Pov Mozart

Vlam

Je sursautai en entendant la porte flamber. A l'évidence mon amant était rentré, et il était de mauvaise humeur… Je fis rapidement le lien entre le jour de la semaine et son humeur massacrante. Le titre avait de maitre de la chapelle impériale été remit en jeu depuis trois semaines, et comme l'anniversaire de l'empereur approchait à grand pas la décision devait être prise rapidement, c'était donc aujourd'hui que les résultats étaient donnés. Inutile d'être un génie pour comprendre que ledit résultat ne lui convenait pas…

Pour ma part j'étais tranquillement en train d'étudier, un livre écrit en Italien à la main et une feuille près de moi où je consignais les mots dont j'ignorais totalement le sens. C'était mon rituel depuis que mon aimé avait commencé à m'apprendre. Lorsqu'il devait rester tard au palais, je m'occupais en approfondissant mes connaissances sur la langue, et quand il rentrait il m'aidait avec ces mots qui m'étaient inconnus. Parfois Lorenzo venait m'aider en douce pour me faire progresser plus vite, mais mon amant trouvait que j'évoluai très vite. Il fallait dire que je me donnai du mal pour cela. Mes lectures s'étaient diversifiées –j'avais abandonné le livre de contes- et je pouvais tenir une conversation –très- simple en Italien. D'ailleurs ça me faisait bizarre de comprendre certaines conversations des compatriotes de mon aimé qui m'étaient hostiles.

Mon aimé pénétra dans le salon, encore plus énervé que je l'avais imaginé. Etonné, je me levai sans faire de commentaire et finis par le prendre dans mes bras. D'abord tendu, mon aimé se laissa ensuite aller dans mes bras, répondant avec douceur à mon étreinte.

_ Je te le jure Wolfgang, chuchota-t-il tristement. J'ai vraiment tout fait pour ne pas l'avoir.

_ C'est donc ça qui te mets dans cet état là, souris-je tendrement. Ils t'ont encore donné le poste ? Je te le répète : ce n'est pas important pour moi.

Mon amant soupira alors que je me reculai lentement de lui et alla s'affaler sur son fauteuil après avoir négligemment jeté sa veste sur le canapé. Un sourire attendrit étira mes lèvres. Je n'avais encore jamais vu mon aimé bouder de la sorte. Amusé, je me dirigeai vers mon Italien préféré et m'asseyais sur l'accoudoir de son fauteuil. Ses yeux se perdaient dans le vide mais je le fis revenir sur terre en passant mes bras autour de son cou.

_ Ne fais pas cette tête, ce n'est pas grave, le rassurais-je en jouant avec ses cheveux sombres.

_ J'aurais voulu me débarrasser de ça, soupira-t-il. Pour pouvoir me consacrer à d'autres choses.

Je me souvenais bien de cette proposition qu'il m'avait soumise, celle de composer à deux un opéra. J'avais d'ailleurs pensé que Lorenzo pourrait donner un coup de main en nous trouvant un livret qui se marie parfaitement avec nos mélodies.

_ Si c'est pour l'opéra que tu veux écrire, nous prendrons plus de temps pour le faire, ce n'est pas bien grave, le consolais-je.

Mon aimé releva les yeux pour les ancrer dans les miens. Si sa colère était passée, il restait profondément nostalgique de devoir faire une croix sur son projet. Je lui souris tendrement et l'embrassai. Pour une fois que mes intentions étaient chastes, ce fut mon aimé qui me fit m'installer à califourchon sur ses jambes pour pouvoir m'embrasser langoureusement. Je soupirai de plaisir contre ses lèvres et me reculai doucement de lui une fois que l'air me manqua.

_ Tu veux bien m'aider ?lui demandais-je en lui montrant ma liste de mots inconnus.

