21. Textos et larmes
Annabeth ne se souvenait jamais de ses rêves, et ça ne la dérangeait pas vraiment. Elle aimait se réveiller simplement et, encore sous les draps, presser son dos contre le matelas et étirer les orteils jusqu'à ce que les derniers restes d'inconscience disparaissent. Elle roula sur le côté, entera son visage dans l'oreiller, respira dans celui-ci et ouvrit brusquement les yeux.
Elle connaissait cette odeur; le chlore, l'Old Spice, la bave séchée.
Ça sentait comme…
Percy.
Avec un petit hurlement, Annabeth roula hors du lit et tomba au sol. Elle se libéra des draps de Percy et se leva précipitamment. Son coeur battait à la chamade dans sa poitrine. Elle ne voyait Percy nulle-part, mais elle avait été dans son lit. Bien sûr qu'il s'était rendu compte! Il n'était pas si aveugle. Comment avait-il réagit? Et où était-il, de toutes façons?
Annabeth se dirigea vers son bureau et arracha son portable de la pile de livres sur laquelle il était. Elle ouvrit une conversation avec Piper et écrit furieusement: "Je viens de me réveiller dans le lit de Percy."
Ne recevant aucune réponse immédiate, Annabeth pressa sa main contre son front et essaya de se souvenir de comment elle était arrivée là. Elle se rappelait s'être levée dans la nuit, être allée aux toilettes, être retournée au lit… mais elle avait dû se tromper de lit! Ses pensées se compressaient dans sa cervelle comme dans un trou noir, incroyablement lourds et fatigants, l'emmenant dans un endroit qu'elle doutait pouvoir échapper.
Son téléphone sonna et elle lut la réponse de Piper.
"YAAAAAAAY ^-^"
Annabeth était trop impatiente pour continuer à écrire, donc elle appela Piper. Celle-ci répondit immédiatement.
- Yay! chanta-t-elle une nouvelle fois et Annabeth se mit à faire les cents pas. Je savais que vous alliez finir ensemble à un moment ou à un autre, tous les deux.
- Pas yay, Piper. Ce n'est pas un moment de yay.
Annabeth lui expliqua ce qu'il s'était passé, que tout n'était qu'un grand malentendu.
- Tu vois? Même ton sous-conscient veut être avec lui.
- Mais je peux pas!
- Pourquoi pas? Tu es, à l'évidence, amoureuse du mec.
- Je ne suis pas amoureuse, c'est juste… j'aime ses qualités.
- Je connais l'amour, Annabeth. Tu es amoureuse.
Annabeth pivota sur son talon et se dirigea vers le mur opposé. Au fond d'elle, elle savait que Piper avait raison. Chaque fois qu'elle voyait Percy, même quand il ne faisait absolument rien, elle sentait son cœur gonfler. Mais ses sentiments pour Percy pouvaient mettre en péril sa présence dans cette école. Pourquoi son cœur stupide devait-il faire barrage à son future?
- Donc pourquoi tu lui dis pas? demanda Piper. Ce serait un problème en moins.
- Ce n'est pas si facile.
- Rien n'est facile au début. Juste, fais-le! Très vite, comme pour enlever un pansement.
Piper sentit l'hésitation d'Annabeth et continua:
- Tu sais que tu m'as encore comme amie, et Jason aussi. Et on va te soutenir, peu importe ce qu'il arrive. Sérieusement, qu'est-ce qui peut arriver de pire?
- Il pourrait me haïr, dit Annabeth.
Elle ne put empêcher sa voix de se briser. Est-elle vraiment si bouleversée par un résultat hypothétique? Peut-être tenait-elle vraiment énormément à Percy…
- Il ne va pas te détester. Au pire, il sera… en shock.
Annabeth eut un rire sec.
- C'est un grand euphémisme.
- Qu'est-ce qui est pire? Lui mentir à tout jamais, ou lui dire la vérité?
- Lui dire la vérité.
Piper soupira.
- Tu sais, tout serait tellement plus simple si vous vous parliez ouvertement. Je connais Percy. Toi aussi. Il n'est pas le genre de mec tu as peur qu'il soit.
