J'appuie ma tête contre la vitre en regardant le paysage défiler. Tout est recouvert d'une épaisse couche de neige, depuis quelques jours, et les températures ont rapidement chuté. Je sors de ma poche la lettre que j'ai reçue très tôt ce matin, par l'intermédiaire d'Edwige, et me remets à la lire, persuadée que je finirai par la connaitre par cœur.
« Charlie
J'entends parler de toi depuis un bon moment, grâce à Ron, Ginny, Fred et Georges, principalement. Et je me suis dit que tu pourrais venir passer Noël avec nous. Je sais que tu étais censée rester à Poudlard pour les vacances, mais je pense que sortir un peu ne te fera pas de mal… Dumbledore est déjà au courant, tout ce que tu as à faire est de préparer tes affaires, et de prendre le train cet après-midi après les cours, avec les autres… Nous vous attendrons à la gare de King's Cross, comme à notre habitude.
D'autres pensaient que ce n'était pas une bonne idée de vous faire revenir, avec tout ce qu'il se passe. Ils jugeaient cela trop dangereux. Pour vous comme pour nous. Mais nous avons pris nos précautions, nous sommes hors de danger.
En espérant que tu acceptes de venir,
Molly Weasley. »
-C'est bien que l'on puisse passer Noël tous ensemble, s'exclame alors Hermione en brisant le silence. Je veux dire… Qu'on se retrouve tous après ce qu'il s'est passé…
Je vois Ron tressaillir légèrement. Et pour cause… Comment une telle chose a-t-elle pu arriver ? Comment ce maudit serpent avait-il fait pour entrer dans le Département des Mystères ? Pourquoi s'en était-il pris à Monsieur Weasley ? Cela fait beaucoup trop de questions qui demeurent pour l'instant sans réponse.
-Je… hum… Je peux vous parler d'un truc, nous demande Harry, d'une voix incertaine.
-Il y a quelque chose de grave ?
-Quoi ? Oh, non, mais… Vous pourriez garder ça pour vous pour l'instant ? J'ai pas vraiment envie que tout le monde le crie sur tous les toits…
-Bah, heu… Vas-y, on t'écoute…
-Voilà, je… Lors de notre dernier entraînement pour l'A.D, je suis un peu resté avec Cho, parce que j'avais vu qu'elle était devant la photo de Cédric. Alors… j'ai voulu lui tenir un peu compagnie, et après, elle…
-… Elle quoi ?
-… Elle a essayé de m'embrasser.
Cette réponse semble rendre Ron de meilleure humeur qu'avant, mais je vois au visage d'Hermione que nous pensons à exactement la même chose.
-Et alors, raconte la suite ! Qu'est-ce qu'il s'est passé, s'empresse de demander Ron.
-… Je… je crois que je l'aurais embrassée si on n'avait pas été interrompus, mais bon, c'est pas si grave que ça…
-« Interrompus » ? Qu'est-ce que tu veux dire par « interrompus », Harry ?
-Ginny est revenue chercher le reste de ses affaires, et elle m'a proposé de la rejoindre au banquet. Et vu que c'était le dernier avant les vacances de Noël, je l'ai suivie. Mais je crois que ça a un peu attristé Cho… D'ailleurs, je pensais aller la voir plus tard dans son wagon pour aller lui parler un peu…
Nous n'y tenons plus Hermione et moi nous mettons à éclater de rire d'une façon qui effraie d'abord Ron et Harry, puis les rend assez perplexe.
-Je… J'ai dit quelque chose de drôle ?
Tandis qu'Hermione s'apprête à lui répondre, la porte de notre cabine s'ouvre en grand, dévoilant Luna, un paquet de magazines en main.
-Le Chicaneur ? Vous voulez un exemplaire ?
-Moi, je veux bien, je lui réponds, et elle en pose un devant moi puis me sourit.
-Harry, tu sais que si tu en prenais un aussi, tu serais en mesure de te débarrasser de tous ces Joncheruines qui te tournent autour…
-Des… Attends, des quoi… ?