Mon amant hocha la tête et m'invita à me relever pour que nous nous installions sur le tapis, devant le feu crépitant dans l'âtre de la cheminée, comme nous en avions maintenant l'habitude lors de mes « leçons ». Antonio me fit travailler jusqu'au dîner et, malgré mes insistances pour poursuivre, il refusa en prétextant qu'il était tard et que nous avions besoin de repos. Je ne cherchai pas à le contredire plus longtemps et l'accompagnai à l'étage où nous nous couchâmes directement. Confortablement installé dans ses bras, je tentais de construire une phrase dans la langue natale de celui qui faisait battre mon cœur, mais je parvins juste à le faire rire.

_ Laisse-moi deviner, c'est Lorenzo qui te l'a apprise celle-là, non ?s'amusa-t-il.

_ Qu'est-ce que ça veut dire ?m'alarmais-je.

_ Il vaut mieux que tu ne le saches pas, mais évite de le dire au palais.

Je fis les gros yeux. Lorenzo m'avait assuré que cette phrase plairait certainement énormément à mon aimé… J'aurais du me méfier… J'allais avoir une petite discussion avec Lorenzo demain…

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Journée banale au palais. Cet après-midi j'avais un cours à donner, à Thérèse. Mon amant avait enfin ajusté nos emplois du temps pour que nous avancions plus vite avec les deux futures chanteuses. Ce que mon Antonio ne savait pas en revanche, c'était que j'allais lui donner la dernière leçon avant de la présenter à l'empereur sur un argument léger que j'avais travaillé avec Lorenzo, une valeur sûr en somme. Je savais qu'elle épaterait tout le monde, elle était fin prête.

Cependant actuellement je n'avais rien à faire. Je venais de finir de travailler sur le projet que Thérèse présenterait demain et je n'avais pas vraiment envie de me lancer dans un autre livret dans l'immédiat. Et puis, même sans ça, j'avais surtout envie de voir l'homme que j'aimais… Je m'obligeai à travailler sur une mélodie pour pouvoir avoir une excuse pour l'embêter. Une fois satisfait de ma composition –qui lui était une fois de plus secrètement dédiée- je quittais mon bureau et m'avançai d'un pas sautillant dans les couloirs. Je ne tardais pas à me retrouver devant la porte du bureau de l'homme que j'aimais mais un garde s'apprêtait à y entrer, une lettre à la main.

_ Laissez mon brave, souris-je. Maestro Salieri m'a demandé, je lui donnerais cette lettre en même temps.

Le soldat me dévisagea pour juger si j'étais digne de confiance et finit par hausser les épaules en m'abandonnant la coursive. Je frappai à la porte, peu désireux de me faire remarquer s'il avait de la compagnie. Les bureaux étant insonorisés, il fallut que mon aimé se lève pour venir m'ouvrir puisqu'une réponse aurait été inaudible depuis le couloir.

_ Maestro Mozart, me salua mon aimé avec détachement. Puis-je connaitre quelles nouvelles excentricités vous motivent à m'importuner ?

Un sourire carnassier étira mes lèvres. Je m'amusai toujours de l'indifférence avec laquelle mon aimé me traitait quand il y avait du monde autour de nous. Je me faufilais dans l'entrebâillement de la porte que je refermai et verrouillai derrière moi. A peine notre intimité assurée, je lui sautai au cou pour l'embrasser avec passion. Je n'y pouvais rien, il m'avait manqué.

_ C'est bien ce que je pensais, rit mon aimé lorsque je le laissai respirer.

Tous deux souriants, nous nous installâmes sur le canapé où le souvenir de la lettre me revint. Je lui tendis précipitamment, gêné d'avoir oublié que je devais lui donner.

_ Un garde venait par ici quand je suis arrivé. Je lui ai dit que je me chargerais de te la donner, m'expliquais-je.

