Relecture : Brynamon
Période : Fin Mai 2006
Chapitre 21: Alliance
POV JACOB
Je cherchai un moyen de répondre. Je perçus plus que j'entendis mon père arriver derrière moi. Je fixai Carlisle essayant de trouver dans son regard un quelconque démenti à ce qu'il venait de me dire. Il semblait calme mais son inquiétude transparaissait. Ça ne pouvait pas être vrai. Impossible de décrire ce que je ressentais en ce moment. Sam et les autres comprirent la gravité de la situation. Ils allèrent plus loin et redevinrent humains.
-Jacob ? Dit simplement mon père.
-Je vais aller la chercher et la ramener.
J'avais retrouvé l'usage de la parole. Je déposai mon sac sur le côté et me tournai vers Carlisle.
-Viens à la maison, on va en discuter avec les autres, proposa-t-il.
Sam revenait entouré d'Embry, de Seth, de Quil, de Paul et de Jared. Il était soucieux.
-Je vais t'accompagner chez les Cullen, déclara Sam.
-Non, répondis-je, catégorique.
-Jacob ! Intervint mon père.
-Non, hors de question ! C'est mon problème et je vais me débrouiller seul !
-Ce n'est pas à toi d'en décider ! S'agaça Sam.
Il exerçait son statut d'Alpha sur moi mais je le repoussai avec force comme hier lors de l'affrontement. Il tiqua, fronça les sourcils. Il regarda alors mon père.
-Vous avez ce que vous vouliez ! Lui cracha-t-il.
-Non, répondit mon père, attristé.
-Si tu veux être le chef, ok c'est ton droit.
Je le dévisageai, nageant dans l'incompréhension.
-Comme c'est toi qui aurais dû être l'Alpha vu que tu es l'héritier d'Ephraïm un authentique Alpha.
Je secouai la tête comme pour chasser tout ce qu'il venait de me dire.
-Je n'ai pas le temps d'écouter tes divagations.
Je me tournai vers mon père, il avait un air coupable mais je ne pouvais pas me permettre de m'y appesantir.
-J'y vais papa, ne m'attends pas.
Et avant qu'il ne puisse dire un mot, je me mis à courir en direction de la forêt pour y muter.
-Je vous rejoins, criai-je à Carlisle.
Une fois transformé je laissai libre court à mes émotions. Un mélange de colère, de stress, d'inquiétude, bref, rien de bon. D'autres pensées m'embrouillèrent la tête.
« Qu'est-ce que vous foutez là bordel ? » M'énervai-je.
« Pas question que j'te lâche ! » Lança Embry.
« Moi non plus ! » Approuva Quil.
« Je ne veux pas que vous lâchiez Sam pour moi ! »
« C'est pas à toi de décider ! » Déclara Embry.
Bon sang, j'avais pas besoin de ça ! Déjà que je ne comprenais pas ce qui m'arrivait.
« T'es le nouvel Alpha c'est tout ! » Annonça Quil.
« J'veux pas être le nouvel Alpha, c'est quoi ce délire ? J'voulais juste décider par moi-même pour une fois ! »
« Te prends pas la tête avec ça, on a plus important à régler ! » Affirma Embry avec raison.
C'était vrai, Bella, ma Bella. Dire qu'on était en froid, ça me tuait. J'aurai dû trouver le moyen d'arranger les choses, au lieu de ça, j'avais été infect.
« Elle t'a fait un plan foireux, ta réaction est normale ! » Protesta Embry.
Qu'est-ce que ça pouvait faire ? Maintenant qu'elle était entre les mains… de qui d'ailleurs ?
« On est bientôt arrivé, on va vite le savoir » Dit Quil, pragmatique.
On débouchait sur leur territoire. Le traité n'avait plus lieu d'être, c'était une urgence.
Carlisle était déjà devant l'entrée. J'hésitai à reprendre forme humaine de peur de ne pas pouvoir me contrôler. Mais je n'avais pas le choix.
