Chapitre 20 - Confrontations
Quelques jours après l'annonce de la chute du ministère et du bain de sang qu'elle avait causé, Rogue ne tarda pas à recevoir un message important de la nouvelle administration.
Il s'y attendait, Voldemort lui avait promis un poste à la hauteur de la nouvelle confiance qu'il lui portait.
Ce fut donc sans surprise qu'il avait déchiré l'enveloppe au sceau ministériel, annonçant sa nomination à la succession d'Albus Dumbledore.
Le nouveau directeur de Poudlard.
Il ne parcourut que très brièvement le papier des yeux, ne le lisant qu'une seule fois avant de le ranger quelque part entre les reliures anciennes des livres qui ornaient une de ses bibliothèques.
L'information, il la connaissait déjà et n'avait pas besoin de s'y attarder davantage et très étrangement, pour des raisons qu'il ne se devait d'exposer au grand jour, la honte le submergea jusqu'à la racine des cheveux.
Eileen se découvrait une passion dévorante pour les plantes et les arbres qui peuplaient le jardin de Cleo. L'équation était simple, du matin lever au soir jusqu'à ce que Hermione ne décide qu'il était temps de prendre son bain, de manger et d'aller au lit, la bambine jouait dehors étudiant alors cette faune et flore qu'elle n'avait jamais vu auparavant. Elle qui n'avait jamais connu autre chose que la campagne de ce qui avait toujours été sa maison dans le royaume, plus au sud, en France, profitait des jours estivaux et de son insouciance.
Plus agées, les filles de Cleo et Hugh ne prêtaient attention qu'aux genoux écorchés et aux allées et venues autour de la maison malgré le nombre incroyable de protections et charmes érigés autour de cette vielle bâtisse du 18e siècle.
Pourtant, à aucun moment les parents ne leur avaient donné l'instruction formelle de veiller à toutes les choses étranges qui pouvaient se produire. C'était dans l'air et l'atmosphère magique devenait oppressante jusque dans son propre noyau.
La nouvelle du renversement du gouvernement magique britannique avait évidemment fait un grand bruit auprès des communautés sorcières du monde et les journaux, peu à peu, éludaient ce fait atrocement grave.
De son côté, la Française multipliait les arrestations. Des déserteurs tentaient de joindre leur force à Voldemort en essayant par tous les moyens de fuir la France pour se retrouver au centre névralgique de l'action.
De ce fait, Cleo était rarement présente chez elle. Ni Hermione ni Hugh n'en savaient davantage sur ses déploiements géographiques, mais l'idée qu'elle puisse se trouver dans le Nord était la plus logique.
Eileen jouait, prenant des couleurs qu'elle n'avait jamais pu avoir durant les étés maussades de son passé. Avec les caractéristiques de ses deux parents, elle ressemblait de plus en plus à une petite andalouse avec un teint remarquablement hâlé qu'elle tenait uniquement de sa mère.
Mais sa mère, elle n'avait ni le temps, ni le cœur à pointer son nez sous le soleil.
Hermione faisait ce qu'elle faisait le mieux : étudier.
Elle s'occupait de sa fille, cela allait de soi, mais il lui était difficile de s'empêcher de quitter le territoire et s'aider, elle, Harry et Ron à gagner du temps, un temps précieux et qui désormais se comptait en jours.
Elle ne pouvait cependant pas.
Le lion en cage connaissait la plupart des horcruxes, où ils étaient et comment les détruire, mais elle ne pouvait pas transgresser les règles magiques. Pas si elle voulait sauver un maximum de monde...
Une après-midi de juillet, alors qu'il classait des papiers tous plus importants les uns que les autres, Severus fut surpris par la venue improvisée de Narcissa.
La sorcière était entrée par le réseau de cheminées comme si elle était chez elle.
Le nouveau directeur de Poudlard se devait de garder son réseau ouvert même s'il était réticent à cette mesure que le Seigneur des Ténèbres avait prise. À peine le portail s'était ouvert qu'il avait saisi sa baguette dans un réflexe simple, avant même de lever les yeux sur son visiteur incongru.
