Notes à Myriam, Frenchnuts : Tout d'abord, bonsoir à vous, Mimi et Frenchnuts et merci de continuer à me lire et me commenter avec tant d'assiduité. Sachez que de lire vos questionnements par rapport à cette fic X Files me fait toujours beaucoup de bien et me motive à continuer. Frenchnuts... J'espère que tes problèmes d'accessibilité à ton compte se résorberont bientôt si ce n'est pas déjà fait. En tous les cas, tiens-moi au courant. Et toi Mimi, ma belle cousine adorée... Quand publieras-tu enfin ta prochaine histoire dans nos différents espaces. J'ai hâte de lire ça et d'autres personnes que je connais aussi.

Sur ce, mes chères amies et lecteurs invisibles, je vous laisse à ce dernier chapitre et dites-moi vite ce que vous en pensez... Au plaisir de vous revoir la binette très bientôt. :0)

Visite à la Réserve Navajo

Lot de Paul et Sindy

Samedi : 9h.48 A.M.

Sur le point de partir à la réserve Navajo, Paul, Sarah et Keven discutaient avec Mulder, Scully et Sindy de leur plan d'enquête afin d'en apprendre davantage sur Cathy, sa famille et les nombreux mystères qui les entouraient. Comme le temps leur était compté, les trois agents les raccompagnèrent à leurs voitures en approfondissant les derniers détails.

Souhaitant revenir avant l'attaque qui risquait de se produire en fin d'après-midi, Paul décida de prendre son véhicule. Cependant, Keven et Sarah lui suggérèrent de partir ensemble pour des raisons de sécurité.

« - On ne sait jamais ce qui nous pend au bout du nez », dit Sarah sur un ton prophétique.

Mulder qui observait leur groupe depuis le réveil se tourna alors vers Scully et plongea ses yeux verts dans les yeux bleus de sa collègue. Puis, d'un geste presque sensuel, il l'attira vers lui et lui chuchota à l'oreille :

- Depuis ce matin, je constate que Paul ne semble pas du tout dans son assiette.

- Oui, j'ai remarqué, lui souffla Scully. Il a l'air triste et inquiet.

- Dans le contexte actuel, je le comprends. Il n'a pas envie de partir et de se séparer de Sindy trop longtemps. Et en même temps, il se fait du soucis pour Vickie. Pourtant, j'ai l'impression qu'il y a autre chose, mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.

- Tu penses à un phénomène surnaturel, Mulder ?

- Peut-être.

Mulder ne pouvait en dire plus pour l'instant car il ne trouvait pas les mots pour exprimer sa pensée. Mais il avait noté de subtils changements dans les comportements de Sindy et Paul ce matin. Leur façon de se regarder et de se toucher semblait plus intense que d'habitude, presque électrique. C'était comme si une force remontait à la surface de leur être et se décuplait pour les attirer irrésistiblement l'un vers l'autre. Une espèce d'énergie passionnelle qui les dépassait semblait tournoyer autour d'eux et les projeter dans un vortex qu'ils ne pouvaient contrôler. Et Fox ressentait aussi l'influence de cette puissance croître en lui, surtout lorsque ses yeux croisaient ceux de Dana. Alors là, une magistrale envie de se noyer dans ses prunelles océanes l'animait, provoquant une étrange impression de déjà vécu. Pressentant qu'il y avait du surnaturel là-dessous, il ignorait toutefois de quel phénomène il s'agissait. Pour cela, il eut été souhaitable qu'il puisse en parler à Dana, Sindy et Paul, mais hélas le temps leur manquait. D'un geste trahissant son agitation nerveuse, Mulder se passa la main dans les cheveux, ce qui les ébouriffa davantage.

Les six amis se disaient au-revoir lorsque Sindy se rappela brusquement qu'elle devait offrir un talisman de protection à Vickie. Aussitôt, elle sprinta vers la maison. Elle monta les marches quatre à quatre et pénétra dans son « home » de méditation. Habituellement, personne n'y avait accès sans sa permission. Cet espace lui appartenait d'office. D'un pas décidé, elle se dirigea vers une vieille malle en bois de chêne qui était appuyée contre le mur à sa gauche. Lentement, elle s'avança et ouvrit le lourd couvercle. Le cœur battant, elle retint sa respiration et fouilla à l'intérieur en quête de ce qu'elle cherchait. Elle le dénicha enfin. Puis rapidement, la jeune fille prépara un sac pour Vickie et rejoignit Paul qui ne pouvait s'empêcher de la contempler d'un œil attentif. Avec émotion, il remarqua soudain qu'elle s'était nattée les cheveux. Il la trouva si mignonne ainsi que son cœur bondit dans sa poitrine. Il poussa un léger soupir pendant qu'elle lui tendait le sac de voyage de Vickie en lui souriant affectueusement. Il lui sourit à son tour.

« Il a l'air fatigué et c'est à cause de moi, » songea-t-elle avec tristesse. Puis, s'efforçant de se donner bonne contenance, elle rétorqua d'une voix douce :

- Chéri, j'ai préparé ce sac de voyage pour Vickie et j'aimerais que tu lui remettes cela dès que tu la verras, fit-elle en enlevant prestement l'amulette qu'elle portait autour de son cou. Ses yeux émeraudes se remplirent de détermination pendant qu'elle tendait à Paul le précieux bijou. Jure-moi de lui faire porter cette amulette dès que tu la verras. Elle la protégera. Elle s'interrompit quelques secondes avant de poursuivre d'un ton ému. Promets-moi aussi de lui dire que je l'aime très fort, qu'elle me manque et que je continuerai de la visiter toutes les nuits dans ses rêves. Tu veux bien lui dire tout cela, mon ange?

- Je te le promets, déclara solennellement Paul en lui caressant la joue avec tendresse.