« On est là de toute façon, t'inquiètes ! » Déclara Quil, sûr de lui.
Cela me rassura et ce fut en humain que nous franchissions la porte. Cette odeur de vampire était toujours aussi écœurante mais je ferai avec. La tension était palpable. Nous suivîmes Carlisle qui se dirigeait vers une petite pièce. Un genre de petit salon. En y entrant ma colère s'apaisa un peu. Encore un coup de Jasper. Mais cette fois-ci, je ne m'y opposai pas, je voulais rester lucide et non m'engager dans un conflit interminable, ce qui n'aurait pas manqué d'arriver avec Edward et Harry dans la pièce. Je leur jetai un coup d'œil, Harry assit dans le canapé regardant le sol, soucieux. Edward contre la fenêtre. Mon regard glissa sur lui, je ne voulais pas savoir ce qu'il éprouvait. Jasper contre la cheminée, le visage sombre. Carlisle s'assit près d'Harry. Quil, Embry et moi restâmes debout près de la porte.
-Voici Embry et voici Quil.
J'en avais fini avec les présentations.
-Alors ? Commençai-je.
Harry se décida à tout me raconter, yeux dans les yeux. Au fur et à mesure, je me décomposai, c'était encore pire que ce que j'avais imaginé. Je refoulai des images morbides pour comprendre ce qui s'était passé. Il y avait cette femme qui avait un frère psychopathe. Harry était responsable de sa venue ici, et du fait que Bella soit présente sur le lieu du drame. Il y avait aussi Edward qui n'avait pas été fichu de les protéger.
Je le maudissais du regard. A ma grande surprise, il ne plongea pas dans cet air désespéré habituel mais se braqua et s'approcha de moi lentement. Quil et Embry se raidirent mais je les retins d'un bras. L'atmosphère s'était alourdie. Jasper se démenait pour qu'on se maitrise.
Nous étions face à face.
-Si tu veux un coupable, regarde-toi dans un miroir, déclara-t-il.
Il me contourna et sortit de la pièce. Je ne m'attendais pas à ça. Malgré moi, ses mots m'attinrent. Il avait raison, j'étais aussi responsable qu'eux ! J'aurais dû être près d'elle, j'aurais dû écouter ce qu'elle avait à dire. J'aurais dû patrouiller pour assurer sa sécurité. J'aurais pu alors l'accompagner chercher sa baguette. J'aurais pu proposer à Harry de s'entrainer à la réserve. J'aurais pu…
-Alors maintenant qu'on est tous au courant que fait-on ? Je ne supporte plus tous vos excès de culpabilité. ! S'agaça Jasper.
-Je propose qu'on quadrille la ville et les villes environnantes. On trouvera un indice qui nous mènera jusqu'à eux, proposa Carlisle.
-On a qu'à se séparer en plusieurs groupes et délimiter les secteurs à fouiller, proposai-je, désireux de me rendre utile.
Edward revint dans la pièce. Il reprit la même posture près de la fenêtre.
-Je suis d'accord, annonça-t-il.
-Ok ! Répondit Harry. Edward m'a dit que vous communiquiez entre vous. Alors il serait plus logique qu'il y ait un loup dans chaque groupe. Jacob tu iras donc avec moi, Jasper ira avec Quil et Edward avec Embry.
Cette formation ne semblait pas plaire à grand monde, moi le premier, mais cependant il n'y eut pas de protestation.
Harry se leva.
-Je vais chercher mon balai, on se rejoint à l'entrée dans cinq minutes.
