Alors, je suppose que tout le monde a lu son petit tome sept, à présent ? J'espère que vous gardez un peu d'intérêt pour les fanfics HP en général, et la mienne en particulier...

Quoiqu'il en soit, j'avais dit que j'irais jusqu'au bout de cette histoire, alors chose promise, chose due. Ne serait-ce que pour ceux qui restent fidèles malgré tout et veulent connaître la fin, toute maladroite qu'elle soit en comparaison de la magistrale conclusion de JKR...

Ce chapitre est l'avant-avant-dernier de "L'obsession de la vengeance"( !), qui comptera donc 23 chapitres en tout ( désolée pour ceux à qui j'avais dit qu'il n'y en aurait que 22...en écrivant le dernier, je me suis aperçue qu'il serait beaucoup trop long et qu'il fallait donc que je le coupe en deux !!). Une fois de plus, un immense merci aux reviewers qui ont laissé un mot de critique ou d'encouragement. Vos messages sont tellement chouettes que vous me manquerez cruellement quand j'aurai fini de publier cette fic !

Bonne lecture!

CHAPITRE VINGT ET UN

CONVALESCENCES et CORRESPONDANCE

Ce fut la sensation de brûler de fièvre qui le tira de son évanouissement. Il avait chaud, mais dans le même temps, il tremblait de froid. Où diable pouvait-il bien se trouver ? Il ne reconnaissait ni la boue glacée de la forêt, ni les cris et les insultes de ses anciens amis, devenus ses ennemis... Il réalisa qu'il était allongé dans un lit. Lentement, il ouvrit les yeux.

Tout était blanc autour de lui. Il comprit brusquement qu'il s'agissait d'une chambre d'hôpital. Quelqu'un était assis près du lit et le regardait. Son cœur fit un bond, puis retrouva le rythme accéléré mais régulier que la fièvre lui imprimait. Cette personne n'était pas Harry Potter, mais sa femme, Narcissa. Que faisait-elle là, à ses côtés ? Où se trouvait Harry, s'il n'était pas auprès de lui ?

-Lucius ! Comment te sens-tu ? …Est-ce que tu m'entends ?

Il remua la tête en silence. Narcissa lui prit la main.

-Enfin, tu as repris connaissance !

Quel soulagement dans sa voix! Sans doute revenait-il de très loin...

-Tu peux me dire ce que je fais là ? Grommela-t-il en refermant les yeux, ébloui par la clarté trop vive de la pièce. Que s'est-il passé ?

-Eh bien...tu as été emmené à Ste Mangouste. Ton état était... critique.

Décidément, elle le prenait pour un imbécile.

-Ca, je l'ai bien compris ! Mais comment s'est finie la bataille ? Où est Harry ?

Narcissa ne répondit pas tout de suite. Il releva les paupières et fit un effort pour la regarder attentivement. Elle paraissait fatiguée, ses cheveux pendaient sur ses épaules et sa peau semblait plus flasque, plus ridée que la dernière fois qu'il l'avait observée. Une terrible angoisse s'empara de Lucius.

-Evidemment, tu ne t'intéresses qu'à Potter, soupira-t-elle enfin. Rassure-toi, il va bien, il est simplement retourné à Poudlard.

Le garçon était vivant! Le soulagement glissa en lui comme une onde apaisante. Dans sa joie, il trouva la force de presser affectueusement la main de sa femme.

-Je t'en prie, Narcissa... raconte-moi tout!

Elle eut un pâle sourire.

-Je n'ai pas grand chose à te raconter...Snape s'apprêtait à t'assassiner, tu étais sans défense. Quand j'ai vu ça, mon sang n'a fait qu'un tour, et je l'ai tué!

Pas de doute, elle se considérait comme la véritable héroïne de l'histoire! Et elle espérait bien entendu de la part de son époux une touchante démonstration de gratitude... Il se sentait incapable de lui donner cette satisfaction. Tant pis, elle en serait pour ses frais.

-Je sais cela, dit-t-il dans un souffle. Figure-toi que j'étais encore conscient à ce moment là. Dis moi ce qui s'est passé après.

Elle accusa le coup et continua comme si de rien n'était.

