Chapitre Vingt
Une nouvelle menace
Défi d'Aventures n° 7
Contraintes :« Adoptez le point de vue d'une créature du Cratère […] Il vous faudra écrire votre texte au présent de l'indicatif. »
Cette odeur... C'est la première fois de ma vie que je la perçois, et pourtant, je sais ce qu'elle signifie. Je ne peux pas me tromper. Je les ai retrouvées. Elles sont là, bien à l'abri dans cette construction humaine. Les rumeurs de la forêt disaient donc vrai. Les créatures qui ont décimé ma famille, qui ont chassé mon clan de cette plaine sont toujours là.
J'étais encore jeune quand nous avons pris la fuite. Je n'ai pas pris part aux combats qui m'ont enlevé mes parents et mes frères. Aujourd'hui, après tant de lunes d'exil et de rancœur, je suis parvenu à les localiser. Un profond désir de vengeance bouillonne en moi. Je dois analyser la situation, prévenir les miens et définir avec eux une stratégie. Nous allons reprendre le contrôle de nos terres.
Je m'approche de la bâtisse et me terre dans un buisson. La puanteur me répugne, mais je tiens bon. Plus j'en apprendrai sur nos adversaires, plus je serai utile aux miens.
Les rumeurs de la forêt évoquent le fait que nos ennemis ont pris possession de cet endroit après la bataille qui a causé notre perte. Certains animaux prétendent même que ces bêtes sont parvenues à chasser les humains qui vivaient là. Pourtant, c'est étrange, cet endroit semble plein de vie. Plusieurs chevaux déambulent dans un enclos, en compagnie d'un gros chien... À moins qu'il ne s'agisse d'un loup ? J'ignore qui vit ici, mais une chose est sûre : ce sont certainement des individus très étranges...
Après quelques minutes d'attente, la porte s'ouvre, envoyant vers moi une vague nauséabonde. Une des créatures approche. J'ai du mal à croire ce qui se déroule devant moi. Un de ces monstres est là. Une masse noire, velue, qui avance lentement malgré ses quatre paires de pattes. J'aperçois sa tête immonde et ses crocs meurtriers. Cette... Chose est née pour tuer. Cependant, elle semble être encore jeune... On dirait... qu'elle a peur d'avancer.
Je remarque alors une autre silhouette qui émerge des profondeurs de la bâtisse. Un... Un humain ? Comment est-ce possible ? Il s'approche du monstre au lieu de le fuir... Il... lui caresse la tête ! Il lui parle !
« Allez, Gérard, viens, n'aie pas peur. Tu vas voir, une petite promenade dehors va te faire du bien. Allez, ma fifille ! »
La créature a un nom... L'humain aux oreilles pointues l'accompagne, l'encourage. Je ne vois qu'une seule explication possible. Ces choses, que les miens appellent "araignées", sont parvenues à dresser les humains. Si j'en crois l'attitude servile et l'air benêt de l'humain aux grandes oreilles, les bipèdes qui vivaient ici sont en réalité devenus les esclaves de nos ennemis. Voilà qui va compliquer notre tâche. Bien entrainés et avec une stratégie réfléchie, nous pouvons vaincre les araignées. Les humains, en revanche, pourraient nous surpasser facilement. Plusieurs générations avant la mienne, ceux de mon espèce avaient pour habitude de manger les humains imprudents qui se perdaient dans les bois. Aujourd'hui, aucun de mes semblables n'a même goûté cette chair... Nous n'aurons pas d'autre choix que de nous y résigner, cependant. Pour reconquérir ces terres, nous devrons nous débarrasser de tous les habitants de cet endroit, humains et araignées, esclaves et maîtres.
L'humain s'approche de mon buisson. Je ne vais pas pouvoir rester par ici. L'araignée le suit de près. Je dois partir, avertir les miens... Tandis que je sors de ma cachette en hâte, j'entends une exclamation de surprise suivie de pas précipités. L'humain retourne vers le bâtiment.
« Hé, les gars, venez voir ! Il y a un lézard géant devant l'auberge ! »
Je poursuis ma route. Quand je reviendrai, cet humain et tous les autres mourront.