- D'accord… dit Annabeth, sentant un sermon arriver.
- Tu te rends malade à cause de ça.
- Non, hier soir j'étais enrhumée, ou quelque chose comme ça.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire. Tu te stresses trop. Détends-toi. Respire.
- Toi aussi tu stresserai si ta vie en dépendait.
- Ta vie n'en dépends pas.
- C'est facile à dire, pour toi. Tu n'es pas celle qui risque la prison si je suis découverte.
- On m'a dit que la prison de femmes était assez drôle.
- Piper, Orange is the new black c'est de la fiction.
Elle pouvait presque entendre Piper sourire de l'autre côté de la ligne.
- Lamentablement.
- Je vais raccrocher, dit Annabeth, esquissant un sourire à son tour.
- Sérieusement, dit Piper. Je crois que tu devrais lui dire, mais c'est toi qui décide.
Annabeth se tut. Elle savait que Piper avait raison. Cette mascarade la détruisait. Peut-être Percy la détesterait-il moins si elle lui disait plus tôt? Mais alors tout serait fini, elle allait devoir rentrer chez elle et confronter son père et probablement un juge, et redevenir Annabeth Chase, la personne que Percy détestait.
- Percy t'aimes bien, ça c'est sûr, dit Piper.
- Percy aime Andy.
- Et tu ne crois pas qu'il aimerait qu'Andy soit honnête avec lui? Parce qu'il tient à lui? Parce qu'il est important pour lui?
Annabeth ne voulait pas répondre, parce que ça signifierai dire à Piper qu'elle avait touché un nerf sensible, la dérangeant un peu plus à chaque fois. Elle regarda le réveil posé près du lit de Percy et réalisa qu'elle avait un peu plus de cinq minutes pour aller en cours.
- Je dois partir. Je vais être en retard, dit-elle.
C'était une excuse parfaite pour terminer cette conversation.
- D'accord, vas-y. Mais je veux que tu sache que je suis là pour toi.
- Merci, Piper. Vraiment.
- Bien sûr. Je suis de ton côté, peu importe les circonstances.
Annabeth rit.
- Bonne chance!
Avec ça, Piper raccrocha.
Annabeth arriva en trombe en cours de Mythologie avec trente-quatre secondes de retard. La salle était silencieuse, à l'exception du bruit des crayons contre le papier. Décoiffée et haletante, elle aplatit ses boucles contre son crâne puis passa en face du bureau de Chiron, qui leva les yeux en souriant.
- Quelle chance que tu es pu nous rejoindre. Juste à temps pour un contrôle surprise.
Il lui tendit une feuille de papier remplie de questions et lui offrit un encouragement de la tête. Annabeth s'excusa faiblement et se faufila vers le fond de la classe, où son bureau vide l'attendait.
Percy, assis à sa place habituelle dernière elle, la tête penchée sur son quiz, leva les yeux et son visage s'éclaira en la voyant.
L'estomac d'Annabeth se noua, mais d'une manière positive. Une manière que la fit sourire bêtement.
Elle assit, mit son sac à dos sous son bureau, et sortit un crayon. Elle regarda les questions, essayant de se concentrer, quand elle sentit un tapotement sur son épaule.
- Tes joues ont repris de la couleur, murmura Percy près de son oreille.
Annabeth avala fortement. C'était comme si son estomac entier était remonté dans sa gorge. Elle garda le regard fixé droit devant elle, ne sachant pas si elle pourrait croiser son regard.
- Euh, à propos de ce matin… murmura-t-elle.
- Il n'y a aucun problème. Tu étais complètement K.O.
- Je suis désolé.
- Ne t'excuse pas. Je suis content que tu te sentes bien. Tu as l'air beau…. euh, mieux.
Les joues d'Annabeth commencèrent à lui faire mal alors qu'elle souriait et essayait de combattre la chaleur dans son cou. Quand elle arriva en fin à réunir le courage de le remercier, elle le trouva rouge et fixant son contrôle.