-Il y a eu ensuite un moment de confusion dans les rangs des rebelles. Certains d'entre eux, sentant le vent tourner, se demandaient visiblement à qui se rallier. Je parierais même que beaucoup étaient ravis d'être débarrassés de Snape. Quant à toi, tu avais perdu connaissance, tu baignais dans une mare de sang. Bella s'est précipitée vers moi, mais quelqu'un l'a stupéfixiée avant qu'un duel ne s'amorce entre nous. Et puis tout à coup, les aurors ont surgi de nulle part, en jetant des sorts dans toutes les directions. Ils devaient se trouver non loin de là, dans la forêt, et les protections du camp ayant lâché au moment de la mort de Severus, ils ont été alertés par l'incendie…

-Bien…et puis ?

-Oh, la bataille n'a pas duré longtemps. Parmi les aurors, il y avait ce grand noir, là, Shacklebolt, avec les jumeaux rouquins… pas très nombreux, mais bien organisés et terriblement efficaces, je dois le reconnaître. Je les ai secondés comme j'ai pu, bien sûr. Ils ont rapidement posé des sorts anti-transplanage, mais Bella a réussi à filer avant, ainsi que Gance, Pettigrew, et quelques autres…

-Bella? Je croyais qu'elle était stupéfixiée!

-Quelqu'un l'a délivrée, un de ses complices.… Gance, sans doute.

-Zut, quel gâchis ! …et…Harry ?

Narcissa pinça les lèvres.

-Tu n'as que ce nom là à la bouche, on dirait! Ton cher Potter a fait comme tout le monde, il s'est défendu bec et ongles, jusqu'à ce que ses amis aient pris le dessus. Puis il est parti avec les rouquins, et nous deux, on nous a emmenés ici.

Lucius devinait ce que Narcissa refusait de dire: c'était certainement Harry qui avait neutralisé Bella alors qu'elle s'apprêtait à tuer sa sœur, et c'était lui qui l'avait protégé alors qu'il gisait évanoui, avant que les aurors viennent les délivrer. Mais ça, elle ne l'avouerait sans doute jamais.

-Sais-tu combien de temps je vais devoir rester ici ? Maugréa-t-il en saisissant un verre d'eau sur la table de nuit pour le porter à sa bouche.

-D'après les médicomages, ta vie n'est plus en danger, mais il faut que tu te reposes plusieurs jours sous surveillance médicale. Tu es resté inconscient plus de vingt-quatre heures...Cette crapule de Snape t'avait jeté un sort mortel, tu sais, celui qui t'asphyxie lentement. Ce sort conjugué aux effets du sectumsempra, je ne te cache pas que tu étais gravement atteint. Si je n'avais pas été là, tu serais mort plus d'une fois hier, dans cette maudite forêt!

Agacé, Lucius retint de justesse la réplique blessante qui lui venait aux lèvres. De son point de vue, c'était avant tout à Harry qu'il devait d'être encore en vie. Mais sa femme, toute gonflée de son importance, risquait de ne guère apprécier cette version des faits. Il y eut un silence.

-Je voudrais écrire une lettre. Dit tout-à-coup Lucius d'un ton péremptoire en essayant de s'asseoir dans le lit.

Narcissa fronça les sourcils.

-Oh…est-ce que c'est urgent ? Ca va te fatiguer…je ne sais pas si les infirmières…

-Ne discute pas, Narcissa. Demande du parchemin et une plume au personnel. Je ne vois pas pourquoi ça me fatiguerait, au contraire !

La femme se pencha vers lui et le fixa d'un regard perçant.

-Je me trompe, ou c'est à Potter que tu veux envoyer ce courrier ?

-Désolé, mais ça ne te regarde pas. Fais ce que je te dis, je tremble de fièvre et je ne suis vraiment pas en état de me lancer dans une discussion…

Elle eut un reniflement ironique.

-Tu n'as qu'à sonner la garde-malade! Je ne suis pas à ton service, et vu le peu d'empressement que tu mets à me remercier de t'avoir sauvé la vie...

Laissant sa phrase en suspens, elle se leva et se dirigea vers la fenêtre, l'air boudeur. Résigné, il se pencha et attrapa le fil de la sonnette. Il n'eut pas longtemps à attendre avant que l'aide-soignante pointe son nez, l'œil interrogateur. En voyant le malade conscient et assis dans son lit, la jeune femme se montra ravie et approcha pour poser une main sur son front et lui prendre le pouls. Elle fronça légèrement les sourcils en constatant qu'il était fiévreux. Cependant, Lucius lui fit sa demande d'un ton posé, et elle approuva, souriante.

