Disclaimer : absolument rien ne m'appartient, ceci est la traduction de la fanfic 'A Rose Among the Briars' de Mercury Gray, j'ai simplement reçu son autorisation de traduire sa fic selon certaines conditions. Je vous invite fortement à aller lire la version originale si vous vous débrouillez en anglais, elle est enregistrée dans mes histoires favorites ;)

Chapitre 21

… Et alors, de peur que

Nous perdions un moment de repos de la mer

Ou donnions un millier de thèmes à Fanny

Ou de douceur inimaginable, contemplons

Cette sérénité, car alors que nous méditons

Regardez ! ce n'est qu'un mouvement incessant : les meilleurs rêves de la vie

Changent les humeurs même lors des jours heureux.

An Ocean Musing, de Henrietta Cordelia Ray


L'arrivée d'Ivriniel coïncidait avec l'hiver qui s'installait – une poudre de neige tourbillonnait à présent dans les cours de la Citadelle des Cygnes, poussée par le vent froid et incessant venu de la mer. Les ballades d'automne en extérieur et les leçons en plein air n'étaient plus à la place Rhoswen et Lothiriel rapprochaient leurs fauteuils du feu de cheminée, écrasant et sentant des herbes à l'abri des assauts du vent. Lottie faisait aujourd'hui le point sur ce qu'elle savait – le tissu devant elle était recouvert de brins et de ballots qu'elle devait sentir ou identifier à l'œil pour passer le test de Rhoswen.

Cette dernière surveillait la tablée, identifiant mentalement chacune des plantes tandis que Lottie réfléchissait. Consoude, hydraste, réglisse, feuille de framboisier, pétale de rose, miel (une petite jarre reposait sur la table, une réponse facile à trouver pour Lottie), églantier, lavande, valériane, millepertuis, scutellaire à casque, bardane, fenugrec … et la liste s'étirait. Tante Ivriniel s'avança lentement vers leur table, parcourant des yeux les plantes étalées sur le tissu en souriant. « Je me souviens avoir fait cela avec Finduilas avant qu'elle ne prépare sa malle de dot pour la Cité Blanche, » se souvint-elle. « Elle ne savait pas ce qu'ils auraient là-bas, alors elle avait tout emmené avec elle. On aurait pu penser en la regardant faire qu'elle partait pour une ville touchée par la peste ! Peu importe que les meilleures maisons de guérison du royaume des Hommes soient déjà à Minas Tirith. »

« Connaissez-vous une seule de ces plantes, Tante Rin ? » demanda Lottie, essayant à tout prix (cela était évident aux yeux de Rhoswen) de reporter son épreuve d'identification.

« Seulement une, » répondit Ivriniel, ramassant une fleur blanche et sèche et la faisant tourner entre ses doigts. « Simbelmynë, » dit-elle, roulant le nom Rohirrique dans l'étrange dialecte de cette contrée. « Les Mémoires éternelles, sont-elles encore appelées. Si tu écrases la fleur et la fait tremper, elle produira un thé qui ravivera la mémoire. Fin m'avait dit cela lorsque j'étais revenue pour la Nouvelle-Année, quelques années après mon mariage. J'avais peur que mon époux ne perde la mémoire. »

« Etais-ce le cas ? » demanda Lothíriel, intriguée – Ivriniel ne parlait pas beaucoup d'Oncle Hithwon.

« Oui, comme pour tous les hommes, » répondit amèrement la dame de Belfalas. « Fin m'avait averti de ne pas en user de trop – c'était un produit cher – qui l'est toujours ! – et elle n'en avait pas beaucoup. »

« Mais j'ai entendu dire qu'on trouvait des simbelmynë dans tout le Rohan, » argua Lothíriel, confuse. « Pourquoi cela est-il si cher, s'il faut simplement en amener jusqu'ici ? »

« C'est une fleur de tombes, » répondit solennellement Rhoswen. « Elles poussent sur les tertres des morts, et ils n'aiment pas qu'on les cueille, seulement en grande nécessité. »

Ivriniel la regarda, surprise. « Je ne savais pas que vous connaissiez si bien le Rohan, Rhoswen. »

Rhoswen rougit. « Ce n'est pas le cas – mais mon frère Carnil s'y rendit avec une délégation mandée par l'Intendant lorsqu'il était en service militaire dans la cité, et il ramena cet hiver-là les plus merveilleuses des histoires. Les simbelmynë étaient dans l'une d'elles. »

« Je suppose que vos frères vous ont rapporté beaucoup d'histoires, » dit Lothíriel, prenant une des fleurs entre ses doigts, et l'écrasa très légèrement pour en libérer l'odeur. Rhoswen acquiesça, ramassant un fruit d'églantier flétri, et le frotta entre ses doigts, méditant.

« C'est comme cela que j'ai découvert le monde, » dit-elle en souriant. « Carnil me parla du Rohan, Lucan de Dol Amorth, Erufalion du Lebannin et des terres autour des montagnes, et ils me parlèrent tous de Minas Tirith. C'est ainsi que j'ai connu Boromir pour la première fois, » confia-t-elle.

« Vraiment ? » Lothíriel, à son habitude, voulait en savoir plus. N'importe quelle information lui en apprenant davantage sur l'enfant qu'avait été Rhoswen était bonne à prendre.

« Vous deviez être très jeune à l'époque, pour entendre de telles histoires, » dit Ivriniel. « Vos frères, si je me souviens correctement, sont bien plus âgés que vous. »

« Environ douze ans. Du moins, c'est l'âge auquel je me souviens de la première histoire – racontée par Erufalion. Il y avait eu une escarmouche, quelque part en Ithilien, et 'Falion s'y était rendu au sein de la compagnie de Boromir. Il parlait du Capitaine-Héritier comme s'il était Beren Erchamion ou Isildur, tel un héros des temps anciens. Et ainsi, une petite fille tomba amoureuse de l'idée de son prince dans la si lointaine Minas Tirith. »

« Etait-il tel que tu l'avais imaginé, lorsque tu le rencontras ? » demanda Lottie, se souvenant des propres histoires qu'elle avait entendues parlant de son héroïque cousin.

Rhoswen considéra la question. « Je ne saurais dire. J'avais presque tout oublié de cela lorsque je fus appelée à Minas Tirith. Je pensais que j'allais épouser un seigneur des provinces – le Capitaine-Héritier du Gondor était hors de ma portée. » Elle gloussa légèrement en se souvenant de quelque chose. « Et il y avait toujours le rappel qu'il était bien plus âgé que moi. »

Ivriniel contempla les deux jeunes femmes perdues dans leurs pensées, et rit soudainement. « Regardez-vous, à comparer vos histoires comme si vous étiez déjà séniles et que vos meilleures années étaient derrière vous ! Partez donc faire autre chose pendant un moment – cet herbier va vous rendre vieilles avant l'heure. Il ne fait pas encore si froid – allez chevaucher dans les champs ! Sentir la vie autour de vous ! »

Elle les chassa de la pièce comme une mère éloignant ses filles lorsqu'il y avait un cadeau à préparer ou un mariage important à discuter, et Lothíriel et Rhoswen s'en allèrent comme on le leur demandait, récupérant capes épaisses et capuches fourrées d'une malle en cèdre pour se protéger de la fraîche brise de la mer.

