Bonjour à tous !

Je m'excuse pour le délais de publication : j'étais en vacance sans ordinateur ! J'espère que cette suite vous plaira tout de même, et j'atends vos avis (qui se font inexistants, mais je vous en veux pas trop ^^ !)

Bonne lecture !

(PS : j'en profite pour annoncer l'arrivée d'un prochain OS -dans les deux jours- sur Bellatrix... me demandez pas pourquoi elle, c'est que le sujet m'inspirais, et elle collait à merveille !)

Chapitre 21 : Poudlard, à nouveau.

Le 28 août, à 6 heures du matin, Severus Rogue se réveilla en sursaut et par réflexe se saisit de sa baguette pour la brandir dans le noir autour de lui et s'illuminer. Pourquoi c'était-il réveillé ainsi ? Il n'avait pas fait de cauchemar, de cela, il s'en serait souvenu. Son cœur battait à tout rompre, les années de service auprès du Seigneur des Ténèbres lui avait été aussi efficaces que les cours de Maugrey pour connaître l'utilité de la vigilance constante et ne jamais sous-estimer le danger extérieur. Il haïssait la peur, lorsqu'elle s'emparait de lui. Cette fois-ci ce n'était pas ça. En un instant il avait allumé au bout de sa baguette une lumière avec laquelle il jeta un rapide regard circulaire à la pièce. N'y voyant rien d'anormal, il éteignit la lumière tout en rabattant les couvertures, et d'un mouvement de poignet les lourds rideaux étaient ouverts et laissaient passer la lumière du jour. Soudain, il remarqua juste derrière lui une sorte de point blanc qui ne devait pas s'y trouver. Il connaissait cette pièce en détail, et il n'y avait jamais rien eu de cette teinte sur son lit. Se retournant d'un coup, il pointa sa baguette dessus et découvrit qu'il s'agissait d'une lettre, et surtout d'un hibou moyen duc qui le regardait avec de grands yeux.

Poussant un soupir à fendre les pierres, à la fois énervé et soulagé, il baissa sa garde après avoir vérifié derrière lui s'il n'y avait rien d'autre d'anormal, et s'assit sur le lit, décrochant le courrier de la patte de l'animal. Il fut étonné de reconnaître le sceaux, l'encre verte et l'écriture de Minerva qui indiquaient une lettre de Poudlard. Qu'est-ce que cela pouvait bien être ? Et puis à cette heure-ci ! Il n'habitait pas à plus d'une heure du château à vol de hibou, mais tout de même… à quelle heure s'était-elle dont levée pour envoyer cela ? Arrêtant de chercher, il décacheta le courrier et en lu rapidement le contenu.

'Chers collègues,

Je m'excuse pour l'heure à laquelle vous allez certainement recevoir ce pli, mais il doit vous parvenir avant ce soir.

Le professeur Dumbledore souhaiterait que vous veniez tous dès demain et non pour le 30.

Cordialement,

Minerva McGonagall.'

Chiffonnant le papier, il le mit par habitude dans la poche de sa robe de nuit et se dirigea d'un pas rapide vers la cuisine. Comme il s'y attendait, l'elfe dormait encore. Cette bestiole était utile, bien sûr, mais il devait avouer qu'il ne l'avait jamais demandée et la récupérer de ces grands-parents (avec le manoir) ne lui avait fait ni chaud ni froid. En plus, cette elfe avait vraiment un nom ridicule. Enfin bon… ce n'était pas son problème maintenant, c'était comme ça et il s'en contentait.

« - Athéna ! lança-t-il d'une voix sèche.

- Oui maître, s'exclama en se levant d'un coup l'elfe en question. Le maître désire-t-il quelque chose ?

- Juste un petit déjeuner… simple, précisa-t-il, connaissant l'habitude qu'elle avait de préparer de gargantuesques quantités qu'elle pensait lui faire plaisir. Quelques toasts, du thé fort et de la marmelade.

