Ce chapitre s'est fait attendre, malheureusement, pour des raisons hors de mon contrôle. Pour me faire pardonner, je vous poste ici mon plus long chapitre. Plus de 6500 mots de bonheur ; )
Je vais mieux maintenant, mais mes activités sont ralenties pour les prochaines semaines : )
Si la première partie ne vous paraît claire, ne vous en faites pas, c'est normal: Hermione et son intuition en béton ont toujours quelques pas d'avance sur nous.
Bonne lecture!
Chapitre 21
« Voilà votre première leçon, Harry. »
-Une bonne nouvelle? grimaça Ron. Qu'est-ce qui est une bonne nouvelle?
Hermione baissa les yeux de nouveau vers le parchemin. Elle hochait la tête d'un air décidé, son sourire quelque peu figé sur ses lèvres.
- Je crois que c'est une bonne nouvelle…Quelqu'un a utilisé le sortilège de complémentarité pour protéger la prophétie qui te concerne, Harry. En plus de la garder précieusement dans la salle des Mystères tout ce temps, on lui a donné une protection supplémentaire. Lis par toi-même.
Hermione fit glisser le parchemin sur la table. Harry s'en saisit et aussitôt, Ron se leva en faisant tomber sa chaise, contournant la table pour lire par-dessus son épaule. Ginny releva la tête et essuya rageusement une larme qui coulait le long de son nez. Harry, Ginny et Ron lurent, leur visage tout près l'un de l'autre :
Luna chérie,
J'ai été bien surpris de recevoir un hibou si tôt de ta part. Je suis soulagé d'apprendre que rien de grave ne s'est produit. Ne me refais pas la même peur que l'an dernier, mon oiseau.
Je ne suis pas étonné que tes amis s'intéressent au sortilège de complémentarité. Tu ne peux pas t'imaginer le nombre effarant de hiboux que nous recevons à ce sujet (et je ne te cache pas que le Ministère cherche activement la source qui a coulé la nouvelle). J'ai surpris une journaliste de la Gazette à fouiller nos rebuts de parchemin, le croirais-tu? Notre tirage a augmenté d'une façon vertigineuse ces derniers temps et j'espère que tu remercieras ton ami Harry.
Ta mère aurait su te l'expliquer mieux que moi, mais voilà : il s'agit d'un vieux sortilège, ridiculement complexe, qui lie des objets (dits Essentiels) l'un à l'autre. Il permet d'attacher un objet à un autre, qui détient la clé de sa signification.
Ta mère l'utilisait quand elle développait des enchantements de haut niveau: elle avait toujours peur de se les faire chiper. Elle liait le parchemin où elle avait codifié son sort à un autre qui était la clé de lecture. On peut donc dire que le sortilège de complémentarité permet de protéger des secrets. Il demande beaucoup de précaution à conjurer, car un objet ne doit pas trahir l'existence de l'autre. Les deux objets semblent indépendants l'un de l'autre si on les regarde séparément.
Je suis sûr, ma toute douce, que tu commences à comprendre l'importance, avec ta perspicacité habituelle, que cela pourrait avoir. Si la prophétie qui a déclenché l'invasion au Département des Mystères l'an dernier est liée à une autre par ce genre de sortilège, on peut en déduire qu'une explique l'autre. Il n'est donc pas surprenant que le Ministère veut mettre la main dessus. Il y a beaucoup à perdre et à gagner, surtout que Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom est de retour.
Ton ami Harry était sûrement l'objet d'une de ces prophéties, probablement celle qui s'est brisée selon les rumeurs qui me proviennent du Ministère. Mais l'autre? Ou c'est la prophétie à décoder ou c'est la clé qui permettait de décoder celle qui s'est brisée.
Lier deux prophéties est parfaitement inhabituel parce que cela représente l'équivalent de lier des événements. Un événement qui dépend de l'autre… Prédire un événement est une chose, mais prédire que deux événements seront liés en est une autre. Tu peux comprendre pourquoi je me bats pour que nous puissions avoir l'exclusivité sur toute cette affaire.
Pour ce qui est de la question des Minigris…Harry relut le dernier paragraphe lentement alors que Ron stabilisait le parchemin de sa main gauche pour en finir la lecture. Ginny posa son menton dans sa main, ses paupières encore rougies par les larmes :
- Je ne vois vraiment pas en quoi c'est une bonne nouvelle, Hermione. Ce n'est qu'un mystère de plus. La prophétie perdue servirait à expliquer celle qui concerne Harry. Et alors?
Harry se gratta le front. Il soupira :
- Je ne suis pas sûr que je comprends ton soulagement, Hermione. Tu penses que la prophétie perdue est une clé. La prophétie initiale me semble pourtant claire, non? C'est la mort pour un de nous deux.
Harry sentit Ginny frémir à côté de lui et il vit ses yeux gris s'assombrirent de nouveau. Hermione s'impatientait et elle ferma un des énormes bouquins devant elle dans un bruit sec :
- Mais vous ne comprenez pas! S'il y a une clé pour comprendre la prophétie que tu as entendue, c'est que les choses ne sont pas tout à fait ce qu'elles paraissent. Harry, le père de Luna le dit : une prophétie explique l'autre ou lui ajoute quelque chose d'important. Il manque quelque chose à la prophétie qui s'est brisée. Quelque chose d'important.
