Chapitre 20
Cette nuit, ainsi que tout le reste de la semaine se passa calmement. Aucun de nous deux ne revenant sur les évènements de cette soirée mais je savais que le moment d'un parler allait arriver. Nous étions vendredi et c'était le début du week-end. C'était le dernier avant les festivités du début de saison pour le Club. La réception aurait lieu dans un hôtel à vingt minutes de Seattle, mercredi prochain. Puisque c'était le dernier week-end, je devais l'utiliser à bon escient. Mais hélas, je ne devais pas cantonner Isabelle uniquement dans ma salle de jeux.
Mon père m'a toujours dit que si on veut quelque chose, on doit tendre la main et le prendre sinon, on ne l'obtiendra jamais.
Donc, c'est ce que j'allais faire. Je ne perdrai pas une seconde de plus de mon temps avec Isabella, ma soumise. Je voulais connaître Isabella, la petite amie. Ne vous méprenez pas ! Je veux continuer à avoir Isabella comme soumise mais ce n'est plus suffisant à mon bonheur.
Je ne sais pas si cela pouvait fonctionner mais je devais essayer autre chose avec Isabella. Elle pouvait être celle qu'il me fallait. Après tout, elle était la seule qui arrivait à me faire briser toutes mes règles. Donc plus de règles. Car elles m'apparaissaient maintenant comme des obstacles.
Des murs que j'avais érigés autour de moi pour m'empêcher de ressentir quoique ce soit pour quelqu'un autre.
Je marchais dans mon bureau sans lever les yeux de mon café. J'entendis un raclement de gorge qui me sortit de ma torpeur. Je revins vers ma chaise.
Jasper.
Je ne dis rien mais levai un sourcil interrogateur avant de prendre place sur mon fauteuil et de m'appuyer sur le dossier. J'étais bien, sentant le cuir dans mon dos. Je n'avais pas l'impression qu'il était là pour se disputer.
Il prit une profonde inspiration, ouvrit la bouche mais la referma aussitôt. Il se pencha sur la chaise devant lui avant de prendre la parole.
« Je ne vais pas faire comme si je comprenais car ce n'est pas le cas. »
Je fis un demi-sourire.
« Je ne pense pas qu'une autre personne dans ta situation le comprendrait non plus. »
Jasper secoua la tête.
« Regarde-toi. »
Je fronçai les sourcils, confus.
« Tu es toujours en colère, tu ne devrais pas… »
« Je ne veux pas dire ça comme ça, Edward, » m'interrompit-il.
« Alors quoi ? »
« Je connais mieux ma sœur que quiconque. Nous avons vécu l'enfer pendant que nous étions ensembles dans le ventre de notre mère. »
Je ne voyais pas trop où il voulait en venir donc j'hochai simplement la tête, ne voulant pas paraître stupide.
« Tu n'obtiendras pas ce que tu veux. »
Ce n'était pas une question.
« Non, euh…pas vraiment, » répondis-je avant d'ajouter. « Ouais, pas du tout. »
Il soupira.
« Je dis de te regarder et de regarder ta vie parce que ce que tu es ne pourras jamais acheter Bella dans son entièreté, sa soumission et toute la merde que tu voudras. »
Je roulai les yeux et voulus répondre mais il m'arrêta.
« Ecoute-moi, Edward. Je la connais. C'est une fille indépendante qui ne laisse aucun homme s'occuper d'elle. Elle est tellement indépendante qu'elle refuse même qu'un homme lui ouvre la porte ou paye son repas au restaurant. »
Il soupira avant de poursuivre.
« Il se passe quelque chose mais elle ne le dira à personne sauf si on la prend sur le fait. Je lui ai parlé au téléphone le jour de la bagarre au Club. Elle cache quelque chose à tout le monde. Je peux sentir quand elle dit des conneries ou ment. »
J'étais ému.
« Je sais que tu te sens mal, Jasper. Mais Bella a sa propre personnalité et nous cachons tous quelque chose à notre entourage surtout sur notre mode de vie. »
Jasper soupira et secoua la tête.
« C'est ton monde. J'essaye de t'aider. Ne refuse pas la main que je te tends. »
Je ne pus résister à l'envie de rire.
