Enfin! dans ce chapitre, Riku confronte Sora pour le faire avouer:

Que s'est-il passé lors de leur dernier voyage à la Tour Mystérieuse?

« BOOM BOOM BOOM ! »

Sora ouvrit les yeux en grand et s'assit dans son lit, en sursaut.

« Sora! »

Le garçon maugréa, avec sa voix enrouée du matin :

« M...mouais...j'arrive... »

Il s'assit sur le bord de son lit et se passa la main sur le visage... Il avait super mal dormi. En fait, il dormait très mal depuis quelques temps... Il jeta un coup d'oeil à sa table de chevet et observa un instant le porte-bonheur en coquillage qui s'y trouvait. Il fronça les sourcils et se sentit envahi par une vague de tristesse.

« SORA! te rendors pas, hein ?! »

« J'ARRIIIIVE ! » Gueula-t-il en lançant une de ses énormes chaussures sur le mur en métal.

« Je suis à la cuisine ! » Fit alors joyeusement une voix de jeune femme de l'autre côté de la cloison.

Pourquoi Hayate venait-elle toujours le réveiller lui en premier ? Il y avait Iwako ! Mais non...elle, elle la laissait dormir en paix. Et en plus, maintenant elle pouvait s'acharner sur Riku...

Riku ! Se souvint Sora en sautant sur ses jambes pour enfiler un short et un t-shirt rouge. Il ne fallait pas que Hayate et lui soient seuls dans la cuisine... ou alors il ne savait pas si la cuisine survivrait à ça...

L'Elu utilisa son épaule pour faire glisser la porte de la cabine n°1 et la regarda avec dépit, depuis le couloir : est-ce que ce bout de métal cabossé pouvait encore s'appeler une porte ? Secouant la tête, il se précipita en direction du salon et lorsqu'il y parvint, il poussa un soupir de soulagement : Hayate était seule en train de lire un livre sur le canapé, portant son t-shirt rose favori et un short court noir.

« Salut, dit-il en penchant la tête pour voir le titre du livre. Les 1000 et Une Nuits ? »

« Je l'ai volé dans la Caverne aux Merveilles », admit la jeune femme sans gêne en tournant une page.

« Tu as quoi ?! S'exclama Sora. Mais comment t'as... ?! »

« Les épreuves de ce Tigre étaient vraiment minables... dit-elle simplement en tournant une autre page... Il est merveilleux ce livre... »

« Alors... fit Sora en souriant. Tu aimes vraiment lire ? »

Hayate releva la tête de son livre et fixa Sora, avant de hocher la tête en souriant.

« J'ai fait de crêpes, ajouta-t-elle. Tu peux mettre la table s'il te plaît ? »

« Yes ! » Rugit Sora en s'exécutant.

Il était en train d'empiler des assiettes quand il faillit avoir une crise cardiaque : Iwako était apparue à côtés de lui, près de la cafetière.

« Iwa ! » paniqua-t-il en rattrapant une assiette volante.

« Bonjouaaaaaa ! » Fit la jeune femme en baillant en même temps.

Elle se versa une grande tasse de caféïne et y ajouta du sucre et du lait, avant d'aller s'asseoir à table, pour y tresser ses longs cheveux bleus sombres. Elle était encore dans son long pyjama noir. Le garçon mit la table alors que Hayate avait lâché son livre pour les rejoindre. Sora jeta un coup d'oeil en direction du couloir.

« Vous avez vu Riku ? » demanda-t-il.

« Nooooa, admit Iwako dans un nouveau baillement. Pas vu. »

« Vous...hésita Sora. Vous pensez que je devrai aller le chercher pour qu'il mange avec nous ? »

« Oh oui ! Se réjouit Iwako en tappant dans ses mains alors que Hayate faisait semblant de ne pas avoir entendu. Bonne idée ! »

Sora partit donc en courant dans le couloir et toqua puissament à la porte de la cabine n°2.

