Bonsoir bonsoir ! Il reste dix chapitres... Je vais avoir beaucoup de mal à faire mon deuil de cette histoire moi :(

Merci à Lolitamaguis (j'essaye de leur ménager un peu de temps ensemble, je les aime beaucoup trop :( merci pour tes compliments!) et Aralorn (heureuse que le format te convienne. J'ai toujours rêvé d'écrire une ff où le Drarry est incrusté dans le canon, la voilà Je donne toujours la date de la prochaine update dans ma note de fin, il faut compter une grosse semaine)

Note (1) : référence à Heidi.

Précédemment : Début de l'été entre la cinquième et la sixième années. Lucius est en prison, Harry envoie une lettre d'excuses à Draco. Les deux garçons se retrouvent dans un parc pour enfants et discutent de Sirius, tué par Bellatrix, puis le lendemain, de virginité. Après leur séparation un an plus tôt, ils semblent avoir renoué le contact, mais la guerre est plus menaçante que jamais...

HIBRIDAE

SIXIÈME ANNÉE

Chapitre 21 : Big D et Frottage

''Arrête ton char, Malfouine''

1er juillet 1996 – Chambre de Harry au 4, Privet Drive

« Bip – bip – b – »

Harry éteignit son réveil sans ouvrir les yeux, avant de se remettre en position fœtale, les draps enroulés autour des jambes, l'oreiller serré dans les bras. Il était trop bien dans l'inconscience, il n'avait aucune envie de revenir à la réalité.

Mais ses plans de sommeil bienheureux furent contrariés par son propre esprit : les pensées et les souvenirs fusaient déjà sous son crâne, l'empêchant de replonger dans le néant.

Harry se leva de mauvaise grâce, la journée de la veille défilant dans sa mémoire comme une vidéo en accéléré. Son après-midi au Parc avec Malfoy lui avait laissé un arrière-goût aigre-doux dans l'âme. Certes, Malfoy ne portait pas encore la Marque des Ténèbres, mais il avait couché avec Théodore Nott. A plusieurs reprises.

Maintenant que Harry savait, il se tâtait très sérieusement à acheter un Retourneur de Temps aux enchères pour aller foutre des gifles à son ancien Lui, lui ordonner de se bouger les fesses et, surtout, de ne pas lâcher Malfoy.

Encore un regret à ajouter à une liste déjà bien trop longue...

Dans la douche, un autre sentiment familier, la culpabilité, se fit une place dans sa poitrine. Car il se passait au dehors des choses bien plus graves que la perte de la virginité de Draco Malfoy.

La veille, le journal télévisé de 20H avait diffusé d'étranges vidéos du secrétaire d'État, Herbert Chorley. Une fois, on le surprenait en train de regarder un mur en souriant bêtement, une autre fois, en train de boire l'eau des cabinets. Dans la vidéo la plus récente, il se mettait à imiter le canard au plein milieu d'une réunion avec des représentants étrangers.

Les Moldus songeaient à un burn out. Harry pariait sur un Imperius.

Les informations avaient aussi relaté les meurtres d'Amelia Bones et d'Emmeline Vance, deux noms loin d'être inconnus aux oreilles de Harry.

L'été dernier, lors de son audience disciplinaire, Amelia Bones avait voté pour l'annulation des charges. Quant à Emmeline Vance, elle était un membre notable de l'Ordre du Phénix et figurait sur la photo que Maugrey lui avait montrée.

La Lumière avait perdu deux sorcières...

Harry se brossa les dents en maudissant son impuissance. Si seulement il n'était pas coincé au 4, Privet Drive mais dehors, avec les autres, en train de se battre ! Après s'être habillé, il retourna dans sa chambre pour fourrer un rouleau de parchemin et un stylo dans son sac.

En descendant les escaliers, il entendit Vernon et Pétunia discuter d'un ouragan qui s'était abattu sur le Sud-Ouest pendant la nuit.

– … inadmissible ! Des incompétents, bourrés de diplômes, incapables de prévoir...

Harry se faufila dans la cuisine. Il vola une tranche de pain de mie abandonnée sur le comptoir et sortit discrètement de la maison. Malfoy et lui avaient rendez-vous au Parc une heure plus tard, ce qui lui laissait le temps d'écrire à Ron et à Hermione.

Assis sur le même banc que la veille, Harry s'attela à la tâche. Craignant d'attirer l'attention des Moldus, il n'avait pas voulu emporter sa plume et son encrier. Il n'avait cependant pas pensé au fait que son stylo-bille n'était pas du tout adapté pour écrire sur du parchemin.

Ainsi, une heure plus tard, Malfoy le trouva occupé à repasser sur ses mots avec application, sa langue coincée entre ses dents.