Depuis une autre pièce, il avait reconnu la démarche particulière de Cissy et avait assez rapidement baissé sa garde. Il ferma alors tout ce qui l'occupait et se dirigea vers le salon où se tenait la sorcière dans une posture droite et digne.
Ils se saluèrent sans un mot.
-" Du thé ?" Proposa Rogue.
-" J'aurais espéré que tu me proposes quelque chose d'un peu plus fort, Severus." Répondit-elle alors. Il opina du chef et lui désigna un petit fauteuil dans lequel elle pouvait s'asseoir. D'un coup de baguette, il rangea le désordre qu'il n'avait pas nettoyé depuis quelques semaines, essentiellement de la paperasse et des livres qui allaient même jusqu'à joncher le parquet.
-" Tu es seule ?" Demanda-t-il ensuite avec un regard lourd et insistant.
Elle acquiesça de manière non-verbale, juste une légère inclination de la tête et posa ses poings sur ses genoux croisés. Severus fit alors cette moue universelle qui signifiait "Bien" puis se dirigea vers le vaisselier de sa mère où il dénicha deux verres assez larges et une carafe à Whisky sur laquelle la poussière n'avait apparemment pas le temps de s'accumuler.
Il les servit et s'assit sur le fauteuil jumeau face à elle.
-" Tu n'es pas venue pour faire un brin de causette."
-" En effet... Non." Admit-elle, avalant une gorgée ambrée. Elle grimaça. Elle n'avait pas l'habitude des whiskies bon marché.
Severus la détailla un instant qui lui parut assez long où elle n'osait pas parler. Rien ne dépassait sur elle, absolument rien. Ses cheveux étaient coiffés, emprisonnés dans un chignon strict, son tailleur vert bouteille ne présentait aucune froissure et ses chaussures au talon carré étaient impeccables malgré le passage dans la cheminée.
Seuls ses yeux étaient marqués et cela se voyait malgré la couche de maquillage qui cachait sa peau.
-" Le ministère fait un recensement cette semaine. Ils sont en train de classer et de monter des dossiers sur tous les résidents magiques du royaume... Tout le monde va être numéroté et rangé selon sa caste."
-" Tu n'as donc pas de soucis à te faire." Ironisa-t-il.
-" Severus, tu ne comprends pas..."
-" Si, Narcissa... Au contraire, j'ai très bien compris... C'est le commencement d'un nouvel holocauste."
À ce mot, les yeux bleus s'ouvrirent en grand. Peut-être que c'était enfin le mot qu'elle cherchait depuis des jours, depuis qu'elle avait appris par Lucius ce qui était en train de se tramer dans l'ombre et malgré elle, elle savait, mais ne voulait pas l'admettre.
-" Severus... Tu ne peux pas comparer..." Il la coupa.
-" Oui, tu as raison... Alors disons qu'un massacre, qu'un génocide se prépare ? Est-ce mieux pour tes œillères ?" Répliqua-t-il cinglant.
L'épouse de Lucius resta coite, la mâchoire ouverte un petit moment avant de la remplir d'un peu d'alcool. Severus l'imita.
-" Comment s'en sort Drago ?" Demanda-t-il éludant le sujet.
-" Il est très... Il s'enferme dans sa chambre... Nous ne le voyons plus qu'au souper... Quand il daigne descendre... Mais... Je dois avouer que depuis que cette horrible femme est morte, il est déjà un peu plus présent."
-" Quelle femme ?" Demanda alors Rogue en haussant les sourcils.
-" Tu sais... L'Oracle."
Le potioniste plissa les yeux et sonda le regard de Narcissa un court instant avant qu'elle ne se rendre compte qu'il essayait de pénétrer son esprit propre et bien rangé. Il connaissait ce regard et savait qu'il y avait quelque chose qu'elle ne lui disait pas.
-" Comment est-ce arrivé ?"
-" Elle était très vieille." Répondit-elle simplement, continuant de siroter son breuvage.
-" Je vois." Rétorqua-t-il avec la même simplicité. Il ne sut expliquer pourquoi, mais quelque part cette révélation lui ôta un poids des épaules. Il n'allait pas pleurer la mort de quelqu'un qui avait faillit précipiter la sienne.
