Les personnages appartiennent à JKR.
Désolé pour le délai, j'ai eu une grosse grosse panne d'inspiration mais ça va un peu mieux !
BONNE LECTURE !
CHAPITRE 21
Lily s'arrêta face à l'avis de recherche qui avait été placardé sur chaque panneau, arbre et mur de la ville. Les affiches étaient partout, même sur les briques de lait. Les chaînes d'informations ne parlaient que de ça et c'était devenu le seul sujet de conversation de toute la ville et probablement du pays. Les titres de journaux semblaient redoubler d'inventivité pour ce qui était des titres. Regulus Black, héritier de la noble maison des Black et fils du sénateur du Massachusetts était porté disparu.
Les théories allaient bon train. Du kidnapping à la fugue en passant par un « coup de pub », rien n'était laissé de coté. Lily peinait quelque peu à comprendre comment un kidnapping pouvait faire la promotion de quoi que ce soit mais elle ne pouvait ignorer le fait que le sénateur Orion Black n'avait jamais été aussi présent dans les médias. On oublierait presque ses « petits » écarts de conduite passés. Son épouse et lui affichaient une façade unie. Il la serrait tendrement contre lui tandis qu'elle fondait en larmes. Il n'avait plus rien du coureur de jupon notoire qu'on dépeignait de coutume dans les tabloïds. La jolie rousse ressentait une inquiétude sincère pour Regulus mais ne parvenait pas à éprouver la moindre compassion pour le couple. Elle ne pouvait être certaine de ce qui se passait dans l'hôtel particulier des Black, mais les rares confidences de Sirius lui avait glacé le sang. Elle se prenait parfois à lancer des regards inquiets à Regulus lors de leur cours particuliers mais il était bien difficile de déchiffrer l'expression éternellement neutre du cadet de Sirius.
- Comment est ce qu'on va faire ? C'était notre seule piste, lâcha Alice en se rongeant les ongles.
- Je ne sais pas, répondit Lily hésitant à faire remarquer que c'était quelque peu insensible de sa part de parler ainsi de la disparition de l'adolescent mais elle avait elle aussi eu ce genre de pensées et ne pouvait donc pas le reprocher à sa meilleure amie.
- Combien de temps il nous reste avant … ? Lui demanda la jeune fille.
- Neuf jours, soupira Lily.
Un silence s'instaura entre les deux filles. Leurs traits étaient marqués par la frustration et leur impuissance. Le fourmillement d'élèves autour d'elles, ainsi que le brouhaha qui les accompagnait, ne faisait que mettre leur nerfs un peu plus à rude épreuve, bien que Lily douta que cela fut possible. L'ignorance était une bénédiction dont elles était privées aux restes des adolescents insouciants qui arpentaient les couloirs de la Salem High School.
Une voix s'éleva néanmoins au dessus de la cacophonie environnante : celle de Marlène McKinnon. Cette dernière était plus pimpante que jamais, agitant joyeusement ses pompons et se trémoussant dans sa tenue de cheerleader. Aucun tracas ne semblait capable d'altérer ses traits d'ange.
- Achetez vos places pour le bal !
- Marlène ! S'écria Alice quelque peu scandalisée par ce débordement d'énergie et d'enthousiasme par les temps qui courraient.
- Quoi ? S'enquit la jolie blonde qui ne voyait de toute évidence pas ce que lui reprochait sa cousine.
- Un homme va être exécuté pour un crime qu'il n'a pas commis le jour de ton foutu bal ! Comment tu peux être aussi …
Alice agita la main pour designer la cheerleader sans parvenir à trouver de mot à mettre sur son attitude et son apparence. Quelqu'un se fit un plaisir de combler le déficit passager de vocabulaire de la journaliste.
- Sans cœur ? Insensible ? Indifférente ?
- Merci Sirius on a compris, soupira Alice mettant un terme à ce qui s'apprêtait sans nul doute à être une liste interminable de synonymes.
Lily sentit le regard de James sur elle mais elle se fit violence pour se concentrer sur la conversation plutôt que sur lui bien que son cœur se serrait à l'idée qu'il fut aussi proche d'elle et pourtant hors de sa portée.
