Chapitre 12 – Recueillement Reine d'un jour
Réveillée, Aliya se réveilla tôt après un doux rêve. Elle jeta un œil à sa droite : Pagan était encore profondément endormi. Attendrie, elle le contemplait : quelle innocence…pour quelqu'un réputé froid et violent.
Le tyran s'éveilla quelques heures plus tard…et fut déçu de ne pas voir sa colombe près de lui. Elle entra dans la chambre quelques secondes plus tard.
-Ah, bon timing. Bonjour.
-Bonjour, ma colombe. Je pensais que tu m'avais déjà abandonné…j'aurais aimé me réveiller près de toi.
-Je me suis levé tôt, et j'ai eu envie de…de faire ça.
Pendant qu'il se redressait, elle s'assit à côté de lui et lui tendit une petite assiette. Pagan s'émerveilla.
-Ne serait-ce pas ton fameux gâteau ? Quelle délicate attention ! Tu viens d'égayer ma journée !
Il fit d'abord mine de le manger proprement, mais il abandonna bien sa cuillère et le mangea à la main.
-Tu t'en es mis partout.
Pagan prit une mine un peu gênée, répondant qu'il n'avait pas pu résister. Aliya prit un air sérieux.
-Je…je souhaiterais te demander une faveur…
-Bien sûr, ma douce, que veux-tu ?
-Est-ce que je peux me rendre à Kalaiya, aujourd'hui ? Je…c'est l'anniversaire de…de la mort de mes parents.
Le tyran leva un doigt, demandant à sa colombe d'attendre qu'il finisse de savourer sa dernière bouchée.
-Bien sûr. Je t'accompagnerai.
-Tu n'es pas obligé de te déranger…
-Que racontes-tu là, ma précieuse, cela ne me gêne pas du tout. Je souhaite rencontrer mes futurs beaux parents.
-Je n'ai pas encore dit que je t'épouserai…
-Ah, est-ce que cela veut dire que tu y penses ?
-Ne te fais pas d'idées…
-Hm hm.
-Tu dis vouloir les rencontrer, mais je ne pense pas qu'ils seront en mesure de te dire quelque chose…
-Alors, cela voudra dire que j'ai leur bénédiction.
Aliya sourit, puis alla se préparer, laissant le tyran faire de même. Ils mirent trois quart-d'heure en hélicoptère. A la vue de sa maison, le cœur d'Aliya se serra. Après un moment, elle entra et, sans un mot, se dirigea vers un meuble. Elle en ouvrit les portes et toucha les urnes du bout des doigts avant de saluer ses parents et s'excuser de ne pas être venue plus tôt. Le dictateur s'approcha et contempla la photo qui surplombait les urnes.
-Qu'est ce qu'ils diraient s'ils me voyaient telle que je suis maintenant ?
-Hm…certainement ce que tout parent dirait : que tu es devenue une belle jeune femme, qu'ils sont fiers de toi et du fait que tu es quelqu'un de bien.
-Fiers du fait que je tue des gens ?
-La noble cause de ces actes les auraient rendus fiers. La tâche que tu t'es assignée est très difficile.
-Mais je suis quand même devenue un monstre…
Elle le regardait, les larmes aux yeux. Il prit ses mains et lui sourit.
-Tout parent souhaite que son enfant se sente bien. Le fait que tu te sentes enfin vivre n'est-il pas suffisant ? Le monstre que tu es devenu est un serviteur de la paix, et cela est tout à ton honneur.
-…Mais je prends des vies…je ne suis pas plutôt devenue détestable ?
-Absolument pas. Tu prends des centaines de vies pour apporter la paix à un millier d'autres tu n'as pas à ta blâmer.
Il amena les mains de sa colombe à sa bouche pour les embrasser.
-Même moi, Pagan Min, me prosterne devant tant de dévotion. Tu es une personne exceptionnelle, et c'est pour cette raison que je souhaite que tu deviennes la reine de Kyrat…Ma reine.
Son regard intense et ses paroles la firent rougir. Il haussa les épaules.
-Si tu es vraiment inquiète, tu pourras leur parler quand tu les rejoindras. Un jour que je souhaite extrêmement lointain.
