Chapitre 21

Ça allait être un cauchemar.

A peine trente-cinq minutes dans le mélange post-dinatoire et on avait déjà caressé l'armure de Tony du casque aux bottes. Les regards affamés des nations unies traçaient ses répulseurs et ses caches à missile, s'attardant sur la source d'alimentation dans sa poitrine et la lueur qu'elle émettait. Tout le monde connaissait l'histoire de la plus grande invention de Tony Stark et personne ne pouvait accéder à ses plans. Il était un peu surpris que personne ne bave encore. Ou pire, ne se jette sur lui avec un ouvre-boîte. Les regards louches qu'il obtenait d'un des types du fond disaient que cela avait traversé au moins un esprit.

Rhodey n'était nulle part. De même que Fury. Natasha et Clint avait été stationnés quelque part sur le périmètre et Bruce était à la tour en train de se faire une pédicure. Tony avait été bel et bien roulé.

Il devait l'admettre cependant, aucune dépense n'avait été épargnée pour l'événement. Des lumières scintillaient sur des cordes au-dessus de leurs têtes, le plafond drapé de tissu bleu profond. Des touches de rouge profond étaient suspendues au-dessus de larges tables gémissant sous le poids de champagne, petits fours et canapés éparpillés partout où Tony regardait. Les grosses perruques avaient déjà dîné, mais il était évident que juste un peu plus d'un tiers des occupants de la pièce étaient des diplomates de seconde catégorie et des membres décorés de diverses organisations militaires. Pas de dîner pour eux, pensa Tony, zyeutant un large plateau de chair à homard sur de minuscules brochettes et une marmite couverte qui devait être remplie de beurre fondu chaud et doré. Ils n'étaient pas les seuls à avoir manqué le dîner.

Au centre de la pièce, un homme grand aux cheveux noirs en vert et en noir saluait les nouveaux-venus, son expression platement plaisante alors qu'ils échangeaient quelques mots à voix basse. Tony ne pouvait pas l'entendre au-dessus des douces notes de piano au bout de la pièce, mais il semblait en effet être intéressé par ce qu'ils disaient. Ça, ou il était un putain de bon acteur. Le type blond, Donald ou peu importe comment il s'appelait, ne s'était pas encore montré. Jusque-là, leur invité alien à apparence humaine les avait laissés lui et Steve complètement tranquilles.

Tony commençait à penser que sa présence ici était juste pour faire baisser un peu la pression sur Grand, Ténébreux et Tout En Cuir. Éviter une queue ? Alignez juste vos vieux potes Captain America et Iron Man, maintenant avec une fonction lumière trop cool. A l'intérieur du casque, Tony avorta un soupir alors qu'un autre dignitaire s'approchait, tous sourires. Merci pour cette visière putain. Il ne pouvait pas forcer un sourire même s'il essayait.

Finalement tous ceux qui avaient un intérêt avaient inspecté l'armure de Tony et étaient allés saluer Steve, et vice-versa. Au bout d'un moment cela leur permit à tous les deux de battre en retraite vers un espace ouvert devant la scène de présentation qui avait été à moitié démontée, ses rideaux de velours bleus tirés pour cacher le fouillis derrière. Ignoré pour le moment, Tony libéra le verrouillage du casque et l'enleva complètement de sa tête, lâchant un profond soupir de soulagement alors que de l'air frais touchait sa peau.

« -Comment sont mes cheveux ? demanda-t-il à Steve, qui faisait de même avec son propre casque. »

Le bouclier était posé contre le bord garni du rideau de la scène derrière eux, brillant comme, eh bien, du vibranium incroyablement bien poli.

Steve passa une main à travers ses propres mèches humides de sueur, se grattant le crâne avec un soupir de pur bonheur.

« -Ça me gratte depuis une heure, grogna-t-il. »

Des yeux bleus glissèrent sur lui, l'évaluant.

« -T'as l'air bien. T'as quelques taches sur l'armure, par contre.

-Mieux que des fluides corporels. T'as vu le délégué japonais ? Durant toute la conversation j'ai pu penser qu'à sexbot.

-Tu regardes trop de ces dessins animés avec des tentacules. J'ai pensé qu'il était très bien. Je l'ai laissé prendre un selfie avec moi. »

Steve absorbait de toute évidence la culture contemporaine par d'horribles et gros à-coups.

« -Je pense que j'ai cligné des yeux.

-Les médias sont gardés complètement dans le noir à propos de l'existence même de cette chose, et tu laisses un éminent leader étranger prendre une photo avec toi ? Les métadonnées attachées au dossier seules—attends, comment il a fait entrer son téléphone ici ?

-C'est minuscule, répondit Steve, tendant la main et remettant une mèche de cheveux de Tony en place. Il a dit qu'il m'en donnerait un. »

Avant que Tony ne puisse exploser en une diatribe outragée, Steve ajouta :

« -Je lui ai dit que j'étais déjà pris.

-Et comment que tu l'es. »

Cela lui valut un sourire plein de dents, ne calmant que partiellement les sensibilités territoriales ébouriffées de Tony. Steve était une des figures de la technologie Stark. Tout allait bien.

Ils s'appuyèrent contre la scène en silence un moment, regardant les gens aller et venir, orbitant autour du snob complet qui se tenait avec ses mains croisées dans son dos, cachées dans des plis de tissu vert.

Tony fronça les sourcils, contemplateur, se sentant étrangement troublé. Puis son estomac gargouilla bruyamment, arrachant un son moqueur à Steve et le faisant s'éloigner de son coin de repos.

« -Je vais te remplir une assiette, alors reste là et fais mes excuses pour moi. J'ai besoin de ce plateau de burgers minuscules. Qu'est-ce que tu veux ?

-Deux de chaque, dit fermement Tony. Rien avec de l'ail et de l'oignon, par contre. Je peux pas le supporter quand j'ai le casque.

-Uh-huh, dit Steve, prenant le casque de Tony de ses mains et le posant à côté de son bouclier. »

Tony ne comprit pas pourquoi jusqu'à ce qu'il se redresse, faisant face à la direction opposée afin que personne ne puisse voir sa bouche bouger.

« -L'ambassadeur alien ne t'a pas quitté des yeux depuis que t'as enlevé le casque. »

Lorsque Steve fit pour s'éloigner, Tony attrapa son armure par la fermeture éclair et le fit revenir. Faisant attention aux caméras dans la pièce et à quiconque pouvant être en train de regarder, Tony plaça sa bouche directement contre l'oreille de Steve.

« -Trouve le blond. Il est ici quelque part.

-Bien reçu, dit sinistrement Steve. J'ai collé un émetteur dans ma botte droite si t'as besoin de moi.

-Bon garçon. »

Tony gratifia d'une tape le dos de Steve alors qu'il s'éloignait, le regardant recommencer à sourire et à faire des signes de main à quiconque croisait son regard comme le véritable héros américain qu'il était. Huh. Les missions de couverture lui allaient mieux que ce à quoi se serait attendu Tony. Cependant, ils étaient tous des menteurs quand la circonstance l'exigeait. Yinsen le lui avait appris. Obadiah n'avait fait que le remettre en vigueur.

Reposant ses coudes en armure contre le bord de la scène dans son dos, Tony retourna son regard vers la foule bavarde. Pour une fois, il n'était pas au centre de l'attention. Cela lui serait resté en travers de la gorge dans le passé, mais il se retrouva bizarrement satisfait d'être le spectateur pour une fois.

Prudemment, nonchalamment, Tony laissa ses yeux glisser sur la foule de gens colorée jusqu'à ce qu'il trouve une paire d'yeux verts saisissants lui rendant directement son regard.

Merde, pensa Tony, détournant le regard. Son cœur martelait au rythme du bourdonnement du réacteur, pulsant du sang dans chacun de ses membres comme s'il voulait fuir. Ce regard avait été—perçant.

Lorsqu'il se reprit et tenta un autre regard, l'Ambassadeur Odinson lui faisait signe de venir d'un doigt. Sa bouche avait une note hautaine qui donna à Tony soit l'envie de le frapper soit de découvrir quel goût elle avait. Ce qui était des conneries, complètement des conneries. C'était un alien snob aux yeux verts qui ne voulait pas se salir les mains. C'était tout.

