Après un dernier baiser, les deux jeunes femmes se séparèrent pour rejoindre leur service. Arizona profita du temps libre que lui offrait son premier jour de travail pour enquêter sur son chef auprès du personnel de Pédiatrie et se rendit compte qu'Alex n'avait pas exagéré son jugement. Son incompétence, son manque d'investissement et d'humanité avec les patients figuraient en tête des reproches. Un aide-soignant plaisanta même en affirmant qu'à ses côtés, Arizona passerait pour une femme avenante. Cette dernière lui répliqua qu'il avait de la chance de ne plus avoir face à lui celle qu'elle était il y a quatre ans. Il admit qu'il y avait eu un changement que tous avaient remarqué et qu'il était nettement plus agréable de travailler avec elle à présent. Après son investigation, Arizona accompagna Jo pour les visites du soir. Après ce qu'elle avait appris, il lui semblait important de redonner de l'humanité à ce service en privilégiant le contact humain et en replaçant le patient au centre des préoccupations. Les parents qui étaient présents apprécièrent ce changement. Leurs inquiétudes étaient enfin entendues et la plupart des questions qu'ils se posaient obtenaient enfin des réponses. Arizona leur assura que désormais, ce service fonctionnerait ainsi. Jo admira l'audace de sa titulaire mais lui rappela qu'elle avait un supérieur qui risquait de ne pas apprécier ses initiatives.
- Vous n'avez pas peur que le Docteur Barnett vous reproche d'avoir agi dans son dos ?
- S'il a un problème avec cette manière de faire, qu'il sorte de son bureau et vienne me le dire, je serais ravie de lui dire ce que je pense de la manière dont il gère son service. C'est devenu une véritable usine. Les parents et les enfants sont stressés, le personnel est débordé et lui attend paisiblement son chèque dans son fauteuil. Je n'imagine même pas l'état de la néonat, déplora Arizona en rangeant la tablette tactile à sa place.
Jo eut un sourire admiratif.
- Le Docteur Karev avait raison, il n'y a que vous qui puissiez occuper le poste du Docteur Barnett.
Arizona fut touchée par le compliment de son ancien élève. Il avait toujours existé entre eux un respect et une admiration mutuels mais ils se les étaient rarement témoignés par des mots. Si elle n'avait eu aucun problème à le féliciter quand il le méritait, jamais elle ne lui avait avoué qu'il était le meilleur de ses élèves et encore moins qu'il avait été une des rares personnes qu'elle avait appréciées. Leur relation avait toujours été pudique et guidée par leur fierté. Alors qu'elle se rendait aux vestiaires, elle envoya un message à Callie pour la prévenir qu'elle avait fini sa journée. Elle terminait de se changer lorsque Lauren fit son entrée. La jeune femme s'arrêta, embarrassée de se retrouver face à Arizona après son altercation avec Callie dont elle avait certainement eu vent. Fidèle à sa promesse, Arizona ne lui adressa aucun reproche mais ne se gêna pas pour lui faire comprendre d'un regard glacial qu'elle n'avait pas toléré son comportement.
- Arizona… Je suis sincèrement désolée pour ce que j'ai dit à Callie. Je sais que j'ai dépassé les limites et je le regrette.
Lauren venait de lui donner l'opportunité de régler ses comptes sans qu'elle ne brise sa promesse et Arizona ne manqua pas cette occasion de libérer la colère qu'elle contenait depuis sa conversation avec Callie.
- Je n'ai pas envie d'entendre tes excuses Lauren, tu n'en as aucune. Si je t'ai parlé de mon fils, c'était pour être honnête avec toi, pour que tu comprennes ma décision, pas pour que tu te serves de cette histoire pour blesser Callie !
- Je sais que j'ai eu tort…
- Je ne veux plus que tu m'adresses la parole, la coupa-t-elle sèchement. Que tu sois en colère contre moi, je le comprends mais je te pardonnerai jamais de t'en être prise à Callie. En faisant ça, tu as perdu toute l'estime que j'avais pour toi et je ne veux plus jamais avoir à faire à toi.
Insensible au regard larmoyant de Lauren, Arizona attrapa sa veste et quitta le vestiaire sans se retourner. Après avoir récupéré ses bagages dans la salle des titulaires, elle se rendit dans le service d'orthopédie et attendit que Callie ait terminé sa conversation avec son interne pour s'approcher d'elle en souriant.