-Des Joncheruines. Ce sont des créatures invisibles qui entrent par tes oreilles et qui t'embrouillent le cerveau, poursuit-elle. C'est d'ailleurs pour ça qu'il y a une paire de lunettes fournies avec l'exemplaire de cette semaine… Elles ont la capacité de les discerner, afin que l'on puisse se débarrasser de ces bestioles…
-Hum… Bon, heu… D'accord, je le prends…
Cela semble la ravir, et après lui avoir remis son magazine, elle quitte la cabine en direction de la suivante, afin de trouver d'autres clients. Au moment même où elle disparait de mon champ de vision, quelque chose fait tilt dans mon esprit et je me lève d'un bond, sous les regards interloqués des trois autres.
-Qu'est-ce qu'il y a, Charlie, me demande Ron.
-Je dois aller dire un truc important à Luna. Je reviens dans une minute.
-Hey, attends, me dit Harry, tandis que je me saisis de la poignée de la porte, tu ne vas pas nous dire pourquoi Hermione et toi, vous rigoliez ?
-Je reviens, je me contente de lui répondre en adressant un clin d'œil à Hermione.
Je l'entends marmonner quelques paroles inaudibles, puis je quitte à mon tour la cabine à la recherche de Luna. Je n'ai pas trop de mal à la repérer, sa longue chevelure blonde se balançant dans son dos au rythme de ses pas.
-Hey, Luna !
Elle se retourne en entendant son nom.
-Charlie ? Tu voudrais un autre exemplaire ? Peut-être que Ron a changé d'avis ? Ou bien Hermione, poursuit-elle en s'apprêtant à me tendre un numéro du Chicaneur.
-Oh, c'est… Je voulais simplement te parler d'un truc.
-Ah, d'accord… Qu'est-ce qu'il y a ?
-Eh bien… Tu connais Neville ?
-L'élève de Gryffondor qui fait partie de l'A.D, qui a mis le feu à certains livres dans la Salle-Sur-Demande et a de très bons résultats en Herbologie et Botanique ? C'est de lui dont tu parles ?
-Tu as l'air de savoir qui c'est… Oui, c'est bien lui.
-Est-ce qu'il voudrait un exemplaire ?
Je ne peux m'empêcher de lâcher un sourire amusé.
-Non, pas vraiment. En fait… Il voudrait savoir comment tu le trouves.
-Il est vraiment très gentil. Il m'a aidée à terminer plusieurs devoirs depuis le début de l'année, tu sais ? Mais c'est drôle, parfois, il devient rouge, un peu comme les prunes dirigeables qui flottent dans mon jardin… C'est quand même amusant, pas vrai ?
-Eh bien, il… il te trouve vraiment très sympa, lui aussi, et… En fait, il…
-D'accord, s'empresse-t-elle de dire en m'esquissant un grand sourire. Je me disais bien qu'il était un peu bizarre, depuis quelques temps, mais je crois que maintenant, j'ai compris… J'irai le voir quand j'aurai terminé ma distribution. Merci, Charlie, et à plus tard !
Elle se retourne et poursuit son chemin dans le couloir du wagon, s'arrêtant devant chaque cabine. Quant à moi, je retourne dans la mienne, me disant que cela s'était passé plus facilement que prévu.
-Vraiment Hermione, pourquoi ? Je veux dire, qu'est-ce qu'il y a ?
J'entends le ton d'Harry s'élever, et lorsque je rejoins le trio, celui-ci est appuyé contre la fenêtre, bras croisés contre son torse, une mine boudeuse s'affichant sur son visage.
-Heu… Qu'est-ce qu'il se passe, exactement, je demande prudemment.
-J'aimerais bien savoir ce qui vous a pris de rire comme ça, tout à l'heure. Quoi, j'essayais seulement de réconforter Cho, Ginny est arrivée, on est allés manger, et puis voilà, fin de l'histoire… Je me demande ce qu'il y a de drôle dans tout ça…
Je m'assieds en silence, sans lâcher Hermione du regard, qui se retient d'éclater de rire à nouveau.
-Bon, d'accord, on va te le dire. Mais honnêtement, je ne pensais pas que t'aurais besoin de nouvelles lunettes pour voir ça… Ne serait-ce que te douter de quelque chose...
-Me douter de quoi ?
-Hum… Hermione, tu veux…
-Oh, heu… Vas-y, Charlie, tu peux y aller…
-Bon, d'accord. Alors…
-Oui ?