Il faisait bon dans les écuries, le sol couvert de paille et les nombreuses bêtes conservant la chaleur dispensée par quelques brasiers. Lothíriel partit demander à ce que l'on selle sa monture tandis que Rhoswen attendait dans l'entrée, où se trouvaient les chevaux destinés aux visiteurs.

« Ma Dame a-t-elle besoin d'aide ? » demanda une voix familière. Rhoswen se tourna, surprise de voir Iorlas, l'oncle de Bergil, se tenant à l'entrée des écuries. Il portait une tunique usuellement utilisée par les hommes de la cité lorsqu'ils se destinaient à un travail manuel de quelque sorte, et ses cheveux étaient également attachés en arrière, essayant de conserver tant bien que mal les mèches s'échappant et encadrant son visage perlé de sueur. Il s'avança pour maintenir le cheval, et Rhoswen perçut un léger boitement dans sa démarche, souvenir de sa jambe brisée. La blessure avait guéri, mais lui était à l'évidence encore douloureuse. Peut-être était-ce ce vent froid – le temps n'était pas aussi glacial dans la Cité Blanche.

« Pourquoi êtes-vous ici ? » demanda Rhoswen, oubliant ses manières, totalement confuse. Iorlas sourit comme s'il voulait s'excuser, frottant ses mains comme s'il voulait les laver d'un acte mauvais. Un des grooms de la cité vint l'aider à monter sur son cheval, et elle continua d'attendre une réponse tandis que l'autre homme retournait silencieusement à ses occupations.

« J'ai demandé au Seigneur Erun si je pouvais vous assister à Dol Amroth, et il y consentit. Ils ne voulaient pas me laisser reprendre mon service dans la cité tant que mon boitement n'avait pas diminué – j'assura à votre frère que je pouvais monter à cheval et tenir une épée s'il me choisissait comme garde, pour que j'aide davantage ma Cité en vous servant vous plutôt qu'en écrivant des rapports. »

« Pourquoi souhaiteriez-vous cela ? » demanda Rhoswen, à présent en sécurité du haut de son cheval, contemplant Iorlas. La position relâcha légèrement ses nerfs elle avait soudainement très froid malgré la proximité du brasier.

« Je vous dois une dette que je ne pourrais jamais entièrement retourner, ma Dame. » Les yeux du Gondorien brillaient de gratitude – et de quelque chose d'autre.

Rhoswen sourit de façon aussi bienveillante et aimable que possible. « Je n'étais pas la seule guérisseuse à m'occuper de votre jambe, Iorlas. »

« Mais les autres guérisseurs ne se sont pas occupés de mon neveu et ne m'ont pas prêté des livres pour lui lire et m'instruire, ma Dame, » répondit respectueusement Iorlas. Il y avait quelque chose dans sa voix, la façon dont il la regardait, qui l'effrayait un peu. Son respect était presque trop sincère, comme un masque – ou pire encore, un mensonge. Elle hocha sobrement la tête, et fit avancer son cheval pour l'éviter, sortant de l'écurie pour rejoindre Lothíriel dans la cour.

« A qui parliez-vous ? » demanda Lothíriel, regardant attentivement derrière Rhoswen, en direction de l'entrée des écuries. Rhoswen se retourna pour voir Iorlas se glisser à l'intérieur du bâtiment.

« Un de mes gardes. Il souhaitait nous accompagner, si nous avions besoin de lui. Je lui ai dit que nous irions seules, » mentit Rhoswen avec un sourire. « Mon frère Erun semble leur avoir dit que j'étais faite de verre. » Elle essaya de garder une voix légère, aérienne, insouciante, voire dédaigneuse elle ne sut pas si cela fut le cas.

« Eh bien, nous savons que cela n'est pas le cas ! » dit Lothíriel. « Vous êtes une femme faite de chair et de sang, comme n'importe quelle autre. Où allons-nous aujourd'hui, ma sœur de la terre ? » demanda-t-elle, guidant sa monture hors de la cour de l'écurie vers la route conduisant aux campagnes entourant la Citadelle des Cygnes.

A un endroit où je ne puis entendre mon cœur battre de peur, se dit mentalement Rhoswen. « Sur la plage, » dit-elle à voix haute. « Je me sens d'humeur à entendre à nouveau les vagues. »

Le vent soufflait farouchement depuis la vaste étendue si sombre, les vagues s'abattant férocement sur les roches de la plage en une succession cinglante, furieuses malgré le ciel étrangement silencieux c'était l'ordre des choses, prévisible en quelque sorte. Bientôt viendrait le Nouvel-An, et soirées et masques accueilleraient le retour du soleil et la nouvelle année, et après cela le printemps sortirait doucement sa petite tête verte endormie et couverte de gel, d'abord timide, pour ensuite se revêtir des couleurs effrontées de la pleine floraison.

Les chevaux se tenaient solennellement à leur point d'attache, un peu éloignés de la côte, tandis que Lottie et Rhoswen s'asseyaient sur le sable, prenant garde à la marée. Pendant un long moment, personne ne dit mot. Les mouettes tournaient au-dessus d'elles, pépiant et criant leurs appels incessants, ponctués de temps à autre par le bruit d'une énorme vague allant et venant, le son de la vague finissant par s'atténuer. Rhoswen aurait souhaité être un poète partager la scène, ce calme presque brumeux lorsque le monde était ainsi gris, aurait été merveilleux. Il semblait qu'elle puisse mettre les mots sur ceux des autres, mais pas sur les siens.

« Rhoswen, êtes-vous impatiente à l'idée de vous marier ? » la voix de Lottie résonna de façon inattendue après le dernier éclat de vague, déconcertante parmi les autres sons.

« Oui, je suppose que je le suis. Un peu, » rectifia Rhoswen, soudainement peu sûre d'elle. Il n'avait jamais été question d'être prête ou non le mariage était simplement une chose qui aurait lieu, et c'était la seule chose à considérer.

« Pourquoi ? » demanda Lottie.

« Je ne sais pas … j'aurai ma propre maisonnée, mes propres domestiques … mes propres enfants, bien assez tôt. » La pensée d'un petit être comme Barhador, le fils de son frère Carnil, la faisait sourire.