- C'est bon, je suis toute à toi !, lui annonça Callie d'un sourire avant de lui voler un baiser. Ta fin de journée s'est bien passée ?
Elle la soulagea d'un sac et la dirigea vers son bureau.
- Je viens de parler avec Lauren. Je sais que tu ne voulais pas mais c'est elle qui est venue me présenter ses excuses pour ce qu'elle t'avait dit, s'empressa de se justifier Arizona face au regard réprobateur de Callie. Je lui ai dit qu'elle n'en avait aucune et que je ne voulais plus jamais avoir à faire à elle. Je ne pouvais pas me taire Callie…
Un sourire affectueux se dessina sur les lèvres de cette dernière. Même si elle ne l'admettrait jamais, elle était flattée qu'Arizona prenne ainsi sa défense face à Lauren.
- Faudra que tu te fasses pardonner…, la prévint-elle avec amusement en lui ouvrant la porte de son bureau.
Tandis que Callie se changeait, Arizona s'installa sur le canapé et son regard fut inévitablement attiré par le corps qui se dévoilait sous ses yeux. Elle avait déjà eu l'occasion de l'apercevoir à plusieurs reprises au cours du week-end mais il exerçait toujours la même fascination sur elle. Callie surprit le regard captivé d'Arizona alors qu'elle retirait son pantalon et ne résista pas au plaisir de la confronter à son désir.
- Tu aimes ce que tu vois ?
Elle lui lança le vêtement puis mit son jean. Arizona le rattrapa et lui sourit.
- Je ne vais pas te mentir, tu sais que j'aime ton corps.
Callie termina de se rhabiller et vint déposer un baiser sur ses lèvres.
- Dommage qu'il faille y aller étape par étape, j'appréciais beaucoup quand on se retrouvait dans ton bureau autrefois…, lui chuchota-t-elle au creux de l'oreille d'une voix suave.
Flash-back
Aveuglée par les mains de sa petite amie, Callie se laissait guider par Arizona à travers les couloirs de l'hôpital John Hopkins sans avoir le moindre indice sur leur destination. La jeune femme ne lui avait donné qu'une seule consigne : fermer les yeux. Callie lui avait obéi non sans chercher à connaître la raison de son excitation mais Arizona avait refusé de lui livrer la moindre information. Cette dernière les arrêta soudainement devant une porte.
- T'es prête ?, lui demanda-t-elle avant de lui rendre la vue en levant ses mains. Tadam !
Callie ouvrit les yeux et lut l'inscription gravée sur la plaque qui ornait la porte : Arizona Robbins, Chef des Résidents.
- Tu as ton propre bureau ?
- Oui et tu es la première à le découvrir, lui répondit sa petite amie en prenant sa main pour la mener à l'intérieur. J'ai pas encore eu le temps de m'installer, je comptais sur toi pour m'aider à déballer mes affaires.
Callie explora la pièce du regard puis, un sourire aux lèvres, s'approcha de sa petite amie qui ouvrait un de ses cartons. Elle la retourna vers elle et posa ses mains sur ses bras.
- Je suis tellement fière de toi. Un peu jalouse, je l'admets, j'ai quand même perdu le poste mais tellement fière que ça soit toi qui l'aies eu.
Elle l'embrassa tendrement et Arizona glissa ses bras autour de son cou.
- C'est parce que j'étais en compétition contre toi que je me suis surpassée alors tu pourrais être mon assistante. Tu serais… Vice-chef des résidents ?
- Ca existe ça ? , lui demanda Callie en riant légèrement.
- J'en sais rien mais à partir de maintenant, oui, ça existe officieusement. Je veux tout partager avec toi.
Callie lui sourit tendrement avant de l'embrasser de nouveau.
- Je pense qu'on devrait inaugurer ce bureau…
- T'es sérieuse ? Tu veux vraiment faire l'amour ici ?
Callie hocha la tête en souriant et joignit ses lèvres aux siennes. Arizona ne lui opposa aucune résistance, la chaleur exquise qui commençait déjà à envahir son corps l'avait conquise. Elles se retirèrent mutuellement leur blouse puis Callie porta sa petite-amie jusqu'au bureau où elle l'assit sur le rebord. Le temps leur manquait alors elle n'en perdit pas et enleva le haut d'Arizona. Ses mains coururent le long de son dos alors qu'elle déposait une série de baisers ardents dans son cou puis sur son décolleté. Arizona en soupira de plaisir mais un détail lui parut suffisamment important pour qu'elle y pense dans un tel moment.