Un petit air impatient flotte sur son visage. Ses lunettes glissent d'un centimètre sur son nez et il s'empresse de les replacer.
-Bon, qu'est-ce qu'il y a, à la fin ?
-HARRY JAMES POTTER, ES-TU AVEUGLE AU POINT DE NE PAS VOIR QUE GINNY EST COMPLETEMENT DINGUE DE TOI ?
Je crois qu'aucun d'eux ne répond, la cause étant qu'ils doivent chacun encaisser le choc de mes paroles. Hermione soupire, voyant leur visage se métamorphoser en surprise, puis elle finit par dire
-Enfin, Ron, tu aurais quand même pu remarquer un truc, je veux dire, c'est ta sœur, tout de même !
-… Je crois que je suis resté bloqué au moment où… Ma-petite-sœur-est-amoureuse-de-mon-meilleur-pote…
-Et alors ? Est-ce quelque chose qui te dérange ?
-Non, Hermione, c'est pas… Enfin… Je sais pas. Harry, tu… Tu savais, ou…
-QU… Quoi ? Je…
-Qu'en penses-tu, je lui demande sans lui laisser le temps de répondre. Je veux dire, ça doit bien faire plusieurs années qu'elle attend, d'après ce que j'ai pu comprendre.
-Plusieurs années ?
-Depuis ce qu'il s'est passé dans la Chambre des Secrets.
-… Ah… Mais je...
Et là, comme si elle avait entendu que l'on parlait d'elle, Ginny débarque dans notre cabine, un exemplaire du Chicaneur entre les mains. Elle nous regarde tous un par un, et voyant la tête qu'elle fait, je suis à peu près sûre qu'elle sait de quoi nous parlions. Elle s'assied à côté de moi, le regard tourné vers le sol, et elle met quelques secondes avant de se décider à nous parler.
-… Je crois que tu dois savoir, maintenant.
-On devrait peut-être vous laisser quelques minutes, je leur dis.
-Non, non, c'est bon, reprend-t-elle. Ecoute, Harry, je… J'ai jamais vraiment eu l'occasion de te le dire, mais je crois que j'ai pu te le montrer pas mal de fois.
-Je m'en rends compte, maintenant. Je suis désolé d'avoir mal interprété tout ça durant tout ce temps.
-Je sais très bien ce que tu vas me dire… « On est en guerre, ce n'est pas le moment, et… »
-… Et Voldemort s'en prendra à toutes les personnes qui me sont proches, Ginny. J'ai quand même pu remarquer certaines choses à propos de ça. Mais je refuse de te mettre en danger, est-ce que tu comprends ça ?
-Je suis capable de me défendre, s'indigne-t-elle. C'est toi qui me l'as enseigné. Et même si tu m'as dit que ça n'allait pas être la même chose face à un réel danger, il faut que tu saches que je suis prête à me battre, Harry.
Ron, Hermione et moi observons en silence cet échange. Aucun de nous trois n'ose prononcer le moindre mot même si, de temps à autre, Ron ouvre la bouche pour parler mais la referme aussitôt.
-Je sais très bien que tu avais délibérément laissé tes affaires dans la Salle-Sur-Demande, ce jour-là, dans le simple et unique but de venir me chercher, et m'empêcher de rester trop longtemps avec Cho. Bien sûr que je m'en rends compte. Mais les temps sont dangereux, Ginny.
-Que ce soit aujourd'hui, le mois prochain, ou dans dix ans, il y aura toujours quelque chose qui rôdera à l'extérieur, prêt à nous sauter dessus à la première occasion ! Mais je ne suis plus une gamine à qui il faut tout apprendre ! Je ne suis plus la petite fille insignifiante qui s'est laissé berner par un journal intime ! J'ai grandi, depuis ! Mais le problème, c'est que ça, tu ne le vois pas, Harry. Pour toi, je resterai la petite sœur Weasley à protéger et mettre à l'abri du danger. Mais vous savez quoi ? La fille Weasley, elle commence à en avoir marre, s'exclame-t-elle en se levant d'un bond et en quittant la cabine sans fermer la porte derrière elle.
