Hannibal avait laissé Will seul dans la cuisine en marmonnant des paroles sur des coups de fils qu'il devait donner quant à l'annulation de quelques rendez-vous. Il comptait donc passer ces trois jours entièrement aux côtés de Will, sans aucunes distractions. Le jeune homme remonta alors dans sa chambre, incertain d'avoir pris la bonne décision. Evidemment, c'était une offre en or, mais cela semblait trop beau pour être vrai. Hannibal ne renoncerait pas si facilement à sa liberté. Il devait préparer quelque chose… ou alors il était totalement sérieux. L'histoire avec Mischa avait bien prouvé à Will que le psychiatre avait des faiblesses. Il n'était pas une machine. Aurait-il également une faiblesse envers Will ?

Il se prit la tête dans les mains. Réfléchir autant en permanence lui avait donné mal à la tête. Hannibal profita de ce moment pour entrer dans la chambre. Il avait pris le temps de s'habiller et de se coiffer, mais semblait néanmoins encore fatigué.

Il s'approcha du lit. « Ces trois jours me sont entièrement libres, annonça-t-il joyeusement. Que voudrais-tu faire ?

Will le regarda du coin de l'œil. « Là, tout de suite ? demanda-t-il d'une voix lasse. Dormir.

— Encore des problèmes d'insomnie ?

— C'est un euphémisme.

— Très bien dans ce cas. Allonge-toi sur le ventre. »

Le jeune homme écarquilla ses yeux. « Ex-excuse-moi ?

— Mets-toi sur le ventre, William.

— Pour quoi faire ? » s'indigna-t-il.

Hannibal soupira. « Fais-moi confiance. »

Will était réticent mais retira ses chaussures et s'exécuta néanmoins. Il enfouit sa tête dans l'oreiller moelleux et observa avec appréhension le psychiatre se rapprocher davantage et s'agenouiller devant lui.

« Qu'est-ce que tu comptes faire Hannibal ? ». Sa voix était à moitié étouffée par le coussin.

« Je te demande juste de te détendre, d'accord ? »

Au contraire, quand il sentit les deux mains du docteur se poser sur son dos, Will se tendit.

« Détends-toi William, je ne vais pas te faire de mal. »

Ce dernier perçut Hannibal appuyer de manière vigoureuse sur le haut de son dos puis de ses épaules.

« Hannibal ?

— Oui ?

— Est-ce que tu es en train de me masser ? »

Will sentit le psychiatre sourire dans son dos.

« C'est un parfait exercice pour éliminer les tensions et pour s'endormir plus facilement. Et d'après tous les nœuds que je peux sentir, tu en as besoin. »

Le jeune homme voulut se retourner mais il se rendit vite compte que ce massage lui faisait le plus grand bien. Hannibal arrivait à appuyer sur certains points qui le mirent dans un état second. Quand sa main arriva sur sa nuque, il ferma les yeux fut parcouru de frissons sur tout le corps.

« Où as-tu appris à faire ça ? s'enquit Will d'une voix rêveuse.

— Pendant mes études de médecine, j'avais des amis kinésithérapeutes qui m'ont appris les rudiments du métier.

— Je leur enverrai une carte de remerciements. »

Le jeune homme entendit le psychiatre rire et sentit ses mains descendre au niveau de ses reins.

« Ça serait néanmoins plus facile et plus agréable sur une peau nue, fit doucement Hannibal.

— N'essaye pas de m'amadouer, je ne bougerai plus jamais d'ici. »

Il eut un nouveau rire, plus franc et plus fort cette fois. Will aurait voulu voir son visage à cet instant.

« William ? » appela soudainement le docteur en retournant sur sa nuque. La pression entre son pouce et son index était exquise. Will dû se retenir de ne pas soupirer de plaisir.

« Quoi ?

— Ne crois-tu pas que ça serait agréable si chaque jour était comme ça ? »

Hannibal arrêta son geste quand Will se retourna légèrement, pour le regarder. Il était toujours à genoux et ses yeux étaient presque suppliants.

« Alors c'est ça ton plan secret ? Tu comptes me faire prendre l'avion vers Paris en l'échange de massages journaliers ?

— Tu sais ce que je veux dire. »

Will soupira et se releva pour s'assoir en face de lui. C'était un véritable effort de sa part. Etrangement, dans cette position, avec Hannibal au sol, il était en supériorité.

