Chapitre 21 – Pour que la prophétie s'accomplisse

La jeune femme regarda désespérée, la poussière de verre qui maculait ses chaussures. Avant même d'avoir le temps d'invoquer à nouveau son père, une voix claire et sifflant s'éleva. Elle donnait l'impression d'être l'écho de ses pensées, s'insinuant dans sa tête, occupant chaque parcelle de son esprit.

- Vous avez été vaillants, je ne peux que le reconnaître mais assez de sang de sorcier a été versé ce soir. Vos pertes sont lourdes, cessez de résister. Livrez-moi Potter... Livrez-moi Harry Potter... J'ordonne à mes forces de se retirer sur le champ... Vous avez une heure...

L'enseignante déglutit avec difficulté, elle avait encore l'impression de sentir sur elle le souffle sépulcrale de Voldemort lorsqu'il reprit :

- Quant à toi, Harry Potter, toi qui laisse tes amis se sacrifier à ta place... Retrouve-moi dans la Forêt Interdite au lieu de te cacher derrière d'autres personnes. Alors, je saurais me montrer magnanime. Sinon, si tu ne viens pas à moi, je te trouverai et je tuerai jusqu'au dernier homme, jusqu'à la dernière femme, jusqu'au dernier enfant qui aura essayé de te soustraire à mes yeux. Tu as une heure...

oOo

Le silence suivit les bruits de terreur qui avaient envahi le château quelques heures plus tôt. L'ambiance était différente, presque lunaire dans les couloirs. La poussière était retombée pour laisser place à un spectacle de désolation. Partout le sang avait recouvert le sol, les murs et les tapisseries qui ornaient autre fois Poudlard. Les tableaux étaient tous vides, les armures parties de leurs socles, les vivants disparus. Amalia suivit le grand escalier à la recherche de ses alliés, avança dans une immobilité sinistre lui donnant l'impression d'évoluer dans un monde sourd. Après de longues minutes, elle les découvrit enfin dans la Grande Salle.

Les tables et les chaises avaient été repoussées contre les murs pour former une allée centrale à l'usage improbable dans une école. Des dizaines de formes étaient allongées, dissimulées par des draps aux couleurs des quatre maisons. Dessous reposaient les dépouilles des combattants de la Lumière. La jeune femme demeura prostrée à l'entrée du réfectoire, regardant à ses pieds les émeraudes que le sablier de Serpentard brisé avait répandu partout. Les pierres provoquaient un tintement étrange à chaque fois qu'une personne passait non loin et les poussait. Quand elle eut enfin le courage de lever les yeux, Olivier Dubois revenait du parc avec quelqu'un sur ses épaules. Il s'agissait de Colin Crivey qui paraissait frêle ainsi ballotté par son ancien capitaine de Quidditch. Alors, lentement, Amalia progressa devant cette sinistre exposition, appréhendant le moment où elle croiserait un visage connu. Malheureusement, tous l'étaient.

Des enfants aux adultes, les Mangemorts n'avaient épargnés personne. Des habitants de Pré-au-Lard s'étaient joints aux défenses du château et n'échappaient pas à ce triste bilan. Pourtant, le cœur d'Amalia s'arrêta face à un couple allongé, les mains unies.

Tonks et Lupin semblaient paisibles dans la mort, les yeux clos d'un sommeil sans fin. L'autre main de l'Auror était posée sur son ventre comme un rappel à son enfant qu'elle ne verrait pas grandir. Et quelque chose fit suffoquer leur amie. Amalia eut l'impression que l'air lui manquait, que le sol de la Grande Salle se dérobait sous ses pieds. Ses jambes ne la portèrent plus, seul le son de sa voix lui fit prendre conscience qu'elle était bien présente et vivant un instant tant redouté. Ses amis, ses derniers amis étaient partis. Elle n'aurait jamais l'occasion d'amener Dora en France lui faire découvrir la gastronomie comme elles se l'étaient promis un an plus tôt, jamais leurs enfants ne grandiraient ensemble sous le regard complice de leurs parents, jamais les deux femmes ne pourraient à nouveau rire aux éclats. Un petit garçon venait de devenir orphelin, comme Harry dix-sept ans plus tôt. L'injustice se mêlait à la colère, la haine à l'horrible douleur qui empêchait Amalia de sombrer dans une rage destructrice. La jointure de ses poings craquait, elle frappa le sol de toutes ses forces pour faire sortir de sa tête l'indicible peine qui avait envahi toutes les fibres de son être.

Soudain, des bras puissants retinrent ses poignets pour l'empêcher de se blesser d'avantage. En se retournant, le professeur vit le visage marqué de son élève, Neville Londubat. Il pleurait en silence, laissant couler les larmes le long de ses joues et secoua la tête, suppliant par ce geste la jeune femme pour qu'elle arrête. Amalia ne le fit que pour mieux cacher de ses paumes ses sanglots jusqu'à ce qu'un gémissement quelques mètres plus loin ne lui fasse réaliser qu'elle n'était pas seule à avoir perdu un proche. Un groupe s'était formé autour du corps de Fred Weasley. Il était étendu par terre, sa mère affalée sur son torse pendant qu'Arthur tentait de l'entourer de ses bras. Ginny était debout, soutenu par son frère Bill. Percy tout près n'osait pas véritablement prendre part au chagrin de sa famille nouvellement retrouvée.

- Lupin par Dolohov et Tonks par sa tante Bellatrix, dit une voix derrière l'enseignante.

Elle se retourna lentement pour faire face à son interlocutrice dont elle avait reconnu l'accent écossais.

- Ils ont réussi à fuir ? réclama d'un ton chevrotant Amalia.

Pour seule réponse, McGonagall hocha la tête.

- Et Harry ? L'avez-vous vu ?

Cette fois, ce fut Neville qui répondit.

- Oui, à l'instant… Il se dirigeait vers le parc… Il m'a parlé du serpent de Voldemort et puis il est parti.

