Chapitre 21: Dans la nuit et le doute.
-Où est-ce qu'elle est ?
-Reg', pour l'amour du Maître, tais-toi un peu !
Severus pesta contre l'impatience amoureuse de son meilleur et seul ami. A cause de lui, ils allaient arriver en retard devant le Maître… Et ça, c'était bien plus grave que ce qui pouvait arriver à cette fille ! Une Potter, en plus… S'il n'avait pas eu autant d'affection pour Regulus, il aurait demandé à Avery de la violer pour lui faire le plus de mal possible et rendre Potter et Black fous de rage. Mais non, évidemment, il fallait que Regulus tombe amoureux de la seule cousine potable de Potter…
L'amour n'était qu'une chose stupide. Sa mère défunte en était la preuve. Aimer quelqu'un par amour, c'était aller droit à sa perte. Et au Diable Dumbledore et ses beaux idéaux ventant la force de l'amour, cela ne lui retirerait pas de la tête que les belles femmes étaient des ennemies à supprimer. Tomber amoureux, la pire chose qui aurait pu arriver, était arrivée à son ami. Mais bon sang, qu'avait-il fait pour mériter ça ? Et pourquoi là, maintenant, alors que le Maître allait arriver d'une seconde à l'autre ?
-Tu veux que je te dise, Reg' ? Tu abuses. Franchement, malgré toute l'amitié que j'ai pour toi, tu abuses et tu me fais suer.
-Tu avais dit que tu ne me jugerais pas, fit remarquer Regulus.
Severus pesta contre ses propres paroles.
-J'ai été con de dire ça, c'est tout. Mais le plus con de nous deux, c'est toi. Pourquoi est-ce que tu es amoureux, hein ? Pourquoi ?
Regulus haussa les épaules.
-Je n'en sais rien, répondit-il d'une voix désolée. C'est comme ça, c'est tout. Ca ne se commande pas.
-Mais je ne t'avais donc rien dit à ce sujet ? Tu fais partie des faibles, maintenant, Reg' ! Tu réalises que tu as préféré ta gonzesse au Maître ? Et moi qui te suis dans tes délires !
-C'était notre pacte, rappela Regulus. Toujours ensemble jusqu'à la fin des temps ou qu'on soit mort avant. Et puis je te fais remarquer que ça te tombera dessus un jour, à toi aussi. Un jour tu croiseras une femme et tu comprendras pourquoi j'ai préféré sauver Hilary plutôt que de rejoindre le Maître.
-Non, je ne comprendrai pas, rétorqua Severus. Je ne comprendrai jamais ! Tu m'entends, Reg' ? Jamais !
-Tu dis ça parce que tu ignores ce que c'est !
-Oui, et c'est beaucoup mieux comme ça ! Parce que le Maître, lui, il ne comprendra pas non plus pourquoi on est en retard, même si tu lui parles de tes beaux sentiments !
-Rien ne t'oblige à m'accompagner, Sev'. Si tu veux faire demi-tour, vas-y. Je m'en fiche.
-Je ne romprai pas le pacte.
-Mais ton pacte il sert à rien, bon sang ! s'emporta Regulus. C'est juste un prétexte pour te donner bonne conscience les jours où tu me laisses ! Va-t'en, si c'est ce que tu veux ! Je m'en contrefiche, et si tu veux tout savoir, je préfèrerais être dans le camp de Potter ! Mais depuis le début tu me répètes que le Maître, c'est l'avenir, et moi je t'ai cru ! C'était la plus grosse erreur de ma vie, Sev' !
Severus ouvrit la bouche pour rétorquer quelque chose, mais le quatrième année l'en empêcha.
-Non, ne dis rien. Le souaffle est dans ton camp, désormais. Fais ce que tu veux. Mais ton pacte, autant le rompre, si tu ne tolères pas que j'aime quelqu'un d'autre que toi.
-Ce n'est pas ça du tout ! s'exclama Severus. Alors là, tu te trompes sur toute la ligne ! Je m'en fiche, moi, que tu aimes d'autres personnes que moi, mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi tu t'acharnes sur cette fille alors qu'elle ne va que t'affaiblir ! Les femmes sont nos pires ennemies ! Quand on aime une femme, on est faible ! Reg', fais-moi le plaisir de me dire que j'ai raison, car tu sais aussi bien moi que j'en ai la preuve !
-Non, tu n'as aucune preuve ! Dans ton cas, c'est ta mère qui était faible parce qu'elle aimait ton père, et pas le contraire. Et si on se met à raisonner comme toi, même les amis deviennent des ennemis. En bref, il y a quelques temps j'aurais dit que tu avais raison, mais plus maintenant. J'ai peut-être seulement quinze ans, mais je ne suis pas complètement niais. Je sais que toutes les personnes aimées constituent des faiblesses pour ceux qui les aiment, mais comme je l'ai dit, si on rentre dans ce jeu-là, personne n'aime plus personne ! Et un jour tu comprendras peut-être que parfois, mourir vaut mieux que de vivre sans amour.
-J'ai toujours vécu sans amour, Reg', et je ne veux pas mourir.
-Ta mère t'a aimé, rétorqua Regulus. Et de toute façon, même aujourd'hui, tu vis avec de l'amour : de l'amour pour le Maître, ton dieu, ton héros !
-Tu dis n'importe quoi ! réfuta Severus. Je ne vis pas avec amour, mais avec haine ! La haine envers les moldus !
-Cette haine est celle qui suit la mort de ta mère, parce que tu l'aimais. Tu vois, même toi, tu as aimé, et tu aimes toujours. Alors ton discours anti-amour ne tient pas la route, mon vieux. Comme tout le reste. Le Maître ne nous croira pas, quand tu lui diras que c'est moi qui ai lancé le sort sur Ciaran. Et Dumbledore, il ne nous croira pas quand on lui dira qu'on est innocent !
-Dumbledore va crever cette nuit.
-Ouais, c'est ça, une petite pierre va lui tomber sur la tête et pouf ! Il sera mort ! Tu délires complètement, Sev' ! Ouvre les yeux ! Le Maître s'en sort bien, pour le moment, mais il se frotte à plus fort que lui ! En s'en prenant directement à Dumbledore, il joue gros, tu sais, et je parie tout ce que tu veux qu'il va perdre gros.
-Dumbledore ne sait rien du plan, il va rester dans son bureau et se faire écraser par des tonnes de pierres !
-James Potter a prévenu tout le monde, Severus, déclara Regulus. Dumbledore est au courant.
-Quoi ?
Severus le dévisagea, abasourdi.
-Potter est au courant ?
Déglutissant avec peine, il fit rapidement le tour des possibilités ayant amené Potter à savoir : soit il avait tout découvert de lui-même, mais c'était presque impossible, et même pour lui, de deviner que le Maître allait s'en prendre à Poudlard alors qu'il était déjà au Ministère, soit quelqu'un lui avait parlé du plan. Or, ils n'étaient que deux à le savoir : lui et Regulus. Et comme il n'avait rien dit…
-Tu as été tout balancer à Potter ? rugit-il.
Regulus le transperça du regard.
-J'en ai marre que tu décides tout pour moi, Severus, rétorqua-t-il. Ton pacte à la con, il n'existe plus. Dès que cette affaire se sera calmée, je changerai de camp.
Severus éclata d'un rire sans joie.
-Mais mon pauvre Regulus, qu'est-ce que tu crois ? nargua-t-il. Qu'on quitte le Maître comme ça, sans raison ?
-J'ai des raisons.
-Oui, tu en as, mais ce n'est pas ça que je voulais dire. Ce que je voulais dire, c'est que tu t'es engagé auprès du Maître, et que cet engagement est un engagement à vie.
-Jusqu'à nouvel ordre, je ne suis pas encore un mangemort, Sev', juste un aspirant.
-Mais tout ça c'est pareil, pour lui ! gronda Severus. Tu as commencé à le servir, tu ne peux plus reculer !