Le personage de Percy mourut horriblement avec un cri à glacer le sang, et le jeu vidéo lui dit qu'il avait raté le niveau pour la seizième fois. Prenant son temps avant de recommencer, Percy se pencha en avant depuis son pouf et attrapa un autre biscuit du tupperware posé à ses pieds. Il le plaçant entre ses dents juste avant de recommencer les manœuvres de son personage dans la map. Normalement, à cette heure-ci, il était en train de faire des longueurs avec ses équipiers, mais il s'ajustait bien à la vie civile. Ça faisait des mois qu'il voulait jouer à ce jeu, et ce n'était que maintenant qu'il pouvait le faire. Mais il était terriblement nul.
La porte s'ouvrit derrière lui et Percy se tordit le cou pour regarder. Andy entra et le coeur de Percy rata un battement.
- Salut, dit-il, biscuit encore entre les dents, donc disant plus "unh".
- Salut, répondit Andy.
Il aimait voir Andy en forme et souriant. Alors que Percy retournait à son jeu, Andy se dirigea vers son bureau et posa ses affaires sur la chaise.
- Tu en veux? demanda Percy, avalant son biscuit rapidement.
Il tendit le tupperware.
- Ma mère m'a envoyé un colis surprise. Faits-maison.
Rien n'était meilleur qu'un petit bout de maison. Percy avait était tenté de tout manger tout seul, en incluant les muffins à la banane et les caramels; tous bleus, comme d'habitude, mais Andy devait vraiment gouter.
- C'est très gentil de sa part de faire ça, dit-il en prenant un biscuit.
Il mordit le biscuit et ses sourcils disparurent sous ses cheveux.
- Tu aimes? demanda Percy, connaissant la réponse.
- C'est incroyable!
Andy finit le biscuit en deux bouchées.
- Ma mère est la meilleure, dit-il, offrant le tupperware à nouveau.
Andy en prit en deuxième, mais Percy remarqua que le sourire d'Andy rétrécit légèrement, comme s'il avait eu une pensée désagréable. Andy portait ses émotions comme des t-shirts. C'était évident qu'Andy n'avait pas reçu de colis surprise depuis qu'il était arrivé à Bolt, mais Percy ne voulait pas en faire tout un plat. Sa mère pouvait faire le double de friandises pour compenser.
- Dis-lui que je suis d'accord avec toi, dit Andy, hochant la tête en mangeant un autre biscuit.
Percy sourit.
- Pourquoi es-tu arrivé tard, en fait?
- Cours de soutient.
Percy sentit un pincement de jalousie, même s'il ne faisait que blaguer:
- Je croyais être ton seul padawan.
- Tu veux que je te donne des cours de physique quantique?
- Si ce n'est pas le truc avec Scott Bakula, je passe.
- Quoi?
- Code Quantum. C'est une série…? (Voyant l'expression ébahie d'Andy, c'était tombé à l'eau.) Oublie.
Andy ricana et étira les bras vers le plafond.
- Bon, Jake Mason voulait réviser. C'est le moins que je pouvais faire.
Percy reconnaissait le nom, mais il ne croyait pas avoir eu une seule classe avec le gars.
- Que dirais-tu de faire une pause de révisions et de jouer une partie avec moi?
Il lui tendit une deuxième manette.
- Non, merci. Je dois me préparer pour AAAAAAAHHHHHHH!
Percy bondit et se leva précipitamment. Andy leva les genoux et sautilla vers Percy, s'agrippant à lui, montant presque sur ses épaules, entourant son visage des mains, l'empêchant de voir.
- Andy, qu'est-ce…
- BORDEL DE MERDE! BORDEL DE MERDE! BORDEL DE MERDE!
- Andy…
Percy essaya de retirer les mains d'Andy de ses yeux, mais il serait vraiment fort.
Ils trébuchèrent ensemble, alors que Percy essayait de balancer Andy sur son dos.
- Andy, lâche!
Il le lâcha, mais juste pour passer son avant-bras devant la gorge de Percy et enrouler ses jambes autour de sa ceinture afin d'être aussi haut que possible.