Jouez les gentils, l'avait averti Fury, trois jours auparavant et ce n'était toujours pas assez. Laissant le casque et le bouclier derrière sous la garde des ombres du SHIELD, Tony mit suffisamment d'arrogance dans sa démarche pour dire qu'il n'obéissait au doigt et à l'œil de personne. Si E.T. voulait Iron Man, il l'aurait.

Tony était à trois pas de l'ambassadeur quand l'homme saisissant offrit sa main en guise de salut.

C'était une main pâle, aux longs doigts fins, élégante. Ongles propres. Une main sympa à serrer, si Tony l'acceptait.

Toute la salle fut parcourue de murmures d'expectation, le silence s'étirant comme des ondes dans un bassin alors que des chefs d'état de partout dans le monde regardaient leur nouvelle fascination offrir un gage d'intimité à Tony Stark, entre toutes les personnes possibles.

Le regard de l'ambassadeur était frais et lourd, une sensation presque tangible alors que ses yeux passaient sur lui comme un manteau. Tony savait qu'il était testé, comme si le contact physique était quelque chose à convoiter et à protéger. Mais les contacts vivants n'avaient jamais été une des bêtes noires particulières de Tony.

Faisant tourner son poignet, le gantelet carmin se rétracta de sa main, puis de son avant-bras. Il remonta jusqu'à son coude, révélant de la peau nue interrompue par une menotte de métal. Il tendit la main et se saisit de celle qu'on lui offrait. De la peau chaude et de légères callosités rencontrèrent sa paume, et les doigts qui s'enroulèrent autour de sa main étaient forts.

« -Iron Man, dit l'ambassadeur, sa bouche s'étirant légèrement. »

Tony se contenta d'acquiescer légèrement.

« -Ambassadeur. Pensais que les contacts vous faisiez pas.

-Je fais des exceptions.

-Je vois ça. »

Ils se regardèrent un long moment, se serrant toujours la main. Tony avait la sensation désagréable d'être le dindon d'une farce personnelle. Quelque chose à propos de ce regard entendu dans ces yeux verts faisait se dresser ses cheveux sur sa nuque, son estomac se contractant comme s'attendant à un coup.

« -Vous avez des yeux remarquables, pour un humain, dit Odinson avec décontraction, mais ses yeux ne souriaient pas. Comment en êtes-vous arrivé à une teinte si brillante ?

-Ce ne sont pas vos affaires, répondit vivement Tony, fronçant les sourcils. »

Parmi toutes les questions possibles à demander. Il lâcha la main enroulée autour de la sienne, sentant l'armure se déployer de nouveau pour recouvrir son bras.

« -Enchanté de vous rencontrer, Ambassadeur. »

Il se retourna pour partir.

« -Mes excuses, dit hâtivement Odinson, sonnant désarçonné. Je vous ai contrarié. S'il vous plaît restez. »

S'il vous plaît restez.

Frissonnant légèrement à l'intérieur de l'armure, Tony passa ses options en revue. Joue les gentils. Garde tes mains pour toi. Poli. Des doigts chauds piégeant sa main. Des yeux verts. Il se retourna avec son masque en place, aussi vivant et charismatique qu'un courant électrique.

Le soulagement dans les yeux de l'ambassadeur fut presque une leçon d'humilité. Qu'est-ce que Fury lui avait raconté sur Iron Man bordel ?

« -Ils me disent que vous avez construit cette armure, et de nombreuses similaires, dit Odinson, comme s'il avait lu l'esprit de Tony. »

Des doigts flottèrent au-dessus du métal peint en rouge de sa main en armure.

« -Vous avez un don. Il y en a certains, là d'où je viens, qui vendraient leur main d'épée pour un tel talent.

-Il y en a quelques-uns ici qui feraient de même, dit Tony, gratifiant les badauds d'un signe de tête discret. Vous l'aimez ?

-Nous avons quelque chose de ressemblant là d'où je suis originaire. »

Tournant complaisamment sa paume vers le haut, Tony alluma le répulseur juste pour regarder les yeux de l'ambassadeur briller.

« -Nous l'appelons le Destructeur.

-Eh bien, je détruis seulement le jeudi. »

Cédant à l'envie d'impressionner, Tony s'empara de l'articulation du coude de l'armure et le détacha, enlevant tout l'avant-bras et le gantelet. Il le passa à Odinson, qui le gratifia d'un unique regard surpris avant de prendre le morceau d'armure offert, l'étudiant sous tous les angles.

« -Essayez-le.

-C'est pour maintenir votre nouveau visiteur satisfait ? demanda sèchement Odinson. »

Il glissait déjà son bras à l'intérieur du gantelet.

« -Les humains sont si pressés de satisfaire.

-Pas moi. J'aime juste frimer. »

Pour ça, Tony reçut un éclair de sourire. Il aima la malice dedans.

« -Quel genre d'alien êtes-vous, au fait ? D'où vous venez ?

-D'endroits familiers, pour certains. Je suis originaire de Jotunheim. D'Asgard, aussi. »

L'ambassadeur semblait distrait de la question pendant qu'il regardait Tony. Entre eux, il pliait les doigts de l'armure.

« -Véritablement des deux, et d'aucun. J'arrange des traités, je règle des conflits. Parfois, lorsque requis, je les recrée. »

Tony ressentit une poigne froide d'alarme dans ses entrailles.

« -Est-ce là ce que vous êtes en train de faire ? »

Odinson cligna des yeux de surprise, semblant réaliser ce qu'il venait de dire pendant sa fixation. Un long balayage de cheveux noirs glissa sur son épaule, retombant contre sa joue. Pour la première fois, Tony se rendit compte que ses cheveux étaient la seule chose négligée sur lui. Vêtu de la tête aux pieds d'une armure de cérémonie et de cuir, il était jusqu'au bout des ongles l'exemple parfait, à part pour ses cheveux. Ils pendaient en de longues boucles dans son cou et sur ses épaules, retombant dans son dos en des couches négligées. Les doigts de Tony le démangèrent inexplicablement. Quelque chose à propos de lui était—

« -Je ne proclame aucune guerre. Cela fait une éternité que j'ai véritablement posé le pied sur ce monde. »

Écartant ses doigts recouverts de métal, Odinson regarda le répulseur de la paume se charger d'énergie résiduelle.

« -Les autres ont été des plus enclins à me régaler de récits de leurs superbes pays, de leurs vies enrichies. Feriez-vous de même ?

-Bien sûr, je pourrais— »

Tony s'interrompit quand il repéra Steve de l'autre côté de la pièce, marchant d'un air déterminé. Quand leurs yeux se croisèrent à travers la mer de gens, il vit Steve secouer légèrement la tête. Blondie n'était donc pas là, alors. Merde.

« -Désolé, qu'est-ce que j'étais en train de… ? »

Mais Odinson avait suivi son regard, son expression bizarrement troublée. Tony ressentit le plus étrange besoin d'éluder toute la chose.

« -Cap a une vessie nerveuse. Il se débrouille pas mieux que moi dans toute cette fréquentation politique. Je vais devoir le mettre au lit avec un verre de scotch et une couverture chaude plus tard. »

Les mots avaient pour but d'alléger l'ambiance, mais au contraire les yeux qui se braquèrent sur les siens semblèrent se vider davantage de toute lumière et d'émotion.

« -Vous êtes proches. A l'aise l'un avec l'autre. »

Sa bouche tressaillit vers le bas.

« -Votre vie est-elle bonne ?

-La meilleure. Je l'ai faite faire. »

La réponse était destinée à être désinvolte, nonchalamment joyeuse, mais à l'instant où Tony la prononça il réalisa qu'elle sonnait beaucoup comme la vérité.

« -J'ai été plus chanceux que la plupart. »

L'ambassadeur le regarda comme s'il était dingue. L'expression ne fut rien de plus qu'un éclair d'yeux incrédules et de sourcils inclinés, mais Tony la capta et s'interrogea. Fury avait dû le briefer en détails à propos de lui-même et de Steve pour mettre cette expression sur son visage. Génial. Même des hommes venant de l'espace avaient eu des échos de la saga de Tony Stark.

« -J'ai entendu que vous avez été impliqué dans un mystère il y a quelque temps. Le Directeur Fury a mentionné un élément surnaturel possible ? »

Odinson garda les yeux fixés sur le gantelet en parlant, comme si la putain de chose recelait les secrets de l'univers, piégés à l'intérieur.

