Chapitre vingt-et-un

Ils ne fermaient plus la porte de ma cellule. C'était, je le savais un autre stratagème qui ressemblait à une partie de jeux d'échecs de Moriarty. Il m'avait d'abord menacé, et à présent il essayait de m'inciter à faire quelque chose d'irréfléchi. La porte était déverrouillée, il n'y avait plus de gardes devant. Comme il serait facile de sortir, d'essayer de s'évader et et de retrouver Mary pour la mettre en sécurité...

Oui, à toi de jouer, Watson...

Il y avait une histoire à propos d'un prisonnier détenu durant l'Inquisition espagnole. L'homme avait été torturé, mais il refusait de céder. Une nuit, le pauvre homme réussit à s'évader de sa cellule et, le cœur battant, commença son ascension vers la liberté. Il atteignit les jardins, au seuil même de la liberté, et venait de tourner son visage vers le ciel pour remercier Dieu de sa fuite lorsque ses ravisseurs, qui l'attendaient, émergèrent de leur cachette. Ils avaient tourné la plus noble des émotions, l'espoir, en un instrument de torture. Je ne serais pas surpris d'apprendre que Moriarty avait lu cette histoire.

Je savais ce qu'il faisait, et je le détestai pour cela. Mais si Moriarty pensait qu'il pourrait me pousser à faire quelque chose d'aussi téméraire qu'une autre tentative d'évasion, il sous-estimait grandement John Watson. Je préférait profiter de cette occasion pour essayer d'envoyer un message, plutôt que de tenter une évasion. Si je pouvais trouver un allié, qui pourrait donner une lettre à Holmes, qui prendrait ensuite les dispositions nécessaire pour placer Mary en lieu sûr, et faire en sorte que cette pauvre enfant soit à l'abri à de Moriarty, alors je ferais une autre tentative. Mais tant que cela ne se présenterait pas...eh bien, Moriarty laisserait certainement ma cellule déverrouillée et il ne me resterait plus qu'à explorer l'extérieur de ma cellule autant que je le pouvais. C'était le mieux que je puisse faire pour Holmes et pour moi-même.

Il n'y avait pas de garde devant ma cellule, mais en tendant bien l'oreille, je pouvais entendre des bruits de voix à l'autre bout du couloir. Si j'arrivai jusqu'aux escaliers, et j'y arriverai probablement, mon évasion serait alors signalée immédiatement. Dans la direction opposée, le couloir s'étirait devant moi, tournant à quelques mètres de l'endroit d'où je me tenais. Je me dirigeai par là, chaque muscle tendu, m'attendant à tout instant à entendre un cri d'effroi.

En tournant au virage, j'aperçus un autre couloir, avec quelques portes sur la droite et une autre tout au bout du couloir. Je tendis l'oreille, et perçu un bruit faible et vaguement familier. Il me semblait provenir des deux portes sur ma droite. Poussé par la curiosité, je m'avançai avec précaution, le murmure d'une voix s'ajouta au bruit étrange. Puis, avec un frémissement d'horreur, j'entendis des pas venir du couloir dont je venais de sortir. J'eus la nette certitude que si on m'attrapait ici il y aurait de gros problème. Marchant aussi doucement que possible, je fonçai vers la porte la plus proche de moi, l'ouvris, et me jetai à l'intérieur, restant appuyé contre la porte, et tentant de percevoir des signes que mon brusque mouvement avait été remarqué.

Il n'y en eut pas, les pas progressèrent dans le couloir et, après quelques minutes, j'entendis une autre porte s'ouvrir suivi du crissement de gonds rouillés. Je soupirai, me détendant un peu, puis me tournai pour observer les parages. J'aurais été dans un sacré pétrin si la salle avait été remplie de gardes, je n'avais pas réfléchi à ce qui pouvait se trouver dans la pièce où je m'étais abrité. Il n'y avait pas de gardes. Mais je n'étais pas seul.