– Qu'est-ce que c'est que cet engin ? grommela le Serpentard, en zieutant le stylo-bille.

Il s'assit à côté de Harry.

– Un stylo. C'est un outil d'écriture, répondit le brun, en parcourant son message des yeux pour détecter les points de i manquants.

– Ça ne m'a pas l'air bien pratique.

– Sur du papier normal, ça fonctionne à merveille. Enfin bref, j'ai fini, dit Harry avec un soupir soulagé, en enroulant ses deux lettres.

Malfoy tendit la main et Harry lui passa le stylo. L'air méfiant, le blond le fit tourner dans ses doigts, le testa sur la paume de sa main, clipsa et déclipsa le capuchon.

– Un monde inconnu pour moi, dit-il en rendant le stylo à Harry. Les Moldus et leurs inventions...

– Tu n'as toujours pas été aller voir un film, je suppose ? On en avait parlé, en troisième année, tu te souviens ?

– Evidemment que je me souviens, rit doucement Malfoy, comme s'il était incongru d'imaginer qu'il ait pu oublier. J'aurais bien aimé mais quand est-ce que j'aurais eu le temps ? Et avec qui ?

– C'est l'été ! Amène ta mère ou... je ne sais pas, dit le Gryffondor, en soupirant longuement. C'est l'été et...

C'est l'été et je suis coincé chez mon oncle et ma tante.

C'est l'été et je ne sais même pas pourquoi j'ai rendez-vous avec toi.

C'est l'été et Voldemort et les Mangemorts ne prennent pas de vacances.

C'est l'été et, à la rentrée, on va retourner à l'école, au lieu de faire quelque chose d'utile.

C'est l'été et je n'ai aucune idée de ce que sera mon avenir.

C'est l'été et ça fait des années que je t'ai dans la peau, Malfoy, mais on tourne en rond.

Harry resta silencieux.

– Potter, murmura Malfoy, un quart d'heure plus tard. Je suis contrit de te tirer de tes sombres pensées, mais quelqu'un approche.

Harry leva la tête et vit, effaré, Dudley et sa bande traverser le parc et venir dans leur direction.

– Hey, Harry ! le salua Dudley avec un sourire moqueur.

– Salut, Big D, répondit Harry d'un ton blasé, en roulant exagérément des yeux.

Dudley continua de sourire et se planta devant le banc, les jambes légèrement écartées. Ses amis se placèrent derrière lui, les mains dans les poches et le même sourire méchant sur le visage.

– Alors comme ça, on a un ami maintenant, Harry ? ricana Dudley en désignant Malfoy du menton. Ou plus qu'un ami ? On a remplacé... comment il s'appelait, déjà ? Ah oui, Cedrrric ? Tu continues de rêver de lui ou maintenant tu passes tes nuits dans les bras de Blondie ici présent ?

Harry sentit Malfoy se raidir à côté de lui, mais lui resta détendu. Depuis l'histoire avec les Détraqueurs un an plus tôt, Dudley avait arrêté de lui chercher des noises. Aujourd'hui, il avait apparemment besoin d'une piqûre de rappel et Harry allait se faire une joie de jouer à l'infirmier.

– Qu'est-ce que tu ferais si je te disais que c'était vrai, Diddy ? Hummm ?

– Je le raconterais à mes parents, bien sûr, répondit aussitôt Dudley. Ils ne seraient pas contents, papa déteste les tapettes – qu'est-ce que tu fais, toi là, avec ta main dans la poche ? Tu veux sortir ta... ta bag... Tu es comme lui, un taré, c'est ça ? Réponds-moi, Blondie !

La main droite enfoncée dans sa poche, Malfoy regardait Dudley avec innocence.

– Moi ? Ma baguette ?

– Ne prononce pas ce mot ! s'exclama Dudley, en jetant un coup d'œil effrayé vers ses amis, qui lui rendirent un regard perplexe.

– De quoi tu parles, Dud ? s'enquit Gordon.

Dudley haussa nerveusement des épaules et se tourna de nouveau vers Harry et Malfoy.

– Tu sais, Big D, dit lentement Malfoy, l'air ravi, c'est très impoli de sortir sa baguette en public. Je réserve ça à nos moments privés, à Potter et à moi. Si tu vois ce que je veux dire...

Dudley fit un bond en arrière.

– Vous êtes dégoûtants, espèces de... de sales pété... pété-rastes ! On s'arrache ! cria-t-il, en faisant signe à ses amis de le suivre.

– C'est quoi son problème ? Qui est ce charmant personnage, en fait ? demanda Malfoy quelques instants plus tard, quand Dudley et sa bande eurent déserté le parc.

– Mon cousin, Dudley, soupira Harry. On a grandi ensemble.