- Callie, on n'a pas verrouillé la porte.
- C'est ça qui est excitant.
Sa main se referma sur la nuque de Callie alors que celle-ci accentuait ses baisers sur son corps. Arizona oscilla entre stress et excitation. Ce n'était pas la première fois qu'elles s'apprêtaient à faire l'amour dans l'hôpital, comme d'autres, elles étaient des adeptes de cette pratique, mais cette fois-ci, Arizona avait des responsabilités qu'elle entendait bien honorer et qui l'empêchaient de profiter pleinement du moment. Le chef lui avait accordé sa confiance et il n'était pas question qu'elle se fasse surprendre en plein acte par un de ses collègues qui viendrait la solliciter.
- Détends toi, personne ne viendra te chercher…, la rassura Callie qui avait deviné le fond de sa pensée.
- Je te rappelle que je suis chef des résidents, commença-t-elle à argumenter avant que Callie coupe court au monologue qui s'annonçait d'un baiser.
- Justement, tu as bien trop de pression sur toi et moi je veille à ce que tu l'évacues.
Arizona bascula légèrement en arrière et se retint au bureau alors que les lèvres de sa petite amie embrasaient à présent son ventre. Callie se débarrassa des derniers vêtements qui la séparaient de son intimité puis s'installa dans son fauteuil en en ajustant la hauteur. Elle effleura ses chevilles du bout de ses doigts en ne la quittant pas des yeux et remonta ainsi doucement jusqu'à ses cuisses dont elle massa l'intérieur de ses pouces.
- Tu voudrais vraiment que je m'arrête là ?
Le souffle court, Arizona envisagea durant une seconde d'être professionnelle mais la langue chaude de Callie lui fit cependant revoir ses priorités et elle céda à l'appel du plaisir.
Fin flash-back
A leur arrivée à la garderie, Callie remit un formulaire à une des surveillantes et en révéla le contenu à Arizona.
- Je viens de t'autoriser officiellement à venir chercher Sofia sans que je sois avec toi, comme ça si un soir tu finis avant moi et que tu souhaites passer du temps seule avec elle, tu pourras.
- Crois moi, je n'y manquerai pas, déclara Arizona d'un sourire touché.
Quand elle aperçut sa mère, Sofia quitta son cheval à bascule et vint l'accueillir d'un câlin. Callie la souleva dans ses bras pour l'embrasser puis la tourna vers Arizona.
- Tu as vu qui est venue te chercher avec Mama ?
Ses petits doigts devant sa bouche, Sofia regarda la jeune femme avec timidité.
- Zona, répondit-elle en souriant.
- T'es contente de la revoir ?
Sofia hocha la tête puis toujours aussi souriante, réfugia son visage dans le cou de sa mère. Elle jeta ensuite un coup d'oeil discret en direction d'Arizona puis se cacha de nouveau en riant légèrement. Un sourire se dessina inconsciemment sur les lèvres de la jeune femme alors qu'elle ne la quittait pas des yeux. A chaque fois qu'elle était en sa présence, Sofia éveillait en elle une tendresse singulière qui avait le don de lui offrir une plénitude qu'elle n'avait encore jamais expérimentée avant de rencontrer la petite fille. Heureux témoin de cet effet qu'elle connaissait bien, Callie remit sa fille à sa compagne et alla récupérer ses affaires dans son casier. Ce court laps de temps suffit à faire disparaître la timidité inhabituelle de Sofia.
- Tu vas veni à ma maison ?
- Oui, je vais venir habiter quelques temps chez toi. Tu es d'accord ?
- Oui, lui répondit-elle en jouant avec son collier, et tu pouyas fai dodo avè Mama pasque moi mon lit y est tyo petit et Mama c'est ton amouyeuse ayors tu peux dodo avec elle.
Arizona fut impressionnée par cette analyse et soupçonna presque Callie de lui avoir soufflé cet argument qu'elle pouvait difficilement contrer.
- Tu viens mettre ta veste mon coeur ?, demanda cette dernière en lui présentant le vêtement.
Arizona déposa Sofia au sol et laissa sa mère l'habiller.
- Ta fille vient de me dire que je pouvais dormir dans ton lit parce que j'étais ton amoureuse…, lui révéla-t-elle d'un ton suspicieux.