-ET A CAUSE DE QUI EST-CE QUE J'AI COMMENCE A LE SERVIR, HEIN ? tempêta Regulus.
Son visage rouge de colère donnait l'impression qu'il s'étouffait, mais Severus ne songea pas à faire la remarque. La respiration bruyante et saccadée, jamais Regulus ne l'avait regardé aussi méchamment, et cette vision lui faisait mal au cœur. Regulus était son seul ami, la seule personne qui ne le considérait pas comme un tas d'huile pourri par la magie noire…
-Bon, Reg', on en discutera plus t…
-Non, coupa Regulus, on n'en reparlera pas plus tard. On ne reparlera plus du tout. A partir de maintenant, je ne veux plus jamais entendre parler de toi.
-Quoi ? Mais Reg' !
-Ne m'appelle plus Reg', Severus, ordonna Regulus.
Cet ordre parvint comme un coup de poing aux oreilles de Severus, qui se sentit défaillir légèrement.
-Non, Reg'… Regulus, on va s'expliquer…
-Il n'y a plus rien à dire, Severus. Depuis quatre ans tu me pourris les oreilles avec tes pensées anti-amour. Depuis le début de l'année je ne fais plus rien que je veuille, parce que je suis aspirant à devenir mangemort par ta faute. Et tu as voulu tuer Hilary, la fille que j'aime… C'en est trop, Severus. Laisse-moi. Va le rejoindre, ton Maître chéri, et dis-lui que je ne veux plus le suivre, si telle est ton envie. Dis-lui de me tuer, de me torturer, de me faire tout ce dont il a envie, même, si ça lui chante. Je m'en fiche.
-Mais Regulus, s'il te plait !
-S'il te plait quoi ? s'impatienta Regulus. S'il te plait, reste ici avec moi, je te dirai quoi faire pendant encore quelques années, et quand tu seras un bon mangemort bien soumis et à la vie bien gâchée, tu pourras faire ce que tu veux ? Hormis bien sûr te marier, sinon je buterai ta femme !
-Ce n'est pas du tout ce que tu crois… supplia Severus.
-Si, c'est ce que je crois. Ton pacte, il n'allait que dans un sens. Tu n'en as rien à faire, si je suis seul ou pas, du moment que moi je suis là pour toi. Mais ça ne marche pas comme ça, mon vieux, c'est donnant-donnant !
-Tu te trompes, murmura Severus. Si ça m'était égal, je ne serai pas retourné te sauver des griffes de Ciaran…
-Mais si ça ne t'était pas égal, tu ne m'aurais jamais demandé de te suivre dans cette foutue histoire, et je ne me serais jamais retrouvé devant lui !
Severus soupira.
-Donc quoi que je puisse dire, tu trouveras toujours le moyen de remettre la faute sur moi, c'est ça ? lança-t-il.
-C'est ça, assura Regulus. Et tu sais pourquoi ?
Il baissa légèrement la voix.
-Parce que tout ça c'est de ta faute… T'es qu'un gros égoïste, Servilo…
Une rage incontrôlable envahit Severus alors que son meilleur ami l'insultait de la même façon que Potter et sa bande de petits abrutis. Alors comme ça, c'était à cause de lui ? Il avait mieux, comme explication : Potter l'avait manipulé pour le convaincre de le rejoindre dans son camp, pour ensuite mieux s'en prendre à eux deux. Ca ne pouvait être rien d'autre. Black détestait son frère, pourquoi Potter déciderait-il soudain de le prendre sous son aile ?
-Je sais ce que tu penses, Severus. Tu penses que c'est Potter qui m'a manipulé et que de toute façon, je regretterai parce qu'il va mourir noyé. Mais je veux que tu saches que j'ai pris ma décision seul, pour une fois, puisque tu n'étais pas là pour la prendre à ma place, et que James va s'en sortir. Il va s'en sortir et tu sais pourquoi ? Parce que j'ai croisé Evans, tout à l'heure, au moment que je devais tuer Ciaran. Elle était partie chercher de l'aide. Elle ne m'a pas vu. Je suis presque certain qu'à l'heure qu'il est, James Potter est déjà hors de danger…
Severus plissa les yeux.
-Il ne s'en sortira pas.
-C'est ce qu'on verra. Mais il va s'en sortir, je le sais, Servilo...
Severus se mordit l'intérieur de la bouche pour ne rien répondre. Si Regulus avait raison, il allait se venger, c'était certain. Potter allait regretter d'avoir mis en place ce petit plan ignoble. Il allait regretter d'avoir inventé ce stupide nom, Servilo…
Servilus, Servilo, pourquoi n'es-tu pas beau ?
Servilus, Servilo, tu ressembles à un gros crapaud…
Vengeance… Potter allait vraiment le regretter. Combien de fois s'était-il empêché de le faire ? Sectumsempra, le sortilège de la libération, celui qui, une fois lancé sur Potter, mettrait fin à cette humiliation permanente…
Servilo, Servilus, te laves-tu au mucus ?
Servilo, Servilus, cheveux huilés, sac à puces…
Tuer Potter, telle était la solution. Pas ce soir, le temps que l'histoire se tasse si elle finissait mal (et si Dumbledore était au courant, c'était ce qui risquait d'arriver) mais plus tard. L'année prochaine. Oui, l'année prochaine, le temps de le laisser un peu profiter de sa minable vie d'enfant gâté. Sectumsempra… Sur Ciaran, l'effet était un peu plus faible que ce qu'il avait désiré, mais il avait tout l'été pour s'entraîner. Et puis ce n'était ni son oncle, ni sa tante, qui allait lui en vouloir s'il tuait le deuxième fils Potter…
Servilo, Servilus, gros crapaud senteur mucus,
Servilus, Servilo, absolument pas beau…
Un sourire machiavélique se dessina sur le visage de Severus… Le deuxième fils Potter… C'était son oncle qui avait tué le premier, sur ordre du Maître en personne. Et maintenant, le Maître était plus ou moins à la recherche du second, sans savoir qu'il s'agissait de cet élève de Poudlard qui narguait tant le neveu d'un de ses mangemorts préférés…
-Ca te fait marrer, ce que je dis ? marmonna Regulus.
Severus le scruta quelques longues secondes de la tête au pied. Il allait être vengé, le petit Regulus. Potter avait déversé son venin sur lui, mais ça n'allait pas se passer comme ça. Il allait être vengé. Ils allaient être vengés… Il faudrait juste faire preuve d'un peu de patience… Juste le temps de perfectionner son sortilège pour ne laisser à Potter que quelques secondes de vie une fois qu'il serait touché par le sort…
-Non, mais je sais ce que je vais faire, répondit-il d'une voix rêveuse.
-Et qu'est-ce que tu vas faire, Servilo ?
-Cesse de m'appeler comme ça, Regulus, ça ne te ressemble pas, dit seulement Severus.
-Ca ne me ressemble pas ? Moi, par contre, je sais ce qui te ressemble : un bol d'huile.
Severus serra les points de colère.
-Tu vas arrêter de jouer le petit malin, oui ou bouse ?
-Pas tant que tu n'auras pas pris de shampooing !
Regulus reprit sa route vers la salle commune en prenant bien soin de le bousculer en passant devant lui. Mais Severus ne chercha pas à le retenir. Il n'appréciait pas du tout…
-Tu veux que je te dise, Reg' ? lança-t-il. Tu as raison, je vais te balancer au Maître. Quand tu verras la gloire que ça m'apportera, tu regretteras de m'avoir fait des leçons d'esthétique !