- Mec! s'indigna Percy, étouffé.
- TUE-LE! TUE-LE! hurla Andy.
C'est à ce moment que Percy vit la tarentule sortant de dessous du bureau d'Andy.
- He! Arachne! (Percy eut un haut-le-coeur.) Je crois que tu lui plais.
Andy n'avait pas l'air d'aimer l'idée. Ses yeux étaient grands ouverts, aussi ronds que les biscuits de sa mère. Percy pouvait sentir les battements du coeur d'Andy contre lui. Il était en panique totale.
- Tu m'étrangle, siffla Percy, respirant difficilement.
Andy desserra sa prise, et Percy marcha vers l'échelle des lits superposés, y déposant Andy. Andy se précipita vers son matelas et s'agrippa au bord comme s'il était sur un tapis magique prêt à l'emmener loin de là.
Percy se concentra sur Arachne, faisant lentement son chemin vers la porte, comme si elle voulait retourner dans la chambre de Nico. Trop d'aventure pour une si petite chose.
Percy sortit son portable de ses joggings. Il appela Nico et attendit. Quand il répondit, Percy ne perdit pas de temps.
- Hé Nico, Arachne est ici.
- Ta chambre?
- Ouais, elle était sous le bureau d'Andy.
- Comment est-elle arrivée là?
- Pas sûr. Elle voulait peut-être s'étirer les pattes. Elle en a huit, tu sais…
- Elle est blessée?
- Non, elle va bien. Tu veux que je la prenne et te l'appor…
- NON!
Percy sépara le téléphone de son oreille quand Nico hurla.
- J'arrive dans quinze minutes. Je suis à l'autre bout du campus.
- Parfait.
- C'est quoi ce bruit?
- Um?
Ce n'est qu'à ce moment que Percy réalisa qu'Andy était en hyperventilation. Il était caché sous ses draps, seul son visage à découvert, et avait une respiration saccadée qui rendait son visage rouge.
- C'est Andy? demanda Nico.
- Ouais.
- Il va bien?
- Euh… Qu'est-ce que tu entends par bien?
- Dis-lui que je suis vraiment désolé. J'aurais du le prévenir. Je ne savais pas qu'il avait peur des araignées.
- Moi nonplus. (Percy mit son portable contre son épaule et se tourna vers Andy.) Nico dit qu'il est désolé pour Arachne.
Andy se contenta de le regarder, les yeux brillants.
Percy reprit son portable.
- Andy dit que c'est pas grave.
Il ne voulait pas que Nico se sente coupable. Ce n'était pas comme s'il l'avait fait exprès.
- Garde Arachne en sécurité jusqu'à ce que j'arrive, d'accord?
- Bien sûr.
Percy raccrocha. Il prit le tupperware, mit le reste des biscuit dans sa main, et plaça le pot au dessus d'Arachne. Mais quand l'araignée bougea, sa cage improvisée bougea également. Il glissa vers la porte, ce qui fit gémir Andy comme un chiot blessé.
Réfléchissant vite, Percy plaça sa manette sur le pot pour y mettre du poids. Le tupperware était trop lourd pour bouger.
- C'est mieux? demanda-t-il.
Andy ne dit rien, il hocha juste la tête.
- Pas vraiment une personne à araignées? demanda-t-il, un sourire apparaissant sur ses lèvres.
Andy n'eut pas l'air de trouver ça amusant, donc le sourire de Percy disparu rapidement. Il monta à l'échelle et, à mi-chemin, se suspendu d'une seule main à la manière d'un marin sur un mat.
- C'est juste une araignée. C'est pas comme si c'était un… un… Qu'est-ce qui est pire qu'une araignée, selon toi?
- Rien. Littéralement rien. À part l'échec.
- L'échec n'est pas vraiment une chose. (Après une pause, il continua.) Tu sais ce que je veux dire.
- Ouais, mais l'échec ne te saute pas au visage pour t'arracher les yeux.
- C'est si grave que ça?
Andy hocha la tête.