À son tour, ses yeux gris accrochèrent ceux de Sindy. Il l'attira contre lui, savourant le moment où son esprit se fusionna au sien. Fascinée par son regard qui la tenait captive, Sindy n'arrivait plus du tout à bouger dans la douce prison de ses bras qui l'encerclaient. Puis, bizarrement, elle perçut que leurs corps tremblaient d'extase alors que leurs cœurs battaient au même rythme et que leurs âmes se mélangeaient dans une apothéose parfaite.

Hélas, le moment du départ arriva beaucoup trop vite. Paul et Sindy avaient du mal à se détacher l'un de l'autre. Tenaillés par l'étrange conviction que l'heure de se dire "adieu" approchait, ils s'efforçaient de reculer cet instant angoissant. Puis, incapable de résister à cette souffrance viscérale, Paul qui tenait toujours sa compagne dans ses bras la plaqua contre sa poitrine et lui saisit le menton avec fermeté. Le souffle court, il la dévisagea avec une intensité telle que la jeune fille sentit d'agréables frissons parcourir tout son corps. Et, comme une vague déferlante le soulevant corps et âme, Paul perçut la force fulgurante de son désir monter en lui et l'envahir délicieusement. Le trouble que manifestait Sindy au contact de sa virilité l'excita. Et plutôt que d'effleurer ses lèvres d'un doux baiser, il les captura avec violence et l'embrassa goulûment à pleine bouche. Ne pouvant résister à cette force primitive, Sindy s'abandonna dans les bras de son amoureux et lui rendit son baiser.

« - Mon aimée. Retrouve-moi ce soir, dans les catacombes, à minuit précise. » entendit-elle murmurer au tréfonds de son âme.

Surprise, celle-ci écarquilla les yeux.

- Chéri… souffla-t-elle entre deux baisers. Son cœur tambourinait dans sa poitrine. Je crois que nos âmes tentent de nous faire parvenir un message capitale et j'ai l'intime conviction qu'il vaudrait mieux que tu en parles à Ellie lorsque tu la verras.

Le feu de l'émotion faisait trembler la voix de la jeune fille tandis que ses yeux tirant maintenant vers le bleu saphir brillaient de larmes contenus.

- J'y pensais justement, soupira Paul la gorge nouée. À mon avis, peut-être que Ellie m'expliquera que cette force d'attraction que nous ressentons actuellement découle d'un passé lointain que toi et moi ne pouvons identifier.

" Fox et Dana, non plus, d'ailleurs... ", songea-t-il brusquement, incapable de déterminer d'où lui provenait cette pensée soudaine.

- Mais pourquoi cette souffrance? s'écria faiblement Sindy, les larmes coulant maintenant à flots sur ses joues satinées. Pourquoi ton frère? Pourquoi ma sœur? Et pourquoi NOUS? J'ai l'impression que nous sommes « tous » sur le point de nous dire « Adieu. » Et mon âme est triste à en mourir. Je t'en prie, mon ange, le supplia-t-elle sans réaliser ce qu'elle venait de dire. Reviens-moi vite.

- Je te le promets, lui souffla Paul gravement. Et toi, jure-moi d'être prudente, ma chérie, et de bien veiller sur Dana et Fox. Je ne sais pourquoi, mais je sens qu'une discussion entre nous quatre serait appropriée à mon retour. Mais auparavant, je voudrais être près de toi avant que...

Incapable de terminer sa phrase, il ne put s'empêcher de retenir ses sanglots. Alors, pour le rassurer, Sindy lui sourit au travers ses larmes et tapota sa hanche pour lui montrer son arme bien campée dans son étui. Paul lui rendit son sourire pour signifier qu'il avait compris. Puis, poussé par une force étrangère qu'il ne s'expliqua jamais, il se pencha de nouveau vers elle et l'embrassa une seconde fois avec une ardeur qui la retourna toute entière. Leur baiser s'approfondit pendant qu'il la serrait contre lui à l'étouffer. Mais au bout de quelques minutes, ils se séparèrent à regret, conscients que l'heure tournait. Les joues encore baignés de larmes, Paul monta dans son véhicule et tenta de se ressaisir en respirant lentement et profondément. Puis, une dernière fois, il contempla Sindy et lui souffla un baiser de la main. Elle fit de même.

- Je t'aime, ma chérie! lui cria-t-il d'une voix rauque de sa fenêtre.

- Moi aussi, je t'aime, renchérit-elle, étouffant ses sanglots.

Les yeux brouillés de larmes, Sindy l'entendit démarrer le moteur de la fourgonnette et le véhicule s'éloigna dans un crissement de pneus derrière la voiture de Keven et Sarah. Immobile, la jeune fille laissa errer son regard jusqu'à ce que les deux voitures disparaissent à l'horizon.

« Il me manque déjà », songea-t-elle tristement.

Mulder et Scully qui suivaient la scène depuis le début comprirent - trop bien même - que Sindy avait besoin de leur soutien. Ils se dévisagèrent avec intensité, inconscients que leurs pouls s'accéléraient pendant que leurs regards se rivaient l'un dans l'autre. Puis d'un commun accord, ils rejoignirent la jeune fille éplorée; Fox se plaçant à sa droite et Dana à sa gauche. Échangeant un regard complices, les deux amis lui pressèrent affectueusement les épaules.

- Ça va aller, Sindy, la consola Scully d'une voix douce. Sois confiante. Paul et Vickie te reviendront bientôt.

- Dana a raison, grenouille, renchérit Mulder qui saisissait bien le chagrin qu'éprouvait sa cousine pour l'avoir expérimenté plus d'une fois avant de connaître Scully. Et je suis certain qu'Ellie saura nous expliquer la provenance de cette énergie qui nous habite depuis quelques temps.