Harry secoua la tête, reposant le parchemin.
- Il n'y a pas de mystères possibles, Hermione. J'ai entendu la prophétie. C'est clair comme de l'eau de roche.
Harry croisa le regard d'Hermione, qui restait muette. Il ajouta :
- C'était dans le Chicaneur, Hermione. Depuis quand crois-tu ce qui est écrit dans ce journal?
Hermione regardait la table avec détermination. Ron regagna sa place et releva sa chaise, l'air songeur. Il murmura :
-Qui aurait pu lier ces deux prophéties?
Hermione tapa la table avec son poing, faisant sursauter les trois autres.
- Oui, Ron! C'est exactement cela! Pour qu'on puisse lier cette prophétie à celle qui te concerne, Harry, il fallait que la personne qui a conjuré le sortilège de complémentarité sache d'abord que ces deux prophéties indépendantesexistaient et ensuite, qu'elle sache qu'elles doivent être liées! Comprends-tu pourquoi c'est une bonne nouvelle, maintenant?
Ron marmonna, sa main glissant subrepticement vers la pomme devant Hermione :
- Je ne comprends rien de rien. C'est simplement une question que je me posais.
Hermione lui asséna une petite tape.
- C'est à moi, Ron. Je vais tenter d'être plus claire. Seule une personne au courant du contenu de ces deux prophéties aurait pu décider de les lier ensemble par ce sortilège, c'est une évidence. Nous savons maintenant que Voldemort et ses Mangemorts n'avaient pas entendu le contenu de la prophétie qui te concerne, Harry. Il faut donc que ce soit quelqu'un de notre côté, quelqu'un qui voulait te protéger, quelqu'un qui savait que ces deux événements vont ensemble...
Hermione reprit son souffle, puis prise d'une inspiration soudaine, elle ajouta, sa voix s'affaiblissant dans un murmure :
- Quelqu'un qui a décidé que ces événements vont ensemble…Je vais chercher encore, Harry, mais je suis sûre que ce sortilège de complémentarité a été fait par quelqu'un qui voulait ton bien.
Harry comprenait un peu mieux les explications de son amie : la prophétie perdue détenait peut-être des détails sur les circonstances du combat à finir entre Voldemort et lui. Mais quelles étaient les chances qu'il puisse mettre la main sur cette deuxième prophétie? Harry songea qu'une personne s'était donnée beaucoup de mal pour lier deux événements qui, si on se fiait aux explications du père de Luna, semblaient à première vue parfaitement indépendants l'un de l'autre.
Pour faire plaisir à Hermione, qui avait recommencé à feuilleter distraitement le bouquin devant elle, il dit, d'une voix sans timbre :
- Tu crois que quelqu'un a voulu mon bien, Hermione, mais qui? Et pourquoi?
La journée suivante parut interminable à Harry : il avait l'impression que sa tête était remplie de coton. Il tournait de tous les côtés le message de la prophétie sans y voir d'autres interprétations possibles. Cette préoccupation se trouva chassée par une constatation déplaisante : sa première leçon d'occlumencie arrivait à grands pas.
Le mercredi soir, Harry descendit avec appréhension les escaliers menant au bureau du professeur Luz. Malgré la chaleur persistante de cette fin d'été qui baignait Poudlard dans une atmosphère un peu molle, où les étudiants passaient plus de temps à flâner sur la pelouse qu'à travailler sérieusement à la bibliothèque, Harry se dit qu'il aurait préféré écrire des mètres de parchemin plutôt que de se rendre aux tréfonds du château, dont les cachots étaient humides et froids. Harry frissonna : il sentit ses pieds et ses mains se glacer. L'anxiété nouait son estomac : ce chemin familier évoquait pour lui des souvenirs pénibles.
Harry tourna à gauche une fois au pied de l'escalier en pestant intérieurement : pourquoi se terrer dans les cachots sombres de Poudlard, alors que le soleil brillait si ardemment aux autres étages? Harry longea rapidement un mur de pierre couvert de toiles d'araignée et vira vers la droite. Il s'arrêta net en faisant face à la lourde porte close du bureau du professeur Rogue. Harry avait l'impression de revivre un cauchemar.
À peine quelques mois auparavant, Harry arrivait face à ce même bureau, les pieds devant, furieux de devoir se plier aux ordres du professeur Dumbledore. Il détestait l'occlumencie, même s'il comprenait maintenant à quel point cela avait eu son importance. Il essuya une goutte de sueur qui perlait à son front, malgré la fraîcheur des catacombes : s'il avait pu mieux protéger, dissimuler ses pensées, peut-être que Voldemort n'aurait pas su à quel point Sirius était important pour lui, peut-être que Sirius serait toujours vivant aujourd'hui… Dans un effort de volonté, Harry repoussa la vague de culpabilité qui montait en lui et s'efforça de rejeter sa colère sur le visage arrogant de son maître de potions.
C'est Rogue le coupable.
C'est à cause de lui que je suis encore en train de descendre ces fichus escaliers pour qu'on s'insère dans mon esprit.
C'est à cause de lui si je n'ai rien appris.
C'est sa faute si mes parents sont morts, si Sirius est mort…
C'est sa faute.