– Ah, tout s'explique ! s'exclama dramatiquement le blond. Comment n'ai-je pas pu remarquer l'amour pur et sain qui vous liait ? Et surtout votre ressemblance physique ? Les épaules musculeuses, les petits yeux perdus au milieu de la figure, les cheveux couleur paille desséchée...

– Arrête ton char, Malfouine, rétorqua Harry du tac-o-tac.

Quand il vit l'expression choquée de son ami, il dut se mordre la langue pour ne pas rire.

– Ça va, ne boude pas, Malfoy. Attends... Les Malfoys ne boudent pas, non ?

– Je ne boude pas, Potter. Ou vois-tu une once de bouderie sur ce beau visage ?

– Là, dit Harry pour l'embêter, en touchant sa joue du bout du doigt. Et là. Et là, et là et... là.

Ce qui n'était qu'une boutade se transforma vite en moment gênant. Malfoy déglutit très sonorement quand le doigt de Harry se posa sur la commissure de ses lèvres, dans une sorte de caresse accidentelle.

xXx

Draco voulait supplier Potter de continuer à le malmener, c'est-à-dire, de lui caresser la joue, la bouche, n'importe quoi. Évidemment, c'était des choses qui ne se faisaient pas en public. Des choses qu'ils ne faisaient pas tout court, Potter et lui, ou plutôt, qu'ils ne faisaient plus.

Leur dernier baiser lui revint soudain en mémoire. Comment avait-il pu oublier ? C'était un an auparavant, dans le Poudlard Express, juste avant les vacances d'été... Oui, enfermés dans le wagon à bagages, ils s'étaient embrassés sur le coin de la bouche, dans un pathétique et miraculeux presque-baiser.

La frustration qu'il avait ressentie à ce moment-là l'assaillit tout à coup, aussi violente qu'à l'époque, peut-être même plus, à la façon d'un feu qu'on ravive et qui repart de plus belle, comme pour rattraper le temps perdu.

Potter avait été absent de sa vie pendant un an et Draco avait cru, comme un idiot, qu'il pourrait vivre tout le reste de son existence sans lui. Comme il s'était trompé ! Quelques rendez-vous dans un parc moldu et la passion était comme neuve, le consumant de l'intérieur.

Qu'est-ce qu'il désirait Potter... Tout ce qu'il aurait voulu qu'ils fassent, là, maintenant, tout de suite, en envoyant le monde, la guerre, Dumbledore et Voldemort se faire mettre !

Mais, par dessus tout, comme Potter lui avait manqué... Ce n'était pas le sexe qui lui avait manqué. Potter et lui avaient beau avoir expérimenté plusieurs choses ensemble, le sexe n'était pas le fondement de leur histoire.

Non, la simple présence de Potter, leurs échanges de piques, leurs petits trucs rien qu'à eux, tous ces tendres moments hors du temps qu'ils avaient passés ensemble, sur fond de rock moldu, c'était ça qui lui manquait.

Évidemment, Draco avait envie d'embrasser Potter, de le toucher de partout, de chérir sa chair et de le faire gémir... mais ce dont il avait vraiment besoin, c'était de passer du temps avec lui. De faire partie de sa vie.

Et c'est pour cette raison que Draco ne broncha pas quand Potter récupéra son doigt en détournant le regard. Etre assis sur un banc public avec Potter lui suffisait. Même s'il mourait un peu de l'intérieur, Draco n'osait pas espérer plus.

Les deux sorciers prétendirent qu'il ne s'était rien passé – jamais mensonge n'avait sonné plus vrai que celui-là – et se mirent à débattre du succès de ''Wonderwall'', le tube d'Oasis qui n'avait pas quitté le top 30 mondial depuis sa sortie en octobre dernier.

Ils passèrent ainsi le reste de l'après-midi à discuter insouciamment, sans aborder aucun sujet sérieux et surtout sans jamais faire allusion à la tension électrique qui les attirait l'un vers l'autre.

Malgré le tumulte qui ravageait leurs cœurs, ils étaient en paix.

xXxxXxxXx

2 juillet 1996 – Chambre de Draco au Manoir Malfoy

Le lendemain, à quatorze heures précises, Potter et Tinky apparurent dans la chambre de Draco.

– Merlin, souffla Potter, en lâchant le bras de Tinky. Est-ce qu'on est dans ta chambre, Malfoy ?

– Où voudrais-tu qu'on soit ? Tinky, apporte-nous de quoi nous restaurer, veux-tu ? Des fruits du verger, par exemple.

L'Elfe de Maison s'inclina respectueusement avant de disparaître.

– Je pensais... Je pensais que Tinky allait m'amener au cinéma, ou quelque part du genre ! Pas...

Potter agita les bras, pour exprimer sa confusion.