-" Le maître était en colère... C'était, selon lui, une alliée extraordinaire qui nous aurait mené à Potter en un rien de temps."
-" Le garçon se montrera en temps et en heure, aies confiance. Ce n'est pas cette vieille bique aveugle qui l'aurait débusqué... La divination est une maîtrise capricieuse et nous ne pouvons pas nous permettre de trouver Potter juste avec l'art simple de fumer des merles qui seraient tombés du ciel en signe de présage." Fit Rogue agacé.
Narcissa pouffa tellement fort qu'elle en recracha presque son whisky. C'était peut-être la première fois que Severus vit cette femme froide et hautaine exprimer autre chose que du mépris et de l'inquiétude. Il était lui-même surpris de l'effet qu'il avait causé et l'observa avec un air rieur le temps qu'elle se remette de ses émotions.
Le vendredi 1er septembre, Severus arriva à Poudlard avec près de deux heures de retard.
Si les élèves ne seraient en chemin que le dimanche qui suivrait, les membres du corps enseignant devaient faire leur rentrée avant eux, comme cela avait toujours été le cas.
Son retard était volontaire. Il savait que ses anciens collègues n'allaient se presser pour lui montrer le respect qui lui était à présent dû. Alors au lieu d'être présent pour sept heures du matin, il était arrivé à neuf, pensant qu'ils étaient déjà alors tous présents.
Il avait simplement transplanné depuis l'extérieur des barrières du château et ses pas l'avaient machinalement guidés vers la grande porte, empruntant le pont surplombant le vide immense, mangé par le brouillard matinal. Il ne s'attarda pas sur la vue automnale, ni même sur la tristesse des couleurs autour de lui. Il se savait observé et il était temps qu'il montre et face preuve d'une détermination en acier alors qu'un poids lui faisait tomber les tripes.
Pour la première fois depuis des mois, il allait être confronté à ses collègues.
Pour la première fois depuis des mois, il allait devoir les regarder dans les yeux et voir tout le dégoût qu'il leur inspirait à présent.
Il déglutit, incapable de chasser cette pensée persistante. Même les images et les souvenirs d'Hermione ne pouvaient ôter cette sensation désagréable d'être un paria.
Il prit une inspiration et franchit les portes de l'école, empruntant le chemin du bureau du directeur. Il était seul.
Le bruit des pas résonnait contre les vieilles pierres et il s'accommoda à attendre avec patience que les escaliers daignent lui donner la bonne voie.
Lorsqu'il arriva devant le Phénix de pierre qui marquait l'entrée du bureau, il s'arrêta net.
Il n'y avait jamais réellement prêté attention, mais l'animal inanimé semblait le regarder droit dans les yeux.
Il jeta un coup d'œil discret aux alentours et lorsqu'il s'assura qu'aucune forme de vie en dehors de la sienne ne l'espionnait alors il courba l'échine. Il ne sût combien de temps sa révérence dura. Les yeux fermés, il lui sembla toutefois entendre un battement d'ailes devant lui. Lorsqu'il revint à sa pose initiale, la gargouille semblait ne pas avoir bougé, le regard transperçant toujours le sien. Il soupira et se résigna, posant une main sur le plumage en pierre.
La magie propre aux fondations de l'école l'électrisa un court instant, le connectant directement avec la terre et alors, après ce qui sembla être une acceptation, il se retira.
-" Je suis désolé." Murmura-t-il, à peine plus fort qu'un souffle.
Dumbledore lui avait expliqué la marche à suivre.
L'instant suivant, il sortit avec hésitation sa baguette et d'une main tremblante la pointa sur la tête de l'oiseau, regardant une dernière fois le symbole de Dumbledore.
-" Reducto."
Jusqu'au buste, la statue vola en éclats, se brisant en mille morceaux jusque devant ses pieds. Il ne regarda pas. Il en était incapable. Cependant le bruit déchirant de la pierre qui se brise lui fit mordre les joues presque à sang.
À nouveau, il rouvrit les paupières et constata son nouveau forfait. C'était bien la première fois qu'il brisait quelque chose volontairement dans cette école.
Un amas de granit s'amoncelait devant le passage et une nuée de poussière s'envola.
