Je profite que mon cheese cake soit dans le four pour vous poster ce 6ème chapitre ! Un chapitre un peu plus triste que les autres on va dire, vous m'en excuserez hein !
Cauchemar
Je plaquai mes deux mains contre ma bouche, horrifiée. Le brouhaha des discussions était à présent revenu dans la Grande Salle, mais il me paraissait lointain, comme si nous avions été dans une bulle insonorisée et dans laquelle le temps s'était arrêté.
- Tu n'as pas osé, articula doucement Val' qui s'était levée à son tour.
- Je suis désolée ! répondis-je d'une voix suraiguë.
- Oh non, dis moi que ce n'est pas vrai ! s'exclama Hugo à l'attention de sa cousine.
- Et si c'était vrai, qu'est-ce que ça pourrait bien te faire à toi ? lui rétorqua Val' avant de tirer Lily par le bras. Viens Lily, allons-nous-en.
Comme une automate, Lily se leva et se laissa entraîner par ma meilleure amie. Elles quittèrent rapidement la Grande Salle, ignorant superbement les regards posés sur elles. Hugo s'était rassis mais semblait toujours aussi choqué. Il regardait dans le vide en secouant lentement la tête de gauche à droite, comme s'il essayait de se convaincre que c'était impossible.
Pour ma part, une fois le premier choc encaissé, je me précipitai à la suite de mes amies. Je les retrouvai deux couloirs plus loin. Lily était en pleurs dans les bras de Valda qui lui frottait doucement le dos. Je m'approchai gauchement, ne sachant trop comment les aborder.
- Lily, je... commençai-je en arrivant à leur hauteur.
- Comment as-tu pu me faire ça ! hurla alors l'intéressée en faisant un pas menaçant vers moi.
Visiblement, Lily avait également surmonté son étourdissement et était maintenant furieuse. Contre moi qui plus est.
- Je suis vraiment, vraiment désolée ! gémis-je. Je veux dire, je ne voulais pas dire ça, je te le jure, c'est... c'est sorti tout seul, sous le coup de la colère !
- SOUS LE COUP DE LA COLERE ? explosa Lily. Tu te fiches de moi j'espère ! Quelle genre d'amie dévoile le plus grand secret de l'autre « sous le coup de la colère » ?
- Je sais, je sais, j'ai merdé, ok ? Je n'aurais jamais dû dire ça, et je m'en veux vraiment, je n'ai pas réfléchi et...
- Dégage ! me coupa-t-elle.
- Lily... avançai-je d'un ton suppliant.
- VAS-T-EN !
Je cherchai du soutien dans les yeux de Val' mais celle-ci resta impassible, se contentant de me scruter de son regard noir. Les larmes aux yeux, je tournai les talons. Après avoir passé le premier couloir qui me séparait de mes amies – si toutefois je pouvais encore les considérer comme telles – je me mis à courir. Mes pas me menèrent à nouveau dans le parc du château, tout comme la fois où je m'étais disputée avec Louis. Mais Holden n'était pas là cette fois ci. J'étais seule. Désespérément seule.
Avisant le grand chêne au pied duquel Holden et moi avions discuté la dernière fois, je m'y recroquevillai et laissai les larmes couler le long de mes joues. Je me sentais si mal, rongée par la culpabilité et la tristesse. Ce n'était pas la première fois que Val' et moi nous disputions, mais cela me mettait toujours dans tous mes états. Alors quand en plus j'étais fautive... J'étais désemparée. Mince, je m'étais pourtant platement et sincèrement excusée ! Que pouvais-je faire d'autre ? Pourquoi ne les avaient-elles pas acceptées ?
Je dus rester assise là une bonne heure avant que la température ne me force à rentrer. Je me relevai donc fébrilement et avançai lentement vers le château, tentant d'oublier la douleur qui vrillaient mes muscles engourdis par le froid. Une fois à l'intérieur, j'allai me réfugier dans les cuisines.
Hors de question de monter dans ma salle commune, je n'avais envie de voir personne et j'avais encore moins besoin de subir les regards curieux des autres Poufsouffle. Je comptais donc me cacher jusqu'au couvre feu, puis remonter et aller directement me coucher.
Lorsque j'entrai dans les cuisines, cinq elfes de maison accoururent vers moi. L'un d'eux commença à me demander ce que je désirais manger, puis ses grands yeux globuleux se posèrent sur mon visage. Il afficha alors une expression étrange puis murmura quelques chose à ses collègues. Ceux-ci se dispersèrent aussitôt.
