Chapitre 21

Les coups francs frappés à la porte sortirent Felicity de ses pensées. Elle poussa un soupir las et quitta son lit pour allé ouvrir. Ce n'est que lorsque le visage de Marie apparu devant elle que la jeune femme réalisa qu'elle aurait dut commencer son service à la taverne il y a une heure. Au lieu de quoi, elle était encore en train de se morfondre sur la fuite d'un certain pirate.

- Felicity ça va ? s'inquiéta son amie.

La belle brune hocha la tête et offrit un regard navré à son amie en guise d'excuses.

- Ce n'est pas grave. Nellie s'est inquiété en voyant que tu n'arrivais pas.

Felicity se dépêcha de mettre ses chaussures et prit un châle en laine qu'elle drapa autour de ses épaules pour se protéger de la fraîcheur de ce début de soirée.

Tandis qu'elles remontaient la rue d'un pas rapide, Marie insista :

- Es tu certaine que ça va ? Tu sembles… désemparée.

Felicity offrit un petit sourire qu'elle espérait convainquant à son amie, mais celle-ci n'était pas dupe :

- Cela aurait-il un rapport avec le capitaine Sparrow ?

L'évocation de Jack lui noua l'estomac et son souffle se bloqua l'espace d'un instant. Elle maudit la réaction de son corps qui venait de la trahir ce que Mary avait parfaitement remarqué. Felicity se ressaisit et accéléra le pas jusqu'à dépasser son amie.

- Je vais considéré que la réponse est : oui, souffla Mary qui accéléra à son tour afin de rattraper la jeune femme.

Lorsqu'elle entra dans la taverne, Felicity fut assailli par le brouhaha qui régnait. Les odeurs de sueur et d'alcool de mêlaient à celle du tabac. Même si l'odeur laissait à désirée, elle rassurait Felicity qui voyait dans cet endroit le moyen mettre de côté sa mélancolie pour quelques heures.

La jeune femme se précipita sans perdre de temps vers la bar derrière lequel Nellie préparait les commandes des clients. Elle adressa un regard emplit d'excuses à sa patronne qui lui tapota l'épaule d'un geste rassurant :

- Ça va ma chérie. Je sais.

Felicity fronça les sourcils. Elle savait ? Comment pouvait-elle savoir ?

C'est quand elle vit Ginger arrivée dans leur direction qu'elle comprit :

Évidement, elle aurait dû s'en douter.

- Felicity tu vas bien ? J'étais inquiète, c'est pour ça que j'ai envoyé Mary, expliqua Ginger.

La jeune femme plaça les poings sur ses hanches adoptant une posture énervée face à son aînée.

- Quoi ? s'enquit Gin, perplexe.

Nellie, qui n'avait rien suivit de leur échange déposa un baiser sur la joue de Felicity et déclara d'une voix maternelle :

- Ne t'en fait pas ma chérie. Tu es jeune, belle et intelligente, tu ne tarderas pas à trouver un charmant jeune homme qui te fera oublier ce pirate de malheur.

Et sur ces mot, la patronne retourna servir ses clients laissant Felicity faire les gros yeux à Ginger.

- Oh… tu m'en veux de lui avoir dit ? Je suis désolée ma chérie mais elle s'inquiétait pour toi, comme nous toutes. Ça fait deux mois que tu es pâle comme la mort et plus déprimée que jamais. Elle aurait fini par comprendre avec ou sans moi, comme Mary l'a fait. Au moins maintenant tu n'as plus besoin de faire semblant que tout va bien.

Oui, et c'était bien cela le problème. Parce qu'auparavant Mary et Nellie ne savait rien de ses malheurs, elle s'était évertuée à garder la tête haute devant elles et à agir comme si tout allait bien, mais maintenant qu'elle n'était plus forcée de jouer la comédie, elle avait peur de sombrer.

Ses yeux s'emplirent de larmes, sans qu'elle parvienne à se retenir.

- Non ma chérie, tenta de la calmer Ginger. Plus de larmes. Il ne les mérite pas. Et pour tout te dire si je le revois dans les parages, je lui arrache ses attributs pour les donner aux chiens.

Un sourire étira les lèvres de Felicity. La gentillesse de Ginger à son égard n'avait pas de limite. Elle l'avait toujours protégée et soutenue à travers les difficultés que la vie lui avait fait traverser. La jeune femme voyait en elle plus qu'une amie. Elle était comme une mère. Felicity se rappelait à peine de la sienne, morte alors qu'elle était toute jeune, mais lorsque enfant elle se l'était imaginé, elle se la représentait comme une femme douce, aimante et attentive. Elle l'aurait soigné lorsqu'elle se serait blessé, lui aurait chanté des chansons pour l'endormir et l'aurait rassuré dans ses moments de doutes. Quand elle aurait grandit, elle aurait su trouver à ses côtés les conseils avisés qui lui auraient permit d'appréhender le monde.

Tout cela, elle l'avait trouvé auprès de Ginger et jamais elle ne pourrait lui exprimer toute sa gratitude ou l'affection qu'elle lui portait.

...

Les côtes indiennes, quelques semaines plus tard.

Jack était appuyé contre la rambarde du Diamant de Écarlate. Il ne quittait pas du regard les vagues qui agitaient l'océan devant lui. L'eau turquoise s'étendait à perte de vue et aucune terre ne venait déchirer l'horizon. Au loin le couché de soleil projetait dans le ciel des nuances de rouges et de roses. Une douce brise s'éleva et Jack l'accueilli à bras ouverts. Une bénédiction après la chaleur étouffante qui les avait tourmentés toute la journée.

