A force de modifier les derniers chapitres par petite touche par ci par là avant de les modifier, je ne me souviens plus bien de ce qui a déjà été dis et fais alors il y aura probablement quelques erreurs ou redites dans ce chapitre.

Le point positif c'est que je n'ai pas abandonné cette fic même si j'ai souvent (tout le temps) du retard dans la publication.

Enfin profitez!

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Son prochain réveil fut beaucoup plus facile. Elle n'était pas pleinement remise –et de loin d'ailleurs- mais elle pouvait bouger ses doigts et cette simple réalité lui offrit un soulagement notable. Les nanomachines faisaient bien leur office. Elle tenta de se redresser au fond de son lit et nota qu'elle venait de se réveiller probablement en plein milieu de la nuit. Il faisait noir à travers la fenêtre et il ne restait que Natsuki, courbée sur son lit, en train de baver sur ses draps.

« Vous êtes réveillée. »

Sa tête se releva brutalement pour découvrir qu'il y avait en fait une autre personne présente dans la pièce. Miyu se tenait dans un des coins sombres de la chambre parfaitement dissimulé avec ses vêtements noirs.

« Quelle promesse avons-nous pu nous faire ? »

Le regard de Shizuru balaya la salle. Lena, Miss Maria et celui qui avait dû être un médecin étaient absent. C'était probablement mieux ainsi. Rien ne servait d'avertir Lena de son funeste destin. Elle avait encore 5 longues années avant d'en arriver là.

« Lena Sayers, murmura-t-elle pour ne pas réveiller Natsuki. La descente d'Alyssa. »

La précision était pour indiquer à Miyu qu'elle savait de quoi elle parlait.

« Elle doit mourir dans 5 ans, poursuivit-elle tranquillement. »

Un éclat d'inquiétude parut illuminé le regard de l'androïde.

« Sa GEM se brise, expliqua-t-elle. Du fait de son cumul de pouvoir : HiME-Otome. Elle devient alors vulnérable et… elle se fait tuer. Tu n'as jamais été précise sur ce qui était arrivé. »

Miyu s'approche et la faible lumière de la lune et des moniteurs éclairent son pâle visage et exacerbe ses traits. Il y a quelque choses d'étrange de ne voir qu'un visage stoïque et pourtant de percevoir une peur profonde et véritable.

« Alors quelle aide, pourrais-tu m'apporter ? »

Shizuru parvint à tapoter sa propre GEM.

« Tu me l'as donné, indiqua-t-elle en grimaçant à ce simple mouvement.

-Je ne connais pas cette GEM, rétorqua Miyu.

-C'est normal, tu vas la créer. Trop tard pour la donner en remplacement à Lena cependant. Ton toi-futur me l'a confié. Elle a estimé que 5 ans serait amplement suffisant pour que tu puisses en refaire une sur le modèle de celle-ci. »

Miyu s'approcha et se pencha vers elle, le regard se vrillant à nouveau sur la GEM. Shizuru aurait pu jurer que les mains robotique de Miyu fourmillaient d'impatience pour se saisir de la GEM et l'étudier sérieusement.

« Miyu ? »

L'androïde reporta son attention sur elle.

« Dès que j'irai mieux, tu pourras faire ce que tu veux de la GEM dans le pilier. »

Le regard rose de Miyu sembla luire à la compréhension commune de ce qu'elle avait fait pour lui fournir de l'énergie.

« Juste, laisse moi celle-ci, dit-elle en indiquant celle à son oreille. Elle empêche mes nanomachines de me tuer. »

Miyu acquiesça simplement comprenant qu'elle devrait juste prendre son mal en patience.

« Je voudrais bien un peu d'eau, lui demanda-t-elle finalement. »

Miyu lui servit un verre muni d'une paille. Shizuru but avidement.