Quelques instants plus tard, toujours dans son lit, il était assis devant une tablette sur laquelle reposaient un parchemin et une plume. Narcissa avait quitté la chambre.

Qu'allait-il écrire à Harry? Pouvait-il lui dire qu'il ne pouvait plus se passer de lui? Que déjà, sa présence pleine de charme, de grâce et d'humour lui manquait affreusement ? Qu'il rêvait de le tenir contre lui, de plonger le regard dans ses yeux si merveilleusement expressifs, de baiser ses lèvres espiègles, de caresser sa peau, de jouer avec son corps si souple et de le faire gémir de plaisir sous ses mains expertes? Pouvait-il lui avouer qu'il était comme un homme affamé, trivialement, irrémédiablement, dangereusement amoureux ?


Harry guettait la surface de l'eau par-dessus l'épaule de Ludmilla. Remus se tenait près de lui, une main posée sur son épaule dans un geste réconfortant. L'image tremblotante de Ginny apparut, et les doigts du garçon se crispèrent sur le dossier de la chaise, devant lui.

La jeune fille marchait en rond dans une pièce aux murs de pierres, au plafond bas, apparemment dépourvue de fenêtre. Elle avait les traits tirés, les yeux cernés, et ses cheveux lâchés tombaient dans son dos, emmêlés. Son fin visage exprimait la plus profonde détresse. Pendant tout le temps où Ludmilla put maintenir la vision en place, rien ne se modifia dans la scène qui se jouait sous les yeux des spectateurs. Comme un robot, Ginny se déplaçait d'un pas lent et mécanique, trébuchant par moments, l'œil vide et hagard.

-Je n'y comprends rien...murmura Charlie, présent lui aussi aux côtés de Harry, quand l'image se fut à nouveau brouillée. Où peut-elle bien se trouver?

-Nos ennemis l'auraient kidnappée... Avança prudemment Lupin. Mais qui? Pourquoi?

-Pour exercer à nouveau une pression sur moi... Mais non, c'est impossible, quand Ginny a disparu, j'étais prisonnier de Snape, enfermé dans cette maudite cage ! Il n'avait aucune raison de s'en prendre à elle...

-Peut-être faudrait-il...risqua soudain Ludmilla, dont le visage était blême...peut-être faudrait-il interroger Drago Malefoy...

-Malefoy? S'écria Charlie, surpris. Pourquoi donc? Qu'est-ce qu'il a à voir avec ça?

Harry serra les poings.

-Ludmilla a raison! Drago est amoureux de Ginny, et il se pourrait que ...oh, s'il a fait ça...

Le garçon ne put achever sa phrase. Déjà, il imaginait le pire.

-Mais lui, il est toujours à Poudlard, n'est-ce pas? Dit Remus.

-Oui, il me semble! Confirma Charlie. Il était dans la grande salle à midi, j'en suis certain.

-Peut-être que...commença Harry, avant de se mordre la lèvre inférieure.

-Nous allons voir s'il est présent tout-à l'heure, au dîner, reprit Charlie d'un ton qui se voulait rassurant. Nous aviserons ensuite. Laissons Ludmilla se reposer maintenant.

En rentrant durement éprouvé à Poudlard la veille au soir, accompagné de Remus et Kingsley, Harry avait été accueilli par l'équipe professorale au grand complet, avant d'être orienté vers l'infirmerie où Mme Pomfresh tenait à lui faire passer sur le champ un examen médical approfondi.

En trouvant là Ron et Hermione, il s'était jeté dans leurs bras. Ses deux amis s'étaient montrés aussi heureux et soulagés que lui. Puis Harry s'était étonné de ne pas avoir encore aperçu Ginny. Eux non plus n'avaient pas reçu de visite de la jeune fille depuis le matin, mais ils ne s'en étaient pas inquiétés outre mesure. Jusque tard dans la nuit, Harry avait fait le récit de ses mésaventures, sans omettre son passage par le manoir Malefoy. Intriguée, Hermione lui avait posé de nombreuses questions, en particulier au sujet du pendentif-portoloin. Pour sa part, Ron n'avait guère fait de commentaires. Il s'était contenté d'écouter et de regarder pensivement son ami. Tard dans la nuit, ils avaient fini par glisser tous les trois dans le sommeil, mais celui de Harry était resté léger et agité...