« -Il est possible que je puisse apporter un peu de lumière sur le sujet, si je savais ce qu'il s'est produit. Je suis un grand érudit en matière de magie et de mystères. »

L'estomac de Tony tomba comme une pierre.

Pourquoi Fury lui parlerait à lui de Winterheart bordel ? Combien avait-il divulgué ? Tout ? Le fait que l'histoire pourrait très bien être la raison pour laquelle l'ambassadeur avait voulu lui parler tout court le heurta dans un torrent de clarté mortifiante. Sans doute que Fury voulait capturer l'intégralité de l'histoire via la surveillance de la salle, aussi—juste comme il l'avait prévu. Parce qu'Iron Man était une commodité, et les secrets étaient le genre de monnaie dont ces enfoirés se servaient. Bien sûr que Fury ne lâcherait jamais Winterheart comme ça. Le SHIELD ne faisait juste pas une croix sur un mystère irrésolu avant de l'archiver.

A présent il y avait un ambassadeur interstellaire en train de fouiner à la recherche d'indices, posant des questions sur ses yeux et sa vie. Eh bien, au diable tout ça. Certains secrets devaient rester enterrés.

« -Il n'y a rien à dire, dit Tony, glacial. »

La tête de l'ambassadeur se releva brusquement.

« -Du tout. J'ai passé les deux dernières années à essayer d'oublier toute la chose, alors j'apprécierais que vous laissiez respectueusement tomber le sujet, Ambassadeur. »

L'homme le fixa une longue seconde, ses yeux précédemment perçants s'écarquillant largement, perdus. Quoi, personne ne lui avait jamais dit non avant ?

Odinson baissa la tête un instant et s'éclaircit la gorge, prenant une inspiration tremblante. Lorsqu'il releva les yeux vers Tony, il essayait de sourire.

« -J'ai recommencé, n'est-ce pas ? dit-il légèrement. Je devrais montrer plus de retenue. Je vous en prie, nous ne reparlerons plus de votre troublante expérience. Nous avons tous des périodes de notre passé qui valent mieux d'être oubliées. Je…comprends cela mieux que la plupart. »

Enlevant le gantelet de Tony en un geste fluide, il le rendit et cacha ses mains dans le creux de son dos. Son sourire était presque douloureux à voir.

« -Vous avez une vie enviable devant vous, Iron Man, et je m'attends à ce que vous continuiez à en faire de grandes choses. Mon seul regret est que je ne serai pas là pour en être le témoin. »

Faisant un pas en arrière, l'ambassadeur tourna les talons et s'autorisa à être avalé par la foule murmurante.

Se tenant là à fixer l'espace vide qu'il avait laissé derrière, Tony eut l'étrange sentiment d'avoir juste complètement brisé le type. Ça valait la peine de jouer les gentils.

Troublé et n'arrivant pas vraiment à s'en débarrasser, Tony battit en retraite et se dirigea vers un des balcons ouverts, tenant le gantelet comme un membre tranché. Quelque chose à propos du visage d'Odinson le faisait hésiter à le remettre.

L'air de la nuit fut un soulagement bienvenu. Surplombant les jardins de l'hôtel, le balcon s'avançait suffisamment loin pour que le bavardage à l'intérieur soit étouffé par les faibles notes du piano. La brise qui le décoiffa sentait la glycine et l'eau. Levant les yeux vers le ciel étoilé, Tony essaya de se dire qu'il n'avait rien fait de mal putain.

Alors pourquoi se sentait-il si coupable bordel ?

Revenir et s'excuser était hors de question. Cela ne ferait que miner la tentative d'Odinson d'éluder toute la chose, et franchement Tony ne savait même pas ce qu'il dirait. Fury était celui à l'origine de ce désastre, il en était sûr. Ils auraient une discussion sérieuse lorsqu'il referait surface. Le baiser deux fois en une seule nuit était un coup de pute.

« -Vous semblez troublé, mon ami. »

Tony sursauta dans un bruit de ferraille. Ce fut bruyamment embarrassant dans le silence sombre du balcon. Il regarda autour à la recherche de la source de la voix.

Le mouvement rouge du manteau fut la première chose qu'il vit quand la grande ombre sortit de celles à l'autre bout du balcon. Bottes de cuir, pantalon de cuir. Tissu rouge et acier autour de ses poignets, bras musclés nus. Des panneaux d'armure circulaires recouvraient sa poitrine. Au-dessus se trouvait une paire d'yeux bleus surprenants, un léger sourire et une forte ligne de mâchoire. Les cheveux blonds des photos de surveillance étaient davantage dorés, attachés et laissés autour de ses épaules. Il était beau de façon écœurante—et il ne ressemblait en rien à un ambassadeur putain. C'était comme comparer le soleil et la lune.

Tony jeta un coup d'œil vers les portes. Personne n'approchait. Peut-être qu'il n'était même pas supposé être là dehors.

« -Je pense que j'ai contrarié votre frère. »

Le sourire de l'homme ne fit que s'élargir.

« -Ce n'est pas une prouesse difficile, Tony Stark. J'y parviens moi-même tous les jours.

-C'est pour ça que vous vous cachez là dehors ? demanda Tony avant de pouvoir s'en empêcher. »

Blondie émit juste un son dédaigneux et se tourna vers la rambarde, appuyant ses bras sur le ciment et surveillant la cité autour d'eux. Ses yeux étaient emplis d'un intérêt tranchant alors qu'ils passaient des gratte-ciels aux étoiles.

« -Ce n'est pas ma place d'interférer dans ses affaires, dit-il simplement. Établir des liens avec Midgard—la Terre—est de son ressort, pas du mien. Mais je me suis engagé à l'aider. »

L'expression sur son visage indiquait que cela ne se passait pas si bien.

« -Et vous, Homme de Métal ? A quoi vous êtes-vous engagé ? »

Tony arqua un sourcil.

« -A rien, répondit-il. »

Une pensée horrible lui vint.

« -On n'est pas en train de me vendre comme esclave, pas vrai ? Fury est pas en train de me transformer en une sorte d'offrande ? Parce que je refuse d'être monté sur le manteau de cheminée de quiconque, à—

-Asgard.

-Asgard. Ouais. Dieu que cette nuit est devenue bizarre. Est-ce que vous avez un nom au moins ?

-Thor. »

Le type avait l'air bizarrement déçu. Pas encore.

« -Je suis Thor Odinson. Mes excuses, Tony Stark. Je me suis mépris sur la situation. Aucun marchandage n'a été passé pour quoi que ce soit de natif de la Terre, ni même aucun marchandage tout court. C'est simplement une présentation. »

Sa bouche prit une courbe peu joyeuse.

« -Gaspillée, peut-être, pour moi. Ma femme doit nous rejoindre ici mais son vol a été annulé, et le Bifrost n'est pas fait pour de telles choses. Je la porterais moi-même mais elle se plaint d'irritations dues au vent trop fort durant tout le trajet. »

Malgré sa confusion—est-ce que ces types pouvaient voler ?—Tony se retrouva à sourire.

« -Chaque fois que j'emmène Steve quelque part il finit par manger des insectes. On penserait qu'ils seraient juste reconnaissants. »

Thor lâcha un rire, un son profond, riche qui ragaillardit l'humeur de Tony juste en l'écoutant. La main qui se referma sur son épaule en armure était amicale.

« -Je m'assurerai de dire à Jane que j'ai enfin trouvé un esprit de cet avis.

-Jane ? répéta Tony, quelque chose tournant dans sa tête. Attendez, votre femme vit ici ? Ça c'est de la relation longue-distance. »

Thor le gratifia juste d'un regard étrange.

« -Pas aussi loin que certaines, dit-il, et il y avait quelque chose de triste dans la façon dont il parlait. La distance est une petite barrière, si le cœur y est.

-Du calme là, biscuit chinois. J'ai eu une rude nuit jusque-là. »

Et il n'était pas parvenu à se procurer quoi que ce soit à manger. Et s'il dépérissait à l'intérieur de l'armure ?

« -Enchanté de vous rencontrer, quoi qu'il en soit. Si vous voyez Steve, dites-lui que j'ai dit que vous êtes cool. »

Thor eut l'air content à mort d'entendre ça.

