Enfin de retour avec la suite, voilà le chapitre XX de Marauders and Me

Merci à toutes et tous mes lectrices et lecteurs mais plus encore à toutes et tous mes revieweuses et revieweurs.

Merci donc à lilichoco, valabo, Lulu, EloBlack, Félicis3 et Julien.

Valabo : eh oui, on comprend mieux la remarque de Nyny's en lisant le chapitre précédent.

Félicis3 : je te remercie (encore ^^) de m'avoir laissé un commentaire aussi honnête et franc. Je ne m'étais pas rendu compte de tout ça et vais tenter de le corriger dans la suite non encore écrite de la fic' - en espérant y arriver un peu. Et pour ce qui est du fantasme personnel, je ne sais pas, sans doute, inconsciemment, loin dans les limbes de mon esprit tordu, tout cela n'est-il qu'un immense et dégénéré fantasme. Bah, je vais finir ce fantasme-là et en créer un autre moins débridé - si si, je peux faire ça XD.

Pour ce chapitre, pas de lemon, pas de rating-M, juste des miracles et le sourire de Lee ^^

J'espère que ce chapitre vous plaira. Bonne lecture.


Chapitre XX

Miracles

James ne parla plus de la journée. Le regard triste et le visage fermé, il regardait à terre, ne souriait plus.

Quand oncle Ennio nous annonça qu'on avait quatre heures pour dormir avant de repartir, il ne bougea pas, enfermé dans sa douleur, et s'endormit là où il était assit, loin des autres. Remus et Sirius s'allongèrent au pied du matelas, à mi-chemin entre Lily, Noah, moi et James. Ils s'assoupirent tous sans demander leur reste.

Mais moi, je fus incapable de dormir. Et je n'essayai d'ailleurs pas. J'avais trop mal pour ça. Je n'avais pas réalisé à quel point mon ignorance était grande et sa douleur profonde. Je l'avais vu avoir des pensées coupables sur le couple que Noah et moi formions, Remus m'avait dit avoir surprit des bruits suspects la nuit en provenance de son lit après quelque scène un peu suggestive avec Nana, j'avais entendu Sirius et ses insinuations mais jamais je n'avais pensé lui faire aussi mal.

Il devait bien se douter qu'il ne serait pas le premier petit ami de Lily, non ? A bien y réfléchir, il la connaissait si peu. La seule chose qu'il connaissait d'elle c'était la rigidité et la froideur qu'elle montrait à la grande majorité des gens à l'école.

Il ne connaissait pas la Lily de cette matinée de Noël où j'avais pris la photo qu'il gardait toujours avec lui, il ne savait pas comment elle était en dehors de Poudlard, il ne l'avait jamais vu sourire et se vautrer dans la neige en riant comme une gamine, il ne soupçonnait même pas toutes les bêtises que nous avions pu faire, toutes les deux, durant les vacances, ces cinq dernières années. Il ne connaissait que Lily-pette-sec. La vraie Lily lui était une parfaite inconnue. La Lily de Poudlard ne sortirait pas avec des garçons, aucun, jamais, parce qu'ils l'empêcheraient d'étudier à sa guise.

Ma Lily, en revanche, avait le béguin pour des apollons tous les jours. Toutes les trois minutes, au fil de nos balades, elle me soufflait des remarques très obligeantes à l'oreille à l'endroit des jeunes hommes qui passaient sur les plages ou dans les rues. Elle gloussait et rougissait au moindre compliment desdits jeunes hommes, riait pour n'importe quoi et était casse-cou comme pas deux. Elle grimpait aux arbres comme un singe, courait partout comme une dératée, faisait des grimaces comiques aux enfants qui passaient, portait des mini-jupes et des hauts courts, qui laissaient voir son ventre plat et dégageaient sa taille fine. Ma Lily était la joie de vivre incarnée. Mais c'était ma Lily, personne d'autre ne connaissait cette part d'elle. Sa propre sœur, que j'avais rencontrée une fois, ne savait pas à quel point elle pouvait être turbulente.

Elle était toujours à les fustiger mais, plus que moi, plus que Noah ou Remus, Lily était une vraie Maraudeuse. Elle avait ça dans le sang. A bien y regarder, outre le courage, elle était la seule qui avait vraiment sa place à Gryffondor. Noah était trop rêveuse, Remus trop intellectuel et James et Sirius trop paresseux. Remus aurait pu sans difficulté devenir un Serdaigle, cinq ans plus tôt, quant à Noah, James et Sirius, ils semblaient d'apparence tout désignés pour intégrer Poufsouffle. Et pourtant, ils étaient tous à Gryffondor, elle y comprit et là où elle aurait dut sympathiser avec eux, il y avait eu Severus.

