Broots :

Il fallait que je passe la nuit en sécurité. En sécurité ! Alors que ma fille était entre les mains de Raines, Lyle ou Cox ! Pour un génie, Jarod avait de drôle de conseil !

Je me levai en essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller Sydney. Il m'avait emmené dans une petite maison à quelques kilomètres du Centre pour « passer la nuit dans un endroit sûr ». Mais, je ne l'entendais pas de cette oreille. J'ouvris la porte mais un bras m'empêcha de sortir.

« - Ce n'est pas une bonne idée Broots, me dit Sydney.

- Peut-être, mais c'est me seul moyen de faire sortir Debbie du Centre, affirmai-je.

- Ecoutez Broots, je comprends ce que vous ressentez mais vous devez garder votre calme et faire confiance à Jarod. Je sais que ce n'est pas facile mais il ne faut pas aller au Centre. C'est exactement ce que Raines attend de nous pour savoir où est Parker, me dit-il calmement. »

Et bien sûr, il avait raison. Mais il m'était impossible de dormir en sachant ma fille en compagnie du diable et ses complices.

Julian :

La porte s'ouvrit brutalement et je vis deux nettoyeurs entrer. Ils portaient quelqu'un qui se débattait. Je compris qu'il s'agissait de Debbie. Ils la laissèrent tomber au milieu de la pièce et sortirent. Alors qu'ils refermaient la porte, je me dirigeai vers elle.

« - Tu vas bien ?

- Oui, ça va. Mais je crois que j'ai encore plus fâché M. Raines.

- Que s'est-il passé ? Demandai-je, inquiet.

- Rien. Il est venu me voir une seule fois pour savoir où était mon père et s'il m'avait dit quelque chose à propos de Mlle Parker. Mais je ne sais rien du tout et puis, je ne lui aurais pas dit de toutes façons ! Me répondit-elle. Tu as un plan pour sortir d'ici ? Parce qu'ils n'ont pas oublier de fermer la porte, dit-elle en essayant de l'ouvrir.

- Alors nous n'allons pas sortir par la porte, dis-je en souriant. »

Elle se tourna vers moi et attendit que je continue. Elle était plutôt curieuse, alors avoir toute son attention était assez facile.

« - Nous allons passer par là, dis-je en désignant la bouche d'aération du doigt.

- Et tu sais où on va se retrouver ? Demanda-t-elle, peu sûre de notre moyen d'évasion. »

Sans répondre à sa question, je lui indiquai comment nous allions procéder pour enlever la grille. Je la fis monter sur mes épaules pour qu'elle enlève les visses à l'aide de la boucle de ma ceinture.

« - Je vais t'appeler Mac Gyver ! Me dit-elle en riant. »

Je n'avais pas compris. Qui était Mac Gyver ?

« - Laisse tomber, ajouta-t-elle en voyant mon incompréhension ».

Une fois qu'elle eut fini de tout dévisser, j'entrai en premier dans le conduit d'aération et aidait Debbie à monter.

Lyle :

L'alerte avait été donnée au Centre : le clone et la gamine n'était plus dans leur cellule. Je savais que les mettre ensemble n'était pas une bonne idée mais Raines n'en avait fait qu'à sa tête ! Beau résultat ! Si jamais le Triumvirat apprenait ce qu'il se passait au Centre, il y aurait un changement radical de direction. Ils nous remplaceraient par des hommes plus…dociles.

Raines auraient du se douter que le clone, qui était aussi doué que l'original d'après Sydney, n'allait pas rester enfermer bien sagement.

Mais Raines n'avait d'intérêt que pour les rouleaux. Quand Cox et moi avions eu une petite « entrevue » avec M. Parker, cela avait éveillé la curiosité de ce cher « papa Raines ». J'allai finir par croire que ces rouleaux avaient réellement un pouvoir. Ils faisaient perdre la tête à Raines au point qu'il ne pensait plus qu'à eux. Ils étaient sûrement quelque part au Maroc et Raines venait –encore- de nous convoquer dans son bureau Cox et moi. Je sentais que les recherches allaient être pour nous…

Jarod :

Après avoir joué avec Josh, j'étais allé me reposer un peu sur les conseils de Parker. Je me levai et quand j'entrai, Emily franchit la porte d'entrer les bras chargés de provisions. Ethan l'aida à tout porter dans la cuisine pendant que Parker lui demandait si tout s'était bien passé. Emily répondit que oui en finissant de ranger les courses. Parker s'activa à ses côtés pour préparer à manger pour Josh. Je cherchai mon fils des yeux et le trouvai assis sagement sur le canapé. J'allai le rejoindre quand mon téléphone sonna.