- Je l'espère, Fox, rétorqua Sindy, faisant un visible effort pour se reprendre et maîtriser ses émotions. Heureusement pour nous, je ressens cette énergie comme une force positive. Mais je ne sais pourquoi, ces jeunes gens semblaient dépassés par cette puissance qui circulait entre eux.

Saisissant l'ampleur de ses mots, Sindy sursauta. Elle ne comprenait pas encore le sens de ce qu'elle venait de dire, mais une intime conviction l'assurait que son âme lui envoyait un message important. Elle leva les yeux vers Mulder et Scully pour se donner du courage et s'efforça de passer au mode professionnel car l'entrevue avec Cathy approchait.

Aussitôt, Mulder et Scully lui firent un clin d'œil réconfortant.

- Sois tranquille! Nous sommes prêts, Sindy! lui lança Dana avec détermination, lisant dans ses pensées. Et maintenant, préparons-nous vite à cette entrevue avec Cathy.

- Et on ne lésine pas sur la technologie, les filles! dit gaiement Mulder. Non loin d'ici, il y a un point de service de notre bureau de Washington. Nous leur demanderons de nous fournir tout le matériel dont on a besoin.

- Bonne idée, Mulder, approuvèrent Dana et Sindy. Allons là-bas sur le champ.

Soulagés de passer enfin à l'action, le trio s'exécuta. Il n'y avait plus de temps à perdre puisque planait toujours la menace d'une prochaine attaque. Et même si elles ne le démontraient guère, les deux femmes étaient conscientes que celle-ci risquait de leur être fatale.

Résidence des Davis

Samedi : 14 heures P.M.

Assise devant la table de cuisine de la ferme, Cathy ne semblait nullement consciente des adultes qui l'entouraient lorsque ses parents invitèrent les trois agents à s'asseoir.

- Comme je vous l'expliquais hier, monsieur Davis, déclara Sindy en guise d'introduction, mes collègues et moi croyons que votre fille essaye de nous aider. Et après une analyse poussée, nous pensons même qu'elle cherche à nous dire quelque chose au sujet de la mort des petites filles.

À ses mots, Bill Davis et son épouse Jessie Gordon frissonnèrent. Ils avaient du mal à encaisser ce que l'agent Cahill venait de leur dire. Se tortillant sur leurs chaises, ils reniflèrent et baissèrent les yeux vers le sol, les épaules voûtées.

- J'ai dit à la police lorsqu'ils sont venus nous interroger hier que Cathy n'avait jamais approché ces enfants, grommela Bill Davis d'une voix rauque. Voyons! poursuivit-il en s'adressant aux trois agents. C'est inconcevable! vous savez bien que ma fille est incapable de faire du mal à quelqu'un.

- Bien entendu, monsieur Davis, le rassura doucement Sindy. C'est pourquoi, les agents Scully, Mulder et moi-même ne pensons pas qu'elle soit responsable de ces morts. En revanche, nous sommes persuadés que Cathy a de bonnes raisons de venir à mon domicile. Le fait qu'elle se soit présentée à plusieurs reprises chez-moi nous fait croire qu'elle essaie de nous communiquer un message d'une grande importance.

- Je m'excuse, agent Cahill, intervint subitement Jessie Gordon de plus en plus mal à l'aise. Mais à mon avis, cela ne veut rien dire du tout. Cathy ne comprend pas qu'il lui est interdit d'entrer chez les gens comme ça. Et pour ma part, j'ai du mal à la garder enfermée ici.

Les traits ravagés par l'anxiété, elle regarda les trois agents d'un air coupable.

- Qu'elle se présente chez vous ne signifie rien, agent Cahill, reprit Bill. Depuis des années, je vais la chercher au moins deux fois par jour dans votre quartier. Vous comprenez, elle a joué là toute sa vie.

Pour la première fois depuis l'arrivée des agents du FBI., le fermier leva son visage vers eux. Son regard hanté croisa ceux de Mulder, Dana et Sindy qui ne purent s'empêcher de ressentir sa douleur. Se ressaisissant avec effort, Sindy désigna Scully et déclara d'un ton professoral :

- Si vous permettez, monsieur Davis, l'agent Scully qui est médecin va poser quelques questions à Cathy.

Se composant un visage neutre, Scully sortit son porte-documents, l'ouvrit et montra aux parents de Cathy le dessin que Mulder avait recopié la veille.

- Est-ce que ce symbole a un sens pour vous? demanda-t-elle à Bill et Jessie. Manifestant une bonne volonté, les parents de l'enfant se penchèrent lentement pour examiner le dessin. "Et si oui... reprit Dana, pouvez-vous me dire si vous l'avez déjà vu quelque part?… Sur vos terres?… Gravé sur des rochers?… ou sur une pierre?…"

Le visage pâle, Bill et Jessie lui firent signe que non.

Le regard concentrée, Scully prit tout à coup l'initiative de démarrer son magnétophone pour enregistrer l'entrevue avec Cathy. Aussitôt, Mulder et Sindy sortirent leurs carnets et commencèrent à prendre des notes.

Avec précaution, Dana s'approcha de Cathy qui semblait toujours perdue dans son monde et commença à l'interroger en articulant lentement chacune de ses syllabes. Puis, quand elle sentit qu'elle captait enfin son attention, elle lui montra de nouveau le symbole de Bel.

- Qu'est-ce que ce signe veut dire, Cathy? lui demanda-t-elle d'un ton rassurant.

Scully avait posé sa question d'une voix douce et patiemment, elle attendit que sa phrase fasse son chemin jusqu'au cerveau de la petite fille. Puis, après plusieurs secondes, elle formula sa question une seconde fois.

C'était comme si l'anglais était pour Cathy une langue étrangère dont elle ne comprenait que quelques mots, analysa-t-elle rapidement.