« Kami-sama, j'ai l'impression de ne pas avoir goûté de l'eau pure depuis des siècles. »

La remarque intrigua certainement Miyu qui l'en interrogea. Shizuru n'escomptait pas faire part au monde de son avenir. Elle comptait le changer et en éviter les fatales conclusions. Miyu avait cependant été d'une aide précieuse en 330 et elle pouvait se montrer d'une aide précieuse dans l'entreprise longue et dangereuse qu'elle comptait entreprendre une fois sur pied.

« Dans 30 ans à peu près, il y aura un nouveau Carnaval mené par des clones d'HiME, grimaça-t-elle d'une voix encore plus faible par peur d'être entendue par une autre personne. La gagnante travaille pour Schwartz et utilise son vœux pour obtenir l'Harmonium. La destruction qui en résulte… est mondiale. »

Elle n'a pas besoin d'expliquer plus en détail les conséquences de l'Harmonium et la raison pour laquelle Shizuru apprécie si indéniablement l'eau pure.

Shizuru et Miyu discutèrent encore quelques minutes. Shizuru lui expliqua l'époque à laquelle elle s'était rendue et comment les choses s'y étaient déroulées. La curiosité de Miyu dut être apaisée, car elle se retira finalement, indiquant à Shizuru qu'elle devait s'efforcer d'aller mieux rapidement pour qu'elle puisse entamer son étude sur la GEM Super Meister ancré dans le pilier.

Et pour qu'elle puisse rapidement tenté de sauver le monde. Après tout Miyu voulait que les descendants d'Alyssa survive et laisser le monde se détruire n'allait pas y contribuer, elle comptait bien participer à sa sauvegarde.

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Shizuru soupira au moment de paix dont elle avait enfin accès. Elle avait l'impression qu'une vie entière la séparait de son premier départ pour le futur, alors que les choses avaient duré quelques semaines au plus. Des semaines trépidantes, incroyables et effrayantes.

Elle bascula sa tête pour reposer son regard sur Natsuki. La jeune femme n'avait pas été perturbée par la conversation échangée à voix basse avec l'androïde. Elle paraissait épuisée. Shizuru ne doutait pas que Natsuki l'ait veillée depuis leur arrivée.

Après tout, lorsqu'elle avait été blessée face au Third District, Natsuki avait refusé de s'éloigner trop longtemps d'elle, comme si elle allait disparaître en son absence ou se blesser de façon pis encore. Elle avait probablement raison. Shizuru avait la mauvaise habitude de se blesser dernièrement.

Du bout des doigts, elle caressa le pli qui fronçait les sourcils de Natsuki même dans son sommeil. Sa peau était douce et chaude. Elle était bien vivante et avec elle dans le futur.

Shizuru grimaça consciente que son inquiétude pour Natsuki ne lui ferait pas oublié qu'elle l'avait entrainé de force dans le Temps, abandonnant derrière elle Haruka, Yukino et les autres. Elle les avait laissé mourir.

Natsuki n'était pas comme elle, Shizuru en était consciente. Elle ne comprendrait pas la nécessité de laisser les évènements se dérouler comme ils devaient se dérouler. Shizuru l'avait à peine comprit elle-même. Mais elle avait vu le futur apocalyptique de l'an 330. Elle avait vu ce que Schwartz avait fait au monde dans le futur. Quand Miyu avait affirmé qu'ils pourchasseraient Shizuru, Natsuki et chacune des HiMEs dans son présent pour les tuer, fuir dans un lieu inaccessible –en l'occurrence une autre époque- était logique. Quand on savait les moyens mis en œuvre pour affaiblir l'humanité, la simplicité qu'ils auraient à tuer quelques personnes ne pouvait pas être remise en cause. Surtout quand il semblait connaître tant de choses sur elle et qu'elle en connaissait si peu sur eux.

Shizuru allait juste devoir le faire comprendre à Natsuki, se montrer suffisamment convaincante pour qu'elle lui pardonne à défaut d'accepter ses choix.