Dès le lendemain matin, ils avaient quitté l'infirmerie pour retrouver leurs camarades. Et là, il avait fallu se rendre à l'évidence: Ginny s'était volatilisée. Personne ne l'avait vue depuis la veille, en début d'après midi...

La panique s'était alors emparée de Harry. Il n'était pas question d'aller en cours, et d'ailleurs, une fois l'alerte donnée, toute l'école s'était rapidement mobilisée pour rechercher la jeune fille. Hagrid avait inspecté le parc et le lac, secondé par les centaures et par quelques aurors venus en catastrophe mener l'enquête. Le château avait été fouillé de fond en comble, du moins dans ses parties jugées accessibles. Tout Pré-au-lard avait été passé au peigne fin. Et bien évidemment, Ludmilla avait une fois encore proposé ses services...

Ce soir là, au dîner dans la grande salle, Harry mangeait du bout des lèvres et répondait à peine aux gryffondors qui le pressaient de questions. Très affectés eux aussi par la disparition de Ginny, Ron et Hermione ne se montraient guère plus loquaces. Pourtant, tous auraient aimé pouvoir se réjouir du retour de Harry, de la mort de Snape et de la déconfiture totale des nostalgiques de Voldemort.

Harry ne quittait pas Drago des yeux. Le visage du serpentard, plus pâle encore que d'habitude, affichait son éternelle expression de mépris et de suffisance. Plusieurs fois, leurs regards se croisèrent, et Harry nota que les lèvres de Malefoy s'étiraient alors en une sorte de rictus malveillant, plein de sous-entendus. Le jeune gryffondor se serait volontiers jeté sur lui pour l'étrangler.

-Harry! Appela soudain une suave voix féminine. Excuse-moi d'interrompre tes réflexions, mais... quels jours as-tu programmé les entraînements de quidditch, cette semaine?

Assise deux places plus loin, Romilda Vane le questionnait du regard, un sourire aux lèvres. Le garçon fut tenté de lui hurler toute sa colère à la figure, mais il se retint. Après tout, cette gamine n'était en rien responsable de la disparition de Ginny, du moins le supposait-il...

-Les entraînements reprendront quand notre équipe sera de nouveau au complet! Répondit-il sèchement, ramenant aussitôt les yeux vers la table des serpentards.

-Tu ne vois pas qu'il a autre chose en tête? Gronda Colin Crivey, assis à côté de la jeune fille, tout en jetant à Harry un coup d'œil alarmé.

La poursuiveuse haussa les épaules.

-Tu n'imagines quand même pas que je vais pleurer l'absence de Ginny...marmonna-t-elle. Si tu savais de quelle manière cette fille me traite!

-Peut-être, mais ce n'est pas en te montrant odieuse que tu augmenteras tes chances de plaire à Harry...lui répondit à voix basse Colin, devenu depuis quelques temps le confident attitré d'une bonne partie de la gente féminine gryffondorienne.

-Je suis persuadée que cette idiote a fait une fugue, simplement pour faire parler d'elle et flanquer la trouille à Harry! Comme ça, elle est sûre qu'il s'intéressera à elle!

Heureusement, Harry n'écoutait pas les propos malveillants de Romilda. Il était à mille lieues de là, entièrement absorbé par son observation du moindre geste de Malefoy. Il tressaillit en voyant le garçon blond quitter la table. Après avoir attendu quelques instants pour ne pas alerter le serpentard, il se leva à son tour.

-Tu vas où? demanda Ron, la bouche pleine de purée.

-Suivre ce type. Je suis sûr qu'il sait où se trouve Ginny. Je veux trouver un moyen de le faire parler.

-Je viens avec toi!

Les deux garçons gagnèrent vivement la sortie. Mais une fois dans le couloir, ils cherchèrent en vain une trace de Malefoy. Le serpentard s'était évaporé.

-Demandons aux fantômes, ou aux portraits ! Suggéra Ron. Ils sont au courant de tout ce qui se passe dans le château ...

-Il y a une autre solution: je vais solliciter Ludmilla une dernière fois. Qu'elle fasse apparaître Malefoy, maintenant tout de suite, et on saura ce qu'il fabrique! Ah, si j'avais encore la carte du maraudeur...

