Note commune à tous les chapitres :

L'histoire de Harry Potter, son monde et les personnages qui le compose appartiennent tous à J.K. Rowling, écrivain talentueuse, qui a eu l'extrême gentillesse de nous prêter son univers pour nos petits délires narratifs. Merci à elle, même si elle doit souvent le regretter.

Je vais traiter dans cette fiction (et les suivantes apparentées) de sujets délicats : inceste, viol, et violence. Donc, par avance, je préviens que certains passages seront difficiles, et je tiens à m'en excuser. J'espère juste que l'évolution des personnages pourra apporter un peu de réconfort.

Je compte mener cette histoire en 3 parties, qui retraceront les années fin et post-Poudlard de Draco Malfoy : Sang-Pur (que vous lisez actuellement), Sang-Mêlé (les années après la fin de la guerre), et Sang-de-Bourbe (qui devrait se situer juste après le roman de JKR, soit « 20 ans après »).

Je compte également rester le plus possible fidèle au roman (si vous voyez des erreurs, merci de me les signaler, je les corrigerai si possible). Dans cette optique, bien que ce soit un Dramione, le rapprochement sera long. D'autre part, les propos de Draco (surtout dans cette première partie) doivent être pris avec recul, et ne véhiculent pas mes propres convictions.

Et puis, juste comme ça, j'aime bien utiliser des mots inusités de la langue française. Si l'utilisation d'un dictionnaire vous paraît superfétatoire, ma fiction risque de vous agacer ;). Cependant, le Bescherelle et moi sommes en froid et, à ce sujet, je vous remercierai de me remonter les inévitables erreurs que, malgré toute ma bonne volonté, vous ne manquerez pas de découvrir.

Et puis, parce que je m'en fous un peu, je ne réclame pas de review (même si je les apprécie). Cette fic est une catharsis pour moi. Je ne l'ai écrit pour personne d'autre que ma petite personne, égoïste que je suis. Donc, ne vous sentez pas obligés. Sur ce, bonne lecture, si vous êtes encore là...

.

.

POV Hermione

.

J'ai pris l'habitude de nos rendez-vous dominicaux. En dehors de toute influence extérieure, nous arrivons à nous parler, sans tension excessive.

Je n'ai pas osé en parler à Harry ou à Ron. Ils n'auraient pas compris. Ou auraient cherché à comprendre, justement. Et je ne peux pas dévoiler l'origine de notre rapprochement, à Malfoy et à moi-même.

C'était surprenant, au début, mais, dimanche après dimanche, une sorte de paix s'est établie d'elle même. Une trêve tacite impensable à tout autre.

Au point que j'en ai besoin, maintenant. Chaque dimanche soir, je retourne à la piscine, et l'y attends, à moins qu'il ne soit déjà là.

Je crois que, tout autant que moi, il a à cœur ces rencontres neutres, presque aimables.

De nos conversations décousues, que nous nous appliquons à maintenir le plus éloignées possibles de tout sujet à risque contentieux.

Les devoirs, les professeurs, la gestion de l'économie sorcière au fil des siècles, l'influence de la sorcellerie dans le mode de vie des elfes sauvages, tout y passe.

Je n'aurai jamais pensé qu'il puisse avoir des connaissances aussi variées, et ses avis, bien que je ne les partage pas toujours -pas souvent serait plus juste- sont tous assez argumentés pour en devenir intéressants. Mais nous connaissons nos limites respectives, et nous hâtons de bifurquer dès que nos divergences prennent un tour trop délicat.

Lui comme moi.

Pourtant, ce soir, quand je le vois arriver, l'air terriblement las, comme s'il avait à charge le poids du monde, je sens s'envoler cette insouciance tranquille que nous partageons.

Il ne dit rien, me regarde à peine, et se laisse doucement couler dans le liquide chaud où je me prélasse encore.

Je le regarde plus sérieusement, craignant, comme la première fois où nous nous sommes retrouvés ici, de trouver des contusions sur sa peau blême. Ce que je vois m'effraie presque davantage.

Des yeux rougis, légèrement gonflés. Ce regard que je connais bien pour l'avoir vu parfois dans mon miroir. Il a pleuré. Lui, Draco Malfoy.

- Draco, que se passe-t-il ? Tu veux en parl...

Il baisse la tête, et se tourne, très légèrement, vers moi. Je n'arrive pas à voir l'expression de son visage, mais sa voix est lasse :

- Fais moi l'amour, Granger.

Quoi ? Je dois avoir des problèmes d'audition, ce n'est pas possible autrement. Draco Malfoy, LE Draco Malfoy, vient de me demander...Non, c'est une blague. Sauf que son ton est sérieux. Non, pas sérieux. Abattu. Fatigué.

Je perd pied face à l'incongruité de sa demande. Alors je répond la seule chose qui me vient à l'esprit à ce moment :

- Je ne suis pas une de ces filles que tu ramènes dans ton lit, Malfoy.

J'essaie de garder un ton doux et détaché à ma voix, mais mon cerveau carbure à plein régime. Pourquoi me faire cette demande. CETTE demande, Merlin ! Et aussi négligemment que s'il me demandait le savon. En plus, à moi, une de ces « Sang-de-bourbe » qu'il méprise si ouvertement ? Pour se prouver quelque chose ? Pour me lier à ses secrets ? Pour pouvoir mieux me rabaisser par la suite en me rangeant comme tant d'autres dans sa collection de partenaires d'une nuit ?

C'est vrai qu'il n'est pas trop mal. Physiquement, je veux dire. Grand, mince, des muscles longs à peine exagérés par la pratique du Quidditch. La peau pâle et des cheveux quasi blancs qui enchâssent ses yeux couleur orage. Les rumeurs sont plus qu'élogieuses quand à ses prouesses au lit.