- Je sais que c'est débile, mais le grand frère d'un ami m'a dit que les tarentules pondent leurs oeufs au bout des bananes et depuis je dois couper les deux extrémités.
- Ou tu pourrait ne pas manger de bananes.
- Potassium. C'est bon pour la santé.
- Ouais, mais elle sont dégoutantes.
- C'est pas vrai.
- Si! Le bruit qu'elles font quand tu les mâches? Je veux dire, c'est quoi leur problème? Et pourquoi c'est tout mou avant que je le mette dans ma bouche?
- C'est ce qu'elle a dit.
Percy retrouva le sourire. C'était l'Andy qu'il connaissait et… ouais.
- Je me suis piégé tout seul, avec celle-là, non?
Andy sourit également. Il retira le drap de sa tête, et inspira profondément. Il se tranquillisait.
- Désolé si j'ai paniqué tout à l'heure. Merci d'avoir gardé la tête froide.
- Pas besoin de me remercier. Tupperware à la rescousse. Maintenant ce n'est qu'une excuse pour manger tous ces biscuits tout de suite.
Percy s'assit sur le bord du lit d'Andy, gardant les pieds sur l'échelle, et tendit un biscuit à Andy.
- De toute façon, on a tous peur de quelque chose.
- Pas à ce point.
- J'ai peur des avions… et de faire du vélo.
Il ne l'avait jamais dit à personne. C'était un peu ridicule de l'admettre. Mais comme ça chacun aurait sa part de ridicule: Andy avait peur de manger le bout des bananes, et Percy avait peur d'un moyen de transport qu'un élève de maternelle maitrisait parfaitement. Le rose lui monta facilement aux joues.
- Tu es sérieux? Tes parents ne t'ont jamais appris?
- J'ai grandit à New York. J'en avais pas vraiment besoin. Et ma mère travaillait tout le temps.
- Elle est pâtissière?
- No. Elle travaille à Sweet of America. C'est un magasin de bonbons.
- Oh cool. Elle est vraiment douée. Dis-lui qu'elle devrait écrire un livre de recettes.
Percy hocha la tête.
- C'est ce que je lui dis depuis des années. Mais, euh, mon beau-père Gabe n'est pas vraiment d'accord. Il pense que c'est une perte de temps.
Andy se tut et prit un autre biscuit, comme pour contredire Gabe.
- Je crois que ça ne devrait pas l'arrêter. C'est pas lui qui écrit le lire, non?
- Bel argument. Mais Gabe peut être très… persuasif.
Il se frotta le poignet au souvenir d'une nuit où Gabe avait vraiment voulu avoir raison et avait envoyé Percy aux urgences pour y arriver.
- J'ai l'impression que c'est un con, dit Andy.
S'il savait.
Percy sourit même si c'était assez difficile de le faire.
- C'est aussi un peu pour ça que je ne bois pas.
- Oh, mince.
Andy commençait à comprendre. La vie chez Percy n'était pas vraiment idéale, pas quand un alcoolique abusif y vivait. Percy avait juré, cette nuit-là aux urgences, qu'il ne boirait pas; tout pour ne pas devenir Gabe.
Percy n'y avait pas pensé jusqu'à maintenant, mais si Gabe arrivait à découvrir que Percy était attiré par Andy, il lui ferait sûrement quelque chose de pire que l'envoyer aux urgences. Il frissonna en y pensant. Juste quand Percy se sentait bien, Gabe devait tout ruiner en étant à 1000 km de lui.
Percy secoua la tête.
- Mais bon. Gabe est un connard.
Il voulait changer le sujet, parler de quelque chose de mieux.
- Et toi? Tes parents?
- Mon père est professeur à l'Université de Los Angeles.
- Ah ouais? Quel genre?
- Histoire.
- Donc ça coule dans tes veines, l'intelligence, dit Percy, mordant un autre biscuit.
Andy rougit.
- Je suppose…
- Tu as des frères et soeurs?
- Non, que moi. Deux demi-frères, quand même.