- Bien maître, tout de suite, dit de sa voix aigüe la créature tandis qu'il ressortait et allait s'assoir seul à la table de la salle à manger. »

Il n'eut pas à attendre cinq minutes qu'une assiette de toasts, et tout ce qu'il avait demandé, se trouvait devant lui avec tout les vœux de bon appétit possible. Il étala lentement de la confiture d'orange amère sur la tranche de pain encore chaud, et se mit à réfléchir. Qu'avait-il fait de ses 'vacances' ? Il était allé chez Lucius et avait vu son filleul : entre les deux hommes, pas un mot sur le Seigneur des Ténèbres. Severus savait qu'il était en train de chercher à retrouver une bonne place au sein de la société… cet homme, à part la pérennité de sa fierté à l'égard de la pureté de son sang, était de ceux qui suivent le vent. Malheureusement, son fanatisme un peu faux, trop poussé, envers le Maître venait de se retourner contre lui et il se trouvait imbécile. Ces journées passées au manoir Malfoy avait été plutôt ennuyeuses. L'homme qu'était Lucius n'avait pas grand intérêt, à part peut être qu'il était de la race la plus serpentarde des Serpentards. Il devait avouer que l'éducation qu'il donnait à son fils était plutôt positive. Pas très aimante certes, mais comme il ne connaissait pas cet amour d'un père, il ne lui semblait pas aberrant que Lucius considère Drago d'abord comme un héritier. Il espérait juste que le garçon ne suivrait pas son père dans son admiration (car cela existait, c'était vrai) pour le Seigneur des Ténèbres. Il restait son parrain et ne souhaitait pas pour le garçon la même chose que pour lui-même.

A part cela, il était resté dans le grand manoir, avec les portraits d'ancêtres dont il n'avait jamais entendu parler avant parce que son père ne voulait pas entendre une allusion à toutes ces sorcelleries de recettes de grand-mère, comme il disait. Parfois, quand il s'ennuyait, il pensait vaguement à demander à l'elfe de maison comment étaient ses ancêtres. Cependant, il s'en empêchait immédiatement, rattrapé par son orgueil. Il n'allait tout de même pas demander à une créature magique de lui faire la conversation. Il n'était pas tombé si bas, même dans la solitude. Ainsi donc, il avait fait quelques aménagements dans son laboratoire, il avait fait quelques potions et finalement avait inventé une manière d'accélérer la préparation d'une des potions dont l'infirmière se servait presque quotidiennement. Mais, surtout, il s'était morfondu dans ses souvenirs, sa culpabilité, et pendant quelques uns des jours les plus terribles, il ne pouvait plus fermer les yeux sans voir le regard de Lily et la une de la Gazette qui avait annoncé sa mort. Il ne l'avait pas cru, mais il avait fallu l'accepter…

Il fit inconsciemment claquer la porcelaine de sa tasse vide sur la surface froide de la table alors qu'une sensation amère renaissait en lui. Il n'avait rien fait de ces presque deux mois. Rien d'autre que s'ennuyer, se sentir mal, et rendre visite à un ancien mangemort tout sauf repenti avec qui il avait évité tout sujet sensible. Il se sentait déjà mal d'y repenser. Toutes les horreurs qu'il avait commises, et maintenant il était revenu dans le monde normal. Il savait qu'Albus ne croyait pas le Seigneur des Ténèbres mort… il n'en avait donc sûrement pas fini. Il avait envie de se mettre à se lamenter sur son sort. Mais auprès de qui aurait-il pu le faire ? Et puis de toutes manières il refusait de se montrer faible. Il ne lui restait plus que ça pour être quelqu'un : être fort. Il ne voulait pas être aimé, se disait-il en se mentant un peu, il voulait ne plus rien ressentir. C'était trop dangereux.

Se levant soudainement, il se dirigea vers la salle de bain en laissant l'elfe s'occuper du rangement. Dix minutes plus tard à peine, il entrait dans la froide salle à manger à nouveau, et appelait l'elfe qui était habituée et se présenta rapidement.

« - Je pars dès cet après-midi Athéna, dit-il.

- Oui maître. Que dois-je faire durant votre absence ? Pourquoi le maître part-il plus tôt ?

- Le professeur Dumbledore me demande, mentit-il à l'elfe tout en se disant qu'il était ridicule et en forçant la roideur de sa voix. Tu restes ici, tu gardes la maison propre, ordonnée. Si des gens viennent, tu ne laisses pas entrer quelque soit la raison, tu demandes à ce qu'on m'envoie un courrier.

- Bien maître, hocha la concernée en le fixant avec de grands yeux.

- Pour le moment, fais-moi ma valise pour Poudlard. Juste ce avec quoi je suis revenu la dernière fois.