Quelques minutes plus tard, les deux garçons scrutaient anxieusement la surface de l'eau sur laquelle la voyante roumaine venait de souffler en prononçant le nom de Drago. Ils ne tardèrent pas à voir apparaître le jeune Malefoy. Et ils poussèrent ensemble un horrible juron en le découvrant allongé sur un matelas, en train d'embrasser goulûment une Ginny à demi dévêtue et totalement inerte...


Mon cher Harry,

je t'écris de Ste Mangouste où, comme tu le sais sans doute, je dois passer quelques jours de convalescence sous surveillance médicale. Ce salaud de Snape ne m'avait pas fait de cadeau. Heureusement, mon état s'améliore d'heure en heure, mais je suis encore très faible et les médicomages ne veulent pas entendre parler de me laisser sortir avant le début de la semaine prochaine...

J'espère que tu vas bien, et que ta vie a repris son cours normal à Poudlard après toutes ces péripéties...qui ont eu au moins le mérite de nous réunir, toi et moi.

Ici, les heures semblent mornes et interminables, guère plus agréables que celles que je passais naguère à Azkaban. J'en viendrais presque à regretter notre affreuse cage et la boue glaciale de cette forêt battue par les vents. Pour dire la vérité, ta présence me manque cruellement. Tu dois être quant à toi entouré de tes amis, et tu n'as certainement pas eu le temps de penser à moi, pauvre blessé reclus, fiévreux et solitaire, soumis à la tyrannie des médicomages et aux constantes sautes d'humeur de sa femme ...

C'est plutôt frustrant d'être resté inconscient durant les derniers évènements...! J'aimerais entendre ton récit de la bataille finale. Celui que m'a fait Narcissa est assez partial, comme tu peux t'en douter. Je compte donc sur toi pour apaiser ma curiosité!

En espérant te voir très prochainement, je te prie de croire en mon affection la plus tendre et la plus sincère,

Bien à toi, LM

Harry replia la lettre et la mit dans sa poche. Puis il quitta la fenêtre, se rassit au bord du lit et prit la main de Ginny, se penchant vers elle pour l'embrasser. Ils se trouvaient à l'infirmerie, où le hibou spécial de Ste Mangouste venait de lui livrer son courrier...

-Ca va, tu n'as pas reçu de mauvaise nouvelle? S'enquit la jeune fille en pressant la main de Harry.

-Non, ne t'en fais pas...de toute façon, même si on m'annonçait la fin du monde, je serais euphorique...j'ai eu si peur qu'on ne te retrouve pas vivante!

Ginny serra le drap entre ses doigts.

-C'est…c'est grâce à Ludmilla que vous m'avez retrouvée, n'est-ce pas?

-Oui. Slughorn a coincé Drago devant son dortoir au moment où il remontait des souterrains, juste après t'avoir quittée. Il a été contraint de tout avouer, et il nous a conduits à la chambre secrète. Tu connais la suite.

-Tu...tu m'as vue dans la Vasque...avec lui...murmura Ginny d'une voix à peine audible, les paupières baissées sur ses yeux pleins de larmes.

-Non...enfin si, mais… très peu de temps. Nous avons aussitôt compris ce qui se passait, et Ludmilla n'a pas insisté...

-Je suis désolée...désolée... J'étais désespérée...je n'avais même plus le courage de me défendre contre Drago...Et il a usé de ce sort qui te transforme en...

-Je sais...dit-il tout bas. Je comprends...c'est fini maintenant.

Elle s'essuya rageusement les yeux.

-Je ne devrais pas pleurer. Je suis si heureuse!

-C'est vrai, je vais finir par croire que tu n'es pas contente de me revoir… Répondit Harry, déposant des baisers sur la pommette humide de la jeune fille tout en lui caressant doucement les cheveux. Bien sûr que tu as le droit de pleurer, ajouta-t-il plus bas. Après ce que tu as subi, c'est parfaitement naturel, tu n'as pas à t'excuser...

Lui même avait la gorge nouée. Il devinait les horreurs que la jeune fille avait dû vivre, et il ne savait comment la réconforter. De plus, il se sentait vaguement coupable, comme s'il l'avait abandonnée...Non, en fait, il s'en voulait de l'avoir crue en sécurité à Poudlard, alors qu'en réalité, tandis que lui se débattait dans les pièges tendus par Snape, elle était la proie de Drago, soumise à sa folie concupiscente et brutale.