Severus, le pauvre Severus à l'enfance trouble, aux connaissances obscures, au physique ingrat et qui, à cause de son amitié avec elle, avait attiré les foudres de James et donc de Sirius. Severus qui, depuis toujours, vouait à Lily un véritable culte, un amour inconditionnel. Severus qui, Serpentard, s'était interdit de lui avouer ses sentiments. Severus qui aurait voulu l'avoir toujours à ses côtés mais qui, maladresse de langage ou problème de conscience, l'avait à tout jamais perdue. Severus qu'elle avait défendue jusqu'au bout, qu'elle avait apprécié jusqu'au bout, qu'elle pleurait encore parfois.

Il y avait eu Severus et elle avait rejeté les Maraudeurs, par acquis de conscience, avait apprit à les haïr et, même après en avoir perdu le prétexte, continuait à se cacher derrière ses faux-semblants, ses idées préconçues, ses anciennes haines.

Je pensai à tout cela durant ces quatre heures et cherchait quoi dire à James. Mais je ne trouvai rien.

Nous finîmes par partir et je ne savais toujours pas comment m'excuser.

Nous passâmes la plus grande partie du voyage dans un silence quasiment complet, Remus et Sirius respectait la douleur de James, Noah et moi, respections leur respect et Lily refusait de me décrocher un mot depuis que je l'avais rabattu à cause de la tristesse de James.

Guillaume et David papillonnèrent plusieurs fois autour de nous mais comprirent bien vite qu'ils seraient incapables de dissoudre l'ambiance de deuil qui régnait indubitablement dans le groupe.

Papa nous rejoignit alors que nous sortions de la grotte blanche. Nous remontions à la surface quand il m'attrapa par le bras et m'obligea à rester en arrière.

-Il faut que je te parle.

Il était dur et un frisson glacé passa le long de mon dos.

Quand tout le monde fut passé, il attendit encore que les pas s'éloignent et m'entraîna dans une petite cavité où il y avait juste assez de place pour nous deux. Je me retrouvai à moitié collé contre lui et pus sentir sa colère.

-J'ai appris quelques petites choses, c'est fou ce que les jumeaux peuvent être bavard quand quelque chose ne leur plait pas !

-De quoi tu parles ?

-Ne fais pas l'innocente, Lee. Je sentais que tu me cachais quelque chose mais je ne pensais pas qu'un jour tu éviterais de me parler d'un sujet aussi important ! Je suis ton père, c'est vrai, ce n'est pas facile de m'en parler, j'imagine bien, tu savais que ça me mettrait en rage et tu avais raison, mais ça n'empêche que tu aurais pu me le dire.

-Précise, papa, s'il te plait.

Pour la première fois depuis des années ma voix faiblissait et chevrotait devant mon père.

Il me regarda un moment en silence, comme s'il répugnait à me répondre et puis, il grogna.

-Je sais que tu n'es plus vierge.

-Je vais les tuer !

-C'est déjà fait.

-Pourquoi ?

-Parce que ce n'est pas à eux de me dire des trucs pareils. C'est à toi. Tu ne l'as pas fait et je suis vexé, tu me connais, mais ça me passera, comme toujours. C'était qui ?

Il ne savait pas ça ? Les jumeaux avaient éludés les détails ? Ils racontaient vraiment ce qu'ils voulaient ! Ils lui avaient sorti ça rien que pour le faire enrager ! Quels gros… !

-Papa, tu vas le tuer, je le sais, soupirai-je.

-Lee, je me doutais bien que ça arriverait un jour et j'ai promis à ta mère de ne pas m'en prendre physiquement aux hommes que tu fréquenterais.

Bon, s'il avait promit à maman, personne ne courait le moindre risque.

-Jure-le-moi aussi.

Il grogna de nouveau et mon regard rencontra le sien.

-Je le jure, souffla-t-il et je senti qu'il jurait à maman plus qu'à moi.