Mais pas tout de suite. Shizuru voulait simplement profiter du moment de paix dont elle avait enfin droit. Elle s'efforça de ne pas glisser ses doigts dans les mèches de Natsuki malgré son envie de contact, elle ne voulait pas la réveiller. Elle craignait trop que sa petite amie ne la confronte à ce sujet dès son réveil. Elle n'avait ni l'énergie ni l'envie d'avoir cette conversation dès maintenant. Ou jamais.

Elle laissa donc son regard suivre les traits de Natsuki, alors qu'elle se gorgeait de l'énergie qui paraissait s'écouler du pilier jusqu'à elle via les GEM. Elle avait l'impression que son corps –douloureux, l'ensemble de ses muscles et articulations la brulait affreusement- se réparait sous l'impulsion des nanomachines. Elles réparaient les cellules qu'elles avaient détruites plus tôt lorsqu'elles avaient dû les convertir en pure énergie pour terminer le saut dans le temps.

En attendant que les nanomachines la guérissent, chaque battement de cœur était incroyablement douloureux. La souffrance dans sa poitrine était comme un incendie dont l'intensité diminuait graduellement sous l'impulsion des nanomachines mais de manière beaucoup trop lente à son goût.

Respirer avait été une véritable torture lors de son premier réveil et si elles paraissaient toujours avoir un poids sur la poitrine, Shizuru se sentait mieux. Même si au vu de son état actuel ça pouvait être difficile à croire. Elle s'efforça de garder une respiration régulière, inspirant et expirant des bouffés d'air qui lui paraissait brulante.

Elle plia et déplia les doigts avec l'affreuse sensation d'avoir les muscles et les nerfs à vifs. Sa mâchoire se serra sous la douleur mais elle devait s'estimer heureuse d'être en vie et capable de pouvoir se mouvoir. Elle accueillait presque la douleur avec joie, parce qu'elle était la preuve même qu'elle était en vie.

Finalement le besoin d'un contact humain eut raison d'elle et elle se força à tendre la main pour celle de Natsuki alors emmêlée au drap. Elle en éprouva un immense réconfort. Natsuki l'ancrait à une réalité qui semblait s'effilocher à force de voyage dans le Temps.

Elle avait beau s'être répété les dates et informations importantes transmises par Miyu dans le futur alternatif qu'elle avait visité, elle avait la sensation de sombrer dans les méandres du Temps.

Cela semblait tellement improbable qu'elle puisse défier le Temps sans conséquence. Pouvoir modifier les choses à sa convenance n'aurait pas dû être une possibilité, c'était un pouvoir trop puissant, aux ramifications trop importantes pour qu'un être humain puisse en user à son gré. Shizuru avait pour ainsi dire droit de vie ou de mort sans avoir à s'inquiéter de quoi que ce soit.

Bien sûr, elle devait être reconnaissante de pouvoir le faire. Voyager à travers le temps lui avait permis de sauver Natsuki, mais cela compliquait incroyablement les choses. Elle se sentait responsable du futur du monde, parce qu'elle pouvait savoir ce qui allait se passer et elle pouvait remonter le temps pour changer les choses. Rectifier les erreurs.

Elle avait l'impression de se sentir écraser par le poids des responsabilités. Et cela voulait dire beaucoup pour une personne qui avait toujours grandi dans l'optique de reprendre et dicter les choix d'une entreprise internationale dont le bon fonctionnement permettait de fournir des dizaines de milliers d'emploi de par le monde.

Les films de super héros oubliaient de traiter cette partie. Sauveur du Monde devait certainement être un des métiers avec le plus de Burn-out. Après tout c'était un travail sans fin dont les échecs pouvaient coûter cher. Un travail qui demandait parfois des sacrifices insurmontable…

Shizuru ne put néanmoins s'empêcher de sourire distraitement. Elle ? Un Sauveur du Monde ?