- Vraiment? Je croyais que Leo m'avait dit quelque chose à propos d'une soeur jumelle assez canon…
Andy prit un moment, comme en apnée, et rit. Mais c'était un rire bizarre, comme s'il se forçait.
- Ah, ça? Non, non. Non, non, non. Non. Nop. Non, non. Non. Non. Non non, non. Nop. Non. Non. Ça, c'était, euh, juste Leo étant Leo.
Percy sourit.
- Je savais que Leo mentait.
- Donc, dit Andy en se raclant la gorge et levant un biscuit. Pourquoi bleu?
Percy sourit malicieusement.
- C'est comme une tradition à la maison.
- Ah oui, tu en avais parlé il y a un moment. Tu n'as jamais expliqué pourquoi, par contre.
Percy bougea, s'installa complètement sur le matelas d'Andy.
- Quand j'étais tout petit, j'ai perdu une course. Je n'ai même pas été classé. J'avais beaucoup travaillé cette année-là, donc j'étais vraiment déprimé. J'ai pleuré tout le chemin du retour. Pour me faire sentir mieux, ma mère a fait des gaufres bleues, car c'était mieux qu'un "ruban bleu et bête, de toutes façons." C'est notre truc, depuis.
- Apparement tu t'es amélioré, dit Andy en pointant son menton vers le 'mur de la victoire' de Percy.
Percy se retourna pour le voir. À chaque fois qu'il avait une course, sa mère était là, l'encourageant. Plusieurs de ses meilleurs souvenirs étaient lui sur le bloc de départ, sa mère agitant une banderole depuis les tribunes, l'encourageant à haute voix. Peut-être pour un autre enfant aurait-elle été une honte, mais elle était sa mère. Elle était tout ce qu'il avait. Mais maintenant il était en Californie, et elle était de l'autre côté du pays, toute seule avec ce monstre. La culpabilité remplit ses veines. Mais Percy n'était là que parce qu'un jour, il serait capable de la sortir de cet enfer.
- Ouais…
- Comment tu as commencé, en fait?
- Tu es très bavard, aujourd'hui. Qu'est-il arrivé à l'Andy de pierre présent la première semaine de ton arrivée?
- Tu me distrais. Je ne veux pas penser à… ce truc.
Andy pointa le tupperware du doigt, où on pouvait voir l'ombre de l'araignée.
Percy prit inspira profondément. Ils parlaient d'un sujet délicat, mais il ne voulait pas être méchant. C'était une question innocente, donc Percy allait donner une réponse innocente.
- Mmh, euh, ma mère m'a dit que je nageais avant de savoir marcher. Elle et mon vrai père m'emmenaient tout le temps à la plage, et je passais mon temps à patauger dans l'eau.
Il mima des petits bras de bébé, assez inutiles dans l'eau. Andy rit.
- Mais j'ai vraiment appris à nager quelques années plus tard. Ma mère m'a dit que j'ai apprit très vite en imitant mon père.
- Comment ce sont-ils connus? (Andy mordit dans un autre biscuit.)
- Hawaii. Mon père y était natif.
Andy émit un son, montrant son intérêt.
- New York est assez loin de Hawaii.
- Ouais. Il a déménagé ici avec nous juste après ma naissance. Il resta pendant un moment, mais, euh… Il ne fait plus vraiment partie du tableau.
- Oh, je suis désolé.
Andy mit ses mains sur ses cuisses. Percy ne pouvait pas regarder Andy dans les yeux, mais il savait ce qu'il y verrait — la sympathie, la tristesse — et il n'en voulait pas.
- On n'est pas obligés d'en parler, si tu ne veut pas.
- Non, c'est bon. Je me souviens plus trop de lui, de toutes façons.
Andy resta silencieux. Percy savait que la situation était devenue inconfortable. Il n'avait pas fait exprès. Son histoire était juste une liste d'événements.
- Ma mère nonplus n'est pas avec nous… Je veux dire, elle est vivante… mais je suis désolé, murmura Andy une nouvelle fois.
- Tu parles comme s'il était mort, dit Percy, essayant de garder un ton léger, arrivant même à se convaincre.