- Tout de suite, dit-elle de sa voix aigüe avant de s'éclipser. »

Satisfait, il s'assit dans le seul fauteuil qu'il utilisait (malgré le fait qu'il y en eût quatre similaires autour de la cheminée), et saisit à côté de lui un ouvrage sur les potions avancées. A peine avait-il entamé le premier chapitre qu'il se rendit compte qu'il avait oublié quelque chose. Il referma le livre et le reposa presque intact là où il l'avait pris, puis se leva et monta une volée de marches pour entrer dans une grande salle où trônait seul un bureau en bois foncé vernis couvert d'un sous-main de cuir vert et accompagné d'une chaise dans les mêmes teintes. Il n'y avait rien d'autre à faire ici que s'assoir au bureau, car les quelques étagères au mur ne servaient que d'entrepôt pour les nombreux dossiers de son grand-père. Il n'y avait jamais touché, et ne tenait pas à le faire. Il n'avait pas ouï-dire que sa famille ait des rapports avec une quelconque forme de magie noire, mais il préférait ne pas le savoir. Se découvrir des ancêtres amoureux de Grindewald, il s'en passerait aisément.

S'asseyant, il tira un lourd tiroir et en extirpa un morceau de parchemin vierge, ainsi qu'une plume intacte. Il ouvrit dans un déclic sonore, qui contrastait avec le silence environnant, un encrier. Y trempant la plume jusqu'à ce qu'elle soit suffisamment imprégnée pour que l'écriture soit fluide, il eut un mouvement du bras pour écarter sa manche puis se mit à écrire rapidement.

'Minerva,

Je serais à Poudlard dès cet après-midi.

Cordialement,

Severus Rogue.'

Il avait hésité à ajouter une forme de politesse ou une autre au début de son message, mais la sobriété lui allait mieux. Qu'écrirait-il d'autre de toutes manières ? Il n'était pas à l'aise avec les manifestations de sympathie, et il n'avait d'ailleurs, se convainquit-il, aucune forme de sympathie dont il eut eu à lui faire part. Jetant un dernier coup d'œil à la missive extrêmement courte, il appela à nouveau son elfe de maison et lui demanda d'aller remettre cette lettre à la directrice adjointe. Il savait qu'Athéna pourrait aller directement dans l'établissement, cela serait milles fois plus rapide et pratique que d'envoyer un hibou, et même s'il ne lui demandait pas son avis il pensait qu'il était correct qu'elle fût au courant de sa venue avant qu'il ne débarque.

L'elfe lui expliqua avec la multitude de marques de déférence habituelle –qui le rendaient souvent fou tant cela prenait du temps- que ce serait fait immédiatement, que la valise du maître était prête, et que le maître pourrait partir dès qu'il le souhaiterait. Il acquiesça, la fit partir tout de suite, et alla s'installer à nouveau dans son fauteuil, laissant derrière lui la froideur inhumaine de la pièce et les dossiers intouchés de son grand-père.

La fin de la matinée fut pour Severus accompagnée des chapitres qui se succédaient au sujet d'une potion et d'une autre. Il lisait, au fond, sans trop se concentrer. Il l'avait déjà lu, déjà relu, déjà lu à nouveau. C'était un peu la base de ses connaissances spéciales en matière de potion. Le livre des débuts de sa véritable réussite. Il reposait toujours dans son laboratoire (ou celui de Poudlard lorsqu'il y était). Ce livre avait été là à chacune des potions qu'il avait améliorées ou fabriquées. Quelque part, il s'agissait d'un talisman. Pas comme son livre de classe de jeunesse, celui-là lui rappelait plutôt des mauvais souvenirs. Non, une sorte de porte-bonheur. Cela, il ne l'aurait jamais admis, et d'ailleurs il ne s'en rendait pas compte. Mais cela fonctionnait de cette manière. Le lire lui servait de détente, et régulièrement il y redécouvrait un sens nouveau à une chose ou une autre, comme cela arrive aux grands lecteurs avec les chefs d'œuvre de la littérature qui ne signifient plus la même chose aux âges où on le lit, à chaque nouvelle lecture. Il n'avait été interrompu qu'un instant au retour de l'elfe qui lui avait dit que 'la directrice adjointe de Poudlard disait que c'était bon'. Il mangea rapidement à midi ce qu'on lui présenta (il y avait longtemps qu'il ne s'embarrassait plus à demander à Athéna des plats compliqués et parfumés pour lui tout seul : à Poudlard, cela avait un sens, pas ici) puis monta prendre ses affaires. Un 'reducto' lui permit de les faire entrer dans la poche de sa cape noire, et il alla dans la large entrée où l'attendait l'elfe fidèle à son poste. S'étant vu souhaiter pas couinements un agréable séjour à Poudlard, et ayant entendu toutes les promesses possibles quant à la tenue impeccable de la maison en son absence, il put enfin sortir et sur le pas de la porte transplaner devant les larges grilles du château.

