Avertissement : Il y a besoin d'un avertissement pour ce chapitre. Surtout pour la conversation téléphonique avec Pansy. Tout le monde reste très, très vague mais ça va faire allusion à des rapports sexuels et rapports à soi-même et aux autres pas sains. Possibles soupçons de biphobie et d'homophobie intériorisées. Répliques cheloues. Avancez prudemment. Ou repoussez à plus tard si vous n'êtes pas d'humeur.
Vous pouvez sauter toute cette conversation si vous voulez vous concentrer sur le Drarry (le passage en question ne démarre pas tout de suite, et le "drarry" reprend aux trois petits points centrés). Le reste, normalement, ça va. Ça clash, mais ça va. Il y a même de l'humour...
Câlins serrés à ma team de beta/consultant-e-s. 50% choqué-e-s, 50% pas, sur un panel de cinq personnes en me comptant moi.
Et toi, bisous et bonne lecture !
BO : « The Road » – Hurts
Conduite pratique (2)
« Si tu fais ça pour me faire chier ! gronda Draco alors que le dos de Blaise heurtait le mur, – si tu lui fais le moindre mal, je te tue de mes propres mains !
Blaise ouvrit la bouche, l'air abasourdi, et furieux, et blessé :
- Putain, les Malfoy, c'est de père en fils...
- Tu comptais me le dire quand ? dit Draco sans relever. Tu sais que c'est ma meilleure amie, tu sais à quel point elle compte pour moi !
Blaise sortit de sa stupeur et le repoussa violemment ; Draco tituba à reculons.
- Je sais pas, cracha-t-il en réponse. Quand ton copain serait reparti peut-être ? Histoire de pas vous bouffer le week-end…
Draco serra les poings dans le vide.
- Et je suis quoi moi, pour toi ? ajouta Blaise, si Pansy, c'est ta « meilleure amie » ?
- Mon meilleur ami, répondit Draco, péniblement, après trois inspirations ébranlées.
- Et donc ça te tuerait d'imaginer que je puisse avoir peur de ta réaction ? Ça te tuerait de pas penser tout de suite que je suis en train de comploter pour te pourrir la vie ? J'en ai un peu marre de passer pour le connard de service !
Draco ouvrit et ferma la bouche ; Blaise poursuivit sa tirade :
- Et Pansy ? C'est une grande fille et elle te ferait jamais ça si c'était pas important. ON ne te ferait jamais ça, ni l'un ni l'autre, si c'était pas important ! Et puis merde, le monde ne tourne pas autour de toi ! C'est pas parce que tu as besoin de coucher avec toutes les personnes qui supportent ton caractère de merde que ça te donne un droit de regard sur nos relations !
Draco était pétrifié.
- Putain, casse-toi, je vais t'en coller une.
Comme Draco hésita une seconde de trop, Blaise attrapa vivement ses clés, son téléphone et son paquet de cigarettes et quitta l'appartement en claquant la porte. Le silence qui suivit était assourdissant. Draco resta figé, les yeux rivés sur le couloir, au bord du malaise, jusqu'à ce que la tête de Harry apparaisse dans son champ de vision :
- Il s'est passé quoi, là ? demanda-t-il.
Draco avait presque oublié son existence. Il ne savait pas quoi lui répondre. Il ne savait pas ce qu'il était censé faire. Il n'y avait que le claquement de la porte dans son esprit, qui résonnait, et le choc de la nouvelle qui commençait déjà à se dissiper, laissant place au sentiment bien plus effrayant d'avoir fait une énorme erreur ; il voulait se raccrocher à ce qu'il avait pu trouver de légitime à sa colère :
- Il…, commença-t-il.
…a couché avec Pansy. Mais c'était le reste de ce qu'il avait dit que Draco ne comprenait pas.
- Il t'a frappé ?
- Hein ? Mais non…
Blaise savait faire peur mais il n'était pas violent. Qu'est-ce que Harry avait entendu ? Draco voulut s'asseoir, mais il était dans la chambre de Blaise, et Harry le regardait : c'était l'horreur. Il sortit de la pièce.
- Il a couché avec Pansy, ce…, dit-il avant de s'interrompre.
Il retourna sur ses pas car il avait laissé tomber son téléphone sur le lit. Il tourna en rond un instant dans la pièce commune puis le laissa sur la table de la cuisine comme s'il brûlait : c'était la faute de Pansy – quelle idée de lui dire ça alors qu'elle savait que Harry était là ?