« Riku ! Tu doooors ?! »

Il y eut quelques bruits de l'autre côté de la cloison, puis la porte s'entre-bailla et laissa apparaître deux yeux turquoises électriques.

« Je dormais... » râla-t-il saoulé.

« Tu viens déjeuner avec nous ? » Proposa Sora avec son plus beau sourire.

« Tu m'as réveillé juste pour me dire ça ? »

Riku sembla le regarder avec haine et Sora se tendit. Puis il se rappela... Riku était toujours de mauvais poils le matin...avant d'avoir mangé.

« Il y a des crêpes... ? » Tenta Sora

La porte se referma dans un claquement sec. Il eut encore quelques bruits de l'autre côté de la paroi, ponctués de grognements, puis Riku, habillé d'un t-shirt blanc et d'un pantalon noir, apparut dans l'encadrement de la porte. Ses yeux avaient un étrange éclat terne. Dans un rire nerveux, Sora le conduisit alors jusqu'à la cuisine, où Iwako était en train de rire à gorge déployée. Quand elle vit Riku, elle lança :

« Bonjour ! Bien dormi ? »

« Ouais je dormais bien... râla Riku en s'asseyant à la quatrième chaise, en face de Hayate. Jusqu'à ce qu'un connard me réveille en hurlant... »

« Hey ! » Se défendit Sora quand même vexé de se faire traiter de connard de si bon matin.

Riku se servit du café et prit une crêpe dans son assiette, sans un mot.

« Heu...continua Iwako, incertaine. Je me demandais... il reste combien de jours de voyage jusqu'au prochain monde ? »

« Une semaine au moins, calcula Sora. Si on tombe pas sur trop de patrouilles de sans-coeurs... Là ça risque de prendre une semaine et demie... »

« Hé ! Se réjouit la magicienne, les yeux brillants. Du coup ça vous dirait une ou deux parties d'échecs ? »

« Partante, » dit sans hésitation Hayate en levant le bras, un bout de crêpe dans la bouche.

« Tu sais jouer aux échecs, toi ? », lâcha Riku par-dessus sa tasse.

Sora le sentit. Il le sentit très clairement. Le courant glacé qui venait de traverser soudainement la pièce.

« Parce que Monsieur le fragile sait peut-être, lui ? » répondit la guerrière avec un sale sourire.

Riku jeta un rapide coup d'oeil à son épaule et fronça les sourcils.

« Sale petite... » commença-t-il

« Stoooooop ! S'exclama soudain Iwako en se levant et en écartant les bras. Temps mort ! »

Elle se téléporta et revint avec la liste de règles dans la main. Elle lut à voix haute :

« Règle n°46 : Il est interdit de s'insulter à table (car c'est mauvais pour la digestion). »

Sora soupira. Merci, Iwako, pensa-t-il avec reconnaissance. Pour une fois que ses règles lui rendaient service...

« On reste poli, dit encore la magicienne en se rasseyant avec grâce, comme des êtres civilisés que nous sommes... n'est-ce pas ? »

« Tout à fait, » admit Sora en croisant les bras.

Riku et Hayate ne dirent rien et continuèrent à manger en silence. Au bout de très- très- longues minutes, Hayate fixa la viande séchée d'ours, à côté du coude de Riku, et lança :

« Pourriez-vous avoir l'amabilité de me faire parvenir le plat de viande, chère enflure ? »

Sora et Iwako, l'un en face de l'autre, ouvrirent de grands yeux, paniqués. Elle le provoquait ou quoi ?

Riku la fixa de son regard le plus haineux, avant de lui tendre élégament le plat, en ajoutant :

« Mais c'est avec un plaisir immense que je vous le transmets, grand et noble abscès... »

La jeune femme en rose attrapa les restes d'ursidé, les yeux bleus brillants d'une étrange lueur.