- Quoi ? Le serpent de Voldemort ? Nagini ? s'exclama Amalia. Vous en êtes sûr ?

- Euh… Oui, absolument. Il m'a dit de tout faire pour le tuer, que ça faisait partie du plan de Dumbledore...

Le jeune homme regarda d'un air interloqué son professeur se relever d'un bond et courir vers le Grand Hall. La sorcière essuya ses larmes du revers de sa manche tout en parcourant aussi vite qu'elle le put la pelouse du château. Un peu partout des corps étaient étendus, des vêtements éparpillés et l'aura froide des Détraqueurs revenait déjà planer au-dessus d'eux. Amalia chercha des yeux à toute vitesse une trace de Harry, le moindre indice qui aurait pu lui indiquer où se trouvait son filleul. Car à cet instant, elle savait ce qu'il avait en tête. Si Harry avait confié une si grande tâche à son ami c'était qu'il n'espérait pas revenir et malheureusement, la direction qu'il avait empruntée n'était pas celle d'une quête pour un ultime horcruxe. Contre son cœur, sa baguette vibrait plus qu'elle ne l'avait jamais fait et à mesure que la panique envahissait sa maîtresse. Amalia scrutait l'obscurité à la lueur de la lune, humait l'air, désespérée à l'idée d'arriver trop tard. Puis, aussi subtil qu'un fumet de ragoût trop cuit, des empreintes dans l'herbe écrasée descendirent vers la Forêt Interdite. La future mère s'empressa de les suivre jusqu'à l'orée des bois.

oOo

Harry attendait, debout, au milieu d'une clairière. Il paraissait seul, sa baguette à la main et un Vif d'or dans l'autre. Lentement, Amalia s'approcha. Quand le jeune homme releva les yeux, ils étaient emplis de larmes.

- Harry… Tu ne vas pas te livrer j'espère…

Cette fois-ci, il ne parvint pas à mentir comme il l'avait fait quelques instants plus tôt à son ami Neville quand il lui avait posé la même question. Amalia hésita car elle ne savait comment son filleul allait réagir, puis elle se souvint de leur échange square Grimmaurd et de l'étreinte qu'ils avaient échangée un peu plus tard dans l'année. Ses mains passèrent dans ses cheveux en l'air, les mêmes que James et elle le serra dans ses bras comme une mère l'aurait fait pour rassurer son enfant.

- Dumbledore… Dumbledore savait que je devais mourir pour battre Voldemort… murmura Harry.

Amalia ne put distinguer s'il sanglotait ou s'il était simplement vaincu par l'épuisement.

- Oui, Albus le savait…

Le jeune homme fit un pas en arrière, choqué d'apprendre qu'une autre personne lui avait caché un fait aussi important.

- Ce n'est pas… Enfin…, bafouilla-t-elle face à l'expression scandalisée de Harry.

Elle ne pouvait et elle ne devait sous aucun prétexte remettre en cause les volontés de son tuteur. Pourtant, le doute ne cessait de faire des allers-retours entre sa raison et son cœur.

- Harry, il faut avoir confiance en Dumbledore. Il avait un plan et a transmis à tous ses acteurs les rôles qu'ils devaient assurer.

- Même si le mien est de mourir ? demanda incrédule l'Élu.

- Je le pense…

- Donc, même vous, vous n'en êtes pas sûre, conclut d'un ton sombre Harry.

Cette fois-ci, ce fut Amalia qui hocha la tête et se tut. Alors seulement le jeune homme ouvrit la paume de sa main pour laisser le Vif d'or s'échapper. La sphère brillante s'éleva au-dessus d'eux et fit quelques spirales avant de redescendre. Sa marraine posa une main sur son épaule et le regarda faire.

- Je suis sur le point de mourir, dit-il d'une voix à peine audible.

Harry retint sa respiration pendant que ses lèvres se pressèrent délicatement sur l'objet, provoquant un cliquetis qui raisonna dans la nuit. Autour d'eux, tous les bruits habituels de la forêt s'étaient arrêtés. Était-ce à cause de la bataille ou en raison de ce qui s'apprêtait à se passer ?

La sphère dorée s'était ouverte, libérant une pierre à peine plus grande qu'un caillou. Amalia reconnut le signe des Reliques de la Mort qu'elle avait pu apercevoir dans les livres de son père. A bien y réfléchir, quelqu'un avait également glissé dans l'ouvrage sur les baguettes, un papier représentant ce triangle imbriqué dans un cercle et fendu d'un trait vertical. Ce même trait fissurait la pierre au creux de la main de Harry.

- Vas-y, je reste là, souffla la sorcière d'une manière aussi rassurante que possible.

- Jusqu'au bout ?

- Oui, quoiqu'il arrive, je reste, confirma-t-elle.

Harry fit tourner trois fois la pierre de Résurrection dans sa paume, les yeux fermés, dans l'attente de ce qui allait se produire. Amalia le regardait faire, consciente du courage immense qu'il devait mobiliser à cet instant. Ses traits étaient pourtant détendus à la lumière de sa baguette. Quand enfin il ré-ouvrit ses paupières, une légère brise les enveloppa tous les deux.

La jeune femme faillit s'étouffer quand elle se rendit compte de ce qui s'était produit. James, Lily, Sirius et Remus étaient là, à quelques pas et s'approchaient d'eux avec le même sourire paisible aux lèvres. Les spectres de Lily et James étaient aussi beaux et rayonnant que le jour de leur mariage, Sirius passa une main dans ses cheveux avec la décontraction et l'attitude de sa jeunesse. Seul Remus était égal à lui-même, simplement ses traits étaient plus jeunes et sa coiffure plus fournie. Harry sursauta et frémit, il voyait pour la première fois son entourage comme Amalia les avait tous connus : heureux.

Lily fut la première à parler, elle détaillait le visage de son fils avec plaisir, profitant de l'instant pour capturer le moindre détail.