« Vous vous réjouissez de cela ? »

« Pas vous ? » demanda Rhoswen, choquée que Lotte puisse penser autrement. Une autre vérité cachée. Lothíriel secoua la tête et fronça les sourcils.

« Tout cela a l'air si … sale. Porter un enfant et le mettre au monde. Et les femmes meurent en couche tout le temps ! Pourquoi devrais-je subir tout cela pour plaire à un homme en lui donnant un fils ? Ne peut-il simplement être satisfait par ma personne ? »

« Je ne veux pas avoir d'enfant simplement pour le bon plaisir de Boromir, » se défendit Rhoswen. « Enfin, c'est – c'est le cas, mais pas seulement. Ils seront les siens, c'est certain, mais … » sa voix s'effila, tandis qu'elle tentait de trouver les mots. « Je me sens vide chaque fois que je vois une femme avec un bébé. J'ai l'impression qu'il me manque quelque chose, comme si j'étais froide à l'intérieur. Et sentir cette chaleur, d'un enfant contre moi, semble être la seule chose qui pourra me réchauffer. » Elle leva les mains et les enroula autour de ses épaules comme si elle berçait quelque chose. « Pourquoi demander cela maintenant ? » se demanda-t-elle à voix haute, regardant Lottie pour obtenir une plus ample explication.

Cela l'avait soudain frappé à quel point il était étrange que Lottie – Lottie, qui ne perdait jamais une occasion de faire une blague grivoise ou insinuer quelque chose ou donner une nouvelle information sur la vie conjugale qu'elle avait entendue d'une connaissance mariée – trouve soudainement toute l'affaire … quel était le mot qu'elle venait d'utiliser ? Sale. Il y avait définitivement quelque chose derrière tout cela.

« Vous savez que la dame Riressil a été confinée dans son lit, » commença Lothíriel, rassemblant ses pensées alors qu'elle jouait avec l'ourlet de sa robe. « Mama a envoyé quelqu'un lui tenir compagnie, et j'y suis allée, il y a quelques jours, et elle avait l'air si misérable, assise là, attendant que cette … cette chose sorte et qu'elle soit libérée de toute cette affaire. Et j'ai pensé 'pourquoi diable souhaiterais-je un jour cela pour moi ?' ».

Rhoswen connaissait Riressil, et en savait un peu sur sa condition. La dame avait mangé une viande contenant une herbe quelconque ayant accidentellement déclenché de fausses contractions. Les guérisseurs l'avaient confinée au lit avec un régime strict et la dame, qui appréciait grandement sa nourriture, ne prenait pas bien ces restrictions. « Riressil est une sotte qui n'a pas suivi les consignes de sa sage-femme, Lottie, et tout le mal qui s'en suit n'est que de son fait, » dit-elle durement. Lottie regarda avec choc son amie d'habitude si mesurée. Rhoswen s'arrêta et ne dit rien pendant quelques instants. « Ce que je veux dire, Lottie, c'est que vous n'êtes pas sotte, et que vous n'aurez pas de tels problèmes durant votre grossesse. Et voir la joie parant le visage de votre époux lorsque vous lui montrerez votre magnifique bébé que vous lui donnerez sans aucun doute, cela sera la seule récompense dont vous aurez besoin. »

« Et si c'est une fille ? » demanda misérablement Lottie, « et qu'il veut des fils ? »

« Votre père n'est pas non plus sot », répondit fermement Rhoswen. « Il ne vous donnerait pas à un tel homme. De plus, » dit-elle, se rapprochant de Lothíriel, sentant ses joues se colorer malgré le vent, « il y aura aussi un certain plaisir dans la chose, n'est-ce pas ? Car votre père ne saurait vous marier à une vieille chèvre, il vous aime bien trop pour cela. Il sera jeune, beau et fort, et il vous aimera terriblement. » Qui sait ? Peut-être que les cieux seront cléments et que cela sera mon frère que vous aimez déjà, se dit-elle, regardant le visage de Lottie en devinant que son amie pensait sûrement la même chose qu'elle.

Lottie souris, surprise, gloussant légèrement alors que le coude de Rhoswen la chatouillait au niveau des côtes. « Vous entendez-vous parler ? »

« Oh, c'est le cas, » répondit Rhoswen, « Si cela peut vous faire rire comme vous m'avez fait rire, c'est encore mieux. Vous n'avez pas besoin de vous préoccuper de cela pour l'instant Lottie, vous n'allez pas vous marier dans peu de temps, de toute façon. »

« Je puis-je me préoccuper des mêmes choses que vous, Rhoswen ? » se moqua Lottie.

« Non, jamais, » répliqua Rhoswen. « Je serais celle qui s'inquiète, et vous serez toujours là pour me sortir la tête de mes malheurs. » Elle se fit silencieuse quelques instants. « De quoi me suis-je donc préoccupée récemment ? Je pensais aller bien mieux ces derniers temps. »

« Ce garde dans l'écurie, Rhos, » dit sérieusement Lothíriel, son allégresse disparue. « Qu'a-t-il donc pu dire pour vous déconcerter autant ? »

Le masque de Rhoswen s'effrita, tel un bouclier abandonné par un soldat s'enfuyant. « Oh, » dit-elle, « Vous avez vu cela. »

« Oui, et je veux savoir ce qu'il vous a dit, » demanda fermement Lothíriel. « Vous a-t-il également parlé de mariage et de bébés ? Si c'était le cas, je connais plusieurs de vos frères et des miens qui voudraient avoir un mot avec lui. »

« Ce n'était rien de la sorte, » répondit Rhoswen, essayant de chasser le problème au loin et réalisant qu'il était fermement accroché à sa poitrine. « J'étais son infirmière, à Minas Tirith. C'est l'oncle d'un … d'un ami à moi, un petit garçon de huit ans nommé Bergil. Je ne pensais pas lui avoir accordé d'attention particulière, mais … il semble qu'il se soit attaché. »

« Et cela vous inquiète ? » demanda Lottie, plus pour le principe de voir Rhoswen le reconnaître que pour la réponse en elle-même elle savait déjà que cela inquiétait Rhoswen, qui n'aimait jamais être au centre de l'attention par peur de glisser et tomber, au plus grand plaisir des autres.

« Vous me connaissez mieux que quiconque, mon amie, » répondit simplement, admettant les suspicions de Lottie, et tourna à nouveau son regard vers la plage.

« Qu'allez-vous faire ? » demanda Lottie à voix haute. Rhoswen haussa les épaules, frissonnant en même temps.

« Je ne sais pas, » répondit-elle honnêtement. « Prier pour que je ne le vois pas, au moins. » Il semble que je ne puisse faire grand-chose de plus.

Si Lottie avait une autre suggestion, elle ne la partagea pas, acquiesçant seulement comme si elle était à moitié d'accord.

