- Et donc ?

- Donc rien, Harry. Je viens de te dire que je pensais que ce Mattew était son petit ami.

Il a beau être le survivant, il faut bien avouer que parfois, il est loin d'être vif d'esprit sur ce sujet là. Voilà une bonne demi-heure que nous sommes dans ce bar, une bonne demi-heure que nous parlons de cette fameuse soirée où je suis devenu officiellement le meilleur joueur de quidditch, et monsieur cherche encore à comprendre ce qui a fait pleurer Hermione. Si je lui dis que moi-même je n'en ai aucunes idées…

- C'est pour ça que je dis et donc… Tu es un peu… comment dire… contradictoire dans tes propos. Tu me dis que tu as dû danser avec cette femme, puis tu as vu Hermione faire pareil avec son patron, ensuite tu me dis que tu l'as vu pleurer. Que tu as essayé de lui parler mais que finalement, il s'avère que tu n'as pas compris un traître mot de ce qu'elle a dit puisque tu pensais qu'il était son petit ami. Donc, dans ton esprit, elle devait pleurer parce que ce mec lui a fait du mal mais étant donné qu'il est son patron, ça ne peut pas être ça. Je me trompe ?

Je remue la tête en espérant qu'il choisira lui-même sa réponse. La vérité c'est que j'ai décroché au bout du dixième mot. Et le voilà qui poursuit :

- Donc, la question est : qu'est-ce qui peut faire pleurer Hermione.

- Voilà le problème. Hermione… Hermione ne pleure jamais.

- Jamais devant toi, c'est une nuance.

- Attends tu veux dire qu'elle…

- … elle se cache de toi. Oui, c'est ce que je veux dire.

Par Merlin voilà la meilleure. Hermione ce cacherait de moi… C'est étrange comme ça peut former une boule au fond de ma gorge. Je ne suis à ce moment là, plus capable de ne dire qu'un seul mot :

- Pourquoi…

- Si je te le disais, elle me tuerait.

Mon regard se confronte violemment au sien. Visiblement, il sait quelque chose et l'avoue ouvertement. Seulement, avant que je n'aie pu ouvrir la bouche pour lui faire cracher le morceau, il reprend aussi rapidement qu'un vif d'or :

- Elle ne m'a rien dit ! Mais je vis avec ta sœur, c'est facile de deviner les choses… Bref, la question n'est pas là pour le moment.

J'ai envie de lui hurler que si, la question est bien là. Je suis touché dans mon estime. Ou simplement jaloux. Oui c'est ça, je suis jaloux. Manifestement, je n'ai pas la même place que lui dans la tête d'Hermione et ça, ça me rend malade.

- On est bien d'accord, que c'est à cause du boulot non ?

- Sans doute…m'entends-je grogner.

- Mais elle t'a affirmé le contraire…

- Elle me ment Harry, ça me paraît logique.

Plus logique encore qu'une partie d'échec. Quelque chose ne va pas là-bas. Sinon, je ne vois pas pourquoi elle rentrerait si tôt de son boulot. Assez tôt pour être toujours là avant moi. Et puis, pourquoi elle commencerait ses journées si tard qu'elle est à peine levée quand je me rends au stade.

- Merci Ron, j'avais déjà fait cette conclusion moi-même.

- Elle fait des journées de plus en plus courtes. Encore là quand je pars, déjà là quand je rentre.

- Alors, il faudrait savoir ce qu'il s'y passe à ce boulot. Ca fait déjà pas mal de jour que je n'ai pas lu d'article d'elle dans le Hibou Londonien.

- Tu lis ce journal, toi ?

- Et bien disons que je trouve ça cool de lire les articles écris par sa meilleure amie.

Parfois, il dit des choses intelligentes ce gars… Seulement, il a dû trouver quelque chose de suspect à mon visage car le voilà qui me demande, visiblement gêné :

- Tu ne le lis pas, toi ?

Je hoche négativement la tête et j'ai l'impression d'avoir lancé un sacré froid dans le pub.

Finalement, Hermione a peut-être raison de se comporter ainsi avec moi. Quel genre d'ami suis-je pour ne même pas m'intéresser à son emploi ?

Soudainement, une question me vient à l'esprit :

- Tu as dû lire l'article qu'elle a fait sur moi alors ?

Seulement, à mon grand étonnement, Harry me répond par un signe négatif. J'en aurais presque recraché mon café. Pour la première fois, il me semblait avoir compris ce qu'elle n'avait pas pris soin de me dire.

- Pas d'article, t'es sûr ?

- Et certain… je suppose qu'après ton titre, tu aurais fais la première page dès le lendemain. Mais là, rien du tout.

- Merde…

- Ca te déçoit tant que ça ?

- Hein ?! Non ! C'est juste que… je viens de me souvenir d'un truc qu'elle m'avait dis. Apparemment, c'était assez ennuyeux pour elle de voir son patron ce jour-là. Car elle aurait été censée en faire un article. Une histoire de confiance je ne sais pas quoi.

- Conscience professionnelle plutôt non ?

- Oui, un truc dans le genre. Quand je l'ai invité à la soirée, elle m'avait assuré que le reportage était bien fini. Seulement, apparemment, il n'y en a pas la trace dans le journal. Et si réellement elle l'avait fait… la logique voudrait qu'il ne lui tienne pas rancune de sa présence à mes côtés ce soir là. Sauf si…

- … sauf si ça lui a permis de découvrir votre lien amical qu'elle lui aurait caché.