- Harry, je suis fière de toi, tu as été si courageux…

Mais il ne sut quoi répondre sous le coup de l'émotion.

- Si fiers, reprit James. Tu y es presque…

L'Élu savoura chaque seconde en sachant qu'elles étaient les dernières, simplement les voir là était pour lui la plus grande des consolations alors qu'il savait sa mort proche.

- Je n'ai pas le choix, n'est-ce pas ? demanda-t-il en vain.

La sentence fut confirmée par le regard que s'échangèrent les spectres.

- Bien, admit-il. Est-ce… est-ce que ça fait mal ?

Dans la gorge d'Amalia, la question de Harry provoqua une boule qui l'empêcha d'intervenir autrement qu'en resserrant son étreinte autour de ses épaules. Sirius prit initiative de répondre à la place des parents.

- Mourir ? C'est plus rapide que de s'endormir…

- Ne t'en fais pas, il ne prendra pas le risque que tu t'échappes et voudra aller vite, rassura Lupin.

- Merci… souffla Harry avant de baisser les yeux. Je… je n'ai jamais voulu que vous mourriez… finit-il par ajouter comme pour demander pardon d'un crime qu'il n'avait pas commis.

- Ce n'est pas de ta faute, continua Remus.

- Mais Ted, il ne saura jamais qui étaient ses parents, tout comme moi…

- Il apprendra pourquoi ses parents sont morts et je compte sur les vivants pour lui expliquer, dit-il avec un clin d'œil pour son amie en retrait.

- Cela ne t'a pas empêché de grandir grâce à l'amour de ceux qui t'ont entouré de près… ou de loin, compléta Lily.

Le fantôme regardait alternativement les deux vivants, adressant des sourires réconfortants à ceux qu'elle n'avait jamais cessé d'aimer même par-delà la mort. Mais cet instant appartenait à Harry et Amalia n'osa pas intervenir, gardant dans son cœur ce que ses amis savaient déjà et qu'elle leur murmurait chaque soir de détresse. Harry inspira profondément, profitant une dernière fois de cette sensation de vie et s'adressa à sa marraine.

- C'est trop dangereux de venir avec moi…

- Mais je ne vais pas te… contesta-t-elle, les sourcils froncés.

- Non, c'est à moi de l'affronter seul et puis…

Il se tourna vers les spectres et demanda :

- Vous resterez avec moi ?

- A jamais, répondit Lily comme s'il s'agissait d'une évidence.

- Nous faisons partie de toi, assura James.

- Et s'il vous voit ?

- Il ne le pourra pas, répondit Sirius avec aplomb.

- Très bien…

Le jeune homme baissa les yeux, ses cheveux en épis cachèrent la cicatrice que le mage noir lui avait infligée dix-sept ans plus tôt. Amalia passa une main dans l'épaisse tignasse et tenta d'afficher un sourire rassurant.

- La mort est une épreuve de plus que tu dois affronter pour le vaincre. Elle ne signifie pas la fin de tout pour autant...

Harry ne semblait pas comprendre la portée de cette phrase, il tremblait comme une feuille, serrant contre lui la cape d'invisibilité de son père qu'il n'avait pas encore enfilé.

- Amalia a raison, confirma Lily.

Le spectre adressa un baiser silencieux au professeur d'Histoire dont les cils étaient perlés des larmes. Ce geste valait tous les mots qu'elles n'auraient pas le temps d'échanger.

Harry soupira mais Amalia ne le pressa pas, lui laissant le temps de décider quand il partirait vers sa destinée. Elle avait chassé de son cœur le doute dès l'instant où elle avait aperçu la pierre de Résurrection. Si cet artefact légendaire ne pouvait faire revenir à la vie les morts, la jeune femme espérait qu'elle soit la solution de Dumbledore à un duel qu'ils savaient tous inévitable. Mais il fallait absolument que Harry se présente de lui-même à Voldemort, convaincu de mourir, car son esprit était aussi simple à consulter pour le Seigneur des Ténèbres qu'un livre ouvert et s'il percevait le moindre espoir, alors ils seraient tous perdus.

Il venait de pivoter pour s'enfoncer dans la forêt quand Amalia le coupa.

- Une dernière chose Harry… Si tu es au courant pour le plan de Dumbledore, c'est que Sev…

Elle ne put se résoudre à finir sa phrase, les mots étaient trop douloureux, l'hypothèse tout simplement trop horrible à émettre pour elle. Et comme s'il l'avait compris, Harry secoua la tête et s'enfonça entre les arbres, laissant sa marraine pétrifiée de peur.

oOo

Elle revint vers le château avec la sensation d'être vide de tout. Revoir ses amis et les laisser accompagner son filleul seul vers la mort qu'avait programmé avec soin Dumbledore, était en soit une épreuve qui lui paraissait insurmontable. Mais admettre qu'elle avait peut-être aussi perdu Severus n'était tout simplement pas acceptable. Alors elle rangea cette idée dans un coin de son esprit et n'y revint pas avant de devoir y refaire face, occultant tous les signes que son corps trahissait à sa place. Ses genoux tremblaient presque autant que ses mains, sa baguette était sur le point d'exploser et son ventre tirait tellement qu'Amalia dût s'arrêter plusieurs fois sur le chemin du château. Quand elle y parvint enfin, les doubles portes en chêne étaient entre-ouvertes et laissaient filtrer la lumière chaude et rassurante du Grand Hall. Au-dessus, l'horloge n'avait pas bougé et continuait la course folle des aiguilles. L'aube était proche tout comme la fin de cette si longue guerre.

Dans le réfectoire, les sorciers pleuraient toujours leurs morts et ne semblaient pas d'être aperçus que Harry les avait quittés. Le professeur d'Histoire progressa lentement entre les tables jusqu'à rejoindre Remus et Tonks allongés côte à côte. Quelqu'un avait eu la délicatesse de nettoyer leurs visages couverts de sang, ils paraissaient presque endormis. Ce fut à cet instant que leur amie aperçut la boite de Pandore aux pieds de Dora. Les paroles funestes de Dumbledore lui revinrent en mémoire, comme un écho lointain.