POV HARRY
Harry sortit du petit salon très rapidement. Il ne supportait plus cette atmosphère chargée en tension. Il était lui-même très inquiet. Il monta à l'étage et pénétra dans sa chambre. Ginny dormait toujours, il s'accroupit près du lit et l'observa avec amour. Elle était si belle. Il aimait tant sa peau si satinée, la forme de sa bouche, son nez droit, ses joues un peu roses. Il hésita, il ne voulait pas la réveiller. Il lui caressa les cheveux quelques secondes, goûtant à la joie d'avoir son épouse près de lui. Il lui en voulait toujours d'avoir pris des risques pour venir jusqu'ici mais il comprenait ses raisons. Il repensa à Zabini et se contracta. Il était déterminé à le mettre hors d'état de nuire. Il le fallait ! La sécurité de ses proches en dépendait. Il pensait à Rosella et à Bella. Il ne cessait de se dire qu'il les avait mis en danger, il supportait mal l'idée qu'il puisse leur arriver quoi que ce soit.
Le problème était que ces deux sorciers aimaient utiliser les sortilèges de torture. Il pâlit et posa son front sur le drap du lit. Il espérait que tout finirait bien même s'il doutait de les retrouver aussi facilement. Ils n'avaient pas de pistes et même en ratissant les environs, il n'était pas sûr que cela donne des résultats. Mais au moins c'était mieux que de rester sans rien faire. Il se redressa et frotta sa cicatrice. Il allait trouver une solution. Il avait réussit à résoudre des situations bien pires. Ce fut avec cette conviction qu'il embrassa le ventre de sa femme :
-Papa revient, fais attention à maman.
Il se dirigea vers la fenêtre et prit son balai. En sortant, il ne put s'empêcher de contempler Ginny à nouveau. Il referma la porte le cœur serré. Il alla ensuite dans le labo et y trouva Carlisle qui préparait la dose de potion pour Remus. Il expliqua à Harry qu'il allait injecter le contenu d'une seringue dans la perfusion de Remus. Il espérait comme l'avait prévu Rosella que l'effet serait rapide. Harry demanda à Carlisle de veiller sur sa femme et sur Teddy. Carlisle n'eut pas besoin de plus de mot pour comprendre qu'Harry était inquiet de laisser sa femme. Il lui promit de veiller sur eux. Quand il aurait finit avec Remus, il irait préparer une collation à Ginny. Elle devait avoir faim. Harry le remercia et descendit rejoindre les autres quand Teddy l'interpela.
-Harry ! Attends !
Il rebroussa chemin et s'avança vers l'enfant. Celui-ci avait les cheveux un peu violets. Il devait être en proie à beaucoup d'émotion.
-Teddy ? Ça va ?
-Non, tu t'en vas et j'ai peur pour toi et Edward.
-Nous ferons attention.
-Promis ?
-Promis. Je dois y aller, les autres m'attendent.
Harry réfléchit, cherchant un moyen de rassurer son filleul. Il proposa à Teddy de veiller sur Ginny et sur le bébé le temps de son absence. Il vit le torse de son filleul se gonfler de fierté. Il accepta sa mission avec beaucoup de sérieux.
-En attendant qu'elle se réveille, reste avec Carlisle.
-D'accord.
Et il s'en alla vers les escaliers qu'il monta deux par deux.
Harry rejoignit ses compagnons à l'entrée. Il régnait vraiment une animosité flagrante et c'était désagréable.
-Si on veut que ça marche, va falloir y mettre du siens les gars !
-La répartition ne nous convient pas ! S'exclama Embry.
-Ah oui ? Commença Harry, énervé.
-Autant y aller de notre côté et vous du vôtre, lança Jacob.
-Je ne suis pas d'accord, comment on va faire pour se communiquer les infos s'il y a le moindre indice ? On doit tous être au courant rapidement, décréta Harry.
Ils déblatérèrent encore un instant et finirent tous par acquiescer, réticents.
-HARRRRRRRRRYYYYYYYYYYYY ! Cria alors Teddy affolé. Ne pars pas ! Papa est réveillé.
