Chapitre 21 : … Corrompt absolument

-Ça va ?, lui demanda Adam.

Elle n'arrivait plus à parler et elle sentait ses jambes faiblir. Il y avait un banc contre un mur d'un bâtiment que Judith avait dit être leur maison commune. Elle chancela dans sa direction et s'y posa. Adam vint l'y rejoindre et voulut s'expliquer.

-Noah m'a contacté il y a un an, à peu près. Maria m'avait trouvé, il m'a dit qu'il savait qui j'étais et il m'a parlé des gens d'ici. Il m'a même proposé, à condition que les gens d'ici m'acceptent, de venir vivre ici. Mais j'avais Frank, mon boulot et je contrôlais mes pouvoirs, alors j'ai refusé. Je ne suis pas allé les voir, je ne sais pas vraiment pourquoi. Tu es la première que j'ai rencontré, je ne t'ai pas menti.

Lily réunit assez de forces pour dire.

-Mais tu ne m'as pas parlé d'eux. Alors que je t'ai tout dit, que je t'ai parlé de la Magie. Moi non plus, je n'en avais pas le droit.

Comme embarrassé, il regarda ailleurs quelques instants.

-Ce n'est pas parce que je n'en avais pas le droit que je ne t'ai pas parlé d'eux, c'est… par égoïsme. Parce que je voulais te garder pour moi.

Lily l'entendait à peine. Elle ressentait une telle colère, une telle douleur, qu'elle n'arrivait pas à respirer. Mais être ici était différent qu'être en Angleterre. Là-bas, au Ministère, tout le monde la détestait ou était furieux contre elle et il était très facile de faire de même. Elle y régnait d'une poigne de fer, avec un dédain affiché et une morgue glacée. Tout y était froid, sans vie, mort. Elle commençait tout juste à réaliser que sa propre perception des choses lui avait fait tout voir en noir. Mais ici, c'était totalement impossible. Tout était vivant, coloré et personne ne savait ce qu'elle avait fait, à part Adam. Peut-être était-ce pour ça qu'elle était autant en colère.

-Viens., demanda t-il, en se levant.

Elle le suivit, quasi machinalement et ils marchèrent jusqu'à la fin de ce village improvisé. Il s'arrêta devant une petite maison neuve inoccupée et la regarda, anxieux.

-Je suis venu ici il y a un mois avec Noah, sans dire pourquoi. Josh, qui contrôle parfaitement le bois, a construit cette maison en l'espace de quelques heures… J'ai à peine eu l'occasion de l'aider. Il a dit que, comme ça, j'aurais un endroit où dormir, si je choisissais de rester.

-Tu as une maison. Qu'est-ce que ça peut bien me faire ?

-Ce n'est pas ma maison., dit-il doucement, la regardant avec une affection qui l'aurait ému si elle avait relevé la tête. Elle est pour toi.

Elle releva le menton, avec une fierté et une arrogance qui était désormais plus feinte que ressentie.

-Une maison ?, répéta t-elle, insolente. J'ai un monde entier à mes pieds, tu crois vraiment que je le troquerais contre une petite cabane sans intérêts ?

-Je ne sais pas., répondit-il simplement. Quand je suis venu ici pour la première fois, je ne pensais qu'à toi. Je savais que tu allais passer tes derniers examens à Poudlard, mais je ne savais pas ce que tu avais prévu ensuite. J'ai pensé que si l'endroit me paraissait bien, il te plairait sûrement et qu'on pourrait…

Il resta silencieux un instant, mais elle avait avancé de quelques pas vers la maison et était dos à lui. Il n'était même pas sûr qu'elle l'écoute ou l'entende.

-Je voulais plus que quelques heures ici et là avec toi. Moi en Amérique, toi en Europe, nous vivions en décalé et je voulais vivre avec toi. Ici, ensemble.

-C'est trop tard., murmura t-elle.

Le ton affligé de Lily le fit espérer qu'elle était en train de redevenir elle-même et son cœur se gonfla de la plus profonde affection. Il s'approcha d'elle rapidement et se tourna vers elle, plongeant ses yeux dans les siens.

-Non, non. Jamais. Il ne sera jamais trop tard, je te le jure. Jamais.

Il lui saisit les mains, les gardant dans les siennes.