« Vous ne direz rien de ce que je vous ai confié à Mère ? » demanda soudainement Lottie, comme si elle avait peur que Rhoswen trahisse sa confiance.

« Seulement si vous ne dîtes rien non plus à Erun, » accepta Rhoswen. « Je ne veux pas qu'il s'inquiète davantage pour moi. »

Il le ferait même sans mon incitation, mon amie, pensa Lothíriel alors qu'elles quittaient la plage, tapotant leurs jupons et replaçant des mèches de cheveux récalcitrantes derrière leurs oreilles malgré le vent. Le retour à la citadelle fut silencieux, à peine interrompu par un cri ou un appel. Tout le monde était rentré à l'intérieur aujourd'hui, essayant d'ignorer le vent et le froid. Mais il y avait bien assez de bruit provenant du boudoir lorsque les deux femmes revinrent débarrassées de leurs capes – un véritable fouillis de sons, tel un marché, de femmes riant et d'hommes vendant leurs marchandises. Lottie ouvrit la porte sur une scène chaotique presque plaisante. Les malles d'un marchand étaient éparpillées à travers la pièce, toutes à différents stades de présentation de leur contenu. L'air était chargé d'odeurs étranges et exotiques, des nouveaux parfums des échoppes de la Cité des Cygnes, et les coffres des tisserands et des teinturiers s'ouvraient sur des tissus de fabriques et de couleurs de toutes sortes, tel un grand bazar privé pour le plus grand plaisir des dames de la maisonnée du Prince.

« Enfin, ma fille prodige est de retour, » les accueillit Heledirwen, émergeant du tableau coloré, suivie prudemment par quelques marchands et leurs filles venues en aide pour présenter leurs plus belles marchandises. « Et soufflée par le vent, également, » dit-elle, caressant la joue rougie de Lottie avec un air tendre et légèrement déçu. « Tu n'aurais pas dû chev aucher dehors par ce temps. »

« J'avais besoin d'air frais, » répondit Lottie, son excuse habituelle par la plupart de ses méfaits. « Pour quelle occasion y a-t-il tout ceci ? Je pensais que nous ne devions pas avoir de nouvelles robes avant la Nouvelle-Année. Papa a dit que - »

« Mais mes filles doivent avoir des costumes pour le Masque, » dit Dame Heledirwen, prenant la main de Rhoswen et la guidant à travers le labyrinthe de malles et de coffres vers ce qui semblait en être le cœur. Plusieurs marchands, aux paumes légèrement moites, se tenaient là à attendre d'exposer leurs marchandises à une Ivriniel royalement assise, tenant cour au milieu des pans de tissu et de soie, recevant chaque boîte qui lui était présentée comme une reine accueille ses invités à un banquet.

« Non, le bijou doit être moins vert – un vert pâle de printemps, pour s'accorder avec les feuilles de – Lottie et Rhoswen ! Vous êtes de retour ! » Tante Rin détourna son attention de la boîte du bijoutier tandis que ce dernier se retirait pour chercher ce qu'elle désirait dans ses boîtes, et fit s'avancer ses nièces. « Venez donc vous asseoir avec moi et voir ce que je vous ai acheté aujourd'hui. »

« Nous n'avions pas besoin - » commença Rhoswen, se demandant quel présent exorbitant Ivriniel s'apprêtait à leur offrir. Mais Ivriniel ne voulut rien entendre – elle porta ses doigts devant la bouche de Rhoswen et fit s'asseoir la jeune femme à côté d'elle, demandant à sa servante d'apporter des plans de quelque sorte – des interprétations par un artiste de ce qui semblait être des masques.

« Puisque je n'ai jamais eu de jumelles à vêtir, vous devez m'accorder ce plaisir j'ai toujours eu envie de voir un tel costume au Masque du Nouvel-An, et à présent que je vous ai toutes les deux et assez ressemblantes, il me faut le voir. Vous serez Telperion et Laurelin. Vous m'excuserez ces caricatures, » dit-elle en désignant les plans, « mais il était dans une telle hâte, et il n'eut que le temps de faire ceci. Il y aura évidemment de la dorure, qui n'est pas indiquée ici, et je pensais à quelques rubans, dépassant un peu ... »

Elle continua, et Rhoswen et Lothíriel approchèrent les plans, songeuses face aux images devant elles. Rhoswen ne put s'empêcher de passer ses doigts sur le motif recherché, sur lesquels de minutieux détails étaient encrés. S'il s'agissait de pauvres copies, elle ne pouvait ne serait-ce qu'imaginer comment seraient les véritables versions. Lottie s'était étendue maintes fois les jours précédents sur la soirée des Masques de la Nouvelle-Année, la grande soirée qui laissait l'ancienne année derrière et accueillait la nouvelle, durant laquelle tout le monde portait des masques, pour la plupart datant de plusieurs générations, flirtant avec excès, et qui générait souvent beaucoup de tapage. Il s'agissait d'une des nombreuses choses qui différenciaient Dol Amroth de la Tour de Garde – le Nouvel-An ne se contentait pas d'un grand banquet et d'un échange de cadeaux, c'était un divertissement durant presque une semaine, empli de fêtes et d'intrigues, et d'un peu plus d'amusement.

Mais elle n'avait pas pensé que les masques mentionnés par son amie soient si … magnifiques. Sur le papier, les feuilles ne s'évasaient pas autant que ce qu'elle imaginait du travail rendu par le tanneur, mais même ainsi, le dessin semblait léviter hors de la page. Il y en avait deux, l'un d'un bleu-vert si profond qu'il semblait être parcouru de noir, la moitié du visage couverte par des feuilles d'une forêt nocturne, doucement illuminée par le croissant de lune étiré sur le front. L'autre avait la couleur d'un soleil matinal, émergeant timidement derrière les pointes des feuilles aux couleurs de bourgeons et de blé mûr. Les deux arbres de Valinor, les arbres ayant donné l'arbrisseau qui était devenu l'Arbre Blanc.