– Hier, avant qu'on se sépare, tu m'as dit que tu avais un plan, continua-t-il, l'air toujours aussi perdu. Tu m'as dit que tu connaissais un endroit à l'abri des regards, parfait pour passer une après-midi tranquille. Et c'était ta chambre ? C'est sûr que Dudley ne pourra pas nous y trouver mais... retourner au Parc de mon quartier aurait été moins risqué, Malfoy.

Draco commença à douter. La veille, l'idée lui avait semblé bonne. Avait-il commis une grave erreur, en demandant à son Elfe d'escorter Potter dans sa chambre au Manoir ?

Comme si Draco l'avait appelée, Tinky réapparut à ce moment-là avec un pop sonore. Elle déposa un plateau sur la table basse, s'inclina bien bas et s'évanouit de nouveau dans les airs.

– Assied-toi, Potter, ordonna Draco, d'une voix beaucoup plus assurée qu'il ne l'était vraiment.

Il s'assit au bord de son lit pour montrer l'exemple, mais Potter ne l'imita pas.

– Malfoy, je ne devrais pas être là, dit le Gryffondor, en faisant les cent pas. Si quelqu'un...

– Tu es en sécurité, affirma le blond. Tinky a enchanté ma chambre. Personne ne peut nous y trouver, hormis elle.

– Ta chambre est incartable ? bredouilla Potter, en regardant tout autour de lui, comme pour vérifier la présence des barrières magiques.

– Quelque chose du genre. Je t'avoue que la Magie pratiquée par les Elfes de Maison est difficile à définir et à comprendre pour nous sorci–

– D'accord, le coupa Potter en se détendant considérablement. Je dois être fou mais je te fais confiance.

– Assied-toi alors, tu me stresses, lui demanda de nouveau Draco.

Mais, une fois encore, l'autre sorcier ne l'écouta pas.

Sa surprise et sa panique passées, Potter se mit à inspecter la chambre de Draco. Il laissa son index glisser sur les tranches des livres de sa bibliothèque, penchant parfois la tête pour en décrypter un titre.

Puis il s'approcha de l'enchevêtrement de posters que Draco avait jadis fixés à l'aide d'un Maléfice de Glu Perpétuelle. Draco regrettait amèrement son excès de zèle d'antan à chaque fois que la photo de Gilderoy Lockhart lui adressait un clin d'œil enjôleur.

Potter s'arrêta finalement devant son bureau, où trônaient son lecteur CD et son casque audio.

– Comment tu t'es procuré du matériel moldu ? demanda-t-il, en appuyant sur la mousse du casque Sennheiser, pour en tester la souplesse.

– Pas tes affaires, répondit Draco avec dignité.

– Tu préfères que je te demande pourquoi il y a une photo de moi à onze ans collée sur ton mur ?

Draco blêmit. Il avait accroché cette photo si longtemps auparavant qu'il n'avait même plus conscience qu'elle était là.

– Pour ma défense, je ne te connaissais pas encore à l'époque.

– Ça n'explique pas pourquoi tu l'as affichée... dit Potter, taquin, en s'asseyant finalement sur le lit à côté de Draco.

Il attrapa un petit abricot sur le plateau que Tinky avait apporté et le goba. Il mâcha quelques secondes, la bouche ouverte, puis recracha le noyau dans sa main.

– J'avais onze ans ! Comme tous les autres gamins, j'étais surexcité à l'idée d'aller dans la même école que Harry Potter... J'ignorais qu'il n'avait aucun savoir-vivre, dit Draco les lèvres pincées, en regardant Potter poser le noyau à même la table.

– Tu regrettes de m'avoir rencontré, Malfoy ? demanda Potter, d'un ton badin, bien que son regard était on-ne-peut-plus sérieux.

– Non, admit Draco avec simplicité, en prenant lui aussi un abricot.

Il l'ouvrit soigneusement en deux, déposa le noyau dans une saucière, puis il fourra les deux oreillons dans sa bouche sans aucune manière. Au fond de lui, il avait toujours envié le manque de savoir-vivre de Potter. Il y avait quelque chose de libérateur à faire comme bon lui semblait.

– Tu fais des efforts dans la voie de l'indélicatesse, mais ce n'est pas encore ça. Regarde et apprends, Ô grand prince Malfoy, dit Potter, avant d'engloutir un nouvel abricot, à grands renforts de bruits de mastication.

Draco fit une grimace dégoûtée quand du jus gicla de la bouche de Potter.

– Arrête de faire semblant, ça ne marche pas avec moi, susurra Potter, en haussant un sourcil libidineux. Je sais que tu aimes d'amour mon côté rustre... mon côté brut... ou plutôt brute...