Maintenant qu'il savait à quoi s'attendre, Harry anticipait avec consternation ces nouvelles leçons. Le professeur Luz n'avait pas l'air très commode et quelque chose dans son attitude envers lui l'avait dérangé lors du cours de défense contre les forces du mal : elle lui avait parlé avec détachement, non pas comme à un étudiant, mais comme à un égal. Il porta machinalement sa main à sa cicatrice : cette femme avait des attentes envers lui. Comme tout le monde.
La cicatrice qui le marquait au front l'empêcherait toujours de se défiler de quoi que ce soit.
Je suis marqué.
Elle aussi.
Harry se surprit à penser ainsi : l'image terrifiante de Luz absorbant le maléfice dont avait souffert Hermione lui avait traversé l'esprit hier lorsque son amie riait et qu'il avait réussi à faire briller ses yeux par une plaisanterie.
Harry en conclut donc que Luz était marquée à sa façon par sa nature de Porteuse: pour sa part, il avait été marqué, non pas dans sa nature, mais par un sorcier puissant qui l'avait choisi comme ennemi.
Il prit le chemin tortueux qui menait vers le bureau de Luz. Harry hésita un peu : le couloir était très peu éclairé. Ses yeux s'habituèrent à la pénombre et il vit devant lui, à une vingtaine de mètres de distance, une porte entrebaîllée. Le bureau du professeur Luz. Harry prit une grande inspiration et avança lentement vers la porte.
À travers l'entrebâillement de la porte, Harry distingua une pièce aux murs nus, à l'exception de cette tapisserie représentant des hommes tenant en respect une sorte de monstre femelle aux cheveux ondulants et au visage horrible, ainsi qu'une étagère immense, pleine à craquer de livres. L'éclairage de la pièce était feutré : un feu pétillait dans la cheminée et les bougies éclairaient la pièce d'une lumière tremblotante. Harry n'osait toujours pas frapper : une odeur étrangement familière flotta jusqu'à son nez, une odeur d'herbes qu'on utilise en cuisine. Harry huma profondément l'odeur délicate qui embaumait la pièce : de la menthe, peut-être? Du basilic? L'odeur était évocatrice : il sembla un moment à Harry qu'un souvenir très ancien renaissait dans sa mémoire et une vague de nostalgie monta en lui.
Un tissu duveteux contre sa joue…Une voix douce, apaisante…
Une chaleur inexplicable envahit son visage. Malgré le repas qu'il venait de prendre, il sentit une faim monter en lui, ce genre de faim dévorante, impérieuse, qu'on veut combler rapidement. Juste avant de frapper d'une main hésitante, Harry vit aussi deux bergères de velours cramoisi séparées par une petite table basse. Harry frappa avec précaution sur la lourde porte de bois et il s'enquit, d'une voix étranglée :
-Professeur Luz?
La porte s'ouvrit brusquement et Harry faillit tomber à la renverse lorsque les yeux noirs de Rogue le dévisagèrent sans ménagement.
Harry garda le silence un moment, toute sensation de faim disparaissant : c'est une fureur glacée qui monta en lui comme une vague de fond et il se demanda s'il ne s'était pas trompé d'endroit. Il s'éclaircit la gorge, n'essayant pas de masquer son hostilité.
- Je cherche le professeur Luz.
- N'est-ce pas?
La voix profonde de Rogue résonnait faiblement dans la pièce : Harry eut l'impression qu'elle était un tison qui lui brûlait la peau. Il réussit toutefois à ne pas montrer les dents et Rogue, détachant son regard sombre du sien, se détourna pour s'avancer souplement vers un petit chaudron qui fumait des volutes bleuâtres. L'homme lança par-dessus son épaule, d'une voix caverneuse, sa main flottant au-dessus du chaudron :
- Avez-vous passé un bel été?
Harry vit rouge. Il serra les poings en se mordant l'intérieur des joues et sa voix claqua comme un fouet dans l'air parfumé de la pièce :
- Un été formidable, Monsieur. Mon parrain est mort et j'ai failli perdre ma meilleure amie aussi.
Rogue se tourna lentement vers lui, ses yeux sombres paraissant sans fond, sa main encore suspendue au-dessus du récipient. Sa voix se fit onctueuse.
- Bien sûr. Mes condoléances, Potter. Vous pouvez être fier. Black est mort en vous défendant. Toutefois, Miss Granger semble avoir retrouvé tous ses esprits. Les potions que j'ai préparées à son usage ont permis de limiter sa blessure. Quel soulagement.
Harry sentit sa peau crépiter de fureur. Une chaleur malsaine courait dans ses veines. Avait-il détecté de la raillerie dans sa voix?
Harry serra convulsivement sa baguette entre ses doigts.
- Le professeur Luz a sauvé Hermione, oui.
Rogue poursuivit, comme s'il n'avait rien entendu, ses mots brûlants comme de l'acide :
- Et vous voici déjà en retenue.
Harry secoua la tête sèchement, sa main empoignant toujours sa baguette, ses jointures pâlissant sous la tension.
- Non, Monsieur, on a jugé bon de me donner des leçons supplémentaires d'occlumencie.
Harry vit avec satisfaction le visage de Rogue se fermer. Rogue se saisit de sa propre baguette magique et dit quelques mots à voix basse : le contenu de la marmite émit un « pouf » et la fumée s'arrêta net.
Oui. On me donne un autre professeur parce que vous, vous avez échoué.