« Ils sont à couper le souffle, » dit Lottie, aussi choquée que l'était Rhoswen. N'avait-elle pas dit à Rhoswen que recevoir un nouveau masque était presque aussi important que d'avoir le droit de porter un des fameux héritages familiaux ? « Tante Rin, vous n'auriez pas … »

« J'ai de temps en temps le droit de dépenser à outrance, Lottie, » répondit paisiblement Ivriniel, caressant la main de sa nièce. « Je veux que le premier Nouvel-An de Rhoswen à Dol Amroth soit beau, et quel meilleur moyen de célébrer son entrée dans la famille qu'avec un nouveau masque ? Vos filles les porteront un jour et vous vous rappellerez de votre jeunesse grandiose. 'C'était le masque que je portais l'année de mon mariage', vous raconterez, et votre fille vous suppliera de ne rien dire de plus sur le temps où vous et votre mari étiez jeunes et amoureux. »

« Je ne me souviens que bien trop bien de cet air-là sur cette jeune fille, » acquiesça Heledirwen en désignant Lottie. « Et pourtant tu aimes ce masque de lys presque autant que moi. »

« Ah ! » s'écria Ivriniel tandis qu'un marchand ouvrait une nouvelle boîte tapissée de velours. « C'est celle-ci ! Ce vert-là ! »

« Ma dame a bon goût, » dit gracieusement le bijoutier. Rhoswen doutait qu'il aurait dit autre chose, peu importe sur quoi s'était porté le choix de Ivriniel, du moment qu'il recevait son argent en temps et en heure. Saisissant la pièce pour lui faire miroiter la lumière venant de la fenêtre, l'artisan la tendit à Ivriniel et laissa la dame de Belfalas l'examiner de plus près. Une pierre taillée carrée, logée dans un pendentif en filigrane délicatement ouvragé de telle sorte à laisser passer la lumière, accrochée à une lourde chaîne dorée, scintillante de reflets verts.

« Oui, cela fera très bien l'affaire, » dit Ivriniel, la plaçant au niveau du visage de Rhoswen alors que la jeune femme avait l'air stupéfaite – la gemme faisait facilement la taille d'un œuf de pigeon, et n'était pas non plus légère.

« C'est beaucoup trop, » bégaya Rhoswen tandis que Ivriniel souriait et secouait la tête.

« C'est juste assez, ma chère. Laissez donc les autres femmes porter de petites gemmes – une princesse ne saurait être éclipsée. Vous ne direz rien de son prix, » dit-elle rapidement au marchand alors que Rhoswen ouvrait la bouche. « Ma servante viendra organiser l'échange lorsque nous aurons terminé. A présent, qu'avez-vous en violet et saphir pour la Princesse Lothíriel ? »

Cela fut sans dire que les marchands quittèrent les lieux heureux, leur coffres plus légers et leurs bourses plus lourdes, rassasiés et heureux de leur repas de castari dorés. Les parures furent rangées pour la Nouvelle-Année et la pièce nettoyée de perles et de fils rétifs, et les fauteuils remis à leur place pour que les ménestrels de Ivriniel puissent se joindre à eux pour le reste de l'après-midi.

« Yoneval, nous aimerions que vous jouiez quelque chose … de nostalgique, » décida Ivriniel alors que le troubadour s'approchait, les saluant d'une de ses salutations élaborées, et s'asseyant sur une des chaises basses d'où tout le monde pourrait l'entendre. Le troubadour considéra la requête quelques instants, accordant son luth et grattant les cordes d'une main experte.

« De nostalgique, » répéta-t-il pensivement. « Un chant sur la jeunesse passée, l'innocence … »

« Sur le passage du temps, » clarifia Ivriniel. « Aujourd'hui fut une journée emplie de vieux souvenirs. »

Le ménestrel sourit et acquiesça. « J'ai justement ce qu'il faut, » dit-il en se raclant la gorge, jouant les premières notes. La pièce fit silence alors que Yoneval commençait à chanter, ouvrant sur une question obsédante et qui, Rhoswen réalisait, sonnait fort juste.

« Qu'est-ce que la jeunesse ? Un feu impétueux.

Qu'est-ce qu'une jeune femme ? Glace et feu.

Le monde dérape.

Une rose fleurit

Puis se fane

Tout comme la jeunesse.

Tout co-o-o-o-o-mme la belle dame » le troubadour fit des trilles, son audience sous le charme.

« Vient le temps où un doux sourire

Fait son temps et doit mourir …

Alors l'amour est amoureux de moi. »

Yoneval sourit, et gratta à nouveau le luth, changeant de clé et accélérant le rythme, sa voix légère faisant des cabrioles.

« Certains ne pensent qu'à se marier, d'autres ne font que se moquer,

Ma parade est la meilleure pour se dérober. Arien, elle tient le ciel.

Cabriole, chante-moi le chant,

La mort viendra bien assez tôt nous rendre silents.

Plus doux que le miel et amer comme le fiel

L'amour est un passe-temps toujours fidèle.

Plus doux que le miel et amer comme le fiel

Arien, elle tient le ciel. » (1)

« Un beau morceau, mais bien sombre, » prononça Ivriniel lorsque les dernières notes se turent. « Et pourquoi avez-vous utilisé Arien comme déesse de l'amour ? »

« Si quelqu'un pouvait décrire un tel amour dans la chanson, ma Dame, comme vous le savez bien, cela serait un amour qui consume, et brûle et ne laisse rien derrière, et qui ne saurait être consolé. Telle était Arien lorsqu'elle devint le soleil. Tel est, ainsi, l'amour. »

« Je l'ai trouvé très bien, » déclara Lothíriel avec un sourire victorieux. « Yoneval est le meilleur poète de tout Dol Amroth lorsqu'il est présent. N'est-ce point vrai, Yoneval ? »

« Si c'est le cas, ma Dame, cela est seulement dû au fait que j'ai de plus belles femmes sur qui écrire que les autres hommes, » répondit galamment le troubadour. « Les dames de la Cité des Cygnes n'ont pas d'égal dans tout le Gondor. »

« Je ne dirais pas cela – le faire serait une insulte envers ma cousine ! » corrigea Lothíriel, faisant rougir Rhoswen. « Dans sa propre cité, et évidemment, ici aussi à Dol Amroth, elle est considérée parmi les plus belles de toutes. Comment vous appellent-ils dans la Cité, Rhos ? Vous avez un surnom – Erun m'en a parlé ! »

« La Rose Blanche. Il s'agit d'un jeu sur mon nom, rien de plus, » répondit Rhoswen, essayant de ramener l'attention vers Lothíriel.

Yoneval souriait à présent, comme si un grand mystère venait de lui être révélé. « Il me peine, en ce cas, de parler si légèrement de la mort de roses ! J'espère que vous me pardonnez, ma Dame, et me permettez de m'amender. J'ai entendu il y a quelques jours dans la cité une chanson des plus magnifiques. Non point de ma propre plume, hélas, mais merveilleusement composée. Puis-je vous la chanter, mes dames ? »

« Certainement, je ne pense pas que nous puissions vous laisser partir sans la chanter, après une telle introduction, » dit Tante Ivriniel, souriant à Rhoswen puis se tournant vers Yoneval.

L'homme sourit de façon énigmatique, accrochant brièvement le regard de Rhoswen avant de commencer. Ce coup d'œil la surprit ses yeux, droits, étaient d'un bleu radiant, et soudainement toutes les discussions des servantes qu'elle avait surprises, parlant de son charme et de sa belle allure, prirent sens.