- Non laisse le continuer, répondit Marlène en jouant avec une de ses mèches d'un blond solaire, feignant à la perfection son indifférence.
- Je sais que dans le petite monde des princesses de glaces, c'est des compliments mais si tu pouvais descendre de ta tour d'ivoire cinq minutes, tu verrais qu'ici ça ne l'est pas.
- Marlène McKinnon se mêlant à la populace ? C'est un spectacle que je ne manquerait pour rien au monde ! S'exclama Dorcas en les rejoignant à son tour, posant une main sur l'épaule de la blonde qui lui tendit un tract.
- T'auras l'occasion de le voir le 31 octobre !
- Les bals c'est pas trop mon truc … grimaça Dorcas en attrapant néanmoins le papier.
- Oh non personne ne se défile ! Je vous préviens, je connais vos adresses, vos numéros, et celui de vos parents ! Menaça Marlène en plaquant un tract contre le torse de James en le défiant du regard.
- On ne vas pas aller à un bal le jour de l'exécution d'un innocent! S'exclama Alice.
- Qu'on y aille ou pas c'est foutu pour lui … fit remarquer Emmeline qui décida que si Marlène s'accordait une pause dans la distribution de tracts alors elle y avait le droit également.
- Sans Regulus on ne peut rien faire, ajouta Hestia en balançant ses pompons sur Dorcas.
Inconsciemment le groupe se tourna vers la seule personne qui n'était pas encore intervenue : Remus Lupin. Lily connaissait assez le jeune homme pour savoir qu'il n'aimait pas être le centre de l'attention et encore moins lorsqu'il fallait qu'il trouve une solution à une impasse comme celle-ci. Leur plan parfaitement orchestré était complètement tombé à l'eau. Les garçons avaient prévu de coincer Regulus et de lui faire cracher le morceau sur l'identité du Maître du Jeu. Mais leur seule piste s'était volatilisée et avec elle, l'espoir d'innocenter Hagrid et de le sauver de son funeste sort.
Lily remarqua le regard qu'échangèrent Sirius et James. Il ne présageait rien de bon. Le fait qu'ils soient prêts à tout quand il s'agissait de l'un d'entre eux était parfois inquiétant … Ils allaient finir par vraiment se mettre en danger à ce rythme. Remus sembla penser la même chose, n'ayant pas manqué lui aussi l'échange silencieux entre ses deux amis.
- On va trouver une solution, affirma-t-il avec plus de conviction qu'il n'en disposait vraiment, dans le seul but de distraire de leur plan les insupportables garçons.
- Ou alors Sirius pourrait … commença James.
- Me dénoncer pour un crime que je n'ai pas commis, compléta Sirius.
- Et retarder l'échéance puisque ça forcerait le département de justice a rouvrir le dossier, continua James.
- Non mais vous avez perdu la tête ! S'écria Alice.
- J'ai toujours dis que c'était des malades, soupira Emmeline en levant les yeux au ciel.
- Si vous avez une meilleure idée on vous écoute, les défia James en croisant les bras, sachant pertinemment que personne ne disposait d'une alternative satisfaisante.
- C'est ça ou la chaise électrique, ajouta Sirius en haussant les épaules avec nonchalance, comme s'il ne parlait pas de la mort de quelqu'un.
- Je commence à comprendre pourquoi vous deux vous … Lâcha Alice en pointant du doigt Sirius puis Marlène.
- Me compare pas à elle, protesta le garçon.
- C'est toi qui parle de la mort d'un innocent avec …
- Indifférence ? Désinvolture ? Détachement ? Demanda Marlène en souriant assez contente d'avoir aussi vite l'occasion de renvoyer l'ascenseur à l'aîné des Black.
- Va te faire foutre McKinnon, lâcha-t-il en riant plutôt bon joueur pour une fois.
- Avec plaisir, répondit-elle en passant un bras sous celui de Dorcas l'entraînant sans plus de cérémonie vers un coin où elles seraient plus tranquille.1
- Attendez moi ! Cria-t-il en trottinant pour rattraper les deux jeunes filles.