Mon aimé hocha la tête et récupéra la lettre pour ensuite regarder le cachet. Je vis se peindre sur son visage une sorte d'excitation lorsqu'il reconnut l'expéditeur. Ouvrant à toute vitesse l'enveloppe, il lu la lettre qui s'y trouvait et son visage s'éclaira d'un sourire rayonnant. Toujours aussi joyeux, il me tendit la lettre. Elle était rédigée en Italien mais je pouvais en saisir le contexte global. Il s'agissait de la naissance d'une petite fille baptisée Mélodie, dont la mère se portait bien. Dans un premier temps je ne compris pas l'engouement de mon aimé, mais la signature put me renseigner. En bas de la page, dans une calligraphie particulièrement soignée, était écrit Anita en guise de signature.

_ Elle a eu une fille !exultais-je en sautant sur mes pieds. Oh ! C'est merveilleux ! Tu te rends compte ? Elle a eu une petite fille !

Mon Antonio laissa s'échapper une larme de bonheur avant de se lever pour m'enlacer. C'était une merveilleuse nouvelle. Maintenant j'étais surexcité, tellement heureux pour Anita, et vraiment impatient de la revoir. Le reste de la matinée se passa dans une bonne humeur palpable. Nous fûmes peu importunés et pûmes commencer une composition ensemble.

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Il était 22 heures et mon Antonio était toujours dans son bureau. Habituellement il venait toujours se coucher avec moi, dès 21 heures, mais là il n'avait pas daigné montrer le bout de son nez dans la chambre que nous partagions. Frustré, je trottinais jusqu'à son antre studieuse avec l'intention de le ramener avec moi. Ouvrant discrètement la porte, je le trouvais devant ses feuilles de partitions, plume en main, et chantonnant à voix basse pour vérifier si ses écrits sonnaient juste. Juste craquant…

A en juger par son soupir d'agacement, il bloquait sur la suite de ses partitions, donc j'eu vite fait de saisir l'occasion pour le rappeler aux délices qui l'attendaient s'il me rejoignait dans la chambre. M'approchant à pas de loup, je reculai sa main armé d'une plume –le faisant sursauter- pour m'installer à califourchon sur ses genoux et l'embrassai tendrement. A ma grande déception, mon aimé ne répondit pas pleinement à mon baiser, allant jusqu'à se reculer de mes lèvres pour le rompre.

_ Wolfgang, j'ai du travail à faire, soupira-t-il sans pour autant se montrer hargneux.

_ Alors laisse-moi t'aider !

Sans lui laisser le temps de répondre, je me retournai et tentais d'attraper l'encrier. Manque de chance, ma maladresse me rappela à son bon souvenir et le liquide noir éclaboussa la feuille de partitions, ne salissant heureusement pas les notes couchées dessus.

_ Wolfgang, fais attention !me réprimanda mon amant en nettoyant mes dégâts.

Mes doigts étaient noirs eux aussi et mes mauvaises habitudes furent plus fortes que moi. Appuyant mon pouce sur la marge gauche de la feuille de partitions, je laissai une belle empreinte noire qui fit soupirer mon aimé.

_ Oups…, soufflais-je.

Le regard de mon amant en disait long sur sa façon de penser, mais il tint sa langue. Je n'allais pas me décourager pour si peu, je voulais qu'il rejoigne la chambre avec moi.

_ Viens te coucher avec moi, minaudais-je en me blottissant contre son torse.

_ J'ai du travail à finir Wolfgang, je me coucherai plus tard, refusa obstinément mon aimé.

_ Je serais très gentil…, susurrais-je en remontant ma main le long de sa cuisse.

_ Non Wolfgang, trancha mon amant en bloquant l'avancée de mes poignets.

Je fis la moue devant son refus. Je le voulais tout pour moi, le posséder corps et âme pour lui faire crier mon nom ! Même le coup des yeux de chiens battus échoua à le convaincre de se laisser aller dans l'abysse de la concupiscence en ma compagnie… Me déposant un dernier baiser sur le front, mon Antonio me fit descendre de ses genoux avec douceur et se remit à l'ouvrage, son blocage soudainement envolé. Contrarié, je me rendis dans sa chambre et m'emmitouflais dans les draps imprégnés de son odeur.