Comme toujours, il s'était perdu dans mes yeux comme il se perdait dans les siens. Il avait confondu, éperdu, ma mère et moi. Et je le laissais faire. Toujours. Si cela pouvait alléger sa peine…

Il finit par sortir de son rêve et s'ébroua.

-Je le jure, répéta-t-il en baissant les yeux d'un air fautif.

Comment un homme aussi impressionnant, comment un homme aussi fermé au monde, aux autres et à lui-même pouvait-il s'abîmer à ce point dans l'amour ? Comment un homme aussi dur et aussi caparaçonné que lui pouvait-il s'abandonner à une femme au point de n'être plus rien sans elle ? Comment l'Indifférence pouvait-elle à ce point se lier à l'Amour ? Comment un homme pouvait-il à ce point aimer une femme ? Comment un homme pouvait-il se perdre à ce point en perdant la femme qu'il aime ? Seul son amour pour maman et ma ressemblance avec elle le tenait encore debout. Sa jambe à demi-infirme, c'était lui, maman était le reste de son corps, de son cœur qui battait encore dans sa poitrine, à ses yeux qui voyait encore le monde, ses poumons qui respirait encore, à sa main, accrochée à sa canne et le bras qui la soutenait. Depuis six ans, maman était en lui, en chacun de ses gestes, en chacune de ses cellules, en chacun de ses regards, chacune de ses paroles rejetait l'hypothèse de sa mort, encore et encore. Comment arrivait-il à vivre comme ça ? Comment survivait-il ?

Mes yeux se brouillèrent à ces pensées et il posa une main apaisante sur ma tête.

-Ne pleures pas, Lee, si tu ne veux pas en parler, ce n'est pas grave, je comprendrais.

J'hoquetai un moment et me jetai dans ses bras.

-Comment tu fais ? bredouillai-je et il comprit.

-L'espoir, Allumette. L'espoir et toi. Tu lui ressemble tellement. Chaque fois que je te vois j'ai l'impression de la voir. Mais ce n'est jamais elle alors je continu à vivre pour avoir un jour l'occasion de la revoir, de revoir celle qui un jour, trente ans plus tôt, m'a donné une raison de vivre. Celle qui, il y aura bientôt dix-sept ans m'a offert une réplique parfaite d'elle, comme si elle savait qu'elle allait disparaître trop tôt et que voir son visage m'aiderait à tenir jusqu'à ce qu'elle réapparaisse. Les autres me ressemblent tous, il n'y a que toi. David aussi mais c'est un homme et il n'a pas les yeux verts. Les siens sont un mélange de nous deux, d'un bleu-vert que je n'aurais jamais cru possible mais ce ne sont pas ses yeux. Et pourtant, si je vois ta mère en toi, c'est toi que je vois aujourd'hui. Tu n'es pas que la réplique de ta mère, tu es toi et je ne me remets pas qu'elle m'ait fait un si beau cadeau. Tu as son corps et nos caractères. Tu es nous. Et tu ressembles d'autant plus à ta mère qu'elle est métamorphomage.

Il me fit un sourire triste et incertain à cette évocation et je ne pus m'empêcher de le lui avouer.

-Je l'ai vu, papa, soufflai-je, murmure de l'Espérance.

Il me regarda un moment, suffoqué par la détresse.

-Où ? finit-il par murmurer.

-Dans le parc de Poudlard. Je… je te jure que je ne mens pas, je l'ai vu… Elle était dans le parc… Je me suis réveillée en pleine nuit avec une sorte de pressentiment et je me suis approché de la fenêtre et elle était là, en plein milieu du parc. Au début je n'y croyais pas mais elle s'est tournée vers moi et j'ai croisé son regard. Je ne me suis pas trompée, papa, c'était elle, je ne me suis pas trompée, je ne peux pas m'être trompée, c'était elle ! Je t'en pris, crois-moi, papa ! C'était elle, je n'ai pas rêvé, je te le jure !

Il me regardait, éperdu.

-Tu… tu es sûre, Lee ?

-Oui, j'en suis certaine, papa, crois-moi, je t'en pris, je ne suis pas folle, je…

-Je te crois, Lee, je te crois… souffla-t-il avant de partir en courant malgré sa canne.

Je le suivis et, alors que tout le monde prenait tranquillement un verre dans le salon d'oncle Luca et tante Livia, papa passa comme une flèche et, prenant une poignée de poudre de cheminette, il disparut pour la maison d'Amélia. Je lançai un regard affolé à mes frères et quand ils se levèrent pour me rejoindre, tout le monde les suivit. Je disparus à mon tour dans la cheminée et arrivai dans le salon d'Amélia. Bientôt, tout le monde était amassé dans la pièce et on entendait papa hurler le nom d'Aphrodite dans toute la maison.

