Et re-bonjour les choupinous ! Deuxième moisson du secteur X) Celui-ci est ma création, j'espère qu'il vous plaira ! ;) Je me suis permise un petit truc avec lui... (que vous repèrerez vite si vous regardez son âge, mdr)
Merci Woo et Ljay pour la super correction ! :3
Enjoy ! (et n'oubliez pas que les reviews me font voir des cœurs partout ! :D)
MOISSON DU SECTEUR DIX
Un délinquant révolutionnaire
Eodhan Atkins, 19 ans, Secteur 10
– T'as bientôt fini ? Les patrouilles vont pas tarder ! me rappelle Ace dans mon dos.
– Je fais de mon mieux ! Si tu m'aidais aussi, ça irait plus vite !
– Sauf que je pourrais pas faire le vigile, grogne-t-il.
Je soupire et me redresse quelques secondes pour détendre mon dos endolori.
– Et arrête de prendre des pauses, tu veux ?
– Essaie donc de passer une demi-heure le dos courbé, tu verras comment ça se passe ! Surtout que t'es pas tout jeune, dis-je d'un ton moqueur.
– Hey ! J'ai que trois ans de plus que toi, ok ?!
– C'est bien ce que je dis ! T'es un vieillard, quoi !
Je termine enfin de tracer le dernier mot alors que mon ami ronchonne derrière moi. Satisfait du résultat, je me tourne vers lui. Il est perché sur le muret, ses yeux scrutant les environs.
– Tu me donnes un coup de main ?
– Quoi, et prendre le risque de briser mes muscles de vieillard ?
Avec un clin d'œil, il m'attrape les poignets pour me hisser à ses côtés. Nous regardons mon œuvre en silence.
– Ça pourrait être mieux, dis-je finalement en poussant un long soupir.
– Tu veux rire ? Qu'est-ce que je donnerais pas pour voir la tête des Thraxs quand ils vont le découvrir !
– J'ai fait des graffitis meilleurs que ça, tu sais bien…
– Ouais mais ce coup-ci tu étais pressé par le temps. Les patrouilles sont intenses le soir avant la Moisson.
– J'aurais aimé faire un message plus global aussi… C'est pas les Hunger Games le problème, mais Panem en général…
– Sauf que personne ne l'aurait compris, me console Ace en plaçant une main sur mon épaule.
– Je sais, je sais…
Je ramène mon regard sur l'énorme graffiti qui couvre le sol de la rue sur toute sa largeur. « The odds are never in our favor ». J'aurais préféré un message poussant à l'anarchie, mais les mentalités ne sont pas encore assez ouvertes pour comprendre que c'est ce dont nous avons besoin. Une étape à la fois. Une fois que les gens se rendront compte que les Districts ne sont pas mieux que le Capitole… Alors peut-être que l'idée de l'anarchie passera mieux. Le pouvoir rend les gens monstrueux. Si personne n'a le pouvoir, il ne peut y avoir de tyrannie.
Ace s'empare soudain de mon tee-shirt et me tire vers l'arrière. Nous basculons au bas du muret dans la cour privée d'une minuscule maison. Je grogne de douleur et le fusille des yeux.
– Qu'est-ce qui te prend ?!
– La ferme, y'a des Thraxs, siffle-t-il en plaquant une main sur ma bouche.
J'ai le réflexe de le mordre mais me retiens de justesse. Nous entendons les bottes en cuirs marteler le sol. Je pianote nerveusement contre ma cuisse en retenant mon souffle. Il y a vite des exclamations outragées. Ace et moi échangeons d'énormes sourires, fiers de notre coup. Quand les pas s'éloignent enfin, nous grimpons à nouveau sur le muret et nous éclipsons silencieusement.
Le retour ne prend pas beaucoup de temps, et bientôt nous avons l'immeuble abandonné en vue. Notre squat. Ace et moi sommes tombés dessus il y a environ six mois de cela. Des jeunes y habitaient déjà, une dizaine environ, mais nous avons été accueillis sans trop de problèmes.