La chambre était grande et basse, et très sombre. La seule lumière provenait d'une fenêtre à barreaux, encastrée en haut d'un mur, à partir de laquelle émanait le bruit de l'eau qui coule mêlée à une odeur désagréable. Cela me donna un peu plus d'informations que j'en avais eu en quelques jours : le bâtiment dans lequel j'étais détenu se trouvait sur les bords de la Tamise. Et comme l'odeur était particulièrement désagréable, je pouvais supposer que j'étais toujours à Londres.(Holmes aurait été là, il aurait sans doute pu me dire où nous nous trouvions précisément, jusqu'au nom de la rue, rien qu'avec l'indication de l'odeur. Tout à coup, il me manqua horriblement). Des lits étaient alignés le long des murs juste devant moi. Des formes indistinctes étaient allongées dessus, et au bord de chaque lit, se tenait une sorte d'appareil filiforme avec une poche remplie de liquide suspendue au dessus d'un bras. Je m'approchai pour examiner celui qui était le plus proche de moi, et remarquai qu'un tube long et mince sortait de la poche et conduisait directement vers le bras de l'occupant du lit. Je retins mon souffle en voyant son visage. C'était Maeve Stonehaven, la jeune Jedi blonde, je l'avais rencontrée la nuit où nous avons été secourus lors de l'embuscade de Moriarty. Un examen attentif me révéla que chacun des quatre occupants de la chambre était un Jedi. Ils étaient tous inconscients, probablement drogués. Cela me ramena à l'étrange appareil. Il était vraiment très ingénieux : le tube atteignait les veines du Jedi au moyen d'une aiguille, maintenue en place par un bandage, et le liquide de la poche coulait lentement le long du tube et s'introduisait ainsi dans le corps. J'ignorais ce qu'était ce liquide, il était clair et légèrement verdâtre, je ne pouvais que supposer qu'il était responsable de la neutralisation des Jedi.

Des voix à l'extérieur de la pièce me clouèrent sur place. Je retins mon souffle une nouvelle fois, mais les hommes se contentèrent de passer devant la porte. Toutefois, je n'osai pas rester ici plus longtemps. Je me souvins alors de ce qu'il s'était passé avec Ben, je savais que les Jedi pouvait purger les effets des médicaments, si la source en était neutralisée. Si je pouvais faire en sorte qu'au moins un des Jedi ait une chance de reprendre conscience et qu'il alerte ainsi ceux qui étaient encore libres. Il fallait que je les aide, tout en sachant que nos geôliers pouvaient remarquer à tout instant que quelque chose clochait.

Je finis par trouver une solution assez simple. Retirant la bande, je tirai l'aiguille du bras de la jeune femme. Elle était assez épaisse, puisque le liquide devait avoir suffisamment de place pour passer dans les veines à un taux approprié. Mais ce n'était qu'un morceau d'acier. Je posai la pointe de l'aiguille sur le bord du lit en bois et appuyai dessus avec force. L'aiguille plia et se cassa. Le liquide suinta encore quelques gouttes au bout, et je ne pus que prier que la personne qui surveille les Jedi soit très très distraite. Je posai la seringue cassée le long du bras de Maeve et nouai le bandage par-dessus, donnant ainsi l'illusion que l'aiguille n'avait jamais été retirée. Le bandage et la mince couverture aideraient à absorber le liquide qui fuyait à présent...au moins, pour quelques temps.

C'était une chance très mince, et je ne pouvais qu'espérer que la Jedi ait suffisamment de temps pour sortir de sa torpeur provoquée par la drogue et puisse venir nous aider.

Caressant sa main maladroitement, je lui murmurai un « Bonne chance à vous, jeune fille. » Puis je me redressai et, après avoir vérifié que le couloir était vide, je rejoignis en toute hâte ma propre cellule.

A présent, tout ce que je pouvais faire était d'attendre.