Du coin de l'œil, je la vois heurter Malefoy, mais cela semble être le cadet de ses soucis. Malefoy, cependant, lâche un faible « excuse-moi » avant qu'elle ne regagne son compartiment. Lorsqu'il passe devant nous, il me jette un regard dont j'ignore la signification, puis il se dirige à grand pas vers le reste des Serpentard.
-Ne me regarde pas comme ça, Ron, dit-Harry.
-J'ai rien dit. Juste qu'il en faut pas mal pour mettre ma sœur en colère comme ça…
-Elle se sent surprotégée parce qu'elle est plus jeune que nous, Harry, ouvre un peu les yeux, lui dit Hermione d'un ton neutre. Ce qu'elle veut, c'est être considérée comme une égale. Elle fait bien partie de l'A.D, et pourtant, j'ai l'impression qu'elle chercher encore sa place parmi nous parce qu'elle est la plus jeune… Mais elle a raison. Je suis désolée pour toi, mais Ginny est très douée pour ce qui est des sortilèges de Défense et d'Attaque. Tout ce qu'elle veut, c'est que tu lui montres qu'elle en est capable.
-… Mais… Dehors… C'est juste que… Tu as raison Hermione, mais… J'ai trop peur de perdre un autre être cher.
-Et nous ?
-Vous êtes différents. Vous êtes mes meilleurs amis, et on a appris ensemble.
-Et pour moi, alors ?
-J'ai vu à quel point toi, tu as évolué en seulement quelques mois, Charlie. Tu as largement le niveau d'Hermione. Tu n'as peut-être jamais fait face à un danger tel que celui-ci, mais tu sais te défendre de façon admirable.
-Le danger, ça me connait, Harry. Et aujourd'hui, en plus de savoir utiliser certaines armes à feu, dont je n'aurai probablement plus besoin, j'ai une baguette à ma portée. Maintenant, je suis une sorte de sorcière-chasseuse de créatures maléfiques. C'est… Un peu bizarre, dit comme ça… Mais merci pour ton opinion.
-On arrive, dit alors Hermione en se penchant vers la fenêtre.
Le train entre effectivement en gare, et nous entendons remuer dans le couloir. Nous quittons nos sièges respectifs, et sortons de la cabine en silence, tirant nos valises derrière nous. J'échange un bref regard avec Ginny et lui mime la phrase « Tu vas bien ? » avec mes lèvres, et elle me répond par un simple hochement de tête, même si je vois bien qu'à la rougeur de ses yeux, elle ne doit pas être au mieux de sa forme.
-Tu crois qu'elle m'en veut, me demande Harry à voix basse, l'ayant lui aussi remarquée.
-Eh bien… Je ne pense pas qu'elle soutienne à cent pour cent tes démarches, même si je les comprends. Je crois que le meilleur moyen pour toi de le savoir, c'est d'aller lui demander en face… Mais si j'étais toi, j'attendrais un peu, le temps qu'elle se soit complètement calmée.
Tandis que nous descendons du train, je ne peux m'empêcher d'ajouter
-J'ai vraiment l'impression de régler les problèmes de cœur de tout le monde…
-C'est une bonne chose, moi, je trouve, me dit Hermione. Enfin, je veux dire… Aujourd'hui, l'amitié, la famille, l'amour… Ce sont les seules choses auxquelles nous pouvons nous raccrocher, pas vrai ?
-Tu as probablement raison, souffle Harry.
Nous entendons alors une voix dans note dos qui semble nous appeler. Lorsque je me retourne, je reconnais la mère de Ron, que j'avais vue pour la première fois sur ce quai, lors de mon départ à Poudlard. Elle nous fait un bref signe de la main puis nous rejoint à grands pas, le visage radieux.
-Mes chéris, vous voilà ! Je me demandais justement quand est-ce que vous alliez arriver, votre train a un retard de quelques minutes, aujourd'hui… Oh, tu dois être Charlie ! Je suis Molly, la mère de Ron, Ginny, Fred, George…
-Enchanté, Madame Weasley. Merci de m'inviter à passer Noël avec vous. Je veux dire, je n'avais pas grand-chose à faire durant ces vacances…
-Mais c'est normal de t'accueillir… Allez, venez, dépêchez-vous, il ne faudrait pas que vous tombiez malades juste avant le réveillon…