« Votre politesse et votre sens de la courtoisie me vont droit au coeur, minauda-t-elle, belle petite saloperie... »

« Je vous retourne le compliment, immense et majestueux furoncle purulent! »

Hayate et Riku se levèrent tout deux d'un bond, simultanément. Ils se fixaient avec colère, leurs yeux lançants des éclairs. Sora était absolument perplexe: comment pouvait-on aussi bien mélanger la politesse excessive et les injures odieuses ? Iwako semblait nerveuse.

« Ignoble tas de... commença à nouveau Hayate en posant un doigt sur ses lèvres pour réfléchir...déjections florales ? »

Riku parut surpris puis répondit, avec un rictus orgueilleux :

« Je le prends pour un compliement, très cher excrêment étoilé... ?»

Soudain, contre toute attente, un sourire se dessina lentement sur le visage de Hayate et le même phénomène apparut bientôt sur la figure de Riku. Mais qu'est-ce qui se passait ?! Se demanda Sora perturbé. Il connaissait ce sourire... ça voulait dire que Riku... s'amusait ?

Les deux adversaires verbaux se rassirent d'un même geste lent et recommencèrent à manger, toujours aussi souriants.

« C'était... commenta Iwako. Etrangement poétique...et...diplomatique ? »

« Ouais, » admit Sora en riant bizarrement.

Riku se leva de table pour aller mettre son assiette dans l'évier. Puis il traversa le salon et s'arrêta juste avant le couloir, en lançant :

« Si t'es partant pour un petit combat, Sora, je suis dans ma chambre...»

Riku disparut et Hayate se leva aussi pour aller préparer l'échiquier, au salon.

« Je t'attends, Iwa.. ». dit-elle seulement.

« J'arrive ! Fit joyeusement la magicienne. Sora, tu fais la vaisselle ! »

« Maiiis... râla l'Elu. Pourquoi c'est toujours moi qui dois la faire ? »

Alors qu'il se mettait à l'ouvrage, il observa les deux jeunes femmes mettre en place les pièces et il sourit : même s'il n'avait pas vraiment compris ce qu'il s'était passé, le calme était revenu, et la cuisine était intacte. Puis il repensa au Porte-Bonheur étoilé, et il baissa la tête, pour que les filles ne voient pas son sourire disparaître...

...

Quelques jours après l'étrange confrontation à table entre Riku et Hayate, les filles vinrent à sa rencontre pour faire un « entretien d'urgence » concernant Sora. A sa grande surprise, elles commencèrent par le questionner : Hayate avec véhémence, tandis qu'Iwako avait opté pour un ton plus diplomatique. En effet, elles lui reprochaient d'être responsable de l'étrange comportement du jeune élu depuis leur arrivée à Agrabah. Cette accusation vexa quelque peu Riku, mais il se défendit en argumentant que lui-même les avait tenues, elles, pour responsables. Après quelques délibérations, le petit conseil de trois parvint à la conclusion qu'ils n'avaient aucune idée, de ce qui pouvait tant tracasser leur ami. En effet, la conclusion était unanime : Sora s'était comporté de manière parfaitement inhabituelle voire inquiétante.

Riku décida qu'il ne supporterait plus ce troublant sentiment d'incertitude. Depuis leur retour au vaisseau Gummi, il était évident que Sora cachait quelque chose, et il était grand temps de démasquer son imposture : effectivement, l'expression de l'élu se relâchait avec une fréquence croissante, et une profonde détresse transperçait son regard auparavant jovial. Pendant plusieurs jours, Riku avait patiemment attendu une action autonome de la part de son meilleur ami, afin qu'ils puissent parler ensemble des problèmes qui semblaient tellement peser sur le garçon (pourtant une incarnation humaine de l'insouciance). Rien ne s'était produit cependant. Sora n'avait parlé à personne de ses problèmes. Comme d'habitude, Sora se refusait d'admettre ses problèmes et s'obstinait à les ignorer en les camouflant par sa bonne humeur, dès lors presque artificielle. Riku ne se l'avouait que partiellement, mais il était sincèrement inquiet, et commençait à développer une paranoïa aiguë quant à la source de l'inconfort de Sora. Il s'imaginait toute sorte de scénario, où l'esprit absentéiste de son ami d'enfance allait finir par encombrer leur mission, ou pire, leur coûter cher lors d'un combat. Riku décida alors qu'il était devenu nécessaire d'outrepasser gravement sa zone de confort habituelle: il allait demander à Sora, s'il avait besoin de se confier. Il n'était cependant pas certain quant au déroulement d'une telle discussion, y avait-il une procédure spécifique à respecter ? Il ne le savait pas, c'était toujours Kairi qui s'était occupée de ce genre de cas… Capitulant devant son ignorance, Riku finit par spontanément se planter devant Sora alors que celui-ci se rendait aux toilettes et, le regardant du haut de son mètre huitante, lui ordonna de tout avouer:

« Sora, tu vas me dire quel est ton problème depuis quelques jours. »

Sora recula, sans doute pour paraître moins petit face à Riku, et le regarda d'un air défensif.

« Hey mais qu'est-ce que tu raconte?! S'exclama-t-il sur un ton inutilement désespéré. Laisse-moi passer, je dois vraiment y aller… ! »

Riku réfléchit un moment, puis vit l'opportunité que cette situation lui offrait.

« Je te laisserai passer, à condition que tu me dises enfin pourquoi tu te comportes bizarrement en ce moment… » Riku hésita un instant puis ajouta « enfin, plus que d'habitude, admettons-le.»

Sur ces paroles, Sora sembla se figer et réfléchir un moment, mais son corps le rappela rapidement à l'ordre et il finit par se dandiner étrangement en sautillant sur place. Lorsqu'il s'exprima, c'était avec un ton empli d'un désespoir si peu caractéristique du jeune champion de la Lumière que Riku faillit le laisser passer.

« Rikuuuu ! » pleurnicha Sora, et Riku se ravisa.

« Réponds-moi » rétorqua Riku, un masque sans pitié cachant son profond amusement.

« D'accord, d'accord. Je te dirai – promis ! » S'empressa de répondre Sora, si rapidement que la fin de sa phrase fut dénué de toute intonation. « Mais laisse-moi passer maintenant s'il te plait Riku. »

Riku fit une pause et leva un sourcil en regardant Sora d'un air suspicieux. Il savait que son ami tenterait de se défiler quoiqu'il arrive. Ainsi, il décida de recourir à la torture pour assurer la continuité de cette session de confidences amicales.

« Je ne te laisserai pas passer, à moins que tu ne me donnes ta parole : Tu me raconteras TOUT…. » Il regarda Sora de haut en bas en fermant presque ses yeux, alors que l'élu sautillait toujours sur place avec un air pathétique. « Dès que tu seras en état. » fini-t-il par dire, submergé par une soudaine sympathie.

Dans un littéral cri de désespoir articulé, Sora concéda « Ok ok, je te dirai tout, mais pas ici, pas maintenant ! ».

Cette réponse ne satisfit pas entièrement Riku et il insista à nouveau.

« Ta parole. »

« Oui, ma parole, ma parole ! Laisse moi-passer maintenant ! Pitié ! »

Lentement…trop lentement…Riku fit un pas de côté et libéra la porte menant aux seules et uniques toilettes du vaisseau. Intimement persuadé que Sora tenterait de se défiler malgré sa promesse, le jeune homme aux cheveux argentés se campa devant la porte tel un responsable de la sécurité, croisant les bras d'un air excessivement sérieux. Après quelques courts instants, Hayate passa dans le couloir et l'aperçut devant les toilettes, immobile comme une statue, et fronça les sourcils.

« Qu'est-ce que tu fais ? » fit-elle d'un air suspicieux, alors que l'on entendait la chasse d'eau depuis l'intérieur des toilettes.

« Une embuscade » répondit simplement Riku, le plus sérieux du monde. Contre toutes probabilités, la jeune guerrière comprit immédiatement et décida de faire don à Riku de sa sagesse.