- Ce chant est magique et permet de soulager la peine, enferme-le à l'intérieur du coffret pour l'utiliser quand cela te semblera judicieux.

L'Espoir, c'était bien là ce que représentait le chant de Fumseck conservé depuis un an dans ce coffret ouvragé. Amalia s'assit en tailleur et attrapa l'objet. Elle balada ses doigts distraitement dessus, poussant le couvercle sans trop y croire. Une odeur ronde et familière s'échappa bien avant une mélodie incroyablement apaisante. Les quelques notes qui suivirent étaient l'exacte réplique de celles entonnées par le phénix à l'enterrement de son défunt maître. Les autres sorciers relevèrent la tête, essuyèrent d'un revers de manche leurs larmes et écoutèrent ce concert improbable qui raisonna dans toute la Grande Salle. De la lumière sortait de la boite, inondant la pièce dans la nuit, apportant avec elle un apaisement inespéré suivie d'une sensation plus forte. Elle était puissante et contrairement à la mélodie, venait du cœur de chaque combattant présent. L'Espoir naissait en eux et avec, le courage des Gryffondor.

Ils s'échangèrent tous un sourire confiant, le Bien allait triompher.

- Amalia, qu'est-ce que c'est ? demanda McGonagall qui était restée auprès de Madame Pomfresh pour soigner les blessés les plus graves.

- Une demande d'Albus avant de mourir. Il disait que le chant de Fumseck pourrait nous être bénéfique...

- Il avait une nouvelle fois raison, admit la vieille écossaise en balayant le réfectoire du regard.

Partout autour d'elles les gens reprenaient foi.

- Mais au fait, où étiez-vous ?

La jeune femme reposa la boite de Pandore et se redressa, prenant le temps de répondre.

- J'ai accompagné Harry...

- Où ? Où est Potter ? réclama d'une voix affolée sa consœur.

- Il... il...

- Harry s'est rendu, n'est-ce pas ? compléta Hermione qui avait quitté sa place près des Weasley regroupés dans un coin de la salle où Fred reposait.

- Oui.

Ron et Neville s'étaient également rapprochés et la fixèrent avec horreur.

- Il n'a pas osé nous abandonner ! s'exclama Londubat.

- C'est Harry, il s'est sacrifié, répliqua Ron avec amertume.

- Vous ne l'avez pas retenu ? s'indigna McGonagall à l'attention d'Amalia.

- Dumbledore avait prévu quelque chose pour Harry, il n'est pas seul...

- Et cela vous suffit ?!

-... Oui, je crois bien que cela me suffit en effet, répondit d'un ton calme la jeune femme. Je ne pourrai vous expliquer ce qui me conduit à être si confiante mais je pense réellement qu'Albus avait tout prévu pour Harry aussi bien qu'il avait anticipé le fait que le chant de Fumseck nous apporterait un avantage.

Les paroles presque détachées de l'enseignante avaient quelque chose de similaires à celles qu'aurait pu prononcer Luna, à la différence près qu'elle avait presque réussi à convaincre et à calmer McGonagall.

- Mais au fait, je pensais qu'il vous avait prévenu de son départ, au moins à Mr. Weasley et vous, continua Amalia à l'adresse de Hermione.

- A vrai dire, depuis que nous avons sauvé les fesses de Drago, Harry a disparu... confessa Ron.

- Drago Malefoy est revenu dans Poudlard ? s'esclaffa le professeur.

- Euh, oui. On l'a croisé dans la salle sur Demande avec Crabbe et Goyle.

- Qu'est-ce qu'il venait faire ici ?

- Quand nous avons été capturés par les Rafleurs et conduits au Manoir Malefoy, Harry a désarmé Drago et lui a volé sa baguette, répondit Hermione à la place de son petit ami.

- Êtes-vous certaine... que Harry a désarmé Drago ce soir-là ? parvint à articuler Amalia.

- Oui, absolument sûre, nous étions présents, affirma Hermione, un brin perplexe par l'expression de son ancien professeur. Pour quelle raison ?

- Amalia, que savez-vous que nous ignorons ? pressa McGonagall.

- Il est, Minerva, que Voldemort ne pourra jamais tuer Harry avec la baguette qu'il possède ! lâcha-t-elle.

- Pardon ?

La question sortit de toutes les bouches autour d'elle et la jeune femme savoura son effet.

- Drago n'a pas tué Dumbledore mais il l'a désarmé. Or Albus possédait la véritable Baguette de Sureau, celle du conte des Trois Frères. Je l'ai longuement étudiée et je peux vous assurer que le Bâton de la Mort est la baguette la plus versatile qui soit. Ainsi, Drago ce soir-là dans la tour d'Astronomie s'est emparé de son allégeance et donc, si Harry l'a désarmé à son tour...

- Cela veut dire que la baguette appartient à Harry jusqu'à ce que quelqu'un d'autre la lui enlève ! s'écria Hermione, enthousiaste.

- Oui ! Et la Baguette de Sureau ne répondant aux ordres que de son seul et unique maître, elle ne pourra pas tuer Harry !

Des sourires naissaient sur toutes les lèvres à l'exception de celles du professeur McGonagall.

- Espérons qu'Albus et vous ne vous êtes pas trompés alors... dit-elle d'une voix lugubre.

Mais avant d'avoir pu répondre, une déflagration et un éclair vert leur parvinrent depuis la Forêt Interdite.

oOo

Tous les habitants du château se précipitèrent sur le perron pour tenter d'apercevoir ce qu'ils redoutaient. Chacun se grandissait, scrutant l'obscurité aux abords du domaine à la recherche d'un Harry victorieux ou à l'inverse, d'une armée de Mangemorts triomphante. Rapidement, un bruit d'arbres s'écrasant au sol, suivi d'une nuée d'oiseaux affolés annoncèrent l'arrivée imminente des géants qui avaient pris par à la bataille du côté de Voldemort. La directrice par intérim échangea un bref regard avec sa consœur avant de se figer comme toute l'assemblée. La voix de leur ennemi monta au-dessus de la Forêt Interdite tout comme les oiseaux qu'il avait fuir avec ses partisans. Dès les premiers mots, les deux femmes comprirent que Dumbledore s'était trompé.