Retenant leur souffle, les trois agents attendirent sans sourciller. Puis Cathy répondit, le visage crispé par l'effort. Malheureusement, sa réponse resta incompréhensible.

- Qu'est-ce que tu as dit, Cathy? interrogea Scully. Je suis désolée, ma chérie, mais je n'ai pas saisi ta réponse.

Cathy parla encore, mais sa phrase demeura hélas incompréhensible. Dana secoua tristement la tête, désespérée de ne pouvoir la comprendre. Alors, Mulder s'approcha d'elle en lui effleurant l'épaule et lui montra le magnétophone portatif. Toujours concentrée, Sindy analysait ce qui se passait tout en prenant des notes. Le magnétophone dans sa main, Dana se pencha vers Cathy et déposa le dessin sur la table. Fascinée par cette image, l'enfant ne proféra plus un son. Puis calmement, elle sourit en caressant amoureusement le monogramme de Bel.

Comprenant qu'il était temps d'agir, Scully regarda les parents de l'enfant et dit rapidement :

- Donnez-moi quelques minutes. Votre petite fille n'est pas une enfant retardée. Elle me comprend et me répond. J'en suis sûre. Je vais lui poser quelques questions pour établir son Q.I.

Elle regarda l'enfant et fut frappée par son exquise beauté. Cathy ne ressemblait pas à une enfant anormale. Ses traits étaient lisses et harmonieux. Seuls ses yeux vides suggéraient qu'elle était perdue dans son monde intérieur. Inspirant longuement, Dana rapprocha le magnétophone de Cathy.

- Comment t'appelles-tu? demanda-t-elle d'une voix douce et paisible.

La fillette ne réagit pas tout de suite à la question de Dana et continua de fixer le dessin. Puis, au bout d'une minute, elle répondit par de petits cris.

- Je vais te poser des questions, Cathy, lui expliqua lentement Dana. Écoute-moi bien, ma chérie.

Sur son carnet, Scully nota les questions dans l'ordre où elle les posaient.

« Combien font 8 346 fois 7 521? »

Dana s'arrêta et écouta attentivement pendant que Cathy criait encore. C'était un son aigu et inarticulé, mais Scully continua d'une voix douce : « Quels mois de l'année 2038, le 7 tombera-t-il un mercredi?"

Une fois de plus, Cathy cria et se tut.

Intrigués, Scully, Mulder et Sindy échangèrent un regard discret, conscients que les enfants autistes étaient capables de véritables exploits intellectuels. Désireuse de connaître les possibilités et les forces de Cathy, Scully poursuivit son interrogatoire pendant cinq autres minutes. Puis, quand elle eut terminé, elle arrêta le magnétophone et s'appuya contre le dossier de sa chaise en soupirant.

- Vous appelez ça établir un Q.I.? s'écria Bill Davis étonné. Mais agent Scully, aucun enfant normal ne pourrait répondre à de telles questions!

- En principe, répondit Dana. Mais dans le cas de Cathy, je suis certaine qu'elle a répondu. Écoutez, monsieur Davis… Nous allons étudier l'enregistrement et peut-être arriverons-nous à en tirer quelque chose.

Puis, Scully se tourna vers Jessie et lui sourit.

« Merci, madame Gordon, de nous avoir permis de parler à Cathy ».

Jessie Gordon émit un grognement et lui répondit par un hochement de tête discret.

Comprenant que les parents de Cathy venaient de mettre fin à l'entrevue, les trois agents ne s'attardèrent pas. Ils ramassèrent leurs matériels, remercièrent leurs hôtes et quittèrent la ferme. Leur tâche étant loin d'être terminée, ils devaient maintenant trouver le moyen de déchiffrer les réponses de Cathy avant la prochaine attaque qui risquait de leur faire très mal.

Résidence de Sindy et Paul

Samedi : 15 h.20 P.M .

- C'est totalement incompréhensible, soupira brusquement Mulder en se massant les tempes.

L'apparition de cernes noirs sous ses traits tirés démontraient les effets ravageurs du manque de sommeil. Scully allait certainement lui faire son diagnostique sous peu pensa-t-il, même s'il estimait qu'elle n'en menait guère plus large que lui.

Aussitôt après l'entrevue chez les Davis, les trois agents étaient retournés chez Sindy pour écouter la bande qu'ils avaient enregistrée à la ferme. Et s'ils entendaient clairement Cathy répondre à Scully, ses réponses, en revanche, semblaient être formulées dans un vague charabia de cris aigus.

- Peut-être est-ce une langue que nous ne comprenons pas, suggéra Mulder.

- C'est possible, dit Scully.

Le cerveau en ébullition, elle rejeta sa nuque vers l'arrière pour soulager la tension entre ses omoplates. Gentleman, Mulder massa les épaules endolories de sa partenaire.

« Il y a quelques années, expliqua Dana, s'abandonnant aux mains expertes de son collègue, j'ai lu plusieurs études certifiant qu'il existe des enfants autistes de six ans qui parlent français, espagnol, japonais, arabe et hébreu, mais qui ne peuvent prononcer une phrase complète en anglais ».

- Mais, Dana… affirma Sindy en lui jetant un regard pénétrant. Dans le cas de Cathy, tu crois que c'est différent. N'est-ce pas?

- Je ne rejette pas cette possibilité, répondit Scully simplement.

Songeuse, Sindy garda le silence. Puis, elle alla à la fenêtre et laissa errer son regard au-delà de la cime des arbres. Elle s'inquiétait pour Paul, Vickie, Cathy et toute leur bande. Qu'est-ce qui les attendaient maintenant?… Elle poussa un soupir tremblant. Si seulement elle arrivait à franchir la barrière psychique qui retenait Cathy prisonnière, elle pourrait lire dans son esprit. Mais ce n'était pas le cas. Encore cet après-midi, elle avait sondé la petite fille, mais elle s'était de nouveau heurtée à cette barrière. Pourtant, Sindy avait lu quelque chose de capitale dans l'esprit de l'enfant. La fillette était en danger et elle le savait.