Ça fait deux ans que je bouge de place en place avec Ace. Avant cela, j'ai longtemps été seul. Je crois que si j'avais de la famille, il serait mon grand-frère. Elliot et Hailee seraient probablement mes petits frères et sœurs, quant à eux. Même si je les ai rencontrés dans ce squat, et que donc c'est donc récent… Ils sont importants.
– Vous êtes enfin là ! s'écrie justement Hailee en venant nous rejoindre à l'entrée.
Elliott est non loin derrière elle, comme toujours, et je retiens à peine un ricanement à la vue de sa peau rose fuchsia. Il me lance un regard noir, parfaitement conscient que je me moque encore de lui.
– Désolé, c'est plus fort que moi, dis-je en agitant la main de façon pacifique.
– Tu vas en revenir un jour ?! Ça fait déjà une semaine quand même !
– Mais c'est tellement… rose !
Ace et moi éclatons de rire sans retenue. Il voulait se teindre la peau en bourgogne, mais a lamentablement raté son coup et s'est retrouvé avec cette ridicule couleur. C'est le problème quand on se fait des modifications corporelles maison. Je ne compte pas le nombre de tatouages qui se sont infectés, dans mon cas.
– C'est pas le moment de rire ! intervient Hailee, la mine inquiète alors qu'elle est habituellement une vraie boule d'énergie.
– Il s'est passé quelque chose ?
– Tu sais, les gars qui s'entraînent au parkour ici… Y'en a un qui a failli ramener les Thraxs avec lui ! J'avais bien dit qu'on n'aurait pas dû accepter de leur laisser la place !
– Mais ils ne sont pas venus, n'est-ce pas ? la calme Ace.
– Oui mais… ils auraient pu !
– Toute manière, on ne va pas pouvoir rester ici indéfiniment, bougonne Elliott. On devient trop nombreux au même endroit, c'est dangereux.
– En effet, dis-je dans un soupir. On se promènera dans la ville après la Moisson demain. Voir si on peut trouver une nouvelle maison.
– Mais je l'aime cette place moi ! se plaint Hailee. Et on a fait une super déco en plus !
– Et on en refera une encore meilleure la prochaine fois ! déclare Ace en attrapant sa guitare. On s'améliore toujours avec l'expérience, non ?
Je hoche la tête et passe un bras autour des épaules de mon amie.
– Et c'est important que les choses changent ! Quand tout stagne, c'est qu'on va à la destruction.
Elle se mord la lèvre inférieure, puis me repousse en affichant un énorme sourire.
– Je vais commencer à faire mes cartons alors !
– Ouais, c'est sûr que t'es celle qui traîne le plus d'inutilités, se moque Elliott.
– Les vêtements sont loin d'être inutiles tu sauras ! Et au moins moi je m'habille avec un peu de couleurs…
– Tu veux parler du noir tirant vers le gris que tu as de temps à autre ? raille Ace.
– C'est mieux qu'être tout en blanc alors que t'as la peau mauve et les cheveux verts ! réplique-t-elle hargneusement.
– Hey, les vêtements blancs c'est important, ok ? C'est une couleur qui purifie !
– C'est clair que tu as besoin d'être purifié.
Il me fait un clin d'œil, prenant cela comme un compliment. Elliott se renfrogne, mécontent d'avoir perdu l'attention de Hailee. Son amour pour elle est tellement évident que ça en devient parfois ridicule. Malheureusement pour lui, elle refuse de sortir avec les gars plus jeunes. Même s'ils n'ont que quatre mois de différence.
– Alors Hailee, tu me fais le tatou ? dis-je alors que Ace se met à chantonner dans son coin.