Dans un mouvement souple de tissu noir, Rogue fit quelques pas vers lui, son visage légèrement levé en une expression méprisante, croisant les bras contre sa poitrine en un geste ample.
- Le professeur Luz est certainement douée pour l'occlumencie. Elle a été mon élève. Mais si vous n'avez pas appris de moi, je ne vois pas comment vous apprendrez d'elle. Vous êtes vraiment un Gryffondor, laissa-t-il tomber, d'une voix dédaigneuse. Vous êtes décidément trop émotif pour la maîtrise de soi que nécessite un bon occlumens.
Rogue fit encore un pas vers lui et Harry se força à rester immobile : autour de l'homme aux cheveux noirs, l'air vibrait en ondulations frémissantes. L'homme reprit, sa voix plus incisive :
- Croyez-vous que ce sera plus facile avec une jeune femme? Chercheriez-vous à vous rendre la vie plus facile, Potter?
- Je n'ai pas demandé ces leçons d'occlumencie. Je déteste la magie noire, rétorqua Harry avec fougue, les dents serrées.
Le visage de Rogue était maintenant tout près du sien. Harry nota avec colère que Rogue avait encore quelques centimètres de plus que lui et il dut lever la tête à contrecœur pour soutenir son regard.
Bientôt vous devrez me regarder à votre hauteur.
Harry sentit les yeux narquois de Rogue sonder son visage et il baissa prudemment la tête. Ses pensées devaient rester pour lui. Il s'était promis qu'il se maîtriserait. Rogue ricana en secouant la tête, ses cheveux noirs glissant sur ses épaules :
- Mais vous avez peur que je regarde un de vos misérables petits souvenirs! Que voulez-vous que je fasse de vos humiliations, Potter?
Harry regarda une seconde par terre, puis il releva la tête et affronta les yeux de braise de Rogue.
- Vous le savez bien, Monsieur, nous avons désormais certains souvenirs en commun.
Harry mit toute la dureté possible dans son regard. Ses mains tremblaient.
Allez, regardez. Fouillez dans mes souvenirs. Je sais que c'est vous qui avez mené Voldemort à mes parents. Mais REGARDEZ donc!
Mais son esprit restait obstinément seul. Rogue cracha :
- Insolent petit…
Derrière Harry, l'air parfumé remua : il tressaillit quand une voix rauque s'éleva.
-Merci beaucoup, Severus, d'avoir mis la dernière touche à ma potion. Harry, vous êtes déjà là.
Fabiola Luz se glissa souplement dans la pièce et contourna Harry, toujours crispé de colère. Harry sentit qu'elle lui effleurait le bras de sa main gantée, puis il vit que son autre main serpenta sur le bras de Rogue, du poignet jusqu'à l'épaule. Le bras de la Marque des Ténèbres. Rogue retint une grimace et se dégagea brusquement de son étreinte.
La marque. Ginny avait bien vu.
Le professeur Luz regardait avec insistance le maître de potions.
- Il ne me reste qu'à la faire mûrir. Nous en reparlerons dans quelques jours si vous le voulez bien.
Sans acquiescer, Rogue la regarda brièvement et il sembla à Harry qu'il inclinait imperceptiblement la tête en guise de salutation. L'homme s'en fut vers la porte et lança avec mépris :
- Vous perdez votre temps, Fabiola.
Le départ de Rogue rendit l'air plus respirable et Harry se détendit légèrement. Le professeur Luz se tourna vers lui et sous la lumière tremblante des bougies, Harry crut voir une ombre de sourire. La jeune femme demanda de sa voix éraillée :
- Êtes-vous prêt?
Harry avala sa salive et hocha la tête. Son corps se détendait progressivement mais il ne pouvait s'empêcher de voir en son esprit le visage arrogant du maître de potions. Il brandit sa baguette magique de sa poche et se redressa en une position de défense. Le professeur Luz s'était installée dans une des bergères et elle eut un sursaut de surprise en le voyant tenir fermement sa baguette magique.
- Qu'est-ce que vous pensez que vous faites?
Harry ouvrit la bouche : il était prêt.
- Je…je me prépare à me défendre.
Le professeur Luz claqua la langue et hocha la tête vigoureusement en désignant l'autre bergère en face d'elle.
- Croyez-vous que je vais vous laisser porter votre baguette magique sur moi, alors que vous êtes visiblement en colère? Asseyez-vous et déposez-la sur la table.
Harry bougea enfin et se laissa tomber dans le fauteuil. Il posa sa baguette d'une main tremblante sur la table et vit que celle de Luz y était déjà. Il chercha à trouver une position confortable. Le professeur Luz avait croisé ses doigts gantés et les ombres durcissaient son visage :
- Que savez-vous de l'occlumencie?
Harry répondit mécaniquement, un peu fébrile :
- Il s'agit d'une habileté magique à fermer son esprit pour ne pas laisser voir ses pensées à d'autres.
La tête de Luz dodelina. La jeune femme le regardait avec insistance.
- Le professeur Rogue m'a informé longuement de votre incapacité à le faire. Comment expliquez-vous cela?
Harry croisa les bras et sa voix se fit frémissante de colère :
- Je ne suis pas incapable de le faire. Le professeur Rogue croit que je me laisse dominer par mes émotions et il …
La jeune femme lui coupa la parole, immobile comme une statue.