« - Allô, dis-je en décrochant.

- Jarod, c'est Debbie. Julian m'a dit que vous pourriez sûrement nous aider.

- Comment allez-vous ? Demandai-je précipitamment.

- Ca va. On s'est enfui du Centre. Julian m'a dit de vous appeler pendant qu'il cherche une voiture m'expliqua-t-elle.

- Où êtes-vous ? »

Elle m'expliqua exactement les routes qu'ils avaient empruntées en faisant du stop et je lui expliquai à mon tour quelle direction prendre pour rejoindre le chalet. Je lui précisai également de changer de voiture de temps en temps et de faire quelques arrêts si cela était nécessaire. Debbie m'assura qu'elle dirait tout à Julian et que Raines ne leur avait pas fait de mal.

« - Vous pourriez contacter mon père ? Il doit s'inquiéter.

- Je le ferai, lui assurai-je. Mais comment avez-vous réussi à sortir du Centre ?

- On s'est un peu perdu dans les conduits d'aération mais un drôle de type nous a aidé à nous enfuir. Je l'ai reconnu comme étant Angelo, Papa m'a parlé de lui une fois. On a emmené Angelo avec nous.

- Est-ce qu'il a dit quelque chose de particulier ou d'étrange ?

- Il faut retrouver les rouleaux… Il faut retrouver les rouleaux, entendis-je à travers le combiné. »

Je reconnus la voix d'Angelo et fus heureux qu'il soit hors du Centre.

« - Ca y est ! Julian a une voiture, on va y aller, reprit Debbie.

- Faites attention à vous. »

En raccrochant, je m'aperçus que Parker me regardait en attendant que je lui explique ce qui se passait.

« - Alors ? Demanda-t-elle enfin, battue par son impatience. »

Certaines choses ne changeraient jamais…

Alors je lui expliquai la situation. Dès qu'elle su que Debbie n'était plus entre les mains de Raines, elle se précipita sur son portable pour appeler Broots. Elle était soulagée que Debbie ait pu s'échapper du Centre. Depuis que Parker avait du la garder, elles étaient liées : j'avais une vague idée de ce qui s'était passé entre elles et Parker avait été plus inquiète qu'elle ne l'avait montré quand Debbie était au Centre.

Une fois que Parker eut annoncé la bonne nouvelle à Broots, je pus parler à Sydney.

« - Sydney, il est peut-être temps pour vous et Broots de quitter le Centre… et de ne plus jamais y retourner.

- Il y a sûrement des informations utiles que je pourrais récolter si je restais.

- Sydney, ils ne vous font plus confiance. Retourner là-bas est beaucoup trop dangereux, essayai-je de le convaincre.

- D'accord. Mais on ne sera pas longtemps en sécurité là où on est, expliqua-t-il. »

Je lui indiquai donc la route à suivre pour nous rejoindre.

Debbie :

Je montai dans la voiture que Julian avait empruntée après qu'Angelo s'était installé à l'arrière. Depuis qu'il avait parlé à Jarod, il était plus calme. Il s'endormit en quelques minutes, allongé sur la banquette arrière.

Tout en conduisant, Julian me regardait de temps en temps.

« - Quoi ? Demandai-je au bout d'un moment.

- Rien… C'est juste que depuis ma première évasion, je n'ai pas vraiment eu le temps de rencontrer des gens de mon âge, répondit-il. Encore moins quelqu'un qui sait ce que j'ai vécu, ajouta-t-il en souriant.

- Et moi je suis contente de ne pas avoir à vivre ça toute seule, confiai-je. D'une part, je n'aurais jamais su garder mon clame et, d'autre part, je n'aurais pas pu m'enfuir, dis-je en lui souriant à mon tour. »

La voiture ralentit et Julian la gara sur le côté de la route. Je regardai autour de nous et ne vis aucune autre voiture et Angelo dormait toujours à l'arrière.

« - Qu'est-ce que tu fais ? Demandai-je enfin.

- Quelque chose que je n'ai jamais fait, me répondit-il en s'approchant de moi. »

Il prit délicatement mon visage entre ses mains et déposa timidement ses lèvres sur les miennes. Puis, il m'embrassa doucement. Quand il se recula un peu, il me regarda comme s'il attendait quelque chose. Je lui souris alors pour le rassurer et il sourit à son tour en rougissant légèrement.