« Ecoute, Hannibal. Je ne sais pas ce que tu croyais faire avec cette négociation. Je t'ai déjà dit que... tout ça, ça ne pouvait pas marcher. Ce n'est pas raisonnable.

— Je ne te demande pas d'être raisonnable.

— Tu ne comprends rien ! s'énerva Will. Tu… tu ne peux pas imaginer ce que je ressens. D'un côté tu es là avec tes attentions et tes belles paroles, et de l'autre il y a tout le reste qui me crie de m'éloigner le plus possible.

— Je ne—

— Tu ne sais pas ce que c'est de se réveiller le matin, de ne pas te voir et de se demander si tu es allé tuer quelqu'un ou simplement parti acheter des légumes au marché. Je ne pourrais jamais vivre dans le doute, la confusion et la peur en permanence. »

Hannibal pencha sa tête sur le côté. « Tu as peur de moi ?

— Bien évidemment. Tu es tellement… tellement imprévisible. Je t'ai déjà avoué que j'avais du mal à te cerner. Et ton comportement de ces derniers jours n'aide pas.

— Pourquoi cela ?

— Tu… depuis qu'on est rentré de la forêt, tu es… gentil. Trop gentil. Je repense à mes premiers jours ici et je ne comprends plus rien.

— C'est parce que tu m'as changé. »

Will secoua la tête. « Personne ne peut te changer.

— Tu me préférais avant ?

— Non, bien sûr que non mais… j'aurais presque préféré que tu sois une horrible personne et uniquement ça.

— Personne n'est aussi simple.

— Je sais. »

Hannibal attrapa les mains de Will. « Tu es en pleine confusion à cause de moi, n'est-ce-pas ?

— C'est encore un euphémisme. J'ai l'impression de devenir schizophrène. Et c'est pour ça que ça ne peut pas marcher. Que nous ne pouvons pas marcher, dans aucune réalité. Ce n'est pas sain. »

Le psychiatre posa ses lèvres sur le dos de la main droite de Will. Il le regarda intensément derrière ses cils. « J'ai trois jours pour te faire changer d'avis.

— Une vie entière ne serait pas suffisante.

— Tu me sous-estimes.

— Ça devient une habitude. »

Will récupéra ses mains mais Hannibal ne l'avait pas lâché du regard. « Néanmoins promets-moi une chose. » fit le jeune homme.

Le docteur le considéra, curieux. « Oui ?

— Pendant ces trois jours… ne tue pas. Et ne cherches pas à me faire… me faire tuer qui que ce soit. Je ne le supporterai pas. Je suis déjà à ma limite. »

Hannibal semblait réfléchir. Finalement il eut un petit sourire. « Je veux quelque chose en échange. »

Le jeune homme eut un mouvement de recul. « De quoi ?

— Tu me demandes de laisser mes instincts de côté pour quelque temps. Soit. Je peux m'y contraindre. Mais je veux que tu fasses quelque chose pour moi. »

Will déglutit. « Quoi donc ? demanda-t-il d'une voix un peu trop faible.

— Ne sois pas si réticent. Ce n'est pas grand-chose et ça ne te posera pas de problème de morale.

— Hannibal, qu'est-ce-que tu veux ? »

Le psychiatre se pencha légèrement et répondit dans un souffle en souriant. « Je veux que tu m'embrasses. »

Will se tendit. « Hors de question.

— Je trouve au contraire que c'est un prix honnête… voire bon marché pour ce que tu me demandes.

— J'ai dit non.

— Pourquoi cela ? Tu as peur de ne plus pouvoir t'arrêter ?

— Tais-toi, Hannibal. »

Le concerné sourit davantage. « Je peux faire un effort si tu en fais de ton côté. »

Will soupira. Il avait le choix de refuser, mais au fond il ne l'avait pas vraiment.

« Rien que… que ça ? demanda-t-il suspicieux. Pas plus ?

— Rien de plus. A moins bien sûr que tu ne le veuilles.

— Ça ira. »

L'expression qu'Hannibal avait sur son visage ressemblait à un enfant qui venait de gagner la pêche au canard.

« Alors tu es d'accord ?

— Pas de meurtres ?

— Pas de meurtres. » répéta Hannibal.