Lily ne pouvait s'empêcher de se montrer quelque peu envieuse de leur relation. C'est comme si toutes les personnes qui l'entouraient avaient su trouver un équilibre et qu'elle était la seule exception à cette règle. Remus s'excusait déjà pour suivre Sirius qui lui criait de loin de le rejoindre. Un sourire heureux étirait ses lèvres et ses joues avaient prit une teinte rosée parfaitement charmante. Alice prétexta un rendez vous avec Frank, les abandonnant à son tour. Même Hestia s'était remise de sa courte histoire avec Dorcas, s'éloignant déjà pour flirter sans retenue avec une élève dont le nom lui échappait. Elle n'osait même pas regarder dans la direction de James et Emmeline dans une vaine tentative d'épargner son cœur -déjà suffisamment malmené par l'idée de leur couple sans qu'il soit nécessaire d'y associer le son et l'image.
- James. Je te quitte, annonça la cheerleader de but en blanc.
- Quoi ?
- Tu m'as parfaitement comprise, ajouta-t-elle en agitant la main comme si elle avait été agacé de devoir fournir une quelconque justification à cela.
- Mais le bébé ? Demanda-t-il un peu plus bas, ne souhaitant pas que l'information ne soit happée par des oreilles indiscrètes.
- Oh par pitié on est au 21ème siècle ! Je n'ai pas besoin d'un homme pour être mère ! À plus ! Conclue-t-elle en s'éloignant, le plantant là sans plus de cérémonie.
Lily ressentit une certaine reconnaissance à l'égard d'Emmeline. La cheerleader ne pouvait pas dire la vérité sur le fait qu'elle n'était pas vraiment enceinte mais elle pouvait rendre sa liberté à James puisque le gage du Maître du Jeu ne stipulait rien au sujet de rester en couple avec le garçon. Elle observa James qui semblait plus abasourdi que mécontent. Il sembla peu à peu revenir à lui même, ses iris dorées se plantant dans les siennes. Bon sang, elle brûlait de passer une main dans sa chevelure éternellement en bataille. Elle aurait tout donné pour être de nouveau dans ses bras, son corps pressé contre le sien, pour que ses lèvres dévorent de nouveau les siennes. Qu'est ce qui lui prenait ! Elle n'avait jamais été aussi … charnelle. Elle s'était d'ailleurs toujours moquée de ses couples qui ne pouvaient s'empêcher de se toucher ou d'être ensemble et soudain elle se transformait en l'une d'entre eux ? Il fallait sérieusement qu'elle se reprenne. Elle était Lily Evans et c'était de Potter dont il s'agissait.
- T'as pas un rendez vous avec Amos ?
Il était en colère et une part d'elle se délectait de cela. Elle n'était donc pas la seule à être habitée par le monstre de la jalousie. Le reste de sa personne opta néanmoins pour une culpabilité parfaitement injustifiée. Après tout, il était celui qui avait changé d'avis. Certes, il l'avait fait par acquis de conscience, convaincu qu'Emmeline était enceinte mais pas une seule fois il n'avait pris le temps de lui en parler ou même de s'excuser. Elle était restée sur cette échelle à l'écouter promettre à une autre ce qu'il lui avait juré à elle quelques minutes plus tôt. La colère prit le dessus sur le reste et elle le défia à son tour du regard, relevant le menton.
- Tu fais bien de me le rappeler !
- Amusez vous bien !
- On s'amuse toujours !
- C'est ça ! Répondit-il sur un ton presque sarcastique.
- Crois ce que tu veux ! Hurla-t-elle presque.
- Bien !
- Bien !
- Bien !
- Hm James … on a cours dans cinq minutes bredouilla Peter, les faisant sursauter tous les deux puisqu'ils avaient complètement oublié son existence et n'avaient donc pas remarqué qu'il était encore présent.
Les deux adolescents s'éloignèrent chacun de leur coté, loin de se douter que Peter n'était pas le seul témoin de leur échange. À quelques pas de là, Severus se délectait du spectacle.