Puis il rit, trop heureux. Draco rit aussi et dit, sans réfléchir :

– Hey, Potter, est-ce que ça te ferait peur, si je te disais que j'ai parfois l'impression que tu es la seule chose de bien qui me soit arrivée ? La seule chose qui compte vraiment ?

Potter arrêta de rire. Quant à Draco, il était mortifié. S'il possédait une Cape d'Invisibilité, il se serait sûrement enroulé dedans. Pourquoi diable venait-il de faire une si gênante confession ?

Il y avait des choses qu'on ne pouvait tout simplement pas avouer. C'était embarrassant, voire bizarre. Lui-même ne saurait pas comment réagir si quelqu'un lui parlait avec une telle franchise. Peut-être qu'il ferait la sourde oreille.

Un peu comme la fois où son père lui avait dit « je t'aime ».

– Est-ce que ça me ferait peur ? répéta Potter, quand il eut retrouvé la parole. J'ai peur de beaucoup de choses, mais pas de toi, Malfoy. J'ai bien plus peur que ta mère ou que... quelqu'un d'autre... nous surprenne.

– La porte de ma chambre est infranchissable, expliqua Draco machinalement. Tinky a installé les sortilèges de protection au tout début des vacances. Ça fait une semaine et personne n'a cherché ou réussi à entrer dans ma chambre.

– Certes mais–

– Oh, je conçois tout à fait que tu ne te sentes pas vraiment en sécurité chez moi, c'est aussi mon cas, ricana faiblement le Serpentard. Cependant, si ça peut te rassurer, j'ai un plan de secours. Dans le cas où les choses tourneraient mal, Tinky a pour ordre de te faire transplaner en lieu sûr loin, très loin du Wiltshire.

– Et toi ? Que t'arriverait-il ?

– Je préfère ne pas y penser. De toute façon, personne ne te trouvera ici. Sincèrement, quel imbécile chercherait le Garçon-qui-a-survécu dans le QG du Seigneur des Ténèbres ?

Potter lui donna un coup de coude, comme pour lui demander de rester sérieux.

– Non mais avoue-le, Potter, personne de sain d'esprit ne pourrait croire que tu es vraiment là, continua Draco, le cœur inexplicablement serré. Harry Potter, dans ma chambre... ? Ça ne peut être qu'un rêve éveillé.

– Ah, je ne sais pas, soupira Potter, avec un soupçon d'amusement dans la voix. Je ne peux pas m'exprimer pour les autres habitants de ce Manoir, mais personnellement, cette situation est loin de me paraître aussi absurde que tu le laisses entendre. Toi et moi, assis sur le rebord d'un lit, grignotant et devisant de tout et de rien ? Je crois me souvenir que c'est déjà arrivé par le passé...

– Attends, laisse-moi deviner, Potter... est-ce que ça te rappelle nos pique-niques champêtres, quand nous vivions dans les Alpes Suisses, en compagnie de notre Saint-Bernard Hercule et de notre chèvre Blanchette ? (1)

– Les Alpes ! L'air pur des montagnes me manque, renchérit Potter, joueur. Comme le temps a passé depuis...

– Nous qui n'étions que des enfants à l'époque, nous avons grandi.

– Vieilli.

– Parle pour toi, Potter. Je suis au sommet de ma forme.

– Je n'en doute pas, rit le Gryffondor. Mais plus sérieusement, ça fait un bail qu'on n'a pas traîné comme ça, rien que toi et moi. Ça me rend un peu nostalgique...

Draco acquiesça. Il comprenait parfaitement son sentiment. Parfois, souvent même, il rêvait de remonter le temps et de retrouver l'insouciance de ses treize ans, cette l'époque où tout semblait si facile et pourtant si compliqué...

Quand Potter et lui tâtonnaient sans savoir où ils allaient, découvrant leurs corps respectifs avec émoi et maladresse, persuadés qu'ils étaient les premiers sur Terre à le faire.

Draco sourit pour lui-même. Malgré leurs expériences sensuelles, qu'est-ce qu'ils étaient innocents ! Ils s'embrassaient, se touchaient, se suçaient, mais jamais ils n'auraient pu imaginer coucher ensemble. Faire l'amour ? A treize ans, cela devait leur paraître totalement surréaliste.

Mais maintenant ? Un simple sourire de Potter lui donnait des envies de pénétration.

Draco se rappela soudain qu'il avait déjà vu Potter nu, entièrement nu, dans la Salle de Bain des Préfets, en quatrième année. Ah, ça lui revenait. De retour dans son lit, faible créature qu'il était, il s'était même branlé en pensant à Potter, à son corps maigre et mouillé, à ses cheveux emmêlés et humides, à ses fesses fermes et tentatrices.

Merlin, il avait une érection.