- Miss Flynn a eu une mauvaise journée, couina l'elfe à mon intention. Miss Flynn doit venir s'asseoir, Mappi sait comment apaiser les tensions intérieures.
Il attrapa doucement ma manche et me guida jusqu'à une très longue table qui prenait toute la longueur de la cuisine. Une très longue table qui avait par ailleurs la hauteur standard... pour un elfe de maison. Je m'assis donc par terre, en tailleur, de façon à ce que la table soit à la bonne hauteur pour moi, puis je fixai mon regard loin devant moi. Une casserole accrochée au mur d'en face me renvoya alors une image peu flatteuse de ma personne. Les cheveux en bataille, les yeux rouges et un crâne bien trop proéminent par rapport à mon cou – bon, certes, cette dernière caractéristique était uniquement due à la forme de la casserole... tout du moins j'osais l'espérer.
Je poussai un soupir à fendre l'âme, lorsque l'elfe dénommé Mappi revint me voir, accompagné de deux autres elfes, tous trois chargés de plateaux garnis. L'un d'eux posa devant moi une tasse de chocolat chaud fumante, puis il s'appliquèrent à disposer une quantité astronomique de mini pâtisseries tout autour.
- Oh, merci beaucoup, mais je n'en demandais pas tant, leur dis-je d'une voix un peu rauque.
- Miss Flynn peut manger tous les gâteaux qu'il lui plaira si cela peut aider son moral à remonter, couina Mappi en m'adressant une grimace que j'identifiai comme étant un sourire.
Puis les trois elfes repartirent vaquer à leurs occupations. Je poussai un nouveau soupir avant de mordre à pleines dents dans une pâtisserie. Elle était réellement excellente. Dommage que les conditions aient été telles que je n'étais pas en mesure de l'apprécier.
Après avoir fini mon chocolat chaud et englouti la moitié des mini pâtisseries, je jetai un regard à ma montre. Le couvre feu était à présent passé depuis une bonne demie-heure. Un regard devant moi me confirma que mes cheveux étaient toujours aussi désordonnés, par contre mes yeux étaient un peu moins rouge. Cela suffirait à faire illusion devant les rares personnes qui pourraient être encore présentes dans ma salle commune. J'essayai de sourire mais ne réussis qu'à étirer ma bouche en une immonde grimace. Tant pis.
Je poussais un long soupir avant de me relever difficilement. Aussitôt, trois elfes accoururent vers moi.
- Je vais vous laisser, merci encore pour tout, c'était délicieux, dis-je avant qu'ils n'aient pu ouvrir la bouche.
Ils hochèrent vivement la tête et me laissèrent partir. Une fois dans les couloirs sombres du château, bien loin de la chaleur des cuisines, mon cœur se mit a accélérer. J'oubliai momentanément mes tracas pour me focaliser sur autre chose : il régnait un noir d'encre dans ces couloirs. Un frisson me parcouru l'échine et je pressai le pas. Au détour d'un couloir, je tombai nez à nez avec deux grands yeux jaunes. Poussant un hurlement déchirant, je fis un pas en arrière et tombai à la renverse après m'être pris les pieds dans un tapis.
Alors que je rampais le plus vite possible à reculons, tentant de m'éloigner de ces deux grands yeux luisants, un son me vint aux oreilles. Un son que je connaissais, un son rassurant : un ronronnement. Aussitôt, mes yeux – à présent habitués à l'obscurité – s'attardèrent sur la silhouette qui se détachait vaguement autour des yeux jaunes. Un chat. Je venais de me faire peur toute seule à cause d'un chat ! Je poussai un soupir de soulagement tandis que mon cœur ralentissait. Le chat dû sentir ce changement d'attitude de ma part car, sans cesser de ronronner, il s'avança vivement vers moi et vint se frotter contre mes jambes.
Je me redressai et avançai ma main pour caresser le félin. C'était une chatte tricolore de petite taille et qui portait sur le dos une... une tache noire... en forme de cœur... L'horreur de cette révélation me frappa de plein fouet. Ce chat, c'était « Quiqui », le chat de Rusard, le vieux chef concierge.
- Nom d'un viking imberbe ! murmurai-je en me relevant précipitamment.
- Quiqui ? cria justement une voix au bout du couloir.