- Nom de Dieu! grommela Mulder un peu découragé, interrompant à son insu les réflexions de ses deux collègues. J'ignore encore comment nous parviendrons à comprendre cette enfant.

Il semblait fatigué et frustré et Scully remarqua que ses traits étaient tirés, comme toute leur bande d'ailleurs.

Scully et Sindy se retournèrent vers Fox pour lui faire face.

- Cathy fonctionne sur sa propre longueur d'onde, Mulder, déclara Dana d'un ton ferme. À nous de trouver laquelle!

Son jeune visage durcit par la concentration, Sindy hocha la tête et jeta un regard d'encouragement à ses deux amis.

- Mais comment, Scully? s'écria anxieusement Mulder. Depuis le début de cette foutue enquête, nous n'avons trouvé aucun indice susceptible de nous donner une piste. Même tout à l'heure quand tu lui as posé des questions, elle n'a fait que crier pour nous répondre.

- Je sais bien, Mulder, soupira Dana d'un ton épuisé. Par contre, je peux t'affirmer que nous n'arriverons à rien si nous ne prenons pas le temps de nous accorder un peu de repos. À mon avis, nous aurons plus de chance de trouver un fil conducteur sérieux si nous sommes reposés et détendus.

- Fox? interrompit soudain Sindy en le regardant droit dans les yeux. S'il te plaît, veux-tu aller nous chercher quelques provisions à l'épicerie du coin? Je pense que Paul, Sarah et Keven devraient revenir bientôt.

Elle lui tendit une liste sans le quitter des yeux.

- Bien sûr, Cinnie, accepta Mulder en dévisageant discrètement les deux jeunes femmes.

Ils soupçonnait « pourquoi » Dana et Sindy souhaitaient qu'ils sortent de la maison. Alors, mine de rien il joua le jeu, évitant de leur faire voir qu'il avait bien l'intention de se tenir tout près, juste au cas où…

- Vous êtes certaines que ça va aller? s'enquit-il d'un ton inquiet.

- Oui, Foxi. Tout ira bien, lui dit Sindy d'une voix un peu trop calme. Elle l'accompagna à la porte. « Allez… Sauve-toi vite maintenant ».

- Je serai là dans environ un quart d'heure, les filles, déclara Mulder gentiment.

Puis, il sortit sous les yeux soulagés de ses compagnes.

- Nous sommes sur le point de subir une nouvelle attaque. N'est-ce pas, Sindy? demanda soudain Scully d'un ton anxieux.

- Oui, je crois. Si nos calculs sont bons.

Terrifiées par ce qui les attendaient, les deux jeunes femmes se mirent à arpenter la pièce. Cette fois-ci, elles avaient trop peurs pour s'asseoir et attendre la nouvelle attaque sans bouger. Elles tentèrent bien de se concentrer comme la veille en respirant profondément, mais en vain.

- Viens t'asseoir, Dana, suggéra Sindy. Tu supporteras mieux l'attaque si tu prends le temps de relaxer ton corps.

- Oh non, sûrement pas, gronda Scully d'une voix rauque.

- Essaye au moins de te détendre, l'encouragea son amie. Et laisse ton corps accepter l'instant. Cela t'aidera.

Les deux agents se regardèrent avec angoisse. Et avant même que Scully puisse ouvrir la bouche pour répondre à Sindy, la violente décharge de plaisir et de douleurs mêlés la transperça. Puis, comme dans un brouillard, Scully vit Sindy s'agripper désespérément au dossier d'un fauteuil et tomber à genoux. Ensuite, elle trébucha et glissa sur le sol, les jambes molles et les yeux larmoyants.

- Dana!… lui cria alors Sindy en gémissant, les dents serrés.

Mais Dana ne pouvait répondre à son amie ni aller vers elle. Son corps tremblait, comme pris de violentes convulsions qui ne lui laissaient guère de répit. Puis, une douleur aiguë semblable à des milliers de coups de couteaux explosa violemment dans son ventre et sa tête. Elle encaissa le choc, mais sans parvenir à retenir les larmes qui coulaient sur ses joues fiévreuses. Et quand l'assaut se termina enfin, elle se redressa en chancelant avec la pénible impression que sa tête était prise dans un étau de douleur. Elle se pencha en avant pour reprendre son souffle et sans s'y attendre vomit sur le plancher. Honteuse, Scully éclata en sanglots.

- Je t'en prie, Dana. Ne pleure pas, haleta Sindy d'une voix faible. Tu n'as pas à avoir honte.

Les joues baignées de larmes, elle rejoignit son amie d'une démarche mal assurée pour la réconforter et la consoler. Toutes deux saignaient du nez et se sentaient nauséeuses. Elles étaient terrifiées. L'attaque les avaient touchées plus tôt que prévu et le choc ressenti dans leurs corps devenait plus violents. Elles échangèrent alors un regard angoissé. Le décompte commençait. Elles le savaient.

Réserve Navajo : Plus tôt dans la journée

Samedi : 11h.28 A.M.

Paul, Sarah et Keven arrivèrent à la réserve Indienne vers 11 heure et demi. Des enfants jouaient à l'orée des bois, un sourire épanoui sur leur visage basané. Un parfum de pins et d'épinettes embaumait un air sain et pur. Le village respirait la simplicité, le calme et l'harmonie. Des hommes et des femmes travaillaient sur leur terrain en discutant amicalement.

Les trois amis se stationnèrent devant une petite maison en bois rond. Ils n'étaient pas si tôt descendus de leurs véhicules que deux petites filles blondes surgirent de la maisonnette et coururent comme des flèches vers eux.