Les ailes s'étaient fracturées impeccablement, c'était le dernier vestige de cette idole.
Un léger vrombissement sembla ensuite émaner des ruines poussiéreuses. Rogue observa avec attention cette nouvelle agitation.
De la poussière s'éleva une colonne de granit noir aux apparences liquide. La pierre sembla chercher un instant sa raison d'être et se tordit en prenant diverses formes avant qu'une nouvelle statue ne soit érigée. D'abord au sol, au mépris des restes du phénix, deux pattes affublées de sabots se matérialisèrent. La pierre continua de se former, laissant apparaître deux cuisses maigres et un estomac rachitique surplombé de cotes apparentes. Deux ailes croisées pareilles à celles d'une chauve-souris géante, aux griffes acérées prirent place derrière le dos de la créature. Deux autres pattes aux sabots en l'air et une tête squelettique au bec crochu et tranchant apparurent ensuite. Une crinière et queue argentée taillées très finement donnèrent relief à ce que certains considéraient comme une pauvre bête mourante ou pire encore, un mauvais présage.
La forme n'étonna pas Severus.
Le sombral princier cabré était le très ancien emblème des aïeux de sa mère.
Par terre, les restes de l'oiseau partirent en poussière jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien et que la magie des lieux ne l'évapore définitivement.
Avec un pincement au cœur dissimulé, Rogue observa cette mort puis soupira avant de trancher sa paume gauche du bout de sa baguette avec un sortilège de lame aiguisée. Il échappa une grimace et un soupir de douleur.
Il posa sa main saignante sur le chanfrein de la créature. Les gouttes de sang coulèrent jusqu'au bec, s'infiltrant à l'intérieur jusqu'à ce qu'une quantité suffisante n'ouvre les yeux de l'animal en pierre.
Les deux regards noirs s'affrontèrent alors.
Severus se courba de nouveau, cette fois-ci devant l'emblème familial et la statue s'éveilla. Le sombral sembla souffler des nasaux puis battit des ailes avant d'approcher sa tête.
-" Eileen." Murmura alors le nouveau directeur de Poudlard.
Le sombral inclina alors la tête avant de reprendre sa forme initiale et de se figer. Un grondement de pierre fit vrombir les murs. Le passage était à présent ouvert.
Le silence était glaçant. On pouvait entendre les corbeaux dehors se disputer un ver de terre.
Tous les yeux étaient braqués sur Rogue. Des regards assassins qui tranchaient avec les postures dignes des enseignants rangés en ligne devant le bureau directorial qu'il se permettait de souiller par sa seule présence.
Il avait fait le choix de s'asseoir. Il était assis sur la chaise de l'homme qu'il avait assassiné au mois de mai.
Il remplissait des papiers comme s'il avait été seul au monde, il remettait un peu d'ordre dans les affaires de Dumbeldore, ses affaires et faisait crisser l'embout de sa plume sur les parchemins ministériels. S'il ne regardait pas le staff, il pouvait toutefois sentir une fois encore la haine et les éclairs meurtriers qu'ils lui renvoyaient.
En particulier ceux de Minerva.
Si la directrice de Gryffondor, droite et aux mains croisés tenait une attitude ferme et fière, ce fut son regard à elle qui lui retourna l'estomac.
Ils avaient été amis.
Elle l'avait pris sous son aile dès son arrivée en tant que professeur entre ces murs.
Elle l'avait chaperonné d'une façon presque maternelle en plus de l'amitié qu'elle lui avait porté et qu'il avait honoré.
Ils jouaient de cette rivalité entre maisons pour leur propre amusement.
Aujourd'hui, elle le voulait mort et cracher sa carcasse.
Poppy Pomfresh juste à côté n'avait pas l'air d'en penser moins, mais il y avait de l'incompréhension dans son regard. Elle semblait perdue. Cette femme qui avait été témoin de toute sa scolarité et des sévices corporels qu'il avait subi n'était pas en mesure de comprendre la portée du geste qui l'avait mené jusque dans cette chaise. Elle n'avait pas voulu y croire, mais ses collègues et amis lui avaient bien trop rapidement fait avorter le déni dans lequel elle s'enfermait, à coup de preuves et de faits.
