Harry traversa le parc à pas légers. Il arriva près de la cabane d'Ogg, le garde-chasse…la cabane qui deviendrait un jour celle de Rubeus. Il essayait de ne pas penser à ce qu'il allait faire.
Ce n'est pas si grave…ce n'est rien »
A vrai dire, il s'était attendu à ce que Tom lui donne une mission plus difficile et plus dangereuse. Ce ne serait certes pas agréable ce qu'il avait à faire, mais ça aurait pu être bien pire avec ça. Il avait visiblement pardonné à Harry plus facilement que prévu.
J'ai réussi à regagner sa confiance…mais est-ce que ça en vaut vraiment la peine. Est-ce que j'ai pris la bonne décision ? Que va-t-il se passer dans les mois à venir ?
Il préférait ne pas y penser. Pour le moment il avait une mission qui était heureusement bien loin des horreurs qui toucheraient certainement l'école dans les mois à venir.
Il vit le vieux garde-chasse se diriger en direction de la forêt interdite. Ca tombait bien, la voie était libre pour Harry. Il se faufila derrière la cabane, et rentra dans le petit enclos. Les poules se mirent à caqueter et à s'enfuir dans tous les sens. Harry lança un regard tout autour de lui. Les coqs étaient faciles à repérer. Il n'y en avait pas tant que ça, constata-t-il avec soulagement.
Il aurait pu faire cette besogne grâce à la magie…mais cela impliquait de lancer un sortilège impardonnable. C'était plus sur de faire ça à la manière moldue.
Ce n'est pas si grave…les fermiers moldus font ça tout le temps…
Il attrapa un des animaux, qui se mit à pousser des cris effrayés. Le coq se débattait et Harry éprouvait des difficultés à le maintenir en place. Il serra ses doigts autour du cou à moitié déplumé de l'animal. L'oiseau se débattit de plus en plus en poussant des petits cris étouffé. Harry ferma les yeux, et ne les rouvrit que quand le coq arrêta totalement de bouger.
Il répéta l'action avec chacun des coqs présents. Il crut qu'il n'en finirait jamais. Il avait beau se répéter que ce n'était pas grave, que ce n'était pas comme s'il tuait des êtres humains, il ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable. C'étaient des animaux élevés pour être tués et mangés, mais comment les moldus arrivaient-ils à les massacrer les uns après les autres sans aucun scrupule, quand bien même c'était pour les manger ?
Lorsqu'il fut arrivé au dernier coq, toutes les poules étaient allées se cacher dans leurs abris, effrayées par l'odeur de la mort et par la présence d'Harry. Ce dernier ramassa un des coqs, et à l'aide de sa baguette, lui fit une entaille au niveau du cou. Le sang commença à couler à grosses gouttes.
Harry prit bien la peine de faire un détour, afin de ne pas passer devant la Grande Salle. C'était l'heure du dîner, et toute l'école était réunie là-bas. C'était le moment idéal pour agir. Il y avait peu de chances qu'il croise quelqu'un.
Il s'arrêta dans un couloir désert et choisit un grand mur sans fenêtre. Il avait trouvé l'endroit parfait. Il le fixa quelques instants, puis posa son regard sur le pot contenant le liquide rougeâtre. Avec un soupir, il fit apparaître des gants par magie. Il trempa alors un doigt dans le récipient et lutta contre son envie de vomir.
Enfin, il commença à tracer la première lettre sur le mur.
Lorsqu'Harry rentra dans la salle commune ce soir-là, il était exténué. Si sa mission en elle-même n'était pas si compliquée, elle s'était trouvée être émotionnellement très difficile. De plus, il avait fallu qu'Harry fasse disparaître tous les indices qu'il aurait pu laisser derrière lui.
Tom était déjà rentré. Il le fixa quelques instants en pensant que l'être en face de lui était la seule raison pour laquelle Harry se donnait autant de mal. Il s'approcha de Tom.
- Tout s'est bien passé…
- De quoi tu parles ? demanda Tom.
Harry constata qu'ils étaient entourés d'autres élèves, et ajouta :
- Ma retenue évidemment…
Le lendemain matin, tout le château était en ébullition. Le couloir du 4supe/sup étage avait été bloqué mais des dizaines de curieux tentaient d'y accéder pour lire les mystérieuses inscriptions sur le mur, que même le concierge n'avait pu effacer. Les rumeurs se répandaient et se déformaient, mais il semblait que le message ressemblait à quelque chose du genre :
La chambre des secrets a été ouverte. Ennemis de l'héritier, prenez garde »
Très peu d'élèves connaissaient la légende de la Chambre des Secrets, et les questions qu'ils posaient aux professeurs à ce propos restaient sans réponse. Et étrangement, tous les exemplaires de « l'Histoire de Poudlard » furent pris d'assaut à la bibliothèque et certains élèves étaient presque prêts à se battre en duel pour obtenir un de ces précieux exemplaires.