Je me figeai. La minette avait tourné la tête, semblant reconnaître cette voix. Sans pour autant bouger, elle émit un miaulement sonore. Je sursautai avant de tourner les talons. Il fallait que je m'éloigne le plus vite possible. Prenant la direction opposée à celle d'où me parvenait la voix de Rusard, je détallai, tentant de faire le moins de bruit possible.
Je ne m'autorisai à reprendre mon souffle que cinq couloirs et deux escaliers plus loin. Le dos appuyé contre une colonne de pierre, les mains sur les hanches, je n'entendis alors pas une autre personne arriver.
- Tiens tiens tiens, dit alors celle-ci en brandissant sa baguette éclairée au-dessus de moi. Qui avons nous donc ce soir ?
Je me redressai vivement, poussant une exclamation de terreur. Miles Bletchley, le concierge adjoint, se tenait devant moi, un air mauvais plaqué sur le visage. Bletchley avait été engagé peu avant mon arrivée à Poudlard, afin de « seconder » Rusard. Autant dire que l'autre gâteux était devenu tellement vieux qu'il ne faisait plus son travail convenablement mais que la directrice n'avait pas eu le cœur à le renvoyer...
- Une Poufsouffle ! s'exclama Bletchley, rayonnant, en apercevant la couleur de ma cravate. Alors, comme ça on n'a pas appris à rentrer avant le couvre feu ? C'est fort dommage. Pour vous, pas pour moi ! Nom ! aboya-t-il finalement.
- F... Flynn, répondis-je d'une voix suraiguë.
- Veuillez me suivre, j'ai justement quelques élèves en retenue ce soir, vous leur tiendrez compagnie.
- Quoi ? m'écriai-je aussitôt. Oh non, s'il vous plaît Mr Bletchley, je veux bien être collée n'importe quel soir si vous le voulez, mais...
- Ah, Miss Flynn veut négocier ! me coupa le concierge qui semblait jubiler. Sachez que Bletchley ne connaît pas la remise de peine, et encore moins l'indulgence...
Il continua son soliloque mais je ne l'écoutais plus. Visiblement, Bletchley ne connaissait pas non plus l'humilité. Qui parlait de lui-même à la troisième personne à part les fous et les mégalos hein ? Bon certes, il y avait Louis. Mais je n'avais jamais dit que Louis n'était ni fou ni mégalo après tout.
Sans cesser de jacasser, Bletchley me mena jusqu'à une salle de cours désaffectée. Je retins ma respiration, attendant qu'il ouvre la porte. Il avait parlé d'autres personnes en retenue, pourvu que ça ne soit pas Lily et Val' ! À cet instant, je ne me sentais absolument pas le courage de les affronter. Je tentais de me raisonner. Si Lily et Val' n'étaient pas des modèles de sagesse, elles se faisaient très rarement prendre. Le peu d'appréhension qu'il me restait se dissipa lorsque Bletchley me poussa dans la salle. Une montagne de papiers et de dossiers s'étalaient sur deux rangées de tables et, entre ces deux tables, se tenait un garçon.
- Lorsque je reviendrai vous chercher, je veux que tous ces dossiers soient classés par ordre alphabétique, et je ne veux pas un bruit, c'est clair ? aboya le concierge avant de me claquer la porte au nez.
Je me retournai lentement vers celui qui me dévisageai à présent, abasourdi. Il ne s'agissait ni de Lily, ni de Valda, mais j'eus préféré que ça soit tout de même quelqu'un d'autre.
- Qu'est-ce que tu fais là ? me demanda David Cain une fois passé le premier moment de surprise.
- Je... je... balbutiai-je d'une voix étranglée. J'ai... dépassé le couvre-feu...
- Oh, répondit-il comme s'il avait tout compris.
Un moment passa. Je m'étais approchée de l'une des tables et avait pris un dossier dans mes mains. Mes yeux passaient et repassaient sur le nom qui était marqué dessus sans que l'information n'atteigne mon cerveau. David ne cessait de me lancer des regards, il semblait vouloir me dire quelque chose sans oser le faire. J'espérai secrètement qu'il me laisserait travailler en silence et oublierait ma présence sitôt cette retenue terminée, mais le satané courage des Gryffondor sembla lui revenir à peine quelques minutes plus tard.
- Dis... c'est vrai que Lily sort avec Scorpius ? demanda-t-il doucement en s'approchant de moi.