- Papa! cria Vickie folle de joie.

Elle sauta dans les bras de son père avec force.

Heureux de retrouver sa petite fille, Paul la souleva à la hauteur de son visage, savourant le moment unique où les bras de son enfant entourèrent son cou comme une douce caresse. Vickie se blottit affectueusement contre son torse et lui fit un câlin.

Ému, Paul la serra sur son cœur. Elle lui avait tant manqué.

- Mon petit poussin, s'écria-t-il en lui ébouriffant les cheveux. C'est si bon de te revoir enfin. Dis-moi? Tu as passé du bon temps avec tante Ellie?

- Oh oui, papa, répondit Vickie toute guillerette, les yeux pétillants d'enthousiaste. Tante Ellie nous a amené, Kim et moi faire du camping. Et tu sais quoi? Elle nous a enseigné des tas de trucs. On a cueilli des champignons sauvages qui sont comest… En tous les cas, c'est un grand mot qui veut dire que l'on peut les manger sans problème.

Paul sourit tendrement à sa fille avant de corriger cette petite faute de syntaxe.

- Est-ce que ce grand mot ne serait pas « comestible » par hasard, mon poussin?

- Oui. C'est en plein ce grand mot là, papa, fit Vickie en écarquillant les yeux et en jetant un coup d'œil autour d'elle pour ensuite revenir vers son père. Tu sais, papa… continua-t-elle sur le ton de la confidence, Sindy est venue me voir toutes les nuits dans mes rêves. Et chaque fois, elle a pris le temps de me bercer, de me chanter des chansons et m'a raconté de belles histoires, mais j'ai quand même hâte de la revoir parce qu'elle me manque beaucoup.

- Je sais, mon petit cœur, approuva Paul en caressant les cheveux blonds de sa fille. Puis, songeant soudain à l'amulette que Sindy lui avait demandé de remettre à Vickie, il la sortit de son sac de voyage et lui montra l'étrange bijou. « Sindy m'a demandé de te donner ce collier afin qu'il te protège et elle t'a écrit ce mot, ma chérie ».

Il s'assit sur la galerie de la maisonnette, prit Vickie dans ses bras et l'installa doucement sur ses genoux. Puis, sans perdre de temps, il lui attacha l'amulette autour du cou et lui tendit l'enveloppe. Le cœur battant d'émotion, Vickie s'empressa de l'ouvrir et de la lire. Elle était émue. Sindy lui avait écrit une lettre à elle toute seule, comme à une grande!

« - Ma chérie", lut Vickie à haute voix.

"Je te remets cette amulette afin qu'elle te protège toujours des méchants. Quand j'avais ton âge, ma grand-mère m'a offert ce précieux collier pour la même raison que je te l'offre aujourd'hui, parce que j'estime que tu es assez grande pour le porter. Garde-le toujours sur toi. De cette façon, nous demeurerons toujours l'une prés de l'autre et tu sentiras à quel point je t'aime.

Avant le coucher du soleil, tante Ellie, accompagnée de quelques membres importants de son peuple auront pour mission de vous conduire toi, Kim et Rex à la montagne de l'Aigle. Ne t'inquiète pas, ma puce. Je continuerai de te visiter dans tes rêves comme nous savons si bien le faire.

De plus, sache que je ne te remercierai jamais assez de m'avoir choisie comme mère car désormais tu es ma fille et personne ne peut nous enlever ce bien précieux. Continue d'être forte. Et bientôt, je te promets que nous serons tous réunis. Avec tout mon amour, je t'embrasse et te câline."

Ta nouvelle maman qui t'aime.

Sindy XXX

Touchée, Vickie replia lentement sa lettre. Des larmes brillaient dans ses magnifiques yeux clairs puisque pour elle, Sindy représentait à la fois une mère et une grande sœur. L'enfant resta silencieuse durant quelques secondes. Elle aurait tant aimé que Sindy et son papa l'accompagna à la montagne de l'Aigle. Mais Sindy était sa «gardienne». Et sa mission consistait à combattre les méchants qui lui voulaient du mal. Victoria le savait, mais cela ne l'empêchait guère de souhaiter la présence de sa mère de cœur.

La petite fille soupira.

« - Sois courageuse, mon trésor », entendit-elle soudain dans son esprit. Je suis tout près de toi et je t'aime »

Aussitôt, Victoria reconnut la voix de Sindy et une grande paix remplit son cœur. Elle s'y abandonna et déclara tranquillement :

- Papa, j'aimerais écrire un mot à Sindy. Est-ce que je pourrais le faire tout de suite?

Paul sourit. Il reconnaissait bien là sa fille. Une fois qu'elle avait pris une décision, pas question de perdre du temps. « Tel père, telle fille! » les taquinaient souvent Sindy en rigolant. Un frisson de plaisir le parcourut en songeant à sa bien-aimée. Mais conscient qu'il avait d'autres chats à fouetter, il s'efforça de sortir de sa rêverie et répondit dans un souffle :

- Rien de plus facile, mon cœur, fit-il en prenant doucement Vickie par la main. Nous allons régler ça subito presto. D'accord?

Vickie éclata de rire car elle savait bien que son papa avait employé cette expression « subito presto » exprès pour la faire rigoler.

Tenant toujours Vickie par la main, le père et la fille se dirigèrent vers la fourgonnette stationnée près de la maison d'Ellie et ils saluèrent Keven, Sarah et Kim qui pique-niquait en famille un peu plus loin, à l'orée d'un petit sous-bois. Posé sur la banquette arrière, traînait un ordinateur portable. Aussitôt, Paul se pencha et s'en empara tout en lançant un clin d'œil espiègle à sa fille.

- Avec ça, mon trésor, déclara-t-il en calant l'objet sous son bras, tu pourras écrire un courriel à Sindy dès que tu seras prête. Ça te va?