-Si tu me balances, je ne vivrai pas assez longtemps pour voir ça, Servilus, mais sache que quand on est au top, être beau c'est vachement important. Donc dans ton cas, je doute que tu y restes longtemps…
Severus ouvrit la bouche de béatitude mais ne trouva rien à répondre. Fou de rage, lui-même repartit dans la direction opposée à celle de son ex-ami. Il voulait jouer au plus malin ? Et bien il allait voir ce qu'il allait voir. Et s'il avait le soutien de Potter, ce n'était rien face au soutien du Maître…
Severus n'aurait su dire combien de temps il mit pour arriver devant la porte d'entrée de Poudlard. Trop perdu dans ses sombres pensées dans lesquelles Potter baignait dans son sang, il ne prit pas même la peine de réagir face aux secousses qui manquèrent à plusieurs reprises de le faire trébucher. Au fond, c'était ce qu'il avait voulu. Il avait participé au plan. Il n'allait pas se plaindre de quelque chose qu'il avait choisi de son plein gré ! Même si cette chose lui avait fait perdre son seul ami…
-Ce n'est rien qu'un sombre idiot, se murmura-t-il. T'en fais pas…
D'un geste décidé, il poussa la porte et se sentit mieux quand le vent de l'extérieur vint effleurer ses joues chaudes de colère. Quelle nuit… Un peu d'air lui ferait du bien, et il avait besoin de reprendre ses esprits avant d'arriver devant le Maître. Il ne tenait pas à avoir l'air faible : une bonne impression pourrait être déterminante pour la suite.
Le parc avait quelque chose de très calme après toutes les secousses du château et les cris qu'elles avaient sûrement engendré un peu partout dans les salles communes et la Grande Salle. Severus ne les avait pas entendus, mais son imagination était assez développée pour inventer tous ces visages affolés. Tout cela grâce à lui… Le Maître serait fier…
Puis, des voix résonnèrent dans le silence, des voix qu'il aurait reconnu entre mille. Ciaran et Mortensen… Ils paraissaient déjà loin, comme s'ils étaient arrivés à Pré-au-Lard, et ne discutaient plus calmement comme ils avaient l'habitude de le faire. Ils criaient. Se hurlaient dessus comme deux ennemis de longue date. Se menaçaient de mort…
Mais d'autres éclats de voix vinrent l'empêcher de s'inquiéter, ravivant sa colère pourtant bien présente. Il aurait tout donné pour ne pas entendre ce qu'il entendit, pour ne plus jamais avoir à percevoir le son de cette voix qu'il haïssait autant qu'il haïssait son père. James Potter était vivant, et quelque part devant lui…
Je rêve… se répéta-t-il. Ce n'est qu'un cauchemar, il est mort noyé…
Mais Potter continua son discours de héros. Severus imaginait déjà Evans buvant ses paroles, les yeux écarquillés. Il n'y avait qu'en présence de cette sang-de-bourbe que Potter pouvait parler comme ça. Quand elle n'était pas là, il jouait le sournois et ne disait rien qui allait contre son intérêt. Or, à ce moment, Potter était entrain de raviver ses troupes, de leur redonner du courage, de leur donner des ordres…
Severus serra les poings. Il aimait ça, le Potter, jouer le héros devant les autres ! Il aimait faire comme s'il était le chef, comme s'il savait tout mieux que les autres ! Mais il ne valait rien de mieux qu'un stupide verracrasse moisi. Si cela n'avait tenu qu'à lui, il y aurait longtemps que Potter aurait été mort, tué de ses propres mains. Severus n'aurait éprouvé aucun remord en le voyant inanimé et baignant dans son sang. Mais le Maître avait besoin d'espions à Poudlard, et s'il tuait quelqu'un, Dumbledore le renverrait aussitôt, même s'il ne s'agissait que de Potter. Ou plutôt, surtout s'il s'agissait de Potter… Ce petit crétin avait le droit à l'affection de Dumbledore, si bien que c'en était pitoyable. Potter, le petit chouchou…
Severus, peu désireux de tomber sur toute la bande, fit bien attention à ne pas faire de bruits en trottinant sur l'herbe mouillée et glissante. En plus de l'humilier à chaque seconde, Potter le ralentissait ! S'il arrivait en retard devant le Maître, il allait le payer très, très cher…
Le grand portail marquant l'entrée de Poudlard apparut malgré l'obscurité, alors que Severus s'efforçait de ne pas glisser, par risque de trahir sa présence. Il n'était pas censé être là. Potter non plus, mais cette fois c'était différent : pour une fois, Potter avait de bonnes intentions aux yeux de la loi. Pas lui. Lui, il avait rendez-vous avec le Seigneur des Ténèbres en personne…
Par chance, leurs chemins se séparèrent : Potter et sa bande se dirigèrent vers les cris, tandis qu'il prenait la route en direction de la Tête du Sanglier pour la seconde fois de la nuit. La ruelle dans laquelle il se trouvait était sombre et sinistre, parfaite pour de tels entretiens.
-Ah, te voilà enfin ! lança quelqu'un d'une voix traînante.
Severus sursauta et scruta tout autour de lui afin de distinguer qui avait bien pu lui parler ainsi. Finalement, il reconnut le père d'Avery lorsque celui-ci sortit un peu de la nuit pour se rapprocher de la lumière du pub. Il fronça les sourcils et tourna à nouveau la tête de tous les côtés. Où était le Maître ?
Quand il posa la question au mangemort, il ne reçut en guise de réponse qu'un ricanement moqueur.
-Tu ne pensais tout de même pas qu'il allait faire le déplacement spécialement pour toi ? railla-t-il.
Severus ne répondit rien mais baissa la tête. Le Maître ne viendrait pas ?
Puis la réalité s'imposa à son esprit. Le Seigneur des Ténèbres n'aurait jamais fait le déplacement pour un sorcier de dix-sept pas encore sorti de ses études et pas encore officiellement mangemort. De plus, la mission qu'il lui avait confiée était certes importante pour son plan, mais pas assez. Quelle naïveté, et quelle déception…
-Et l'autre, il est où ? marmonna Avery.
-Quel autre ? Regulus ? Il…
Severus se tut. Pendant un instant, il avait été sur le point de révéler la vérité au mangemort, amenant Regulus à une mort certaine. La colère aurait pu le faire aller jusqu'au bout de son envie. Mais son cœur l'en empêchait. Jamais il ne pourrait trahir son ami. C'était leur pacte, non ? Ensemble jusqu'à la fin des temps où qu'ils soient morts avant. Peu importe ce que Regulus avait bien pu lui dire : si quelqu'un devait le conduire à la mort, ce soir, ce ne serait pas lui.
-Il s'occupe de Potter. Williams Potter, vous devez en avoir entendu parler ?
-Bien sûr que j'en ai entendu parler ! grogna Avery. Il a chopé plus d'un d'entre nous, ce sale chien galeux !
-Ouais, et bah Regulus s'occupe de son fils, James. Il est courant de ce qui se trame, et depuis le début il essaie de nous mettre des bâtons dans les roues, alors Regulus a pensé qu'il était temps de mettre un terme à tout ça. A-t-il bien fait ?
Une lueur étrange passa dans les yeux du mangemort, qui se mordit la lèvre et sembla pris d'une grande réflexion. Severus ne le quitta pas du regard et attendit une réponse, espérant de toutes ses forces que Regulus ne serait pas puni. Son mensonge ferait-il l'affaire ?
-Tu as bien dit le fils de Williams Potter ? s'enquit Avery.
-Oui, James. Mais il s'avère que Regulus a échoué, car j'ai vu Potter filer vers Pré-au-Lard… Il faut dire que Potter s'en prend toujours à quatre contre un, au minimum. Regulus n'y est pour rien, dans cette affaire… D'ailleurs, il a fait ce qu'on lui a demandé : Ciaran ne tiendra plus longtemps en vie, après le sortilège qu'il lui a lancé…
-C'est bien, c'est très bien… assura Avery à voix basse. Voilà de quoi égayer le Maître… Ne bouge pas…
Le mangemort rentra dans le pub en refermant la porte soigneusement derrière lui, sans omettre de rappeler à Severus d'obéir d'un regard entendu. Ainsi, le jeune homme se retrouva seul dans le noir presque total. Il savait que non loin, Potter et sa bande couraient après Ciaran et Mortensen, sans doute pour jouer les pacifistes et éviter qu'ils s'entretuent… Il ignorait quel lien les avait unis, tous les deux, mais il était clair qu'il était brisé.