- Je ne veux pas connaître la théorie du professeur Rogue à ce sujet. Je la connais déjà. Je veux que vous pensiez par vous-même et que vous m'expliquiez vos insuccès en occlumencie.
Harry hésita, mais décida de dire la vérité :
- La méthode d'enseignement de R….du professeur Rogue ne me facilitait pas le travail.
L'expression du visage de la jeune femme était impénétrable.
- Ah oui? Expliquez-moi.
Harry se sentit soudainement mal à l'aise : comment pouvait-il savoir s'il pouvait faire confiance à cette femme, qui laissait le plein accès à son bureau à Rogue? Quels étaient leurs liens? Rapporterait-elle ses propos? Luz croisa les jambes. Harry poursuivit avec précaution :
- Les leçons ressemblaient plus à un duel qu'à une leçon. Il …m'attaquait et moi je devais me défendre. J'ai réussi quelques fois à le repousser, mais…
Luz hocha la tête, serrant les lèvres. Ses yeux sans couleur plongèrent dans les siens et Harry se sentit rivé à son siège :
- Allez-vous m'expliquer que vous n'avez pas réussi à maîtriser l'occlumencie parce que le professeur Rogue ne vous l'a pas enseigné correctement? Comment auriez-voulu apprendre?
Harry se sentit vidé de son énergie :
-Bien…
- Et si vous ne réussissez pas à apprendre avec moi, vous estimerez que je suis à mon tour responsable de votre échec. Ai-je bien compris votre raisonnement?
La voix du professeur Luz était sèche, mais son visage était posé. Harry se sentait horriblement embarrassé. Il hocha lentement la tête :
- Ce n'est pas tout à fait cela, madame.
Luz répliqua :
- Alors? Expliquez-moi!
Harry soupira et baissa la tête. Il se sentait acculé au pied du mur.
- Je…je déteste l'idée même de l'occlumencie et de la légilimancie. Je ne veux rien cacher. Je ne veux pas m'infiltrer hypocritement dans la tête des autres. Je ne veux pas savoir ce qu'ils pensent. Cela me dégoûte.
Un silence accueillit ses propos : Harry releva la tête avec hésitation et fut surpris de voir le sourire qui jouait sur les lèvres de la jeune femme. Lorsqu'il croisa son regard, elle acquiesça et dit doucement :
- Bon, nous arrivons enfin à la source de ce qui vous empêche d'apprendre convenablement.
Luz se leva en un mouvement souple et elle arpenta la pièce, les mains derrière le dos.
- Le professeur McGonagall m'a informée que vous vouliez devenir Auror. Vous devrez un jour ou l'autre maîtriser cet art difficile. Ne sursautez pas, Harry, il s'agit bel et bien d'un art. Fermer vos pensées vous permet de vous glisser dans les lieux les plus infestés d'ennemis sans vous faire repérer et pourra vous sauver la vie si vous êtes capturé. L'occlumencie est un mal nécessaire. Cet art vous paraît sombre parce que vous avez l'impression de cacher des choses. Je vous dirais plutôt que vous vous murez contre l'attaque des autres. La légilimancie est plus sournoise, mais aussi fondamentale. Je ne pourrai vous apprendre l'un sans l'autre.
Harry frissonna malgré la chaleur qui émanait du feu dans l'âtre.
- Vous voulez dire que vous allez m'entraîner à entrer dans l'esprit des autres?
Luz se rassit et appuya ses avant-bras contre ses genoux en croisant ses mains gantées. Elle eut soudainement l'air très jeune.
- Vous êtes un Legilimens naturel, Harry. Lorsque vous avez conjuré le Venatus, vous n'avez pas utilisé uniquement mon pouvoir magique. Vous m'avez utilisé moi. En plus de canaliser ma magie, vous avez tâtonné, maladroitement j'en conviens, des souvenirs qui pouvaient vous être utile pour magnifier votre magie. La plupart de vos collègues n'ont utilisé que les habiletés de leur partenaire…à part peut-être vos deux amis, mais je n'en suis pas certaine.
Harry avala sa salive.
- Je n'ai pas fait exprès…je n'ai pas voulu vous utiliser, professeur…
Luz fit un petit geste insouciant de la main.
- Cessez donc de vous excuser! C'est très bien! La légilimancie est une arme puissante, à condition de l'utiliser judicieusement. Vous devez en apprendre la maîtrise. Essayons un premier exercice. Vous n'aurez pas besoin de votre baguette.
Luz poussa la table un peu plus loin, les pattes crissant sur le sol de pierre. La jeune femme rapprocha son fauteuil de celui de Harry et bientôt, ses genoux frôlèrent les siens. Luz se pencha de nouveau vers l'avant et Harry cligna des paupières. Luz reprit doucement, ses yeux incolores reflétant la lumière orangée du feu :
- Vous allez me regarder dans les yeux et vous allez imaginer que mes yeux sont un morceau de tissu que vous pouvez écarter de la main, comme un rideau qui cache un paysage que vous avez vraiment envie de voir. Je veux que vous voyiez ce morceau de tissu bouger et je veux que vous réussissiez à l'écarter. Vous me direz ensuite ce que vous avez vu. D'accord?
Harry hocha la tête et avala sa salive. Ses paumes se couvrirent de sueur. Il riva ses yeux à ceux de la jeune femme.