A son regard, j'ai l'impression que nous venons de ficeler à nous deux les mystères d'Hermione. Comme quoi parfois, avoir un ami auror, ça peut servir.

- Ron... Tu m'as bien dit qu'elle partait tard le matin et rentrait tôt le soir ?

- Oui… beaucoup trop tôt si tu veux mon avis. Je trouve ça étrange…

- C'est pas étrange, Ron. Je crois que… elle ne travaille plus.

llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll

- Ca va aller, Hermione.

La main de Ginny se pose sur la mienne et je m'efforce à lui sourire. Au moins, le simple fait de me retrouver chez elle, ou simplement, loin de l'appartement de Ron, me met du baume au cœur.

- Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?

- Je n'en sais rien… mais ce qui est sûr, c'est que je ne vais pas pouvoir rester plus longtemps chez ton frère.

- Pourquoi ça ? Je ne pense pas que ça le dérange, tu sais.

- Lui non…

- Je vois.

Oui, elle voit très bien parce qu'elle est bien la seule personne à être au courant de ce que je ressens pour Ron. Je n'avais pas envie de le dire, croyant que le simple fait d'entendre ses mots passer ma bouche, m'interdirait un retour en arrière. Seulement, il faut bien que je me rende à l'évidence. Avouer ou pas avouer, quand il est enfoui dans le cœur, l'amour est bien dure à déloger.

- C'est peut-être bête hein, mais… Tu as déjà pensé à… lui dire. Ou tout au moins, lui faire deviner.

- Tu connais ton frère… je mettrais un troll avec une pancarte en face de lui, qu'il ne penserait même pas à lire ce qu'il y a dessus.

- Non, la question est : est-ce que tu y as pensé ? Est-ce que tu es prête à ce qu'il le sache ?

Je hoche négativement la tête. Comment pourrais-je être prête à le voir rougir comme une tomate, et me dire d'une voix maladroitement compatissante : « Je suis désolé Hermione, mais je crois que ça ne va pas être possible ».

- Tu as peur de quoi ?

- De perdre mon meilleur ami.

- Le jeu n'en vaut pas la chandelle ?

Elle parle à la personne qui vient de mettre un trait sur sa carrière pour préserver cette amitié. Bien sûr que non, le jeu n'en vaut pas la chandelle !

Voilà une semaine que je me sens comme dans un gouffre qui ne cesserait de se faire de plus en plus imposant. L'impression d'avoir perdu tant de choses pour une seule.

- Tu lui as parlé de ce qu'il s'est passé à ton travail ?

Lui avouer que le patron est un bouffon à la hauteur de Rita Skeeter ? Lui avouer que ma carrière est un désastre ? Que la Hermione si ambitieuse est revenue au point de départ ? Pourquoi faire…

- On ne parle jamais de boulot…

- Vous parlez de quoi alors ?

C'est une bonne question. De quoi parlent une Hermione Granger et un Ron Weasley lorsqu'ils se retrouvent face à face. De pas grands choses en fait…

- De pleins de choses ! Mais pas de ça…

- Tu devrais non ? S'il est ton ami, tu devrais lui en parler, tu ne penses pas ?

- Non… ce que je dois faire, c'est me concentrer sur mon futur. Me concentrer sur mon futur et me trouver un nouvel appartement.

- Et puis ? Tu te retrouveras de nouveau isolée. Tu ne verras plus Ron qu'une fois par semaine et là, tu ne trouveras jamais le bon moment pour lui parler de toi. Tu te remettras à fond dans ton emploi et toute possibilité pour un autre avenir, amoureux, sera loin devant. Ou derrière…

Qu'attend-t-elle que je réponde à ça. Je sais parfaitement qu'elle a raison, mais je ne me sens pas aussi maîtresse de mon destin qu'elle semble vouloir me le faire croire.

- J'ai fais passer ton frère avant moi sur ce coup. Je ne m'en plains pas, c'était la seule chose que j'avais à faire et je l'aurais fais pour tous mes amis. Seulement si maintenant, je continue sur cette voie, je vais me perdre.

- Pas si tu décides d'aller au bout de la route.

- La vie n'est pas un jeu, Ginny. Je ne me peux pas me permettre de jouer à pile ou face.

- En fait ton problème Hermione, c'est que tu es bien trop terre à terre pour penser que parfois, le destin fait bien les choses. Pour penser que parfois, il vaut mieux laisser faire les choses au risque de les voir s'éloigner. La chance existe. Si tu lui donnes la place d'exister.

- J'ai trop de choses à perdre pour m'en remettre à quelque chose qui n'est que superstition.

- Qu'est-ce que je dis, tu es trop terre à terre…

Je m'apprête à répliquer avant de me résigner finalement, me souvenant que Ginny a ce même trait de caractère, réputation des Weasley : le fait d'être têtu.

- Tu comptes faire quoi Hermione ? Attendre que Ron devine par lui-même ? Autant espérer une pluie de bombabouses dans le jardin de Poudlard. Tu veux quoi ? Te faire du mal en le voyant en couverture du Canon Magazine, chaque jour avec une fille différente ? Ou peut-être le voir se marier avec une de ses poufs seulement là pour son fric…

- Je ne suis pas prête pour ça… pas en ce moment.

Le fait est qu'une déception de plus finirait totalement de m'achever. Comment le faire comprendre à une fille qui semble emmagasiner en elle, toute la confiance en soi du monde sorcier ?

- On ne l'est jamais… me répond-t-elle.