Hello les gens,

tout d'abord un grand merci à : Chrome-chan96, Dearlock, EternityDream, Gawelle, Hella Slytherin, Innocent1984, Kalane, Kay Snape, Lynrydsky, MidnightFallen, MilieMB, Mimi Kitsune, P'tite Princess, Parax, Rikitsu, Toreko, Tristana379, Utako, Wayfaring dream, Yataah (bisous), doremines, dragopotter, fandeSnape, miniceleste32, one-piece-95, shukrat, Agalys-Erwael, Deesse de la Lune, Miss-Gaeilge-Dia, Pitis Cookies, dophalfw, fandasia, fictionland, lyla grint, narutoo18 de me suivre sur cette fic ou/et de l'avoir favoritée (je n'aime pas ce mot).

Je regrette juste que certain(e)s ne se soient pas exprimé(e)s (snif), je réponds à toutes les reviews et plus encore (n'est-ce pas Yataah?) mais bon...

Et merci aussi à Mimi Kitsune (qui me gâte d'une review à chaque chapitre), Yataah (re-bisous), Pearl (le piment, le piment...que ferait-on sans le piment?) et MidnightFallen (bienvenue à toi) pour leurs reviews sur le dernier chapitre.

L'histoire touche à sa fin : encore 5 chapitres en comptant celui-ci et le dernier est déjà écrit. Le 23 et le 24 sont en cours d'écriture et c'est un peu laborieux mais j'irai jusqu'au bout!

Ce chapitre est un peu spécial mais je tenais à l'écrire. Je vous explique pourquoi à la fin.

Bonne lecture!


Le métier de John était vraiment passionnant.

Il avait fait le choix de prendre un poste dans un cabinet médical installé dans un quartier populaire du sud de Londres. Il n'était pas question qu'il passât ses journées à soigner des familles huppées et bourgeoises, il voulait se sentir utile. Mais même là, il lui arrivait de perdre du temps à rassurer des hypocondriaques.

A d'autres moments, et c'était là qu'il avait le plus de satisfaction, il avait l'impression d'être à un avant-poste dans la lutte contre la misère sociale. Les pathologies des pauvres ne sont pas au départ plus compliquées que celles des riches (les microbes et les virus ne font pas de discrimination) mais quand on n'a pas le temps et surtout pas d'argent, un simple rhume se transforme en infection pulmonaire ou des douleurs intestinales en ulcères.

Pivotant sur son fauteuil en faux cuir dont le dossier collait à sa chemise mouillée de sueur, il appuya sur l'interphone.

« Dorothy ? Vous pouvez m'envoyer le patient suivant, s'il vous plaît ? »

Bien qu'il eût accepté de prendre en sus des siennes les consultations d'un collègue parti en vacances, la journée avait été assez calme. Ça n'était pas plus mal d'être pris du matin au soir au cabinet car depuis leur retour de Bristol, Sherlock tournait en rond. Plutôt travailler que d'être le spectateur impuissant de la frustration du détective. Celui-ci avait exploré toutes les pistes et toutes étaient des impasses. Mais Sherlock Holmes n'abandonnait jamais et ce n'était pas une espèce de gourou du crime qui le ferait échouer. Il avait lu tout ce qu'il était possible de lire sur les sectes, l'embrigadement et la manipulation psychologique. Il comprenait quels leviers avait utilisés l'individu qu'il recherchait, pour convertir Grant et Koch mais il n'arrivait pas à savoir si ce dernier adhérait au discours qu'il avait servi aux deux criminels ou s'il n'était qu'un cynique manipulateur. De toute façon, cerner les motivations profondes de M ne l'aidait pas à le trouver. Cette personnalité fantomatique l'intéressait assez peu au final, ce qu'il voulait c'était l'attraper. Et comme il était à court d'idées, il était…difficile à vivre.

John savait, pour l'avoir déjà vécu de nombreuses fois, que Sherlock ne trouverait le repos que lorsque cette affaire serait réglée. En attendant, quand il rentrait le soir à Baker Street, le climat entre eux n'était pas toujours très apaisé et il bougonnait souvent devant l'état de l'appartement. Sherlock avait un sens de l'ordre et de la propreté particulier et les frictions entre eux à ce sujet étaient fréquentes. Mais, et c'était un avantage non négligeable, le sexe aidait à résoudre bien des conflits. Même si Sherlock ne mangeait pas beaucoup et dormait assez peu, il n'était jamais contre une partie de jambes en l'air. John vivait une deuxième jeunesse et Sherlock le rendait heureux. Et ce n'était pas quelques tasses de thé à peine bues et abandonnées dans des endroits incongrus ou la pléthore de documents qui jonchaient le sol et que les petits pieds nus de Rosie froissaient régulièrement, qui lui enlèveraient son sourire.