« Je connais une dame au beau teint lumineux

Et aux roses blanches dans ses cheveux

Dans tout le monde elle est la plus pure

Aucun homme ne pourrait cacher son allure.

Elle est la dame de mon seigneur

L'homme à qui j'ai prêté honneur

Envers lui montre-t-elle l'amour le plus précieux

Un trésor doré venu des cieux.

Je ne saurais les séparer, car mon cœur sait

Qu'il est vain d'ainsi espérer

Aimer une dame si douce et belle

En sachant qu'elle ne saurait m'être fidèle.

Ainsi je m'assiérai et chanterai mon chant

Souffrant profondément alors que le jour s'étend

Et en mon cœur toujours se compose

Un vers pour louer la Blanche Rose. »

Lothíriel applaudit frénétiquement, alors que Yonveal finissait l'amère petite ballade, et Rhoswen se sentit étrangement chaude. Quelqu'un avait écrit une chanson … pour elle, il semblait. « Où avez-vous entendu cette chanson, Yoneval ? » demanda Lothíriel au troubadour.

« Un lieu dont je ne répèterai point le nom devant une dame, tant il est grossier. Une taverne quelconque. Parfois, un poète se doit de sombrer dans de tels endroits, » ajouta-t-il tristement, bien qu'il ne paraisse triste que pour le geste. « J'ai trouvé que cette chanson était bien trop belle pour être chantée dans un tel endroit, et je l'ai ainsi sauvée de la bouche du pauvre soldat la chantant (plutôt bien, toutefois, alors qu'il n'avait pas de luth ou de flûte pour l'accompagner) pour l'apporter ici à votre plaisir. »

« Venait-il de Dol Amroth, ce soldat ? » demanda Rhoswen, semblant soudainement retrouver la parole. Sa peau était froide. Yoneval se tourna vers elle, avec un air malicieux dans ses yeux, comme s'il finirait par lui faire avouer le grand secret sur le véritable auteur de cette chanson.

« Non, ma Dame, maintenant que j'y pense, ce n'était pas le cas, et il chantait avec l'accent de ceux de Minas Tirith. Une voix magnifique, cependant, pour quelqu'un ne venant pas de Dol Amroth. » Les yeux de Yoneval firent des aller-retours pendant un instant, réfléchissant rapidement. « Mais si ma dame le souhaite, je puis à nouveau fréquenter l'endroit et lui offrir des leçons de chant et d'apprentissage d'instruments, si cela vous conviendrait, et vous rapporter toutes les choses qu'on puisse apprendre au cours d'une conversation. »

« Cela ne me conviendrait pas, » répondit rapidement Rhoswen, se levant sans grâce de son fauteuil, la gorge soudainement sèche. Elle se rappela sa politesse avant de franchir la porte, et dit à Yoneval, d'une voix plutôt atone, « Merci pour vos chants, Maître Poète. Ils furent joliment contés. » Le troubadour s'inclina et la laissa prendre congé, laissant Lothíriel combler le silence et réclamer une autre chanson avant de partir consoler son amie.

« Rhoswen, pourquoi êtes-vous partie si soudainement ? Il s'agissait simplement d'une faveur innocente que Yoneval vous offrait, » dit raisonnablement Lothíriel, fermant fermement la porte de sa chambre derrière elle afin qu'on ne puisse les entendre. Rhoswen était assise près du feu, les épaules tendues.

« Je sais ce qu'il offrait de faire, » accusa Rhoswen. « De … de porter des messages à ce soldat, lui donner mon approbation, arranger des retrouvailles et tout ce temps traîner mon honneur dans la boue jusqu'à cette horrible petite taverne ! »

« Je pense que vous savez déjà qui l'a écrite, » dit dangereusement Lottie, vissant son regard à celui de Rhoswen. Cette dernière détourna rapidement le visage, cognant son coude contre le fond du fauteuil. « Je pense que vous savez déjà de qui il s'agit et que vous ne souhaitez pas qu'il sache que vous l'avez démasqué. Parce que vous avez peur. »

Combien d'hommes ont fait le déplacement jusqu'ici avec moi, et combien d'entre eux s'y connaissent en poésie, et combien encore ont exprimé leur attirance pour moi ? Oui, je sais de qui il s'agit, et oui, j'ai peur, et n'en ai-je point toutes les raisons ? « Car j'ai peur de ce que le reste de la cour va penser de moi, avec mon promis absent jusqu'à on ne sait quand, et qu'un petit soldat compose des chansons sur ma beauté ? » répondit misérablement Rhoswen, se tournant à nouveau vers le feu, tenant son coude et se maudissant pour sa hâte. « N'est-ce pas une raison suffisante pour avoir peur ? »

« Aucun danger ne réside dans des mots d'amour, Rhoswen. Je pense que j'en sais mieux que quiconque, vu où je réside, » dit fermement Lothíriel. « Laissez-le composer ses chansons. Je pense que s'il avait souhaité plus il aurait déjà agi autrement. »

« Me suivre jusqu'à Dol Amroth, suivre le moindre de mes pas, n'est-ce pas agir autrement ? » demanda Rhoswen, presque hystérique à l'idée que Lottie ne voit pas les choses à sa façon.

« Rhoswen ! » tonna Lottie, attrapant les épaules de son amie pour la forcer à la regarder dans les yeux. « Il ne vous a pas suivie jusqu'ici. Il est à votre service, et à celui de votre frère. Votre frère qui, si je puis ajouter, est bien connu pour vous protéger jusqu'à son dernier souffle. S'il a discuté avec lui des raisons de sa présence ici, et que Erun a autorisé sa venue, alors cela devrait être la seule garantie dont vous avez besoin. Votre frère est un homme perspicace et que l'on ne dupe pas facilement. Cet homme vous a-t-il suivi à la trace ? Vous attend-t-il à chaque tournant ? Vous a-t-il envoyé des messages, des fleurs, des gages de ses égards ? Essayé de vous faire part de sa présence ? Non ! Il a attendu, car il est évident qu'il vous respecte bien trop pour réclamer votre attention. Car il respecte également Boromir, » ajouta-t-elle. « Il l'a mentionné dans sa chanson. »

Rhoswen inspira profondément. « Que devrais-je faire ? » demanda-t-elle, presque désespérément. Elle savait qu'il y avait de la vérité dans ce que disait Lottie, mais elle ne voulait pas y croire.

« Convoquez-le pour une audience. Faites-lui part du problème, et voyez comment il réagit. » Lothíriel s'arrêta un instant. « Savez-vous pourquoi mon oncle Hithwon aimait tant ses musiciens ? »

« Pourquoi ? » demanda sèchement Rhoswen.