POV REMUS
Je flottai sans but. Je n'avais plus vraiment de perception des choses, ni de moi-même. Je n'avais ni chaud, ni froid. Je n'étais ni triste, ni heureux. Je ne dormais pas mais je n'étais pas réveillé. C'était étrange comme sensation mais pas désagréable. Je ne pensais à rien, je me sentais bien dans cet état. Je devrais rester comme ça. C'était pas si mal. Je n'avais pas la notion du temps qui passe. Je savais juste que j'étais vivant. Je m'étais habitué à cet état de fait, à cette sérénité. Pourtant je commençais à ressentir une vitalité nouvelle. Une substance me tirait hors de cette sérénité. Je luttai contre mais la bataille était trop difficile. Peu à peu je retrouvais des sensations, des picotements, des odeurs, des sons. Je me ré-encrais dans la réalité. Celle que je ne voulais pas affronter. Il faisait noir, normal ! J'avais encore les yeux fermés. Des bruits diffus arrivaient à mes oreilles. Où étais-je ? J'ouvris doucement les paupières. La lumière m'aveugla. Je clignai rapidement des paupières pour habituer mes pupilles à cette agression. Je voulais parler mais j'avais la gorge sèche, la bouche pâteuse. Je commençai à distinguer ce qui m'entourait. Un fil relié à mon bras, des vêtements sur ma peau. Il y eut alors un cri qui me parut être un hurlement. J'avais mal au crâne, je fermai les yeux à nouveau. J'étais si fatigué. Je sentis une main soulever ma paupière droite puis la gauche. Je détournai la tête pour que ça s'arrête. Je perçus à nouveau un brouhaha.
J'ouvris les yeux péniblement. Un visage d'enfant se profila dans mon champ de vision. Il était brun, avait les yeux marrons, ses traits m'étaient familiers même si je ne le connaissais pas.
-Papa, cria-t-il en m'enlaçant.
Je restai interdit. De quoi parlait-il ? Pourquoi m'appelait-il papa ? Je sentis l'anxiété m'envahir. Même si son étreinte était réconfortante, elle ne m'était pas destinée. J'essayai de me dégager mais mes bras semblaient peser des tonnes.
-Ne faites pas d'effort, me conseilla une voix que je ne connaissais pas non plus.
Le garçon se releva, déçu mais cela ne dura pas. La joie éclairait de nouveau son visage tandis qu'il me contemplait comme la 8ème merveille du monde. Un homme blond se tenait devant moi. Il avait l'air soucieux. Il avait les yeux dorés comme…
-Qui êtes-vous ? Où est Alice ?
-Apparemment le choc n'a pas altéré votre mémoire plus qu'elle ne l'était déjà. Je suis Carlisle Cullen. Et Alice…
Il tentait de cacher qu'il était triste. Pourquoi ?
-Vous êtes le père d'Alice, elle m'a parlé de vous.
Je me détendis. Je pouvais lui faire confiance. Je m'aperçus alors que je connaissais cette pièce. Les souvenirs des quelques jours passés avec Alice et Jasper affluèrent et je me rappelai de la chute et des causes de cette chute. Alice… elle n'était plus. Mon cœur se serra douloureusement.
-Je vais prévenir Harry, déclara le garçonnet.
Et il sortit en trombe en vociférant.
Qu'est-ce que Harry avait à voir là-dedans ? C'est alors qu'il apparut dans l'embrasure de la porte. Les yeux écarquillés d'incrédulité. Il s'approcha de moi doucement et me fixa de ses yeux verts si lumineux comme sa mère. Oui, je me rappelai de ma vie. Enfin. C'était comme si je n'avais jamais rien oublié.
-Harry…Articulai-je faiblement.
Il me sourit et je le lui rendis.
-Content de te revoir Remus. Comment tu te sens ?
-Fatigué…
-C'est normal. Nous étions très inquiets.
Je regardais derrière lui, il y avait plein de regards curieux. Je reconnus Edward et Jasper.
-Je suis désolé pour Alice, leur dis-je simplement.