Les choses ne se déroulaient pas exactement comme prévu mais le résultat était tout de même satisfaisant. Lily avait choisi Amos et bien qu'il jalousait ce nouveau rival … il le préférait de loin à Potter. Il avait hésité à l'écarter aussi mais ça aurait été risquer de voir Lily retomber dans les bras de son ennemi. Lily semblait en effet avoir pardonné à Potter de l'avoir utilisé pour faire gagner son équipe. C'était incompréhensible et révoltant. Comment avait-elle pu passer au dessus de ça ? Il ne la reconnaissait pas ! Pourquoi fallait-il que tout le monde l'aime lui ! Emmeline avait même contourné son gage pour lui. Pourquoi le monde le favorisait sans cesse ? Il n'était qu'une brute épaisse. Riche, séduisant, aimé … il avait tout sans le moindre effort. Où était la justice là dedans ?
Sans compter que loin de les avoir divisé, les gages et la perspective d'un ennemi commun avait unifié le groupe et allié même les personnes les plus improbables en un groupe hétéroclite mais qui fonctionnait à merveille … ou tout du moins pour le moment.
Il fixa son attention sur Peter qui était resté planté là même après le départ de Potter. Ils se pensaient invincibles ensemble, c'était à lui de prouver le contraire. Le timide garçon était le maillon faible du groupe et il serait le rouage qui ferait dérailler la machine. Mais il lui fallait bien plus qu'une petite trahison. Il lui fallait quelque chose que les autres ne pourraient pas pardonner. Quelque chose qui leur montre à quel point leur amitié est bancale. Mais il n'avait plus le journal en sa possession …
Il n'avait pas besoin du journal … Il se fichait pas mal de corrompre l'âme de Peter. Il n'avait jamais été un objectif. Peu importait que le gage soit réel … tant que Peter y croyait et l'exécutait. Toute l'école croyait dur comme fer que ce que le Maître du Jeu promettait devenait réalité. Après tout, que ce soit les récompenses ou les menaces … pas une seule fois il n'avait manqué à la tâche. Les prémices de son plan se dessinaient déjà dans son esprit et il savait déjà qui il utiliserait pour arriver à ses fins.
Il ne parvenait néanmoins pas à éprouver l'excitation des débuts. Sa vengeance était désormais assombrie par le spectre de Tom Jedusor. Son ombre planant au dessus de sa tête et menaçant de s'abattre sur lui s'il ne trouvait pas le journal. Il fallait qu'il remette la main dessus. Une fois les pages concernant Jedusor arrachées, ce dernier le laisserait en paix …
Mais désirait-il réellement que Jedusor disparaisse de sa vie ? Après tout, ce dernier était puissant. Il était peut être la seule personne capable de le débarrasser de Potter pour de bon. Peut être que grâce à lui la roue allait tourner. Avait-il ce pouvoir ? Il l'espérait de tout son cœur. Mais pour le moment, il ne pouvait rien lui demander. Il n'était pas en position d'exiger que que ce soit. Il frissonna à l'idée de sa punition s'il échouait.
Cela n'arriverait pas. Il vengerait sa mère et sauverait Lily. C'était une promesse qu'il s'était faite et qu'il ne briserait pas. Il avait besoin d'enveloppes … et de cette pimbêche de Mary McDonald.
Sirius s'était arrangé pour ne pas se retrouver seul une seule seconde ces derniers jours. Il avait consciencieusement ignoré les photos de Regulus dont les yeux l'avaient suivi où qu'il aille, comme une accusation silencieuse à laquelle il ne pouvait se soustraire. Il n'avait rien laissé paraître … Ça avait plus difficile que prévu. Il s'était émancipé et avait été déshérité par ses parents mais Regulus serait toujours son petit frère. Son petit prince. Et sa disparition le plongeait dans une détresse qu'il n'avait plus expérimenté depuis qu'il avait fui le 12 Square Grimmauld.
Une part de lui savait que quelque chose de terrible était arrivé à son cadet. Il n'avait jamais été superstitieux et n'était pas du genre à prendre au sérieux les personnes qui affirmaient avoir des pressentiments de ce genre mais la certitude de la mort de son petit frère lui tordait les entrailles et il ne pouvait rien faire pour chasser ses morbides pensées de son esprit.
- Sirius, tu n'as presque rien mangé … Lui fit remarquer Dorea, un pli soucieux barrant son front.