-Oh, c'est mignon, tu t'inquiètes pour moi ?
-Mais bien sûr, quelle question !
-Alors pourquoi tu m'as faite mercenaire au lieu de me garder au palais ?
-A Kyrat, il faut être fort je voulais que tu saches te défendre.
-Je vois…
-Tu ne cesses de dépasser toutes mes espérances…tu es vraiment parfaite.
-Personne ne l'est.
-Sauf toi.
-Quel beau parleur…tu dis ça parce que tu m'aimes !
-Effectivement. Je me suis réellement attaché à toi, ma colombe.
L'air taquin d'Aliya s'effaça peu à peu face au visage sérieux de son interlocuteur. A ce moment, le téléphone de ce dernier sonna. Voyant que le coup de fil allait être long, il dit à sa précieuse de prendre son temps et qu'il l'attendra dans l'hélicoptère pour qu'elle puisse se recueillir pleinement. La jeune femme se retourna alors et fixa la photo de ses parents, Eric et Sevati.
Ils s'étaient connus lors d'un échange étudiant. Sevati accoucha d'Aliya alors qu'ils étaient séparés, ce qui avait relancé leur amour alors que leur couple battait de l'aile. Mais les conflits et le fait qu'elle soit née hors mariage faisant trop pression sur le couple, ils n'avaient de cesse de se disputer. Dès qu'elle put le faire, Aliya partit en France chez son oncle pour faire ses études. Malheureusement, elle apprit leur mort moins d'un an plus tard, et elle n'avait pas pu assister à leur incinération. D'après les informations qu'elle a eut, ils ont été tués par une bombe suite à un conflit.
Un moment, elle remarqua un creux derrière la photo. Elle enleva une punaise et découvrit une boîte. Elle la prit, l'ouvrit lentement et découvrit trois lettres et un collier avec son initiale pour pendentif. Elle lut la première lettre.
« A notre chère fille,
Si tu as trouvé cette lettre, cela voudra dire que nous ne sommes plus de ce monde. Comme tu as dû avoir grandi ! Tu dois être devenue si belle…quelle tristesse de ne pas pouvoir voir ça de nous-mêmes.
Nous savons que nous t'avons causé beaucoup de torts…et nous t'en demandons pardon. Malgré tout ce qu'il s'est passé, sois sûre que nous t'aimions, et que l'on aurait vraiment voulu t'offrir une meilleure vie, plus chaleureuse.
Tant de choses à te dire, mais si peu de temps...
Notre seul souhait est que tu trouves ta place dans ce monde, et que tu t'y sentes bien. Nous savons que tu feras de grandes choses dans ta vie.
De là haut, nous veillerons à jamais sur toi.
Eric et Sevati, tes parents qui t'aiment. »
Elle eut les larmes aux yeux. Reprenant ses esprits, elle entreprit de lire les deux autres lettres, chacune écrite par un parent. Son père la somma de ne jamais oublier les bons souvenirs, d'en créer d'autres et de devenir ce qu'elle souhaitait être. Sa mère lui demanda de trouver un bon mari et d'aimer ce qu'elle faisait, quoi que cela fût.
Après toutes ces paroles, elle se dit – quand même avec un peu de mal – que le monstre qu'elle était devenue n'était peut-être pas aussi détestable qu'elle le pensait. Elle mit le collier et le regarda intensément avant de se promener dans la maison. Puis, elle referma le meuble et rejoignit le tyran.
-Ah ! Tu as fini ?
-Oui, on peut y aller.
Ils décollèrent. Aliya fixa la maison jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus la voir, puis elle s'assit correctement.
-Quel beau collier que tu as là.
-Merci. Je l'ai trouvé dans une boîte cachée derrière la photo. Il y avait trois lettres aussi.
-Trois lettres ?
-Oui : deux écrites par un parent et une par les deux.
-Je vois. Puis-je te demander ce qu'ils ont écrit ?
-Ce que tout parent dirait…
-Ne te l'avais-je pas dit ? Ah, la science infuse !
-Arrête d'être prétentieux.
-Je ne suis pas prétentieux, je dis simplement la vérité.
-Mon dieu, mais d'où vient toute cette arrogance ?