Andy fronça les sourcils.
- Mais tu parles de lui au passé…
- Ouais, euh, je sais pas vraiment où il est. Quand j'étais petit, une nuit, il est juste parti. Je ne m'en suis pas vraiment rendu compte au début. Mais pour mon huitième anniversaire, j'ai demandé mon père comme cadeau, et ce n'est que quand ma mère a sourit tristement et m'a dit "peut-être, petit" que j'ai compris qu'il ne reviendrait pas.
C'était comme du vomit. une fois qu'il commençait, il ne pouvait pas s'arrêter. Mais il gardait le sourire car il pouvait prétendre que ce n'était qu'une grande blague.
- Percy… dit Andy, tout bas.
- Il a probablement une autre famille, une qui le rend heureux. Et, je sais que c'est bête, mais j'ai cette stupide impression que si je gagne une médaille d'or aux JO, il va me reconnaître et il va abandonner cette famille et revenir me chercher, et qu'on sera tous ensemble comme avant. Donc je nage pour lui montrer à quel point il peut être fier de moi, parce qu'au fond de moi je pense que c'est peut-être de ma faute, et je dois le réparer.
- Percy, s'il te plait…
Le sourire de Percy se brisa. Se joues piquaient, et quand il y passa le dos de sa main, sa peau était chaude et mouillée. Mon Dieu, pensa-t-il, cachant furieusement ses yeux dans le creux de son coude. Reprends-toi mec.
Il savait qu'Andy ne le jugerait pas, et à la place il se jugeait lui-même. Andy devait penser qu'il était un gros bébé, pleurant en face de lui. Quel désastre. Il respira un bon coup, et se redressa pour regarder Andy. Il savait qu'il avait un air terrible juste en voyant Andy: les sourcils froncés, les lèvres serrées, la main sur le matelas entre eux comme s'il voulait le toucher mais s'en était empêché. Le coeur de Percy fit une pirouette.
- Tu vas bien? demanda Andy.
Percy avala, la gorge sèche, et dit:
- Ouais, ça va.
Andy sera le poing. Instinctivement, Percy voulait se pencher pour le prendre, il s'imaginait la sensation de ses doigts entremêlés à ceux d'Andy, mais Andy retira sa main et releva la couverture sur ses épaules, comme s'il avait froid.
Il ne restait plus grand chose à dire; pas après que Percy se soit ridiculisé. Il aurait rougit à cause d'Andy s'il n'avait pas déjà rougit par honte.
- Je sais que tu es important pour beaucoup de gens, et si un jour tu as besoin de quelque chose, tu n'as qu'à demander, dit Andy doucement.
- Je n'ai jamais dit ça à personne. Pas à ma mère, même pas à Grover ou Jason. Je, euh… merci. Pour me laisser parler.
- Pas de problème, dit Andy avec un petit sourire.
Percy le regarda dans les yeux et hocha la tête. Mais les lèvres d'Andy s'abaissèrent légèrement, ses yeux se furent distants. Il cligna des yeux plusieurs fois, baissa le regard, et soupira. Quelles qu'eussent été ses pensées, elles lui plombèrent le moral. Il tortilla la couverture avec ses doigts, mordillant sa lèvre.
- Percy, je…
Andy garda son souffle. Percy tourna la tête, curieux.
L'air était électrique, laissant Percy se pendre à la promesse d'un simple mot. Etait-ce maintenant? Etait-ce le moment où Andy avouait que Percy lui plaisait? L'incident du lit n'était pas un heureux accident. Ça ne pouvait pas l'être. Tout ce que Percy voulait entendre c'était que lui aussi plaisait à Andy.
- Écoute, je dois…
Mais la porte s'ouvrit brusquement, et Nico entra en trombe dans la chambre, l'air d'avoir couru depuis l'autre côté du campus, ce qu'il avait probablement fait.
Tout ce que Percy eut à faire fut pointer le pot au sol, et Nico laissa échapper un soupir de soulagement. Il leva le pot et roucoula:
- Te voilà! Tu m'as tellement manquée! J'étais tellement inquiet!