Et s'il s'était lassé de moi au final ? Si l'attrait que je représentais s'était terni au fil des semaines ? Si les règles que j'avais violées avaient finit par lui ôter tout le plaisir qu'il trouvait dans notre relation ? Il ne m'avait jamais repoussé auparavant… Non, non, non ! Il ne fallait pas que je pense ainsi ! Les larmes commençaient déjà à me brûler les yeux. L'une d'elles m'échappa et dévala le long de ma joue, ouvrant la voie à toutes ses sœurs. M'interdisant de sangloter, je me roulais en boule dans le lit et fermais les yeux, priant pour que tout ceci ne soit qu'un vaste cauchemar.

Malgré mes recherches acharnées, le sommeil me fuyait. J'eu beau me tourner et me retourner dans le lit, rien à faire. Peut-être était-ce le fait qu'il soit vide et donc froid qui me dérangeait… J'étais tellement habitué à dormir dans les bras de mon Antonio… Il était dans la pièce adjacente et pourtant il me manquait atrocement. Mes interrogations douloureuses revinrent à la charge, m'éloignant encore plus d'un repos paisible.

Ce ne fut que lorsque la porte grinça sur ses gonds, aux alentours de minuit, que je feignis d'être profondément endormi, le dos tourné à mon amant indélicat. Toujours aussi silencieux, mon aimé s'avança dans la pièce, retira ses vêtements et se glissa sous les draps, uniquement vêtu de son sous-vêtement. Un corps brûlant que je savais appartenir à Antonio se colla à moi, m'inondant délicieusement de chaleur. Ses bras finement musclés m'entourèrent et mes doigts vinrent d'eux-mêmes s'entrelacer aux siens avant de reposer contre mon torse. Il pensait certainement que j'étais endormi et que j'avais réagi dans mon sommeil car il m'embrassa la nuque et susurra quelques mots à mon oreille.

_ Pardonne-moi mon ange, mais je tenais vraiment à te l'offrir…

Mon cœur s'emballa dans ma poitrine. De quoi pouvait-il bien parler ? Ces partitions m'étaient-elles destinées ? Non… Antonio n'avait rien d'un sentimental, et ce geste était vraiment trop romantique… Peut-être avait-il fait autre chose pendant que je me torturai l'esprit… Impossible de savoir avant qu'il ne m'en parle de vive voix.

Trouvant l'apaisement tant recherché dans ses bras, je ne tardai pas à sombrer dans le sommeil, entouré de sa douce chaleur.

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Je faisais un rêve merveilleux. Un rêve dans lequel mon Antonio ne m'avait pas snobé au profit de ses partitions et qu'il me faisait accéder au septième ciel par les soins experts de sa langue. Je me sentais si bien, entouré de cette chaleur humide, lorsqu'une pensée censée éclata ma bulle de rêveries. Pourquoi les sensations étaient-elles si réelles ?

J'ouvris les paupières mais -heureusement- les exquises sensations ne s'arrêtaient pas. Etonné, je baissai les yeux jusqu'à ma taille pour découvrir que mon Antonio était effectivement en train de m'accorder des attentions d'autant plus douces que rares. Gémissant mon plaisir, je me laissai tomber sur le matelas, me tortillant sous lui. Une aspiration plus forte que les précédentes me fit venir dans sa bouche alors que je hurlais son nom sans aucune retenue. Ça faisait tellement de bien, surtout après la soirée d'abstinence d'hier… Mon aimé chercherait-il à se faire pardonner ?

Après avoir avalé tout ce que j'avais à lui offrir, mon amant vint courtiser tendrement mes lèvres, m'offrant un réveil encore meilleur. Mes mains l'entourèrent et nos langues bataillèrent gentiment ensemble alors que nous étions tendrement enlacés. Sentir la virilité tendue de mon amant contre mon bas-ventre réveilla mon excitation mais je savais que nous ne pouvions pas nous permettre de telles choses. Mon amant se fit cependant de plus en plus entreprenant et il me fallut me séparer à regret de ses lèvres pour le tempérer.