- Oh oui, papa! J'aimerais bien! s'écria la petite fille toute excitée.

- Maintenant, rejoignons tante Ellie, ma puce. Et pendant que tu écriras à Sindy, tante Ellie et moi discuterons.

- Entendu, papa. Je te promets d'être sage pendant que vous jaserez entre grandes personnes.

Paul éclata de rire en ébouriffant les cheveux de sa fille et d'un pas vif, ils retournèrent vers la maisonnette en bois rond d'Ellie tout en contemplant la beauté du paysage.

Un large sourire éclaira le visage bronzé d'Ellie quand elle vit le père et l'enfant revenir main dans la main. Elle étouffa un petit rire, se doutant depuis longtemps que Paul souhaiterait lui parler. La chaman adorait aider ces âmes sœurs en contribuant à leur éveil. Pour elle, c'était plus qu'une simple mission, c'était un privilège. Sereine, Ellie laissa Paul installer Vickie dans un petit coin tranquille. Ensuite, il ouvrit l'ordinateur et s'assura que la fillette était assise confortablement pour écrire.

- Tu es bien, mon poussin?

- Oh oui, papa! Merci.

- Alors, je te laisse écrire ton mémo à Sindy. Je suis certain qu'elle sera très contente. Pendant ce temps, mon cœur, je vais parler avec tante Ellie. Nous ne sommes pas loin si tu as besoin de nous.

- D'accord, papa.

Réclamant un câlin, Vickie tendit ses bras vers son père qui se pencha pour être à sa hauteur. La fillette noua alors ses bras autour de son cou et l'embrassa, effleurant sa joue tel un papillon « flirtant » avec une fleur. Attendri, Paul pressa sa petite fille contre lui et la câlina.

- Je t'aime très fort, ma puce.

- Moi aussi je t'aime très fort, papa.

Une fois de plus, Paul ébouriffa les longs cheveux de sa fille en lui souriant et prit congé. Maintenant, il estimait qu'il était temps de parler avec Ellie. Elle l'attendait. Le voyant s'approcher, Ellie le guida au salon et l'invita à s'asseoir sur le sofa, à ses côtés. Puis, avec grâce, la grande dame lui versa un verre d'eau et se cala confortablement sur le divan, un éclat amusé dans le regard.

- Allez, Paul! Videz votre sac. Je vous écoute, lui lança-t-elle sans préambule.

Sur cette invitation, le papa de Vickie inspira profondément avant de se jeter à l'eau et raconta tout à Ellie depuis l'arrivée de Mulder et Scully à Los Angeles. Il lui parla des meurtres d'enfants ainsi que de la mort inexpliquée des trois fillettes au cours de la semaine. De même, il l'informa des attaques étranges que subissaient Sindy, Dana, Sarah et certaines femmes du quartier et énuméra tous les phénomènes paranormaux dont leur groupe avait été témoin depuis le début de l'enquête menée par ses amis. Ensuite, la gorge de plus en plus sèche, il décrivit le comportement bizarre de Cathy Davis qui semblait vouloir leur communiquer quelque chose que leur bande n'arrivait toujours pas à saisir. Et pour conclure, il parla des cauchemars de Sindy.

Profondément attentive, Ellie haussa les sourcils d'un air inquiet. Jamais, elle n'avait sous-estimé les cauchemars de sa jeune élève. Silencieuse, elle continua d'écouter Paul qui terminait de lui raconter le rêve qu'il avait fait la nuit précédente. Mal à l'aise, il expliqua son impression de ne faire qu'un avec le pharaon éperdument amoureux d'une jeune prêtresse et décrivit sa profonde souffrance devant leur amour interdit.

- Et ce matin, Ellie, confia-t-il lentement, Sindy et moi ressentions une force incontrôlable nous pousser l'un vers l'autre comme si nous étions attirés dans un immense vortex. J'ignore pourquoi, mais une tristesse déchirante nous affligeait comme si nous étions certains de ne plus nous revoir et savions que le temps des adieux venait cruellement nous arracher l'un à l'autre.

La gorge nouée de chagrin, Paul soupira à ce souvenir.

« Le plus fou, Ellie, c'est que je crains vraiment de la perdre. Et j'ai aussi peur pour ma fille. De plus, j'ai l'impression bizarre que cette force d'attraction que Sindy et moi avons ressenti ce matin juste avant mon départ affecte également Fox et Dana. Autre fait étrange… Au moment où je m'apprêtais à partir, j'ai eu la sensation qu'une aura d'électricité les enveloppait tout comme Sindy et moi. »

Il hésita, surpris de ce qu'il s'apprêtait à dire pour finalement plonger.

« Écoutez, Ellie… Croyez-vous que… que nous puissions être possédés? »

La chaman réfléchit une minute, puis lança un regard perçant vers Paul.

- Dans votre cas à tous les quatre, expliqua-t-elle gravement, je ne pense pas que cela soit de la possession. Mais si vous voulez vraiment aller au fond des choses, Paul, il faudrait peut-être que vous, Sindy et vos amis tentiez une régression dans vos vies antérieures pour connaître le fin mot de l'histoire. Vos âmes essaient probablement de vous envoyer des signaux importants au travers vos songes. De les décrypter vous permettrait de débloquer des énergies vitales qui vous aideraient à faire avancer votre enquête actuelle. Vous savez, le temps et l'espace ne confinent pas l'âme pendant notre sommeil. C'est pourquoi, certaines personnes font des rêves prémonitoires, surtout des gens qui, comme Sindy et Vickie, ont la faculté de voyager consciemment hors de leurs corps.