Une chose cependant avait bien été comprise par tous : le message sur le mur était une menace. Les informations se répandaient, et si certaines s'avéraient fausses, il fut rapidement établi que la Chambre des Secrets avait un rapport avec la maison Serpentard… Les Gryffondors, ennemis jurés des serpents, paraissaient donc directement menacés, mais on commença également à parler de pureté de sang…les nés-moldus n'étaient-ils pas haïs par les Serpentard depuis toujours ?
Beaucoup n'osaient même plus approcher les vert et argent. Il était coutume de voir un première année changer de couloir lors qu'il voyait un Serpentard arriver en face.
Le temps passa, et malgré les cours en commun de Gryffondor et Serpentard, les élèves ne tentèrent pas de s'entre-tuer (du moins pas plus que d'habitude). La paranoïa générale commença à s'étouffer et Poudlard à reprendre son activité normale.
Cela faisait plus d'une semaine qu'Harry n'avait pas entendu parler de la « Chambre », et dans la Grande Salle régnait une bonne humeur générale, quand Tom lui souffla à l'oreille.
- Je crois que c'est le moment… je vais agir ce soir.
Harry sentit une boule se former dans sa gorge.
- Ne t'inquiète pas… je n'ai pas besoin de toi pour ce soir, je me charge de tout. Tu pourras rester tranquillement dans la salle commune.
Pour une fois, Harry décida de ne pas suivre Tom…il ne pouvait pas l'en empêcher de toute façon alors autant ne pas participer à ce qui allait se produire. Mais ne rien faire, pour Harry c'était presque comme s'il commettait lui-même le crime. Il ne put s'endormir, ce soir-là…il craignait trop de se réveiller le lendemain, et d'apprendre qu'un de ses camarades était mort.
Ce fut au petit déjeuner le lendemain, que McGongall entra avec un grand fracas dans la Grande Salle, les cheveux en bataille, les yeux rougis et l'air paniqué.
- Professeur ! Vite ! C'est Timmy ! Il…
Le professeur Dippet la regarda avec incrédulité, mais Dumbledore avait été plus réactif et s'était déjà levé pour suivre la préfète. Voyant les élèves commencer à bouger il hurla de ne pas bouger et de rester calme. Mais le brouhaha resta constant pendant toute l'absence du professeur, et plus aucun élève n'avala une bouchée. Harry avait les yeux perdus dans le vague…ça y est, c'était arrivé…le basilic avait tué un élève. Maintenant que le fait était accompli, il se dit qu'il n'avait peut-être pas pris la bonne décision finalement. Pendant un moment, il fut presque décidé d'aller tout raconter à Dumbledore.
Mais lorsque ce dernier revint de longues minutes plus tard, il ne répondit à aucune question et fit une annonce générale.
- Comme nous le craignons, le monstre présent dans la Chambre des Secrets a attaqué un élève. Celui-ci est Timmy Brooks, de la maison Gryffondor. Il a heureusement survécu à l'attaque, il a été pétrifié…nous serons en mesure de le ramener à la vie grâce au philtre de mandragore, mais il ne sera pas prêt avant plusieurs mois. En attendant, je vous recommande vivement d'être prudent. Ne vous déplacez jamais seul dans le château et je ne veux plus personne en dehors de son dortoir après 21h à partir d'aujourd'hui. Merci de votre attention.
Harry vit que Dumbledore avait l'air vraiment inquiet. Et il avait toutes les raisons de l'être. Harry fut soulagé que Timmy ne soit pas mort…mais c'était le premier coup d'essai de Tom. La prochaine fois, il risquait de réussir à provoquer la mort de sa victime. Il était peut-être encore temps d'empêcher le pire…mais comment Harry pourrait-il le faire alors qu'il avait promis à Tom de l'aider ?
La panique générale fut bientôt de retour dans le château, bien plus forte encore que lors de l'apparition du message sur le mur. Ce n'était plus seulement une menace cette fois-ci, l'héritier avait bel et bien agi.
Les semaines passèrent, et Tom ne planifia pas de nouvelles attaques. Il semblait satisfait de l'angoisse générale et attendait qu'elle s'atténue pour la relancer. Mais il passait tout de même beaucoup de temps dans la Chambre des Secrets. Il parlait beaucoup avec le basilic… il avait une intelligence beaucoup plus développée que la plupart des serpents. C'était une créature magique et non pas un animal.
Le monstre acceptait Harry de plus en plus. Tom lui ordonnait de ne pas lui faire de mal. Quand le serpent avait réalisé qu'Harry parlait le Fourchelangue, ça avait énormément aidé à leur rapprochement… bien qu'Harry ne soit pas l'héritier, sa présence était tolérée dans la Chambre, et il leur arrivait de plus en plus d'échanger quelques mots.
Harry apprit que le basilic ne se nourrissait pas exclusivement, comme on aurait pu le penser, de chair. Ca expliquait pourquoi le corps de Timmy avait été retrouvé intact. Le basilic attaquait rien qu'avec son regard, et par ses yeux il était capable d'absorber l'énergie vitale de sa victime, et donc de le tuer. C'était sa façon de se nourrir, les quelques rats grouillant dans le château n'étant clairement pas suffisants à nourrir un serpent de cette taille.