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Le professeur McGonagall était revenue à Poudlard depuis le 15 août et y avait passé presque deux semaines passionnantes où tout forme d'activité constituait à écrire des courriers individuels aux élèves. Il y avait les anciens à qui l'on faisait part de la liste de leur matériel et parfois de leur statut de Préfet ou Préfet-en-Chef. Il fallait aussi joindre les résultats des BUSES ou des ASPICS. Cela, c'était encore le plus rapide mais bien malheureusement la dernière chose à faire. Car, la priorité était les nouveaux élèves : ceux qui étaient de famille sorcière où du moins en partie n'étaient que l'affaire d'un courrier ; mais les jeunes sorciers nés de parents moldus nécessitaient des lettres précises, qui expliquaient et le monde magique et le fonctionnement de l'école… Heureusement, ceux-là n'étaient pas les plus nombreux ; mais elle devait régulièrement aller chez les gens et métamorphoser une ou deux tasses en souris d'appartement pour les convaincre. Et puis, il fallait trouver une date –Merlin merci on ne leur laissait pas le choix !- où Hagrid accompagnerait toutes ces chères familles sur le Chemin de Traverse, afin qu'ils puissent faire leurs achats (le fait étant que les moldus ne pouvait pas ouvrir l'entrée par le Chaudron Baveur sans baguette, et se seraient de toutes manières perdus là-bas, ne comprenant, au bas mot, rien du tout). Cette année ils avaient été cinq, et lorsque tous avaient été convaincus et détenteur d'un billet pour le Poudlard-Express, elle s'était sentie libérée –même si le travail n'était pas fini. Mais avant de revenir à Poudlard, elle s'était plongée dans sa bibliothèque, avait revu les rares amies qu'il lui restait de sa jeunesse ou même d'années plus proches, et s'était promenée sous sa forme d'animagus dans la campagne environnante.

Assise derrière son bureau, la directrice adjointe regardait la liste devant elle, tenant à la main une plume et biffant le dernier nom de la liste. C'était bon, tous les élèves étaient prévenus. Elle avait passé son temps seule dans le château avec le directeur qui semblait n'avoir pas d'autre maison. La veille, il lui avait demandé de convoquer les professeurs avec un jour d'avance, ce qui signifiait pour le lendemain même. Elle lui avait demandé pourquoi, mais n'obtenant pour réponse qu'un regard pétillant et la promesse qu'elle aurait la réponse le jour où tous seraient de retour, elle ne pouvait s'empêcher de le suspecter d'avoir un plan (pour le moins boiteux) derrière la tête. Cet homme était un ami très cher, mais il y avait des jours où malgré l'admiration qu'elle vouait à son grand savoir elle avait une envie difficilement maîtrisable de lui mettre une gifle monumentale et le sermonner comme un enfant. D'un autre côté, elle savait que cette excentricité faisait partie des choses qui faisaient de lui un très grand sorcier… mais tout de même.

Elle reposa la plume, replia le papier, et l'envoya d'un coup de baguette se ranger avec ceux des années précédentes. Il était 13h, elle avait mangé en tête à tête avec Albus dans la salle des professeurs, car la Grande Salle était décidément ridiculement spacieuse pour deux personnes. Bientôt ils seraient trois. Elle eut une esquisse de sourire en se disant que dès ce soir et jusqu'au lendemain cela risquait d'être drôle. Le directeur et les directeurs des deux maisons rivales du château seuls ensembles. Elle décida d'aller s'assoir dans la salle vide des professeurs et d'y lire avec un café. Le soleil baignait la pièce à cette heure de la journée alors qu'il dédaignait ses appartements personnels, et ce soleil était suffisamment rare, même en fin août, pour qu'elle n'ait nulle envie de n'en pas profiter. Elle s'assit donc dans un fauteuil, et se mit à réfléchir à ce qu'elle allait lire. Une envie de Shakespeare la prit, et un 'accio Roméo et Juliette' envoyé dans la direction qu'elle savait être la bonne permit au dit-ouvrage d'arriver entre ses mains moins d'une minute plus tard. Elle aimait cette belle littérature moldue, et vue la qualité des écrits il n'y avait aucune honte en soi à clamer lire du Shakespeare. Cependant, elle ne lisait pas Hamlet (bien que l'œuvre fût parfaite elle en convenait) mais bien la tragédie des amours impossibles et passionnés. Et cela, elle ne laisserait personne s'en rendre compte. Elle perdrait toute autorité, elle en était sûre, si on la soupçonnait d'une sensibilité à ce type de littérature. Et même, il était hors de question qu'elle fût surprise à lire cela. Cependant, elle était seule ici, alors quel risque ? Elle ouvrit donc l'ouvrage là où elle y avait laissé un marque-page, et entrepris de continuer sa lecture. Elle ne lisait que rarement des 'futilités'(*) et il y avait longtemps, depuis qu'elle était de retour à Poudlard en fait, qu'elle n'avait pas continué la lecture de cette histoire. Le soleil la réchauffait doucement, et sous ses yeux deux amants interdits se juraient un amour éternel.