La saison préférée de John était le printemps mais il se découvrait un goût certain pour l'été et celui-ci était particulièrement chaud. Déshabiller Sherlock sous les derniers rayons du soleil et lécher sur sa peau les traces amères de sa transpiration, se rafraîchir avec lui sous le jet glacé de la douche et lui faire l'amour au petit matin donnaient à cette période un petit air de vacances. Malgré l'irascibilité du détective à certains moments, quand son esprit tourbillonnait sans but, ils n'avaient jamais autant ri.

Donc John était content. Il était amoureux d'un mec parfaitement imbuvable, qui ne se gênait pas pour l'envoyer régulièrement sur les roses mais qui, dès qu'une main se posait sur lui, ne rechignait pas à ôter son pantalon.

Un jeune homme entra.

« B'jour docteur.

- Colin Morris ? Asseyez-vous… »

John jeta un œil à la fiche devant lui : à peine 17 ans.

Assez beau, brun, yeux bleus et très grand, au moins un mètre quatre-vingt-dix. Ils étaient de plus en plus grands, bien plus grands que les ados du temps de John. Il pensa que s'il avait eu cette taille, il aurait emballé beaucoup plus facilement. Cette taille démesurée lui fit penser à une autre personne qui n'était pas très diserte sur son adolescence et dont John aurait seulement voulu voir quelques photos. Il était sûr qu'il devait déjà être beau à l'âge de la puberté. Même bébé, il devait faire se pâmer son entourage.

« Que puis-je pour vous ? » reprit John avec un sourire bienveillant. Il avait pris l'habitude, par respect pour ses jeunes patients, de leur parler comme à des adultes dès qu'ils atteignaient 12 ans.

Le garçon le regarda en biais, cligna plusieurs fois et commença à arracher méticuleusement les petites peaux autour de ses ongles. Il bégaya.

« Je… J'ai…enfin… »

Son nez ne coulait pas, son teint n'était pas marqué, les cernes sous ses yeux indiquaient peut-être une certaine fatigue.

Sans doute une MST, pensa John.

« Je suis tenu au secret professionnel… » voulut-il le rassurer.

Le garçon releva la tête et écarquilla les yeux.

« Je n'arrive pas à dormir » dit-il précipitamment puis il soupira et s'affala sur son siège.

« Vous faîtes des insomnies ? »

Il hocha la tête et attendit.

Bien, la consultation allait durer.

« C'est les vacances pourtant. Il n'y a pas de raison d'être angoissé par le lycée en ce moment. Peut-être est-ce simplement à cause de la chaleur ou parce que vous sortez trop, votre rythme doit être totalement décalé… » tenta John.

« Nan, nan, c'est pas ça… » répondit le garçon en remuant la tête.

John s'avança et posa les coudes sur son bureau, dans une attitude manifeste d'attention.

« Je vous écoute…

- Je suis gay » Son regard était frondeur.

Bon sang de bordel de merde !

John attrapa un stylo qui traînait devant lui et joua machinalement avec. Il lui sourit.

« Bien. Et en quoi le fait d'être gay vous empêcherait-il de dormir ?

- C'est pas moi, c'est mon père : il ne me parle plus depuis que… »

John se frappa mentalement le front avec le plat de la main.

« D'accord. Vous ne dormez plus à cause du stress causé par…

- La connerie de mon père… quand il me parle, c'est juste pour m'envoyer de insultes et me traiter de sale petit pédé et dire que je suis plus son fils… alors moi, j'en peux plus et j'arrive pas à dormir et… »

Il se redressa sur son siège et inspira un grand coup. Ses yeux brillaient, il était fier et il ne voulait pas pleurer.

S'il s'était agi d'une fille, John aurait osé un geste de compassion pour la consoler mais c'était un garçon et le toucher pouvait être mal interprété et assez mal venu. Conneries de codes sociaux, pensa-t-il.

« Je peux rencontrer votre père si vous voulez et essayer de lui parler…

- Nan, nan, ça sert à rien, c'est un con, c'est un con.

- Mais je peux essayer quand même… Et votre mère, qu'est-ce qu'elle en dit ?

- Elle s'est tirée quand j'avais quatre ans… »

Ce gamin avait à peine 17 ans et personne pour l'aimer de manière gratuite et bienveillante. John pensa à Rosie. Les enfants ne naissaient pas tous sous la même étoile. Elle n'avait plus de mère mais John s'était fait la promesse de ne pas reproduire les erreurs de ses propres parents, surtout celles commises à l'encontre d'Harriet. Et Sherlock… Eh bien Sherlock était là pour Rosie et le serait toujours, quoiqu'il arrivât. Il aimait rarement mais lorsque c'était le cas, il le faisait de de manière inconditionnelle. Quand il se donnait, il se donnait entièrement. John ne s'étonna pas de songer à son ami comme à un deuxième parent pour sa fille, c'était juste un fait dont on ne pouvait douter.

