'emportera à un moment ou à un autre, soyez-en certains. Et quand elle s'énerve, c'est pas joli à voir...

- On fera attention, promit la sœur de Komui.

Cette dernière prit congé pour laisser de l'intimité aux deux sœurs et fut imitée par les autres. La fin de la journée arriva et Thénène se réveilla.

- Tu vas mieux Titi ?

- Oui, répondit la concernée en s'étirant. Et toi ?

- Idem. Viens, on va manger.

- ... Va et je te rejoindrai là-bas : j'en ai pour pas longtemps.

Seika ne dit rien, se doutant bien que Thénène allait chercher ses cadeaux, et se rendit au réfectoire. Là, elle fut surprise de voir toute la Congrégation, en joie, et une banderole accrochée, sur laquelle il y avait d'écrit ; "Bienvenue, Seika et Thénène La x ". Sa cadette arriva quelques secondes plus tard et eut la même réaction que la japonaise.

- Bienvenue les filles dans votre nouvelle maison ! déclara alors bien fort Komui en se dirigeant vers elle.

Les deux sœurs se regardèrent et éclatèrent de rire. Toutes les personnes présentes furent déroutées de ce comportement et se posèrent des questions.

- Qu'est-ce qu'il y a les filles ?

Elles pointèrent toutes deux l'affiche et visèrent principalement la croix.

- Je comprends mieux pourquoi tu m'as demandé de parler de ma mère Moyashi.

- Je m'appelle Allen ! Et tu ne m'as pas donné son nom complet.

- Pourtant, vous l'avez deviné, répliqua Seika, amusée.

- Comment ça ? s'étonna le blandin.

- Elle s'appelait Ambre Lacroix.

À cette révélation, tous comprirent d'où provenait l'hilarité des deux nouvelles en souriant. Un simple jeu de mots. Ceci permit de créer une bonne ambiance et ils firent la fête tous ensemble. Durant la soirée, Seika, à cause de son genou, fut obligée de s'asseoir et Thénène la bichonna.

- Tu veux quelque chose Kaka ?

- Que tu arrêtes de m'appeler par ce surnom débile Baka.

- Désolée, je peux pas réaliser ce souhait mon Kaka d'amour, dit la métisse en haussant les épaules.

- T'as de la chance que je sois blessée...

Le groupe d'Exorcistes vint à elles et passa le reste de la soirée à la même table que les filles. Ils rigolaient et passaient du bon temps ensemble. Finalement, Thénène finit par se lancer.

- Seika, l'appela-t-elle les joues rosies, tiens.

Elle lui tendit alors une boîte fine et noire. Seika la saisit et l'ouvrit. La japonaise fixa avec incrédulité le bijou qui reposait sur un tissu rouge. Il s'agissait d'un pendentif en or au bout duquel était accroché une représentation miniature d'un dragon oriental, tassé sur lui-même mais la gueule ouverte, prêt à se défendre. Elle garda longuement le silence, inquiétant ses camarades.

- Kaka ?

- M-Mais pourquoi ? T-T'étais pas obligée mais genre vraiment pas... Pourquoi Thénène ? J-Je... Tu sais... Je mérite pas ça...

- Seika, arrête de raconter de la merde, déclara Thénène en lui passant le collier autour du cou, se plaçant derrière elle. Tu mérites tellement mieux que ça sérieusement... C'est pas représentatif de ce que je ressens pour toi mais vraiment. Kaka, t'es une grande sœur formidable tu sais... Quand je vois tout ce que tu fais pour moi, j'ai vraiment de la chance de t'avoir mais tu t'occupes tellement de moi que j'ai l'impression que tu vis plus pour toi et ça m'énerve. Parfois, je me dis que je mérite pas d'avoir une sœur comme toi à mes côtés, qui sait m'écouter quand j'en ai besoin, me faire rire quand je suis triste, me réconforter quand je suis perdue et me calmer quand je panique. J'ai l'impression de te pourrir la vie par moment, tu sais : bien sûr que j'aime quand tu prends soin de moi et que tu me fasses plaisir mais tu veux bien penser à toi plus souvent maintenant ? Depuis la mort de Maman, c'est vrai que c'est pas pareil mais arrête de t'oublier, d'accord ?

-... Pourquoi ce collier ?