Quand Avery revint, Severus se serait attendu à une explication au sujet de son départ, mais le mangemort garda le silence. L'expression de fierté qui animait son visage attira néanmoins la curiosité du jeune homme, qui osa poser la question qui lui brûlait les lèvres.
-Qu'avez-vous été faire ?
A nouveau, Avery ricana.
-Ca ne te regarde pas. Rentre au château et met-toi là où un espace de sécurité a été mis en place. Finalement, tu avais raison : le Maître va venir…
Malgré sa joie, Severus ne put faire demi-tour.
-Vous avez bien dit à Poudlard ? s'enquit-il. Mais les murs s'effondrent !
-Ne t'en fais pas pour ça, Dumbledore et Freeman cèderont avant que vous soyez tous écrasés !
-Mais dans le cas contraire ?
-Fais ce qu'on te dis !
Severus déglutit avec peine et recula en marche arrière, sans quitter le mangemort des yeux. Que fallait-il faire ? Obéir et rester dans l'estime des autres, ou n'en faire qu'à sa tête et se faire punir ?
La réponse sembla évidente. Il n'avait pas le courage d'un Gryffondor pur et dur –car Potter avait beau être un Gryffondor, son courage n'était pas bien différent du sien. Et sans le Maître, il ne ferait rien. Il allait rentrer, obéir, s'excuser auprès de Regulus et attendre son heure de gloire… Car visiblement il avait révélé à Avery quelque chose qui ferait très plaisir au Maître…
oOo
Peter courait. Tous ses muscles lui criaient d'arrêter, mais il courait. Inlassablement, il courait depuis le début de la nuit, depuis que les évènements lui échappaient. Ils avaient un rôle à jouer, et s'il devait courir pour faire ce qu'il devait faire, et bien il courrait. D'ailleurs, il courait déjà. Mais ce n'était pas comme s'il avait le choix… Tenir le rythme de James avait tout d'abord été comme un défi : sur un élan de détermination, il avait voulu montrer à tout le monde ce dont il était capable, et dans le cas présent, montrer qu'il était capable de courir aux côtés d'un grand joueur de Quidditch. Mais désormais, sa gorge brûlante le suppliait de ralentir. Combien de kilos aurait-il perdu en une nuit, il était incapable de le dire, mais en quelques heures, il avait fait plus de sport que durant toute sa vie entière…
-Ne faites pas trop de bruit, répéta James pour la troisième fois. Nous ne sommes pas censés être là…
-Ca, on ne l'avait pas remarqué, marmonna Gwenog. J'ai la trouille… Qu'est-ce qui nous prouve que c'est bien de l'eau qui crisse sous nos chaussures, et pas le sang de ce malade qui nous a servi de prof ?
-Si tu as peur, tu peux faire demi-tour, Gwen, rappela James. Peter, ne traîne pas !
-Je fais… ce que je… peux ! haleta le jeune homme.
Mais il commençait à se demander si, plus que ses membres, ce n'étaient pas les cris qu'il entendait au loin qui lui soufflait de fuir. Mortensen semblait avoir la rage, mais ce n'était rien comparé à Ciaran, qui hurlait comme un dément.
Ils atteignirent les barrières marquant la fin du périmètre de Poudlard, et James les arrêta. Tous reprirent leur souffle comme ils le purent. Sirius respira profondément, Remus se courba et posa les mains sur ses genoux pour s'appuyer, Lily fit couler dans sa gorge de l'eau de sa baguette magique, mais Peter préféra s'étaler de tout son long par terre, ravi que les efforts s'arrêtent, aussi courte cette pause fut-elle.
-Bon, que tout soit clair : je vous l'ai déjà dit, c'est le danger qui nous attend derrière ces grilles, commença James. Le danger et le devoir, aussi. Je crois que nous ne pouvons plus attendre l'aide des aurors du Ministère. Les troupes de Voldement doivent y être trop nombreuses…
Tout le monde frissonna à l'entente du nom interdit, hormis peut-être Sirius qui hocha la tête.
-Je ne sais pas sur quoi nous allons tomber, reprit James. Mais pour le moment, nous devons arrêter Ciaran. Quand ça sera fait, nous devrons lui tirer les doxys du nez, afin de savoir où se trouve le socle de la Sphère, et de le récupérer.
-Rien que ça, marmonna Nikita.
Peter ignorait pourquoi soudain James considérait le soviétique comme un ami. Il avait passé tous ces derniers temps à le haïr, et depuis qu'ils avaient passé quelques temps ensemble, ils semblaient être liés pour la vie. C'était étrange. James ne changeait pas facilement de point de vue sur une personne.
Sirius semblait lui aussi surpris de ce brusque changement de situation, et Peter savait bien que Patmol était peu ravi de cette nouvelle amitié. C'était compréhensible : lui aussi avait vu son lien avec James se renforcer avec le temps et les épreuves, et il n'avait sans doute pas l'intention de laisser un étranger prendre sa place dans le cœur de Cornedrue. Mais Peter savait qu'il se faisait du souci pour rien : James n'aimerait jamais personne autant qu'il aimait Sirius. Hormis peut-être Lily et ses parents… et éventuellement l'enfant qu'il aurait avec Lily si celle-ci finissait enfin par céder à ses avances.
-Oui, rien que ça… soupira James. Mais si nous ne le faisons pas, personne ne le fera.
-Il y a Dumbledore ! rappela Lily.
-Tu le vois quelque part ? questionna James. Non, je crois qu'il a déjà assez à faire. A tous les coups, il est parti au Ministère parce qu'il a eu un appel d'urgence, je n'en sais rien ! Mais de toute façon, s'il nous vient en aide, ce sera pour combattre Voldemort, qui d'après Regulus devrait arriver bientôt. Donc dans tous les cas, nous devons être là, car notre présence est nécessaire pour la survie de l'école. Mais personne ne vous en voudra si vous n'allez pas jusqu'au bout. Alors si quelqu'un veut reculer, c'est maintenant ou jamais… Mais laissez-moi vous dire que selon moi, on a tous un destin, et que l'on meurt tous un jour ou l'autre. Mourir à seize ou dix-sept ans, c'est jeune, mais si tel est le destin qui vous est attribué, je ne crois pas qu'il est conseillé d'aller à son encontre. Personnellement, je préfère mourir ici, avec vous et pour la bonne cause, que dans quatre-vingts ans, seul et dans mon lit mouillé d'urine, suite à un arrêt cardiaque qu'on attendait depuis des années. Alors j'irai jusqu'au bout.
-Je te suis, déclara Sirius avec détermination.
-Maraudeurs un jour et pour toujours, je viens avec toi, assura Remus.
Peter sentit les regards se poser sur lui et déglutit avec peine. Oui, il avait envie de faire demi-tour, mais pourquoi avait-il l'impression que tout le monde le savait ?
-Je vous suis moi aussi, finit-il par dire, presque à contrecœur.
Il distingua dans l'obscurité le large sourire de James.
-Je savais que je pouvais compter sur vous, dit gaiement ce dernier. Nikita ?
-J'ai donné ma réponse tout à l'heure. J'irai jusqu'au bout.
-Et nous aussi, acheva Lily d'une voix déterminée. Hein Gwen ?
-Ouais. Jusqu'au bout, répondit Gwenog d'une voix assurée. Même si on doit mourir au final, je m'en fiche. Vous n'irez nulle part sans moi.
Peter entendit plus qu'il ne vit James soupirer de soulagement et de joie en cet instant de tension extrême. Mais un nouveau cri de la part de Ciaran vint rompre cet apaisement et Peter supposa que son visage était redevenu dur.