« Tu t'inquiète de trop, Jasper. »
« Peut-être ou…peut-être pas. »
Je savais qu'Isabella ne faisait pas semblant. Elle ne pouvait pas être 100% soumise après deux semaines de formation, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Mais Jasper avait tord. Je savais qu'Isabella ne mentait pas et ne trompait pas les gens qu'elle aimait.
Ca ne ressemblait pas à Bella.
« Quoi qu'il en soit, » commençai-je pour changer de sujet. « Pourquoi es-tu venu ? Es-tu prêt à parler ? »
« Il n'y a rien à dire, Edward. Je te pardonne parce que c'est ce qu'Alice veut que je fasse. »
« Je vois, » répondis-je attristé. Mais je n'allais rien faire de plus pour améliorer les choses. « Le petit chien de ma sœur. »
Il sourit.
« Tu le savais déjà. »
Nous éclatâmes de rire ensembles.
« Je ne veux pas me battre avec toi, Edward. »
Il redevint sérieux.
« J'ai toujours pensé que tu pourrais être parfait pour ma sœur. Mais pas de cette façon. »
J'hochai la tête avant d'ajouter : « Foutue vie, n'est-ce-pas ? »
Il acquiesça en riant.
« Alors, comment va Alice ? »
Dès que le nom de ma sœur franchit ma bouche, Jasper sourit. Le reste de la conversation fut cordiale et ma journée de travail se passa sans plus aucun autre problème.
oooOOoooOOoooOOooo
Je garai ma voiture à côté de celle d'Isabella, surpris qu'elle soit déjà rentrée à dix-sept heures. Je savais que le vendredi était le jour où elle terminait plus tard. J'haussai les épaules en retirant mes lunettes de soleil et me dirigeai vers la maison. J'entrai dans la cuisine mais aucun signe d'Isabella.
Tout à coup, j'entendis des pas précipités au-dessus de ma tête. Ils devaient provenir de ma chambre de jeux. J'étais certain qu'elle marchait sur le plancher blanc au-dessus de la cuisine.
Des pas légers comme ceux d'un ange.
Je soupirai avant de sourire. Mais mon sourire se fana rapidement à la pensée que je voulais peut-être autre chose.
Mon côté dominant me criait que ce n'était pas le moment de penser à ça, que c'était trop tôt après qu'elle ait acceptée de rester. Ce côté dominant de moi existait depuis des années pour me protéger et garder à distance les gens. Il me gardait en sécurité.
Oh, mais je ne le regrette pas ! Il faisait partie intégrante de moi. Il était bien réel et je voulais rester un dominant. Il m'avait permis d'établir des règles strictes. Mais il était temps d'apprivoiser le lion en moi. Il était temps que le lion se laisse aimer et il avait choisi d'aimer un agneau.
Je retirai ma veste, toujours à l'écoute des déplacements à l'étage. Je déposai mon vêtement sur une chaise de la cuisine. Les bruits se stoppèrent et une douce musique se fit entendre.
Je la reconnus instantanément. Elle faisait partie de la playlist disponible sur la chaine de la chambre. C'était un de mes morceaux favoris. C'était un morceau très rare de Bush qui n'apparaissait sur aucun album. Seuls les vrais fans le connaissaient.
Je souris et me dirigeai vers l'escalier en écoutant les paroles de la chanson. Je marchai dans le couloir en direction de la chambre. La porte était entrouverte et de la lumière en sortait.
Mon sourire s'élargit.
J'ouvris la porte plus fort pour y trouver mon fantasme personnel. Je remarquai six bougies blanches et rouges allumées donnant un aspect tamisé et intime à la pièce. Mon regard se posa sur des pieds nus au bord du lit appartenant à une femme. Isabella était allongée sur le dos, reposant sur ses coudes. Elle portait un corset blanc avec des volants qui affinaient sa taille. Je pourrais certainement la tenir entre mes deux mains et mes doigts se toucheraient. Il y avait un lacet devant et dans le dos. De son corset partait des porte-jarretelles retenant des bas en dentelle blanche.
Elle était envoutante.
Mon regard rencontra enfin les yeux bruns foncés de la démone. Une démoneenvoyée de mon enfer personnel pour me mettre à genoux.
Non, elle n'était pas une démone mais un ange. C'était moi le démon.