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Severus alla d'abord à ses appartements pour y déposer la valise qui avait retrouvé sa taille normale à nouveau, puis passa au bureau d'Albus pour lui dire qu'il était là. Le vieil homme hocha la tête sans poser de questions, conscient sans aucun doute que c'était l'ennui qui l'avait poussé à avancer sa venue. Le professeur de potion reparti donc très rapidement en direction de la salle des professeurs où il se doutait qu'il pourrait trouver sa collègue. Ce n'était pas qu'il ait une envie irrépressible de la voir elle, mais il l'informerait ainsi de vive voix de son arrivée, et il fallait avouer qu'une compagnie humaine (et non plus celle d'une elfe de maison pire que déférente) ne pourrait lui faire de mal. Leur rapport serait juste conventionnel, il n'allait pas commencer cette année comme la dernière et il avait décidé de faire comme si de rien n'avait été, mais des discussions –même sur les programmes- ne lui feraient pas de mal. Dans son esprit, la réflexion était bien moins organisée et sans doute cela lui aurait-il déplu s'il en avait eu complètement conscience.

Ouvrant la porte sans prendre de précautions, il jeta un œil circulaire et découvrit en tout une dizaine de chaises et fauteuils vides, et celui qui lui faisait dos était occupé par sa collègue, semblant absorbée dans ses pensées puisqu'elle ne réagissait pas. Il fit donc un pas et l'apostropha de son ton habituel, froid, mais cherchant à ne pas être non plus au summum du désagréable.

« - Minerva, je ne vous dérange pas j'espère.

- Non, non, lui répondit-elle d'un ton empressé et qu'elle tentait de prévenir contre les accents de la surprise tandis qu'elle refermait précipitamment le volume et le glissait entre l'accoudoir et sa jambe. Vous êtes de retour ?

- Oui, confirma-il en n'ayant rien remarqué, je n'avais plus rien à faire chez moi.

- Je comprends, dit-elle en hochant la tête et ayant retrouvé sa froide prestance.

- Pourquoi Albus veut-il que nous venions un jour plus tôt ? interrogea-t-il.

- Je n'en sais rien, soupira-t-elle en montrant la pointe d'énervement en elle. Mais manifestement il a des projets pour cette année.

- Quel genre ?

- De ceux qu'il considère comme des bonnes surprises, grimaça-t-elle légèrement en observant le visage pourtant stoïque de son collègue s'agiter d'un léger rictus de désagrément. Voulez-vous une tasse de thé ?

- Je m'en occupe, dit-il puisqu'il était encore debout et elle toujours assise.

- Merci, répondit-il avec un ton de voix qui signifiait qu'elle aurait pu sourire.

- Nous avons donc à craindre pour notre vie, dit-il dans une tentative d'humour qui fonctionna puisqu'elle esquissa un véritable sourire en se saisissant de la tasse.

- En effet. Quoique personnellement j'ai cessé de craindre pour me vie, ce n'est pas la première fois. »

Il tenta un début de rire assez sincère, et il y eut un silence. Ils se parlaient sans animosité, ce qui était assez normal de par leur statut... mais surtout les souvenirs de l'année passée semblaient ne pas venir obscurcir la discussion. Ils étaient deux personnes civilisées et extrêmement polies pour ne pas dire guindées qui discutaient d'un peu 'rien' en faisant un peu d'humour faussement spirituel. 'Health and Weather'…(*) rien de plus, rien de moins… La fin, tout de même, était étonnante lorsque l'on savait que les deux protagonistes étaient la droite directrice adjointe et l'irascible maître des cachots : la badinerie, même de convenance, semblait en désaccord avec leur personne même. Cependant, ni l'un ni l'autre n'avait le sentiment d'y perdre son honneur et leur orgueil n'en était pas blessé : peut être, sans doute, était-ce simplement car quoique les souvenirs n'y interfèrent pas, les faits de l'année passée avaient fait naître une certaine liberté naturelle l'un à l'autre. Liberté qui n'empêchait en rien les plus strictes convenances et une froideur minimale, mais tout de même.