Il savait de surcroît qu'il irait très prochainement faire un tour à Ste Mangouste rendre visite à Lucius Malefoy. La lettre de l'homme, lui avouant avec humilité qu'il lui manquait, l'avait étrangement touché, et il devait bien reconnaître qu'il était impatient de revoir son compagnon de captivité pour…eh bien, pour évoquer avec lui les évènements passés. Mais inutile d'assombrir pour l'instant l'horizon déjà chargé de nuages de la pauvre Ginny. Il lui parlerait plus tard de sa visite à Lucius, quand elle serait un peu remise de ses douloureuses épreuves. Et d'ici là, il allait se charger de lui regonfler le moral.

Regardant autour de lui pour s'assurer que l'infirmière ne traînait pas dans les parages, il s'inclina à nouveau et plongea la tête dans le cou de la jeune fille, respirant avec délice l'odeur de son corps et de ses cheveux. Elle lui sourit à travers ses larmes et l'accueillit avec plaisir, enroulant ses bras autour de lui.

-Un peu de décence, voyons, Mr Potter! Avez vous perdu l'esprit ? Glissa-t-elle dans son oreille avec un petit rire ravi.


Cher Lucius,

Merci pour votre lettre. J'ai été heureux d'apprendre que vous vous remettez de vos blessures et que vous allez pouvoir rentrer chez vous prochainement. J'espère que vous êtes raisonnable et que vous suivez docilement les instructions des médicomages, qui n'ont rien de tyrannique mais font simplement leur travail, pour votre plus grand bien!

Quant à moi, on peut dire honnêtement que je suis en forme, comparé à mon amie Ginny. Je suppose que vous êtes au courant de ce qui lui est arrivé ...elle a été très éprouvée par ce qu'elle a subi, et elle remonte lentement la pente, avec mon aide, celle de ses amis et de sa famille. Autant vous dire que je n'ai pas trop la tête à suivre les cours!

A propos, le poste de professeur de métamorphose est vacant, et pour cause! N'êtes vous pas tenté de présenter votre candidature? Vous pourriez nous apprendre plein de choses très utiles, comme de transformer une vieille botte en gâteau au chocolat, par exemple...Et puis cela nous donnerait l'occasion de nous voir plus souvent! Evidemment, il faudrait faire installer un piano à Poudlard...

A part ça, je pense pouvoir venir vous rendre visite demain samedi, au courant de l'après-midi. Le directeur Flitwick a répondu favorablement à ma demande et met sa cheminée à ma disposition, avec accès direct à Ste Mangouste. Si jamais vous avez déjà quitté l'hôpital, faites-le moi savoir!

Bien à vous

HP

Lucius n'en croyait pas ses yeux. Inlassablement, il lisait et relisait la lettre de Harry. Jusqu'à présent, il n'avait reçu du jeune homme qu'un seul mot très laconique, quand ce dernier avait accepté de le rencontrer à Pré-au-lard, fin septembre. A l'époque, le garçon lui avait donné du "Mr Malefoy" et avait usé d'un ton froid et impersonnel. Ici, au contraire, il écrivait avec cette sorte de verve taquine qui caractérisait sa manière de se comporter avec Lucius lorsqu'ils étaient ensemble. C'était bien la preuve que leur captivité commune les avait singulièrement rapprochés...

Bien sûr, le garçon manquait cruellement de tact en évoquant les ennuis de sa petite amie ( Lucius n'avait pas besoin d'un dessin pour imaginer de quelle façon Harry "l'aidait à remonter la pente") L'homme ne savait que trop bien à quel point Drago s'était égaré... Narcissa était d'ailleurs partie chercher leur détraqué de fils à Poudlard pour l'emmener ensuite en France chez un cousin, auprès de qui il allait passer au moins six mois, histoire de subir un lavage de cerveau complet et de repartir sur des bases saines.

Mais Lucius ne pouvait en vouloir à Harry de cette allusion au comportement déviant de Drago. En effet, le garçon se rachetait largement en parlant ensuite à Lucius du poste vacant de professeur...Etait-il possible qu'il espérât sincèrement voir son ex-tuteur occuper ce poste? Sa phrase était on ne peut plus claire: "Cela nous donnerait l'occasion de nous voir plus souvent!". Et, attention ô combien délicate, il pensait même au piano...!