La chatte sauta du haut du buffet et miaula pour signaler sa présence. Papa revint en trombe et l'attrapa, lâchant sa canne dans sa hâte.

Il regarda ma chatte dans les yeux, ces yeux vert-jaune qui m'avaient toujours fascinés et soudain, jetant Aphrodite dans les airs, il pointa sa baguette sur elle et lança un sort à la lumière verte.

-PAPA ! NON ! hurlai-je horrifiée.

Mais mon cri se perdit dans la stupeur et la douleur. Maman se tenait devant nous dans une robe d'un blanc diaphane, sa peau si claire se fondant dans la couleur du tissu. Tout ce temps elle avait été si près de nous et elle n'avait jamais fait un pas, elle n'était jamais venue vers nous. Je regardai papa, sur le visage de qui se battait la douleur et la joie, la tristesse et le bonheur, le remord et le regret.

-Ça fait si longtemps, dit-il dans un souffle.

Et puis il tomba à genoux et se mit à pleurer. Les bras serrés autour de la taille de maman, la tête posé contre son ventre, il laissa échapper six ans de peine, de douleur, de solitude et d'espérance. Sa carapace se craquela, son barrage contre ses émotions se fissura et il laissa s'enfuir six ans d'enfer en sanglots incoercibles.

J'entendis gémir à côté de moi et Gemma, la jumelle de maman, devenue si dure après sa disparition, s'effondra en larmes. Tantes Livia et Laetizia s'effondrèrent aussi tandis qu'oncle Enzo, immobile, laissait l'eau couler de son cœur enfin réparé en remerciant les dieux.

Les jumeaux, derrière maman, ne sentait pas couler leurs larmes.

Rosa, Eva, Lorrella, Bettina et Lorinda, les filles de Laetizia, Ornella, Eglantina et Honorina, les filles de Gemma, Adelina, Amélia, Gwendalina et Loredana, les filles de Livia s'effondrèrent les une après les autres en sanglots.

Guillaume et David m'entourèrent et je m'écroulai à mon tour, pleurant et riant à moitié.

Merlin et tous les dieux du monde, merci ! Oh ! Merci ! Merci !

Et puis, d'un seul coup Serena cria. Un cri déchirant qui nous stoppa tous. Pliée en deux elle se tenait le ventre en respirant rapidement, un liquide poisseux à ses pieds.

Il y eut un moment de flottement et elle cria de nouveau de douleur.

-C'est le bébé, souffla oncle Guatiero. C'est le bébé ! Le travail a commencé, s'affola-t-il. Merlin ! C'est le bébé ! Merlin ! Oh ! Par Merlin !

Laetizia, en bonne ainée, passa par la cheminée et ramena vite la valise qui trônait dans l'entrée de la maison de Serena et Guatiero et nous nous dirigeâmes tous d'un même pas surexcité vers la porte, maman entraînant papa par la main, un immense sourire aux lèvres. Elle m'attrapa la main et j'attrapai celle de Sirius, mais mes petites jambes n'étaient pas très rapides et il me souleva pour m'emporter plus vite à la suite des futurs parents et ma main se referma sur celle de Remus tandis que ma mère lâchait l'autre en riant et y mettait celle de Lily. Devant moi je vis Remus attraper Noah et James prendre Lily dans ses bras à la volée et nous nous retrouvâmes tous sur des hippogriffes tandis qu'à l'avant de notre incroyable cortège volait un carrosse tiré par de superbes pégases à la robe d'une blancheur surnaturelle.

Assit contre moi, dans mon dos, me retenant d'un bras, la main dans les plumes du cou du majestueux animal que nous montions, Sirius. Devant moi, papa, agrippant maman d'un bras ferme, le visage enfouie dans ses cheveux de flammes, à mes côtés, Lily et Noah, les yeux écarquillés autant par la jubilation que par l'horreur, James et Remus, tenant d'une poigne de fer les femmes qu'ils aimaient, le sourire béat et les yeux pétillants d'excitation et d'adrénaline. Mes frères, non loin, dont les larmes se perdaient dans la nuit emportées par la gifle du vent sur leurs visages. Et tous les autres nous entourant.