« Y a-t-il des gens de confiance dans votre entourage avec lesquels vous pourriez parler ? » reprit John.

Le jeune homme soupira.

« Ben non, j'ai pas de famille à part mon connard de père mais je m'en fous parce que dans un an, je me tire. Tout ce que je veux, c'est dormir…

- Vous n'avez pas d'amis de votre âge ?

- Quelques-uns mais vous savez, au lycée, c'est pas toujours simple… la plupart, ils aiment pas trop les pédés… »

Il rit pour ne pas pleurer. John vit les poings serrés sur les cuisses. Il se dit que lui aussi aurait bien cassé quelques petites gueules. Pour avoir croisé et soigné quelques ados du quartier, John savait que la majorité d'entre eux semblait participer constamment à un concours de virilité exacerbée.

« De toute façon, je m'en fous… je me fous tout… je veux juste dormir » répéta le garçon.

Lui proposer d'aller voir un psy n'était pas une réponse adaptée : ce garçon n'avait aucun problème, ce sont les autres, tous les autres qui ont des problèmes, pensa John. Et au vu de sa solitude et de son degré de désespoir que John n'arrivait pas à évaluer, lui prescrire des barbituriques n'était pas non plus une solution très prudente.

John agita la tête et posa ses mains sur le bureau, en signe de dépit.

« Vous êtes trop jeune pour que je puisse vous prescrire des somnifères. Ce sont des molécules dont l'usage est trop dangereux pour laisser un mineur seul en gérer les prises… je suis désolé… »

Le jeune homme lui lança un regard de dédain. John comprit qu'il le méprisait.

« Vous êtes comme les autres… vous ne voulez pas m'aider…

- Ça n'est pas ça mais en tant que médecin, je ne peux pas prendre la responsabilité qu'il vous arrive quelque chose…

- Ah ouais ? Ben si je continue à pas dormir, je pourrais tout aussi bien aller me jeter du haut d'un pont ou direct dans la Tamise… mais là, vous ne serez pas responsable, hein ? »

Il avait raison et John était coincé parce qu'il n'était pas question qu'il se lavât les mains de ce problème en s'abritant derrière son code de déontologie. Il sortit son calepin à ordonnances et prit son stylo.

« Bon alors, on va passer un contrat tous les deux. Je vous prescris des somnifères mais vous allez me promettre de revenir me voir dans deux jours… »

Le garçon hocha la tête.

« Et… reprit John, je vais vous passer les coordonnées d'une association de soutien et d'écoute pour les jeunes homosexuels que vous devez, j'insiste, vous devez contacter. Vous ne pouvez pas rester seul pour gérer tout ça… »

Il ouvrit un tiroir de son bureau dont il sortit une petite carte de visite, qu'il tendit au jeune homme. Celui-ci y jeta à peine un regard et la fourra dans la poche arrière de son jean.

John griffonna rapidement son ordonnance et ajouta : « J'ai votre numéro de portable donc… si je ne vous revois pas dans deux jours, j'irai vous chercher par la peau des fesses, compris ? »

Il lui sourit, si ce garçon pouvait croire qu'il y avait au moins une personne sur qui il pût compter, ce serait bien.

« Ouais, ouais, d'accord docteur… merci »

Quand John fut seul, il prit sa tête à deux mains et soupira bruyamment. Si demain le gamin était retrouvé mort dans son lit, il serait dans une sacrée merde.

oooOOOooo

Il rentra épuisé, transpirant et en colère. Progressivement, dans le cours de la journée, son énervement s'était accru. L'inéluctabilité de la situation du jeune homme qu'il n'avait aidé que très médiocrement lui paraissait tellement injuste qu'il aurait presque accueilli avec soulagement n'importe quelle remarque homophobe lui permettant d'exprimer violemment tout son ressentiment. Mais il n'avait pas eu cette chance. Dans le métro bondé et surchauffé, il s'était vengé sur une jeune yuppie en costume trois pièces, accroché à son smartphone et l'avait délogé un peu brusquement de son strapontin pour faire asseoir à sa place une femme dont la grossesse de sept mois ne pouvait passer inaperçue.

Dès qu'il passa la porte, Sherlock comprit qu'il était à prendre avec des pincettes.

L'appartement était plongé dans l'obscurité, les rideaux étant tirés pour le protéger au maximum de la chaleur suffocante. Au milieu du salon, Rosie que Sherlock était allé chercher à la crèche, batifolait toute nue dans une bassine remplie d'eau, éclaboussant partout autour d'elle.