Je ne pus m'empêcher de me raidir. Que répondre à ça ? Devais-je mentir ? Où dire la vérité puisqu'il était de toute façon trop tard ? Et si Lily apprenait que j'avais récidivé, et à tête « reposée », ne risquait-elle pas de tout simplement m'arracher les yeux ? La réponse à cette question devenait bien trop compliquée.
- Je suppose que ça veut dire oui, continua David avant que je n'ai trouvé quoi lui répondre.
Je baissai les yeux et attrapai un nouveau dossier afin de le comparer au premier, espérant ainsi signifier à David que je n'avais pas envie d'en parler. « Oman E. » et « Tiara M. ». Tiens. Visiblement, ces dossiers concernaient les élèves de l'école. Je me demandai bien s'il y en avait un sur moi. Tandis que j'attrapais des dossiers au hasard, faisant à chaque fois une nouvelle pile, David zigzaguait entre les deux tables, semblant savoir exactement quel dossier il devait prendre pour le mettre à la suite de ceux qu'il avait déjà classé. Aussi, alors que je me trouvais devant cinq piles de chacune un ou deux dossiers – respectivement celle des « O », celle des « T », celle des « P », celle des « S » et celle des « V » – David, lui n'avait devant lui qu'une seule pile de dossier, qui était a présent plus haute que lui et tanguait dangereusement.
- Comment fais-tu ? demandai-je, dépitée, après avoir poussé un soupir sonore.
- Quoi ? demanda-t-il en se tournant vers moi. Oh ! C'est facile, en ce moment ils sont classés par couleur. Par exemple...
Il attrapa le dossier qui se trouvait en haut de ma pile « S » et en lu la couverture.
- « Savage H. ». Le nom qui vient après, c'est « Scamander L. ». Il y en a deux, un rouge et un violet, tu n'as plus qu'à les chercher dans les piles de dossiers qui ont les couvertures de ces couleurs là. Si je me souviens bien, ce sont des dossiers assez fins.
Je restai un moment abasourdie, tentant de mettre de l'ordre dans mes idées. Premièrement, il avait fallu que je tombe sur LE dossier qui précédait celui des Scam's, deuxièmement, je me trouvais en présence d'un type qui connaissait par cœur la liste des élèves et troisièmement, ce même type connaissait la couleur et la taille du dossier de chacun de ces élèves. Je ne savais pas ce qui devait m'étonner le plus. Mais au lieu de poser une question qui aurait répondu à l'une de ces trois énigmes, ce fut tout autre chose qui me vint en tête lorsque je retrouvai l'usage de la parole.
- C'est quoi exactement ces dossiers ?
- Aucune idée, me répondit-il en haussant les épaules. Venant de Bletch', ça ne m'étonnerait pas qu'il ait mené une enquête sur chacun de nous et ait consigné tous les détails insignifiants de nos vies privées dans ces dossiers. Au début, je pensais que c'était simplement l'inventaire des punitions qu'il avait infligées à chacun de nous, mais le dossier de Logan est super mince alors que celui de... June, par exemple, est énorme. Et je crois que June est plutôt brillant, pas du genre à s'attirer des ennuis.
Encore une fois, je restai bouche bée. Alors que mon corps se mouvait mécaniquement jusqu'au tas de dossiers rouges et que mes mains partaient à la recherche du dossier portant l'inscription « Scamander L. », mon esprit se mettait à tourner à toute vitesse. Ainsi, Bletchley avait réussi en seulement quelques mois de cours à en apprendre plus sur Cassy June qu'en six ans sur Logan ? Mais qu'avait-il donc appris ? Et que contenaient donc ces dossiers ?
Je mis enfin la main sur le dossier que je cherchais. « Scamander L. », pas si fin que ça. Que contenait-il à la fin ? Se pouvait-il qu'il s'y trouva quelque chose qui puisse m'aider à comprendre cette histoire de fou dans laquelle j'avais malgré moi été embarquée avant les vacances ? Je jetai un coup d'œil à David, ce dernier me tournait le dos. Après tout, je ne risquais pas grand chose à regarder rapidement à l'intérieur...
Discrètement, je détachai donc les élastiques qui retenaient le dossier et tentai d'ouvrir celui ci. En vain. La couverture du dossier ainsi que tous les parchemins qu'il contenait semblaient avoir été collés entre eux. Je m'acharnai un moment contre ledit dossier lorsqu'une main se posa sur mon épaule, me faisant sursauter.