J'aurais mieux fait de me taire, je le voyais à leur visage. Il était évident que ça devait être une atroce souffrance pour eux. Souffrance que je connaissais. Je me sentis défaillir sous le chagrin. Des larmes perlèrent à mes yeux.
-Dora, soufflai-je.
Harry posa sa main sur mon épaule.
-Remus, il ne faut pas que tu retombes dans cette spirale. Tu as un fils, il a besoin de toi, ne le laisse pas tomber à nouveau.
Je puisai dans ma réserve d'énergie qui augmentait, Merlin seul sait pourquoi. Et fis un effort pour me ressaisir.
-Oui Teddy, où est-il ?
Harry fronça les sourcils.
-Papa, lança à nouveau le garçon.
-Teddy ? Demandai-je en plissant le front, mais… je ne comprends pas…
-Tu as passé beaucoup de temps à Ste Mangouste. Tu te rappelles de lui bébé. Il a huit ans maintenant.
Je suffoquai, incapable de respirer. Non, qu'avais-je fait ? J'avais abandonné mon propre fils. Son visage remplit mon champ de vision à nouveau, occultant les autres personnes présentes dans la chambre.
-Papa, ne t'inquiètes pas, je suis là, je t'aime !
Je voulus me redresser pour enlacer mon fils mais Carlisle m'en empêcha.
-Vous êtes encore trop faible.
Effectivement ma tête me tourna et une veine battit violemment dans mon front comme si elle allait exploser.
-Teddy…Pardon.
POV EDWARD
Entouré de Jasper et des loups, j'observai la scène avec un intérêt relatif. Nous étions hors de la chambre pour ne pas envahir la pièce. Malgré mon angoisse, j'étais heureux de voir que Remus s'était enfin réveillé. J'étais reconnaissant à Jasper de nous envoyer ses ondes d'apaisement. Cela avait empêché la situation de dégénérer et nous avait permis de mettre en place un plan. Un plan moyen mais un plan quand même. Je recevais beaucoup d'informations. J'avais mal au crâne.
-Harry, il faut qu'on y aille, décrétai-je. Il faut le laisser se reposer. Tu pourras lui parler quand on reviendra.
Je m'éloignai alors des autres. J'avais besoin d'isolement quelques minutes. En passant devant la porte de la chambre de Rosella qui était entrouverte, je cédai à l'envie d'entrer dans son univers. Je traversai doucement la pièce, sentant encore son odeur dans celle-ci. Son lit était défait, je résistai à l'envie de m'y allonger. Je m'y assis simplement face à la fenêtre. Mon attention fut attirée par un objet au sol. C'était un de ses châles. Un châle rose comme ses yeux. Je me levai pour le ramasser. Elle n'en avait pas mis aujourd'hui. Je ne lui en avais pas fait la remarque mais c'était une bonne chose. Avec le recul, je pensai que j'aurais dû le lui dire. J'espérai en avoir l'occasion.
En me tournant vers la porte, je vis Jacob qui m'observait. Son esprit bouillonnait de questions auxquelles je n'avais pas envie de répondre. J'esquivai son regard perçant et déposai le châle sur le lit. Les autres nous rejoignirent. Je fermai la porte et descendis avec eux.
Une fois dehors, les loups s'éloignèrent pour muter. Ensuite Les équipes se formèrent à contrecœur et chaque groupe partit dans la direction qui lui avait été attribuée.
Tandis que je m'éloignai à grande vitesse sur les traces d'Embry, je recommençai à stresser. Jasper n'était plus là pour dissiper mon angoisse. Heureusement je courais et cela m'aida à canaliser toutes ces émotions négatives. Des minutes passèrent puis une heure puis deux. Il n'y avait pas traces d'elles. Nous avions à nous six déjà quadrillé Forks, et deux autres villes. Harry s'était désillusionné et en avait fait de même avec Jacob pour sonder le centre ville mais il n'y avait rien. Ces deux là avaient du mal à collaborer. Harry était un bon diplomate mais là il commençait à saturer. Jacob tentait de le pousser à bout en l'accablant. A travers ses remarques désobligeantes, je percevais des pointes d'anxiété. Il avait peur et tentait de gérer cela d'une façon particulière. Il cherchait la bagarre pour se défouler. Ses camarades lui demandèrent de se calmer.