Nous arrivâmes vite à l'hôpital magique La Santa Maria, nous nous posâmes tous dans l'immense jardin où tous les gens de l'hôpital qui le pouvaient accouraient pour voir le spectacle d'une quinzaine d'hippogriffes atterrissant à la suite d'un carrosse tiré par des pégases. Un tel évènement était si rare !

Mais déjà oncle Guatiero fendait la foule en hurlant qu'il avait besoin d'un médecin de toute urgence.

Bientôt, un grand homme blond aux incroyables yeux bleus arriva et emporta Serena sur une civière et nous envahîmes la salle d'attente.

*

Au bout d'une dizaine d'heure, le médecin revint et nous annonça avec un sourire immense que le bébé et la maman allaient à merveille et que c'était une petite fille.

Une immense clameur s'éleva de notre communauté, retentit dans tout l'hôpital et Guatiero, moitié hurlant, moitié pleurant de joie, se dirigea d'un pas vacillant vers la chambre de sa femme.

Maman, accrochée aux bras de papa, pleurait toutes les larmes de son corps tandis qu'il répétait sans cesse que c'était un miracle, que tout était un miracle, que la vie était un miracle et que les dieux existaient sans doute, finalement.

Amélia un peu plus loin, demandait au médecin, anxieuse, si tante Serena et le bébé pourraient sortir juste une journée pour le mariage, le lendemain. Il lui dit quelque chose et un sourire s'épanouie sur les lèvres de la future mariée. Elle reste un moment dans sa béatitude et puis, d'un seul coup, se retourna et courut se jeter dans les bras de Gabriel, qui la fit tournoyer dans les airs. Même Adelina, la plus austère de la famille, pleurait de joie dans les bras de Raphael.

Une liesse incommensurable avait prit au cœur toute la famille et quand Alan et Myra arrivèrent, à quatorze heures, dans la villa d'Oncle Enzo chez qui se déroulaient tous les préparatifs du double mariage, elle n'était pas retombée.

Quand Myra vit maman, elle s'évanouie et fut rattrapée de justesse par Alan, qui la déposa doucement à terre avant de se planter devant maman et de lui décocher une gifle retentissante. Maman la reçut sans un mot alors que papa s'approchait de son fils pour lui rendre l'affront. Mais maman tandis la main vers lui et il s'arrêta, perdit d'un seul coup toute velléité envers mon frère et la prit dans ses bras.

Une fois que Myra fut réveillée et qu'Alan se fut calmé, maman nous invita tous à nous asseoir autour d'elle. Elle s'excusa pour tout ce que son absence avait créé et détruit et puis elle me prit dans ses bras, fit asseoir Sirius à sa droite et regarda Remus, Lily, Noah et James avec un grand sourire avant de se tourner vers le reste de la famille.

-Il y a six ans, expliqua t-elle avec un sérieux soudain, des mangemorts sont venus me chercher. Ils m'ont enlevée et m'ont amenée à leur maître. Voldemort voulait que je rejoigne les rangs de ses esclaves à cause de ma maîtrise parfaite sur mon Loup, supérieure à celle de Fenrir Greyback. En effet, comme lui, je ne fais qu'un avec mon Loup et suis capable de me transformer à volonté quelque soit la phase de la lune. Il voulait se servir de cette capacité pour effrayer les foules. J'ai refusé et ai réussi, je ne sais par quel miracle, à m'enfuir, mais, alors que j'allais sortir de sa vue, il m'a lancé un sort de magie noire : je resterais à jamais dans l'apparence que j'avais pris pour lui échapper. C'était bien sûr celle de l'angora blanc qui est venu, un matin, miauler à votre porte et que vous avez nommez Aphrodite.

» Mais Voldemort est ignorant sur bien des choses et sa maîtrise de la magie noire ne lui offre qu'une vue restreinte sur la vérité de la magie. Je suis devenue ton familier, ma chérie, me sourit-elle, en espérant que les professeurs Dumbledore et McGonagall sauraient quoi faire. Et j'avais raison. Ils ont réussit à transformer le sort de tel façon que j'ai pu reprendre forme humaine l'espace de quelques instants. Instants durant lesquels nos regards se sont croisés, mon ange.

Elle me caressa les cheveux et je me lovai un peu plus contre elle.