Callie redressa la tête en souriant.
- Elle a dit ça ?
- Elle n'a pas pu trouver ça toute seule…
- Je t'assure que si ! Hier après nous avoir vues nous embrasser, elle m'a simplement demandé si tu étais mon amoureuse alors je lui ai dit oui sinon comment voulais-tu que je lui explique qu'on se soit embrassées sur la bouche ? A mon avis, elle a fait le rapprochement avec Sonia. Elle était mon amoureuse et dormait dans mon lit alors elle s'est dit que c'était ce que faisaient tous les amoureux. Elle est plutôt intelligente !, conclut-elle en regardant sa fille avec fierté.
- Je persiste à penser qu'il vaut mieux qu'on dorme séparément.
- Je n'ai pas dit mon dernier mot…, lui répondit Callie d'un ton des plus charmeurs avant de prendre la main de sa fille.
Arizona posa sa valise dans la chambre et détailla la pièce du regard. Revenir dans cet appartement où sa relation s'était progressivement dégradée jusqu'à prendre fin était une véritable épreuve mentale qu'elle aurait préféré ne pas avoir à subir mais fuir n'était désormais plus une option pour elle si elle souhaitait réellement offrir une seconde chance à son couple. Alors qu'elle rangeait ses affaires, son regard bifurqua sur l'étagère de la penderie. Elle attrapa la peluche qui y était posée au fond et la fixa longuement en songeant au jour où Callie et elle l'avaient achetée.
Flash-Back
Le soleil offrait ses premiers rayons. Devant sa glace, Arizona s'activait pour trouver une tenue dans laquelle elle rentrait encore. Son ventre s'arrondissait, ses formes devenaient généreuses et ses vêtements trop serrés. Il fallait vraiment qu'elle songe à renouveler sa garde-robe. Elle avait enfin trouvé la tenue parfaite lorsqu'une sensation étrange au creux de son ventre l'interpella. Ce n'était pas la première fois qu'elle la ressentait. Elle s'était déjà manifestée alors qu'elle expliquait une procédure opératoire aux parents de l'un de ses patients, alors qu'elle partageait un déjeuner avec ses collègues ou encore alors qu'elle tenait le scalpel dans sa main. Jusqu'ici, elle n'y avait pas prêté plus d'attention, trop occupée dans son travail et l'ayant associée à de multiples origines liées à sa grossesse. Il y en avait pourtant une à laquelle elle n'avait pas pensé mais qui lui semblait pourtant évidente à présent. Comment n'avait-elle pas pu faire le lien elle qui était médecin ?
- Callie ! cria-t-elle subitement.
Dans le salon, la jeune femme sursauta sur son tabouret et en lâcha presque sa tasse de café qu'elle posa à la hâte sur le comptoir avant de grimper en quelques secondes l'escalier du duplex.
- Arizona ?
- Je suis dans la chambre !
Callie débarqua dans la pièce l'air inquiet.
- Quelque chose ne va pas ?
- Au contraire, la rassura Arizona d'un sourire qui reflétait sa joie. Je crois que je sens le bébé bouger.
Les mouvements étaient légers, presque imperceptibles. De petites bulles légères, de légers chatouillis, il fallait vraiment qu'elle soit à l'écoute de son corps pour comprendre que ces effleurements résultaient de l'activité de son enfant.
- Ca fait plusieurs jours que je ressens comme des petites vagues mais je n'avais pas fait le rapprochement.
Callie fut excitée par la nouvelle et se rapprocha de sa compagne pour poser la main sur son ventre.
- Ca me paraît encore si irréel. J'ai beau voir ton ventre s'arrondir, je ne réalise pas que dans quelques mois on va être mères. Tu ne voudrais pas passer une échographie aujourd'hui ?
- Pourquoi ? s'étonna Arizona, ma prochaine échographie n'est prévue que le mois prochain.
- Toi, tu as ton corps qui change et tu as la chance de le sentir maintenant mais moi, je n'ai que les échographies et mon imagination pour m'aider à réaliser que ce bébé est bien là. On a les moyens de s'offrir plusieurs échographies et ta gynécologue est une de nos collègues alors autant en profiter. En plus on pourrait connaître le sexe !
- Je croyais que tu voulais garder la surprise, lui rappela Arizona avec amusement.
- J'ai changé d'avis.