« Fais attention, il va essayer de te passer entre les jambes... »

D'abord un peu choqué – elle semblait bien trop expérimentée en la matière – Riku lui lança alors un regard reconnaissant en la regardant partir et se retourna, pliant légèrement les jambes afin de mieux intercepter sa proie. La porte s'ouvrit d'un glissement et, effectivement, Sora était prêt : accroupi, il voulu passer entre les jambes de Riku mais celui-ci bloquait tout échappatoire avec son corps. Riku en profita pour attraper son ami désemparé avec une sorte de prise de catch, l'immobilisant immédiatement. La victoire de Riku fut chantée par les grognements frustrés de sa victime, et celle-ci se mit à frapper le sol de sa paume ouverte, en hurlant « je me rends, je me rends ». Riku libéra alors son ami, et Sora ajouta en boudant « T'as triché » avant de se diriger vers la chambre de Riku.

Un sourcil solitaire de Riku se leva, alors qu'il comprit qu'il n'avait pas le choix quant au lieu de leur futur échange émotionnel. Ainsi, il suivit Sora dans la chambre et le vit assis sur le lit, sans gêne. Riku voulut faire un commentaire sarcastique, mais lorsqu'il vit l'air sérieux de son ami d'enfance, il ravala immédiatement ses paroles. Les jeux étaient terminés. Riku s'approcha de Sora et s'assit à côté de lui sur le lit, en posant ses bras sur ses genoux et regardant le sol. Les deux garçons restèrent un moment dans cette même position, silencieusement. Soudainement, Sora inspira profondément.

« Tu vas me démonter la gueule » lâcha Sora alors que Riku le regarda avec un air perplexe.

Sora commença alors une narration, le regard lointain, et sembla se retrouver plongé dans le passé d'il y a quelques semaines auparavant...

...

La nuit était tombée depuis longtemps autour de la Tour Mystérieuse. Sora descendait les escaliers de la haute bâtisse, lorsqu'il sortit un bout de papier chiffonné de sa poche. Il le déroula et relu pour la dizième fois :

Je t'attends vers minuit dans la cour... J'ai quelque chose d'important à te dire.

J'espère que tu viendras...

Kairi.

Il avait trouvé le mot contre sa porte de chambre. Et du coup, il n'avait pas pu fermer l'oeil de toute la soirée... Qu'est-ce que Kairi voulait lui dire d'important ? Pour qu'elle le fasse au milieu de la nuit, c'est que c'était urgent... et aussi secret. D'abord Sora avait pensé à quelque chose en rapport avec leur mission recpetcive. Puis il s'était dit que c'était forcément autre chose... qui les concernait tous les deux.

Le garçon déglutit avec difficulté alors qu'il était arrivé devant la grande porte de la Tour. Il songea à ce qu'il allait dire à Kairi : Tu as vu le Paopou dans la grotte? Je dessine pire mal, mais j'espère que tu avais quand même compris ? Non... c'était pas terrible comme début : Bonsoir Kairi... alors, je t'empêche de dormir ? NON ! C'était quoi ça !? Hyper glauque! Ou alors un truc standard : Salut Kairi... tu voulais me voir... ? Ouais, ça c'était normal. Et après... bah il improviserait !

Sora prit une grande inspiration et poussa les deux battants de la porte avec détermination. Une fois dehors, il frissonna : il faisait froid, cette nuit-là. Puis il chercha Kairi du regard. Il finit par la trouver assise sur un banc de pierres, dans le parc. Regardant le clair de lune. Sora hésita un instant, puis, prenant son courage à deux (voir trois?) mains, il s'élança à sa rencontre en criant :

« Kairi ! »

La jeune fille se retourna vivement et l'observa venir vers elle.

« Kairi... repéta Sora dans un souffle en arrivant auprès d'elle. Tu...tu voulais me parler ? »

Kairi acquiesça d'un signe de tête et montra le banc à côté d'elle.