Je repensai à la jeune fille rougissante qu'était Isabella lors de notre rencontre. Ce fut un choc de voir comme elle avait changé en si peu de temps. J'avais vraiment ouvert la boîte de Pandore.
« Bonjour, Maître. »
Elle me sourit et respira profondément ce qui fit se soulever sa poitrine. Ce geste me fit prendre conscience du problème qui se trouvait dans mon pantalon.
« Isabella, » marmonnai-je en m'avançant vers la chaise proche de la fenêtre et m'asseyant afin d'ôter mes chaussures.
« A quoi dois-je ce plaisir ? » demandai-je une fois déchaussé en m'appuyant sur le dossier de la chaise.
Son sourire s'accentua.
« Est-ce que mon maître désire que je me rhabille ? »
Certainement pas.
« Non. Je me demande juste ce qui nous a amené ici ? »
« C'est le dernier week-end avant les festivités, » répondit-elle en se levant du lit. Elle s'approcha et se positionna à genoux entre les miens.
« Et alors ? »
Isabella se lécha les lèvres et déplaça sa main vers ma ceinture.
« Et je tenais à vous remercier, Maître, » chuchota-t-elle en retirant ma ceinture.
« Pour ? » ajoutai-je sentant que ma respiration s'accélérait.
Elle rougit. Je devinais la réponse.
« Pour être un si bon maître, » ronronna-t-elle en s'attaquant à mon pantalon.
Je n'allais pas l'arrêter mais mon esprit me criait dessus pour la stopper et essayer de créer une relation qui ne serait pas basée que sur le sexe.
Lorsqu'elle m'eut retiré mon pantalon et mon boxer libérant mon sexe érigé, je repoussai ses mains.
« Qu'ai-je fait ? »
Elle recommença mais je retirai à nouveau ses mains et me levai de la chaise.
« Rien. C'est juste que j'aimerais te demander quelque chose. Je ne veux pas agir n'importe comment en ce moment. » J'ai débité ma phrase à toute vitesse. J'essayai de garder le contrôle de ma respiration.
« Bien sûr Maître, » déclara-t-elle comme un automate.
Ne t'en plains pas, c'est toi qui l'a voulue soumise ! Oui je sais !
Je stoppai mes réflexions et posai ma question.
« Sors avec moi demain ? »
« Bien sûr, Maître, » répéta-t-elle.
Je soupirai.
« Edward, » la corrigeai-je, cherchant ses yeux baissés.
Isabella poussa un soupir frustré.
« Nous avons déjà parlé à ce sujet, Edward. »
« Je veux plus, Isabella. »
Je veux tout, voulais-je hurler mais je fis quelques pas en arrière pour me calmer.
« Je ne sais pas si je peux être un dominant avec toi. Ca me touche trop pour n'être simplement qu'une scène. »
J'étais sur le point de parler plus mais elle se redressa, s'avança vers moi très rapidement et pointa son index sur ma poitrine.
« Je ne sais même pas quand commence ou fini une scène, » s'exclama-t-elle en pleurant. « Tu es chaud et froid, haut et bas, bon et dur avec moi. Et tout ça dans la même journée. »
Elle inspira profondément pour se calmer avant de soupirer.
« Je ne sais même pas si moi, je veux plus, » marmonna-t-elle en regardant ses pieds.
Elle ne sait pas si elle veut plus ? Est-ce bon ou mauvais ? Je vais présumer que c'est une bonne chose.
« Donne-moi une chance de te monter que tu veux plus. » plaidai-je. « Permet-moi de te montrer à quel point ce serait bien de pouvoir avoir les deux mondes. »
Je saisis sa main et déposai mes lèvres sur ses doigts.
« Montre-moi que je peux être normal. »
« Oh tu veux que je sois un test… »
Je la coupai avant qu'elle n'ajoute quoi que ce soit.
« Non. Je veux que tu sois unique car tu es la seule personne qui m'ait fait sentir tout ceci. La seule qui arrive à me convaincre que je pourrais avoir plus. »
Et c'était vrai. Je n'avais jamais imaginé que je pouvais vivre autrement comme je le pensais avec Isabella.
Elle soupira à nouveau avant de me sourire.
« Tu veux une chance, Roméo ? »
J'éclatai de rire et pris son visage en coupe pour l'amener près du mien.
J'avais presque oublié la conversation que j'avais eu avec Jasper durant la journée.