- C'est inutile, me dit David Cain. Tu crois qu'on n'a pas déjà essayé ? Tous les dossier sont scellés magiquement et seul Bletch' peut les ouvrir.
- Combien de fois as-tu trié ces dossiers au juste ? demandai-je, abandonnant le dossier sur le haut de la pile « S » .
- Je dirais plus ou moins une fois par semaine depuis ma deuxième année, répondit-il en riant. Bletch' en a eu marre de devoir nous trouver de nouvelles retenues, alors maintenant il nous fait trier ces dossier, une fois par couleur, puis dans l'ordre alphabétique, et après par taille. Une fois il a voulu que je fasse les trois en même temps, mais je me suis endormi avant, ils m'ont retrouvé le lendemain matin au milieu de la pile de dossier.
J'émis un faible sourire. En temps normal, j'aurais littéralement piqué un fou-rire monstre, mais ce soir là, je n'en avais pas le cœur. David dut le remarquer mais ne fit aucune commentaire. Nous nous remîmes donc au travail, en changeant cependant de technique :
- « Tiara M. » ?
- « Tomson L. », orange, taille moyenne, me répondit-il sans même lever les yeux de sa propre pile de dossiers.
- Ok. « Tomson L. » ?
- « Towler J. », bleu, euhm... je dirais gros dossier mais je ne suis plus sûr pour lui.
Nous continuâmes ainsi un bon quart d'heure. J'en étais à « Williams K. » – vert, dossier fin pour ceux que ça intéresse – lorsque la porte s'ouvrit brusquement sur Bletchley, le teint rougeaud et l'air furieux.
- QU'EST-CE QUE C'EST QUE CE BAZARD ! hurla-t-il à notre intention, avant d'enchaîner sans même attendre de réponse. N'avais-je pas dit « en silence » ? Puisque vous ne me laissez pas le choix, ce sera quinze points en moins pour vos maisons respectives, sans parler de la note que je ne manquerais pas de faire passer aux directeurs de celles-ci ! Croyez-moi, vous n'avez pas fini d'entendre parler de cette soirée ! Flynn, suivez-moi ! IMMEDIATEMENT.
Sans chercher à comprendre, je lui emboîtai le pas. J'avais horreur de me faire crier dessus, et ce soir là, j'étais au plus mal alors je n'avais vraiment pas besoin de cela. Les larmes me piquaient les yeux, mais je les retenais. Hors de question de craquer devant cet odieux personnage. Heureusement pour moi, Bletchley me mena simplement un peu plus loin dans le couloir. Sans cesser de pester, il ouvrit brusquement la porte d'une seconde salle remplie de dossiers et me poussa à l'intérieur
- Et si j'entends encore un seul bruit, je vous colle une semaine entière de retenues c'est bien clair ? brailla-t-il avant de me claquer une nouvelle fois la porte au nez.
Aussitôt, les larmes que j'avais retenues jusqu'ici dévalèrent mes joues. Je me laissai lentement glisser le long de la porte et enfouis ma tête dans mes bras avant d'émettre un long sanglot, premier d'une longue série, lorsque quelqu'un me prit dans ses bras. Je sursautai avant de vivement relever la tête vers cette personne. Mon cœur rata un battement.
Hugo, l'air sincèrement désolé, passa une main dans mes cheveux et m'attira contre lui. Je me laissai faire, trop lessivée pour faire quoi que ce soit d'autre, et me remit à sangloter. Nous restâmes un long moment ainsi, assis contre la porte d'entrée, sans rien dire. Puis mes crampes dans le dos devinrent trop douloureuses et je me décidai à bouger.
Hugo se releva doucement et me tendit une main que j'attrapai pour me lever à mon tour. Je sentais son regard scrutateur sur mon visage, mais je n'osais pas lever les yeux vers lui.
- Ça va aller ? souffla-t-il, comprenant que je ne comptais pas parler.
Je pris une grande inspiration avant de hocher faiblement la tête et de m'avancer jusqu'à une pile de dossiers. Hugo en fit de même et je l'observai du coin de l'œil. Visiblement, lui avait reçu l'ordre de trier les dossiers par couleur. Cela m'allait très bien ainsi, et je me mis au travail sans tarder.