- Désolé … Répondit-il en se concentrant sur son assiette, portant sa fourchette à sa bouche en un mouvement machinal, régulier, et répétitif qui ne fit qu'inquiéter davantage sa tante.
- Si tu veux en parler …
- Je vais bien ! La coupa-t-il sans la regarder et avec un peu trop de virulence pour que cela soit convainquant. Est ce que je peux sortir de table ?
- Bien sûr mon cœur, lui répondit-elle.
Il s'en voulu de la repousser mais il ne voulait pas l'inquiéter. S'il la laissait approcher, il s'effondrerait. Elle avait déjà fait beaucoup pour lui. Plus qu'il ne le méritait. Elle était devenue la mère qu'il avait toujours rêvé d'avoir, le traitant comme son propre fils. Il lui arrivait même d'oublier que ce ne fut pas le cas. Mais la disparition de son petit frère l'éloignait des Potter. Il ne pouvait s'empêcher de regretter de l'avoir abandonné derrière lui. S'il n'était pas parti, s'il était resté avec lui … Alors il serait encore là. Soudain la gentillesse et l'hospitalité des Potter l'étouffaient. Il avait été facile de tout oublier à leurs côtés mais la réalité s'était chargé de lui rappeler douloureusement qu'on n'échappe pas indéfiniment à son passé. Le sien l'avait rattrapé et de la plus cruelle des manières, lui arrachant la seule personne qui l'avait aimé.
Il sentit le regard de James dans son dos tandis qu'il quittait la pièce. C'était plus difficile encore à cause de lui. James était son meilleur ami et bien plus que ça. Il était son frère. C'était ce qu'il avait toujours dit et ce qu'il pensait mais soudain ce sentiment était terni par la culpabilité d'avoir remplacé Regulus. Il avait un frère mais il lui avait préféré un autre. Il attrapa son casque et ses clés de moto. Il avait besoin de prendre l'air.
- Sirius.
Il se tourna. Charlus l'avait suivi. Sirius éprouvait une admiration sans borne pour le père de James et il était la personne envers laquelle il éprouvait le plus de reconnaissance. Dorea était sa tante et James son cousin mais pour Charlus, il n'était personne. Pourtant, il l'avait accueilli chez lui sans hésiter. Il lui avait tout donné … même son nom. Peu de personne étaient au courant qu'il se nommait désormais « Sirius Potter », lui même ne s'étant pas parfaitement habitué à ça.
- Conduire lorsqu'on est contrarié est une mauvaise idée, lâcha il finalement en tendant la main vers lui pour qu'il lui rende les clés ainsi que le casque.
- On dirait un spot de pub, répondit Sirius en s'exécutant malgré tout, ne désobéissant jamais à Charlus bien que ce dernier ne fasse que rarement preuve d'autorité, laissant généralement Dorea se charger de cette partie qu'il jugeait désagréable.
- Le couvre feu est à minuit, lui rappela Charlus.
- 23h30, le corrigea Sirius, amusé qu'il ne soit même pas au courant de ça.
- 23h30, répéta Charlus.
Sirius enfonça ses mains dans ses poches, marchant silencieusement, longeant les grandes grilles menant aux propriétés des riches familles de la ville. Inconsciemment ou pas, ses pas le portèrent jusqu'à l'une d'elle. Il l'observa quelques minutes avant de pousser la grille, remontant l'allée, les graviers crissant sous ses pieds. Personne n'y vivait depuis la mort de l'oncle Alphard. Techniquement, elle lui revenait puisque ce dernier lui avait légué la totalité de sa fortune et de ses biens. Il ne pourrait néanmoins en jouir que lorsqu'il aurait vingt et un ans. Il n'était pas certain de vouloir y vivre un jour. Il espérait qu'il quitterait Salem dès la fin du lycée. Peut être pour faire le tour du monde avant de finalement rejoindre les bancs de la fac. Il n'était pas certain de vouloir faire de longues études, il n'avait jamais été bien studieux contrairement à Regulus. Il s'arrêta face au lac qui s'étendait à perte de vue derrière la propriété. Les eaux étaient aussi noires que le ciel. Les étoiles semblaient avoir déserté celui ci.