« Qu'est-ce que ma fille fait dans une bassine ? » tonna John.

Pieds nus et manches retroussées, Sherlock lisait, perché sur le dossier de son fauteuil.

« C'est madame Hudson qui m'a donné cette idée. Elle a dit que sa sœur avait fait la même chose avec ses enfants pendant l'été 76.

- Super ! Et qui va éponger ce bordel ensuite ? »

Pas de réponse parce qu'évidemment aucune n'aurait convenu.

« Est-ce qu'elle a mangé au moins ? »

L'état de la cuisine lui indiqua que oui, les preuves patentes qui encombraient la table n'ayant pas été effacées.

Il fronça les sourcils et serra les dents. Sa chemise collait et il puait la transpiration.

« Je vais prendre une douche » dit-il sur un ton menaçant qui fit sourire Sherlock.

Et dire que c'est moi dont on fait toujours remarquer le mauvais caractère ! pensa Sherlock.

Le spectacle de son ami qui montait en pression et dont il ne pouvait prévoir à l'avance le moment de l'explosion l'amusait souvent parce qu'il ne le craignait pas. Il était même fasciné par la quantité de force et d'énergie dont ce corps était capable. John ne lui avait jamais fait mal, à part les morsures répétées à l'épaule, mais cette blessure que l'autre lui infligeait, lui plaisait et, quand cette force, toujours mesurée, se déversait sur lui, ça l'excitait. Il aurait bien voulu le connaître sous les drapeaux, ce qui en soi était impossible puisqu'il était hors de question que Sherlock obéît à qui que ce fût mais il était certain que le voir aboyer des ordres avait dû en faire bander plus d'un. En tout cas, lui, c'était l'effet que cela lui aurait fait.

John revint de la salle de bain, les cheveux encore humides et en bataille, les yeux brillants. Il avait enfilé un tee-shirt blanc un peu trop petit, un peu trop moulant, jugea Sherlock, et un short kaki. Ne serais-je donc plus le seul à pouvoir lire dans les pensées ?

Rosie était toujours dans la bassine et le niveau de l'eau avait baissé. John apporta une serviette et essuya sa fille.

Du haut de son perchoir, Sherlock indiqua du doigt le vêtement dont il n'arrivait pas à détacher le regard.

« C'est quoi ça ? »

Les yeux de John suivirent la direction de l'index inquisiteur.

« Ça s'appelle un short et je l'ai gardé quand j'ai été démobilisé. Est-ce que c'est interdit aussi comme les chemisettes ? Parce que si c'est le cas, avec la chaleur qu'il fait, il n'est pas question que je remette un pantalon… »

Sherlock déglutit et referma son livre d'un coup sec.

Si par hasard John avait aussi gardé ses dog tags, le détective ne pouvait pas promettre ne pas être victime d'un évanouissement dans un futur assez proche et sans doute aurait-il fallu pratiquer un bouche-à-bouche soutenu pour le réanimer.

« Si tu ne sors pas dans la rue avec, ça ira… et je m'étonne que tu puisses encore le mettre. »

Il ne descendit pas de son perchoir, la vue plongeante sur le galbe des cuisses blondes étant très appréciable.

« Je n'ai pas tant grossi… »

John s'accroupit pour frictionner sa fille. Le tissu se tendit sur la courbure des fesses.

« Apparemment… » dit Sherlock d'une voix basse et fatiguée. Tu m'épuises à être aussi désirable…

John habilla Rosie d'un petit débardeur et d'une culotte. L'enfant avait acquis la propreté récemment de manière facile et surprenante. En se levant un matin, elle avait refusé la couche et réclamé d'aller aux toilettes. Toute la détermination de sa mère, avait pensé John. Il posa un baiser empli de fierté dans ses cheveux.

« Et arrête de me reluquer comme ça, je ne suis pas d'humeur… »

Le capitaine John Watson était sensiblement plus énervé que ce qu'avait estimé son ami. Il fallait donc jouer finement : l'apaiser suffisamment pour le rendre réceptif et conserver un certain degré d'exaspération pour le garder combatif. Retirer ce tee-shirt vraiment trop petit et introduire une main baladeuse dans ce short vraiment trop militaire furent échus à un moment ultérieur.

John prit sa fille dans ses bras et toisa Sherlock en levant le menton. Il était clair que pour l'instant, il n'avait pas envie de jouer.

« Tu vas la coucher maintenant ? demanda Sherlock en se laissant glisser dans son fauteuil. Attends un peu, il fait encore trop chaud là-haut…Laisse-la s'endormir dans le canapé, on la portera dans son lit après. »

John réfléchit à la pertinence de cette remarque puis installa confortablement sa fille entre les coussins du canapé. Il lui donna son doudou, la petite fredonna un instant puis s'assoupit.