« Je crois qu'on a trouvé quelque chose » Lança Quil. Rejoignez-nous !
Je suivis Embry qui savait où se diriger. Il semblerait que nous soyons les plus proches de Quil et Jasper. Nous traversâmes des pentes escarpées, des chemins sinueux, à nouveau des arbres, nous arrivions dans une autre ville à au moins 40 kms au nord de Forks.
-Qu'ont-ils trouvé ? Demandai-je à Embry sans crier même si je connaissais déjà la réponse.
Son ouïe était suffisamment fine pour m'entendre.
« Du sang » me répondit-il anxieux.
Je me glaçai.
POV BELLA
Irina était partie me laissant m'engloutir dans ses menaces. Elle allait s'attaquer à ceux que j'aimais. Cette idée révoltante me tétanisait. A côté, Rosella ne disait rien, se contentant de fixer le sol comme si elle réfléchissait. Je lui en voulais à un point. Même s'il était clair que son frère n'était pas le seul responsable de cette situation inextricable.
-Qui est cette Femme ? Me questionna-t-elle.
-Je croyais que vous aviez fait vœu de silence, attaquai-je, acerbe.
Elle eut un rictus mais ça ne l'enlaidissait même pas ! C'était d'une injustice !
-Irina, un vampire. Elle veut venger son petit ami en tuant le mien et ses frères loups car ce sont eux qui l'ont mis en pièce quand il a essayé de me tuer.
-Je comprends… mais que fabrique-t-elle avec mon frère ? Ce hasard est pour le moins troublant. De tous les vampires du monde, il fallait qu'il s'acoquine avec celle qui veut votre peau.
Oui c'était une coïncidence un peu troublante. Mais je n'avais pas la réponse à cette question. J'étais préoccupé par autre chose. Allait-elle arriver à ses fins ? Tuer ceux que j'aimais ?
La porte s'ouvrit à nouveau laissant place à l'homme de ma vision. Mon estomac se noua encore plus, j'avais l'impression que le peu qu'il y avait dedans voulait se frayer un chemin vers l'extérieur.
Il n'était pas seul. Celui qui avait agressé Rosella se tenait à ses coté. Grand, noir, un œil balafré, il était beau mais cette beauté était gâchée par toute cette malfaisance. Tout comme le frère de Rosella. Ça ne pouvait être que lui car il avait les mêmes yeux qu'elle. Ils portaient tous les deux des capes noires sur leurs habits. L'un fixait Rosella et l'autre me fixait avec avidité. J'en avais la chair de poule.
-Ewan, il n'est pas trop tard, laisse-nous partir et je ne te dénoncerai pas, négocia Rosella.
Elle était en colère et sa proposition sonnait creux. Il ricana.
-Comment as-tu pu t'associer à des vampires ? S'emporta-t-elle.
-Je te retourne la question.
Elle l'ignora.
-Comment m'as-tu retrouvée ? Et qui est ce sorcier avec toi ?
-Tu poses trop de questions ! Cracha-t-il, agacé.
Il sortit une fiole de sous sa cape et approcha de Rosella. Méfiante elle fixait la fiole. Il l'ouvrit et lui en proposa.
-Tiens, un peu d'eau.
-Tu me prends pour une demeurée ?
Il s'assombrit.
-Non ! Mais ce sera bientôt le cas et tu comprendras ce que ça fait.
Il attrapa sa mâchoire et l'obligea à avaler le contenu, elle tentait de recracher, tournant la tête dans tous les sens. Je ne savais pas ce qu'il y avait dans cette fiole mais il était évident qu'elle ne devait pas en boire ! Il se redressa et sortit sa baguette qu'il pointa sur elle.