-Cette nuit-là, alors que nous faisions des essais dans le parc, tu m'as vu et Albus a eu un déclic. Avec l'aide de Minerva, ils ont réussit à m'enfermer dans un corps d'animagus et non pas de métamorphomage. C'était la veille de ces vacances. Ils n'ont donc pas prit le temps de contrer la transformation et je suis reparti dans le corps de cette chatte blanche. Mais tu as compris, mon amour, souffla-t-elle à papa avec un sourire lumineux, et tu m'as libérée. Aujourd'hui, je peux de nouveau redevenir moi-même.

-Tu seras toujours une métamorphomage ? m'inquiétai-je.

-Oui, toujours, ma puce, et je resterai Aphrodite. Si nous changeons d'habitude, eux qui sont partout vont s'en rendre compte et revenir me chercher.

-Jamais, rétorqua fermement papa.

-Alors il faut continuer à vivre comme si je n'étais pas là. Je serais toujours auprès de vous. De vous tous, ajouta-t-elle avec un nouveau sourire à papa.

-GREGORY YAHNN ! hurla soudain la voix de Wilson, mon parrain. GERGORY YAHNN, TÊTE DE CON ! REPONDS, PAUVRE IMBECILE !

-Wilson, taisez-vous un peu, soupira la voix de ma marraine, Lisa Cudy. Docteur Yahnn, si vous êtes là, répondez, je vous pris, c'est très important.

Papa grogna et fit venir son miroir à double sens universel d'un coup de baguette.

-Qu'est-ce qu'y a ?

-Ah ! Yahnn ! Eh bien ! Il était temps, ça fait une heure qu'on vous appelle ! soupira Marraine. Nous avons trou… Oh ! Par Merlin ! s'exclama-t-elle soudain et maman lui envoya un sourire.

-Bonjour, Lisa.

-Chiara* ?

-Chiara ? s'étonna Wilson en reprenant le miroir. Oh ! Par tous les dieux ! Merlin soit béni ! Chiara !

-Eh bien… Cela fera donc deux bonnes nouvelles, souffla Marraine, au bord de l'évanouissement. Nous avons trouvés comment régénérer le muscle de votre jambe, Yahnn.

-Pardon ? fit papa en levant un sourcil sceptique.

Mais sa main avait tressaillit.

-On a trouvé, Gregory ! sourit Parrain de plus belle. On a trouvé la potion qui te rendra ta jambe !

-Wilson, tu m'as fait des blagues plus drôles, ironisa papa, dépité.

-Arrête de faire ta mauvaise tête, on a trouvé, je te dis ! Tu n'as plus qu'à l'essayer !

-Et tu crois vraiment que je vais te faire ce plaisir ? Essaye-la sur toi, ta potion, je suis sûr que tu seras très heureux de la perdre, ta jambe. Moi, je ne veux pas que la mienne tombe en miette. Démerde-toi.

-Yahnn, vous êtes têtu ! Nous l'avons essayé sur des cobayes consentants et ils ont tous réagit à merveille ! Nous avons la solution, Yahnn, alors, s'il vous plait, je sais que vous êtes en vacances et que vous aimeriez y rester mais j'aimerais vous l'administrer le plus tôt possible ! Si vous la prenez d'ici à dix minutes, demain, au mariage de vos nièces par alliances, vous pourrez dansez avec Chiara comme aux jours de vos vingt ans !

Maman regarda papa avec un grand sourire et il se leva en grommelant que s'il perdait définitivement sa pauvre guibole, ça serait de sa faute. Elle lui fit un sourire lumineux et l'embrassa sur sa joue mal rasée et il céda, comme toujours.

Une heure plus tard il revenait, sa canne à la main, maman ravie au bras. Elle me fit un clin d'œil et je me coulai derrière papa. J'attendis qu'il se fût avancé un peu dans la pièce et envoyai un coup violent dans la pauvre canne en bois. Papa trébucha, lâcha sa canne et se releva de toute sa taille pour me lancer un regard noir qui voulait clairement dire que je ne payais rien pour attendre, mais déjà maman l'entraînait vers les autres.

Il marchait ! Il marchait comme avant ! Oh ! Par Merlin ! C'était un miracle ! Encore un ! Décidément, ces vacances de Noël étaient un cadeau des dieux !

*

Papa finit par s'asseoir, après avoir parader un moment sous l'ordre express de maman, et elle vint me voir, m'entraînant à sa suite dans le cabinet personnel d'oncle Enzo.