Il s'assit en face de son ami et pianota sur les accoudoirs.

« Tu es fâché contre…, commença Sherlock.

- La Terre entière.

- Ça fait beaucoup de monde…

- Et ça n'est pas encore assez » Il sourit de son emphase inhabituelle.

« Raconte-moi. » Sherlock croisa les jambes et pencha un peu la tête sur le côté.

John se racla la gorge.

« J'ai potentiellement permis à un gamin de 17 ans d'avaler un tube entier de barbituriques…

- Dépression ? »

John remua la tête en signe de dénégation.

« Incompatibilité entre un père homophobe et son fils gay… » Sa voix où pointait une note de défaitisme pinça le cœur de Sherlock.

« Ah ! fit simplement Sherlock.

- Ouais, ah ! »

John avait donc un problème de conscience et quand John avait un problème de conscience, l'esprit du détective devenait une annexe de celui de son ami.

« Te sentirais-tu autant concerné si tu ne couchais pas avec moi ?

- Je ne sais pas, je n'ai jamais été confronté à ça avant et ça m'emmerde… »

John regarda ses mains pour se donner une contenance puis leva les yeux vers Sherlock qui se pencha vers lui.

« Ce qui te met en colère, ce n'est pas ce que tu as fait toi mais la situation dans son ensemble…

- Et je sais ce que tu vas ajouter : que je ne peux pas à moi tout seul prendre en charge toute la misère du monde et qu'il ne sert à rien de ruminer. »

Sur une impulsion, il se leva de son fauteuil et expira un grand coup.

« Je vais faire une des choses pour lesquelles je suis sûr d'être le plus efficace : ranger la cuisine…»

Il paraissait si las que Sherlock en fut attristé.

Le monde est injuste, John. Il l'a toujours été et le sera toujours. Mais nous faisons notre part : toi en soignant les gens et moi en arrêtant les criminels. Ce qui était partiellement faux puisque le premier moteur de Sherlock n'avait jamais été le sens de la justice mais le défi.

Epaules rentrées et regard absent, John empila la vaisselle sale dans l'évier et se mit au travail.

« Je n'ai jamais pensé que le fait d'être gay me donnait des devoirs supplémentaires » reprit Sherlock qui n'avait pas bougé.

John s'était suffisamment blâmé de ne pas être un bon mari, il n'était pas question qu'il s'imposât de nouvelles obligations en s'engageant avec Sherlock. Il avait le travers de vouloir se conformer à des idéaux fabriqués de toute pièce et Sherlock voulait l'en débarrasser. Le modèle de l'époux parfait l'avait écrasé, entraînant avec lui mensonges, doutes et frustrations, Sherlock n'acceptait pas qu'il en fût de même avec l'image du gay militant et solidaire. Cette idée révulsa le détective. Si le prix à payer pour que John se sentît libre, était que Sherlock prit à sa charge tous les défauts que l'autre pouvait leur prêter, comme l'égoïsme ou l'absence d'empathie, il le ferait volontiers. Cette charge aurait le poids d'une plume, il avait la force de n'adhérer à rien qu'il n'eût librement choisi.

John soupira lourdement.

« De ta part, ce n'est pas surprenant…

- Mais est-ce décevant ? »

John suspendit ses gestes, éponge à la main. Il comprit le cadeau que l'autre lui faisait : donne-moi tout, même le pire, je m'en fiche d'être le plus détestable de nous deux…

« Certainement pas… » Et il eut envie de l'embrasser.

Le son qu'émit le violon, lent et doux, vint remplacer la caresse que l'autre espérait aussi et soulagea les soubresauts de son âme.

Sherlock joua longtemps et John abandonna la vaisselle pour venir le rejoindre. Plus tard, lorsque la nuit eut envahi l'appartement de sa fraîcheur, ils portèrent Rosie dans son lit.

A une heure avancée de la nuit, dans le sanctuaire de leur chambre, où Sherlock n'admettait rien d'autre que lui et l'homme qu'il aimait, il le berça longuement, entre ses bras et ses cuisses.

Le short vert, objet de distraction, fut retiré avec des mains tremblantes et la délicatesse dont fit preuve Sherlock était à l'image de son désir : infinie.

En réponse à cette douceur, John le prépara si parfaitement, de ses doigts et de sa bouche, que Sherlock, étourdi par son propre amour, faillit jouir deux fois. Et lorsque l'autre le prit, il pensa que c'était lui qui protégeait John et lui permettait d'être pleinement lui-même. Le monde extérieur n'étant au choix qu'idéaux inatteignables ou codes sociaux contraignants, avec leur lot de mensonges et de souffrances, Sherlock eut l'orgueil de croire qu'ayant compris la vanité du manège des hommes, il était le seul capable de rendre John heureux.