- Dès que je l'ai vu, j'ai pensé à toi, chuchota la métisse en posant sa tête sur l'épaule de la japonaise. Et tiens.

Elle sortit une autre boîte et l'ouvrit d'elle-même. Seika ouvrit grand les yeux et contesta : c'était la chose de trop.

- M-Mais t'es complètement malade ?! s'exclama-t-elle alors, les larmes aux yeux.

- Absolument pas, pourquoi ?

- Ils... Ils sont... magnifiques...

Seul Allen savait ce qu'il y avait dans la boîte et la métisse ne tarda pas à en sortir le contenu pour l'exposer aux autres. Elle retira alors deux pendentifs emboîtés : un en forme de croissant de lune et l'autre en forme de soleil. La lune, décorée de cœurs et de pierres, accueillait en son creux le soleil, lui-aussi incrusté de pierres précieuses. Les deux éléments assemblés formaient un cercle parfait.

- Tu te souviens, hein ? demanda doucement Thénène, un peu rêveuse.

- Toi, le soleil et moi, la lune... Bien sûr que je m'en souviens... Baka Gaki...

Seika reçut alors autour de son cou un second collier, totalement émue.

- Maman avait raison Kaka. Quand je suis perdue, tu es toujours là pour moi : tu es la lune de mes nuits noires...

- Et toi, tu es la lumière de mes journées... Purée, Maman avait raison : tu es le soleil de ma vie, dit timidement Seika en se tournant vers sa sœur pour lui faire face.

Elle garda la tête baissée un instant, cachant son visage avec ses cheveux, puis planta son regard dans celui de sa sœur. Les larmes coulaient toutes seules et elle n'avait pas forcément l'envie de les effacer. Quitte à se dévoiler, autant le faire jusqu'au bout. Elle se lança subitement, sans réfléchir.

- Thénène, je...

Et à cet instant précis, les mots restèrent coincés au fond de sa gorge. Elle vit l'étincelle dans les yeux de sa sœur, qui attendait qu'elle le lui dise enfin, l'étincelle de joie s'éteindre peu à peu. Elle fut la seule à le remarquer et se sentit affreusement mal. Sa cadette venait de lui ouvrir son cœur, chose qu'elle détestait faire en temps normal et encore moins en public, alors qu'elle, Seika, dix-sept ans, n'était même pas fichue de lui dire trois putain de mots, de lui dire "Je t'aime"... Elle finit par éclater brutalement en sanglots et Thénène la prit dans ses bras.

Bien évidemment, elle avait compris que son aînée voulait lui dire "Je t'aime" et lorsqu'elle avait bloqué, c'est sûr qu'elle s'était sentie... Déçue. Il faut dire que, de base, Seika détestait montrer ses sentiments et encore plus de les exprimer mais depuis la disparition d'Ambre, la japonaise s'était obstinée à ne plus rien montrer. Thénène savait qu'elle faisait des efforts pour se dévoiler : ça ne fonctionnait pas souvent mais, au moins, elle essayait et la métisse ne le lui reprochait pas, jamais. Mais, elle ne pouvait pas ne pas se sentir déçue.

Cependant, entendre sa sœur exploser de cette façon avait en quelque sorte brisé quelque chose en elle. Elle avait horreur de voir ou d'entendre ou même de savoir Seika pleurer : elle était trop précieuse pour ça ! Elle se sentit coupable d'être la raison des pleurs de sa sœur... Savoir qu'elle pleurait à cause d'elle... La métisse se reprit rapidement et s'occupa de la japonaise.

- Seika, pleure pas s'il te plaît... Arrête de pleurer hein : j'aime pas quand tu pleures, tu le sais ça... Calme-toi s'il te plaît... Respire : tout va bien, d'accord ?

L'aînée se calma progressivement, grâce aux mots et à l'étreinte de sa sœur, et sécha ses larmes.

- Je... suis désolée, lança-t-elle rapidement, et principalement à Thénène.

- Tch. Je pensais pas que tu pleurais pour rien, Hikari.

- Je ne pleure pas pour rien, Bakanda. Alors : urusai. Merci bien.

- Ne t'en fais pas Seika, on comprend tous : le petit discours de Thénène m'a donné la larme à l'œil également et puis vous êtes remontées dans vos souvenirs, la rassura la chinoise, bienveillante à son égard. C'est normal d'être aussi émue.

Alors là, tout était relatif.