Elle m'adresse un sourire étincelant et part immédiatement chercher son matériel. La plupart de mes tatouages ont été fait par d'autres gens, et j'en ai beaucoup. Mais elle est indéniablement celle qui a le plus de talent dans ce domaine, parmi tout ceux que j'ai rencontré. Elle m'a d'ailleurs fait celui à la langue, le signe de l'anarchie. J'ai dû boire et manger à la paille pendant deux semaines – vu qu'on n'a pas les médicaments de derniers cris en tant que squatteurs – mais ça a largement valu la peine. La tête des gens quand je tire la langue… Sans parler du contraste avec ma peau noire d'encre.
– Tu le veux où ?
Je lui indique mon épaule gauche, par-dessus un vieux tatouage qui commence à s'effacer. Elle hoche la tête et se met à la tâche. Nous continuons de discuter tranquillement, et d'autres jeunes du squat se joignent à nous. Ça se termine comme d'habitude en débat animé entre Elliott et moi. Celui-ci porte sur les Jeux qui sont une façon d'ancrer un nouveau gouvernement tout aussi dictatorial que l'ancien.
Je gagne, bien entendu.
– Voilà, tout beau tout propre, s'exclame Hailee avec une note de fierté.
J'observe le résultat. Elle a fait une belle arabesque bourgogne, et en argent à ajouter le nom d'Elliott, d'Ace, le sien et le mien.
– Pour que tu ne nous oublies pas si on est tirés au sort, explique-t-elle quand je lève un regard surpris vers elle.
Sa main tremble légèrement et je m'en empare, la fixant droit dans les yeux.
– Jamais.
Elle se jette dans mes bras et enfouit son visage dans mon cou. Je tapote maladroitement son dos. J'aperçois Elliott qui grogne de jalousie. Entraînant Hailee, je me dirige vers lui à grands pas et le serre lui aussi contre mon cœur en riant. Ace nous rejoint quelques secondes plus tard. Elliott nous repousse enfin en pestant.
– Jamais content, mon vieux… Alors qu'on t'aime tant ! dis-je dramatiquement.
Ace hoche la tête avec vigueur et attrape sa guitare pour se mettre à débiter des paroles d'amour sirupeuses et absolument horribles. Elliott finit par lui jeter un soulier à la tête. Si quelqu'un entrait dans notre squat à cet instant, il ne se douterait jamais que la Moisson va avoir lieu dans deux heures à peine.
Et c'est bien comme ça.
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– Eo ! À plus tard ! me crie Hailee en s'éloignant.
– Arrête de m'appeler comme ça, sérieux !
– Owi-i-i-i-i-i-i-i ! dit Ace en imitant un orgasme. Tu préfères celui-là peut-être ?
– C'est pire !
Il éclate de rire. J'ai reçu ce surnom depuis qu'ils ont entendu une fille dans ma chambre il y a quelques mois… Je m'en passerais bien.
– T'es sûr que tu veux pas venir ? me questionne Hailee une dernière fois.
– Tu sais bien que je ne veux rien avoir à faire avec cette horreur…
– Toute façon, tu te ferais totalement prendre pour un jeune éligible, rigole Ace sous mon regard noir.
Ils quittent enfin l'entrepôt en direction de la Moisson. Ace n'est pas éligible à vingt-deux ans, mais il accompagne les deux autres comme soutien moral. Malheureusement, il a bien raison. Sans papier pour prouver mon identité, je risque d'être pris pour un plus jeune. J'ai la malchance d'avoir un visage enfantin, et une taille plutôt moyenne qui ne m'aide pas.
J'allume mon vieux système de son pour écouter la musique de l'ancien monde. Je raffole de ce genre, qui s'appelle du punk-rock, si j'ai bien compris. Personne ne comprend ce que j'en aime. Je trouve cela bien plus intéressant que la bizarre musique de notre époque actuelle.
En toute tranquillité, je rassemble mes bombonnes afin de faire quelques graffitis. La Moisson ne dure pas très longtemps, donc les autres devraient être de retour d'ici une petite heure. En espérant qu'ils reviendront réellement. Sinon… mes adieux sont faits.