- Ça me fait chier qu'ils m'annoncent ça maintenant, explicita-t-il faiblement, pour remplir le vide. Je sais pas depuis combien de temps ça dure, mais ils choisissent toujours les pires moments…
Le téléphone vibra. Et vibra. C'était Pansy. Ignorant le regard de Harry, le cœur battant, Draco décrocha et s'enfuit dans sa chambre.
« Draco Malfoy, tu vas tout de suite demander pardon à Blaise !
- … Pourquoi ? demanda-t-il d'une voix étranglée.
- Parce que c'est ton ami et que tu viens de lui dire la pire chose que tu pouvais lui dire ! On savait très bien que tu allais péter un câble mais il va falloir que tu apprennes à te mettre à la place des autres un peu ! Au moins de ceux qui comptent pour toi, – genre Blaise, – genre moi ! – sinon tu vas les perdre…
- Mais il couche avec toi ! objecta-t-il. Et je sais pas depuis combien de temps vous êtes ensemble mais il continue de voir Melissa…
Son inquiétude était légitime !
- Je sais, répondit-elle. On s'est mis d'accord, lui et moi. J'ai un peu plus la tête sur les épaules que toi, chouchou. Et des fois, « Melissa », c'est moi… En tout cas, « Mel B » sur son téléphone, c'est moi…
Trop d'informations. Trop de réalité, trop de sérieux. Trop de concertations derrière son dos. Draco ne voulait pas y penser. Affaissé contre la porte, il se laissa glisser jusqu'au sol.
- Dis-moi que c'est toi qui domine dans cette relation, au moins…
Pansy l'interrompit tout de suite :
- Ouh là ! Alors, de une, on a un autre accord qui est de ne poser aucune question sur les fois où on a couché avec toi, et tu vas le passer aussi sinon on ne va pas s'en sortir. Et de deux,…– et son ton se radoucit soudain considérablement : bien sûr que oui. Mais tu sais, c'est vraiment inquiétant que tu le demandes.
Draco s'était replié sur lui-même à mesure et se cachait le visage. Tu ne sais pas tout de ce qu'il m'a fait, répondit-il dans sa tête, mais tout ce qui sortit fut un claquement de langue irrité et une brûlure au fond de la gorge, un mal de tête pénible.
- J'en ai tellement chié avec lui, je veux pas que tu vives la même chose…
- Chouchou, ça va pas être agréable pour toi d'entendre ça, mais je suis une fille, tu es un mec, et ça change tout pour Blaise. Sans compter que vous aviez, quoi, 19-20 ans quand il a agi comme un irresponsable ? On en a quatre de plus maintenant. Tu as un mode de relations aux gens qui est perturbant. Tout se mélange au sexe, on ne sait plus où on en est. Et Blaise… c'est très bizarre son rapport aux mecs. Tu es le seul qui lui ait vraiment mis le trouble.
- Je croyais que vous aviez un accord pour ne pas en parler. Je suis sûr de t'avoir jamais raconté en détail.
- C'est une des premières choses dont on ait parlé, qu'est-ce que tu crois… Mais pas en détail. Ça, ça nous regarde, chacun. On a formulé l'accord après.
Draco s'efforça de faire le vide dans sa tête, mort de honte et de colère, contre lui-même plus que tout ; mais ce qui lui était le plus insupportable, c'était le fond de culpabilité qui ne cessait d'affleurer. À l'autre bout du fil, Pansy soupira.
- Pourquoi tu m'annonces ça aujourd'hui ? demanda-t-il, la gorge nouée. Tu sais que Harry est là...
- Justement parce que Harry est là ! Et, franchement, j'avais pas envie de me farcir un live tweet de tes psychotages sur le comportement de Blaise.
...
- Pardon, dit-il faiblement.
Elle resta un instant silencieuse.
- ... wow, j'aurais jamais cru entendre ça de ta bouche un jour.
Draco lança un regard noir au parquet.
- Je suis désolé de ne pas me mettre assez à ta place.
- ...
- Et à celle de Blaise, força-t-il.
- OK, ça va, je commence à être gênée maintenant.
- Pardon.
- Merci.
- ...
- ...
- ...
- Je suis désolée de pas t'en avoir parlé avant. Ça fait pas longtemps qu'il y a vraiment quoi que ce soit à dire…
Draco n'avait vraiment pas envie de savoir. Il n'écouta qu'à moitié la suite de son récit, selon lequel Blaise aurait voulu lui en parler bien plus tôt, et Pansy l'avait à peine averti la veille, encore moins consulté, avant d'envoyer le SMS à Draco. C'était compliqué, c'était toujours compliqué…
Draco ne voulait pas savoir.