Potter déglutit sonorement quand il remarqua l'état dans lequel était Draco. Ce dernier aurait dû être affreusement gêné mais il rougit à peine. A quoi bon se cacher ou se confondre en excuses ? Potter avait toujours su qu'il lui faisait un effet dingue. Il savait qu'une seule caresse suffisait pour que Draco s'emballe, même pas, un regard, ou un putain de sourire...

– Draco... murmura Potter en le regardant droit dans les yeux, la voix saturée d'émotion.

Merlin, Potter était magnifique. Draco se força à ne pas détourner le regard. C'était aussi difficile que de regarder le soleil sans ciller.

– Oui ? réussit-il à dire, relevant à peine le fait que Potter l'avait appelé par son prénom.

– Tu m'as vraiment manqué, l'année dernière.

– Toi aussi, répondit doucement Draco.

L'échange était banal. Draco avait pourtant l'impression que son cœur allait exploser. Merde, c'était bon d'entendre ce genre de choses. Qu'est-ce qu'il donnerait, pour que Potter lui dise qu'il le trouvait beau, attirant, lumineux... pour qu'il lui confesse avoir passé une année de merde sans lui, pour qu'il le supplie de rester avec lui, de partir avec lui, d'être avec lui !

Mais comme Draco n'avait pas encore totalement perdu l'esprit, il garda le silence et ouvrit simplement les bras. Potter n'hésita pas un instant et se blottit contre lui.

Draco inspira un grand coup quand il referma ses bras sur Potter. Il se sentait si léger, soudain, comme lorsqu'on se réveille après un cauchemar ou qu'on remonte à la surface après un concours d'apnée.

Il n'y a rien de plus délicieux que d'être dans les bras de quelqu'un qui nous est cher, songea-t-il.

Décidément, la période où il détestait le contact physique était loin derrière lui. Il avait arrêté de repousser les baisers de sa mère et les accolades de ses camarades quelque part au cours de sa quatrième année, l'année où les Ténèbres avaient repris du service.

En cinquième année, il avait aussi pris l'habitude de serrer Théo dans ses bras chaque soir avant d'aller se coucher. Et Pansy lui faisait des comfort hug dès qu'elle sentait qu'il en avait besoin.

Mais étreindre Potter était comme étreindre quelqu'un pour la première fois. Etreindre Potter faisait partie d'un tout autre pan de réalité.

C'était comme détenir un secret ou un feu follet, c'était se rouler en boule sous sa couette alors qu'il pleut dehors. Ça semblait tout neuf et tremblotant, mais aussi vieux comme le monde. C'était rentrer dans une maison où l'on se sent immédiatement chez soi, puis se rendre compter qu'on y a déjà habité.

C'était comme si, depuis des années, Potter continuait à être une nouveauté dans la vie de Draco, comme si Draco n'arrivait toujours pas à réaliser.

Avec un humm heureux, Potter enfouit son nez dans le cou de Draco. Ce dernier retint un grognement de plaisir. Sentir le souffle chaud de Potter, sentir ses lèvres toucher presque sa peau, ça lui donnait des pensées dangereuses.

Il pourrait tuer pour que Potter lui fasse de nouveau un baiser dans le cou. Il se rappelait si bien de la bouche de Potter qui le connaissait par cœur, de ses dents qui savaient où mordre et de sa langue qui savait où lécher, et de ses halètements toxiques, tant ils étaient excitants.

A ces pensées, l'érection de Draco, sous ses robes, se fit encore plus dure. Le blond bougea imperceptiblement. Il se rendit compte qu'il avait mal aux bras et que leur position n'était pas très confortable, en réalité.

Ils étaient assis côte à côte sur le bord du lit et devaient se contorsionner pour se faire ce câlin.

Draco s'écarta avec regret. Potter ne sembla pas vexé. Au contraire, sans consulter l'hôte des lieux, il fit sauter ses chaussures et ses chaussettes et s'allongea dans le lit, l'air très sûr de lui, comme s'il habitait là.

Draco ne réfléchit pas une seconde de plus et il enleva lui aussi ses chaussures et ses chaussettes.

Sans un mot, il se glissa à côté de Potter sous la couette d'été et, aussi simplement que cela, ils étaient au lit ensemble, en un début d'après-midi de juillet. Potter l'attira contre lui et ils étaient de nouveau en train de se faire un câlin, sauf que cette fois-ci, leur position était confortable, et leurs corps entiers s'étreignaient.

Leurs jambes s'emmêlèrent, leurs torses se plaquèrent l'un contre l'autre et leurs bassins se retrouvèrent alignés. Sentir leurs érections toutes proches, palpitantes, mais séparées par des vêtements, était à la fois grisant et terriblement frustrant.

Dans son caleçon, le sexe de Draco tremblait et tressautait, au bord des larmes : il rêvait de se frotter contre la jambe de Potter. Toutefois, Draco ne lui prêta aucune forme d'attention.