Andy enterra son visage dans la couverture en voyant l'araignée, mais Nico la berçait comme un chaton. En se retourna, Nico les regarda tous les deux et posa ses yeux sur Andy.
- Hum, merci de l'avoir retrouvée, Andy.
Celui-ci se contenta de grogner en guise de réponse, et le sourire réapparu sur le visage de Percy.
Puis Nico vu les yeux rouges de Percy:
- Tu vas bien?
- Ouais, ouais. Andy me racontait juste une très bonne blague.
Les yeux de Nico passèrent de Percy à la bosse qu'était Andy, puis retournèrent se poser sur Percy, avant qu'il ne parte.
- Elle n'est plus là? demanda Annabeth, la voix assourdie.
- Tu es en sécurité. Tes yeux inmangés.
Andy retira la couverture de sa tête, ses boucles en bataille sur sa tête, et soupira.
- Ce n'est pas drôle.
- C'est un peu drôle.
Les yeux gris d'Andy brillèrent, mais sans méchanceté. Un petit sourire apparu même au coin de sa bouche.
- Donc, qu'est-ce que tu disais avant?
Andy se dégagea des couvertures et mit une main sur son front. Il fit une pause avant de soupirer.
- Oh, rien. J'allais juste dire que je voulais, euh, prendre une douche.
- Oh, euh, ouais, bien sûr.
Percy descendit l'échelle, suivit par Andy.
Quand les pieds d'Andy touchèrent le sol, il se retourna et failli se cogner contre Percy, qui se dirigeait vers son propre lit. Ils se tenaient immobiles, face-à-face, sans vraiment savoir qui allait bouger le premier, bloqués. L'air se réchauffa, comme si Percy se bronzait sous un soleil d'été, et essaya de trouver quelque chose à dire, en vain.
- Je vais juste… dit Andy, en pinta du doigt.
- Ouais, tu devrais… dit Percy, s'écartant.
- Désolé.
- Non, c'est moi qui suis désolé.
- Non, moi.
- Ok, euh, amuse-toi, dit Percy
Wahou. Amuse-toi? Dans la douche? C'est quoi ton problème, Percy, quel blaireau.
Il s'affaissât sur son matelas, et essaya de ne pas fixer Andy prendre son pyjama et se diriger vers la salle de bain. Quand Andy regarda par dessus son épaule, Percy essaya de faire comme s'il n'avait pas été en train de le regarder, se leva et retourna s'assoir en face de son jeu vidéo abandonné. Il l'alluma et recommença à jouer, toujours très contient du fait qu'Andy était en mouvement permanent dans la pièce. Puis la porte de la salle de bain se ferma et Percy leva la tête, fixant le plafond et se demandant quand (si ça arrivait un jour) il pourrait tenir la main d'Andy pour de bon.
Bonjour tout le monde! Je m'excuse pour cette énorme attente (une nouvelle fois), mais la suite ne devrait pas tarder autant, vu que je suis enfin en vacances :D
edit: Je ne sais pas trop pourquoi ce chapitre a un format différent des autres... J'ai eu du mal à le publier, ça doit être un problème de serveur ou quelque chose comme ça (j'y connais rien)
Bonne nouvelle: l'écriture du prochain chapitre avance bien!
Réponse aux reviews:
LaLunatique: Merci! Je suis très contente que ça te plaise :)
Tytania: Ahh la question que tout le monde se pose: quand est-ce que Percy va découvrir la vraie identité d'Andy? Il est un peu tête en l'air, ça risque de tarder...
NYC17: Je dois dire que tu es très très perspicace! Nico, l'araignée... tu sembles tout deviner! ;)
yume-chan: Les fautes ne me dérangent pas du tout! (En plus ce serait hypocrite, vu que mes chapitres sont bourrés de fautes!) La scène de l'araignée m'a vraiment fait rire moi aussi. Le concours de travestis arrive bientôt!
Merci à tous pour vos commentaires! Ça fait énormément plaisir.