Je te protégerai de tout, même de ce que tu ne considères pas comme un danger, songea-t-il en jouissant avec lui.

Et pour ne pas déroger aux règles de leur rituel, John le mordit à l'épaule mais ce fut plus un baiser qu'une réelle morsure.

oooOOOooo

A l'aube, John se réveilla et se retrouva seul. Il partit en quête de celui dont il voulait rapatrier les fesses au lit et entre les bras duquel il voulait se rendormir. Et surtout celui dont il s'inquiétait qu'il ne dormît pas assez.

Il le dénicha, enroulé dans un drap et assis dans la cuisine où pointaient les premiers rayons d'un soleil qui promettait d'être brûlant. Il travaillait, consultant des documents que John ne chercha pas à identifier.

« Tu ne dormais plus » dit-il en baillant.

« Si je me suis levé, c'est que je ne dormais plus. A moins que je ne sois somnambule… suis-je somnambule, John ? » sourit Sherlock en ne levant pas le nez.

John s'assit. Il semblait bien que finalement ce fût l'heure de se lever mais pas trop vite s'il vous plaît alors autant s'économiser un peu.

« Tu ne dors pas assez…

- Allons John… » Il leva le nez cette fois-ci.

« Tu as remis ce tee-shirt ridiculement petit ?

- Qu'est-ce qu'il a mon tee-shirt ? » Il tira sur le vêtement en baissant les yeux.

« Sais-tu qu'habillé comme ça, tu aurais un succès fou dans certaines rues de Soho ? Je ne donne pas cher de tes fesses… Ce que tu me refuses encore, d'autres sauraient te le prendre avec force conviction ! » dit-il en accentuant un sourire pervers.

« T'as décidé de me faire chier dès potron minet aujourd'hui ? » il fit glisser ses coudes sur la table et soutint sa tête dans ses paumes. Il était fatigué mais pas prêt à retourner se coucher.

« Potron…Minet… tu es tellement…mignon… » agaça Sherlock qui, lui, était dans une forme olympienne, après seulement quatre heures de sommeil.

John plaqua ses mains sur la table et redressa le torse.

« Bon, le climat étant hostile, je vais retourner me coucher tout seul… » Puis il ajouta avec un taux de sucre exagérément élevé dans la voix : « moi qui voulais faire un câlin à mon chéri »

Sherlock bascula sur les deux pieds arrière de sa chaise et le regarda avec une malice non dissimulée.

« Viens m'embrasser, petit pédé de mon cœur… »

John s'approcha et appuya légèrement sur le dossier de la chaise de Sherlock qui perdit son équilibre et se retint de justesse aux épaules carrées au-dessus de lui.

John attrapa son menton entre le pouce et l'index et gronda avec un sourire méchant :

« Petit pédé, hein ?

- Ouais… petit pédé… »

D'une poigne ferme, John bascula un peu plus la chaise vers l'arrière et Sherlock planta ses ongles dans le coton du tee-shirt blanc.

John lui subtilisa férocement la lèvre inférieure et la suçota avec application. Sherlock geignit et la chaise fut peu à peu rétablie sur ses quatre pieds.

« Tu geins maintenant ?

- Je ne geins pas…

- Si si, je t'assure, tu ne gémis pas, tu geins… »

Le détective se leva vivement, faisant glisser le drap qui dévoila une nudité sans gêne et déjà conquérante. Il empoigna le cul de John à deux mains et le força à s'asseoir sur la table, froissant la liasse de feuilles qui s'y trouvaient. John agrippa la tignasse brune décoiffée qu'il inclina sur le côté mais il n'eut pas le temps de reprendre le contrôle car Sherlock le prit de vitesse et opéra, de sa langue, une blitzkrieg non négociable dans sa bouche.

Le baiser dura tant que Sherlock ne fût pas assuré que cette révision matinale de la cartographie de la bouche de John le laisserait assouvi pendant quelques heures. Mais rien n'était pas moins sûr, l'assouvissement de l'un ou de l'autre ayant une durée très variable et non prévisible.

Leurs lèvres rechignèrent à se quitter et Sherlock s'éloigna un peu mais John le garda dans son giron, cuisses serrées autour de ses hanches et mains plaquées dans le dos.

« Pourquoi est-ce que j'aime t'embrasser comme ça ? » demanda Sherlock presque pour lui-même, en suivant d'un doigt distrait l'arc de la lèvre supérieure en face de lui.

« Peut-être parce que j'ai bon goût…

- Sans doute… la preuve en est que tu m'as choisi moi. »

John rit et lui claqua une bise en le libérant de son emprise.