L'ironie ! Elle serait la première à réduire le Monde en cendre si cela pouvait lui permettre de sauver Natsuki.

Malgré elle, ses pensées se dirigèrent vers Haruka et Yukino. Elle avait beau être convaincue d'avoir fait le bon choix, les larmes lui piquèrent les yeux. Après tout, elle les avait bel et bien sacrifiées. Un simple avertissement aurait probablement pu les sauver et elle aurait pu se dédouaner de leur mort. Si Schwartz finissait de les tuer autrement, cela signifierait simplement que c'était le destin et qu'elle aurait eu raison de placer Natsuki en sécurité dans le futur. Elle n'en serait plus responsable...

A la douleur qu'elle ressentait, elle savait qu'elle ne tenterait jamais plus de voyage dans le futur à plusieurs si ce n'est qu'en cas d'extrême urgence. Pour sauver Natsuki.

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« Shizuru ? »

La voix ensommeillée de Natsuki ramena Shizuru à la réalité. Les yeux émeraude de la jeune femme l'observaient avec un mélange indescriptible de sentiments.

Natsuki se redressa sur son siège, faisant craquer sa colonne vertébral mise à mal par sa mauvaise position de sommeil. Elle se pencha aussitôt vers Shizuru, sa main libre se glissant de son front à sa joue. Ses gestes empressés pour juger de sa température ralentirent en une caresse, son pouce effleurant sa lèvre inférieure.

« Je doute que tu puisses juger de mon état de santé ainsi, se moqua-t-elle gentiment.

-Je n'en ai pas besoin, renfila Natsuki. Toutes ses machines servent à ça. »

Elle pointait les multiples moniteurs qui clignotaient autour d'elle.

« Tu as l'air d'aller mieux, reprit-elle d'une voix plus douce. Tu as repris des couleurs et ta température semble être remontée.

-Je me sens mieux, confirma-t-elle. Enfin… j'ai l'impression qu'un camion m'a renversé mais je me sens mieux. »

Ses sourires un peu trop large étaient forcés, elle cherchait la rassurer, mais elle ne se sentait pas en état d'afficher réellement une telle joie.

« Qu'est-ce que tu essais de juger maintenant ? »

Le ton léger rappela à Natsuki que la pulpe de son pouce balayait toujours les lèvres gercées de Shizuru.

« Ce n'est pas comme ça qu'on prend le pouls, la taquina-t-elle.

-Oh tait-toi, se plaignit Natsuki les joues rouges laissant sa main se reposer contre sa joue.

-Jamais, sourit-elle. Je- »

Natsuki l'embrassa. Ses lèvres étaient chaudes et lisses contre les siennes. Toute son attention se réduisit à ce simple contact lui faisant oublier son corps douloureux. Puis elle le perçut, le léger tremblement des doigts de Natsuki contre sa joue, le resserrement presque douloureux de sa main par la jeune femme et l'humidité au gout de sel contre ses lèvres.

« J'ai trouvé comment te faire taire, se félicita Natsuki en se reculant finalement. »

Shizuru ne retourna pas de mots d'esprit ou de pique. Natsuki pleurait, rattrapée par la peur tétanisante d'avoir manqué de la perdre. Elle s'était montré forte et en colère tout le temps où son état avait été critique, mais à présent que Shizuru était éveillée et consciente, Natsuki sentait ses défenses s'écrouler comme un fragile château de carte face à une tempête. Elle avait encore manqué de la perdre sans pouvoir rien à y faire.

Elle se sentait incroyablement inutile. Ses sommes, agités, avaient été emplis de Shizuru et de Viola, des blessures et de la mort que ces deux versions de la femme qu'elle aimait avait subi. Le corps décharnés de Shizuru à leur arrivé dans leur futur n'était qu'un nouveau cauchemar à affronter.

« Shhh, Natsuki. Tout va bien.