Callie attrapa l'échographie qui était posée sur la commode et la plaça sous le nez de sa compagne.
- S'il te plaît… Tu ne veux vraiment pas revoir cette petite bouille aujourd'hui ? Il doit tellement avoir grandi depuis… En plus il doit savoir serrer son petit poing maintenant, sucer son pouce… Tu ne veux vraiment pas voir cela ?
Arizona rit légèrement en levant les yeux au ciel et ne résista pas bien longtemps à sa supplique. Si les rôles avaient été inversés, elle aussi aurait voulu avoir un contact régulier avec le bébé.
- Ok, je passe une échographie aujourd'hui.
Callie poussa un cri de victoire et embrassa Arizona sur la joue pour la remercier. Elles avaient dû insister auprès du Docteur Davis mais celle-ci avait finalement accepté de les recevoir entre deux rendez-vous. Leurs mains entrelacées, elles avaient découvert, à leur grande surprise, qu'elles attendaient un garçon alors que toutes deux avaient parié sur une fille. En quittant le cabinet, elles avaient appelé leurs parents qui avaient également fait leurs pronostics puis étaient allées fêter la nouvelle dans un restaurant du quartier. Sur le chemin du retour, elles s'étaient arrêtées devant la vitrine d'un magasin de puériculture et avaient repéré un lapin en peluche qui ressemblait étrangement à celui qu'elles avaient perdu lors d'un séjour chez la tante de Callie lorsqu'elles étaient jeunes. Un tour dans la boutique avait suffi à les convaincre : ce doudou serait celui de leur fils.
Fin flash-back
Le doudou n'avait jamais connu son propriétaire. Deux semaines plus tard, elles perdaient leur enfant. Arizona serra la peluche contre elle et tourna la tête en entendant des pas derrière elle.
- Je ne pensais pas que tu l'aurais gardée…
- Pour tout te dire, j'avais oublié qu'on l'avait gardée jusqu'au jour où j'ai trouvé Sofia en train de jouer avec… , lui révéla-t-elle en se reprochant intérieurement de l'avoir laissée en évidence. Je ne lui ai jamais autant hurlé dessus que cette fois-là…
- Tu penses vraiment qu'on arrivera à faire le deuil de notre fils un jour ?, lui demanda-t-elle, doutant d'y parvenir. Je repense à toutes ces familles à qui j'ai annoncé que je n'avais pas pu sauver leur enfant et je me demande maintenant comment elles ont pu continuer à vivre après ça… C'est tellement injuste… Un enfant ne devrait jamais partir avant ses parents.
- Oui, c'est un deuil qu'on ne s'attend pas à vivre parce qu'il n'est pas dans la logique des choses. Toi et moi, on ne sera plus jamais les mêmes après ce qu'on a vécu. On gardera toujours cette blessure en nous mais malgré tout, je pense qu'il est encore possible qu'on soit heureuses. On ne l'oubliera jamais, c'est certain et il y a certainement des moments où on continuera de le pleurer mais il faut qu'on parvienne à accepter ce qu'il s'est passé même si c'est terriblement injuste. On ne peut pas continuer à vivre ainsi… On ne verra jamais grandir notre fils, c'est ainsi, mais on a eu la chance de vivre presque cinq mois de bonheur avec lui et c'est à ces moments là qu'il faut qu'on pense quand on pense à lui, pas à l'accident…
Arizona lui offrit un sourire teinté de tristesse.
- Parfois je me sens tellement égoïste, on n'a même pas connu notre fils. D'autres parents ont dû enterrer des enfants auprès desquels ils ont vécu…
- Arizona !, l'interrompit Callie en posant ses mains sur ses épaules, tu l'as porté dans ton ventre pendant près de cinq mois. Notre fils faisait entièrement partie de ta vie, tout comme de la mienne… Tu as le droit de le pleurer autant que n'importe quel parent.
Arizona hocha la tête alors que l'émotion la submergeait. Callie ne manqua pas les quelques larmes qui s'échappèrent de ses yeux et la prit dans ses bras. Ce geste libéra toute la peine que la jeune femme contenait depuis qu'elle avait franchi la porte de l'appartement et elle éclata en sanglots. Sa compagne resserra son étreinte autour d'elle. Ces larmes la soulageaient presque. Pour elle, elles étaient le signe qu'Arizona ne refaisait pas les mêmes erreurs que par le passé. Elle acceptait enfin de faire face à ses émotions mais surtout, elle ne les lui cachait plus en se réfugiant dans un mutisme inquiétant, elle les lui livrait et acceptait enfin son aide. Elle caressa sa joue et essuya ses larmes du pouce lorsque la jeune femme redressa la tête.