« Tu devrais t'asseoir... C'est... pas évident à dire... »

Sora s'exécuta et observa un instant la jeune fille : ses cheveux magenta avaient un peu poussé depuis la dernière fois qu'il l'avait vue et elle devait maintenant tout le temps les remener derrière ses oreilles pour qu'ils ne cachent pas son visage. Elle baissa les yeux en rougissant. Sora sentit son coeur commencer à battre la chamade dans sa poitrine, et il attendit, retenant sa respiration.

« Tu sais... commença-t-elle enfin en relevant la tête en souriant. Quand je suis arrivée sur l'île de la Destinée, il y a de cela des années... j'avais tout perdu. Et quand nos parents, à Riku et moi, m'ont adoptée, ça a été un des plus beaux jours de ma vie. Puis, Riku m'a présentée à toi et... on est devenus inséparables... »

Elle fit une pause, pour chercher ses mots. Sora était trop stressé pour pouvoir parler.

« ... tu te souviens quand on jouait dans la grotte? Riku jouait toujours le monstre, et nous attendait avec son épée en bois pour m'enlever... parce que j'étais la princesse. Et toi, tu jouais logiquement le prince, qui venait me sauver... »

Un étrange sourire barra le visage de Kairi, et elle regarda par terre, en continuant :

« C'est ironique, non ? Que Riku ait rejoint Maléfique il y a deux ans et que je me sois en effet révélée être une Princesse de Coeur... »

Elle releva la tête et fixa Sora dans les yeux :

« Sora ? Est-ce que tu crois au Destin ? »

« Heu... hésita Sora, pris au dépourvu, en se grattant la tête. Je sais pas trop... peut-être bien. Tout le monde me répète que je suis « L'Elu » alors... et toi ? »

« J'y crois, avoua Kairi en regardant le ciel étoilé au-dessus de leur tête. J'y ai toujours cru...Plus les jours passaient, sur l'île, plus j'étais sûre de savoir où était ma vraie place. Et j'ai commencé à remarquer que nos jeux... étaient devenus autre chose... que de simples jeux. »

Elle fit à nouveau une pause et regarda ses mains, en rougissant.

« Sora... quand j'ai dessiné le Paopou dans la grotte, avant la destruction de l'île... j'étais sincère... je voulais vraiment le partager avec toi. Je veux que tu le saches. »

Sora commença à rougir violement. Heureusement, grâce à l'obscurité, elle ne devait pas trop le voir.

« Kairi... commença-t-il alors que son cour tambourinait dans sa poitrine. Je... Moi aussi... j'étais sincère... »

Contre toute attente, Kairi se leva d'un bond. Sora, surpris, l'observa : elle avait mis sa main contre sa bouche et elle semblait...triste ?

« Kairi ? S'inquiéta-t-il. Ça va ? »

La jeune fille marcha encore un moment, avant d'aller se rasseoir et de prendre les grandes mains de Sora entre les siennes. Quand elle releva la tête, elle le fixait avec des yeux humides. Sora commençait à se dire qu'il y avait un problème.

« Sora... je... continua-t-elle, mal à l'aise. Je ne sais pas comment te le dire... je m'en veux tellement... »

« De quoi ? S'iquiéta le garçon en serrant ses mains dans les siennes. Kairi, je ne comprends pas... »

Alors, les yeux bleus de la jeune fille se remplirent de larmes et l'une d'entre elles coula sur sa joue ronde, pour finalement tomber sur ses genoux.

« Sora...dit-elle dans un sanglot. Pardonne-moi mais... je t'ai attendu si longtemps... pendant presque une année et demie, j'ai attendu sur l'île, tous les jours... et je n'ai jamais perdu espoir. Je savais que tu reviendrais tôt au tard mais je me suis sentie si seule... alors je me suis dit : plus jamais je ne veux que tu partes sans moi ! C'est là que Maître Yen Sid vous a appelé, Riku et toi, pour le Test. Et après... je suis devenue son élève et tu es parti pendant des semaines pour retrouver tes pouvoirs... Et plus le temps passait, plus c'est devenu difficile... d'attendre. »

Kairi augmenta la pression sur les mains de Sora, qui commençait à paniquer : Où voulait-elle en venir ? Pourquoi elle n'arrêtait pas de s'excuser ?