Il démarra la voiture et repris la route.

Cox :

Nous atterrissions au Maroc pour la seconde fois en peu de temps. Raines nous avait ordonné, à Lyle et à moi, de retrouver et de ramener les rouleaux.

Plus je restais au Centre et plus les ordres changeaient. Au début, je devais retrouver Jarod, puis Mlle Parker. J'avais du enlever une gamine et maintenant, je me retrouvais au milieu d'un désert pour retrouver de vieux bouts de papiers qui ne me concernaient même pas puisque les rouleaux semblaient en vouloir à la famille Parker ! Il était temps que tout cela se termine pour que je quitte l'asile qu'était devenu le Centre.

« - La première étape, commença Lyle, est de retrouver l'homme qui nous a conduit jusqu'à M. Parker la dernière fois. Ensuite, continua-t-il, il faudra le forcer à nous dire tout ce qu'il sait. »

Il détailla son plan et donna divers ordres aux quelques nettoyeurs qui nous accompagnaient. Il n'en fallu pas plus aux hommes pour partir à leur mission. Lyle s'occuperait du logement.

« - Quant à vous, me dit-il, vous n'avez qu'à vous familiariser avec la population. Et enlevez vos gants, ajouta-il, la température frôle les 40° C ! »

Il s'en alla en me laissant au milieu de bâtiments qu'on aurait cru construits en sable. Je marchai vers le cœur de ce qui devait être la ville en ne prêtant aucune attention aux marchands qui essayaient de me vendre des épices ou des fruits.

M. Parker :

J'étais de retour en Amérique. J'avais trouvé un endroit sûr où me cacher le temps de retrouver ma fille. Bon, ça n'était pas un hôtel quatre étoiles avec vue imprenable sur la mer. Au contraire, une fois que les rideaux jaunis par le temps étaient écartés, les vitres, sales et parfois cassées par endroit, laissaient voir un terrain jonché de déchets. Cependant, il y avait l'eau courante et un peu d'électricité. Le propriétaire, habitué au gens étranges qui pouvaient lui demander asile le temps d'une nuit ou deux, ne m'avait posé aucune question. Il m'avait seulement demandé d'essayer de ne rien abîmé : plutôt bizarre dans un endroit comme celui-ci, mais je n'avais pas poser de question moi non plus. Personne n'aurait l'idée de me chercher ici…

Mlle Parker :

La nuit tombait et ni Sydney et Broots, ni Julian, Angelo et Debbie n'étaient encore arrivés. Je demandai alors à Jarod le temps que les deux équipages devaient mettre pour arriver jusqu'ici. Il me sourit en répondant que c'était déjà la troisième fois que je lui posais cette question.

«- Tu es très belle quand tu es inquiète, glissa-t-il au creux de mon oreille. »

Je ne répondis pas tout de suite, troublée par ce genre de déclaration.

« - Seulement quand je suis inquiète ? Demandai-je en faisant semblant de faire la moue. »

Il se rapprocha et prit mes mains dans les siennes.

« - Non, tu es aussi magnifique quand tu boudes. »

Il eu droit à un petit sourire mais je ne voulais pas qu'il m'en dise davantage. Je n'étais pas vraiment habituée à ce genre de phrases et le fait qu'elles sortent de la bouche de Jarod me troublait encore plus. Il le savait. Je lisais dans ses yeux qu'il le savait. Et il en profitait.

« - Tu es tout le temps belle, dit-il sérieusement. »

Ses yeux ne lâchèrent pas les miens et une de ses mains vint caresser mon visage. Je m'approchai de lui et l'embrassai tendrement. Soudain, j'entendis un bruit. Je me reculai un peu de Jarod et découvrit Emily dans la pièce.

« - Ne vous arrêtez pas pour moi, dit-elle, faite comme si je n'étais pas là. De toutes façons, je n'ai rien vu ! »

Emily sortit de la pièce avec une main devant les yeux et un bras tendu devant elle pour éviter les obstacles. Je souris : c'était exactement le genre de choses que je ne pensais jamais vivre. Avant, je les considérais comme trop « normales » pour faire partie de ma vie qu'on ne pourrait pas vraiment qualifier de « normale ». Mais le fait que je puisse vivre toutes ces petites choses qui font partie d'une vie « normale » faisait que je me sentais bien, heureuse…

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