-Bien ? Bien ?! Tu as oublié le moment où tu étais en train de mourir ? Tu as fait deux arrêts cardiaques Shizuru ! Ton corps se désagrégeait ! Je pensais t'avoir perdu ! »

Malgré la souffrance débilitante, Shizuru se redressa et attira Natsuki contre elle. La serrant aussi fort qu'elle le pouvait, ce qui n'était pas grand-chose, elle devait bien le reconnaitre.

« Shhh, Shhh Natsuki. »

Natsuki s'agrippa à elle, ses doigts creusant dans sa chair. Elle allait probablement y laisser sa marque sous forme de bleu, mais c'était le moindre de ses soucis. Elle berça Natsuki contre sa poitrine, se jurant de se montrer plus prudente, même si elle admettait que cela serait difficile avec la mission qu'elle s'était donnée.

Natsuki avait fini par se calmer alors qu'elle se retrouvait presque allonger de tout son long sur elle. Elle écoutait son cœur, comprit finalement Shizuru. Natsuki adorait poser sa tête sur sa poitrine et écouter les battements de son cœur, la preuve qu'elle était en vie.

« Qu'est-ce que j'aurai fait si tu étais morte ?

-Tu te serais efforcée de vivre pour moi, lui souffla-t-elle à l'oreille. Tu te serais efforcé à trouver quelqu'un d'aussi incroyable et merveilleux que moi – ce qui aurait probablement constitué une longue quête et…

-Tu es en train de te lancer des fleurs, grommela Natsuki. Tu n'es même pas sérieuse Shizuru.

-Parce que je ne veux pas l'être, admit Shizuru. Je suis en vie et je ne veux pas m'attarder sur les « et si » maintenant. J'ai la possibilité d'embrasser ma splendide petite amie, de mon point de vue, tout va bien. »

Natsuki se redressa et Shizuru sut aussitôt qu'elle avait dit la mauvaise chose. Tout n'allait pas ''bien'', elle était en mauvaise santé et elle avait emmené de force Natsuki à travers le temps en laissant Yukino, Haruka et tous ceux présents chez les Suzushiro à une mort certaine.

« Comment as-tu pu ? »

Le moment d'intimité était donc bel et bien terminé. La voix de Natsuki se balançait entre l'incompréhension, la tristesse et la rage. Shizuru connaissait suffisamment Natsuki pour savoir vers quoi s'orienterait la conversation. Natsuki avait passé sa vie à se nourrir de la colère.

« Tu les a laissé mourir dans une explosion ! Il aurait suffi de quelques minutes pour les alerter et leur sauver la vie ! Quelques minutes, Shizuru ! »

Shizuru grimaça sous la colère de Natsuki. Elle avait beau se dire qu'elle avait fait ce qu'il fallait pour assurer la survie de Natsuki, elle-même n'arrivait pas à justifier d'avoir laisser les choses se dérouler ainsi. Elle s'était arroger un droit de vie ou de mort en décidant de qui méritait d'être sauvé ou non.

Elle en eut soudain la nausée.

Elle aurait probablement été vraiment malade si Miyu ne se montra pas à ce moment là. Shizuru avait été convaincu que l'androïde était partie à l'ancienne Académie de Fuuka pour retourner au pilier étudié la GEM. Elle semblait avoir pourtant jugée qu'elle serait plus utile ici pour le moment.

« C'est une conversation quelque peu privée, cassa Natsuki furieuse d'avoir été interrompu.

-Je comprends, acquiesça Miyu. Si je puis me permettre néanmoins, je tiens à indiquer que vos reproches envers Fujino-san sont infondés. »

Elle s'attira un regard incrédule de Shizuru, emplis d'une multitude de questions auxquelles Miyu se décida de répondre. Il était cependant bien plus difficile de savoir ce que ressentait Natsuki.

« Les Suzushiro, les Kikugawa et leurs invités ne sont pas mort dans l'explosion du manoir, rappela Miyu.