« Je le ferai avec grand plaisir. Je pense que le capitaine a pris goût au fait de me traquer.

-Ce chenapan, dit automatiquement Tony, détournant le regard afin de ne pas sourire. »

Retournant le gantelet dans le bon sens, il aligna les connexions avec son coude et glissa sa main à l'intérieur de l'armure. Il était temps de se rentrer—

Sifflant de douleur, surpris, Tony retira vivement sa main, secouant ses doigts. Ils pulsaient d'une douleur lancinante constante, mais ce fut la neige froide fondue dans sa main qui le stupéfia.

L'intérieur du gant était rempli de glace.

« -Putain, souffla-t-il, fixant l'avant-bras du gantelet comme s'il pouvait voir dans les doigts. Comment— »

La main de l'ambassadeur avait été à l'intérieur.

Pensais que les contacts vous faisiez pas.

Je fais des exceptions.

Ses mains, à l'intérieur de son manteau. Le manteau vert.

Vous avez des yeux remarquables, pour un humain.

La lumière de la pomme, se déversant sur son estomac en train de saigner.

J'ai passé les deux dernières années à essayer d'oublier toute la chose.

S'il vous plaît restez.

« -Mais il est mort, murmura Tony. La pomme…

-A brisé le sort, termina doucement Thor. »

L'enfoiré l'avait su depuis le début.

« -Il avait enfin appris la valeur de votre vie. »

Mais son apparence allait pas du tout, pensa Tony, engourdi, regardant sa main trembler alors que de la glace en train de fondre tombait de sa peau. Sa façon de parler allait pas du tout. Loki ne le lui avait pas dit. Deux ans de deuil, à maudire et à vouloir revenir au début pour tout faire correctement

Loki était vivant depuis tout ce temps.

Il s'était montré, sortant de nulle part, avait appelé Tony à lui, l'avait regardé droit dans les yeux et n'avait pas dit une seule putain de chose à ce propos. L'avait traité comme un étranger complet.

Loki ne voulait-il pas de lui ?

Bien sûr que non, se dit sauvagement Tony. Cela faisait deux ans. On n'abandonnait pas les gens qu'on aimait.

Aimait.

La poitrine se soulevant à chaque souffle désespéré, Tony lutta à l'intérieur de l'armure. Lâchant le gantelet, il activa la libération d'urgence. L'armure se retira de sa peau et se plia, le laissant dans une combinaison noire veinée de bleu régulant la température et une paire de bracelets de titane aux poignets. Thor s'avança, inquiet, et dans un éclair de perspicacité Tony réalisa qui il était.

« -Le marteau, fit-il d'une voix rauque. C'était votre marteau. Vous êtes le frère qu'il a essayé de tuer. »

Thor cessa de bouger. Tony l'ignora, ses yeux sur la lumière dorée sortant de la salle de bal de fonction. Il ne savait pas s'il avait l'audace de regarder dans ces yeux de nouveau, mais il savait qu'il ne pouvait rien faire de moins. Loki avait dit qu'il ne restait pas.

Pourquoi le ferait-il ? Tony lui avait dit involontairement en pleine face qu'il voulait oublier Winterheart. Putain, même dans son propre esprit il avait toujours l'impression de parler d'un fantôme. Loki était mort depuis deux ans et ses os gisaient dans une prison de glace, pas—pas là, en train de le fixer avec une dévastation écrasante dans ses yeux inconnus et à essayer de sourire quand même.

Laissant l'armure dans son état verrouillé dormant, Tony entra de nouveau dans la pièce en une précipitation perdue, ses yeux s'ajustant rapidement cherchant une haute silhouette en vert et noir. Il avait juste—il devait le voir. Quelque part sous la peau pâle et les yeux verts il devait y avoir le prisonnier solitaire pour lequel il était presque mort. Celui qui avait manqué de mourir pour lui.

Ce fut juste au moment où Tony commençait à paniquer et à commencer à chercher les sorties que la foule de gens au centre de la pièce se dispersa vers le bar, laissant l'ambassadeur—Loki—debout au milieu de la piste désertée.

Durant une fraction de seconde il eut l'air fatigué au-delà de toute mesure. Mais Tony le regarda redresser ses épaules et les carrer, le menton se relevant alors qu'il surveillait la pièce avec un port parfait.

Puis il vit Tony.

Même à dix mètres le changement dans son attitude était stupéfiant. Ses lèvres s'entrouvrirent sur un mot silencieux, ses mains se libérant des plis dissimulateurs du manteau. Bordel, il se tourna complètement vers Tony comme un aimant trouvant son opposé, son langage corporel s'ouvrant alors que ses yeux se remplissaient d'ombres de nouveau. L'impassibilité de précédemment avait été complètement brisée. Il ne ressemblait pas à un diplomate immaculé. Il avait l'air de souffrir quelque part où personne d'autre ne pouvait le voir.

Tony marchait déjà vers lui avant de pouvoir prendre consciemment la décision d'approcher. Les yeux de Loki le suivirent tout au long du trajet, se gorgeant de son corps dénué d'armure de la tête aux pieds jusqu'à ce qu'il se tienne suffisamment près pour pouvoir toucher.

« -Hors de votre armure, à ce que je vois. Je suppose que je dois vous appeler Mr. Stark maintenant, parvint à dire Loki, ses yeux passant sur chacun de ses traits encore et encore. »

Loki regardait Tony avec les yeux affamés de quelqu'un sachant qu'il voulait quelque chose qu'il ne pouvait pas avoir.

Ce regard n'avait pas changé, alors même que c'était le cas de tout le reste.

Fourrant ses doigts à travers des vagues de cheveux noirs, Tony attira Loki et l'embrassa comme s'il était de nouveau en train de mourir.

L'intégralité de la salle explosa en des exclamations d'outrage et de protestation, mais la seule chose à laquelle Tony pouvait daigner porter attention fut l'instant où le choc rigide de Loki se dissout en un unique halètement sanglotant contre sa bouche. Puis Tony fut embrassé en retour si intensément et si profondément que l'oxygène prit un siège à l'arrière de la bouche chaude scellée à la sienne, et il sentit les mêmes longs doigts qui s'étaient si poliment enroulés autour de sa main s'enfoncer dans son dos avec un besoin désespéré de le tenir aussi près que possible.

« -Deux ans, haleta Tony dans sa bouche quand il finit par reculer, luttant toujours contre la vérité. Cela fait deux ans et je pensais que tu étais mort.

-Je suis venu aussi tôt que je l'ai pu, dit Loki, sa voix pressante et douloureuse. Je pensais que c'était trop tard. Tu ne m'as pas vu—

-Je t'avais pleuré. Tu penses que je me laisserais espérer— »

Quoi qu'il aurait pu dire après ça fut avalé quand Loki fit pleuvoir des petits baisers désespérés sur sa bouche et sa mâchoire. Sa respiration était un souffle de chaleur tremblant sur la peau de Tony et cela faisait tellement de bien, au point de faire mal. Dieu qu'il lui avait manqué ; peu importe les couleurs qu'il avait prises, et peu importe ce que la liberté avait fait pour le changer, Loki avait les mêmes yeux et bouche affamés dont il s'était toujours souvenu. Glissant ses bras autour de lui, Tony les introduit entre le tissu et l'armure, sentant des stries de cuir inhabituelles mordre l'extrémité de ses doigts. Ce n'était pas de la peau froide ou des cicatrices, mais c'était tout autant à lui.

Derrière Tony, le son caractéristique des canons de pistolets étant armés traversèrent sa brume extatique. Quelqu'un du SHIELD était devenu nerveux – il supposait que ce n'était pas tous les jours qu'Iron Man pelotait leur tout premier ambassadeur alien publiquement annoncé. S'éloignant légèrement, Tony se retourna pour les congédier d'un signe de main.

Loki feula avant même qu'il ne puisse ouvrir la bouche pour parler, ses yeux fendus de rage à la vue des armes. Sa main agrippa la hanche de Tony suffisamment fort pour y laisser des marques.

Mouais. Des flingues.

Des flingues pointés sur Tony.

« -Enclenchez vos armes et je massacre tout le monde dans cette pièce. »

L'expression de Loki était purement meurtrière.

