POV BELLA.
Je fonçais.
Je cherchais certes à vérifier ce qu'il m'avait affirmé quelques minutes plus tôt, mais aussi à me divertir. Nombre de pensées m'assaillaient, et je ne voulais pas m'embrouiller pour l'instant. J'ai l'éternité pour réfléchir après tout. Mais que quelques mois, voir années pour ridiculiser Edward. Car oui, au fond, je pense que si je trouve qu'il a tort, je me ferais une joie de le pourchasser avec cette histoire pendant que je continuerais à le fréquenter. Je le détestais après tout. Enfin, c'est ce que je pense éprouver à son égard. Mais je ne veux pas m'égarer avec ça pour l'instant, et le traiter comme je l'aurais fait il y a quelques jours plus tôt.
Grace à l'aménagement de la chambre d'Edward, pour l'acoustique surtout, nos familles respectives n'avaient rien pu entendre de se que l'on avait fait, et j'en étais bien heureuse. Je ne préfère même pas imaginer leurs réactions, Emmett m'aurait pourchassé pour me rappeler cette histoire durant ma vie entière. Si j'en avais une, s'entend. Et j'aurais peut être déclenché des soupçons. Edward les avait-ils mis au courant par rapport à notre... Lien de parenté ? Car ils auraient été au courant si jamais l'isolation avait été normal, moi clamant haut et fort qu'il embrassait comme son frère.
Je voulais aussi surtout éviter Gwendoline, elle m'aurait posé tellement de questions que j'en aurais eu mal à la tête. Bien sur qu'elle avait le droit de le faire, mais en ce moment tout était tellement trouble dans ma tête que je ne savais même pas les réponses moi même. J'aurais aussi dû tout expliquer aux miens, et cela me gênait, même vis à vis de Zacharie, mon frère compréhensif et sans avis.
J'entamai ma traversée des bois, et je ralentis l'allure. Une odeur désagréable de chien mouillé avait remplis l'atmosphère, et cela me dégoutais. Avec une moue sur le visage, je poursuivis mon chemin en me disant qu'Edward avait peut être raison, et que je pénétrais en terre inconnue et dangereuse. Mais depuis quand je me remets ainsi en question ?
Je débouchai dans un territoire où l'odeur était encore plus présente, et je retins ma respiration. Mais qui pouvait empester ainsi ? Cette odeur était à peine soutenable.
Je me dirigeais vers les premières maisons que je vis, et j'entrai à l'intérieur sans un bruit. Cela était mal, j'en avais conscience. Mais je ne risquais pas d'attaquer personne avec cette affreuse odeur dans mes narines. Donc c'étais sans danger. Mais mal élevé. Il y avait toujours du noir dans le blanc, et je n'y pouvais rien changer. Ma curiosité avait un prix, et j'étais prête à le payer. De toute manière, si j'étais surprise, malgré les minces probabilités, mon séjour à la police sera si bref que personne ne s'en rendra compte.
Mais si c'étais vraiment des loups garous, j'étais plus que morte. Mais cela ne changerais rien - je le suis déjà.
La maison était vide. Les meubles en bois, et les affaires des personnes mal rangés. Cela me donna envie de faire le ménage, mais je me retins, consciente que cela aggraverais mon cas. Je me contentai de survoler les pièces, n'accordant pas la moindre attention aux objets personnels, en privilégiant toutes preuves susceptibles de me prouver qu'un loup vivait ici. Des traces dans les meubles non négligeables, des marques de main prouvant une force surhumaine encastrées dans la pauvre table de la cuisine. Après tout, cela pouvait être fait exprès ou bien il s'agissait d'une autre créature qu'un loup garou. J'ai perçu la manière dont été butés mes pensées, et je riais silencieusement de moi même. Je n'aimais pas avoir tort.
Je vagabondai sans savoir dans toute la maison. Je retournai les pièces, les unes après les autres, plusieurs fois de suite. La nuit commençait à tomber, et je me demandais s'il ne serait pas mieux que je retourne chez moi.
Je m'apprêtais à sortir qu'une odeur retint mon attention. Malgré l'horrible sentence répandu dans la maison, je pouvais distinguer à présent la pigmente d'un humain, accompagné de l'odeur du territoire. Elle était plus forte. Je respirai un bon coup - les habitants étaient rentrés, et je n'allais surement pas sortir vivante.
Cette perspective me fit frissonner, mais j'étais trop fière pour fuir maintenant. Autant mourir avec dignité, que prendre l'âme alors que l'on fuit - dans tous les cas je vais mourir, alors autant mettre fin à ma minable existence face au danger.
Je guettai les pas dans l'entrée - être à l'étage ne me posait aucun problème et l'acoustique était mauvaise, en tout cas rien avoir avec la chambre d'Edward. J'entendis la porte d'entrée grincée, un roulement d'une chaise roulante. Définitivement trop facile. Puis j'entendis le souffle heurté d'un jeune, avec 16 ans tout au plus. Je l'entendis même retrousser son nez, et je devinais que celui ci était large mais pas trop imposant. Il m'avait détecté. Ainsi mon adversaire serait un enfant en pleine crise d'adolescence.
Je les entendis chuchoter depuis le salon, ils avançaient tout deux vers l'escalier.
- Un buveur de sang est rentré ici, cracha le gamin. Il est toujours ici.