- Cessez de résister, vous venez de perdre la bataille ! Vous n'êtes plus assez nombreux pour vous battre contre mes Mangemorts ! Votre Élu est mort... Cette guerre doit prendre fin immédiatement faute de quoi tous ceux que vous aimez seront exécutés. Rendez-vous et vous serez épargnés... Rejoignez-moi ou mourez...

Une main tremblante saisit le poignet d'Amalia. Ni l'une ni l'autre n'osa réagir, figée par l'effroi. Elles retenaient leur souffle, comme pour tenter l'inévitable de se produire. De longues minutes s'écoulèrent pendant lesquels tous les habitants du château occupèrent le perron jusqu'à l'instant fatidique où la masse de Mangemorts émergea de la Forêt Interdite. Hagrid marchait devant eux, un paquet dans les bras. Depuis leur observatoire, les combattants de la Lumière ne distinguèrent pas tout de suite ce que le demi-géant leur apportait blottit dans ses immenses mains. Ce fut McGonagall qui leur apporta un triste indice en hurlant de tout son être. La seule réaction à suivre était un rire dément, celui d'une Bellatrix dansante dans la lumière rougeâtre que les grandes portes laissaient passer entre les sorciers hébétés. La vieille Écossaise s'effondra au sol puis la foule s'écarta pour permettre à Ron, Ginny et Hermione de s'approcher. Leurs cris étaient pires encore que ceux du professeur de métamorphose, mêlés de sanglots.

Une seule personne ne parvenait pas à réaliser que son tuteur avait pu pour une fois être faillible. Amalia fixait le corps sans vie de son filleul, les bras pendants dans le vide comme une marionnette désarticulée. Elle l'avait laissé s'en aller, elle n'avait rien fait pour empêcher la prophétie de s'accomplir.

Des voix autour de la jeune femme s'élevèrent pour insulter les Mangemorts, conduisant inévitablement Voldemort à laisser exploser sa rage.

- IL SUFFIT ! TAISEZ-VOUS ! coupa le mage noir, couplant son ordre d'un sortilège de Mutisme. Votre Élu est mort... Hagrid, pose-le !

Avec peine, le garde-chasse plia un genou et accompagna Harry vers l'herbe du parc avant de reculer. Voldemort esquissa un sourire malsain et débuta ses allers-retours nerveux autour du cadavre tout en parlant. Entre temps, les combattants de la Lumière avaient réussi à rompre le sort et reprenaient leurs jurons que leur ennemi fit à nouveau taire.

- Il me semble que vous n'avez pas encore saisi pleinement la situation... J'ai tué celui pour qui vous vous battiez pendant qu'il s'enfuyait ! Pourquoi continuer cette folie alors que celui que vous preniez pour votre «Élu » n'a pas hésité un instant à sauver sa propre vie pendant que vous sacrifiez la vôtre ?

Ce mensonge accentua la colère des sorciers, Voldemort dut se reprendre à plusieurs fois pour obtenir le silence jusqu'à ce qu'une silhouette se lance à sa rencontre. D'un geste, il désarma l'inconscient et demanda à Bellatrix qui avait osé l'interrompre.

- Neville Londubat, Seigneur ! s'exclama-t-elle de joie.

Ce dernier tentait de se relever tout en tendant pour les poings pour se défendre sans baguette. Amalia avait rarement vu cet élève se montrer courageux mais à cet instant, il faisait honneur aux Gryffondor. Elle profita de cet interlude pour relever McGonagall et sortir sa baguette.

- Vous êtes prête à agir ? souffla-t-elle de colère entre ses dents.

L'écossaise dévisagea sa consœur.

- Avez-vous perdu la tête ? Ils ont tué Potter !

- Plutôt mourir libre que de vivre sous la terreur, Minerva !

Pendant ce temps, Voldemort avait déjà proposé à Neville de montrer le bon exemple en rejoignant les Mangemorts ce qu'il avait refusé sous les acclamations de ses camarades de classe survoltés.

- Très bien Londubat... répliqua le Seigneur des Ténèbres en caressant la tête de Nagini lovée sur ses épaules. Nous allons régler ce différent comme je l'avais prévu à l'origine...

Avant même qu'il ait pu tendre le bras pour mettre en joue Neville, une forme dorée fit exploser l'une des fenêtres encore intacte d'une tour et déposa le Choixpeau dans la main du nouveau maître du monde magique. Voldemort ricana par l'ironie de la situation avant d'enfoncer l'objet rabougri sur le front de Neville, pétrifié par le sortilège qu'il venait de recevoir. Enfin, avec le sadisme qui le caractérisait, le mage noir mit le feu au chapeau et laissa le jeune homme s'enflammer.

oOo

Ce geste fut le signal de départ d'un mouvement collectif et unanime. Des hurlements parvinrent d'au-delà du domaine, quelque chose grimpait la muraille d'enceinte à la rencontre de ses habitants. Les Mangemorts se retournèrent pour faire face à la révolte des géants. Au même moment, les combattants de la Lumière vinrent en aide à Neville et se mirent en position pour prendre à revers les serviteurs des Ténèbres. Les sabots des centaures répondirent aux cris de guerre des géants, les créatures se soulevaient contre l'oppression de Voldemort. Amalia expédiait déjà de nombreux sortilèges de protection pour préserver ses alliés.