Les souvenirs les plus heureux -et probablement les seuls- de son enfance prenaient place ici. Si la chance lui souriait, sa mère annulait leur vacances annuelles dans les Hamptons après une énième infidélité d'Orion et c'était chez l'oncle Alphard qu'ils passaient l'été. Regulus et lui se baignaient toute la journée, jouaient et se battaient dans l'eau, et ne rentraient qu'une fois la nuit tombée. Parfois l'oncle Alphard allumait un feu et ils se gavaient tous les trois de marshmallows et d'histoires de fantômes.
La même ombre venait mettre un terme à leur bonheur, celle de Monsieur Kreacher, envoyé par leur mère pour les ramener dans le froid et sombre hôtel particulier des Black. Cette même ombre se dessina soudain à ses côtés et une voix lui souffla qu'elle était encore une fois de mauvaise augure.
- Monsieur Sirius.
- Pas la peine de m'appeler comme ça, je ne fais plus parti de la famille que tu sers, répondit le garçon, refusant de regarder l'intrus. Qu'est ce que tu fais ici ?
N'obtenant pas de réponse, il tourna légèrement les yeux vers le vieil homme qui se tenait le dos voûté, son regard ostensiblement fixé sur les eaux sombres du lac. Il le haïssait de toute son âme. Combien de « corrections » lui avait-il infligé sur ordre de Walburga. Et avec tellement de zèle. Il y prenait plaisir. Il l'avait lu dans son regard chaque fois que sa main s'élevait avant de s'abattre sur lui. Il avait souvent rêvé qu'il le tuait. Il rêvait toujours de ça. Son regard glissa sur les mains de l'homme. Elles lui paraissaient si immenses lorsqu'il était petit. Il se figea brusquement, ses pensées meurtrières disparaissant comme neige au soleil en remarquant qu'il serrait entre ses doigts anguleux … le journal ?!
- Qu'est ce que … Où est ce que tu as trouvé ça ? S'écria-t-il en arrachant l'objet des mains du vieux majordome.
- Le jeune maître …
- Où est Regulus ? Hurla Sirius en attrapant celui qui avait été son bourreau par le col, le secouant sans ménagement.
- Il a prit la barque, bredouilla Monsieur Kreacher, des larmes commençant à couler sur ses joues émaciées. Il a dit qu'il allait s'en débarrasser. Il n'est pas revenu.
- Non … tu mens. Comment est ce que tu aurais ce truc alors s'il est parti avec ! Hurla-t-il en agitant le journal furieusement. Hein !
- J'ai pris une autre barque pour le rejoindre. Mais c'était trop tard. Il n'était plus là, il n'y avait plus que le journal … Cet instrument du diable …
Sirius fixa le lac avant de foncer vers l'eau. Le serviteur de la famille Black le rattrapa. Ce vieux cinglé possédait plus de force qu'il n'y paraissait et bien qu'il se fut débattu avec toute l'énergie que lui conférait le désespoir, il ne parvint pas à se défaire de l'étau des bras de Kreacher.
- Vous ne pouvez pas y aller avec le journal, vous allez finir noyé comme Lui. N'y allez pas.
- Lâche moi ! Sanglota Sirius. Reg ! Hurla-t-il. Pitié … ajouta-t-il plus bas. Prenez moi à la place. Prenez moi.
La suite était plus que floue. Il ne se souvenait pas des sirènes de police ni du trajet jusqu'au poste. Il ne se souvenait pas des questions des policiers et encore moins d'y avoir rien répondu. Il ne se souvenait pas de Walburga hurlant qu'il était coupable, ni de Dorea qui promettait de lui coller un procès pour diffamation si elle ne la fermait pas. Il ne se souvenait ni du bras de James autour de ses épaules, ni de la main de Charlus dans ses cheveux. Il ne se souvenait ni du trajet en voiture, ni d'être monté dans sa chambre. Il ne se rappelait pas s'être endormi et il ne se souvenait pas des cauchemars qui avaient hanté son sommeil. Lorsqu'il ouvrit les yeux quelques heures plus tard, il ne se souvenait que d'une seule chose : son petit frère était mort.
Encore merci pour vos messages et vos reviews !
À bientôt pour la suite !