« -Ne lève pas ta main, mon frère, dit une voix grave derrière eux. Ils n'oseraient pas. »

La pièce s'embrasa de lumière. Tony tourna la tête et vit Thor debout dans l'embrasure de la porte du balcon, le marteau de guerre dans sa main crépitant de son propre courant électrique. Loki ne lui accorda pas un regard ; ses yeux étaient sur les armes pointées sur Tony. La sensation inquiétante que quelque chose de terrible était en train de peser sur la balance s'abattit sur la pièce.

Puis Steve s'interposa entre Loki et les quatre agents qui les mettaient en joue, leur faisant face. Avec son bouclier en place et sans son casque, toute la force de son regard noir était un spectacle putain d'imposant. Le visage des agents fous de la gâchette vacilla sous l'hésitation.

« -En l'absence actuelle du Directeur Fury et de l'Agent Hill, j'assume par la présente le commandement et la responsabilité des actions du personnel du SHIELD présent, dit Steve, sa voix un fouettement de colère froide. Messieurs, reculez ou je vous ferai reculer. »

Les flingues furent rengainés si rapidement que Tony se demanda s'il les avait hallucinés pour commencer. Contre son flanc, Loki vibrait presque de tension. Yeux verts ou rouges, la platitude féroce dans son regard était franchement terrifiante. Et c'était pour lui. Tony n'arrivait pas à se souvenir d'avoir jamais été l'objet d'autant de colère protectrice. Pas depuis qu'une meute de loups avait croqué un bout de sa jambe, du moins.

« -Monsieur, nous avons pour ordres d'appréhender quiconque entrant en contact avec l'ambassadeur sans permission expresse, dit un homme avec un casque lui recouvrant complètement le visage. Cela vous inclut vous et Stark. »

Steve bougea juste son bras avec le bouclier et glissa à Loki un regard bref et évaluateur.

« -Je ne pense pas que l'ambassadeur se plaigne, dit-il avec appui. Je pense par contre que nous en avons fini pour la nuit. »

Ce ne fut qu'après que les agents aient battu en retraite silencieusement que Steve gratifia Tony d'un regard qui promettait mort et destruction sur les matelas du gymnase plus tard.

« -Je ferais mieux de transmettre ça à Fury. Peu importe où il est.

-J'adore ton boulot, appela Tony dans le dos de Steve quand il s'éloigna. »

Dans le large cercle de dignitaires autour d'eux, un murmure inquiet commença à s'élever. Cela lui rappela puissamment qu'il venait juste de se peloter avec Loki devant les leaders d'au moins sept nations différentes. Absence des médias ou pas, celle-là aller fuir rapidement.

Toujours à moitié piégé dans ses bras, Loki se détendit enfin et revint à Tony.

C'était dur de regarder ses traits changés et de croire que le géant du givre solitaire dont il avait fait le deuil et le diplomate intergalactique étaient une seule et même personne. Il n'y avait pas de crocs, pas de cornes, pas de bleu, pas de marques. Même sa voix s'était lissée en des tons cultivés, ayant perdu sa rudesse grogneuse qui avait toujours été présente, même lorsqu'il était content. Ses yeux rouges étaient devenus d'un vert clair, comme un joyau, mais ils traquaient ses mouvements avec la même fascination blessée avec laquelle Loki l'avait toujours regardé.

« -Donc, plus de glace ? dit doucement Tony. Tu m'as jamais dit que ça faisait partie de ton sort.

-Ce n'était pas le cas. »

Des sourcils sombres se froncèrent légèrement, inquiets.

« -Pas entièrement. Je ne t'ai jamais menti.

-Tu as dit que tu ne savais pas comment vivre sans moi. »

Tony ne parvint pas vraiment à contenir son sourire désolé.

« -Je suppose que t'apprends vite. »

Loki tressaillit.

« -Je—

-Dis-moi juste que je suis une des raisons pour lesquelles tu es là.

-Tu es la seule raison pour laquelle je suis là. »

Ses mains glissant sur la combinaison lisse noire, Loki se saisit des biceps de Tony, testant leur force—ou le tenant afin qu'il ne puisse pas partir.

« -Cette forme est pour vos rois, vos présidents et politiciens. Ce traité est pour mon père. »

Ses pouces caressèrent le creux du biceps de Tony.

« -J'ai reconstruit des mondes et la fierté du peuple de mon père de naissance. J'ai pris une couronne et en ai jeté une autre. Je—j'ai gagné l'estime d'Odin à l'instant même où je n'en avais plus besoin. Et pendant tout ce temps, mes pensées n'étaient que de toi. »

Tony essayait de sourire, quelque chose pour rassurer Loki et chasser cette expression de son visage, mais son soulagement menaçait de se briser. Il avait pensé se tenir au sommet du monde, et alors Loki lui était revenu. Si le karma frappait, si la longue chute se dressait, il n'était pas sûr de jamais s'en remettre. Il avait déjà perdu Loki une fois. Tout lui redonner, laisser son monde changer de nouveau et se le faire arracher…cela pourrait le briser.

Et pourtant, pensa Tony en fixant les étranges nouveaux yeux, cela n'en vaudrait-il pas la peine ?

Levant la main, il ramena les cheveux noirs de Loki en arrière d'un geste qui n'était que pure familiarité. C'était familier. Il avait eu ces cheveux dans son poing, les avait regardés s'étendre sur son réacteur Ark comme de l'encre renversée. Il les avait sentis caresser des lignes fraîches sur sa peau quand Loki avait bougé au-dessus de lui à la lumière du feu. Certaines choses étaient simplement inoubliables, peu importe ses efforts.

Alors qu'il commençait à retirer sa main Loki revint à la vie, ses doigts surgissant pour le maintenir là ; pour garder sa paume pressée complètement sur une joue lisse, pâle. L'expression dans ses yeux n'était que pure agonie et terrible espoir.

« -Peux-tu, fit Tony, déglutissant. Redevenir comme avant ? Est-ce que c'est encore possible ?

-Oui. »

Loki détourna le regard pour scanner la pièce. Beaucoup étaient déjà partis, mais plus qu'assez étaient restés pour être les témoins de ce qui se passait au centre du hall de fonction.

« -Je peux changer de peau, si tu veux qu'ils te qualifient de déviant pour frayer avec quelque chose comme moi. Je puis être alien pour eux, mais je suis acceptable tant que ma peau est lisse et ma forme familière. Tu es tenu en estime considérable ici. Je ne mettrai pas en danger cela—

-Ils veulent mon armure, mon expertise en armement et mon réacteur Ark, dit Tony, retirant sa main de la joue de Loki. Si j'en avais quelque chose à foutre de ce que pensent de moi ces vautours je serais toujours en train de leur faire des missiles. »

L'hésitation de Loki fut juste suffisamment longue pour rappeler à Tony qu'il n'avait jamais été à l'aise dans sa peau bleue glacée, pas même lorsqu'il avait été tout seul dans le château. Il ne touchait toujours pas les gens, même deux ans après. Mais il avait touché Tony sans se soucier du regard de quiconque. Cela avait de l'importance. Il avait de l'importance.

« -Toujours si cupide, soupira Loki, presque pour lui-même, et du feu vert s'embrasa sur sa peau d'emprunt. »

De la magie, réalisa Tony, la regardant effacer le déguisement de son corps. Loki était magique, aussi. C'était évident dans la lueur de ses longs doigts alors qu'il les passait sur son visage et ses cheveux, révélant d'épaisses cornes courbées et des canines qui grandirent et s'enfoncèrent dans sa lèvre inférieure une nouvelle fois.

Quelqu'un poussa un cri, bref et perçant. Des verres tombèrent au sol et se brisèrent quand des dignitaires trébuchèrent en arrière, alarmés. Mais Loki garda tout le temps ses yeux sur Tony, jusqu'à ce qu'ils soient au moins passés de vert à un rouge sang solide. En quelques instants il fut de nouveau le terrifiant gardien de Winterheart – seulement cette fois, il était habillé comme un roi.

Écartant ses mains en un léger geste de présentation, Loki sourit légèrement face au regard captivé de Tony. Il n'y eut aucune courbe protectrice de ses épaules, aucun feulement à l'encontre des curieux. Au contraire, il se tenait plus droit et plus fier qu'il ne l'avait été dans ce déguisement qu'il avait porté, comme si le poids de ce dernier avait été arraché de ses épaules.