-Nous en avons parlé plus tôt, s'agaça Natsuki. Elles ont peut-être survécu à cet attentat mais le fait est que Shizuru les a laissé à leur sort ! »

Shizuru se sentit déchirée entre une joie indicible que tous les gens du manoir aient survécu et une douleur débilitante qui n'avait rien de physique cette fois : Natsuki de toutes les personnes lui avaient laissé croire à leur mort… lui avait adressé les reproches qu'elle se faisait déjà en sachant que cela la blesserait.

Pire d'une certaine manière elle l'avait rendu responsable de leur mort, peut être parce que c'était ainsi qu'elle la voyait... comme une meurtrière, un monstre au cœur de pierre qui avait sacrifié sans hésitation celles qu'elle considérait comme des amis. Si le choix avait été rapide, cela ne signifiait pas qu'elle n'en souffrait pas.

A cet instant et peut être pour la première fois de sa vie, Shizuru en voulut à Natsuki.

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Miyu lui confirma qu'effectivement l'attentat avait en effet eu lieu mais que la demeure avait été évacué de manière préventive une quinzaine de minutes avant l'explosion. Il y avait eu toutefois deux victimes et quelques blessés mais personne qu'elle ne connût.

Shizuru se sentit presque coupable d'être aussi soulagée alors qu'il y avait eu deux morts.

Elle laissa son regard glissé vers Natsuki partagée sur ce qu'elles devaient se dire à présent. Elle aussi était en colère à présent.

« Elles ont survécu, sourit-elle hésitante restant incapable de lui faire part de ses propres récriminations. »

Elle voulait simplement le calme, le réconfort et les rires qu'elles avaient eu aux premières minutes de son réveil.

« Durant trois semaines après cet incident, lui confirma doctement Miyu. »

Shizuru blêmit, ses yeux passant du visage fermé de Natsuki à celui indifférent de Miyu.

Elles étaient mortes ? Comme on le lui avait prédit, survivre au manoir n'avait donc que retardé l'inévitable ? Elle aurait préféré que Miyu lui laisse croire qu'Haruka et Yukino avaient eu une longue et paisible vie. Elle commençait à se sentir affreusement habituer aux désillusions.

Et elle se sentait toujours aussi responsable...

« Comment ça ? balbutia-t-elle effarée.

-Schwartz voulait leur mort. Après leur échec, ils ont simplement fait une nouvelle tentative.

-Comment... Shizuru déglutit. Comment sont-elles mortes ? »

Elle était visiblement destinée à passer de l'espoir et désespoir plus rapidement qu'elle ne pouvait le comprendre. Mais en ces quelques minutes, Miyu s'était montré plus honnête que Natsuki qui avait préféré faire éclater sa colère avant de l'informer des événements.

Avant que Miyu ne lui dise que l'attentat au manoir avait pour ainsi dire échouer, Shizuru n'avait pas compris à quel point elle avait souhaité sauver la vie des gens qu'elle connaissait et appréciait. Entendre que son retour dans le Temps avait contribué à cela d'une manière ou une autre… kami-sama, elle s'en était pendant un bref instant senti si soulagé qu'elle avait oublié les douleurs de son corps.

L'idée qu'elle n'avait finalement que repousser l'échéance pour les conduire à une mort pire encore l'angoissait toute entière à présent. Elle espérait que, quelque soit leur mort, celle-ci ait été rapide et indolore.

« Une fusillade. Les responsables n'ont jamais été retrouvés. Personne ne pouvait empêcher leur destin. A l'époque d'où vous venez, Schwartz n'existe pas, pour ainsi dire. Ce sont des ombres sans nom, insaisissable. A votre place, Kuga-san je remercierais Fujino-san de vous avoir sauver la vie. Vous auriez probablement compter au nombre des victimes si elle ne vous avait pas emmener dans le futur. »

Mais Natsuki ne semblait pas reconnaissante et elle ne la remercia pas. Son regard était accusateur comme si elle avait attendu de Shizuru de remonter inlassablement le Temps pour les avertir et empêcher leur mort à chaque fois, pour qu'elle puisse continuer une vie simple à leur époque entouré de leurs amies alors qu'il n'y avait plus rien de simple.