-Il faut que je te parle, ma puce, me souffla t-elle avec un sourire. Tout d'abord, je sais pour Remus et toi.

-On n'est pas ensemble, maman.

-Je sais, mais vous avez fait l'amour ensemble, ma chérie, et j'avoue que j'espérais que ce serait le premier pour toi.

-Pourquoi ?

-Parce que c'est le plus doux des trois, rit-elle. Je ne suis pas sûre qu'il le soit resté ensuite mais tous les hommes sont pareils et les loups-garous ont tendance à être pire. Ensuite, il m'a semblé comprendre que tu étais tombée amoureuse de Sirius Black.

Son air malicieux avait quelque chose de rassurant, ça me rappelait toutes ces fois où elle m'avait aidé à faire des farces à mes frères si turbulents. J'avais l'impression que ses six ans d'absences s'effaçaient doucement de mon cœur.

-C'est vrai, répondis-je comme si c'était une amie en me rendant compte que non, plus rien ne serait comme avant.

Je n'avais plus dix ans, j'en avais seize et tant de choses avaient changées, tant de choses avaient évoluées, moi, j'avais changé et évolué. J'étais passé par une adolescence pas toujours très facile, j'avais changé de personnalité, marquée par sa perte, j'avais vécu des temps difficiles et m'en étais sortie et puis j'étais tombée amoureuse aussi, comme elle le disait si bien, j'avais perdu ma virginité, étais devenue une femme, avais regretté puis bénie cette étrange nuit. J'avais crus perdre Sirius et les jumeaux, et avais peur, aujourd'hui, de perdre James. Ou Lily. J'avais provoqué mes propres chutes à toujours vouloir compenser son amour perdu par tous ceux que je trouvais et m'étais relevée toute seule, consciente que j'étais seule fautive. Tout ce temps, elle n'avait pas été là.

Aphrodite, pour moi, n'avait jamais été qu'un chat aux attitudes parfois très humaines. Elle avait tout partagé de trop loin, trop anonyme, et je ne serais plus jamais la petite fille qu'elle avait laissée derrière elle, incapable, pleurnicharde, peureuse et dépendante. Comme elle ne serait plus jamais vraiment la mère que j'avais perdue, idéalisée par mon regard d'enfant et la naïveté de cette époque bénie où le malheur n'existait pas.

Ma mère avait toujours été ma mère mais aujourd'hui, face à cette femme à la beauté envoûtante qui, malgré ses quarante ans, en paraissait à peine vingt-cinq, comme au jour de son départ, je prenais soudain conscience que le fossé qui s'était creusé entre nous à cause de ses six ans ne pouvait être rattrapé. On ne peut combler tout à fait un vide si long. La seule solution qui s'offrait à moi, avais-je l'impression, était de la prendre comme une amie, une confidente, comme je l'avais toujours fait avec Aphrodite, mon fidèle familier auquel je racontais tout. Ma mère avait disparue six ans plus tôt et je ne la retrouverais jamais vraiment. Aujourd'hui, elle était à la fois plus et tout autre qu'une mère. Il fallait que je l'accepte et m'en accommode.

-C'est vrai, répétai-je. Je suis amoureuse de Sirius Black.

Elle me regarda un moment, la tête sur le côté comme le faisait souvent Aphrodite et je me rendis compte que j'avais la même manie, de toujours penché un peu la tête sur le côté quand j'écoutais ou réfléchissais. J'avais l'impression de me regarder dans un miroir vieillissant. On dit toujours qu'en regardant la mère, on voit la fille au même âge. Si à quarante ans, je ressemblais à ma mère, je n'avais rien à craindre pour trouver preneur, souris-je intérieurement. J'espérais juste ne pas avoir pour mari Gregory Yahnn Junior. Un seul grand cynique me suffisait amplement !

-Tu sais, il t'aime aussi, me sourit-elle et je reconnus mon propre sourire. Il n'arrête pas d'en parler avec Remus et James. Tous les soirs, il parle de toi avec ses deux amis, se demande comment te séduire, comment se faire aimer de toi.

-Il me l'a dit, souris-je à mon tour et je vis qu'elle reconnaissait son sourire à mon âge.

-Alors il a été plus vite que ce qu'il avait prévu, souffla-t-elle pour elle-même, un étrange sourire aux lèvres.