Lorsque Bletchley revint, à peine une heure plus tard, nous avions tout juste fini. Ce dernier nous ordonna de retourner directement dans nos dortoirs – et sans faire de détour. Cela tombait très bien, je mourrais littéralement de sommeil, et je n'avais plus qu'une seule envie à cet instant : en finir avec cette journée désastreuse. Avant que nous nous séparions, Hugo me prit brièvement dans ses bras. Juste le temps pour lui de murmurer un « Bonne nuit, ça ira mieux demain » avant que Bletchley ne recommence à crier.
Sans prendre le temps de lui répondre, je tournai les talons et courrai me réfugier dans ma salle commune. Elle était vide à cette heure-ci, et c'était certainement mieux ainsi. Je montai donc directement me coucher. Ma tête avait à peine touché l'oreiller que je plongeai dans un sommeil sans rêve.
Je mis un moment à émerger le lendemain. Outre l'heure tardive à laquelle je m'étais couchée la veille, je n'avais simplement aucune envie de me lever. Tout me paraissait noir. Le temps était à nouveau couvert, Maryna était déjà dans la salle de bain, Lily et Val' ne me parlaient plus, Hugo m'avait vue pleurer, le professeur Carter ne manquerait pas de me convoquer dans son bureau pour l'incident d'hier, mon cours avec les jumeaux Jorkins – seul cours qui aurait pu égayer ma journée – avait été annulé, et pour couronner le tout, j'avais un double cours de potion en commun avec les Gryffondor cet après-midi là. O joie !
Lorsque Maryna sortit enfin de la salle-de-bain, elle commença par m'adresser un sourire triomphant. Mais le regard las que je lui renvoyai la dissuada d'aller plus loin. Rassemblant toute ma volonté, je me levai et me dirigeai à pas pesants vers la salle-de-bain. J'attendis un moment avant de descendre dans la salle commune, si bien que, quand je me décidai, Louis n'y était plus. Je poussai un soupir. Il aurait quand même pu m'attendre, ça n'était pas pour la pauvre pomme qu'il avalait chaque matin qu'il était à deux minutes près, si ?
Mécontente, je croisai les bras sur ma poitrine et partis rejoindre la Grande-Salle, traînant toujours des pieds. Au détour d'un couloir, cependant, je tombai nez-à-nez avec Hugo et Louis, lancés en grande conversation. Ils s'interrompirent en me voyant arriver et affichèrent tous deux d'immenses sourires. J'haussai un sourcil, voilà qui était louche.
- Bonjour Leah ! s'exclamèrent-ils en chœur.
- Bon, j'y vais, les gars doivent m'attendre, continua Hugo. On se voit cette après-midi de toute façon... En cours de Potions, ajouta-t-il en grimaçant.
Lorsqu'il se fut assez éloigné, je me tournai vers Louis.
- Qu'est-ce que vous vous disiez ? demandai-je, sceptique.
- Oh, tu sais, répondit Louis en agitant vaguement la main. Une conversation entre cousins... Et toi, tu vas bien ?
- Ok ! dis-je, comprenant ce que Louis tentait vainement de me cacher. Il t'as tout raconté pour hier.
- Hier ? articula-t-il en prenant un air faussement étonné. Qu'est-ce qu'il s'est passé hier ?
- Arrête ton cinéma, tu sais très bien ce qu'il s'est passé hier, marmonnai-je d'un air sombre.
Il me regarda un moment, semblant hésiter sur l'attitude à adopter, puis haussa les épaules et passa un bras autour des miennes.
- Ok, d'accord, je sais tout. Mais ne t'en fais pas, ça va s'arranger. Lily s'en remettra. De toute façon, le pire que Al' puisse faire, c'est provoquer son copain en duel, et s'il le fait c'est un abruti fini. Scorpius a toujours été plus doué que lui en Sortilèges. Et puis ça aurait bien fini par se savoir un jour, non ?
Il me regardait toujours. Sans doute attendait-il une réponse de ma part. Je me forçait à lui sourire avant de détourner le regard vers mes pieds. Et nous nous rendîmes à la Grande-Salle sans ajouter quoi que ce soit.
La journée se passa exactement telle que je l'avais prévue. Lily et Val' m'ignorèrent royalement, Higgs me fit plusieurs remarques désobligeantes et enleva cinq points à Poufsouffle parce que le regard noir que j'avais fini par lui lancer était « un manque de respect impardonnable » et Carter me convoqua dans son bureau à la fin de la journée pour me passer un savon. Mais contrairement à ce que j'avais pensé, Louis me soutint avec enthousiasme durant toute cette journée cauchemardesque.