_ Non, Antonio…, gémis-je alors qu'il embrassait sensuellement mon cou. On va arriver en retard au palais…

_ Le seul capable de te le reprocher c'est le maître de chapelle impériale, autant dire moi, s'amusa mon aimé complice.

Surpris, j'ouvris les yeux pour voir s'il était vraiment sérieux. Lui, d'habitude si strict quand on parlait de ces choses-là, me proposait de négliger pour une heure ou deux ma tâche auprès de l'empereur ? Lui, qui avait décidé que nos étreintes seraient exclusivement réservées aux soirées, voulait violer cette règle –sans même que j'intervienne pour les contourner- qu'il avait lui-même fondée ? Ben oui… A voir son air, il était plus que sérieux…

Ne me laissant pas la chance de trouver d'autres arguments, mon aimé récupéra mes lèvres pour un baiser fougueux et me pénétra habilement. Je gémis contre ses lèvres et m'agrippai à son corps, oubliant totalement mes doutes sur le bien fondé de ce que nous faisions.

Après deux heures de passion débridée mon Antonio consentit enfin à me laisser me reposer. Je me sentais tout flasque à présent, repu d'amour comme jamais, et je devais avoir l'air débile avec mon sourire béat accroché aux lèvres mais je m'en moquai. Mon Italien d'amant s'habilla prestement et vint m'embrasser, souriant devant mon état, avant de quitter la chambre, une lueur lubrique dans son regard marron.

Je gémis longuement, tel un cri de satisfaction intense, alors que je m'étirai dans le lit encore chaud. Son odeur m'envoutait totalement. Comment étais-je censé réussi à me lever quand sa présence était encore si fortement imprégnée dans ses draps. Incapable de me retenir, je fermais les yeux et me rendormais en rêvant de mon amant.

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_ Maestro Mozart ? Il est midi, me réveilla une voix féminine.

Je sursautai à cette annonce. Midi ? Mais j'étais censé me reposer juste 5 petites minutes ! Antonio allait me tuer ! J'aurais dû être au palais depuis… 4 heures ! Chassant prestement la domestique –j'étais entièrement nu sous les draps, et je réservais cette vision à mon amant-, je m'habillais le plus vite possible et dévalais les marches pour ne prendre qu'un bout de pain avant de courir en direction du palais.

J'arrivais à destination à bout de souffle et m'écroulai sur mon canapé le temps de me reprendre. Ça aurait été beaucoup plus simple si un garde n'était pas venu me perturber.

_ Maestro Mozart, vous êtes convoqué au bureau du Maitre de la chapelle impériale, m'annonça-t-il froidement. Je vous accompagne.

Convoqué ? Etait-il vraiment furieux ? Grimaçant, je suivis le garde jusqu'au bureau de mon aimé, pas très rassuré. Le soldat au service de l'empereur frappa à la porte et se fit ouvrir par mon aimé qui posa un regard sévère sur ma personne.

_ Vous pouvez disposer, le congédia-t-il. Entrez Mozart.

Ne faisant pas mon fier, je baissai la tête en m'exécutant. Voyant le fauteuil devant moi, je m'y installai instinctivement mais je me fis réprimander.

_ Qui vous a autorisé à vous assoir ?siffla mon amant qui refermait la porte et contournait son bureau.

Je me relevai vivement, ne sachant pas vraiment où était ma place. Voir mon compagnon ainsi m'effrayait. J'avais pris l'habitude de le côtoyer alors qu'il était détendu et ouvert aux plaisanteries, alors retomber dans la rigidité et l'indifférence froide me déstabilisait.

_ C'est à cette heure-ci que vous prenez vos fonctions ?

_ Oui mais…

_ Je ne vous ai pas autorisé à parler !me coupa durement mon aimé.

Son ton me fit sursauter. J'osais timidement relever la tête pour croiser son regard et je vis un sourire assez pervers. Le bougre s'amusait follement ! S'il voulait jouer, alors nous serions deux dans l'histoire.