Professeur de métamorphose? Lucius ne put s'empêcher de rire tout seul. Harry mesurait-il bien à quoi il s'exposait ? Oh oui, Lucius s'imaginait volontiers dispensant la bonne parole à ces jeunes pleins d'admiration et de bonne volonté, séduits par son charisme, son intelligence, son élégance... Ca ne l'empêcherait pas de se montrer extrêmement sévère et exigeant avec ses élèves de septième année, en particulier avec l'élève Potter, ce garçon certes fort doué, mais usant sans vergogne de son charme pour corrompre son professeur. Il n'hésiterait pas à lui donner régulièrement des retenues pour le punir de cette insolence. "Potter, ce soir dans mon bureau à vingt heures!". Il serait si intraitable que ces retenues dureraient deux bonnes heures (au minimum, quand elles ne se prolongeraient pas la nuit entière), et que le gamin en aurait pour toute la semaine, reconductible d'une semaine sur l'autre...oui, Lucius serait pire que Snape ou Baxter, et s'acharnerait littéralement sur lui...

Mais Potter se réjouirait secrètement de venir à ses retenues, ayant ainsi un excellent prétexte pour échapper à ses ballots de camarades et à son ennuyeuse petite amie, et il se glisserait dans son bureau, légèrement en retard (à dessein, ce qui donnerait un motif de renouveler sa retenue), essoufflé d'avoir couru, les yeux brillants, la mèche en désordre et la cravate de travers...A peine entré, il demanderait avec candeur quel était le programme du soir, et son professeur lui ordonnerait impatiemment d'approcher. Ce dernier commencerait par lui enlever ses lunettes avant d'achever de lui dénouer sa cravate pour entamer aussitôt la sixième leçon... Et l'élève Potter se montrerait très appliqué et enthousiaste pour cette leçon là, comme il l'avait été pour les précédentes...

Lucius se leva de son fauteuil et fit quelques pas dans sa chambre avant de s'arrêter devant sa fenêtre. Il faisait nuit déjà, les lumières du Londres moldu emplissaient le ciel et une enseigne clignotante jetait par intermittence un éclat blafard sur son visage. Il soupira. La perspective de ces retenues avait beau être des plus alléchantes, Lucius savait qu'il ne serait jamais professeur. Il voulait bien enseigner, mais à Potter seulement, et tout autre chose que la métamorphose, pour laquelle il n'avait pas de compétence particulière. En supposant qu'on voulût bien de lui, ex-Mangemort notoire, comme enseignant à Poudlard (mais après tout, Snape y avait bien exercé pendant des années), il n'avait de toute façon aucune envie de se coltiner ces stupides gamins, de la première à la septième année, et il ne se sentait nulle vocation pour les missions éducatives, quelles qu'elles soient. Non, il était bien mieux chez lui, occupé à gérer sa fortune et à faire de la musique. Il s'arrangerait pour faire venir Harry au Manoir, il le rencontrerait à Pré-au-lard, n'importe où, il se débrouillerait pour créer les occasions, et le pendentif-portoloin pourrait toujours reprendre du service en cas de nécessité, merci Taylor...

Mais le fait que le garçon eût pensé à Lucius comme remplaçant de Cooper, qu'il lui en eût parlé dans sa lettre, qu'il se fût réjoui à cette idée, cela était déjà en soi inespéré. Et Lucius avait du mal à contenir son impatience d'être déjà le lendemain pour voir enfin Harry entrer dans sa chambre d'hôpital...

-Mr Malefoy! C'est l'heure de votre repas!

Amalia, la jeune aide-soignante attachée à son service, entra dans la chambre, chargée d'un plateau. Elle était charmante, brune, bouclée, avec de grands yeux noirs, et Lucius appréciait sa présence discrète et efficace. Il lui sourit. Mais quand il vit ce qu'elle posait sur la table, il changea d'expression et fit la grimace.

-J'ai pourtant payé pour améliorer mon ordinaire! Protesta-t-il en renversant d'une pichenette le pot de yaourt, l'air dégoûté. N'y a-t-il pas moyen d'obtenir quelque chose de comestible?