« -Là, dit Tony, ses mains se tendant déjà vers la pression fraîche de sa peau, la rudesse de ses cornes et le reflet d'une canine en souriant. Mon dieu, tu m'as presque manqué.

-Je t'ai presque laissé faire, répondit Loki, l'attirant près afin de pouvoir parcourir de ses lèvres pommette et tempe, ses mains glaciales parcourant les flancs et la colonne vertébrale de Tony. Je pensais que tu m'aurais oublié. Serais passé à autre chose.

-Je mens beaucoup. Majoritairement à moi-même.

-Qu'est-il arrivé à tes yeux ?

-Toi. »

Lorsque Loki s'écarta pour le fixer avec un espoir à moitié épouvanté, Tony haussa les épaules et détourna les yeux.

« -Cette pomme avait certainement un sacré coup de jus.

-Dis-moi. »

Des mains frigides épousèrent les joues de Tony, leurs griffes picotant sa peau.

« -Que t'ai-je fait ? »

Une partie de Tony voulait mentir, l'éluder et sourire et échapper au sujet en jouant de son charme. Mais les yeux rouges de Loki étaient écarquillés sous la trépidation et l'épouvante, et la vérité était loin d'être aussi mauvaise. La vérité était juste…la vérité. Ça faisait un moment qu'il avait embrassé ce qui lui était arrivé.

« -Le shrapnel autour de mon cœur a disparu, dit Tony, s'emparant des mains de Loki et les éloignant. »

Dernièrement, sa poigne était devenue sacrément forte putain.

« -Je guéris mieux. Le poison s'évapore à l'intérieur de moi. Je vois mieux que jamais. Ma santé générale est—obscène. Je l'ai testée, je l'ai testée pour tout, depuis la variole obtenue illégalement jusqu'à Ebola et je peux plus être malade. Et—JARVIS dit que j'absorbe les métaux résiduaires plus rapidement que l'acide ne ronge l'étain. A part mon réacteur Ark. Il brille comme toujours, pendant que mon sang dissout tout le reste. »

La bouche de Tony trembla légèrement.

« -Juste…par curiosité, tu vis combien de temps ? Parce qu'apparemment j'me tape une sacrée extension. »

Loki le fixa avec l'horreur muette de quelqu'un dont les bonnes intentions avaient pavé le chemin vers l'enfer.

« -Les Nornes ont ri, dit-il doucement, ses yeux se fermant. Bien sûr qu'elles ont ri, Tony. Je suis désolé. Crois-moi lorsque je dis que je voulais seulement que tu vives. Je n'ai jamais voulu que tu changes.

-T'as pas répondu à ma question. »

Lâchant les mains de Loki, Tony tendit les siennes et passa le bout de ses doigts sur la base d'ivoire rugueuse d'une corne.

« -Je suis pas idiot. Loki, Thor, Odin ? Asgard ? J'y connais rien aux mythes, mais la pop culture m'a suffisamment appris pour reconnaître ces noms quand on les met ensemble. Quel âge as-tu ?

-Assez âgé pour quand même te survivre. »

Des pouces durs descendirent les muscles tendus du dos de Tony, provoquant une douleur qui n'était que pur plaisir.

« -Assez jeune pour encore profiter de toi. »

Tony n'était que partiellement conscient du nombre d'yeux sur eux lorsqu'il ferma les siens et essaya de ne pas grogner de manière audible.

« -S'il te plaît ne fais pas ça pendant que j'me tiens là à porter ce qui équivaut à une amende pour exposition indécente. »

Les mots eurent l'effet escompté ; la culpabilité de Loki fondit en amusement réticent alors qu'il regardait Tony lutter avec lui-même, mais il le lâcha docilement, reprenant ses mains en un geste qui était plus habituel qu'autre chose. Avait-il vraiment cessé de toucher les gens en général ?

Tony était sur le point de poser cette question même lorsqu'une voix étouffée coupa la sienne.

« -Patron ? »

Un agent du SHIELD, complètement masqué dans le même uniforme noir quelconque que tous les gardes portaient, se tenait au centre de la pièce. Juste par-dessus son épaule, Tony vit Steve acquiescer une fois et tapoter le communicateur dans son oreille. Oh, merde, pensa-t-il. Bien sûr que Clint additionnerait deux et deux pendant que Tony était occupé à penser à lui-même.

« -Il est tout à toi, dit doucement Tony avant de reculer, laissant Loki s'approcher de Clint, qui tirait sur son propre casque. »

Il s'éloigna à peine de trois pas avant que Steve ne l'attrape par l'arrière de sa combinaison et ne tire.

« -Je ne sais même pas par où commencer avec—depuis quand tu aimes les hommes ? »

Steve avait l'air offensé dans les faits.

« -J'arrive pas à croire que tu me l'aies jamais dit. »

Tony repoussa sa main et se tourna suffisamment pour le gratifier de toute la force de son sourcil arqué tout en gardant un œil sur Clint.

« -Je suis un homme de nombreux goûts, Steve. Tellement de goûts. »

Il se mangea un coup de coude pour ça, droit dans les côtes.

« -Maintenant ferme-la. Je dois être le témoin du spectacle de Barton en train de pleurer comme un bébé.

-Je te ferai cracher toute l'histoire plus tard, d'accord ?

-Boucle-là, Général Potins.

-Capitaine, dit automatiquement Steve, mais il cessa de parler. »

Croisant les bras sur sa poitrine, il se tourna pour regarder ce qui avait bien plus intéressé Tony. A savoir, Clint découvrant la même chose que lui il y avait dix minutes ; que le patron n'était pas seulement vivant, mais vivant, magique, et qu'il était resté volontairement à l'écart durant deux putain d'années.

Le casque de Clint tomba au sol dans un bruit sourd, révélant des yeux bleus déjà brillants de larmes. Chouineur. Au moins Tony avait gardé la face. Majoritairement. Barton avait l'air de ne pas savoir s'il devait pleurer ou vomir.

« -Avant que tu ne parles, dit brusquement Loki, s'emparant de la main de Clint. J'ai quelque chose pour toi. »

Il se contenta de fixer Loki en train de prendre sa main droite, faisant glisser sa paume en-dessous pour déplier ses doigts. S'attendant à ce que Loki lui donne quelque chose, Tony fut complètement pris par surprise lorsque de l'énergie verte éclatante enveloppa complètement la main et l'avant-bras de Clint, crépitante et se mouvant comme de la lumière liquide jusqu'à ce qu'il ait à cligner des yeux et à les détourner.

Lorsque la lumière s'évanouit, Clint regarda sa main comme s'il ne l'avait jamais vue avant. Pliant lentement ses doigts, il lança à Loki un regard incertain. Il déglutit, la gorge serrée. En face de lui, Loki reprit de nouveau ses mains, ayant l'air étrangement hésitant.

« -Tu ne m'en as jamais voulu, mais je t'étais redevable quoi qu'il en soit.

-Ouais, merci, murmura Clint. J'avais plus ou moins l'intention de t'en mettre une de nouveau, mais cela pourrait vraiment me faire mal cette fois.

-Je pourrais la guérir une seconde fois.

-C'va. »

Lançant un regard à Tony, Clint se mordit le coin de la bouche, indécis. Puis il revint à Loki.

« -On a pour ordres de pas te toucher. »

Loki sourit légèrement.

« -Simple préférence, cette fois. Ma glace est sous bon contrôle. »

Il y avait un gantelet dehors sur le balcon qui disait le contraire, mais Tony garda la bouche fermée quand Clint se gratta la nuque durant approximativement une demi-seconde avant de se jeter sur 'le patron' avec une telle force que Loki dut faire un pas en arrière pour garder son équilibre.

Steve disparut pour apaiser quelques autres agents du SHIELD trop inquiets, laissant Tony seul pour les regarder s'étreindre si fort qu'il fut surpris que rien ne craque. Donc Clint avait manqué à Loki. Bien. Quinze ans ensemble dans la même prison, qu'ils parlent ou pas ; ouais, son petit orphelin de carnaval avait manqué à Loki. Plus si petit maintenant, par contre. Un assassin du SHIELD, entre toute autre chose. Cela fit Tony se demander—où était Natasha ?