_ Vous arrivez avec 4 heures de retard, complètement débraillé et même pas peigné. Avez-vous une explication à me donner ?

Affichant un sourire provoquant, je me fis un plaisir de lui répondre, plantant mon regard dans le sien.

_ Mon amant m'a fait des avances que je n'ai pas pu refuser ce matin et il m'a épuisé. Je me suis rendormi alors que je voulais me lever.

_ Ce n'est pas une excuse.

_ C'est vrai, admis-je. Mais je peux trouver un moyen de me faire pardonner…

Mon aimé arqua un sourcil, feignant d'être étonné de cette proposition débauchée, mais je voyais bien qu'il avait de plus en plus de mal à maintenir son masque de froideur. Me passant la langue sur les lèvres, je me détournai juste le temps de fermer la porte à clef et m'avançai d'une démarche féline vers ma proie. Comme lors de notre réconciliation, je m'agenouillai entre ses jambes et il me fallut cette fois défaire la barrière de tissu qui me bloquait l'accès à son entrejambe. Je le sentais particulièrement réceptif à mes caresses, preuve s'il en fallait encore une que tout ça n'était qu'un jeu.

_ Je vous trouve bien audacieux Mozart, commenta mon amant.

_ Vous constaterez par vous-même, Maestro Salieri, que j'ai la mesure de ma prétention, ronronnais-je alors que j'entamais de lents vas et viens sur son membre avec mes doigts.

Mon amant serra la mâchoire pour retenir un premier gémissement appréciateur. Je ne lui laissai aucune chance en écartant prestement le tissu pour pouvoir le prendre dans ma bouche. C'était vraiment une attention que j'adorais lui accorder, car mon amant m'était complètement offert et j'aimais le voir réagir. D'une main emmêlée à mes cheveux, mon aimé m'indiqua le rythme qu'il désirait pendant que je m'appliquai à masser ses bourses.

_ Stop… arrête, Wolfgang… recule…, haleta mon amant.

Je m'exécutai sans grande conviction et, vif comme l'éclair, mon aimé me releva et défit mon pantalon pour me faire m'appuyer de dos à lui au bureau. Il me pénétra sans préparation, sachant que nous avions déjà eu une étreinte ce matin, mais ma position m'était inconfortable. Le bord du bureau me rentrait dans la peau, l'arrête étant trop saillante, et mon membre était douloureusement compressé entre mon ventre et le bois dur.

_ Antonio… le bureau… ça fait mal…, geignis-je.

En moins de temps qu'il en fallait pour le dire, mon amant avait repoussé son fauteuil et nous fit tomber au sol, dans la position exacte que je lui avais réclamée lors de notre séjour dans les bois.

_ Pardonne-moi Wolfgang, s'excusa mon aimé.

_ Han… Antonio !criais-je. Ouiiii… Plus !

Même dans notre position je pu sentir qu'il riait. Il déposa une myriade de baisers sur mon dos avant de venir me mordiller le lobe de l'oreille. C'était quelque chose que j'adorais tout particulièrement chez lui. Alors qu'il était dans une humeur dominatrice, souhaitant me voir soumis à lui dans ce lieu qui n'appartenait qu'à lui et qui témoignait de l'autorité qu'il avait, mon aimé trouvait toujours le moyen d'être tendre.

_ Ne cries pas trop fort, me conseilla-t-il taquin. On va t'entendre dans tout le palais.

Gémissant de frustration, je me mordis la lèvre inférieure pour m'empêcher de crier. Mon aimé ne m'aida nullement en accélérant ses coups de rein, donnant à chaque fois plus de puissance à ses pénétrations. Ce crescendo était exquis, et pourtant je ne pouvais pas crier mon exprimer mon plaisir. Comme à chacune de nos étreintes sauvages, la fin s'annonça assez rapidement et mon aimé se chargea de me faire accéder au septième ciel en massant vigoureusement mon membre. Je vidai dans sa main en un grognement étouffé et m'écroulai sur le tapis, à bout de souffle.