-Alors on y va, murmura-t-il.
Il reprit sa route et Peter dut se relever le plus vite qu'il le put pour ne pas se faire devancer encore une fois, mais ses jambes tremblèrent. Il n'était pas fait pour ces excursions nocturnes dangereuses…
Guidé par les éclats de voix, James semblait dans son élément. Peter savait qu'il voulait être auror, et à ce moment, il n'eut aucun mal à l'imaginer en traqueur de mage noir. Même dans l'obscurité, son ami semblait dominer le groupe tel un chef qui prendrait ses troupes en mains et ses responsabilités au sérieux. Peter l'avait toujours admiré, et considéré comme un modèle pour lui-même. Quelque chose de fort émanait de lui dans ces moments-là : une détermination impressionnante, c'était certain, mais aussi un sens du sacrifice que Peter –et il le savait désormais mieux que jamais– ne pourrait jamais imiter. Sans parler du courage… James était un vrai Gryffondor, personne ne pouvait encore en douter. Mais sa famille avait tout fait pour ça. Williams Potter pouvait être fier de son fils et de l'éducation qu'il lui avait donnée ! Néanmoins, prendre des risques, oui, mais où s'arrêterait-il ?
Peter avait l'impression d'être de retour dans un cauchemar, un de ces cauchemars que l'on fait tout au long de sa vie et qui mènent toujours à un réveil en sursaut. L'issue de ce qu'il vivait était encore plus angoissante : la nuit, il avait le droit de s'arracher à son sommeil pour éviter de périr, mais dans la vraie vie, ça ne marchait pas comme ça. Personne ne viendrait le réveiller et lui chuchoter des mots de réconfort, si l'histoire tournait mal –et au fond de lui, il n'était pas certain qu'elle puisse se terminer autrement que dans un bain de sang. Ils s'apprêtaient à se mêler à la fois à une querelle familiale plus qu'houleuse et à une affaire politique telle que le pays n'en avait plus vue depuis des années. James pensait ce qu'il voulait, mais quoi qu'il puisse dire, ils n'étaient pas aurors, et personne n'avait envie de mourir prématurément. Lui, il n'avait pas peur de la mort, mais Peter n'était pas si brave. Son père avait tué sa mère, et il ignorait même comment il avait atterri à Gryffondor.
Jamais il ne s'était aussi peu senti à sa place. Maraudeurs un jour et pour toujours… Pourquoi Remus avait-il dit ça ? Il aurait voulu le forcer à venir qu'il n'aurait pu faire mieux. Leur devise signifiait beaucoup pour lui, et n'était pas que de simples mots. James, Sirius et Remus avaient toujours été là pour lui. Lors de leur première année, il avait passé ses premières semaines seul, sans ami, humilié en permanence par les Serpentard qui s'en donnaient à cœur-joie : un petit gros tout seul, quoi de mieux pour se moquer ouvertement ?
Mais James, Sirius et Remus étaient venus, avaient pris sa défense et l'avaient pris sous leur aile. James, en particulier, avait toujours veillé sur lui. Puis ils étaient tous devenus des amis. Les seuls vrais amis qu'il avait jamais eus. Et le plus étrange était sans doute que c'était aussi le cas pour les autres Maraudeurs. Remus n'avait jamais eu d'amis en raison de son statut de loup-garou. Sirius n'avait jamais eu d'amis car sa famille ne le laissait fréquenter que des sangs-purs aux idéaux différents. Quant à James, il avait ses cousins, mais était très isolé à Æternum Asylus. De plus, c'était difficile pour un petit enfant de sympathiser avec le fils du plus grand auror d'Angleterre. James avait subi la popularité de ses parents jusqu'à son entrée à Poudlard, où il en avait profité, au contraire. Il était devenu très ami avec Franck Longdubat, bien que celui-ci ait préféré passer ses journées avec le groupe des filles, Gwenog, Lily, Hestia et Alice. Il avait aussi sympathisé avec Amos Diggory et Dave Goujon. Sans parler de toutes les filles qui s'étaient mises à lui courir après, au début pour le prestige de sortir avec le fils de Williams Potter, puis tout simplement parce qu'en grandissant, James était devenu presque aussi séduisant que Sirius.
Mais malgré toute cette renommée, James avait su rester auprès de ses amis, et Peter ne l'avait jamais assez remercié pour cela. Ainsi, il n'avait pu avouer son désir de faire demi-tour quand Remus avait prononcé les quelques mots qui les unissaient : Maraudeurs un jour et pour toujours… Il avait douté, un peu plus tôt. Douté de son rôle au sein du groupe, de la place qu'il prenait dans le cœur des autres. C'était stupide de sa part. Certes, il était parfois totalement à côté de la plaque, mais James et Sirius étaient toujours très francs : s'il y avait eu le moindre souci, ils lui auraient parlé depuis bien longtemps.
Bientôt, le groupe ralentit l'allure, alors qu'ils atteignaient le petit village de Pré-au-Lard. James leur fit signe de se taire et de ne plus bouger, et il tendit l'oreille, à l'affût du prochain cri. Lorsque celui-ci retentit, il sut aussitôt dans quelle direction aller.
-Ils sont près du magasin de prêt-à-porter.
-Près de « De fil en Aiguille » ? s'exclama Lily.
James acquiesça.
-Je crois que je vais encore avoir besoin de toi, avoua-t-il. Tu m'as prouvé que tu connaissais Pré-au-Lard comme ta poche. Tu pourrais nous guider là-bas ?
-Nous aussi, on connaît Pré-au-Lard comme notre poche ! fit remarquer Sirius, sans doute par jalousie.
-En pleine nuit ? répliqua James, sceptique. Oui, peut-être, mais je pense ne pas me tromper en affirmant qu'aucun d'entre nous quatre ne sait précisément où aller pour trouver « De Fil en Aiguille ». Sirius, je ne crois pas que ce soit une boutique qu'on fréquente souvent…
Sirius soupira.
-Et tu crois vraiment qu'une préfète saura se diriger à Pré-au-Lard la nuit ? marmonna-t-il. Je ne suis même pas certain qu'elle ait un jour osé sortir après le couvre-feu !
-Eh, ce n'est pas le moment de s'engueuler ! intervint Remus. Lily, tu te sens capable de nous y conduire ?
La jeune fille hocha assez la tête pour que ce soit visible dans la pénombre.
-De Fil en Aiguille ? Par ici !
D'un signe de tête, elle leur indiqua de la suivre, et tous s'engouffrèrent dans des ruelles plus tortueuses les unes que les autres. Il était vrai que Pré-au-Lard de nuit n'avait rien à voir avec le village qu'ils avaient si souvent visité le jour : Peter n'était même pas certain d'être capable de retrouver les Trois Balais, et pourtant il y allait à chaque sortie depuis sa troisième année. C'était une chance que Lily ait un tel sens de l'observation, et une chance que leurs deux professeurs aient choisi pour lieu d'arrêt un magasin de prêt-à-porter. Pour la jeune fille, il n'y aurait rien de plus simple à retrouver : malgré tout ce qu'elle pouvait dire, Lily était elle aussi très coquette, et Peter le savait.
En d'autres circonstances, il aurait trouvé attendrissant de voir que Lily et James étaient unis à la tête du petit groupe. Ce n'était pas tous les jours que la miss-préfète acceptait d'aider celui qu'elle avait toujours trouvé arrogant, et encore moins la nuit après le couvre-feu et en dehors de l'enceinte du collège. Peter ignorait si James avait constaté à quel point les choses avaient évolué entre eux deux, et tout ça en une seule journée. Il avait sans doute la tête ailleurs, et c'était normal : on ne pouvait être un bon mentor si on se préoccupait de draguer quelqu'un en même temps, mais il était évident que Lily ne le voyait plus sous le même regard. C'était bon signe. Peut-être qu'enfin, elle avait réalisé que James était l'homme de sa vie…
Mieux vaut tard que jamais, songea Peter malgré lui.