Pensif, Paul fronça légèrement les sourcils avant de rétorquer gravement :

- Excusez-moi, Ellie. Je fais confiance à votre savoir puisque vous entraînez Sindy depuis longtemps. Néanmoins, j'éprouve certaines craintes…

Il hésita. Mais encourageante, Ellie lui fit signe de continuer. Rassuré, Paul hocha la tête et poursuivit.

« Pour être franc, je tiens à préciser que je refuse de prendre le risque que l'on nous mettre en tête, à mes amis et moi, des idées qui nous affaibliront. Il y a une multitude de phénomènes paranormaux qui se produisent présentement et j'ai le sentiment que nous devons éviter de nous disperser ».

- En effet, Paul. Ce que vous dites est très sage, approuva Ellie. Elle le dévisagea avec compréhension de ses magnifiques yeux violets. « Mais si nous en revenions à la force de votre désir… Est-ce possible que vous redoutiez de faire l'amour avec Sindy parce que vous avez peur de réaliser que vous n'étiez pas tout à fait vous-même à ce moment là?

Paul tressaillit devant la perspicacité d'Ellie.

La grande dame venait de formuler de manière frappante ce qu'il n'osait s'avouer depuis la nuit dernière. Issue d'un passé lointain, il appréhendait la force primitive qui risquait de lui faire perdre le contrôle alors que la femme qu'il aimait subissait toujours ces attaques mystérieuses. De plus, il sentait qu'actuellement, il était préférable d'éviter de succomber à son désir. Une intime conviction lui soufflait que cela pouvait être dangereux pour Sindy, Dana ainsi qu'aux autres femmes atteintes de ce mal étrange, d'avoir des rapports sexuels en ce moment.

- C'est exactement cela, Ellie, affirma le jeune homme avec vigueur. Je refuse d'être l'instrument de qui ou de quoi que ce soit, qu'importe l'époque.

Ellie lui sourit avec douceur.

- Alors, mon cher ami… Puisqu'il en est ainsi, je tiens à ce que vous sachiez ceci: l'Univers vous offre toujours la liberté de choisir. Mais vous devez faire confiance à son infinie sagesse ainsi qu'à vos rêves. Et je vous garantie que bientôt Sindy sera en mesure de confronter ses souvenirs issus d'une autre vie. Et cela libérera son âme d'un grand poids. D'ailleurs, vous aussi en bénéficierai. N'êtes vous pas des âmes sœurs?

Paul hocha la tête, un demi sourire aux lèvres.

- Bien entendu, Ellie. Et je vous remercie pour votre dévouement.

Les yeux toujours aussi pétillants d'humour, Ellie prit amicalement Paul et le serra dans ses bras.

- Il n'y a pas de quoi, Paul. D'ailleurs, c'est un immense privilège pour moi de vous accompagner dans cette grande aventure. Et je vous promets que…

La chaman n'eut jamais le temps de terminer sa phrase puisque soudain un cri de terreur l'interrompit brutalement.

Aussitôt, Paul et Ellie se levèrent. Et d'un même mouvement, ils coururent en direction du cri.

- Mon Dieu! Vickie! s'écria Paul terrifié.

Le visage aussi pâle que de la craie, il se précipita vers sa fille pour la prendre dans ses bras. Affolée, la fillette venait de bondir de son siège et se reculait contre le mur. Son ordinateur était toujours ouvert mais l'écran était vide.

- La sorcière! hurla Vickie folle de terreur. La sorcière, papa! Elle est revenue et elle veut me faire du mal!

Sanglotant à fendre l'âme, la fillette cacha son visage dans ses mains tremblantes essayant en vain d'effacer ce qu'elle venait de voir.

Alors qu'elle écrivait tranquillement à Sindy, la sorcière noire s'était soudain manifestée et était sortie de son ordinateur. L'entité avait tenté de la capturer. Mais aussitôt, Vickie avait compris que « la méchante sorcière » voulait la ramener dans cet affreux manoir pour l'enfermer dans un cachot avec l'énorme serpent afin de lui faire subir la souffrance de ceux qui hurlaient. Vickie le lisait clairement dans l'esprit perfide de cette sorcière immonde qui n'avait rien à voir avec les contes de fées.

En constatant avec horreur qu'une entité malfaisante menaçait la chair de sa chair, Paul courut vers l'ordinateur et le ferma brutalement de son poing. Sous le choc, ses jointures devinrent aussi blanche que de la cire. Il ne se soucia pas de la douleur qui lui engourdissait les mains et marcha à grandes enjambées vers Vickie qui pleurait. De ses bras puissants, il la souleva et la pressa très fort contre lui pour la rassurer. Dès qu'elle ressentit son contact, la petite fille s'agrippa à lui, refusant de le lâcher.

De son côté, Ellie qui s'apprêtait à rejoindre le père et l'enfant pour les aider s'immobilisa brusquement, son regard devint vague et tout à coup, elle tomba en transe.

À plusieurs kilomètres de la réserve Navajo, Sindy qui prélevait ses messages électroniques se figea soudain comme une statut de sel. « La sorcière noire était revenue et menaçait Vickie! »

Plongeant aussitôt en elle-même, la jeune apprentie se concentra et lança mentalement :

- " Ellie! Je vous en prie. Partez immédiatement avec Vickie et Kim et conduisez-les à la Montagne de l'Aigle. Je vous en conjure! Faites vite! Mes amis vous accompagneront."

Maintenant prête au combat, Sindy contacta Dana et Mulder par ondes télépathiques afin qu'ils se connectent psychiquement à elle et unissent leurs forces. Dès que cette importante tâche fut accomplie, la jeune fille se retourna et fit face à la sorcière noire qui l'attendait avec sa hache en forme de croissant de lune.

À suivre…

« Que croyez-vous qu'il va se produire maintenant? Désirez-vous savoir la suite?… Un petit commentaire fait toujours très plaisir… Au plaisir de vous lire très bientôt!

France