Will inspira profondément. Il vit Hannibal fermer les yeux et attendre patiemment, toujours à genoux devant lui. Il pouvait entendre son propre cœur tambouriner contre sa poitrine. Lentement, très lentement, il se pencha en avant jusqu'à ce que ses lèvres touchent celles du psychiatre. Ce dernier ne réagit pas, mais Will pouvait sentir son self-control marcher à plein régime. Il se pressa davantage et Hannibal entrouvrit sa bouche dans un souffle. Un désir brûlant émanait de lui. Doucement, le jeune homme attrapa son visage pour l'attirer vers lui et rencontra la langue du docteur avec la sienne. Incapable de se contrôler quelques secondes supplémentaires, Hannibal lui rendit son baiser et attrapa à son tour le visage de Will. Il réussit à se relever et allongea Will sur le lit, sans jamais couper le contact entre leurs lèvres. Il fit ensuite descendre ses baisers le long de la mâchoire du jeune homme haletant, puis au niveau de son cou. Will attrapa ses cheveux cendrés qui était à présent ébouriffés pour le pousser mais n'y parvint pas.

« Ha-hannibal… souffla-t-il. Tu m'as dit seulement un baiser… »

Le concerné se releva légèrement pour le regarder droit dans les yeux. « Demande-moi d'arrêter et je le ferai. »

Will resta bouche bée devant la passion qui brûlait dans ses iris sombres. Aucun mot ne put sortir de sa gorge. Hannibal sourit dangereusement et retourna inspecter le creux de son cou. Il était si doux mais à la fois si avide. Quand il arriva à ses clavicules, Will sentit soudainement une douleur à ce niveau-là. Mais mélangé au plaisir qu'il éprouvait sur le moment, il n'y fit pas tout de suite attention et c'était même très agréable. Il réussit finalement à pousser Hannibal et à le retourner pour que ce soit lui qui soit au-dessus de lui. Sans regarder son visage interloqué, il embrassa à son tour le cou du docteur. C'était agréable de prendre les rênes. De contrôler la situation, comme il avait fait dans la forêt. Il se releva pour reprendre son souffle mais si figea soudainement en voyant le visage d'Hannibal. Il avait une expression de pure adoration mais ce n'est pas ça qui dérangea Will. Ses lèvres étaient vermeilles. Il fronça les sourcils.

« Hannibal qu'est-ce qu—

Il s'interrompit lorsqu'il vit des gouttes de sang perler sur la chemise du psychiatre. Elles venaient de lui. Il porta sa main à la base de son cou et ses doigts prirent une teinte rouge. Il se dégagea brusquement d'au-dessus d'Hannibal et se mit debout, essoufflé et la main toujours sur sa clavicule.

« Tu m'as mordu ! s'exclama-t-il furieux. Tu m'as mordu jusqu'à l'os espèce de psychop—

— Will je suis désolé, s'empressa de dire le psychiatre en se levant à son tour. Je n'ai pas pu—

— Je ne suis pas un de tes repas Hannibal ! Qu'est-ce qui m'a pris de croire une seule seconde que… »

Sans terminer sa phrase, il se dirigea furibond vers la porte.

— William attends… implora Hannibal en le suivant. Il faut que je te soigne.

— Comptes là-dessus ! »

Will voulu claquer la porte mais le docteur l'arrêta avec son pied et réussit à l'attraper par le bras.

« Lâche-moi immédiatement !

— Dis-moi que tu n'as pas aimé ça et je le ferais.

— Quoi ? »

Will le regarda, abasourdi. Hannibal reprit : « Je t'ai vu, après t'avoir mordu. Ça ne semblait pas te déranger, bien au contraire. »

Le jeune homme ne dit rien, bien conscient qu'Hannibal avait raison. S'il n'avait pas vu le sang, il aurait continué.

Le psychiatre tira sur son bras pour le ramener dans la chambre et l'attirer contre lui. Will le laissa faire.

« Je suis réellement désolé William. Je n'aurais pas dû te prendre par surprise. Mais en te voyant, en étant si proche de toi… je n'ai pas pu m'en empêcher.

— Tu n'es qu'un animal. » grommela Will en se dégageant.

Hannibal rit doucement et se lécha les lèvres. « Je sais. »


Notes :

C'est n'importe quoi ce chapitre.