-Je suis désolée, Mr Malefoy, murmura-t-elle, visiblement mal à l'aise, mais aux cuisines, ils sont obligés de suivre les prescriptions des médicomages, comme je vous l'ai déjà dit ...

Il haussa les épaules, s'assit à la table et souleva de la pointe de sa fourchette le bord de l'omelette. Il fronça le nez.

-Je ne toucherai pas à cette horreur. L'odeur est épouvantable, et ça paraît complètement refroidi. Dire que je n'ai même pas de baguette pour jeter un sort de réchauffement!

Amalia écarquilla les yeux.

-Vous n'avez pas de baguette?

-Non. Il serait temps que vous vous en aperceviez, ma chère ! Ma baguette a été détruite...J'en ai commandé une identique, mais je ne serai pas livré avant la semaine prochaine...

-Oh, alors…pas de problème, je me charge de réchauffer votre dîner ! Dit-elle d'un ton décidé en revenant vers la table pour agiter sa propre baguette au dessus de l'assiette de Lucius.

-C'est bien aimable à vous, mais je crains que ça ne soit pas suffisant pour me convaincre d'avaler cette saleté...

Elle prit un air suppliant.

-Il faut que vous mangiez, sinon, ils ne vous laisseront pas sortir! Faites le... pour me faire plaisir!

Il la regarda et se mit à rire.

-Allez, avouez que vous n'en voudriez pas vous même!

-Au contraire! Je mange la même chose que vous, et je trouve ça délicieux. Et puis attention, n'oubliez pas que je suis censée faire un compte-rendu détaillé de la manière dont vous vous alimentez!

-Oh! Vous iriez jusqu'à me trahir?

-Bien sûr!

L'attitude taquine de la jeune femme lui rappelait Harry. Reconnaissant, il lui jeta un regard faussement furieux, et elle pouffa de rire.

-Bon, puisque c'est comme ça...dit-il en découpant un morceau d'omelette pour le porter à sa bouche. Mais c'est bien parce que c'est vous!

Elle restait là, surveillant qu'il vidât bien son assiette.

-Et quand vous aurez fini, il faudra prendre vos potions! N'essayez pas de me tromper, je vérifierai.

-Vous êtes une vraie mère-poule. Que ferais-je sans vous?

-Heureusement que tous les patients ne sont pas aussi indisciplinés que vous, sinon, j'aurais changé de métier!

-Oh, je suis donc si insupportable?

-Franchement, oui!

-Je vous promets de faire un effort désormais. Dites-moi, Amalia, l'accès à ma chambre est-il facile? N'importe qui peut-il entrer, ou faut-il un laissez-passer ?

-Oh oui, Mr Malefoy, les accès sont bien filtrés, au cas où d'anciens Mangemorts chercheraient à vous atteindre! Pour arriver jusqu'ici, il faut montrer patte blanche, ne vous inquiétez pas!

-Au contraire, je voudrais être sûr de pouvoir recevoir les visites de ceux qui me sont chers!

-Qui attendez vous? Je peux m'assurer, si vous le souhaitez, que ces personnes puissent accéder à votre chambre sans difficulté!

Lucius cessa de mastiquer ses oeufs et leva vers Amalia un regard lumineux.

-J'attends…Harry Potter ! Répondit-il d'une voix frémissante...Il devrait passer ici demain après midi!


Bon, ben voilà...chapitre moins trépidant que le précédent, je le sais bien...j'espère que vous avez pris quand même du plaisir à le lire. Rendez vous donc jeudi prochain pour l'avant-dernier épisode de cette histoire!

lefandeharry:Merci, merci, je suis bien contente que le dernier chapitre t'ait plu!! Bon, je pense qu'il vaut mieux que ça ne soit pas Harry qui tue Snape…Laissons ce travail là à quelqu'un d'autre, le pauvre garçon a déjà tué Voldemort, ça ferait beaucoup pour un seul homme ! Alors, as-tu fini le tome 7 ? Comment l'as-tu trouvé ? A bientôt, biz !

Meyflower:Coucou, bienvenue à toi, j'ai apprécié ton message, merci ! Alors comme ça, « le sale caractère de Harry et la lubricité de Lucius » te font rire ? héhéhé, j'en suis ravie, et j'espère que tu continueras à t'amuser en lisant les deux derniers chapitres…A bientôt peut-être ?