« Car il était assuré de leur loyauté et de leur bonne disposition, et ces deux éléments faisaient qu'il pouvait divertir et orienter l'avis de ses gens, dans une certaine mesure. Boromir est parti depuis presque quatre mois à présent il se dit – et je ne préciserai pas où – qu'il puisse ne pas revenir. Laissez les troubadours chanter sur son retour et votre mariage. Cela apaisera un peu les craintes du peuple, leur rappellera de se réjouir de son retour à venir. Vous vous marierez, lui donnerez un héritier, et la vie reprendra son cours comme avant. Aussi simple que cela. Il le faut. »

Rhoswen était silencieuse, comme si elle cherchait quelque chose à arguer face à cette proposition, mais y échouait. Lottie connaissait bien trop son amie pour laisser passer cela – si elle encaissait un autre coup comme celui-ci, tout était fini. « Vous m'avez autrefois dit que vous préféreriez ressembler à Tante Ivriniel plus qu'à n'importe qu'elle autre femme au monde, » dit-elle fermement, sa voix doucement menaçante. « Voici votre chance de vous lancer. Vous n'êtes plus cette jeune femme mélancolique ayant quitté Minas Tirith. Laissez le monde commencer à voir la femme que vous êtes devenue, une femme qui sait comment fonctionne le monde et est prête à l'accepter, une femme qui a les intérêts de son époux à cœur, même s'il n'est pas là pour le voir. » Lothíriel recula d'un pas un instant, pour observer son travail à distance. Le visage de son amie n'était plus tourmenté, mais plutôt tranquille. Lothíriel ne put s'empêcher de sourire. Elle connaissait cet air-là. Il signifiait que Rhoswen considérait sérieusement sa proposition.

Enfin la jeune femme prit la parole. « Que dois-je dire ? » demanda-t-elle doucement.

La princesse Amrothienne sourit, légèrement triomphante. Enfin, la femme téméraire que Rhoswen aspirait à être faisait surface. « Commencez, » conseilla-t-elle, « par le remercier de sa visite … »


Le rouleau du bras du fauteuil se dessinait nettement sous le pouce explorateur de Rhoswen, explorant les recoins et les cavités de la surface sculptée tandis que ses mains s'y cramponnaient. C'était un lourd fauteuil orné, qui était habituellement situé dans un coin de la chambre que Lottie et elle partageaient, trop impérial pour la vie de tous les jours. Mais il semblait qu'un air impérial était ce qu'il fallait pour recevoir les domestiques rétifs.

Rhoswen avait envisagé de se tenir debout durant l'entrevue – Lottie avait insisté pour qu'elle soit assise dans le fauteuil le plus grand possible. « C'est comme s'ils vous avaient interrompu au milieu de quelque chose – il ne s'agit pas de leur temps, mais du vôtre, qui est précieux. Et que se passerait-il si vous vous sentiez mal ? Non, Rhoswen, le fauteuil. Pourquoi pensez-vous qu'Oncle Denethor reçoit dans la Salle des Rois ? Parce que son fauteuil d'état s'y trouve, et qu'il témoigne de son pouvoir, et de son statut. »

Je me demande si le fauteuil de Denethor a un coussin, pensa Rhoswen. Celui-ci est bien inconfortable sans.

Lottie faisait des aller-retours près de la fenêtre, se parlant seule et se demandant si elle avait oublié quelque chose tandis qu'elles attendaient que Iorlas fasse son apparition. Un coup retentit enfin à la porte, et Maireth se leva pour ouvrir alors que Lothíriel courait se cacher derrière un rideau, ayant l'intention d'assister à la scène dans l'ombre. Rhoswen se saisit de son livre et l'ouvrit à la première page, ses mains tremblant ce faisant.

Je ne suis point un roseau qui ploie sous la force du vent, se rappela-t-elle, serrant ses mains au-dessus de ses genoux pour les empêcher de trembler. Je suis le roc sur lesquelles se brisent les vagues. Je connais la force du vent, et pourtant je résiste.

« Maître Iorlas, de la Garde de ma Dame, » annonça Maireth. Rhoswen leva les yeux de son livre avec l'air le plus désintéressé possible, et qui devait paraître davantage lugubre que désintéressé. Iorlas s'avança dans la pièce, portant sa plus belle livrée et les cheveux relevés en arrière à la manière des soldats.

« Ma Dame m'a fait mander, » dit-il, regardant Rhoswen, montrant peu d'appréhension de son côté.

« Appréciez-vous votre séjour ici, dans la Cité, Maître Iorlas ? » demanda-t-elle soudainement. Non ce n'était pas ça. J'étais censée le remercier pour sa venue, mais lui faire sentir que n'importe quel autre moment aurait été plus opportun. Trop tard !

Le garde ne semblait pas savoir quoi répondre. « C'est un bel endroit, ma Dame, regorgeant de choses merveilleuses que je n'aurais pu découvrir dans la cité. Le Seigneur Imrahil est un dirigeant juste et bon. »

« J'ai entendu bien des choses récemment sur les merveilles de la cité, » continua Rhoswen, les mots s'écoulant d'un réservoir jusqu'ici inconnu, d'une voix qui n'était pas la sienne. « Les marchés, les ports et … les poètes ! Plusieurs demeurent dans la Citadelle, le saviez-vous ? » elle n'attendit pas sa réponse. « L'un d'entre eux m'a fait part hier d'un poème des plus intéressants. » Curieux, je devais dire curieux ! « Qui faisait mention de moi. » Elle ferma son livre – ses mains ne tremblaient plus – et regarda Iorlas droit dans les yeux. « Je suis une étrangère dans cette Cité. Et pourtant, quelqu'un écrit une chanson sur moi – et mon seigneur Boromir. » Tremblait-il ? Tremblait-il vraiment ? Où étais-ce un tour joué par son imagination ? Tremblait-elle ? « Iorlas, avez-vous écrit cette chanson ? »

Le soldat fixa ses chaussures pendant un moment, puis regarda à nouveau Rhoswen. « Oui, » finit-il par admettre. « Si cela vous a offensé, ma Dame, je ferai en sorte qu'elle ne soit plus chantée. »

Rhoswen ferma les yeux un instant, sentant un grand fardeau s'alléger de sa poitrine. C'était comme Lottie l'avait prédit il n'avait pas cherché à la menacer de la façon qu'elle avait redoutée.

Iorlas sentit qu'elle avait craint quelque chose, car il continua. « Jamais je ne souhaiterais vous déshonorer, ma Dame – mon amour pour le Seigneur Boromir et votre frère le Seigneur Erun est bien trop grand. »

« Vos dires sont-ils vrais ? » demanda Rhoswen, essayant de rendre sa voix aussi froide et vide d'émotions que possible. Cela sonnait pourtant trop aigu à ses oreilles, comme une voix de petite fille, pleine d'espoir. Non, il n'y a pas d'espoir ici ! Je n'espère rien de lui !