S'ils portaient encore le deuil d'Albus, la situation était d'autant plus grave, car une personne manquait à l'équipe, une vieille amie.
Charity Burbage.
Celle qu'il n'avait pu sauver.
Pour prendre sa place, il y en eut une qui ne s'était pas gêné pour faire face au reste du personnel en venant se tenir de manière hautaine aux côtés de Severus, en symétrie d'un autre mangemort.
Alecto et Amycus Carrow.
Frère et sœurs jumeaux.
Tous deux étaient affublés de capes. Tous deux avec un uniforme s'arrêtant au coude, seule partie de leurs corps visibles en dehors de leurs têtes immondes. Leur avant-bras gauche présentait fièrement la marque des ténèbres face au personnel en guise de provocation, un sourire arrogant figé sur leurs traits disgracieux.
Filius n'arrêtait pas de les regarder tour à tour ainsi que les tatouages qui donnaient le ton de cette nouvelle année scolaire. Le professeur de sortilèges était tout sauf à l'aise, tremblant et détourna le regard vers ses pieds lorsque Alecto capta son regard l'espace d'une seconde tentant faussement de le sonder.
Quelques secondes plus tard, Pius Thicknesse entra dans le bureau aux moyens de la cheminette. Le nouveau ministre de la magie fraîchement "élu" n'avait de toutes évidences pas le temps de s'attarder à faire une bonne promenade de santé dans le domaine de Poudlard et le transplannage était plus que jamais un privilège accordé au directeur... Et au Seigneur des Ténèbres désormais.
Les regards glacés se braquèrent sur le politicien qui nota chacun des professeurs et membres du staff présents avec un regard narquois, ignorant le dégoût qui émanait de la plupart d'entre eux.
-" Bonjour à tous." Fit-il avec hypocrisie. Quelques grognements s'élevèrent en choeur avec la réponse mielleuse des jumeaux Carrow. " Monsieur le Directeur de Poudlard." Accentua-t-il alors à l'encontre de Severus. Le malaise monta imperceptiblement en lui à cette appellation.
Rogue se leva de sa chaise et serra la main de l'homme parce qu'il y était bien obligé.
-" Monsieur le Ministre." Répondit-il sobrement sur un ton grave. À présent, Severus pouvait de nouveau sentir les yeux scrutateurs et jaugeant de ses anciens amis. Il fit d'un coup plus froid qu'auparavant.
-" Je vois que vous n'avez pas touché à l'ancienne... Décoration..." Commença Pius en levant les yeux çà et là.
-" Rien ne change jamais ici !" Répondit Minerva avec un applomb déconcertant. Le ministre se tourna alors vers celle qui avait osé lui répondre avec une telle véhémence et leur regard s'accrocha une longue seconde. Severus retint son souffle malgré lui et tenta de calmer McGonagall à la seule force de ses pensées. Il fallait qu'elle rentre dans le rang. C'était capital. Il ne supporterait pas de perdre encore une amie.
-" Vous savez professeur McGonagall, c'est précisément la raison de ma présence ici. Poudlard est une école renommée, mais... Il se trouve qu'un peu de changement, justement, ferait du bien. Résultats scolaires en chute libre, méthodes dépassées... Laxisme... Il est temps que son blason soit redoré, ne pensez-vous pas ?"
La directrice de Gryffondor se glaça, mais ne se démonta pas.
-" Les méthodes usuelles fonctionnent à la perfection, nous donnons nos vies pour nos élèves pour qu'ils deviennent de bons sorciers."
-" Précisément et tant que vous garderez ce mode de pensée, vous pourrez alors dormir sur vos deux oreilles." Sourit Thicknesse. Il frotta sa barbichette. " Severus a accepté sans conditions toutes les exigences du ministère et elles seront applicables dès aujourd'hui de façon à ce qu'il n'y ait pas d'ambiguïtés possibles à partir du quai 9 3/4."
-" Que voulez-vous dire ? Severus qu'est-ce que tout cela signifie ?" Demanda-t-elle alors avec inquiétude. Pour la première fois, elle s'adressait à lui, mais son ton restait dur et fermé.
Rogue soupira et avant même qu'il ne puisse répondre quoi que ce soit, le ministre prit la parole.