Neville bondit vers Nagini, une lame argentée fendit l'air alors que d'une main, il tenait toujours le Choixpeau magique. La tête de l'animal tomba au sol dans un bruit mat étouffé par le tumulte qui se jouait autour d'eux. La fureur de Voldemort se lut sur son visage mais quelqu'un avait formulé un sortilège de Bouclier entre lui et sa cible. Son attention se reporta pourtant sur tout autre chose. Hagrid venait de hurler le nom de Harry, cherchant partout le corps disparu de l'Élu.

Dans le ciel, les Sombrals aidaient aux géants en repoussant vers l'intérieur de Poudlard les combattants des deux camps. Rapidement, tous les sorciers se retrouvèrent à se confronter les uns aux autres dans les couloirs étroits du château. Les loups-garous s'étaient joints aux Mangemorts et continuaient à profiter de la situation pour s'offrir un festin de roi. Dans une explosion soudaine, la Grande Horloge fut vomie par la tour principale, répandant du verre sur tous ceux qui étaient encore en-dessous. L'odeur du sang que le vent avait charriée revint inonder l'école et envelopper de son linceul les vivants. Dans l'agitation générale, Amalia chercha à toute vitesse le corps de Harry pour le mettre à l'abri, ne voulant pas qu'il serve de trophée. Cette pensée lui fit réaliser alors, qu'il était bien mort, lui aussi.

Ses pas chancelants la conduisirent jusqu'à la Grande Salle où la bataille faisait rage. Malgré la foule, elle ne s'était jamais sentie aussi seule de toute sa vie. Les efforts que déployaient ses alliés étaient devenus à ses yeux bien inutiles puisque tout était perdu. A quoi bon se battre pour un monde où tous ceux qui comptaient réellement pour elle avait disparu ? A quoi bon continuer puisqu'elle n'avait pas été en mesure de tenir la promesse faite à ses amis de veiller sur leur fils ?

A l'autre bout de la pièce, Madame Pince combattait avec l'énergie du désespoir, dos au professeur Chourave qui envoyait des sorts bien sentis. Les fantômes tournaient et viraient, continuant de lancer tout ce qui leur passait sous la main du moment où le projectile terminait sa course sur la tête d'un Mangemort. Le martèlement des centaures se mêlèrent aux ordres hélés à travers le brouhaha général. Des cheminées, les elfes de maison se joignirent aux combattants de la Lumière pour défendre Poudlard, des couteaux de cuisine à la main. Parmi eux, Kreattur se détacha pour prendre la tête de cet escadron improvisé.

- A mort le Seigneur des Ténèbres ! Battez-vous ! Au nom de maître Regulus !

L'évocation de son ami déclencha quelque chose d'inattendu en Amalia. Les larmes qui menaçaient d'envahir ses yeux avaient remplacées par de petites décharges électriques, l'impression de vide venait d'être comblée par une haine sans borne. Cela faisait dix-huit longues années que Voldemort lui prenait un à un tous ceux qu'elle aimait. La colère était remontée de son cœur vers sa gorge et éclatait en un long hurlement qui vint abonder ceux des elfes de maison. Elle suivit leur direction, courant vers l'une des tables encore debout et bondit dessus afin d'être au-dessus de ceux qu'elle allait mettre en joue. Sa baguette dans sa paume patientait depuis trop longtemps, attendant de libérer la magie dévastatrice de sa maîtresse. Contre sa cuisse, la rapière battait le rythme de ses pas. Ignorant autour d'elle les duels improbables qui s'étaient formés entre les pires lieutenants de Voldemort et ses anciens élèves, elle jeta des salves destructrices sur chaque visage qu'elle avait déjà aperçu sur l'une des nombreuses affiches placardées chemin de Traverse. Enfin, au milieu de cette piste de duel improvisée, Amalia se concentra sur ceux qu'elle voulait viser, ceux qui depuis toujours la révulsaient plus encore que les Inferi. Et ils étaient nombreux à avoir rejoints les rangs de Voldemort.

Elle prit une longue inspiration chargée de notes cuivrées par le sang et pointa sa baguette vers le ciel. Le sortilège de Bouclier ruissela le long de son corps avant qu'elle n'ouvre la paume de sa deuxième main.

- Soumettez-vous ! souffla Amalia comme pour murmurer à l'oreille de toutes ses futures victimes.

En un instant, la sorcière se retrouva partout, s'insinuant dans l'esprit chaotique de tous les loups-garous. Elle était à la fois dans la Grande Salle, le parc du château, la Forêt Interdite, dans les étages, les salles de classe,... sentant l'excitation de la chasse, le plaisir de tuer, les digues de la raison céder avec l'exaltation que procurait la vengeance. Les hybrides se soulevaient contre le monde des sorciers qui les opprimaient, se fichant de savoir si le camp qu'ils avaient rejoint œuvrait pour le Bien ou le Mal. Mais dès le moment où Amalia avait pénétré leurs têtes, les loups-garous s'étaient arrêtés pour tenter de comprendre qui était à l'origine de cette intrusion. Certains soupçonnèrent immédiatement leur nouveau maître de vouloir s'assurer de leur soutien après ce soubresaut des combattants de la Lumière, alors que d'autres cherchaient autour d'eux qui avaient pu tenter de les envoûter. Les battements de cœur étaient légion dans la tête d'Amalia, elle leur imposa pourtant un rythme basé sur sa propre respiration. Lentement, elle abaissa la cadence jusqu'à ce que la haine qui l'animait la conduise à faire cesser tout bruit. Elle ouvrit les yeux et de ses doigts partaient des centaines de fils dorés, comme autant de vies qu'elle allait couper aussi facilement qu'Atropos après que ses sœurs, les Moires, les eurent tissées. De sa baguette émanait une sphère de force, attendant le moment où Amalia accepterait de libérer pour accomplir son œuvre. Quelques sortilèges tentèrent vainement de l'arrêter mais rien ne pouvait venir à bout de la résolution de la sorcière.