La semaine qui suivit se passa à peu près de la même façon. Ma meilleure amie ne m'adressait pas la parole et Louis tentait de me remonter le moral, moral qui tombait chaque jour un peu plus bas. Hugo, David et Logan ne prenaient pas partie mais continuaient à voir Lily et Val' comme si rien n'avait changé. Par conséquent, je les voyais moi-même un peu moins souvent. Comme Louis ne voulait pas me laisser seule, Jeffrey Summers et Ulrich Zakenti, deux de ses camarades de dortoir, nous accompagnaient la plupart du temps, quand ce n'était pas Maeko qui venait passer une après midi avec nous. Parfois, je parvenais à leur fausser compagnie et allais m'asseoir au pied du grand chêne, au bord du lac noir. C'était devenu mon endroit, celui où je pouvais ruminer mes idées noires tranquillement. Quand Holden ne venait pas me rejoindre.
J'avais fini par lui avouer que mes amies ne me parlaient plus parce que j'avais tenté de le défendre et je pense qu'il se sentait un peu coupable. Alors dès qu'il me voyait seule, il s'empressait de venir me changer les idées. En général, nous continuions notre petit jeu de question – réponses. Ou bien nous tentions d'imaginer la vie étudiante de nos différents professeurs, ce qui donnait régulièrement lieu à des fous-rires monstres. Vous auriez imaginé, vous, que le professeur Londubat puisse avoir été un élève un peu renfermé et distrait ? Eh bien Holden, oui. N'importe quoi !
Et puis un jour, après un désastreux cours de Potions et alors que mon moral était au plus bas et que je n'avais vraiment pas envie de parler, Holden se leva.
- Apprends-moi à jouer au base-ball, lança-t-il.
Un peu étonnée, je mis un moment avant d'attraper la main qu'il me tendait et de me relever à mon tour.
- Euhm... Ok. D'accord. Il nous faut une batte et une balle... On peut prendre une batte de batteur pour le Quidditch, ça fera l'affaire... quand à la balle, je pense savoir où je peux en trouver une. Tu vas au stade et on se retrouve ici ?
Il acquiesça et nous partîmes, chacun de notre côté. Pour ma part, je me rendis jusqu'à la salle sur demande, passai trois fois devant la tapisserie aux trolls dansants et ouvrit la porte qui venait d'apparaître devant moi. La pièce dans laquelle je venais d'arriver était cette fois-ci minuscule. Au milieu de celle-ci se trouvait une balle de base-ball aux couleurs de Poudlard.
- Merci ! m'écriai-je en m'en emparant avant de courir à toutes jambes vers le parc du château.
« Merci » ? Venais-je sérieusement de remercier une salle de Poudlard ? Je secouai la tête. Décidément, je devais être plus atteinte que je ne le pensais. Holden avait fait plus vite que moi et m'attendait déjà sous le vieux chêne. J'eus à peine le temps de reprendre mon souffle qu'il m'assaillait déjà de questions. Je tentai de lui répondre du mieux que je pouvais, tout en traçant des carrés par terre à l'aide de ma baguette, à l'emplacement des quatre bases.
J'entrepris ensuite d'expliquer au Serpentard comment renvoyer la balle à l'aide de la batte puis courir en faisant le tour des quatre bases avant que je n'ai rattrapé la balle et ne soit revenue à mon point de départ. Après quelques essais ratés, il réussit enfin à frapper la balle... pas bien loin cependant, et il n'avait pas atteint la première base lorsque je la rattrapai.
- Arrête de rire, me lança-t-il, penaud. J'aimerais bien t'y voir, c'est difficile ton jeu !
- On échange les rôles ? répondis-je en souriant.
J'attachai mes cheveux en une queue de cheval haute, ramassai la batte et commençai à jouer avec tandis qu'il se positionnait pour lancer la balle. Je retrouvai avec plaisir les sensations de mon enfance, lorsque mon père m'apprenait à jouer dans notre jardin. Je ratai cependant le premier lancer – qui était arrivé un peu trop bas – avant de renvoyer la balle de toute mes forces au second lancer. Aussitôt, je me mis à courir aussi vite que si j'avais été poursuivie par Voldemort lui même. Je manquai de m'étaler de tout mon long après la deuxième base, à cause de la boue, mais je repris bien vite mon équilibre et me remis à courir. Holden avait déjà rattrapé la balle et piquait à présent un sprint. J'accélérai encore. La dernière base n'était plus qu'à quelque mètres de moi et je me jetais en avant.