- Je suis désolée, quand je t'ai proposé d'emménager, je n'ai pas pensé à la douleur que ça pourrait te causer de revenir ici.
- Non, c'est bien que je sois revenue. Ce qu'il s'est passé ici est aussi important que l'accident. Il faut qu'on en parle toutes les deux.
- Ce soir ?, s'étonna sa compagne qui n'avait pas vraiment envie d'évoquer ce sujet à cet instant.
- Non, la rassura Arizona en riant doucement. Je crois qu'on a vécu assez d'émotions toutes les deux pour aujourd'hui.
Elle reposa la peluche sur l'étagère.
- Ca te dit de commander japonais ?
- Oui, c'est une bonne idée, accepta Callie en souriant.
Pendant que Callie couchait sa fille, Arizona s'occupa du repas qui avait été livré. Elle plaça les sushis et les makis sur une assiette en ardoise pour en améliorer la présentation puis la posa sur la table basse du salon avec les baguettes et leurs deux bières. Elle emprunta ensuite l'ordinateur de sa compagne et rechercha sur Internet l'adresse d'une psychologue. Après avoir étudié plusieurs profils, elle nota le numéro de l'une d'elle dans son agenda.
- Qu'est-ce que tu fais ?, lui demanda Callie en s'asseyant au sol à ses côtés.
- J'ai trouvé l'adresse d'une psychologue. J'appellerai son cabinet demain pour prendre rendez-vous, lui expliqua-t-elle en rangeant son agenda.
Callie lui sourit tendrement avec une certaine fierté.
- Si jamais tu as besoin que je t'accompagne, n'hésite pas à me le dire.
- C'est promis.
Arizona l'embrassa légèrement sur les lèvres puis éteignit l'ordinateur. Elle se mit à genoux et attrapa un sushi entre ses doigts.
- Maintenant goûte moi ça ! Je n'ai pas résisté et en ai mangé un, ils sont à tomber !
Callie croqua un morceau et gémit.
- Hum, délicieux !, s'exclama-t-elle avant de s'adosser contre le bas du canapé. J'avais oublié à quel point une soirée à la maison pouvait être agréable.
Arizona lui sourit en mangeant le bout restant puis décapsula sa bière.
- Tu n'en faisais pas avec Sonia ?
- Si, ça nous arrivait, lui répondit Callie du bout des lèvres en saisissant sa propre bouteille. Le plus souvent, c'est elle qui venait chez moi à cause de Sofia. J'ai mis longtemps avant de me résoudre à la laisser à une baby-sitter. Encore aujourd'hui, je ne suis pas totalement rassurée quand je suis loin d'elle.
- C'est normal, supposa Arizona d'un doux sourire. Toutes les mères sont protectrices à la naissance avec leur enfant et après ce qu'on a vécu… Ca a forcément créé un lien plus fort entre elle et toi.
- Oui… Je suis consciente que chaque moment passé avec elle est précieux. Après sa naissance, je ressentais sans cesse ce besoin de vérifier sa respiration plusieurs fois par nuit si bien que Mark a fini par m'acheter un de ces lits pour enfant que tu peux accrocher au tien car j'étais crevée. J'avais tellement peur de la perdre subitement…
- Tu as vécu longtemps avec Mark ?
- J'ai habité chez lui durant les deux derniers mois de ma grossesse puis il s'est installé chez moi jusqu'à ce que Sofia ait quatre mois pour m'aider à gérer les nuits mais rassure toi, il dormait sur le canapé. Il ne s'est rien passé entre nous après qu'on ait couché ensemble.
- Tu n'as pas à te justifier, ni à te sentir mal à l'aise quand tu me parles de Mark ou de Sonia. On était séparées, tu n'as rien à te reprocher. Si je te pose des questions, c'est parce que je veux simplement savoir ce que tu as vécu ces dernières années, lui expliqua-t-elle tendrement.
Après le repas, les deux jeunes femmes débarrassèrent la table basse puis Callie apporta une couverture et des oreillers à sa compagne.