Iorlas fit silence quelques instants, semblant choisir soigneusement ses mots. « Il est coutume à Dol Amroth d'aimer une femme bien au-delà de sa position pour n'oser espérer un signe de reconnaissance de sa part, ma Dame. Composer de tels poèmes et vanter à d'autres sa beauté est la seule récompense que l'on puisse espérer. Telle est la nature de … mon amour, ma Dame – tel un paysan aimant sa reine qui rend son roi heureux. »

Rhoswen rit sèchement. « Je ne suis point reine. »

« Vous êtes ce que nous avons eu de plus proche d'une reine depuis bien des années, ma Dame, » ajouta doucement Iorlas.

Comme j'aimerais que cela ne soit point vrai. Si seulement Boromir avait été un moindre homme, alors j'aurais été ravie. Mais je dois faire avec ce qui m'a été donné, et tous les tourments qui viennent avec. « Il n'est pas en mon pouvoir d'exiger votre silence, Iorlas. Vous êtes un homme libre de chanter ce que bon vous semble. Vous pouvez vous retirer, » dit-elle, et le garde la salua, se tournant pour prendre congé. « Iorlas ? » dit Rhoswen, faisant s'arrêter l'homme devant la porte. Elle avait presque oublié pourquoi elle l'avait fait venir, tant elle avait été impressionnée par sa propre audace. « Souhaiteriez-vous recevoir des leçons pour jouer du luth ? Il y a un troubadour qui souhaiterait vivement vous prendre sous son aile, » expliqua-t-elle, un peu réticente. Le visage du soldat s'éclaira, et il acquiesça. « Je lui ferai parvenir votre nom, en ce cas. » Même si je ne devrais point, pensa sombrement une part d'elle-même.

Iorlas acquiesça à nouveau et se retira, Maireth fermant la porte derrière lui avant de s'appuyer légèrement contre le bois. Dans son fauteuil, Rhoswen soupira et s'affaissa, épuisée d'avoir dû se tenir si droite pendant si longtemps. Lottie émergea de derrière les rideaux dans un nuage de poussière, applaudissant.

« C'était splendide, Rhoswen ! J'ai préféré votre choix, d'aller droit au but ainsi – cela l'a terrifié ! Vous étiez incroyable – une véritable reine en tout point ! C'est ainsi que la future Intendante doit tenir sa cour ! »

« Ma propre cour, de musiciens indisciplinés, » plaisanta faiblement Rhoswen. « Cela sonne comme une véritable épreuve. »

« Mais vous tiendrez cour, vous savez, » rappela Lottie à Rhoswen, la secourant à moitié du profond fauteuil sculpté et le portant, à deux, jusqu'à sa place dans le coin de la pièce. « Boromir s'occupera des affaires de la guerre, des taxes, et des réclamations de terres, et vous aurez presque tout le reste. »

« J'ai toujours pensé que je devrais gérer des affaires privées, et non des blâmes publics. »

Lottie secoua la tête, replaçant chaque chose à sa place dans la pièce. « Derrière chaque grand homme se cache une grande femme, lui portant conseil, » cita-t-elle. « Un des adages de Tante Rin. Elle, bien évidemment, a dû gérer ses propres affaires d'état depuis de nombreuses années, après la mort d'Oncle Hithwon, mais elle est l'exception plutôt que la règle. C'est pourquoi elle a lancé les Cours de l'Amour. »

Rhoswen, se tenant près du feu et essayant de faire revenir un peu de sang dans ses bras, rit. « Les quoi ? »

« Les Cours de l'Amour ! » répéta Lothíriel, prenant Rhoswen par les mains et la faisant tournoyer dans la pièce. « Chaque année, au Nouvel-An, Tante Rin rassemble tous ses poètes et ses dames de compagnie et ils tiennent débats et discussions concernant les affaires du cœur, et les relations entre hommes et femmes. Il s'agit de quelque chose de très sérieux, et un bon moyen pour une femme d'apprendre à participer à un débat et à gérer les affaires du cœur. »

« Tout ici est bien plus compliqué que chez moi, » se plaint Rhoswen, replaçant son panier de couture à sa place. « Soit vous êtes amoureux de quelqu'un, soit vous ne l'êtes pas. Vous lui en faites part, ou non. Pourquoi donc devrait-il y avoir des règles à suivre ? »

Elle leva le regard en disant cela, regardant Lottie à l'autre bout de la pièce, dont les yeux flamboyaient. « Pour l'espoir, » répondit-elle d'un air absent, ses yeux fixant le dossier du fauteuil auquel elle s'était agrippée pour se tenir. « Même en étant mariée à un Hithwon, on peut toujours garder l'idée d'un Lu… d'un amant dans son cœur, et il n'y a aucune pensée qui ne puisse réduire l'admiration et le désir. Les cours se tiendront après le Masque, » précisa Lothíriel. « Il est toujours amusant de voir qui a offensé ou honoré qui après cette fête. »

Rhoswen acquiesça, n'étant qu'à moitié d'accord avec Lottie. Comme sa vie était devenue étrange et compliquée depuis son départ de Minas Tirith – ou plutôt, depuis celui d'Anfalas ! Je porte de tels secrets, pensa-t-elle. Et tant d'entre eux semblent ne pas être les miens. J'ai bien entendu qu'elle disait secrètement Lucan à l'instant. Mais m'aident-ils ou me blessent-ils ? A présent je commande aux hommes et redoute les fantaisies d'autres femmes. Que penserait ma mère, si elle pouvait me voir ainsi ? Elle ne connaissait pas la réponse à cette question : sa mère lui était autant étrangère que le Mordor, tel un lieu inconnu, au-delà de toute imagination. Mais il y avait d'autres personnes plus proches dont elle ne pouvait non plus prédire la réaction.

Que pensera Boromir de moi lorsqu'il reviendra ? Souhaitera-t-il encore m'épouser, après avoir vu tant de choses au loin ?


(1) J'ai vraiment fait de mon mieux pour essayer de garder les rimes là où elles étaient, ça n'a pas été facile x)


Bonjour à tous !

Eh bien, ce chapitre est arrivé plus vite que les derniers ! Il est cependant beaucoup plus long, on commence à rentrer dans le vif du sujet, de la Nouvelle-Année, et de tout ce qui va s'y passer ! Je vous promets de grandes festivités ! Que pensez-vous de Rhoswen qui commence enfin à s'affirmer ? Des peurs de Lottie ? De cette soirée des Masques et des Cours de l'Amour ?

Je suis un peu déçue de n'avoir eu aucuns retours au dernier chapitre, j'espère ne pas avoir perdu mes lecteurs, ce serait dommage, le reste de l'histoire est si beau ! N'hésitez pas à me laisser un petit message, cela me fera vraiment très plaisir :)

A la prochaine, bises !

Mimi