Je me craque le cou pour tenter de me détendre. Les Hunger Games sont une abomination. Je le pensais avant, et mon avis n'a toujours pas changé. Mes parents étaient de fervents amoureux des Districts. J'imagine que mon dégoût des Jeux me vient d'eux, au départ. Quand j'avais six ans, ils ont été déclarés traîtres du Capitole et sont devenus des Muets. Et pour m'éviter le même traitement, ils m'ont forcé à m'enfuir avant d'être capturés. Ainsi, je me suis retrouvé à la rue.
Pas étonnant que je déteste cette ville.
Mais je déteste aussi les Districts. Je crois sincèrement que toute forme de pouvoir corrompt. Tu ne peux pas déclarer une société égalitaire si quelqu'un la dirige, qu'elle soit élue démocratiquement ou non. C'est tout simplement impossible.
Je continue de peinturer en ruminant ces sombres pensées. Je suis habituellement quelqu'un de plutôt détendu et de bonne humeur, mais quand ça concerne la politique, j'ai toujours mon mot à dire. Les gens trouvent que je suis une grande gueule, que je ne sais pas me taire quand il le faut. Mais il faut bien que quelqu'un dénonce les problèmes de notre société, non ? Si personne ne le faisait, rien ne changerait.
J'entends des bruits à l'extérieur et risque un coup d'œil par la fenêtre brisée. Je m'aplatis immédiatement au sol quand je reconnais les Thraxs, mais il est déjà trop tard.
– J'ai vu quelqu'un ! clame l'un d'eux à ses collègues.
Affolé, je cherche une sortie. Je grimpe au deuxième étage et tente de me glisser par un trou confectionné exprès pour ce genre de situation. Malheureusement pour moi, les Thraxs commencent à connaître les astuces des squatteurs et je tombe droit dans leurs bras.
– On croyait échapper à la Moisson, hein gamin ? raille le plus costaud en m'attachant les bras.
Je pourrais me débattre, mais je sais que ça ne sert à rien. À la place, je tente de me calmer en prenant de longues respirations. M'énerver ne m'amènera nulle part.
– Vous faites une erreur. J'ai dix-neuf ans, ok ?
– Mais bien sûr ! Et nous on est des capitoliens déguisés !
– Non, vraiment ! Je n'ai pas de papiers sur moi, mais j'ai vraiment dix-neuf ans. Si je suis tiré au sort, vous allez avoir de sérieux problèmes !
Un petit costaud grogne sous sa barbe épaisse et me pousse dans une camionnette de prison. À l'intérieur, il y a déjà trois autres jeunes, deux garçons et une fille.
– Écoute petit, ça sert à rien de nous mentir. Quand t'auras l'air d'avoir plus de quatorze ans, tu nous en reparleras, hein ?
– Non, vraiment ! VOUS VOUS TROMPEZ ! dis-je désespérément alors qu'ils claquent les portes du véhicule derrière moi.
Je m'assieds sur le banc métallique et me frappe la tête contre la paroi en grinçant des dents. Je suis dans un beau pétrin.
– Bienvenue dans le monde des tricheurs, ricane sombrement la fille.
Je la fusille du regard mais reste silencieux.
– Vous croyez que le tirage va être truqué ? Vous savez, pour que l'un de nous soit tiré au sort… intervient un maigrichon tout tremblant. Je ne veux pas aller dans les Jeux ! C'est pas juste !
– Oh, la ferme ! l'interrompt la fille en levant les yeux au ciel. Si ça arrive, c'est clairement le plus chialeur qui va se retrouver sur scène, non ?
Il se tait immédiatement, et nous continuons le trajet dans un silence de mort. Pour me changer les idées, je tente d'imaginer la tête de mes amis quand ils me verront arriver, mais c'est loin de me rassurer. Je ne vais quand même pas me retrouver dans les Jeux, si ? J'ai dix-neuf ans ! Je devrais être sain et sauf !