« - Le château n'est plus lui-même, ainsi silencieux, alimenta-t-il la conversation.

- Il l'était déjà à la fin de l'année dernière.

- Nous étions plus…

- Certes, acquiesça-t-elle. Vous comptiez faire quelque chose au château aujourd'hui ?

- M'y réinstaller, répondit Severus en essayant d'être aussi naturel que possible pour qu'elle n'aille pas plus loin. Il n'avait pas envie de s'étendre sur son ennui personnel, et s'attaquant aux plus plates banalités : vos vacances ?

- Des vacances, que voulez-vous… dit-elle sans émotions car elle-même n'avait pas envie de raconter ses activités personnelles, ou plus précisément le peu qu'il y avait d'entres elles. »

Il y eut un nouveau silence. Minerva glissa le mince ouvrage dans la poche de sa robe et se sentit un peu plus soulagée. Il lui avait semblé naturel de ne pas se laisser surprendre à une telle lecture. Elle imaginait déjà son sourire un peu méprisant s'il l'avait vu lire cela –parce qu'elle ne doutait pas un instant qu'il connaisse Roméo et Juliette, même les sorciers Sangs-Purs jusqu'au bout des ongles en savaient par cœur l'histoire (bien qu'expliquant qu'ils étaient l'un et l'autre sorciers)-, un sourire comme elle ne les supporterait pas. Finalement, après que se soient écoulées quelques minutes, elle se leva, digne :

« - Excusez-moi, je vous laisse. Je ne sais pas si vous le savez mais les repas sont prévus ici-même pour les jours qui restent jusqu'à l'arrivée des élèves.

- Merci, dit-il d'une voix neutre, ayant vaguement l'impression qu'il avait trop parlé pour une seule journée.

- Bonne fin d'après-midi.

- Merci, à vous aussi, répondit-il dans le respect le plus drastique des convenances.

- Espérons qu'Albus ne nous tuera pas demain.

- Oui, espérons. »

Elle sortit de la pièce et laissa la porte se refermer derrière elle. Severus regarda sa tasse encore à moitié pleine et la reposa tout de même sur la table devant lui. Se laissant aller contre le dossier du fauteuil, il ferma les yeux. De retour à Poudlard. Une seconde année d'enseignement… déjà. Se pouvait-il véritablement qu'il soit rentré dans le moule et que jamais plus on ne vienne l'incommoder avec son passé de mangemort ? Il en doutait. C'était étrange. Comme une sensation de normalité. Le train-train quotidien qui allait reprendre ; le premier de sa vie à vrai dire. Il secoua doucement la tête et rouvrit les yeux. Il avait espoir, au fond, que maintenant c'était fini. Mais il ne pouvait pas le croire, c'était impossible. Sa vie serait vide, au fond, s'il ne faisait qu'enseigner les potions à une bande d'incapables… Il se mit à réfléchir à ce qu'il ferait si le Seigneur des Ténèbres, c'était vraiment fini. Il eut presque envie de rire dégoûté en s'imaginant en tablier en train de jardiner, et se dit qu'il irait immédiatement offrir ses services aux aurors. Il s'ennuierait. Aucune attache sentimentale, plus maintenant. L'idée l'effleura : recommencer sa vie, et cela avec. Cependant, il se leva d'un coup, secoua vigoureusement la tête. De toute façon, il n'en voulait pas d'une relation… et puis ce ne pouvait pas être fini, le Mage noir…

(*) Je le sais, parler de Shakespeare comme d'une futilité fait bizarre ! D'ailleurs… elle-même ne le considère pas vraiment comme ceci. Mais le théâtre, la poésie ou le roman ne sont pas de lourds traités de théorie. Ceci explique cela !

(*) Ensuite, Je ne sais pas si ce sont les mots exacts, mais la signification globale est 'La Santé et le Beau Temps' qui sont les seuls sujets de conversation autorisés à la jeune héroïne de My Fair Lady (je pense que vous verrez ce dont je parle :D)

Voici !