Puis, il s'en voulut de réfléchir à un tel sujet alors que la mort les attendait peut-être au bout de la ruelle qu'ils traversaient et reporta son attention sur le chemin qu'ils empruntaient. Bientôt, Lily les fit s'arrêter et James leur indiqua de se rapprocher du mur. Délicatement, il passa la tête à l'angle de la ruelle puis se remit aussitôt en place.
-Ils sont là, murmura-t-il. A trois. Un… Deux…
-Trois !
Tous sursautèrent, et Peter poussa même un cri aigu de terreur alors que le visage ensanglanté de Ciaran apparaissait à l'endroit même que celui où la tête de James se trouvait une seconde plus tôt.
-Je me doutais bien que vous n'étiez pas comme les autres, grinça-t-il de la même voix gémissante que précédemment, mais je ne pensais pas que vous étiez suicidaires ! Venez donc, venez donc voir la fin de ma sœur !
-Votre sœur ? répéta James, incrédule.
-Oui, ma sœur ! Vous ne le saviez pas ? Pourtant Madison a tout raconté à tout le monde ! Mais venez donc, ne restez pas cachés dans cette ruelle !
James se tourna vers chacun de ses amis puis s'avança prudemment vers l'endroit que Ciaran –ou Mortensen–indiquait. Alors, Peter l'entendit pousser une exclamation d'effroi et, prenant son courage à deux mains, il s'avança à son tour. Le spectacle qui s'offrit à lui lui coupa le souffle.
Tout d'abord, il y avait Ciaran, toujours le même, avec ce visage ensanglanté éclairé par la lueur de la baguette magique de sa sœur. Et à côté, il y avait Mortensen, appuyée contre un mur en position d'impuissance. Pour une femme qui avait toujours montré d'elle une image de force, de détermination et de courage, elle semblait bien mal en point, à en juger par l'état de faiblesse dans lequel elle se trouvait. De plus, son visage était lui aussi ensanglanté, bien que cette vision fut moins repoussante que sur son frère.
-Mrs Mortensen est votre sœur ? s'enquit James.
Peter ne sut dire s'il était vraiment intéressé ou s'il tentait de gagner du temps. S'il avait opté pour la seconde solution, Peter ne le comprenait pas : mieux valait que tout se termine le plus vite possible, car il était peu probable que quelqu'un ici ait envie de rester une seconde de plus.
-Oui, ma petite sœur, répondit Ciaran. Elle est gentille, n'est-ce pas ? Elle m'a laissé agir comme bon me semblait presque jusqu'à la fin ! Hein, sœurette ! Tu as été sympa avec moi, mais tellement stupide dans les dernières heures…
-Va te faire voir, Chuck, rétorqua faiblement Mortensen, je ne regrette rien de ce que j'ai fait, à part peut-être le temps que je t'ai laissé avant d'agir !
-Voilà qui est encore plus stupide de ta part, alors ! ricana Ciaran.
Dans ce qui sembla être un horrible effort, Mortensen brandit sa baguette magique vers son frère et le menaça. Ce spectacle aurait pu être ridicule en d'autres circonstances : aucun d'eux ne paraissait avoir assez de force pour tenir debout sans l'aide des murs des habitations, toutes endormies. Ciaran avait perdu tant de sang que c'était même à se demander comment il pouvait encore vivre. S'il se battait avec sa sœur, il mourrait soit d'épuisement, soit d'un sortilège fatal. Comment avait-il été blessé de cette façon, personne n'en savait rien, mais Peter ne souhaitait à personne le même sort.
-Oh, baisse ta baguette, sœurette, tu sais très bien que je suis plus fort que toi ! railla l'homme.
-Jamais ! De toute manière, mieux vaut être tué par sa sœur que par le Seigneur des Ténèbres ! lança Mortensen. Ton plan ne marchera jamais !
-Pourtant il semble très bien parti !
-Quel plan ? s'enquit James.
-La curiosité est un vilain défaut, Potter. Vouloir tout savoir, ça vous joue des tours. La preuve : tu as été remuer le passé que tu avais oublié, et désormais ta vie sera en danger permanent.
-Vous dites n'importe quoi ! Voldemort ignore qui je suis, et même s'il le savait, il ne se préoccuperait pas de moi ! rétorqua James. Je ne suis rien de plus qu'un échec de son passé !
-Justement, mon petit gars, justement ! Tu es l'un de ses rares échecs… Crois-moi, s'il trouve le temps de te tuer avant de se faire tuer par Dumbledore, il le fera…
-Avant de… Qu'est-ce que vous racontez ? demanda James.
-Oh, arrête de faire comme si tu ne comprenais pas pour me déconcentrer ! grogna Ciaran. Madison, un mot avant de mourir ? dit-il en se tournant vers sa sœur.
-Moi je peux me le permettre, cassa Mortensen. Je me demande comment tu fais pour tenir encore debout avec tout le sang que tu as perdu ! Tu veux un conseil ? Achève-moi maintenant, au lieu d'attendre, sinon tu vas mourir tout seul de tes blessures !
Ciaran fronça les sourcils.
-Tiens, tu abandonnes, sœurette ? Ca ne te ressemble pas, ça !
-C'est juste que je préfère mourir innocente plutôt que de vivre avec un meurtre sur la conscience, en particulier celui de mon propre frère ! Tu veux que je te dise ? Heureusement que Gryffondor a pris le pouvoir, finalement, car quelqu'un comme toi à la tête du pays, ç'aurait été une catastrophe.
-Mais tu sembles oublier que c'est le jour de ma victoire, Madison ! Et qu'ainsi, le résultat sera le même ! On aura juste perdu du temps précieux… Mais si tu veux vraiment que je te tue… Avada Kedavra !
Il y eut ce flash de lumière verte que Peter ne connaissait que trop bien, même s'il n'en avait jamais vu en vrai, et qui choqua tout le monde. Néanmoins, le plus marquant fut sans doute l'expression de déception dans les yeux de Mortensen, qui s'effondra mollement à terre et ne se releva plus. Peter comprit avec horreur qu'elle était désormais morte.
Il ne put s'empêcher de se sentir défaillir à la vue du cadavre, et ne parvint pas à chasser les sombres pensées qui trottaient dans sa tête malgré tous ses efforts de volonté. Il savait qu'il n'avait pas le profil d'un héros, et ne ferait jamais partie de ceux qui avaient marqué le monde. Sa famille n'était pas exceptionnelle comme celle de James : il était juste Peter Pettigrow, fils d'un assassin et d'une défunte mère. Il n'était personne…
Le Mal venait de lui montrer une partie de sa puissance. S'opposer au Mal, c'était prendre le risque d'être un jour à la place de Mortensen, et de ne rien pouvoir faire pour se défendre. James, Sirius et Remus ne seraient pas là pour le sauver, une fois hors de Poudlard. Ils seraient des acteurs de la guerre. Lui, il la vivrait, tapis dans sa maison par peur de se faire tuer.
Dans la vraie vie, il y avait ceux qui agissaient, et ceux qui regardaient. Ceux qui regardaient n'étaient personne. Pour le moment, il n'était personne. Le resterait-il pour le restant de ces jours ? Bien sûr que non. N'est pas Maraudeur qui veut… Une devise connue par cœur. Elle avait fait de lui un acteur. Un minuscule acteur, mais un acteur quand même. Un acteur du Bien…
Ses yeux se reposèrent sur le visage dépourvu de couleurs de la femme qui lui avait enseignée la défense contre les forces du mal pendant près d'une année scolaire. Mortensen aussi, avait été une actrice du Bien. Et elle était morte. Sans parler de la famille Bones, des aurors morts cette nuit, de Milicent Bagnold, et de tous les autres… Tous des acteurs du Bien. Tous morts.