-Je veux vivre avec toi, peu m'importe où. On peut rester ici, ou aller en Angleterre. On peut aller dans mon studio et passer le week-end chez Frank. Je me suis même fait une amie en Australie, elle serait sûrement contente d'avoir de la compagnie… Tout ce que je veux, c'est être avec toi.

Elle se détourna, voulant éviter son regard.

-Je sais que tu ne veux pas continuer à faire ça.

-C'est pour ça que James et Albus sont venus te chercher.

-Oui. Tes frères t'aiment énormément.

-Je veux rentrer chez moi.

La réponse, franche, subite, le surprit. Elle se tourna vers lui et il reconnut ses yeux marrons piquetés d'or. Un tel soulagement le prit qu'il s'avança vers elle, tendant les bras. Mais elle lui fit signe de ne pas bouger. Elle n'eut besoin de ne rien dire, il comprit immédiatement que c'était l'émotion qui menaçait de la submerger et qu'un contact physique ne ferait qu'empirer les choses. Il resta à quelques pas d'elle, trop loin d'elle, mais la couvant du regard. Les lèvres de Lily tremblaient, sa respiration était saccadée, mais son regard décidé, armé d'une mission.

-Est-ce que tu m'aideras ?

-Tu sais que oui.

Elle lui tendit une main, il la prit et ils disparurent. Ils réapparurent dans un salon spacieux et accueillant. Une femme aux cheveux roux entra précipitamment dans la pièce.

-Lily !

-Maman !

Adam était de trop, alors, il trouva la sortie par lui-même, les laissant se retrouver en toute discrétion. La température était douce, dehors et il avait l'impression de revenir au soleil après de longues années dans une grotte. À l'intérieur, il n'avait fallu à Ginny Weasley qu'un coup d'oeil pour comprendre que sa fille lui était revenue. Elle ouvrit les bras et Lily accourut vers elle. La mère tint enlacée la fille un long moment. Elle n'osa pas lui parler, se disant qu'elle ne voulait pas la faire fuir en le faisant, mais la vérité était que la boule dans sa gorge ne le lui permettait tout simplement pas.

-Maman… Je suis désolée, tellement désolée…

La voix de Lily tremblait et sa mère la serra un peu plus fort contre elle, essayant de lui communiquer tout ce qu'elle ressentait.

-Ça n'est pas grave, on va tout arranger, tu verras, tout ira bien… Je te le promets. Tout va bien se passer.

Lily renifla, les yeux clos, tentant de retenir des larmes qui ne se tariraient que difficilement. Elle se sentait à nouveau elle-même, ce qui était rassurant, mais elle avait commis tellement de fautes et la honte qu'elle ressentait était si profonde qu'elle ne savait si elle pourrait jamais revenir de cette sensation viscérale qui la prenait jusqu'à la gorge. Elle bloqua sa respiration et rouvrit les yeux. Elle devait se reprendre. Le travail n'était pas fini. Elle repoussa délicatement sa mère, mais fixa son visage avec une expression qui alerta cette dernière. Ginny voulut garder les mains de sa fille dans les siennes, mais cette dernière se dégagea doucement. Elle recula jusqu'au seuil de la porte.

-Lily…

Elle tourna les talons et sortit de la maison. Ginny, ne sachant que faire ni où elle allait, se dirigea vers la cuisine, où elle avait vue sur la rue. Le soleil éblouit les yeux fatigués de Lily et elle mit une main en visière pour les reposer. Sa vision revenue, elle vit Adam qui l'attendait et s'approchait d'elle. Elle parvenait à peine à croire qu'il soit vraiment là pour elle, après tout ce qu'elle lui avait fait. Les sentiments qu'elle avait pour lui et qu'elle avait tant tenté d'étouffer durant les deux dernières semaines, avaient refait surface et lui semblaient plus forts que jamais. Son regard compatissant s'était posé sur elle, mais le contempler droit dans les yeux lui étaient impossible, pas après tout ce qu'elle avait fait. Et pourtant, elle savait qu'elle n'était pas assez forte pour accomplir seule ce qu'elle savait devoir faire.

-J'ai besoin de ton aide. Est-ce que tu m'aideras ?

-Bien sûr., répondit-il sans hésiter une seule seconde.