« Je vais préparer le petit déjeuner… je n'ose compter depuis combien de temps tu n'as pas mis un truc solide dans ta bouche…

- Heu… cette nuit ? »

John eut un sourire entendu.

Mon dieu, cette nuit ! Semblable à toutes les autres et pourtant plus douce. Il sembla à John que chacune de leurs étreintes avait une couleur différente tant le panel de ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre était vaste. Son vacillement moral de la veille avait rendu Sherlock plus tendre et paradoxalement, ce qui aurait pu passer pour une faiblesse : être l'objet de l'attention protectrice de Sherlock, avait maintenu John à la place que personne ne pouvait occuper : l'axe autour duquel l'autre tournait.

« Certes. Mais on ne peut pas dire que cela soit très nourrissant… »

Il descendit de la table et agita la main devant lui. De l'air…

« Je n'ai pas faim, bougonna Sherlock.

- Eh bien tu vas manger quand même parce que je l'ai décidé. Et vas mettre un truc décent… tu vas finir par affoler tout la quartier en te baladant à poil devant les fenêtres. »

Pendant que Sherlock, ronchon, ramassait le drap à ses pieds et se fabriquait une toge de fortune, John farfouilla dans le frigo, réfléchit un instant en tenant la porte ouverte puis s'activa au-dessus de la gazinière.

Intéressé, Sherlock s'installa de l'autre côté de la table et le regarda s'étirer en baillant bruyamment, se gratter le dos et remuer des casseroles. Le spectacle de ce corps qui s'agitait pour réaliser une tâche précise, ranger l'appartement, s'occuper de Rosie, préparer un repas, l'émouvait souvent. John n'était pas gracieux et il avait une façon toute masculine de s'appliquer. Il lui arrivait de tirer un bout de langue sous l'effort de la concentration et Sherlock ne manquait pas alors de se moquer de lui.

Quand John posa sur la table deux assiettes d'œufs brouillés, quelques toasts et deux tasses de thé, Sherlock se moqua.

« Merci maman.

- De rien mon lapin, sourit John. Mange ton assiette maintenant. »

John remua le sachet de thé dans sa tasse, le pressa contre le rebord et le jeta dans l'évier derrière lui. Commençant à manger, il regarda son ami découper des petits morceaux d'omelette avec sa fourchette et les porter délicatement à sa bouche. Il était foutrement bien élevé, il maîtrisait tous les codes du savoir-vivre, sauf ceux concernant les relations inter personnelles bien entendu. Il avait dû les apprendre, connaissant ses parents, mais les jugeant inutiles, il les avait totalement effacés. Cet homme, qui ne serait jamais sorti sans un pli impeccablement repassé sur son pantalon et qui mangeait rarement avec les doigts, semblait tomber des nues quand John lui rappelait que dire bonjour, au revoir, merci et je suis désolé, était la base de la politesse.

Sherlock tendit sa tasse et John comprit qu'il demandait à ce qu'il enlevât le sachet de thé de sa tasse à sa place.

« Tu es un sacré dandy et je ne suis pas ta bonne. » Il obtempéra cependant.

« Pourquoi est-ce que tu fais ça alors ?

- Faire quoi ?

- T'occuper de moi. »

De la rue leur parvenaient les premiers bruits de la ville qui s'éveillait. John avala une gorgée de thé et le fixa par-dessus sa tasse.

« C'est une seconde nature chez moi. Je suis médecin.

- Je ne t'ai jamais vu être comme ça avec quiconque, même avec Mary, à part quand elle était enceinte bien sûr. Et avec Rosie.

- Les deux personnes que j'ai aimées le plus. »

Touché, pensa Sherlock.

John se recula sur sa chaise et lui offrit son plus beau sourire.

« Et peut-être aussi parce que sous tes airs de ne pas y toucher, tu as besoin que je m'occupe de toi.

- Je suis parfaitement autonome. »

Il croqua dans un toast, grillé à souhait et sirota son thé, excellemment infusé. John lui laissa le temps de savourer intérieurement ce contentement qu'il avait de lui-même puis ajouta :

« Depuis que tu m'as rencontré, c'est l'évidence même… »

C'était une mauvaise habitude prise il y avait fort longtemps et trop rapidement pour qu'il eût pu y réfléchir.

Sherlock Holmes n'avait pas attendu l'âge de trente-trois ans pour savoir ce qui était bon pour lui et s'occuper de lui-même.

Quand il avait faim, il savait se nourrir.

Quand il était fatigué, il savait aller dormir.

Quand il avait froid, il savait se couvrir.

Mais quand l'autre était entré dans sa vie, comme un miracle qu'il n'avait pas demandé, il avait un peu paniqué à l'idée qu'il pût disparaître aussi vite qu'il était apparu. Et ce malgré le fort sentiment de puissance qui l'envahissait lorsqu'il voyait l'autre aussi fasciné.