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Parce que Shizuru avait des Pouvoirs défiant la logique, elle s'attendait à ce qu'elle soit une sorte de super héros de comics mais ce n'était pas un film ou une BD. C'était la réalité. Une réalité difficilement concevable mais une réalité pourtant. Une réalité où Shizuru essayait de faire du mieux qu'elle pouvait, faisant des choix difficile et des sacrifices. Et elle avait choisi le sacrifice de plusieurs pour la sécurité d'une seule personne.

Et si cela était à refaire ? Elle le referait. Ce serait un choix toujours aussi rapide à faire, toujours aussi douloureux, mais elle le referait. Même si Natsuki lui en voulait, même si elle la haïssait... parce que choisir Natsuki était une décision égoïste mais nécessaire pour que Shizuru puisse continuer à avancer.

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Pour Natsuki, les paroles de Miyu et le regard brisé de Shizuru lui rappelait juste à quel point elle avait été inutile. Elle avait été sauvée et mise à l'abri. Et qu'avait-elle fait, elle, pour mériter de survivre ?

Elle avait simplement obtenu l'affection de Shizuru. Et même ça elle ne le méritait pas.

Natsuki serra les yeux, essayant de refréner la vision de la version alternative de Shizuru qu'elle avait tué. Viola avait été la première à traverser le Temps pour la sauver et c'est tout ce qu'elle y avait gagner : une balle de Natsuki -la femme qu'elle aimait- dans une maison délabrée où elles avaient abandonné son corps.

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« Je suis désolée, chuchota Shizuru. »

Natsuki l'entendit. Elle entendit sa peine, sa culpabilité de ne pas avoir pu faire plus. Celle de les avoir laisser derrière. Sa peur que Natsuki ne comprenne pas. Sa peur qu'elle puisse la perdre.

Pourtant malgré tout… Natsuki n'arrivait pas à lui pardonner, n'arrivait pas à dépasser cet amas d'émotion.

Elle n'avait jamais su gérer ses émotions...

Et Shizuru semblait parfois ne pas en avoir. Elle avait sacrifié sans hésitation leurs amis, avait tourné le dos à tout ce qu'il y avait de bon et d'humains en décidant de laisser la mort frapper des gens qu'elles appréciaient parce que le destin ou un androïde le lui disait.

Qu'est qu'un androïde pouvait savoir de l'amitié, l'amour, la décence ? L'humanité tout simplement.

Elles auraient beau discourir, le fait est que Shizuru lui avait ôté la possibilité de choisir. Elle avait décidé pour elle que le futur serait plus sûr. Que pouvait-elle espérer d'une personne qui la kidnappait pour un futur si lointain qu'elle ne serait jamais vraiment libre ? Incapable de retourner chez elle, auprès des gens qu'elle connaissait. Littéralement prisonnière d'un autre Temps.

« Etre désolée, n'excuse pas tout, répondit-elle la voix rocailleuse alors qu'une affreuse réalisation commençait à se former dans son esprit. Comment… comment pourrais-je te pardonner ? »

Natsuki se leva et fit quelques pas loin du lit alors que Shizuru l'observait le cœur battant follement, cherchant quoi dire et comment lui dire.

« J'ai besoin d'un peu de temps pour… réfléchir, conclut Natsuki avant que Shizuru ne puisse prendre la parole. »

Et sur ces mots, elle quitta la pièce sans un regard en arrière.

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Shizuru se retrouva incapable de pouvoir la rattraper, incapable de pouvoir l'appeler. La seule chose qu'elle parvint à faire, sans bien savoir comment, fut de retenir ses larmes devant la présence silencieuse de Miyu.