Elle lui prit les mains et il serra les siennes avec une ineffable douceur. C'était quelque chose qu'elle n'avait jamais tenté, mais à ses côtés, elle avait confiance. Elle ferma les yeux et suivant son exemple, il fit de même. Il frissonna en inspirant à fond, sentant la présence de Lily dans son esprit. Malgré la surprise, il garda les yeux clos et se concentra. Et tout d'un coup, dans sa propre tête, il la vit. Il se tenait debout dans un couloir et à l'autre bout, si loin qu'il la distinguait à peine, il y avait Lily. Adam savait que derrière lui, il y avait tout ce qu'il était, ses pensées, ses émotions, ses hauts et ses bas, son coeur et son âme. Lily commença à marcher dans sa direction et il s'avança lui aussi. Il n'y avait aucune raison pour qu'ils fassent cela et ils le savaient tous les deux, puisque Lily avait déjà accès à ce qu'elle cherchait. Ils se croisèrent, mais chacun continua sa route, poussé par la curiosité.

Bientôt, ils arrivaient à la porte de l'autre. Et ce qu'ils y expérimentèrent étaient indescriptibles. Ils se connurent et se comprirent mieux qu'ils ne l'avaient jamais fait. Elle vit qu'il n'aimait que deux personnes dans sa vie : Frank et elle. Il vit toute la bonté, toute la grandeur, toute la générosité dont elle était capable. Et aussi ce qu'elle comptait faire…

Elle s'était repris plus vite que lui et avait déjà commencé. Il lui fallut peu de temps, ce qu'il trouva étonnant, il aurait pensé que ça aurait été moins rapide, d'effacer toute une vie…

La communion entre eux cessa et elle s'effondra dans ses bras en pleurant. Lily Luna Potter avait cessé d'exister, aucune mention de son nom n'existait plus et toutes ses actions étaient rentrées dans l'oubli pour toujours. Aux yeux de tous, Lily Potter n'était jamais née, elle n'avait jamais ri aux pitreries de James, jamais écouté les histoires d'Albus, jamais été soulevé dans les airs par son père, jamais joué au Quidditch avec sa mère, elle n'était jamais allée à Poudlard mais surtout, elle n'avait jamais agi en despote au sein d'un monde qui l'avait vu naître.

Maintenant que c'était fait, fini et pour de bon, Lily avait l'impression d'avoir un creux dans le coeur que la présence d'Adam ne pouvait soulager. Il la garda contre lui, la serrant pour la consoler, murmurant des paroles réconfortantes. La soutenant, il l'emmena plus loin, à l'abri des regards, là où ils pourraient disparaître. Il la berçait, lui embrassant les cheveux, le front, les joues, essayant à tout prix de sécher des larmes qui ne pouvaient être séchées.

Dans une maison toute proche, Ginny Weasley regardait par la fenêtre avec un ineffable et absolu sentiment de tristesse. De l'eau menaçait de s'échapper de ses yeux et elle les essuya avec surprise : elle ne pleurait que très rarement et elle ne pleurait jamais pour rien, ce qui semblait être le cas ici. Accroché à l'évier de sa cuisine, elle prit une profonde inspiration, espérant que cette émotion subite s'en irait tout aussi vite. En attendant, elle mit une théière sur le feu et consulta l'heure. Les garçons ne rentreraient pas avant plusieurs heures. Son regard tomba sur une photo de sa famille, ses deux garçons et Harry. Elle avait toujours regretté de ne pas avoir eu de fille et elle ne savait pourquoi, mais aujourd'hui, cette peine était plus prononcée que d'habitude et la solitude plus perçante. Aucun bruit ne résonnait dans la grande maison vide, aucun son n'en cassait le silence monotone. Dans la bâtisse familiale, il n'y avait plus aucun signe de l'existence d'un troisième enfant choyé et aimé.

Au grenier, au milieu d'un bureau encombré de volumes d'encyclopédie, d'ouvrages de botanique, de manuels de potions et de biographies de vieux magiciens, un petit livre à la couverture bleu et aux lettres dorées ne semblait pas à sa place ici, en cette compagnie illustre.

...Fin...


Voilà, c'est la fin... N'hésitez pas à laisser une review et si vous voulez la suite, ce sera dans James Potter et la chaise rouge !