- Tu es certaine de vouloir dormir sur le canapé ? Je pourrais au moins te laisser le lit.
Ne t'en fais pas. C'est pas la première fois que je dors sur ce canapé, lui rappela Arizona avec amusement en attrapant la couverture qu'elle avait dénichée dans une boutique du quartier cubain de Miami à l'adolescence.
Durant plusieurs semaines, elle avait cherché un cadeau original à offrir à sa petite amie pour leur dernière Saint-Valentin avant qu'elles n'entrent à l'université. Elles n'allaient plus se voir quotidiennement, il fallait donc que ce présent porte son empreinte et empêche sa petite amie de l'oublier. Le cadeau avait surpris Callie mais il avait parfaitement rempli ses fonctions. Il avait accompagnée ses longues soirées de révisions, lui avait permis de s'endormir tous les soirs en pensant à Arizona et avait vaincu ses coups de blues. Cette couverture était depuis devenue l'objet indispensable à leurs soirées cocooning lorsqu'elles étaient encore en couple. Arizona se prépara un lit de fortune puis sourit à sa compagne.
- Dis moi, tu serais libre demain soir ? J'aimerais t'inviter à dîner…
Un sourire se forma instantanément sur les lèvres de sa compagne. Cette invitation inattendue dépassait toutes ses espérances. Un nouveau pas était franchi.
- Oui, bien sûr. Je demanderai à Meredith de garder Sofia.
- On peut l'emmener avec nous si tu préfères.
- Non, on a besoin de se retrouver toutes les deux. Je sais qu'elle est en sécurité avec Meredith et au pire, je la harcèlerai de textos, elle a l'habitude.
Arizona rit légèrement avant d'aller chercher dans la chambre les affaires dont elle avait besoin pour la nuit. Après un bref passage par la salle de bain, elle souhaita une bonne nuit à sa compagne en l'embrassant. Callie la retint contre elle afin d'empêcher leurs lèvres de se séparer. Son geste ne fut pas rejeté. Au contraire, une main se posa sur son bras et la bouche de sa petite amie accompagna les mouvements de la sienne.
- Si jamais tu changes d'avis cette nuit, n'hésite pas à venir… , murmura-t-elle à Arizona en la regardant dans les yeux.
Sa petite amie hocha la tête. Bien sûr qu'elle aurait préféré dormir à ses côtés mais elle ne voulait commettre aucun faux pas. Elle devait y aller par étapes et avant de partager le même lit que Callie, elle devait affronter les entretiens avec la psychologue. Une nuit de plaisir ne résoudrait pas leurs problèmes, au contraire, elle ne ferait que les noyer une seconde fois. Après un dernier baiser plus court que les autres, elle regagna le salon, un sourire béat aux lèvres. Cette soirée passée ensemble confirmait leurs progrès. Elle se changea puis se dirigea vers l'interrupteur pour éteindre la lampe. Un carnet coincé entre deux livres sur l'étagère attira alors son attention.
Flash-Back
Assise sur le lit, Callie attendait impatiemment qu'Arizona revienne dans leur chambre. Leurs trois premières inséminations artificielles avaient échoué mais cette fois-ci, une lueur d'espoir s'offrait à elle : Arizona avait plusieurs jours de retard. Elles n'avaient cependant pas cédé à l'euphorie et préféré attendre plusieurs jours avant d'effectuer un test. La porte de la salle de bain s'ouvrit, Arizona franchit le couloir et entra dans la chambre.
- On n'aurait pas dû acheter ce test, regretta la jeune femme en s'asseyant aux côtés de sa petite amie, ça arrive d'avoir du retard.
- Tu as toujours été réglée comme une horloge.
- S'il est encore négatif…
- On réessaiera, la coupa Callie en caressant son dos. On aura ce bébé, je te le promets.
Elle prit sa main libre.
- On savait que ça pourrait prendre du temps, il ne faut pas qu'on baisse les bras même si c'est dur.
Les minutes suivantes leur parurent interminables. Leurs yeux restèrent rivés sur ce bout de plastique qui pouvait changer leur vie à tout jamais. Soudainement, le résultat s'afficha et provoqua la stupéfaction des deux jeunes femmes : Arizona était enceinte. Leurs cris de joie se mêlèrent et elles se tombèrent dans les bras. L'insoutenable attente était désormais terminée, leur vie à trois allait commencer.