Il sentit une présence se rapprocher de lui et il n'eut pas besoin de tourner la tête pour connaître l'identité du nouvel arrivant.

- Je peut t'aider Elise ?

- En effet. J'ai besoin de ton compas. Le mien ne semble pas très disposé aujourd'hui, s'agaça une femme aux cheveux roux.

- Dit le mot magique et je pourrais me montrer magnanime, s'amusa Jack en se tournant face à la femme.

- Tu n'es pas le capitaine de ce navire Jack. Je suis la seule à posséder ce titre ici, déclara t-elle d'une voix dure.

Ses yeux bleus lançaient des éclairs mais, loin de se sentir intimidé, Jack s'amusait de l'humeur de la donzelle.

- Certes, mais ce n'est pas le mot que j'attendais capitaine.

Utiliser ce titre pour un autre que lui lui arrachait la bouche, encore plus s'il s'agissait d'une femme.

- Oh ? Est-ce que les mots « s'il te plaît » trouveront grâce à tes yeux ?

- Évidemment chérie.

Et il lui tendit le précieux objet. Elle ne fut pas étonner de voir que l'aiguille n'indiquait pas le Nord. Elle savait parfaitement comment le compas de Jack fonctionnait et fut satisfaite de voir qu'ils avaient le bon cape.

- Tu sais, je pourrais te mettre aux fers pour ces paroles… mais je n'aurais plus personne pour me distraire alors je vais passer outre pour cette fois.

Elle se détourna pour retourner à la barre suivit de près par Jack qui trouvait toujours dans leur échange l'amusement qui lui manquait depuis quelques temps.

- Ta grandeur d'âme te perdra chér…

- Ne m'appelle pas ainsi ! siffla la pirate.

- Allons Elise. Je te connais depuis l'époque où tu mouillais encore ton lit.

Le rire de Jack s'éleva et Elise vit un des membres de son équipage l'imiter discrètement. Nul doute possible, il l'avait entendu et ne manquerait pas d'en parler à ses hommes le moment venu. Elle n'avait plus aucun mal à être respectée sur son navire. Ses homme lui étaient loyaux et la connaissaient suffisamment pour savoir que même si elle était une femme, elle n'en était pas moins redoutable.

- La réciprocité est applicable dans ton cas également Jack. Et toi ? demanda t-elle à l'homme qui riait toujours derrière eux. Tu n'es pas censé aller nettoyer le pont avec Monsieur Wilkes ?

Jack contint difficilement son hilarité en voyant l'homme partir tout en maugréant quelques paroles intelligibles.

- Je ne voulais pas t'offenser Elise, simplement souligner les nombreuses années qui se sont écoulées depuis notre première rencontre.

- Tu as de la chance que je sois si tolérante Sparrow. Avec d'autres tu aurais fini par-dessus bord depuis longtemps.

- J'ai aussi de la chance d'être le détenteur des cartes dont tu as tant besoin, murmura t-il à son oreille.

- Tu sais pourquoi j'ai besoin de ces cartes Jack. Ce n'est pas pour moi, c'est…

- Oui je sais. Mais je dois t'avouer Elise que tes raisons me laisse indifférent, tant que j'ai une récompense à la hauteur de ma participation dans cette quête.

Il se détourna et descendit d'un pas chancelant vers la cale. Elise le suivit du regard. Jack avait beau prétendre le contraire, mais il n'était pas aussi insensible qu'il voulait le laisser croire. Elle savait qu'elle pouvait compter sur lui et c'était tout ce qui lui importait.

...

Quelques minutes plus tard, Jack réapparu sur le pont d'une humeur massacrante :

- Pourquoi n'y a-t-il plus une goutte de rhum sur ce rafiot ?

- Parce que tu a volé et bu tout ce que nous avions chargé ? hasarda Elise qui avait du mal à contenir son amusement.

- Ne me le reproche pas. Je suis l'élément le plus utile sur ton navire et ce dans tous les domaines.

Le sourire aguicheur qu'il lui adressa la fit lever les yeux au ciel. Jack et elle n'avaient plus entretenus ce genre de rapports depuis de très nombreuses années, à l'époque où elle n'avait pas encore rejoint la piraterie et où lui n'était encore qu'un jeune homme sans l'ombre d'un poil au menton. Aujourd'hui il n'était plus que des amis qui se respectait suffisamment pour ne pas s'entre-tuer pour quelques pièces d'or.

- Montre toi patient. Tu auras ton rhum lorsque nous accosteront sur l'île de Sainte Marie.

- Parfait. Je descend en cabine afin de… méditer sur des questions de la plus haute importance.

- Dis plutôt que tu vas fantasmer quelques heures sur la femme dont tu tais si farouchement le nom.

- Une femme et quelle femme au juste ? demanda t-il froidement sans prendre la peine de se retourner.

Il disparu dans la cabine et Elise leva les yeux au ciel.

Oui décidément elle ne le connaissait que trop bien.

Jack ferma la porte de la cabine et alla s'asseoir derrière le vaste bureau afin d'étudier les cartes qui s'y trouvait. Pourtant son esprit ne parvenait pas à se concentrer sur les parchemins. Les paroles d'Elise venaient de réveiller quelques souvenirs qu'il avait toutes les peines du monde à faire taire depuis qu'il avait embarqué sur ce navire.

- Je ne fantasme sur personne, s'obstina t-il. Je vais très bien.

Il se répéta cette phrase comme il l'avait fait une centaine de fois mais voyant que cela ne l'aidait pas, il s'adonna à une autre prière, la seule qui parvenait à apaiser son esprit tourmenter.

Elle est bien mieux là où elle est… Sans moi… C'est ce qui est le mieux pour elle.