-" Réformes... Notre très chère Dolores Ombrage avait fait un travail fantastique ici et je souhaite m'inspirer de ses méthodes. Ainsi, nous avons décidé de remettre au goût du jour une grande partie de ses décrets et d'y apporter quelques nouveautés pour simplifier le travail des professeur, sans évidemment parler de la quantité."
-" La quantité ?" Reprit Minerva.
-" Oui, c'est exact. À l'unanimité, le ministère a décidé que l'accès à l'école de sorcellerie Poudlard se ferait par étude de cas. Nous voulons le meilleur pour les étudiants de Grande-Bretagne et un tri très sélectif ne fera pas de mal. Il n'y aura plus à s'inquiéter des cas ayant une mauvaise influence extérieure, car comme vous l'avez si bien dit, pour être un bon sorcier ou sorcière, il faut des méthodes éducatives implacables et notre rayonnement, je l'espère, sera rapidement suivi par nos confrères à l'international."
Un souffle choqué franchit les lèvres de la professeur de métamorphose.
-" En d'autres termes... Pardonnez-moi si je fais fausse route, monsieur, mais, vous êtes en train de nous dire que l'école n'acceptera désormais plus nos étudiants nés-moldus ?"
Thicknesse s'avança vers McGonagall. Il se planta devant elle et lui effleura l'épaule avant de lui offrir un sourire brillant mettant en avant ses canines très pointues.
-" Vous comprenez vite, professeur."
D'un geste rageur et dégoûtée, Minerva lui ôta cette main amicale hypocrite et se mit face à Severus, les deux poings sur son bureau.
-" Vous aurez ma démission dans une heure, le temps que j'emballe mes affaires et que je fasse une lettre en bonne et due forme." Hurla-t-elle presque aux oreilles du nouveau directeur.
-" Minerva..." Commença-t-il à soupirer. Une migraine menaçait de se déclencher. Il massa alors doucement son arrête nasale et souffla. "Vous êtes encore sous contrat magique envers le directeur et l'école pendant trois ans. Même si vous avez signé ce contrat à l'époque du professeur du Dumbledore, vous restez liée, ainsi que tous les autres professeurs ici présents, au directeur de Poudlard. Vous avez prêté allégeance."
-" Pas pour ça !" S'indigna-t-elle. Son ton montait encore et sa voix devint suraiguë.
-" Poudlard a besoin de vous, Gryffondor a besoin de vous et les élèves ont besoin de vous." Severus se leva, la surplombant et osa pour la première fois affronter son regard.
Par-dessus ses lunettes, les yeux clairs détourés de rides et de cernes l'assassinaient. Il serra la mâchoire tentant de lui rendre un regard froid, vide et inexpressif tout en la défiant par sa posture.
Les yeux de Minerva s'embuèrent un court instant avant qu'elle ne se détourne de honte. Il était hors de question qu'elle se mette à pleurer devant ces monstres.
-" Bien." Rétorqua le ministre apparemment satisfait de la soumission de celle qui donnait du fil à retordre. " Pour les nominations, je laisse libre champ au directeur même si je sais d'ores et déjà où se porte son choix. En ce qui concerne le reste, mon cabinet se chargera d'envoyer les invitations ainsi que les lettres de résiliations aux familles des étudiants... Les Carrow, si vous voulez bien me suivre au ministère, j'ai encore quelques formalités à vous faire signer... Pour le reste, je vous souhaite de bonnes préparations, ainsi qu'une fructueuse nouvelle année scolaire." Il fit un signe de la main aux jumeaux qui s'empressèrent de le suivre par la cheminette non sans un dernier regard dédaigneux vers l'assemblée.
Lorsque la zone fut claire de presque tous les mangemorts présents, Severus se retrouva de nouveau seul contre tous. Le silence, cependant, ne dura pas bien longtemps.
-" Je n'ai pas dit mon dernier mot !" Averti McGonagall à l'attention directe de Rogue qui ne répondit rien. Elle tourna les talons sans un regard suivie par tous les autres membres du staff qui observèrent une dernière fois curieusement le nouveau directeur avant de vaquer à leurs occupations.