Mais s'il n'avait pas besoin de se nourrir tous les jours, la dernière attaque datait de plusieurs semaines, et le basilic n'ayant pas tué, n'avait été que peu rassasié. Il tenait de moins en moins en place et Harry se doutait que Tom serait surement obligé de le libérer bientôt de nouveau. Ce fut la veille de Noël que Tom annonça qu'il allait ordonner une nouvelle attaque.
Harry songea que le jour n'était peut-être pas très bien choisi. Mais pour Tom, Noël ne signifiait rien, rien de plus que n'importe quel jour de l'année. Ce dernier expliqua au basilic ce qu'il avait à faire dans un sifflement, et le serpent disparut dans un tuyau. Harry resta le regard fixé sur l'endroit où le serpent s'était trouvé quelques instants auparavant. Il n'arrivait pas à croire qu'il laissait faire cela… c'était probablement le pire Noël de sa vie, même comparé à ceux chez les Dursleys.
- Et maintenant ? demanda Harry.
- On attend, souffla Tom en s'asseyant sur le sol humide.
Harry l'imita et ils restèrent silencieux pendant de longues minutes. Ce fut Tom qui coupa le silence.
- J'apprécie que tu sois là avec moi, Harry. Je sais ce qu'il t'en coute de faire cela… je ne l'oublierai pas. Je veux que tu comprennes que si je fais tout cela…peut être que pour toi ça n'a aucun sens, mais pour moi c'est très important. La seule chose qui ait encore de l'importance pour moi.
- Ne dis pas ça, il y a forcément autre chose…
Harry pensa à la famille de Tom. Il y avait des mois qu'il avait arrêté les recherches. Mais Harry avait des informations sur les Gaunt et il brûlait de les révéler à Tom… puis il se rappela du séduisant et arrogant Tom Jedusor Sr et de sa courte espérance de vie si Tom devait débarquer à Little Hangleton. Alors il préféra se taire.
- Non, trancha Tom, rien d'autre.
Il se passa encore de longues minutes avant que le basilic ne réapparaisse.
- C'est fait, siffla-t-il.
Tom acquiesça d'un signe de tête et ajouta :
- Allons nous coucher, Harry.
Les quelques élèves qui étaient restés pour les vacances de Noël se retrouvèrent dans la Grande Salle pour le repas de Noël tant attendu. Mais en arrivant, ils se rendirent compte que quelque chose n'allait pas. Les professeurs présents avaient le visage blême, mais surtout, Dippet et Dumbledore n'étaient pas là.
Tout le monde s'installa mais personne ne fit attention aux merveilleux plats qui ornaient la table. Enfin les deux absents entrèrent et tous les visages se tournèrent vers eux. Dippet ne semblait pas en état de parler et ce fut Dumbledore qui prit une fois encore la parole.
- Je suis désolé de devoir vous annoncer une mauvaise nouvelle, en ce jour qui devrait être synonyme de festivité… mais une nouvelle attaque a eu lieu cette nuit…une double attaque. Mrs Gilson, de Pouffsouffle, a également été pétrifiée. Quant à Mr Peterson, qui était probablement avec elle au moment des faits, il est tombé de la fenêtre du 1super/sup étage…il est encore inconscient et ses os doivent être ressoudés mais ses jours ne sont pas en danger.
Harry resta sous le choc… le basilic avait encore raté son attaque ! La fille qu'il avait attaquée n'avait pas été tuée… deux erreurs de Tom à la suite cela semblait étrange pour Harry. Et le garçon…Harry voyait qui c'était, et il n'était pas de sang moldu. Son accident avait-il vraiment un lien avec l'attaque du basilic ? Ce n'était pas dans les manières du serpent de lancer quelqu'un par la fenêtre pour s'en débarrasser. Un simple regard et l'affaire était classée…pourquoi aurait-il pris le risque que le garçon survive ?
Lorsqu'ils furent seuls, Harry demanda à Tom.
- Tu lui as demandé d'attaquer ce type de Pouffsouffle ?
- Non…seulement la fille. Mais manque de chance il se trouvait avec elle à ce moment-là.
Il n'ajouta rien mais Harry savait ce qu'il pensait. Si ce blaireau se réveillait, il raconterait tout aux professeurs. Il n'avait certes pas vu Tom ni Harry mais il pourrait indiquer aux professeurs qu'il y avait un basilic dans l'école.
Harry s'était attendu à ce que Tom essaie de se débarrasser du potentiel témoin. Cependant il n'en fit rien, mais bizarrement Harry n'en fut pas soulagé. Il avait depuis toujours tenté d'empêcher Tom de commettre un meurtre… et aujourd'hui il avait presque envie que son ami passe à l'acte… c'était horrible mais si jamais Tom et lui se faisaient prendre ? Jamais Harry ne pourrait s'en remettre s'il était renvoyé de Poudlard !
Que suis-je en train de devenir ? se demanda Harry avec amertume. Je voulais le changer, et voilà que c'est moi qui deviens comme lui…