Puis son regard se dirigea vers Ciaran. Un acteur du Mal. Avec le Seigneur des Ténèbres, Rush, Malefoy, Avery, et tant d'autres. Et il était vivant… Pas en très bon état, mais il tenait encore debout, même si ce n'était plus pour longtemps.
Les acteurs du Bien, morts, et les acteurs du Mal, bien vivants… Peter n'avait aucune envie de rester les bras croisés, de n'être personne. Lui aussi voulait être un acteur. Il voulait que son nom reste quelque part, ailleurs que dans les registres de Poudlard et du Ministère, même si ce n'était que dans un journal. Il voulait qu'on sache son existence. Qu'on sache qu'il était là, et qu'il pouvait faire des choses, lui aussi. C'était James qui lui avait fait réaliser cela.
-Tout le monde peut devenir quelqu'un, Peter, il faut juste savoir y mettre la détermination nécessaire…
-Pour toi c'est facile, tes deux parents sont des aurors respectés…
-Tout le monde le peut, mon pote, tout le monde… Le tout, c'est d'y croire et surtout de le vouloir. Vouloir, c'est pouvoir. Pouvoir, c'est agir. Et agir, c'est montrer à la face du monde ce que tu vaux.
Il s'en souvenait comme si c'était hier, et pourtant James avait prononcé ces mots au début de leur cinquième année. Agir, c'était montrer ce qu'il valait. Ceux qui le connaissaient semblaient penser qu'il ne constituait rien d'autre qu'un boulet pour les autres, un incapable qui suivait James et Sirius comme un petit chien car c'était la seule chose qu'il savait faire. Mais Peter savait qu'il pouvait faire autre chose.
Les acteurs du Bien, morts, et les acteurs du Mal, debout…
Tu sembles comprendre, Petit-Gros…
Peter sursauta en entendant cette voix parler, mais lorsqu'il tourna la tête de tous les côtés pour voir qui avait ouvert la bouche, personne ne montra le moindre désir de parler. Tous fixaient Mortensen avec épouvante, à commencer par Ciaran qui avait perdu toute sa fierté et s'était agenouillé près de sa sœur.
-Vous l'avez tuée… murmura Lily. Vous avez tué votre propre sœur…
Ciaran ne répondit pas et prit la main de Mortensen. Visiblement, il la serrait de toutes ses forces.
-Madison… sanglota-t-il. Madison, s'il te plait, dis quelque chose…
-Vous l'avez tuée, dit James, elle risque d'être silencieuse…
-Vous êtes un malade, cracha Sirius, le regard aspiré par cette femme qu'il avait trouvée si belle tout au long de l'année et qui était désormais décédée.
-Pourquoi est-ce que vous avez fait ça ? demanda James. Pourquoi ?
-Vous devriez rentrez au château et vous faire soigner, conseilla Remus.
-Ou plutôt rester ici et crever à votre tour, espèce de… s'emporta Nikita, mais James lui fit signe de se calmer.
-Vous allez vous calmer et tout nous expliquer, ordonna-t-il à Ciaran.
-Non… gémit l'homme. Madison… Réveille-toi… Qu'est-ce que j'ai fait…
Peter observait la scène sans rien pouvoir dire. Voilà que le fou se mettait à regretter ses gestes…
On ne regrette jamais totalement d'être passé de l'autre côté, Petit Gros… Le vieux Ciaran, lui, le regrette, car il ne sait rien de ce qu'est réellement le côté du Seigneur des Ténèbres… Tu sembles avoir compris ce qu'il y a à comprendre. Tu n'as aucun avenir du côté de Dumbledore.
-Quoi ? s'exclama Peter.
Tous les regards se tournèrent vers lui, interloqués.
-Quoi, quoi ? questionna Sirius.
-Je croyais que vous aviez dit quelque chose… bredouilla Peter. Enfin c'est pas grave…
Mais au fond de lui, son cœur lui disait le contraire. Bien sûr que si, c'était grave. Il entendait une voix qui lui parlait du Seigneur des Ténèbres… Perdait-il la raison ?
Non, tu ne perds pas la boule… Au contraire, tu ouvres les yeux sur une chose très importante ! Il n'y a pas d'avenir du côté de Dumbledore ! Si tu veux agir, il va falloir rejoindre le côté obscur…
Peter était certain de connaître cette voix. Et pourtant il ne parvenait pas à la reconnaître.
On en reparle le dernier jour de l'année, à la lisière de la forêt. Ne me déçois pas… Tu verras tout en beaucoup plus clair, je te le promets…
Puis la voix disparut, et ce fut seulement à ce moment-là que Peter comprit : on lui parlait dans sa tête. Ce n'était aucun de ses amis qui lui parlait, non !
-Professeur Ciaran, expliquez-nous toute l'histoire, s'il vous plait… insista James. Il faut que nous sachions…
-Que vous sachiez quoi ? s'énerva Ciaran. Madison était ma sœur. Mon vrai nom est Chuck Mortensen. Je l'ai tuée, un point c'est tout.
-Savoir pourquoi est-ce que vous en êtes arrivé là ! répondit Gwenog avec lassitude. Tuer votre propre sœur ! Qu'est-ce qui vous a poussé à le faire ?
-Le pouvoir ! Le pouvoir, pardi ! Quoi d'autre que le pouvoir peut-il pousser à faire de telles choses ? sanglota Ciaran.
Des larmes coulaient sur ses joues, mais avec ses plaies, il était difficile de savoir ce qui y était le plus abandonnant entre l'eau et le sang.
-On était les descendants de Rosaline Gryffondor. La sœur aînée de Godric Gryffondor, expliqua Ciaran. J'ai estimé que le pouvoir devait nous être restitué. Et j'ai tout fait pour ça. J'ai monté un plan, un stupide plan. J'ai fait semblant de m'associer à Rush, qui a eu vent de cette histoire de dague, de sphère et de socle, et de tout ça. Pour le moment c'est simple, mais après tout se complique. Je pensais que Rogue et Black numéro deux étaient eux aussi au service de Rush, alors j'ai cru que je pourrais me servir d'eux. Rush a demandé à Rogue de faire de la petite Bones une inferi, et ce dès les vacances de Noël. Très pratique, la forêt de chez toi, Potter. Surtout la partie qui n'est pas protégée par le sortilège de Fidelitas, ni par le charme anti-transplanage. C'est ce qu'il a fait. La petite était à ses ordres. Alors Rush lui a ordonné de faire en sorte qu'elle vole ta dague, Potter. Elle l'a fait pendant le bal de Noël, quand tu dansais avec elle. Ca, c'était le rôle de Rogue. Black, lui devait s'occuper des moldus. Rogue l'a aidé pour ça, qui était déjà prévu depuis longtemps. Halloween et le bal de début d'année dans les cachots, avec ce vieux morse de Slughorn. Et moi, selon Rush, je devais les diriger et m'occuper de cacher la Sphère loin dans les profondeurs de l'école. C'était la version de Rush, avec au bout un magnifique chantage lui permettant de revenir au pouvoir. Mais comme je l'ai dit, moi je n'étais pas pour Rush, même si je ne pensais pas non plus que deux adolescents puissent être au service de Vous-Savez-Qui. Alors quand j'ai monté mon plan, j'étais loin d'imaginer qu'il parviendrait jusqu'aux oreilles du mage noir.
-Quel était votre plan ? questionna James.