« -Désolé, je suis en retard, dit Rhodey derrière Tony, ses pas rapides alors qu'il approchait. Un vol a été annulé et j'ai dû aller chercher un vieux sac. »

Une main chaude se posa sur son épaule en guise de salut.

« -Peu importe, dit une femme derrière eux deux, clairement américaine et grandement amusée. Ce n'est pas une façon de parler à une dame.

-J'ai volé à travers le pays pour aller chercher tes miches de geek et t'as refusé alors Fury a dû trouver un putain de jet, répliqua Rhodey, irrité. Je sais que t'es une recluse tarée et tout mais y'a ces trucs qu'on appelle des manières—

-Oh, tu veux parler de manières, Mr. Bretelle-sur—

-Dans, j'ai dit bretelle dans—

-Est-ce que vous deux pouvez vous la fermer ? interrompit Tony, faisant volte-face pour les foudroyer du regard. Vous ruinez complètement l'ambiance et—

-Jolis yeux, dit la femme, lui souriant largement et coupant complètement sa crise. »

Tony était à moitié préparé à laisser Rhodey l'étrangler jusqu'à ce qu'elle s'approche de lui suffisamment près pour qu'il puisse voir que, encadrés de cheveux bruns cannelle, elle arborait une paire de vifs yeux dorés.

« Merde. »

Elle rit.

« -Dr. Jane Foster, astrophysicienne et bientôt votre belle-sœur, je pense. »

Elle tendit une main.

« -Enchanté de vous rencontrer. »

Tony tressaillit légèrement, mais il s'empara de sa main. Elle serrait plus fort que l'étau de son atelier.

« -Astrophysique, huh ? Ça vous réussit ?

-Je suis tombée sur le dieu de la foudre et maintenant je suis immortelle. Ça se passe comment l'ingénierie ?

-J'ai été piégé dans un château de glace et—avez-vous dit immortelle ? »

Jane se contenta de sourire. Tony ressentit le besoin de s'asseoir.

Un instant plus tard, des bottes martelèrent les percussions du châtiment à travers le hall de fonction. Tony leva les yeux pour voir un bélier de cuir noir charger vers yeux, manteau virevoltant et flingues luisants dans leurs holsters de flanc.

« -Je suis tellement en colère que je sais même pas qui blâmer en premier, feula Fury, comme s'il était le bras de la loi à œil unique arrivant pour faire le ménage. Est-ce que vous m'avez tendu un piège, espèce d'enfoiré à batterie ? Je vais vous tuer. Je vais tuer tout le monde. Les organisations secrètes ne prennent juste pas bien le fait d'être flouées, Stark.

-Je vous ai floué ? Ça c'est la meilleure putain, protesta Tony, passant le bout de ses doigts sur le signal d'activation sur le bracelet à son poignet. 'On te requiert à la soirée, Tony, assure-toi de porter ta meilleure armure, Tony', quel ramassis de conneries. Vous saviez qui il était et vous ne me l'avez pas dit.

-En fait, dit Loki avec décontraction, la peau pâle et impassible de nouveau. Aucun de vous ne savait. La tromperie était de mon fait seul, et je prends l'entière responsabilité pour le moindre conflit causé par ma…réaction indiscrète à la participation de Stark dans les événements de ce soir. »

Ses yeux verts scintillaient d'une façon qui disait qu'il n'était pas du tout désolé.

« -Je suis, bien sûr, complètement préparé à demeurer sur Mid—enfin, sur Terre jusqu'à ce que je me sois racheté auprès de chacun de vos chefs d'État. »

Fury perdit presque toutes ses menaces colériques en un instant. Un regard spéculateur remplaça l'irritation lessivée d'un instant plus tôt.

« -Ça va prendre du temps, dit-il finalement. Beaucoup de pays viennent de vous entendre vous déclarer Team Iron Man—en stéréo. »

Loki toussa légèrement. Tony pensa que cela pouvait cacher un rire.

« -Je soutiens en effet la protection de ce monde. Ses héros sont…d'un grand intérêt personnel pour moi. »

Un long doigt tapota son menton.

« -Un compromis, alors ? Un petit contingent de nos meilleurs hommes demeure ici en signe d'amitié.

-Ou, dit Thor, rejoignant le groupe. Je pourrais rester un temps. »

Ses yeux souriants étaient fixés sur Jane comme si elle était le soleil levant habillé de satin bronze et de talons aiguille.

« -Pour la paix, bien sûr. Une centaine d'années devraient être suffisantes. »

Tony regarda Loki fixer son frère avec des yeux plissés et pensifs. Cela n'avait pas été prévu, il en était sûr. Fury, par contre, avait l'air d'essayer de garder son masque en place.

« -Une paire de frères aliens se battant du bon côté, l'un étant un dieu du tonnerre, l'autre un putain de magicien de glace ?

-Sorcier, corrigea fermement Loki. Sorcier et géant du givre. Je répondrai au 'huitième roi hiémal de Jotunheim' si jamais vous oubliez ces petits détails. »

Roi hiémal, répéta silencieusement Loki, regardant Thor se gonfler légèrement de fierté au mot. Loki l'avait utilisé nonchalamment, mais avec grand effet sur les autres. Il avait tellement à apprendre. Peut-être trop.

Cela ne serait pas juste Loki qu'il laisserait revenir dans sa vie. C'était les aliens et la magie avec le monde entier en train de regarder. C'était les yeux dorés et Jane Foster lui disant qu'elle allait vivre pour toujours. JARVIS n'avait même pas essayé de projeter sa longévité au-delà de—au-delà d'une centaine d'années environ. Même juste ça avait semblé dingue.

Pour toujours c'était longtemps putain pour s'attendre à ce que Loki reste avec lui.

Pendant que leurs négociations continuaient, Tony se laissa éjecter hors du cercle des bavardages, laissant les autres faire leur boulot. Rhodey resta avec eux, en tant que seul représentant militaire ayant de l'influence restant. Cela le laissa seul pour aller récupérer son armure dehors sur le balcon où il l'avait laissée, verrouillée en mode voyage. Une mallette glorifiée qui ressemblait à tout ce qu'il s'était construit.

Tony écoutait les derniers clics de l'armure se connectant autour de lui lorsque Loki surgit sur le balcon, regardant autour avec les yeux à moitié aveuglés de quelqu'un qui sortait d'une pièce vivement éclairée.

« -Tony ?

-J'suis là. »

Il se tourna pour que l'alimentation du torse soit un signal pour attirer l'attention de Loki.

« -Je suis parti nulle part. Devais juste…m'habiller. Est-ce que je vais vivre pour toujours ? »

Loki avait été en train de se diriger vers lui, mais il s'immobilisa à la question, reculant presque. Tony pouvait à peine voir son visage depuis sa position dans l'ombre.

« -Pas pour toujours, non. »

Des bottes raclèrent le sol de pierre du balcon.

« -Odin pourrait te le dire avec certitude. La pomme n'était pas qu'un réceptacle pour le sort qui m'emprisonnait, mais aussi une véritable pomme d'or d'Idunn. Tu vivras longtemps, mais pas pour toujours. Rien ne le peut. »

S'approchant de lui de nouveau, Loki marcha jusqu'à se tenir presque torse contre torse avec l'armure. Dans l'air pur de la nuit il sentait le cuir et l'acier, et ses yeux étaient des lacs sombres d'hésitation en regardant Tony.

« -Est-ce trop pour toi ? Il y a un moyen de tout défaire, j'en suis sûr. Si—s'il n'y en a pas, j'en créerai un. Tu n'as pas besoin de souffrir de cette transformation si le fardeau est trop lourd. Je ne t'aurais jamais maudit avec cela pour me libérer, Tony. Sache-le, si tu ne connais plus rien d'autre de moi. »

Le défaire ? Le tuer de nouveau ? Ou peut-être juste le faire revenir à comment il était, avec son cœur en morceaux et ses yeux bruns, se frayant un chemin dans la vie de super-héros. D'Iron Man. Trente, peut-être quarante années de plus, s'il était suffisamment chanceux pour mourir de vieillesse.

« -Donc t'es un roi ? demanda Tony, majoritairement pour se distraire. Qu'est-ce que ça fait de moi, ta concubine royale ? Les rois en ont, pas vrai ?