Pendant ces années, Amalia s'était retenue pour ne pas être perçue comme une menace, pour pouvoir être là le jour où sa famille et ses amis auraient besoin d'elle. Puisqu'ils n'étaient plus de ce monde, rien ne la contraignait à présent à faire éclater sa véritable nature. Voldemort avait peut-être raison au fond, le pouvoir est enivrant. Cependant, elle ne lui laisserait pas la satisfaction de la voir sombrer dans les Ténèbres sans raison. La force provenait de tout son être, une brûlure l'accompagnait et s'accentua autour des fils de vie tendus. Ses pouvoirs sonneraient sa fin mais sa décision était prise.

Elle tordit les liens et le premier rompit avec un bruit de corde cassée. Les autres suivirent de peu, conduisant inexorablement les loups-garous présents dans la Grande Salle à s'effondrer après un dernier hurlement de douleur. Pour sa part, Amalia serrait les dents, le poids de la puissance magique déployée lui fit plier un premier genou, sa baguette vibrait de plus en plus fort bien que l'énergie s'en échappait par des éclairs blancs. Il fallait qu'elle tienne bon encore un peu. Ceux toujours en vie se débattaient dans sa tête, cherchant à fuir en suppliant, en menaçant ou simplement en pleurant. Il lui fallut puiser dans ses dernières ressources pour tenir et quand enfin, l'ultime combattant tomba, la sorcière laissa retomber ses bras et son corps suivi.

oOo

Il faisait noir autour d'elle. Il n'y avait plus aucun bruit, aucun cri. Même l'odeur du sang avait disparu. Et la peine aussi. En réalité, il ne restait rien autour d'Amalia, juste les fragments de sa baguette brisée. La bille en labradorite avait été éjectée de son réceptacle et gisait près du corps inerte de sa maîtresse. La jeune femme tenta bien de bouger les doigts mais ses terminaisons nerveuses refusaient de lui obéir. C'était la fin, il n'y avait plus qu'à attendre pour rejoindre ses amis disparus et surtout les bras rassurants de Severus s'il était bien mort aussi. Pourtant, quelque chose d'autre se manifesta, une agitation peu commune. Elle était située au creux de son ventre, là où siégeait son enfant. Elle en avait presque oublié son bébé, submergée par la douleur. Au moins, un autre orphelin ne viendrait pas au monde, il suivrait ses parents dans la tombe.

L'agitation devint soudain douleur, Amalia était paralysée, ne pouvant même pas se plier en deux. Les décharges partirent dans son dos et remontèrent le long de sa colonne vertébrale. Elle était morte, comment pouvait-elle avoir si mal ?

Un bourdonnement lui pinça l'oreille droite puis des cris. La lumière traversa ses paupières avant que quelqu'un ne la secoue comme une poupée de chiffon. Des éclairs de toutes les couleurs fusaient dans le faux ciel sombre de la Grande Salle.

- AMALIAAAAAAAAAAA ! hurla Hagrid qui la tenait dans ses bras.

- Dou... Doucement ! parvint-elle à articuler.

- TU ES EN VIE ! OH PAR MERLIN ! s'exclama le demi-géant au milieu de sanglots.

- Pas pour longtemps si tu continues... Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-elle en luttant contre les poignards qui lui traversaient le corps.

- Je... Je ne sais pas... Tu étais debout sur la table avec de drôles d'éclairs et puis d'un coup des hurlements de loup ont retenti, ta baguette a volé en éclat et tu as produit une lumière blanche qui t'a protégée des sortilèges que t'envoyait Bellatrix ! Ça venait de ton ventre…

Derrière son nombril, quelque chose remuait comme après ses premières leçons de transplanage. Elle avait d'ailleurs tout autant envie de vomir mais ne prit pas le temps d'y penser. A l'autre bout de la pièce, quelqu'un venait de prononcer le nom de Harry.

- IL EST VIVANT !

Hagrid et elle échangèrent un regard stupéfait, provoquant une grimace étrange sur le visage blessé du demi-géant.

- ATTENTION ! hurla Amalia en roulant pour éviter un sort.

Son ami eut tout juste le temps de se cacher derrière une chaise qu'elle vola en éclat. Le rire démoniaque du Mangemort qui les visait provoqua à la future mère des frissons glaçant. Tout son corps était douloureux mais elle se força à bouger le plus rapidement possible pour éviter les attaques. Son fils lui avait donné une chance de s'en sortir, elle ne pouvait la gâcher en se laissant si facilement tuer. Sans baguette, elle n'avait plus vraiment le choix jusqu'à ce qu'un poids contre sa cuisse lui rappelle que sa rapière était toujours là.

- Espérons que je n'ai pas perdu mon niveau d'escrime depuis BeauxBâtons… murmura Amalia pour elle-même, afin de se donner du courage.

Elle glissa sur les dalles du réfectoire jusqu'à l'angle du pupitre des enseignants et fit volte-face, son épée à la main.

- Ah ah ah ! Tu crois que tu vas m'arrêter avec ton arme de moldu espèce de catin ?!

L'homme qui lui faisait face avait le visage barré d'un masque doré, pourtant elle reconnut le timbre particulier d'Amycus et son langage fleuri pour l'avoir si souvent entendu railler les étudiants. La sorcière lui fit face, relevant la lame devant son visage pour saluer son adversaire comme on lui avait appris.

- Que Merlin m'emporte si je faiblis.

Pour toute réponse, elle reçut une première salve de sorts qu'elle contra sans difficulté. Sa paume s'était naturellement dressée pour arrêter l'attaque dont le flux magique avait été presque aussitôt aspiré par la bille de la rapière. Un sourire satisfait naissait sur ses lèvres.

- HARRY EST VIVANT ! répéta quelqu'un dans son dos, lui redonnant espoir.

- Allons Amycus, je vous laisse une chance de vous enfuir, saisissez-la !

- Et pourquoi j'devrais m'enfuir ? cracha le Mangemort.

- Vous l'avez entendu, l'Élu est en vie ! Si votre maître n'a pas réussi à le tuer deux fois, comment pourrait-il le faire une troisième ? répliqua-t-elle, triomphale.