-Rush et Vous-Savez-Qui veulent la même chose que moi : le pouvoir. Tous deux voulaient faire le même chantage. Rush, muni de la Sphère et de moi, son soi-disant serviteur, pouvait promettre qu'il cesserait la destruction de Poudlard si on lui rendait le pouvoir. Néanmoins, il savait qu'il se ferait un grand ennemi, en faisant cela. Alors il a préparé du Polynectar, et un de ses plus fidèles serviteurs a pris son apparence. Mais ce serviteur s'est fait voler la Sphère. Ou plutôt, il s'est fait assassiner par le Seigneur des Ténèbres en personne, qui a récupéré la Sphère sans savoir où se cachait le Socle. Rush était fou de rage, naturellement. Il savait où se cachait le socle, mais il n'avait plus la Sphère. Tout comme le Seigneur des Ténèbres avait la Sphère, mais ne savait pas où était le socle. Mon plan démarrait bien : Vous-Savez-Qui et Rush se haïssaient. Je n'attendais qu'une chose : que l'un tue l'autre. Ensuite, le survivant se ferait tuer par Dumbledore, qui lui-même, refusant de quitter son école chérie, se ferait ensevelir sous les tonnes de pierres. Ainsi, il n'y aurait plus comme obstacle au pouvoir que Freeman, ce stupide ministre. Je l'aurais tué de mes mains. Mais voilà, Rogue et Black n'étaient pas du côté de Rush, et ils ont dû m'espionner quand j'en parlais à Madison… Ils ont su où j'avais mis le socle, et ont tout répété à leur Maître. Celui-ci, en comprenant que je complotais contre lui, a demandé à Black de me tuer. D'où ces blessures…
-Mon frère n'aurait jamais pu vous faire ça ! s'exclama Sirius.
-Ton frère non, mais Rogue, si ! rétorqua Ciaran.
Il semblait ne plus avoir de force pour parler.
-Attendez, si je comprends bien, vous vouliez que Voldemort, Rush et Dumbledore s'entretuent ? lança James. Mais c'est stupide !
-Je le sais ! Mais ma sœur est morte, parce qu'elle l'avait compris avant moi… Elle avait promis de me dénoncer si j'allais jusqu'au bout de mon idée…
-Et votre club ? dit soudain Remus. Pourquoi avoir bourré d'horreurs la tête de tous ces élèves ?
-Ah…
Ciaran eut un petit rire à peine audible.
-Il n'y a pas de chantage qui tienne si les élèves sont en sécurité… répondit-il. J'ai formé ce groupe afin de faire d'eux des pions qui empêcheraient les autres élèves de se réfugier là où les professeurs les emmèneraient.
-Donc si je comprends bien, récapitula Lily, vous pensiez que Rogue et Regulus Black étaient du côté de Rush, alors qu'ils sont de celui du Vous-Savez-Qui, Rush pensait que vous étiez de son côté, et Vous-Savez-Qui le pensait aussi… Mais en fin de compte, vous n'êtes du côté que de vous-même ?
-C'est exactement cela, jeune fille. Mais j'ai tout perdu… A moins que…
Il releva la tête, soudain animé par une force venue d'on ne savait où, et ses yeux fixèrent James comme s'il était pris de folie.
-A moins que tu ne me rendes un petit service, Potter…
D'un bond, il se releva et s'approcha du jeune homme, qui lui recula, peu rassuré.
-Quoi ? s'exclama James d'une voix changée par la crainte.
Ciaran tendit la main vers lui, avec sur les lèvres le même sourire dément que lorsqu'ils s'étaient croisés au château.
-Ne le touchez pas ! ordonna Sirius en prenant James près de lui pour l'éloigner de l'homme. Je vous jure que si vous le touchez je vous achève !
-Ah vraiment ?
Ciaran ricana.
-Très bien, je ne le touche pas. Mais…
D'un geste rapide, il récupéra sa baguette magique et empoigna le bras de Lily qui poussa un petit cri aigu. Mais menacée par la pointe de l'arme, elle ne put rien faire, et se laissa entraîner un peu plus loin.
Peter retint son souffle, pris de nausée par la tournure que prenaient les évènements. C'en était trop pour lui. Il ne voulait plus lutter pour le Bien. Les acteurs souffraient trop…
-Alors dis-moi, Potter, j'ai un marché à te proposer. Je laisse ta copine en vie si tu acceptes de me suivre. Qu'en dis-tu ?
-Pardon ?
Lily, les yeux exorbités par la peur, le supplia du regard de ne pas accepter, même si elle n'osa pas ouvrir la bouche. Maintenue fermement contre Ciaran, ses propres vêtements commençaient à se tâcher de sang alors que déjà, les premiers rayons de soleil apparaissaient à l'horizon.
-Vous êtes répugnant, cracha Sirius.
-Chacun fait ce qu'il peut pour s'en sortir, Black… dit seulement Ciaran. Alors, Potter, tu me suis, ou elle me suit ?
James semblait incapable de parler. Peter se dit qu'à sa place, il aurait sûrement pris ses jambes à son cou.
-Vous n'avez pas le droit de la prendre en otage, murmura James.
-Dans la jungle, on a tous les droits, Potter. Je sais que tu l'aimes sincèrement. Tu ne voudrais pas avoir sa mort sur la conscience, tout de même ?
A nouveau, Lily le supplia du regard de ne pas céder.
-Qu'est-ce que vous attendez de moi ? demanda cependant James, impuissant.
-J'en connais un qui sera ravi de retrouver le frère jumeau du petit garçon qu'il a fait tuer il y a treize ou quatorze années, répondit Ciaran, un sourire machiavélique aux lèvres. Et qui sera tout aussi ravi de pouvoir tuer le deuxième et dernier fils de Williams Potter, qui lui a causé tant de souci…
Peter vit James tourner les yeux vers Lily, puis vers Ciaran, puis à nouveau vers Lily. Celle-ci remua doucement la tête pour lui indiquer de refuser, mais en sentant le mouvement, Ciaran enfonça sa baguette dans sa gorge et lui arracha un gémissement de douleur.
-Qu'en dis-tu, Potter ?
oOoOoOo
C'est de très bonne humeur que je vous mets ce chapitre qui m'a pourtant posé tant de problèmes. Il faut croire que c'est l'effet Pirates des Caraïbes, puisque je reviens tout juste du cinéma (pour ceux que ça intéresse). Voilà de quoi me donner le sourire pour toute la journée, et me mettre dans de bonnes conditions pour entamer un nouveau chapitre d'écriture.
A ce sujet, bonne ou mauvaise nouvelle, à chacun de juger: ce que je comptais mettre dans le chapitre 23 était si long que j'ai décidé de faire en fin de compte 24 chapitres. Il se peut que le chapitre 24 soit un peu plus court que les autres, mais le 23 fait déjà largement assez de pages comme ça. En résumé, au lieu d'un seul chapitre de cloture, il y en aura deux.
Le petit extrait de la dernière fois a semblé vous plaire. Je pense continuer à mettre à la fin de chaque chapitre un petit passage du suivant, pour me pardonner de mes retards et de mes mises à jours assez irrégulières de ces derniers temps.
oOo
-Mort. Mon père l'a tué.
-Ah… Décidément, il est temps que cette histoire se termine…
-Seulement, elle ne se terminera pas tant que nous n'aurons pas récupéré le socle, et retrouvé la Sphère…
-Tu avais l'air de dire que Regulus Black changeait de camp… Il ne pourrait pas nous dire où se trouve le socle ?
-Si. Mais pour cela il faudrait que je le retrouve, et je n'ai pas l'intention de te laisser seule ici.
-Je peux marcher, assura Lily.
-Tu as dit que tu étais encore un peu sonnée…
-Pas assez pour laisser mon pays à la dérive. Et je crois que de nous deux, le plus sonné, c'est toi…
James fronça les sourcils.
-Pourquoi est-ce que tu dis ça ?
oOo
Voilà... La semaine prochaine, le chapitre 22, La course contre le mal.Toujours la même incertitude en ce qui concerne les dates, puisque ces vacances-ci sont un peu improvisées.Pour les motivés, il y a ma bio, dans laquelle je dis quand je pars, quand je poste et comment avancent mes chapitres. Je crois que c'est la meilleure façon d'avoir une petite idée de quand je posterai.
Sur ce, je vous souhaite une très bonne lecture à tous, et de bonnes vacances si jamais vous comptez repartir quelque part...