Je l'entendis parfaitement, bien sûr, mais n'en montrai rien.

-Vous sortez ensemble ? me demanda t-elle.

-Pas vraiment. On s'est avoué nos sentiments mais on ne s'est pas encore embrassé.

Elle sourit de nouveau de cet air indéchiffrable et me serra dans ses bras.

-Tu as tellement grandie, ma chérie ! Tu es une femme, aujourd'hui !

Je lui rendis son étreinte en hochant la tête et elle m'entraîna de nouveau vers les autres, dans l'immense cuisine-salon-salle à manger.

Et tandis qu'elle rejoignait papa au coin cuisine, je fus vite prise à parti, dans le coin salon, par Amélia qui s'acharnait à faire admettre à Guillaume que sa queue de cheval était une véritable horreur et qu'elle pouvait très bien lui trouver une coupe qui irait parfaitement avec son visage carré et sa stature d'armoire à glace.

Il s'offusqua du terme "armoire à glace" et ne voulut plus rien entendre. Et d'un seul coup, se levant, il se dirigea en vociférant vers son sac, qui trônait avec les autres dans un coin de la salle. Il en sorti un miroir à double sens universel – tandis qu'Amélia lui sortait "tu préfères "rugbyman" ?" – et y braqua un regard noir.

-Quoi ? grogna t-il, encore sous le choc du "rugbyman", en faisant un geste agacé à ma cousine.

-Tu n'aurais pas oublié un truc ? dit une voix.

-Quoi ?

-Parler à ton père, par exemple…

-De quoi ?

-Guillaume, ça devient inquiétant. Je te signale qu'une jeune fille attend désespérément qu'on veuille bien s'occuper de son cas !

-Merde !

-Comme tu dis ! Bon, parles tout de suite à ton père parce que, moi, je ne vais pas me la garder indéfiniment, la fausse orpheline ! C'est que la fille de la sœur du frère du beau-frère de la cousine de ma belle-sœur, après tout ! Et puis, dès que je ramène une donzelle à la baraque, elle se tire aussi sec en voyant la gamine ! Je n'en peux plus, moi !

-Attends trente secondes, tu veux ? soupira Guillaume face au babillage dépité de la voix. Papa ! appela-t-il. J'aurais besoin que tu loge une fille de Poudlard pour quelques temps !

-Quel âge ?

-Seize ans !

-Trop jeune, m'intéresse pas, rétorqua papa sans même se retourner.

Maman lui lança un drôle de regard qu'il ne vit pas et lâcha à Guillaume :

-Elle peut venir, mon chéri ! Elle peut même venir maintenant !

Papa se tourna vers elle en soupirant.

-Chiara, tu es mignonne mais ce n'est pas toi qui va devoir t'en occuper.

-Non, c'est moi ! lançai-je, amusée. C'est bien, ça me fera de la compagnie !

-Tu n'as qu'à inviter tout Poudlard, tant que tu y es ! grogna papa.

-Eh bien ! En fait ! souris-je pour l'embêter. J'ai appris que Sirius avait été déshérité…

-Tu m'étonnes !

-… Et je me disais qu'il pouvait toujours venir chez nous !

Il y eut une seconde de flottement durant laquelle Sirius me lança un regard mi-contrit, mi-amusé.

-Bien sûr, ma chérie, me glissa mon père, soudain onctueux, en se tournant vers moi, le hachoir – énorme – avec lequel il était en train de couper des tranches dans une pastèque – à peine arrivée de la culture en serre de tante Laetizia et qui pesait facilement ses vingt kilos – glissé entre ses doigts fins avec une désinvolture assez effrayante. Faites ça ! Je serais ravie de l'accueillir à la maison ! Je manque de compagnie ces derniers temps ! Je suis sûr qu'il serait ravi de m'aider dans mes petites expériences scientifiques et magiques ! En ce moment, c'est "est-ce qu'un pénis peut repousser ?" !

Tous les hommes de la salle avalèrent leur salive avec difficulté et papa se retourna comme si de rien n'était vers sa pastèque géante.

Sirius me lança un regard un peu affolé tandis que Remus se mettait à rire.

Et puis on entendit du fond du salon :

-C'est vraie, pépé, tu cherche à faire repousser les pénis ? Tu as perdu le tien ?

Je me retournai en reconnaissant la voix et couru me jeter dans les bras de mon cousin japonais préféré : Shin !


* se prononce Kiara