Au début, il était un peu gêné de maintenir ce regard glacé et intimidant. Il bougeait nerveusement sur sa chaise, les yeux plongés dans les siens. Puis, après ce qui lui sembla de longues minutes, le crépitement du feu ainsi que l'odeur douce des herbes finirent par avoir raison de son agitation. Harry ne voyait que le reflet des flammes qui brillaient dans les yeux pâles de la jeune femme. Puis il se mit à distinguer de petites taches dorées tout près de ses pupilles et il réalisa avec surprise que les yeux de Luz n'étaient pas sans couleurs. Il y voyait des minuscules taches d'or, de gris, de vert, de bleu. Il voyait aussi son propre reflet dans les iris brillants, qui réfléchissaient son image comme un miroir…Il sursauta lorsqu'il vit un imperceptible mouvement animer ses yeux. Oui, il voyait à présent : les yeux de Luz étaient devenus un voile de tissu brillant, ondulant sous une brise délicate.
Harry eut l'impression que ses yeux étaient aimantés aux prunelles luisantes de la jeune femme. Il sentait confusément que quelque chose se cachait derrière ce voile soyeux, quelque chose de très attirant, de très beau. Harry songea qu'il pouvait attendre que le vent fasse bouger suffisamment le tissu léger pour pouvoir distinguer ce qu'il y avait derrière mais en même temps, l'impatience le gagnait : il voulait voir, il voulait savoir... Harry comprit qu'il devrait l'écarter lui-même. Mentalement, il s'imagina tendant la main et il hoqueta de surprise quand sa main frôla un tissu presque liquide, très léger, froid. Harry repoussa lentement le rideau…L'image et l'odeur s'imprimèrent au fer rouge dans son esprit.
Un long couloir, bordé de portes. Un tapis épais, moelleux. Une odeur de menthe.
- Très bien, Harry, très bien. Reprenez vos esprits maintenant.
La main gantée de Luz lui tapotait le genou. Harry se ressaisit et fut presque surpris de se retrouver de nouveau devant la jeune femme. Lorsqu'elle le vit reprendre ses esprits, elle eut un air satisfait et se repoussa au fond de son fauteuil. Harry parla lentement, un peu secoué :
- J'ai vu un long couloir. Avec beaucoup de portes.
Luz hocha la tête avec satisfaction.
- Vous ne pourrez aller bien plus loin sans magie. Vous avez d'excellentes aptitudes à la légilimancie. À mon tour maintenant.
Le professeur Luz se saisit de sa baguette magique et la pointa vers Harry. Il se leva d'un bond :
- Que faites-vous?
La jeune femme inclina la tête et dit simplement :
- Je vais m'insérer dans votre esprit.
L'inquiétude monta en lui :
- Je croyais que nous procéderions sans baguette aujourd'hui. Pourquoi?
Luz se leva à son tour, serrant toujours sa baguette fermement :
- C'est la deuxième fois que vous entrez dans mon esprit et vous pouvez constater que je ne m'en porte pas plus mal. Je devrai parfois m'insérer dans le vôtre pour pouvoir vous enseigner. Je vous demande de ne pas vous défendre. Je veux que vous expérimentiez l'effet de la légilimancie.
Harry s'exclama avec fougue :
- Mais je sais ce que cela fait. Rogue...Le professeur Rogue me l'a imposé à plusieurs reprises.
Luz était droite comme un I et son visage n'était plus ouvert. Elle dit lentement de sa voix rauque :
- Je ne briserai rien. Je veux que vous constatiez qu'il y a plusieurs façons d'entrer dans l'esprit des autres. Ne me faites-vous pas confiance?
Harry ne répondit pas : il jeta un œil à sa baguette magique sur la table. Luz surprit son regard :
- Prenez-la donc, si cela peut vous faire plaisir.
Harry la ramassa souplement et ses yeux croisèrent ceux de la jeune femme qui ne rata pas sa chance :
- Legilimens!
Aussitôt, Harry ressentit l'impression désagréable qu'on fouillait son esprit : le contact était toutefois différent que ce qu'il avait expérimenté avec Rogue. L'esprit de Luz plongeait dans sa mémoire avec aisance: Harry avait l'impression qu'elle manipulait ses souvenirs comme des bibelots précieux, les effleurant d'un doigt précautionneux. Harry résista de toutes ses forces à ne pas se défendre.
Ce n'est pas si mal, n'est-ce pas?
La voix de Luz soufflait les mots dans son esprit. Il se concentra, ravalant un haut-le-cœur :
Je n'aime pas cela. Mais vous ne me faites pas mal.
L'esprit de Luz continuait à effeuiller les couches de son esprit et Harry sentit son cœur se tordre quand le souvenir de Sirius implosa en lui. Sirius si joyeux à Noël…L'esprit de Luz était enveloppant, léger, tout en rondeurs alors que celui de Rogue n'était qu'aspérités : il frémit sous la délicatesse de l'esprit de la jeune femme, qui flottait repectueusement autour du souvenir de Sirius. Elle lui souffla de nouveau :
Ressentez-vous de la douleur, maintenant?
Malgré lui, Harry dut se résoudre à répondre :
Non. Ce n'est pas désagréable.
Il sentit l'esprit de Luz quitter le sien avec précaution. Harry cligna les yeux. Il était toujours debout, malgré ses genoux qui tremblaient.