-Tu commets une grave erreur, Ewan ! Cria Rosella.
-Tais-toi ! IMPERO !
Affolée, je secouai aussi la tête dans tous les sens.
Elle se relâcha et ses yeux se perdirent au loin. Il la détacha et elle resta là, amorphe. Que lui avait-il fait ? Ce sort rendait-il les gens soumis ? Il lui tendit la fiole qu'elle saisit avec sa main valide et avala le contenu quand il le lui ordonna.
-Non, ne faites pas ça Rosella, protestai-je.
Elle ne m'entendait pas. Elle dodelina de la tête et s'allongea sur le sol consciente mais comme ivre ou droguée.
-Pourquoi vous lui faîtes ça ? Que voulez-vous ?
-Elle s'y met aussi Blaise, tu as vu ?
Le dénommé Blaise acquiesça. Cela ne me disait rien qui vaille.
-Nous allons faire une petite ballade, me lança celui-ci. Mais avant…IMPERO !
J'attendais qu'il se passe quelque chose mais rien ne se produisit. Alors tandis que mes méninges fonctionnaient à vive allure, je me décidai à faire comme Rosella. Je me relâchai et fixai un point dans le vide. Mon cœur battait à tout rompre. J'avais l'impression qu'ils l'entendaient. Le frère de Rosella s'approcha de moi en boitant et me détacha. Il m'ordonna de me lever. Ce que je fis. Il dit ensuite à Blaise de m'emmener, qu'il allait rester un peu avec sa sœur. Je frissonnai.
Oh non !
J'étais tentée de regarder vers Rosella mais avec un immense effort je réussis à résister à cette pulsion. Blaise sortit le premier suivi par moi. Je me sentis coupable de la laisser aux mains de ce psychopathe mais il fallait que je trouve un moyen de nous enfuir. Nous longions un long couloir sans fenêtre et grouillant de rats. Ça sentait un peu le moisi. C'était un endroit humide. J'entendis alors des cris, des cris si désespérés que ça me vrilla le cœur. Il y avait une autre porte derrière laquelle étaient sûrement enfermées d'autres personnes. Il y avait un escalier, les larmes aux yeux, je montai les marches comme un robot. Je baissais souvent la tête pour cacher mes réactions ou mes émotions. Mais il était si sûr de m'avoir ensorcelé qu'il ne me regardait pas vraiment. Blaise ouvrit la porte et une vive lumière m'aveugla. Je retins de justesse de me protéger les yeux. Nous débouchâmes sur un séjour ! Nous étions dans une maison ! Incroyable.
Irina était assise dans le canapé. Elle détourna son regard de la télévision où se déroulait un flash d'information, pour nous regarder arriver. Dans ce flash, on y parlait des récentes découvertes macabres de corps mutilés. La police commençait à parler d'un serial killer. Elle n'était plus si sûre que ce soit l'œuvre d'animaux.
-S'il savait, ricana-t-elle.
Blaise acquiesça. Et moi je devais être verdâtre. Seul l'espoir de m'enfuir m'empêcha de renvoyer ma bile et de tout gâcher. Je jetai un coup d'œil aux alentours. La maison était grande, et bien équipée. Le sol était carrelé et les murs étaient peint en gris perle et en blanc cassé. Il y avait des photos dans des cadres sur différents meubles et accrochées au mur. Ce n'était pas leur maison. On y voyait des parents, des enfants et même un chien. Où étaient-ils maintenant ? Je repensai à la cave, au cachot, à Rosella, aux cris stridents. Il ne fallait pas que je flanche.
Irina se leva et vint à la rencontre de Blaise.
-Tu veux mettre ton plan à exécution ?
-Oui ma tante, et j'ai besoin d'un endroit pour le faire.
Sa tante ? Je ne comprenais pas, étaient-ils apparentés ?