- On va avoir un bébé ! Je suis tellement heureuse, confia Callie à sa compagne en posant sa main sur sa joue. Je t'aime tellement…
- J'arrive pas à croire qu'on a enfin réussi !
Callie lui offrit son plus beau sourire et posa un intense baiser sur ses lèvres.
- Maintenant je peux t'offrir ton cadeau !, s'exclama-t-elle en se levant.
- Un cadeau ? Mais quel cadeau ?, lui demanda sa compagne, surprise.
La jeune cubaine ouvrit un tiroir de la commode et sortit un paquet cadeau d'une boîte dans laquelle elle l'avait caché puis le tendit à sa compagne.
- Tiens !
- Qu'est-ce que c'est ?
- Ouvre et tu verras bien !, l'enjoignit-elle avec excitation.
Curieuse, Arizona déchira le papier cadeau en souriant.
- Un carnet ?
- Pas n'importe quel carnet, corrigea Callie en se rasseyant près d'elle. Je me suis dit que ça serait bien que notre enfant conserve une trace de ta grossesse alors j'ai pensé qu'on pourrait écrire dans ce carnet tout ce qu'on ressent durant ces neufs mois, y mettre des photos aussi, tout ce qui lui permettrait de comprendre d'où il vient et à quel point il était désiré.
Arizona feuilleta les pages blanches du carnet et sourit.
- C'est une très bonne idée !
Heureuse et soulagée que son initiative plaise, Callie attrapa un stylo et le tendit à sa compagne.
- Vas-y ! A toi l'honneur !
Arizona le saisit en souriant et coucha ses premiers mots sur le papier. Notre bébé, …
Fin Flash-back
Après quelques hésitations, Arizona s'empara du carnet et s'installa sur le canapé pour le parcourir. Les mots à l'adresse de leur fils, tout comme les photos, s'y étaient accumulés jusqu'à la dernière échographie passée. Du moins, c'était ce qu'elle avait cru. A sa grande surprise, une page avait été remplie postérieurement à l'accident.
Mon bébé,
Déjà bientôt cinq mois se sont écoulés depuis que tu nous as quittées. Aujourd'hui aurait dû être le plus beau jour de notre vie, ta maman et moi aurions dû faire ta connaissance et clôturer ce carnet qui t'était destiné mais la vie en a décidé autrement. Nous avons dû te dire adieu et surmonter le pire moment de notre existence. Jamais je n'oublierai ces quelques minutes où j'ai pu te tenir dans mes bras. Même si aux yeux de tous tu n'étais qu'un foetus sans vie, aux nôtres tu restais notre fils et le plus beau des bébés. Depuis ce jour, ta maman et moi ne faisons que survivre… Chaque jour, je repense à ces quelques secondes qui t'ont été fatales et je me demande comment j'aurais pu te sauver. Je sais que je suis responsable de ta mort et que c'est moi qui aurais mérité d'être enterrée ce jour-là, pas toi. Je ne supporte plus de voir ta maman souffrir à cause de moi. J'aimerais tellement pouvoir stopper ses larmes, soulager sa peine mais c'est impossible… Tu as emporté une partie d'elle avec toi et j'ai peur que mon amour pour elle ne soit pas suffisant pour l'aider à surmonter ta perte. J'aimerais venir te rejoindre là-haut pour que tu ne sois plus seul, j'y ai maintes fois pensé tant ma vie est devenue un enfer ici mais ce serait lâche de ma part. Je me dois de veiller sur ta maman et de ne pas l'abandonner comme je t'ai abandonné. Je te promets de rester près d'elle et de l'aider à faire son deuil quoiqu'il m'en coûte.
Je t'aime,
Mama
La page portait encore les traces des larmes versées par sa compagne en écrivant. Celles d'Arizona s'y mêlèrent. Ces mots l'avaient retournée. La souffrance de sa compagne était au-delà de ce qu'elle avait imaginé et l'avait touchée en plein coeur, tout comme l'intensité de l'amour qu'elle lui témoignait ici. Son coeur se serra alors que ses mains tremblaient. Comment pouvait-elle avoir été aussi aveugle et égoïste ? Si Callie avait rejoint leur fils, jamais elle ne se le serait pardonné. Encore bouleversée, la jeune femme referma le carnet et le remit à sa place. Elle éteignit la lampe, s'allongea sur le canapé et fixa le plafond. Elle ne trouverait pas le sommeil ce soir…