Non… Ça serait impossible d'avoir une malchance pareille… n'est-ce pas ?
C'est bien ce que je pensais plus tôt. Parce que ces connards de Thraxs ont le feu vert pour faire régner l'ordre dans la Ville, ils prennent des libertés, ne vérifient même plus si les règles sont vraiment enfreintes ou non. Le pouvoir corrompt. Et les pauvres, les impuissants, les faibles, les ostracisés… Ils en paient tous le prix.
Nous arrivons sur le lieu de la Moisson. Avec les trois autres jeunes, ils nous traînent jusqu'à une file d'enregistrement.
– On en a trouvé quatre. Le petit maigre et celui aux sérieux problèmes d'acné ont une carte d'identité, mais pas ces deux là, débite le Thrax costaud désignant la fille et moi. On va leur donner dix-huit ans… Plus de papiers possible, hein ?
Ils s'esclaffent tous avec bonne humeur et je serre les poings, qui sont toujours attachés dans mon dos.
– Ton nom, mon beau ? me demande la capitolienne qui s'occupe des registres.
Je crache aux pieds d'un des Thraxs et la fille à côté de moi retient à peine son sourire amusé. L'homme ne le prend pas aussi bien et attrape mes dreadlocks rageusement.
– Ton nom connard ! rugit-il.
J'ai envie de continuer à résister, mais je sais qu'au pire, ils vont simplement m'inventer un nom.
– Eodhan Atkins. D'ailleurs, si vous cherchez dans les archives pour mes parents, vous vous rendrez compte que j'ai dix-neuf ans, dis-je en regard la femme droit dans les yeux.
– Qu'est-ce qu'il raconte ? demande-t-elle, interloquée.
– Juste une ruse pour ne pas avoir à participer, ronchonne le Thrax. Et pour la peine, donnez-lui dix papiers de plus, voulez-vous ?
– Quoi ?! Mais je ne peux pas…
– Vous désobéissez ?
Malgré sa peau rose, elle réussit à verdir magistralement et déglutit. Baissant les yeux, elle hoche faiblement la tête et fait imprimer dix-sept papiers à mon nom. Je meurs d'envie de leur crier dessus, de leur défoncer la gueule, mais je sais que ça ne sert à rien.
La fille, qui apparemment s'appelle Leïa, et moi nous retrouvons sur le rebord de la section des dix-huit ans. Deux Thraxs nous gardent à l'œil pour s'assurer que nous ne nous échappons pas. Comme si on est assez idiots pour essayer.
– En vrai j'ai seize ans, commente Leïa avec une tranquillité désarmante. Mais c'est pas comme s'ils s'en préoccupent, hein ? Je vais bien rire si je suis tirée au sort. Tu sais, je détestais tellement le Capitole que je voulais m'enfuir, avant la rébellion. Et voilà où je me retrouve…
J'acquiesce et nous discutons un bon moment. Je cherche Elliott et Hailee des yeux en même temps, mais rien à faire. Il y a beaucoup trop de monde.
La cérémonie commence enfin, après un ridicule vidéo expliquant la supériorité et la bonté des Districts. Même conneries qu'avant, mais avec un nom différent. Faut croire que les techniques de propagande sont toujours les mêmes.
L'hôtesse est agréablement directe, ce qui n'est pas pour me déplaire. Elle passe vite au tirage, pressée qu'il soit terminé. Elle n'est pas la seule. Je ne cesse de pianoter et de me craquer les jointures alors que Leïa me jette des coups d'œil mécontents.
Enfin, un nom est tiré, et ce n'est pas Hailee. Je pousse un soupir de soulagement, mais c'est de courte durée. Une fille à l'impressionnante tignasse noire et à la petite taille monte sur scène. Elle a seulement quatorze ans. Je ne peux pas croire que les Districts vont prendre plaisir à voir cette… cette enfant mourir.