Luz porta une main à son front et repoussa une mèche bouclée derrière son oreille.
- Vous allez faire la même chose, maintenant. Vous allez entrer dans mon esprit avec ce même doigté. Quelques secondes. Je vous demande de ne pas résister quand je vous repousserai. Je ne veux pas à avoir à utiliser ma force contre vous.
Harry hésita :
- Je croyais que je devais apprendre à me défendre, professeur?
Luz soupira.
- Pour pouvoir vous défendre, il faut savoir comment attaquer. Il est plus facile ainsi de prévoir les coups. Vous comprendrez mieux la logique de celui qui utilise la légilimancie et pourrez ensuite mieux y résister. Pensez à ce couloir que vous avez vu tout à l'heure : pensez-y avec intensité. N'oubliez pas de prononcer distinctement le mot magique.
Harry serra les dents : il pointa la baguette magique vers la jeune femme, se concentra sur l'image du couloir et articula soigneusement :
- Legilimens.
Ce fut comme s'il fonçait tête première dans un lac d'eau glaciale. Le choc lui coupa le souffle mais Harry se rendit vite compte qu'il avait passé la barrière de l'esprit de Luz. Il se retrouvait de nouveau dans le couloir à l'atmosphère feutrée. La voix de Luz résonna doucement dans le couloir, comme si elle provenait d'un haut-parleur :
Votre entrée était un peu maladroite, mais ce n'est pas mal. Ce n'est pas aussi facile que cela habituellement. Je vous ai un peu aidé pour cette première fois. Regardez autour de vous, allez-y en douceur.
Harry se sentait déconcerté. Lorsqu'il avait eu, pour un court moment, accès aux pensées de Rogue, c'était plutôt des impressions fugitives, des images fuyantes. Il s'était faufilé dans l'esprit de Rogue à l'instinct. Mais maintenant, Harry se trouvait dans un corridor dont il ne voyait même pas le bout. Des portes le bordaient de chaque côté. Les portes semblaient différentes les unes des autres : même si elles semblaient toutes de la même essence de bois, il y avait un petit détail, tels de petits signes gravés sur la porte ou une poignée différente, qui distinguait chaque porte de l'autre. Tout paraissait si vrai, si réel, si tangible…Il dut se rappeler qu'il se baladait dans les pensées de la jeune femme et non pas en quelque part dans un manoir luxueux. La voix de Luz résonna de nouveau :
Je suis une Porteuse, Harry. Mon esprit est construit différemment. Il y a une porte entrouverte sur votre gauche. Poussez-la et restez sur le pas de la porte. Ne le franchissez sous aucun prétexte.
Harry tourna la tête doucement et vit que la première porte sur sa gauche était effectivement entrouverte. Un mince filet de lumière traçait une fine ligne dorée sur le tapis moelleux. Il avança avec précaution et du bout des doigts, il donna une légère poussée à la porte. Elle s'ouvrit toute grande et Harry eut le souffle coupé en sentant brusquement l'air chaud lui caresser le visage. Il plissa les yeux sous les rayons ardents du soleil.
Il était au sommet d'une colline verdoyante, piquetée de fleurs sauvages et une odeur entêtante de camomille sauvage lui monta au nez. La ligne des arbres s'agitait au loin sous la brise. Plus bas, il vit un jeune homme dans la vingtaine, aux longs cheveux noirs noués négligemment sur la nuque, tenir un ballon au-dessus de sa tête alors qu'une enfant de dix ou douze ans courait autour de lui en riant et en sautant. L'homme riait lui aussi: Harry ne distinguait pas son visage mais il entendait confusément sa voix.
- Alors, qu'est-ce qu'on dit, ma petite panthère?
L'enfant sautillait sur place et ses cheveux bondissaient sur ses épaules. Elle riait à gorge déployée et Harry sourit lorsqu'il parvint à mieux distinguer son visage. C'était Luz enfant.
L'homme laissa tomber le ballon et l'attrapa rapidement en glissant ses mains sous ses aisselles. Il la souleva de terre avec effort et la prit dans ses bras comme si elle n'était encore qu'un petit enfant alors que Luz riait encore, éperdue.
Luz enfant passa les bras autour du cou de l'homme et posa sa joue rougie par le grand air sur son épaule : l'homme déposa un baiser sur ses cheveux bouclés. Il se tourna lentement en direction de Harry et celui-ci crut que le cœur allait lui manquer.
Les cheveux noirs.
Les traits anguleux mais séduisants.
La stature mince mais solide.
Les yeux perçants et moqueurs.
Sirius Black, devant lui, dans la jeune vingtaine, son grand rire éraillé s'élevant dans un souvenir plein de vie.
Harry s'avança d'un pas, la bouche sèche : « Sirius ! »
Reculez.
La voix de Luz était glaciale. Mais Harry fit un autre pas en avant. Il devait le voir de plus près, il devait voir ses yeux, entendre sa voix, sentir de nouveau l'impression d'énergie contagieuse qui émanait de lui…
Reculez tout de suite.