- Bon, dit-elle en se raclant la gorge. Je vais te laisser… On reparle de tout ça bientôt. Le temps de digérer. D'accord ?
- Ouais.
- Profite de ton cher et tendre, et essaie de te réconcilier avec Blaise. Il va se donner un cancer dehors.
- Putain, c'est à cause de lui que tu t'es remise à fumer, soupira Draco, exaspéré. Je me suis douté de rien...
- ... Moi je pense au contraire que si tu as mis tant de temps à me le faire rencontrer, c'est que tu avais peur que je te le pique.
Draco vit un nouveau gouffre s'ouvrir tranquillement sous ses pieds.
- Ouais... à méditer en psychanalyse, souffla-t-il.
- Comme tu dis, chéri chou.
- J'en peux plus de nos relations.
- Toi au moins tu as trouvé une porte de sortie. »
…
Quelques instants après avoir raccroché, alors qu'il balayait du regard sa chambre où des affaires de la veille étaient en vrac sur la chaise de bureau et où le duvet était repoussé d'une manière inhabituelle, Draco se rendit compte qu'il avait laissé son copain seul dans la cuisine et qu'il lui avait fermé la porte au nez. Il se déplia précipitamment et rouvrit la porte. Harry n'était plus là mais, contrairement à la veille, Draco n'eut pas le temps de paniquer car le bruit de la douche reprit à ce moment-là dans la salle de bain. Draco passa aux toilettes lui aussi, alla se chercher à boire pour l'attendre à la table de la cuisine – un verre d'eau, froide, sortie du frigo ; s'il avait pris le temps de faire ces gestes au lieu de bondir dans la chambre de Blaise au réveil, ils auraient pu, peut-être, se disputer moins violemment. Draco n'était pas quelqu'un d'impulsif : il suranalysait tout, il prévoyait tous les pires scénarios possibles et bondissait – oui – se mettait en action dès que l'un d'eux se produisait parce qu'il s'était préparé à… souffrir le plus possible, et donc à réagir ; il en voulait aux gens d'avoir choisi la voie qui allait le mettre le plus en difficulté. Rétrospectivement, ce n'était jamais de la panique, ce n'était jamais des erreurs de jugement, c'était des données, des nouvelles données à prendre en compte. Harry allait sortir de la salle de bain et aurait entièrement le droit de lui faire une scène. Il fallait lutter contre la tentation de se saborder d'avance.
Harry sortit de la salle de bain et accrocha son regard :
« Ça va ? demanda-t-il.
- Oui… »
Il suivit Harry dans la chambre et le regarda enlever le T-shirt sale qu'il avait remis et en prendre un autre dans son sac. De même avec le bas.
« Désolé de…, commença Draco sans pouvoir finir succinctement. Désolé que tu aies dû assister à ça.
Harry se retourna vers lui. Il n'avait pas l'air en colère, simplement préoccupé par la distance à tenir dans cette situation ; c'était un peu déconcertant de le voir en profiter pour rapprocher son sac du bureau et y fourrer ses habits de la veille, même s'il n'y avait rien de passivement agressif qui se dégageait de son attitude.
- Tu veux que je m'en aille ?
Draco écarquilla les yeux :
- Non !
Harry avait posé la question très simplement, sans vexation, par politesse, par gêne peut-être, mais Draco ne voulait surtout pas qu'il parte, lui aussi.
- Non, répéta-t-il. Je pense pas que Blaise revienne tout de suite.
Et tu t'en vas ce soir.
Harry rabattit le duvet et s'assit en tailleur sur le lit, face à lui, secouant ses cheveux humides et électrisés avant de relever le nez :
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Blaise…
Draco s'interrompit, trop conscient de son réflexe de toujours le rendre responsable. Ce n'était plus un jeu.
- Blaise et Pansy sortent ensemble, apparemment, se reprit-il. Et je n'étais pas du tout au courant.
Si Harry savait hausser un sourcil correctement, à la Pansy, il l'aurait fait à ce moment-là, vu le regard qu'il lui lança.
- Et Pansy s'est dit que ce serait une bonne idée de me l'annoncer hier soir, quand tu es là.