-Ce n'est pas de l'arrogance, c'est une extraordinaire confiance en soi. Cela ne fait-il pas partie de mon charme ?
-Ahh, non, pas du tout !
-Oh, dommage…qu'est ce qui fait mon charme, alors ?
Aliya sentait cette question venir et ne put s'empêcher de sourire.
-Hm…je ne sais pas…
-Oh, ma colombe, dis-le-moi, s'il te plaît. J'aime quand tu parles de moi.
Elle lâcha un rire un peu consterné. Après quelques secondes, elle lui dit le fond de sa pensée : elle lui dit ce qu'elle appréciait en lui, mais avoua sa préférence pour ses yeux, possédant quelque chose d'irrésistible. Lui, la regardait avec attention pendant tout ce temps. Il s'approcha d'elle sournoisement et lui vola un baiser. Surprise, elle détourna les yeux, les joues toute rouges.
-Euh…hum…merci de m'avoir laissé aller voir mes parents.
-C'est normal, ma précieuse. Puis-je te demander quelque chose, moi aussi ?
-Quoi ?
-Veux-tu m'épouser ?
-…Non.
-Pourquoi ?
-…Je ne ressens pas l'envie de me marier…pour l'instant…
-Dans ce cas, quand tu changeras d'avis, tu me le diras.
Elle rit. Quand ils rentrèrent, ils déjeunèrent. Ensuite, Aliya dit à Pagan qu'elle fera ce qu'il voudra pour le reste de la journée, comme il lui avait dédié la matinée.
Après un temps de réflexion, il lui demanda de s'habiller comme une reine, et de faire comme s'ils étaient mariés. Bien qu'un peu réticente au début, elle finit par le faire.
Quand elle revint habillée comme il le voulait, il fut ébloui devant sa beauté. Très gênée au début, elle finit par se prendre au jeu, trouvant étrangement la situation plus agréable qu'elle le pensait.
Ils se promenèrent, refirent le monde en discutant pendant des heures, tout cela dans une atmosphère particulière qui donna des ailes aux deux époux d'un jour.
Les yeux du tyran étaient particulièrement brillants. Il n'arrêtait pas de la complimenter, et soutenait son souhait de faire d'elle sa femme, ce qui avait le don de la gêner. Ils finirent par continuer de discuter sur le balcon du dictateur en admirant la lune ensemble.
-Cette journée a été l'une des plus belles de ma vie! Ce n'est pas tous les jours que l'on passe sa journée avec une reine mercenaire aussi majestueuse!
-Hm…heureuse que cette journée t'ais plu à ce point.
-Tourne-toi, que je te regarde encore.
Il recula d'un pas pendant qu'elle se tournait vers lui. Partant du bas, ses yeux montèrent lentement avant de rester sur le visage de la jeune femme, qui rougit un peu. Puis il se rapprocha d'elle et la prit dans ses bras avant de l'embrasser. Pendant qu'il descendait ses baisers vers son cou, il abaissa la fermeture de sa robe pour dévoiler ses épaules avant de les parcourir avec ses lèvres et ses mains. La jeune femme leva la tête, frissonnant sous les attouchements de son mari d'un jour. Contrôler sa respiration devenant difficile, elle mit ses mains sur son torse pour le pousser lentement, mais ne détacha pas son regard du sien. Il couvrit les mains de sa colombe et lui offrit un beau sourire.
-Je…Puis-je à nouveau dormir avec toi, ce soir?
-Comment pourrai-je dire non ?
Elle se mordit la lèvre inférieure et lui dit qu'elle reviendrait dans quelques minutes. Elle-même fut étonnée d'avoir senti sa bouche bouger toute seule pour lui poser cette question. Mais tout ce dont elle avait envie, c'était de s'endormir dans le cadre magique qu'il lui avait offert pendant cette journée. Elle se baigna en vitesse et revêtit une robe de nuit avant de le rejoindre. Il la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle s'installe à côté de lui. Le regardant timidement, elle n'osait pas dire quoi que ce soit. Il la prit dans ses bras et posa un baiser sur son front.
-Merci pour cette journée, ma précieuse. J'ai réellement apprécié.
Il s'endormit doucement, le sourire aux lèvres, puis sa reine le suivit, la tête pleine d'étoiles.