Amalia avait à présent la conviction que sa théorie sur les baguettes était juste et que le Bâton de Sureau ne pourrait jamais blesser son filleul. Mais si Amycus voulait en découdre, elle était prête à lui rendre la monnaie de sa pièce.

- Ah ah ah ! Des rumeurs ! Le mioche est mort ! Je l'ai vu !

Il accompagna ses propos de nouveaux sortilèges que son adversaire dévia avec aisance, attendant le moment propice pour répliquer. Un autre homme vint soutenir Amycus, attaquant à deux la femme révoltée de leur ancien allié. Amalia se battait pour tous ceux qu'ils avaient réussi à faire tomber cette nuit mais plus encore pour tous les vivants à défendre. Son énergie magique brouillonnait encore en elle, heureusement que sa rapière faisait office de catalyseur. Les éclairs fusaient, la foule amassée dans la Grande Salle s'écartait pour éviter les sorts grossiers des deux hommes. Amycus l'insultait mais Amalia ne faiblit pas, déterminée à les vaincre. Cette année scolaire avait été un supplice, devant parfois regarder impuissante les surveillants torturer ses élèves alors elle s'y donna à cœur joie. Des centaines de personnes étaient alignées contre les murs pour laisser se dérouler des duels improbables. Enfin, à quelques pas de là, Molly Weasley occupée par Bellatrix, tendit une dernière fois le bras pour lancer un maléfice qui frappa la Mangemort en plein cœur. Ses traits se figèrent et elle bascula en arrière, une expression de surprise illumina ses pupilles quand son corps rencontra le sol. Le hurlement de rage de Voldemort attira l'attention des adversaires d'Amalia qui en profita pour les ligoter, les regardant se tortiller lamentablement avant de se préoccuper de retrouver Harry. Un vague sentiment de satisfaction l'envahit à l'idée d'avoir réussi à faire taire Amycus.

oOo

Cette intervention du Seigneur des Ténèbres fit cesser tous les duels, chaque combattant resta sur ses gardes. La foule avait peur et le silence tomba brusquement, ce qui permit à tous de saisir ce qui venait de se produire. L'Élu était toujours en vie et faisait face à son meurtrier. Voldemort et Harry s'observèrent, tournant autour de l'autre comme un chat avec une souris. Ils se parlaient mais depuis le fond de la salle, Hagrid et Amalia n'entendirent pas le début de leur échange, ils arrivèrent quand Voldemort défia son ennemi.

- Personne ne viendra te sauver, Harry Potter ! J'ai tué le seul qui parvenait encore à se dresser contre moi !

- Non, vous ne l'avez pas tué, Dumbledore a choisi de mourir ! répliqua triomphant le jeune homme.

- Quelle est donc encore cette ineptie ? interrogea Voldemort.

L'un et l'autre tournaient toujours, leurs baguettes à la main.

- Rogue n'était pas des vôtres, répliqua Harry. Et c'est là, la faille ! Dumbledore était mourant mais il se savait maître du Bâton de la Mort. Il savait que vous vous lanceriez à sa recherche et a donc mis au point un plan avec Rogue pour qu'il ne vous appartienne jamais !

Harry prenait plaisir à lancer au visage de Voldemort, la pure vérité, celle qu'il ne pourrait pas travestir cette fois pour servir ses intérêts.

- Impossible ! Il avait toutes les raisons de nous rejoindre !

- Non pas toute. Vous avez Tom Jedusor, une fois de plus sous-estimé l'Amour !

- Ainsi Dumbledore a réussi à te convaincre de ces idioties ! pesta Voldemort.

- Rogue a toujours aimé secrètement ma mère et a fait vœu d'allégeance à Dumbledore pour la venger...

Une lueur passa dans les pupilles rouges du mage noir, il chercha du regard quelqu'un dans l'assistance et quand il croisa enfin celui d'Amalia, le Seigneur des Ténèbres comprit. La jeune femme arborait un sourire sadique, celui de la vengeance. Et comme pour lui rendre ce coup, Voldemort répondit à Harry :

- Qu'importe ! J'ai tué Rogue il y a trois heures et la Baguette de Sureau m'appartient !

- NOOOOOOOOOOOOOOOOON ! s'époumona le professeur d'Histoire alors que les bras puissants de Hagrid l'empêchèrent de fondre sur leur meurtrier de son époux.

Elle se débattait de toutes ses dernières forces, retenait pourtant sa magie pour ne pas blesser son ami qui venait d'être aidé par une Madame Pince désemparée parce qu'elle venait d'entendre. Quand enfin il desserra son étreinte, Amalia eut juste le temps de voir les deux duellistes brandir leur baguette respective. Un éclair vert sortit de celle de Voldemort et une lueur rouge de celle de Harry.

- Avada Kedavra !

- Expelliarmus !

Une détonation raisonna dans toute la Grande Salle précédé par les exclamations des spectateurs. Des flammes dorées jaillirent de la rencontre des deux sortilèges et se répandirent sur le sol entre Harry et Voldemort. L'éclair rouge grignota rapidement la distance qui le séparait de sa cible et enfin, renvoya le sort vert à son auteur. La Baguette de Sureau tournoya dans les airs avant d'aller se loger dans la paume de son seul et unique propriétaire pendant que le corps pâle de Voldemort, les bras en croix, les pupilles écarquillées, recevait de plein fouet ce qu'il avait lancé. Tom Jedusor venait de mourir en homme, touché par son propre sortilège de la Mort, au pied de son plus grand adversaire qui le regardait, incrédule face à son exploit.

Amalia comprit que tout était enfin fini lorsque sa double alliance glissa de son annulaire pour rencontrer le sol dans un bruit métallique. Il se répandit dans le silence trouble que cette scène avait provoqué, nul n'osa expirer trop fort de peur de se réveiller. Mais avaient-ils vraiment rêvé ?


Chapitre final : La promesse de l'aube