Sauf que c'est le cas. Ils vont y prendre plaisir, ils vont acclamer sa mort dans d'atroces souffrances. Parce qu'on le mérite, disent-ils. C'est vraiment n'importe quoi.
– Le tribut masculin est Eodhan Atkins !
Un rire m'échappe. C'est… ce n'est vraiment pas drôle. Mais… Je veux dire… Je viens d'être tiré au sort, non ? C'est… un peu ridicule… et hilarant… et terrifiant…
– J'avais bien dit que ça serait le plus chialeur, commente Leïa d'un ton détaché, comme si on n'avait absolument pas commencé à faire connaissance quelques minutes plus tôt.
– C'est vrai que j'ai plutôt une grande gueule, dis-je avec désinvolte.
Elle éclate de rire, mais c'est amer, désabusé. Si loin de l'humour. Comme moi.
L'un des Thraxs m'attrape par la nuque sans me ménager. Je ne remarque même pas si c'est le petit costaud ou le baraqué. Je crois que je continue de sourire, mais je n'en suis pas sûr. Peut-être que je pleure, en fait.
– NON !
Le cri me semble lointain. Je grimpe les marches, tiré par mon sympathique gardien.
– VOUS POUVEZ PAS ! C'EST UNE INJUSTICE ! IL… IL EST MÊME PAS… !
La foule à mes pieds, j'aperçois enfin Hailee. Elle se débat, retenue par trois Thraxs. Ma meilleure amie, ma confidente, ma petite sœur… Je m'avance d'un pas, je veux aller vers elle, la sauver ! Ils lui font mal, ils la frappent, l'assomment brutalement. Mais on me tient toujours fermement par la nuque et je reste impuissant.
Les larmes me montent aux yeux, mais je les retiens rageusement. Je ne leur ferai pas le plaisir de montrer mon désespoir. Ni aux faibles du Capitole incapable de se rebeller devant une telle horreur, ni aux connards des Districts qui se croient si humains, si justes.
Je ne serai l'amusement de personne. Même au coût de ma vie.
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– On va te sortir de là. C'est promis Eodhan. On va te libérer, peu importe le prix ! assène Ace en faisant les cent pas.
C'est la première fois que je le vois si agité. Lui qui ne prend rien au sérieux, qui ne fait que rire et jouer de la guitare, qui est le plus enfantin de nous tous…
– À quoi ça sert, Ace ? Vous réussirez seulement à vous faire exécuter.
– Non ! On peut le faire, on peut… Il est pas question que tu ailles dans l'arène. T'es même pas éligible, bon sang !
– Oui ! intervient Elliott. Si… S'ils confirment ton identité, ils auront pas le choix de te libérer, non ? Si le public…
– Justement. Le public ne pourra jamais apprendre la vérité. Ils vont mentir, et ils vont me tuer aussi tôt que possible dans l'arène. Aucune erreur n'est permise pour eux, ne comprenez-vous pas ? Y'a pas moyen que je m'en sorte en vie !
Je me craque le cou pour la énième fois. J'ai envie de frapper les murs, de jeter des meubles à travers la pièce, de casser la fenêtre, de… Juste… de ne pas être impuissant.
– Dis pas ça ! sanglote Hailee en essayant de m'attraper le poignet. On peut y arriver ! On peut te sauver ! Hein Ace, qu'on peut ?
Il s'immobilise enfin et hoche gravement la tête.
– On peut… On va le faire. Fais-nous confiance, Eo.
Je secoue la tête mais ne dit rien. Ils comprendront d'eux-mêmes que c'est suicidaire. Plus rien ne peut m'aider.
– Vous en faites pas les gars, dis-je finalement avec un petit rire. Je vais pas leur rendre la tâche facile. Vous me connaissez… Ils ne se débarrasseront pas de moi si facilement. Ils vont regretter d'avoir ma grande gueule dans toutes les télévisions de Panem.