Mon aimé quitta mon corps pour s'allonger près de moi et se débarrassa de son veston qui devait lui tenir chaud, retira son nœud encombrant et se rhabilla correctement. Pour ma part j'enlevais ma chemise puisque j'avais trop chaud pour garder le reste de vêtements qui subsistait sur ma peau. D'humeur câline, je me blottissais contre lui et embrassai son visage rougit par l'effort et le plaisir.

_ Mais… mais… Les salles du palais sont insonorisées, réalisais-je brusquement.

Mon amant détourna la tête en se mordant violemment la lèvre inférieure pour s'empêcher de rire. Choqué, je me jetai sur lui et nous entamâmes une guerre de chatouilles, traversant toute la pièce en roulant pour avoir le dessus sur l'autre. De vrais gamins en somme…

Quand nous fûmes à bout de souffle, nous nous immobilisâmes au centre de la pièce, mon aimé allongé par terre alors que j'étais sur son bassin, confortablement installé. C'était un de ces moments si paisibles et appréciables qui suivaient nos étreintes fiévreuses. Nous nous embrassions tendrement lorsque des coups furent frappés à la porte.

_ Qui que ce soit, il finira bien par se décourager, soupira mon Antonio.

Cependant les coups persistaient. J'étais passablement agacé d'être dérangé dans un moment pareil et à en voir l'expression de mon compagnon il en était de même. Lorsque les coups cessèrent enfin, mon cœur faillit s'arrêter en entendant le bruit spécifique à une clef qu'on glisse dans un verrou. Je n'eu pas le temps de me rhabiller avant que l'intrus n'entre dans la pièce.

_ Depuis quand tu as une clef de mon bureau toi ?râla mon aimé.

Lorenzo ne répondit pas, la bouche grande ouverte comme un poisson sortit de l'eau. Il fallait dire que j'étais entièrement nu, dans une position assez compromettante, et que le parfum de la pièce ne laissait aucun doute sur nos activités précédentes.

_ Tourne-toi, grogna Antonio en voyant le regard de son compatriote porté sur ma personne.

Mon ami s'exécuta mal à l'aise et mon aimé m'aida à me rhabiller. J'étais assez gêné d'avoir été surpris de la sorte, sachant que même si Lorenzo approuvait notre relation, il n'aimait pas les hommes et n'avait pas besoin de connaitre les détails de notre vie sexuelle. Certes, il nous avait déjà attrapés au lit, mais nous n'étions pas censés nous laisser aller à de tels élans de luxure sur notre lieu de travail.

_ Pourquoi tu as la clef de mon bureau ?répéta Antonio une fois que je fus habillé.

_ C'est l'empereur qui me l'a donnée, « en cas de problèmes », s'expliqua Lorenzo d'une voix peu assurée. Je ne savais pas que tu étais avec Wolfgang, sinon je ne serais pas entré !

Je soupirais, agacé d'être toujours interrompu par cet homme à qui je donnais encore le nom d'ami. Mon aimé s'installa sur son fauteuil qu'il avait remit correctement derrière son bureau et m'attira sur ses genoux, me faisant partager cette position dominante qui faisait autorité dans notre univers mélomane. Lorenzo s'installa quant à lui sur un des deux fauteuils faisant face au bureau, fixant obstinément ses mains.

_ Tu venais pour quoi ?s'enquit mon amant alors qu'il traçait des cercles sur le dos de ma main droite.

_ L'empereur voulait savoir où en étaient les préparatifs de son anniversaire, alors je suis venu te voir pour savoir si tout est prêt pour la représentation des Noces de Figaro.

Nous passâmes l'heure qui suivit à parler travail, décidant des derniers préparatifs nécessaires à la mise en place de la représentation qui aurait lieu dans quelques jours. Personnellement, je n'avais pas hâte d'y être. Pour l'occasion d'un anniversaire tel que celui-ci, la cour serait plus que jamais envahit d'hypocrites courtisans, et c'était quelque chose que je détestai, sans même parler du fait que mon aimé serait bien plus occupé…