- Oh non ! s'exclama Holden derrière moi. Ce n'est pas juste, j'y étais presque !
Allongée par terre, couverte de boue, je tentais de reprendre mon souffle. Cela faisait très longtemps que je n'avais pas couru comme cela, et mes muscles me le faisaient douloureusement remarquer. Mais lorsque je me relevai enfin, je n'y prêtai pas attention. Pour la première fois depuis une semaine – qui m'avait semblé durer une éternité – j'avais réellement envie de rire.
- Home run ! m'écriai-je en sautillant sur place, un immense sourire aux lèvres.
Holden me lança un regard surpris avant d'abandonner définitivement sa moue déçue. Il se mit à rire à son tour et ramassa la batte.
- Je suis sûr que je peux y arriver ! lança-t-il avant de me tendre la balle. Il faut juste que je l'envoie assez loin.
Je levai les yeux au ciel, sans pour autant cesser de sourire. J'avais fini par apprendre à quel point l'esprit de compétition de Holden était développé, alors cela ne m'étonnait pas de lui. Nous passâmes l'après-midi à jouer. Au bout d'un moment, un petit groupe d'élève s'était formé autour de nous – certainement attirés par nos crises de rire – et je leur proposai de jouer avec nous. Nous réussîmes même à faire deux équipes et à nous rapprocher un peu plus des véritables règles du base-ball.
N'ayant pas eu le temps de me changer, je me rendis jusqu'à la Grande Salle pour le dîner en compagnie de Holden et couverte de boue. Lorsque j'entrai dans celle-ci, je sentis le regard de Val' se poser sur moi. Mon sourire s'effaça un court instant. Je m'attendais à la voir me jeter un regard colérique, mais au contraire, elle semblait à la fois triste et soulagée. Holden me tira de mes pensées en posant une main sur mon épaule.
- On se refait ça quand tu veux Leah, dit-il avec un large sourire avant de s'éloigner vers la table des Serpentard.
De mon côté, je filai m'asseoir à côté de Louis, qui s'éloigna le plus possible de moi, un air dégoûté plaqué sur le visage.
- Eurk, tu es couverte de boue, c'est dégouttant ! s'exclama-t-il, ce qui déclencha l'éclat de rire d'Ulrich, assis face à lui.
- C'est bon pour la peau, répondis-je en lui tirant la langue.
- Et puis tu peux parler, vu l'état dans lequel tu reviens de tes entraînements de Quidditch quand il pleut ! renchérit aussitôt Jeffrey.
- Ah ! m'exclamai-je, satisfaite.
- Quoi ? s'insurgea Louis avec une mine scandalisée. C'est n'importe quoi, moi je prends toujours une douche après mon entraînement et avant de venir manger !
- Alors là, c'est totalement faux, répliquai-je. Tu ne te souviens pas la fois où...
- Oui, bon, d'accord, presque toujours, répliqua-t-il, de mauvaise foi. Mais je m'en fiche, sur moi la boue c'est sexy !
- Tu insinues que sur moi non ? répondis-je avec une pose suggestive qui contrastait avec mon immense sourire espiègle.
Les trois garçons explosèrent de rire tandis que j'entamais une sorte danse du ventre tout à fait grotesque en étalant sur mon visage la boue qu'il restait sur mes mains. Le regard de Louis se tourna un instant vers sa gauche. Il avisa Maryna Van Hogen qui m'observait avec un air dégoutté et se rapprocha de moi.
- T'as raison, tu es tellement attirante comme ça ! lança-t-il assez fort pour que Van Hogen l'entende.
Je me mis à glousser tandis qu'il passait un bras autour de mes épaules et m'embrassait sur la joue.
- Qu'est-ce que tu ne ferais pas pour la rendre malade, chuchotai-je tandis qu'il passait sa main dans mes cheveux pleins de terre avec une grimace de dégoût.
Je passai une agréable soirée ce jour là, et pour une fois, j'allai me coucher sereinement. J'en étais presque arrivée à me dire que tout n'allait pas si mal... Mais c'était compter sans cette peste de Van Hogen qui n'avait visiblement pas apprécié le petit numéro de Louis et semblait décidée à me le faire regretter.
Hey hey ! Allez, disons que la fin est un peu plus joyeuse =) Alors, qu'en pensez vous, dites moi ? =D