Il était excité – avait-il déjà été aussi excité de sa vie ? – mais son excitation ne faisait pas le poids face à l'émerveillement qu'il ressentait. Il était avec Potter. Il était dans son lit avec Potter. L'adoration l'emportait sur le désir.

Jouir gâcherait tout. Jouir mettrait un terme à ce moment et Draco voulait justement que ce moment dure toujours. Il voulait que sa vie ne soit plus que cet ensorcelant entre-deux, où la tension le rendait fou et où Potter constituait le seul élément de son univers.

Mais l'immobilité éternelle n'était apparemment pas dans les plans de Potter. En effet, après un petit quart d'heure sans geste ni parole, Potter remua légèrement et Draco sentit ses doigts se poser sur son épaule.

Surpris, le Serpentard rouvrit les yeux. Il les referma dès qu'il remarqua que ceux de Potter étaient toujours fermés. De toute façon, Draco préférait garder les paupières closes. Ainsi, la présence de Potter l'envahissait par le biais de ses autres sens, mille fois plus puissante.

Son odeur caractéristique, que Draco retrouverait à coup sûr dans l'Amortentia, même s'il n'avait jamais eu l'occasion d'en renifler, ses os saillants, qui cherchaient à atteindre Draco au plus profond de sa chair, ses cheveux épais et rugueux, qui chatouillaient le cou de Draco, et son bras que Draco écrasait...

Et son autre main, celle qui traçait des cercles tendres sur l'épaule de Draco. C'était à peine si ses doigts effleuraient sa peau, tant ils étaient légers et lents.

C'est comme si une fée dansait sur mon épaule, songea le blond.

Pendant plusieurs minutes, il profita des caresses de Potter sans bouger. Il finit par lever sa propre main pour la passer dans les cheveux de Potter, quelque chose qu'il adorait faire, quand ils étaient plus jeunes.

Il avait le droit de faire ça ! Trois jours plus tôt, il était persuadé qu'il ne toucherait plus jamais au nid d'oiseau qui servait de chevelure à Potter. Et maintenant, il jouait avec les mèches de Potter, les enroulant autour de ses doigts, les tirant parfois, et il sentait que Potter appréciait autant ses caresses que lui les siennes.

La main du brun continuait en effet à survolait sa peau du bout de ses ongles, sans jamais se presser. Elle avait quitté son épaule pour glisser sur le reste de son bras, faisant frémir Draco. Ce dernier n'aurait jamais pensé qu'une telle chose puisse lui faire perdre la tête mais c'était le cas.

Draco continua à passer sa main dans les cheveux de Potter, Potter continua à lui caresser le bras. Les doigts du blond s'aventurèrent dans la nuque de Potter et se mirent à titiller la base de son crâne. Sous la caresse inattendue, Potter inspira. Ce petit bruit, un gasp à peine audible, fit trébucher Draco, qui tomba dans un précipice sans fond.

Si on le lui demandait, il serait incapable de dire son propre nom, encore moins celui de l'autre garçon. Ce serait insultant, d'ailleurs, de les considérer comme deux entités séparés. Comme pour se prouver qu'ils étaient un seul et même être, Draco interrompit leurs taquines caresses pour serrer ses bras dans le dos de l'autre sorcier, avec la force et la détresse d'un noyé.

Le brun lui rendit son étreinte avec la même intensité. Ils s'entouraient, ils s'enserraient, ils s'agrippaient comme pour se retenir, comme si tout ce qu'il y avait autour d'eux pouvait s'effondrer à tout moment. Ils désespéraient de se fondre l'un dans l'autre, afin d'arrêter d'être si différents.

Leurs ongles s'enfonçaient dans la chair, au travers des vêtements, puis en dessous des vêtements, dans leurs dos, dans leurs côtes. Leurs sexes, coincés dans leurs pantalons, se frottaient l'un contre l'autre sans honte, dans une simulation qui aurait été un peu triste, un peu malsaine, s'ils n'avaient pas été si excités, si tourmentés.

Et d'une certaine manière, ce simulacre d'acte, cette misérable rêverie à deux, était bien plus intime et tabou que de coucher avec quelqu'un. Avec quelqu'un d'autre, Draco ne pourrait jamais s'abandonner ainsi, à se frotter pour se soulager. Ce n'était pas un comportement digne de lui.

Il ne s'était pourtant jamais senti aussi vivant, et seul Potter était capable de lui faire perdre ainsi le contrôle. Draco ne tolérerait jamais un tel relâchement avec qui que ce soit d'autre.