« J'ai découvert en maniant la keyblade, reprit Kairi en détournant le regard, que je ne voulais plus être la princesse qui attend sagement. Que je voulais prendre ma vie en mains, parce que j'en avais la possibilité. Et ma vie a effectivement changé, lorsque je suis partie en mission avec... »

Sa voix mourut dans sa gorge et une nouvelle larme roula sur sa joue. Sora, triste de la voir dans cet état et totalement désarmé face à la situation, murmura simplement :

« Kairi... ? »

« Sora... souffla-t-elle enfin. Je ne sais pas ce qui est arrivé... peut-être qu'on ne maîtrise pas tout... ou que peut-être le Destin ne nous laisse pas toujours le choix ? Peut-être qu'on ne peut tout simplement pas maîtriser notre coeur... ? »

« Kairi, tu me fais peur... » avoua Sora qui commençait à avoir un horrible pressentiment. De ceux qui vous nouent le ventre et qui vous donnent envie de vous boucher les oreilles.

« Sora... je ne peux plus tenir ma promesse... admit-elle enfin. Parce que je suis...tombée amoureuse de quelqu'un d'autre... »

Sora reçut un choc électrique qui le figea sur place. Le temps sembla s'arrêter et un silence de mort tomba sur le parc nocturne.

« ...quoi ? » Demanda-t-il dans un souffle. « Mais !...De...de qui ? »

« De... hésita Kairi en refusant de croiser son regard. De Lea... Nous...nous sommes ensemble depuis un mois... »

Le garçon, estomaqué, lâcha les mains de Kairi dans un sursaut. Elle ne voulait toujours pas le regarder. Sora ne pouvait pas croire ce qu'il venait d'entendre... il ne voulait pas y croire. Dans un geste brusque, il sauta sur ses jambes et recula : comme pour fuir toute cette situation dont il avait perdu le contrôle. Comme pour fuir cette scène qui n'aurait jamais dû exister.

Kairi releva lentement la tête et l'observa avec tellement de mélancolie que le coeur de Sora se serra dans sa poitrine. Le reflet des étoiles faisait briller des larmes argentées au coin de ses yeux bleus. Puis elle dit :

« Sora... Pardonne-moi, je t'en prie... »

Sora était trop blessé pour répondre. Dans son orgueil et dans son coeur. Il sentit aussi les larmes lui monter aux yeux, alors qu'une avalanche de sentiments violents se déversait en lui. Et il la sentit alors... l'angoisse.

Perdu, désemparé, Sora se détourna de Kairi et partit en courant dans la nuit, se noyant dans les ténèbres.

La révélation est enfin tombée: Sora et Kairi ne seront pas un couple dans Another Destiny.

Nous avons décidé de briser la relation Sokairi pour plusieurs raisons, mais en aucun cas parce que nous n'apprécions pas Kairi. Nous voulions initialement lui donner un rôle plus important et nous espérons vraiment que Nomura saura développer le personnage dans KH3.

Non, nous avons pris (le risque) la décision de briser leur relation car premièrement, il nous semblait que tant que Sora ne mûrissait pas, leur amour ne pouvait pas décoller. Rien n'allait se passer.

Ce qui nous amène à la deuxième raison: briser le coeur de Sora, à qui tout réussi (pratiquement) depuis le début, allait nous permettre de creuser par la suite le personnage, lui permettant de mûrir et de se remettre en question.

On espère que la manière dont cela a été amené vous a plu, n'hésitez pas à commenter!

Et la semaine prochaine... vous saurez comment Riku (grand-frère adoptif de Kairi dans cet univers), va réagir à cette choquante nouvelle!