-Je ne te qualifierais jamais de quelque chose d'aussi vil. Je suis autant roi que Thor est un dieu. Des titres et de vieux mythes, rien de plus. »

Loki se renfrogna profondément.

« -Concubine. Je méprise le mot même.

-Je suppose que t'auras juste à m'épouser alors, dit Tony, pensant à Foster et ses stupides mains de Hulk.

-D'accord, dit Loki. »

Le monde de Tony commença à tourner dans l'autre sens.

« -D'accord, répéta-t-il, goûtant les mots dans sa bouche. »

Il ne pouvait pas être sérieux.

« -D'accord quoi ?

-Ce traité midgardien marque mes derniers efforts pour reconnecter les mondes ensemble. Le commerce est restauré. La paix, négociée. »

Une main entoura le gantelet recouvrant le bras de Tony.

« -Je suis libre de faire précisément comme bon me semble. »

Ses yeux verts brillaient faiblement dans les ténèbres, illuminés par le bleu du réacteur Ark.

« -Cela me ferait plaisir que tu passes l'intégralité de ta très, très longue vie à mon côté, Tony Stark. »

Essayer d'avoir l'air d'y accorder sa due considération était des plus durs quand son cœur avait juste décidé de surgir de sa poitrine et de bondir dans les mains de Loki.

« -Est-ce que ça veut dire que je vais voir les autres mondes ? Domaines ? Cette…Asgard ?

-Et Jotunheim, dit Loki, une courbe étrange sur sa bouche. En fait, une cérémonie aura à prendre place sur les deux mondes, pour ne rien dire de celui-ci et de sa fanfare. »

Un souffle toucha la joue de Tony quand Loki se pencha pour chuchoter contre le lobe de son oreille.

« -Réalises-tu ce que cela signifie ?

-Quoi ? »

Tony fut presque complètement détourné du sujet quand Loki effleura les poils courts de sa barbiche de sa bouche, évitant ses lèvres de peu.

« -J'ai du mal à penser à—lunes de miel. Pluriel.

-Précisément. »

Des mains glissèrent le long du torse de l'armure, laissant des empreintes de dentelle de givre dans leur sillage. Tony avait l'intuition que Loki le faisait exprès, juste pour regarder les couleurs changer.

« -Deux ans, c'était long sans tes mains sur ma peau. Comme en ce moment même. »

Tony leva ses deux mains et passa ses doigts de métal rouge à travers les cheveux noirs, faisant attention à ne pas les accrocher sur les bords du gantelet. Son pouce toucha l'endroit où une corne sortirait et ne trouva rien que de la peau lisse et de l'air.

« -Tu es tellement différent comme ça, dit-il doucement. J'ai l'impression de ne jamais t'avoir vraiment connu là-bas.

-Tu as connu le meilleur et le pire de moi, intérieurement et extérieurement. »

Loki pressa un baiser au coin de sa bouche.

« -Tu as rappelé au monstre comment être un homme, comment aller au-delà des cicatrices du passé. Cela n'a jamais été à propos de ma peau ou de mes cornes. »

L'idée que Tony ait été si instrumental en montrant à quelqu'un d'aussi impossible que Loki comment voir le monde—se voir lui-même—était difficile à croire. La plupart du temps il ne savait même pas ce qu'il faisait de sa propre vie. Les Avengers étaient son point de départ, ses gens et Iron Man était devenu sa vie, mais au-delà de ça ? De l'espace vide tout autour. Quelque part au centre de cette terre en friche qu'était sa vie, il avait gardé les souvenirs enfermés de Winterheart cachés, hors de vue. Lui rappelant les choses qu'il avait eues et perdues parce qu'il n'avait pas vu venir Obadiah. Il ne pouvait plus perdre cela.

« -Oui, dit Tony d'une voix rauque. »

Il s'éclaircit la gorge.

« -Oui. Ok.

-Ok. »

Loki cligna des yeux prudemment.

« -Épouse-moi. Trois fois. »

Tony tourna les yeux vers le jardin par-dessus le balcon.

« -Bordel, j'irais même pour une quatrième, si tu voulais. Tant que je te garde cette fois. »

Inclinant son front pour rencontrer celui de Tony, Loki lâcha un souffle tremblant.

« -N'ai-je pas promis de ne faire aucune marque que je ne pouvais enlever ?

-En effet. T'as également promis de laisser aucun shrapnel derrière. »

Malgré lui, Tony rit un peu.

« -Perfectionniste. »

Loki leva suffisamment la tête pour l'attirer dans un profond baiser, ses doigts passant dans de courtes mèches de cheveux pour tirer la tête de Tony en arrière afin d'avoir un meilleur accès à sa bouche. Il fut plus qu'enclin à s'exécuter ; dans l'armure, il était presque de taille et de force égales. Loki embrassait toujours comme s'il n'en aurait jamais assez, comme s'il rattrapait des décennies d'incapacité à prendre ce dont il avait besoin. Tony était plus qu'heureux de le lui accorder.

Trois mariages. Avec de la chance pas de funérailles, de disputes et de querelles familiales internes gênantes. Trois planètes à visiter. Des géants du givre et des dieux et les Avengers. Fury et sa crise cardiaque imminente. La vie relativement prévisible de Tony en tant qu'un des Plus Puissants de la Terre avait définitivement pris un tournant incroyable, grâce à quelques miracles et un sort ou deux.

Cette fois, il allait y avoir beaucoup plus à faire que briser un sort. Que libérer un géant du givre et trouver son propre chemin.

Avec tout le temps du monde pour voir où tout cela mènerait, Tony n'avait pas peur.

Ne gaspillez pas votre vie.

Peut-être que Yinsen serait fier.

« -Est-ce que tu peux voler ? demanda doucement Tony après que Loki ait posé son menton sur une épaule de métal, le laissant supporter son poids. Ton frère a dit qu'il pouvait voler.

-Si tu peux l'appeler ainsi, vint la réponse marmonnée. Non, je ne peux pas voler.

-Aimerais-tu ?

-Quoi ? Je—par le sang de Bor pose-moi. »

Calant les jambes de Loki plus fermement autour de sa taille, Tony s'envola vers les cieux dans un embrasement de lumière bleue et de rire, laissant le sol si loin derrière que lorsqu'il fit enfin halte il n'y avait rien que les étoiles, la lumière de la lune et l'air glacé autour d'eux.

Peut-être qu'il y aurait du danger. Peut-être qu'il y aurait des problèmes et des écueils.

« -Peux-tu faire neiger depuis là-haut ? »

Les yeux verts écarquillés de Loki devinrent lentement d'un rouge diabolique. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire aux canines blanches.

« -En été ? Dans un monde étranger ? »

Il émit un son dédaigneux.

Ses mains tremblèrent d'un feu bleu, s'enveloppant de givre.

« -Ne me sous-estime pas. »

Définitivement du danger, corrigea Tony, regardant Loki rassembler des nuages vers lui comme des toiles d'araignée traînées depuis les cieux. Les problèmes et les écueils pouvaient être réglés à mesure de leur arrivée.

Mais alors que des flocons commençaient à tournoyer vers Manhattan, s'épaississant en rafales blanches au commandement d'un géant du givre à moitié sauvage, quelque chose dit à Tony qu'à eux deux ils seraient capables de traverser n'importe quoi.

Tout ce qui restait à faire était d'avancer et de se mettre à la poursuite de l'avenir.


Au-dessus, un corbeau s'envola hors de la vue de la paire en-dessous. Les yeux d'Hescamar embrassèrent le tournant des mondes entre un clignement et le suivant. Florissant. Stable. Prospère. Croissant. Construisant. Les Neuf, ensemble dans un instant de parfaite harmonie.

L'héritage de Winterheart avait été étrange en effet.

L'incarnation du changement parcourait de nouveau le territoire, contenu par du métal vif et de la lumière. Stabilité et croissance. La forge et la glace.

Pour le moment, c'était suffisant. La paix serait à eux un moment encore.

Croassant pour les oreilles attentives d'Asgard, Hescamar battit des ailes dans le ciel de la nuit et se tourna vers la maison.

Après tout, ils l'avaient mérité.


Plus qu'un chapitre les gens, et cette histoire sera terminée ^^ Je ferai comme d'habitude de mon mieux pour qu'elle arrive au plus vite.