Mais ce n'est que le physique.

Je ne coucherai jamais avec un apollon si son être ne m'émeut pas.

Or, c'est là que le bât blesse. Malfoy a su m'émouvoir. Sans même l'avoir fait exprès.

Je le connaissais hautain et prompt à humilier les autres. Puis je l'ai retrouvé à terre, humilié lui-même. Chuté de son piédestal.

Et il a su faire preuve d'un courage rare, dans sa volonté de s'en sortir, de tenter de garder le contrôle de sa vie. Son ambition, sa volonté de s'en sortir, ses qualités Serpentardes, jamais je ne les auraient crû si voisines du courage des Gryffondors. De sa fierté, il puise de la noblesse.

Je ne sais pas où s'arrête le distinguo. Mais, en ce moment précis, je me rend compte que je l'estime, d'une certaine façon.

Il se bat avec ruse et roublardise quand j'utilise la hardiesse et la force, mais ses combats n'en sont pas moins âpres. Même blessé, à terre, humilié devant moi, celle qu'il a toujours méprisé, il a trouvé la force de se relever.

Comment ne pas l'admirer ?

Mais de là à coucher avec lui ? Non. Je ne pourrais jamais. En outre, il ne ressent que du mépris pour moi. Mais alors, pourquoi sa demande ?

Et là, il interrompt mes pensées, et je réalise à travers ses paroles ce que je n'avais pas encore compris :

- Si tu ne veux pas me baiser, caresse-moi, touche-moi. Rappelle-moi que je suis vivant. J'ai besoin de chaleur pour ne pas me sentir froid et mort, aujourd'hui. J'ai l'impression que je vais mourir. Je ne suis pas aussi fort qu'ils croient. Je n'y arrive plus...

Son ton est vide, trop neutre pour que je ne comprenne pas toutes les émotions qui se cachent derrière.

Il a mal. Il a peur. Et si il paraît si confiant, si sûr de lui, ce n'est que de l'esbroufe, je le constate maintenant. Ses blessures sont plus profondes que je ne craignait.

Et je le prend dans mes bras, dans cette chaude étendue liquide, offrant un réconfort illusoire à cet ennemi qui a pris, en quelques semaines, un visage aussi humain que le mien. Fragile et tourmenté. Pris au piège de sa lignée. Englué dans ses douleurs.

Je le console, et je le laisse reprendre pied, réajuster son masque d'arrogance et de mépris. Je sais maintenant le visage effrayé qu'il cache dessous.

Bientôt, il ne reste plus rien de son craquage et, si je ne l'avais pas vu, rien ne me le laisserai deviner. Ce qui me fait penser que ce n'est ni le premier, ni le dernier, mais que c'est probablement la première fois que Draco a une main qui se tend à lui pour l'aider.

Le sexe l'aide à s'en sortir, à se sentir vivant, j'imagine. Mais ça reste une façade, une solution instable et malsaine qui l'enferme dans un cercle vicieux. Plus un moyen de maintenir le reste à distance quand ses sentiments sont trop lourds à porter.

Et je crois être la première fille à lui proposer mon amitié sans qu'il y ait de rapports charnels associés.

Il a toujours l'air si sûr de lui, plein de morgue et de suffisance. Je n'aurai jamais cru qu'il fut aussi fragile à l'intérieur.

A-t-il seulement des amis avec qui partager son fardeau ? Un seul ami ?

Je resserre mes bras autour de lui, et, l'espace d'un instant, je le sens s'affaisser doucement entre mes bras, avant qu'il ne se ressaisisse. Ca me suffit. D'une façon étrangement paradoxale, il m'a fait confiance, à moi, son ennemie intime.

Et, quand il se retourne à demi vers moi, ses mots sont froids. Sans agressivité. Juste cette froideur de ceux qui n'ont plus la force d'avoir des émotions. Comme s'il était devenu une machine sans âme.

- Lucius...mon père...il s'est échappé d'Azkaban, Granger.

Sa bouche se contracte soudain, et je me rend compte qu'il sourit tristement. Sa voix s'élève de nouveau, plus humaine. Plus résignée, aussi :

- Le temps de paix s'achève bientôt. Tu le sens aussi, Granger, ce nœud coulant du temps qui se rapproche de nos cous ?

Je le regarde, inquiète. Cette amertume sur ses traits, dans sa voix. Il parle de la guerre, et je sais bien qu'au fond, il a parfaitement raison. Nous allons bientôt nous séparer. Après Poudlard, il rejoindra les siens. Il finira probablement mangemort. Harry continue à soutenir qu'il l'est déjà. Je n'ai pas vu sa marque, mais il existe des sorts de dissimulation qui la camouflerait sans aucune difficulté. Et la prochaine fois que nous nous verrons après notre sortie de Poudlard, il sera très probablement mon ennemi. Mon ennemi. Comment est-ce possible ?

Comment pourrais je me battre contre lui ? M'en protéger, je saurais faire. Mais l'attaquer sciemment ?

Je sens un mouvement sur ma droite, et j'ai à peine le temps de lever les yeux que déjà il s'éloigne, me laissant seule ruminer mes pensées.

Mais sa posture, voûtée comme sous le poids d'un fardeau trop lourd, parle pour lui. Il est aussi désemparé que moi. Plus, probablement.

Parce que, au fond, il est loin d'être stupide, ou aveugle. Il sait que la voie qu'il emprunte est une ignominie. Et que, aussi surprenant que cela puisse paraître, je suis persuadée que, s'il finit un jour sur cette voie, ou s'il s'y trouve déjà, ce ne pourra être qu'à reculons.