- Un Cullen ? murmura son mentor, en rogne visiblement.
- Non je ne crois pas, je ne connais pas cette odeur.
Je m'étais trompé. Les loups Garous vivaient bien ici, et s'était inévitable : j'allais mourir déchiqueté par les dents de cet Indien.
Il avait reçu cette particularité de ces ancêtres, et je regrettai soudainement de n'avoir jamais vu mes descendants. Si j'avais su, je serais allée leur rendre visite plus d'une fois. Je serais même allée à leur rencontre, leur dire que je les aimais plus que tout, comme j'avais aimé ma fille et mon mari. Si jamais je sortais vivante de cette maison - il fallait se l'avouer, les chances étaient minces - j'irais voir mes arrières petits enfants.
C'est avec cette décision que j'avançais dans le couloir du premier étage pour affronté mon misérable destin - la mort.
POV EDWARD.
Elle était cinglée, ou bien j'étais juste en train d'avoir des illusions ?
Hallucinations ou non;, j'étais fou d'inquiétude. Après avoir rejoins nos deux familles dans le salon pour les prévenir de ce qu'elle étais en train de faire - mettre sa vie en l'air, se jeter dans la gueule du loup ( c'est pour dire ), tout ce que vous voulez - je tournai en rond dans notre clair salon pendant que les autres montaient un plan.
- Je la vois, s'illumina Alice.
Je souris. Elle n'était pas chez les Indiens. Un souci en moins. Nous pourrons peut être la rattraper.
- .. Aaah je la vois plus. Elle est en territoire Quileute.
Je me durcis - mon plan retombait comme un soufflet.
- Tu as réussi à la voir ? Je croyais que les Yates t'étaient invisibles ? demanda Emmett, en essayant de divertir l'assembler pour calmer le jeu.
- Apparemment pas Bella. Je pense plutôt que c'est qu'un seul de votre clan qui a ce don. Je veux dire, qui est capable de m'être invisible, ainsi que tous ceux qui sont autour.
Elle avait parlé à l'intention des trois adolescents-Yates restants. Ainsi donc un d'entre eux étaient imperméable au don d'Alice ? Pas tous ? Encore une question qui me titillait l'esprit à leur sujet. Ils étaient tous un véritable mystère.
Je me repris : focalisons-nous sur Bella. Le temps pressait, et elle allait y laisser sa peau, dans tous les cas. Il y avait forcément une solution. Je voyais très bien laquelle.
- Nous allons devoir pénétrer en territoire Quileute, lançais-je.
- Et tu fais quoi du traité Edward ?
- On s'en fiche.
Carlisle me reprit.
- Cela déclencherait une guerre. Nous avons surement une autre solution sans mettre les autres en danger. Mais comment êtes vous arrivés à une conversation sur les loups garous ? me demanda-t-il.
Il me laissa le choix de décider de lui dire ou non – je le lisais clairement dans son esprit. Il ne m'obligera pas à lui dire la vérité. Mais je savais bien qu'il connaitrait la réponse tôt ou tard. Cependant, je me tus, et laissai court à ses pensées.
- Il y a forcément une solution, décréta Esmé, morte d'inquiétude. Nous allons la sortir de là.
D'un côté elle se parlait à elle-même, comme pour se rassurer. Mais avait-il une solution, hormis d'aller chercher Isabella par la peau du coup de ce fichu territoire Quileute ? Une autre alternative était-elle possible ? J'avais beau chercher, je n'en voyais aucune. De plus, l'envie de lui mettre la honte de sa vie me démangeait. Mais je n'étais pas censé l'aimer ? C'étais peut être une bonne nouvelle : je n'éprouvais plus rien à son égard. Quoi que.
- Peut-être qu'un de vous pourrez pénétrer dans le territoire des Indiens, hasarda Alice. Le traité ne parle pas de vous dedans.
- Ca les mettrait tous en danger, contra Emmett. Les Loups Garous ne font pas de quartier avec les vampires.
- Et on peut venir avec un drapeau blanc ? Blagua Will.
- C'est pas le moment de rire, siffla Gwendoline. Ta sœur est en danger.
- Elle trouve toujours le moyen de mourir, lâcha-t-il. Et si elle voulait vraiment mettre fin à sa vie, hein ? Personne ne sait ce qui se passe dans sa tête.
Il avait enfin dit ce qu'il avait sur le cœur. Je le lisais en lui. Cela ne changeait rien de son amour fraternel envers Bella, mais il commençait vraiment à croire qu'elle faisait tout pour mettre fin à ses jours.
- Tu crois vraiment ça ? demanda Lellie avec une voix douce. Qu'elle en a marre de sa vie ? Son existence n'a peut être pas été rose, mais je la crois pas assez déprimée pour vouloir se suicider.
- Il a peut être raison, lançai-je. Elle accumule peut être ses émotions.
- Toi, la ferme, me siffla Alice. Et revenons plutôt à un plan de sauvetage.
Tout le monde soupira – de soulagements pour ceux pensant que Bella n'était pas dépressive, et de résignation pour les autres. Je ne savais pas vraiment à quel camps j'appartenais, tant Isabella m'étais flou.
Mais cela m'étonnerais pas qu'elle veille mettre fin à son immortalité. Pas du tout.