- D'où l'engueulade de bon matin…
Draco baissa les yeux et se sentit rougir. S'il commençait à se justifier, s'il se risquait sur cette pente, cela consisterait en un détail des humiliations sexuelles par lesquelles il avait démoli sa relation avec Blaise, or ce n'était pas là-dessus qu'il voulait terminer son premier week-end chez lui avec Harry.
Le genre d'accord dont Pansy avait parlé avait du bon.
- Comment tu fais pour ne pas t'énerver..., demanda Draco, sincèrement admiratif – à sa place il aurait déjà cassé des assiettes.
Harry soutint son regard, et se fendit d'un sourire :
- Douze ans de thérapie et beaucoup d'arts martiaux.
Draco ne sut pas quoi répondre. Il sortait avec un saint. Ils se regardèrent en silence pendant un moment, puis Draco se sentit las.
- Je peux m'asseoir ? demanda-t-il.
- C'est ton lit, répondit Harry.
Draco le délogea pour refaire le lit comme il fallait et se recroquevilla contre les oreillers. Harry s'allongea à côté de lui, prenant la peine de lui préciser que c'était un jean propre qu'il avait mis : Draco l'embrassa.
- Tu sais, Ron a fait la même crise quand j'ai commencé à sortir avec Ginny, dit Harry au bout d'un moment. J'y avais pas pensé du tout, que c'était avec sa sœur que je sortais, et c'est plus avec Ginny qu'il a pété un câble, mais on s'est engueulé aussi, lui et moi. Et quand il a soupçonné qu'elle commençait à flirter avec Dean après, rebelote.
Draco le regarda sans rien dire, incrédule, horrifié, d'être comparé à Weasley.
- Et moi, quand Ron et Hermione se sont mis ensemble…, poursuivit Harry en pouffant de rire.
Il se cacha le visage derrière une main à ce souvenir ; Draco se mit à voir les relations de ce groupe d'amis sous un tout autre jour.
- Ce que je veux dire, reprit Harry, c'est que c'est pas évident de pas être… je sais pas… de pas réagir comme ça… t'es pas le seul à qui ça arrive en tout cas. J'en ai parlé pendant des heures avec Hermione avant d'arriver à ne plus me sentir abandonné – et pas qu'avec Hermione, d'ailleurs. Ça reste tous les deux mes amis, mais ça changeait un peu la donne quand même. Ça m'obligeait à accepter que je n'ai pas le monopole de leur affection.
Il acheva cette dernière phrase sur une grimace.
Si c'était une manière de lui faire la morale sans qu'il se sente sermonné, c'était réussi. Ce n'était pas la même chose, à moins qu'il y ait eu plus d'ambiguïté amoureuse dans ce trio qu'il n'y paraissait (ce dont Draco doutait) ; c'était bizarre et touchant, mais un peu à côté de la plaque aussi de la part de Harry, de rapprocher ainsi leurs situations, d'envisager Pansy comme une sœur de substitution pour Draco, même s'ils le faisaient eux-mêmes parfois ; Draco trouvait l'endogamie des Gryffondors moins glauque que la sienne, mais ça lui permettait de relativiser, et ça l'intriguait, surtout, tout ce qu'il apprenait sur Harry au passage.
- T'essaies de gagner le prix de la colocation la plus tendue ? plaisanta-t-il ; Harry leva les yeux au ciel. J'y avais pas réfléchi mais c'est assez incestueux leur relation…
- Ginny et Ron ?
- Ouais.
- Bravo de ne pas avoir fait de blague de roux à ce sujet.
- Ça me démange, tu peux pas savoir…
Harry lui plaqua la main sur la figure pour l'en empêcher ; Draco se débattit et lui bloqua les poignets, le regard prétendument menaçant. Harry le laissa faire.
- On a pas fini de s'engueuler, toi et moi…
C'était une drôle de déclaration, mais juste, s'ils visaient le long terme.
- On s'est encore jamais vraiment engueulé…, répondit Draco. Bon, d'accord, concéda-t-il devant le regard appuyé de Harry. Mais seulement si tu continues de penser que si les verres sont pas classés par taille et par fonction dans le placard, c'est pas grave. »
Harry lui rit au nez et Draco gémit de frustration. Il bascula sur le dos pour s'écarter de cette ignominie d'être humain qui voulait fonctionner en couple avec lui, mais Harry le rattrapa et embrassa sa face de faux obsessionnel compulsif.
Pansy transmit un court message d'excuse à Harry, au nom de Blaise, pour le dimanche perturbé ; Blaise lui-même ne se remanifesta pas de la journée.