Ce fut comme si des crocs s'enfonçaient dans sa gorge. Il déglutit, tentant de se débattre, mais l'esprit de Luz était refermé sur le sien comme une mâchoire impitoyable. L'image lumineuse du souvenir de Luz n'existait plus : il était pris dans une toile d'araignée, dans un espace sombre. Il essaya de crier, de marmonner un sortilège, mais la voix de Luz résonna désagréablement à son esprit :
Voilà votre première leçon, Harry. Pour atteindre le souvenir que vous souhaitez voir, vous devez dissimuler votre désir. Comprenez-vous l'importance de l'occlumencie, maintenant? J'ai perçu votre élan, juste avant que vous n' avanciez. Lorsque vous serez Occlumens, vous serez capable de toucher à mes souvenirs en gardant le contrôle de la situation. Cette fois-ci, c'est un jeu d'enfant pour moi que de relever mes défenses. Lorsque l'on désire quelque chose avec force sans masquer son esprit, on perd ses repères, obnubilé que l'on devient par l'atteinte de son but. Vous devez donner l'impression que le souvenir vous indiffère, que vous le croisez par hasard. Regardez-le d'un oeil détaché, froid et reposez-le soigneusement. Vous affaiblirez ainsi les défenses et les résistances de l'autre en gagnant un meilleur accès à son esprit. C'est compris?
Harry hoqueta un grognement d'approbation et l'étau autour de sa gorge disparut instantanément.
Il était tombé à genoux sur le sol de pierre. Harry porta machinalement sa main à sa gorge : il toussa et releva la tête. Le professeur Luz, debout, ses cheveux un peu défaits, ses joues pâles plaquées de rose sous l'effort qu'elle venait de fournir. Elle le regardait gravement, sans méchanceté mais sans chaleur.
Elle lui tendit la main, alors que de l'autre, elle replaçait de nouveau une mèche bouclée derrière son oreille. Harry serra les dents et choisit de l'ignorer : il s'appuya sur le sol pour se relever. Le professeur Luz posa alors ses mains gantées sur ses hanches.
- Cela suffira pour aujourd'hui. Notre première leçon est terminée. Nous nous reverrons la semaine prochaine, si vous le souhaitez.
La jeune femme se détourna et contourna la table au fond de la pièce. Harry restait planté sur place, tiraillé entre la colère, la douleur et la curiosité, le souffle toujours court. Son cœur battait à tout rompre. Ses doigts serrèrent convulsivement sa baguette magique.
- Pourquoi y a-t-il un souvenir de Sirius Black dans votre mémoire? Vous le connaissez. Vous l'avez connu.
Le professeur Luz ne répondit pas. Elle ouvrit un livre dans un geste décidé et aiguisa soigneusement une plume en silence. Harry insista, en frottant toujours de sa main sa gorge, sa voix de plus en plus étranglée par la curiosité alors que le désespoir se déversa en lui. Ce souvenir était devenu soudainement la chose la plus importante du monde. Il fallait qu'il le revoie.
- C'était mon parrain. Je voudrais tellement…Laissez-moi regarder ce souvenir de nouveau, je vous en prie…Professeur?
Une bûche tomba dans l'âtre et pendant quelques secondes, Harry n'entendit que les crépitements du feu. Le professeur Luz prit une pile de parchemins et leva la tête, ses yeux froids vrillant les siens. La frustration monta en lui lorsqu'il se rendit compte qu'elle ne semblait pas pressée de répondre. Harry leva lentement la main qui tenait sa baguette magique, respirant plus rapidement, une intensité presque animale montant en lui …
Force-la! Elle doit te donner ce souvenir! Dis-le! Legilim…
Harry se mit à trembler violemment et il abaissa brutalement sa main. Il avait failli dire le mot à haute voix…Harry avala sa salive et eut soudain la nausée en réalisant la portée de ce qui avait failli se passer. Son corps était secoué de grands frissons et il crut qu'il allait vomir sur les dalles de pierre.
Le professeur Luz le contemplait avec intérêt, sans crainte, tenant toujours entre ses mains les parchemins, comme si c'était parfaitement naturel qu'un étudiant de seize ans lui brandisse sa baguette magique sous le nez. Sa voix était douce et un peu vibrante lorsqu'elle dit finalement :
- N'est-ce pas intéressant, Harry? Malgré votre dédain initial pour la légilimancie, vous commencez à avoir envie de la pratiquer. Vous avez envie de savoir ce qui se cache derrière les portes de mon esprit, n'est-ce pas? Severus avait toutefois raison sur un point : je devrai vous apprendre à gérer ces émotions… encombrantes. Revenez la semaine prochaine, à la même heure.
Harry ne dit rien : il était étourdi et sa honte se mêlait à une curiosité intense.Il tourna les talons avec raideuret sortit rapidement de la pièce, jetant un regard par-dessus son épaule. Il ne put que remarquer le mince croissant de lumière qui rayait le sol, comme un écho de l'image de la porte de bois qu'il avait repoussé dans l'esprit de Luz.
Harry se mit alors à courir en direction de l'escalier, le cœur au bord des lèvres, les questions lui déchirant l'esprit, mais toujours les mêmes mots qui réussissaient à percer le tumulte de ses idées.
Sirius. Elle connaît Sirius.
Dans son agitation, Harry ne vit pas le sourirefroid et satisfaits'épanouir sur les lèvres du professeur Luz, ni la grande silhouette vêtue de noir sortir de l'ombre. Celle-ci se glissa dans le bureau de la jeune femme et la lourde porte se referma soigneusement, dans un petit cliquetis.