-Ta mère m'avait dit que tu étais intelligent, elle avait raison. C'est de famille, beau et très malin. Tu n'es peut-être pas un sang pur mais tu en as toutes les qualités. Je suis contente d'avoir toujours entretenu des liens avec ma famille. Le fait d'avoir été transformée en vampire n'a pas rebuté ma petite sœur Andréa. Elle m'a aidée grâce à la magie. Tu sais que nos parents n'étaient pas des sorciers alors Andrea s'est cachée quand elle a découvert ses dons. On vivait dans une époque particulière où les gens avaient peur de tout. J'ai fini par découvrir son secret et je l'ai soutenue. Je remercie le ciel car elle m'a rendu la pareille. Grâce à elle, j'ai réussi à ne pas tuer des humains pour me nourrir.
Blaise l'écoutait, il admirait vraiment sa tante ! Il buvait ses paroles. Et moi aussi.
- Quand elle a eu sa fille, elle a préféré partir dans un endroit où elle pourrait exprimer librement son pouvoir sans avoir peur des représailles. Elle s'exila donc en Angleterre. J'ai découvert après qu'il y avait aussi un monde magique ici mais elle était trop ancrée dans son nouveau pays et je n'ai pas eu le cœur de l'obliger à revenir près de moi. Mais ta grand-mère, ma nièce me manquait. Alors je fis de fréquents allers-retours en Angleterre. Et puis elle a grandit et a eu une fille à son tour, ta mère. Quand ma sœur est morte, ce fut un grand déchirement. Je commençais vraiment à comprendre ce qu'éternité voulait dire et je trouvais cela intolérable. Voir ses proches mourir les uns après les autres, c'est une expérience atroce. Je me suis alors rapprochée de ta mère qui m'a traitée comme une mère. Quand tu es né, tu étais comme un roi. Tu avais rompu la fatalité d'engendrer que des filles. Tu nous as donné fierté et bonheur en agissant dignement et en ayant une scolarité parfaite. Si ce Potter n'avait pas été là, tu aurais pu accomplir de grandes choses au lieu de croupir en prison. J'ai voulu t'en sortir mais les détraqueurs…
-Je sais ma tante, ne vous en faites pas. Grâce à vous je suis ici. Et je vais me venger de Potter.
-Tu peux aller dans le cabanon, il y a tout ce dont tu as besoin.
-Viens ! M'ordonna-t-il alors.
Et nous sortîmes de la maison, elle était blanche, le toit en tuiles bordeaux, les volets était marrons. Il y avait marqué 102 comme numéro d'adresse. A l'entrée, près du portail, il y avait des arbres, de l'herbe, une balançoire. Une voiture était garée dans l'allée. Une Rover grise avec une plaque fantaisiste. Il y avait un arrêt de bus non loin car un bus passa, un bus bleu et blanc avec un logo bleu et vert en forme de vague. Nous arrivâmes devant un cabanon. J'y entrai, il ne se doutait toujours de rien. J'hésitai à prendre sa baguette. Il ne fallait pas que je rate mon coup. L'adrénaline me donna le courage de tenter quelque chose car il n'y avait plus que lui et moi. Je visai le tibia, tandis qu'il passait devant moi, le coup porta et il s'affala surpris. La baguette s'éleva en l'air avant de retomber non loin de moi. La chance me souriait enfin. Quand je saisis la baguette, elle me brûla la main comme si je tenais du feu. Je fus obligée de la laisser tomber pour regarder ma paume rouge et à vif.
-Ma baguette est protégée par un sort d'indentification. Il n'y a que moi qui puisse la prendre et m'en servir, dit-il en se relevant.
Il était en colère et massait sa jambe. Il avait très mal. Des larmes de dépit me piquaient les yeux, j'avais raté ma seule chance. Je tentai une fuite directe mais il attrapa sa baguette et verrouilla la porte magiquement.
Ma respiration se fit haletante.
Il eut un rictus cruel.
-J'ai besoin de ton sang pour mettre notre plan à exécution.