De toute manière, il y avait peu de chances que quelqu'un qui n'était pas Potter puisse se contenter de ce frottage impudique, qui ne conduirait à aucun baiser et à aucune éjaculation. Pour Draco, c'était comme une promesse qui disait :

« Je t'appartiens, je t'ai appartenu, je t'appartiendrai. A quoi bon nous le prouver ? »

Pour être honnête, Draco lui-même n'arrivait pas à se contenter de ce qu'ils étaient en train de faire. Il ne pouvait s'empêcher de désirer plus, même s'il savait que c'était dangereux. Mais il ne se rappelait plus pourquoi.

Avec un soupir fiévreux, Potter attrapa soudain ses fesses, pour rapprocher encore plus leurs entrejambes. Draco sentit comme un cri ou un sanglot se former dans son cou.

Potter et lui se frottant l'un contre l'autre comme s'ils étaient en rut était à la fois le maximum et le minimum de ce qu'il pouvait se passer entre eux. Et c'était bon, putain, mais c'était trop et pas assez.

Pourquoi n'avaient-ils pas droit à plus ? Draco était amoureux de Potter, merde. Il était obsédé par cet imbécile depuis des années et il était presque sûr que l'obsession était réciproque.

Il avait l'impression de faire quelque chose de mal et il détestait cette impression. Il ne devrait pas se sentir souillé ou pervers. Potter et lui n'étaient que deux gamins qui avaient toujours voulu l'un de l'autre, rien de plus.

Mais Draco, lui murmura une petite voix, ce n'est pas vrai. Si vous étiez vraiment amoureux l'un de l'autre, cela ferait longtemps que vous sortiriez ensemble, tu ne penses pas ? Rends-toi à l'évidence, vous n'y arrivez pas. Vous ne vous intéressez à votre relation que lorsqu'elle vous est interdite... Ce que vous aimez, c'est le sentiment grandiose et sublime de l'impossible !

Draco réalisa que la petite voix avait raison. Il aimait Potter, mais il aimait par dessus tout la révolte et la frustration qu'il associait à leur relation. Il aimait leur passion insatisfaite, il aimait la rareté et la préciosité de leurs baisers, il aimait le fait que Potter n'était jamais acquis.

Ce qu'il aimait, c'était le désir.

Car Potter était mille fois plus excitant quand Draco ne pouvait pas l'embrasser.

Cette réalisation fut comme un seau d'eau glacée. Draco roula sur le côté et fit mine d'être tout à coup épuisé par leurs activités. Il se rendit vite compte qu'il n'avait pas à feindre la fatigue. Une minute plus tard, il s'était endormi.

xXx

– Maître Draco... Monsieur Harry Potter... couina Tinky.

Harry se réveilla en sursaut. Il sauta du lit, sa baguette à la main, prêt à affronter des Mangemorts.

– Monsieur Harry Potter n'a pas à s'inquiéter, Tinky a bien monté la garde ! le gronda l'Elfe de Maison, offensée par sa réaction. Tinky voulait prévenir le jeune Maître qu'il était attendu pour dîner !

Malfoy battit des paupières, l'air perdu. Quand il vit son Elfe de Maison, il se leva lui aussi d'un bond, en attrapant sa baguette.

– Maître Draco ! glapit Tinky, d'un air de reproches. Monsieur Harry Potter devrait partir, les invités de Maîtresse Narcissa et Maître Luc–

– Ramène Potter chez lui, la coupa Malfoy d'un ton sec, la baguette pointée sur sa porte, comme si elle allait s'ouvrir et révéler Lord Voldemort en personne.

– Draco, avant de partir... tu sais à quoi j'ai pensé ? dit Harry précipitamment, excité par son idée. Et si tu venais au Terrier avec moi, cet été ? J'espère pouvoir y aller en Août. Je préviendrai tous les Weasleys, ça ne devrait pas poser de souci... Draco ?

Malfoy ne semblait même pas l'entendre. Il fixait toujours la porte avec insistance, l'air effrayé.

– D'accord, j'y vais... dit Harry, irrité par son manque d'enthousiasme.

Il s'était attendu à des protestations ou à des cris de joie, pas à de l'indifférence.

– On se voit demain ?

– Ramène Potter chez lui, Tinky, ordonna Malfoy d'une voix ferme, sans regarder l'autre sorcier.

Tinky attrapa aussitôt Harry par le bras, sans lui laisser le temps de jeter un dernier regard à Malfoy.

Un instant plus tard, Harry et Tinky étaient à Privet Drive. L'Elfe de Maison retransplana aussitôt, abandonnant Harry à ses pensées et à ses inquiétudes.

A Suivre...

Prochain chapitre en ligne le 20 août : Les vacances d'été s'achèvent pour Harry et Draco. La sixième année commence, avec la mission de Draco en perspective...

Merci pour votre enthousiasme et vos petits messages :)