L'urgence absolue étant de conserver John dans une proximité telle qu'elle pût faire taire son angoisse, il avait agi en enfant gâté.

Avaient alors commencé les :

« John, un stylo » avec une main tendue.

« John, un thé » sans un regard de remerciement.

« John, j'ai froid » avec un sourire contrit.

En faisant de John son larbin, il en avait fait son maître.

Les seuls moments où John l'avait abandonné, après son mariage et le décès de Mary, il avait eu l'impression d'être aspiré de l'intérieur et qu'un vide insondable remplaçait son âme. Et comme un chien encombrant et laissé sur le bord de la route au début des vacances, il avait couru partout pour chercher sa pitance et dénicher ce satané produit qui le faisait se sentir entier, mais de manière si éphémère qu'il ne pouvait rivaliser en intensité avec la présence de l'autre.

Si l'on pouvait croire qu'il agissait comme un enfant tyrannise sa mère, on oubliait de voir que John avait très tôt considéré comme un privilège d'être le seul et l'unique à qui Sherlock acceptait de montrer qu'il avait faim, froid ou sommeil. Et ce privilège s'était transformé en un pouvoir que John n'aurait cédé à personne. Un pouvoir dont il avait usé avec une naïveté apparente et une intelligence narquoise.

De toute façon, il n'aurait pas pu faire autrement. L'aurait-il voulu qu'il n'aurait pas réussi. La dépression douce qui l'avait gagné après son installation avec Mary avait été la preuve, dérangeante mais néanmoins incontestable, qu'il n'était que la moitié de lui-même quand il vivait loin de Sherlock. Et si sa rage après la mort de Mary avait été un puissant levier pour maintenir l'éloignement, il s'avouait désormais que c'était une piètre victoire. Car le haïr avait été encore une façon de penser à lui.

Ils se regardèrent et songèrent la même chose : plutôt crever que vivre sans toi.

Sherlock eut un sourire gêné mais qui l'était trop pour qu'il fût sincère.

« C'est très embêtant, cette dépendance…

- T'inquiète, je ne le dirai à personne. »

John saisit à deux mains la main de Sherlock. Il joua un instant avec les doigts longs et fins. Il tira sur le bras, forçant Sherlock à se lever un peu de sa chaise. Il embrassa la paume et fit glisser ses lèvres jusqu'au poignet.

Il aimait bien ses attaches : épaules, coudes, poignets, hanches, genoux et chevilles. Toutes ces jointures, souples et mobiles qui rendaient son corps si virilement gracieux.

Il le lâcha et Sherlock se rassit.

De sa fourchette, John montra les documents étalés devant eux.

« Est-ce que tu as un plan ?

- Une dernière carte plutôt… »

Depuis quelques jours, il y réfléchissait et cette idée tournait en boucle dans sa tête. Il était plus que temps d'agir et de pouvoir enfin passer à autre chose.

« Qui est ?

- Aller le débusquer dans son antre. »

John se leva et débarrassa la table.

« A quoi cela nous servirait-il et comment procéder ? »

Ce nous, inconsciemment employé, était ce qu'attendait Sherlock. Il serait inutile de négocier. Il en voulut tout de même la confirmation.

« J'attendrai que le club soit vide. Je suis certain d'y trouver les preuves qui me manquent.

- Je ? Tu comptes y aller seul ? Et Lestrade ne voudra pas t'accompagner…

- Parce que cette intrusion est parfaitement illégale. »

John essuya ses mains dans le torchon de vaisselle et se retourna. Sherlock, décontracté, finissait son thé.

« Arrête ça Sherlock…

- Quoi ?

- De me manipuler. Je suis rompu à tes manigances. »

Sherlock prit un air innocent, absolument pas crédible.

« Tu viendras alors ?

- Bien sûr que je viens avec toi. Il faut quelqu'un pour veiller sur tes fesses.

- Et pour Rosie ?

- On se débrouillera. »


Voilà, voilà...

Pourquoi ai-je écrit ce chapitre ?

Parce que je me suis dit qu'à force d'écrire et/ou de lire du yaoi, on ne pouvait pas continuer d'ignorer combien il est encore difficile (malgré certaines avancées) dans notre monde actuel d'être gay (ou lesbienne, ou bi, ou trans) et que le regard de la société sur ces personnes est encore largement homophobe. Et je voulais confronter nos deux héros à ce problème. Mais il n'était pas question non plus de faire de Sherlock un combattant de la cause gay, ce qui d'après moi, ne lui correspond pas du tout. Il est bien trop misanthrope pour cela (vais-je me faire des ennemis?).

J'attends vos réactions, positives ou négatives. Le débat est toujours constructif.

A vendredi prochain!