Chapitre 20 : L'invitation au thé d'Augusta Londubat
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Augusta avait tout juste 20 ans quand Albus Dumbledore avait mis à bas le mage Grindelwald. Il était véritablement le héros de sa jeunesse. Dès qu'elle était entrée à la Gazette du Sorcier, à la sortie de l'école, elle avait poursuivi le mage à la longue barbe (auburn, à l'époque), du Magenmagot à son petit bureau de professeur de Métamorphose de Poudlard, jusqu'à obtenir une interview de lui. Sa toute première interview pour la Gazette… qui lui y avait valu d'avoir un poste fixe à la rubrique « Personnalités du monde magique » et de rencontrer son futur mari, Caspar Londubat.
Déjà quand elle était jeune, Dumbledore lui avait fait l'effet d'être à la fois un génie et un lunatique. Cette impression s'était confirmée avec le temps… alors, forcément, ils étaient devenus amis.
Augusta Londubat invitait toujours les mêmes personnes pour le thé. Helen Potter, Clémence Eyre (de son vivant) et Griselda Marchbank, de très bonnes amies d'école. Se joignait à elles, les rares fois où elle pouvait se libérer, Minerva McGonagall, qui avait succédé à Griselda au poste de Professeur de Métamorphose parce qu'Augusta les avait présentées.
Ces rendez-vous mondains, bien qu'en petit comité, faisaient concurrence au salon de Muriel Weasley - qui devait approcher de la centaine d'années et qui n'en avait pas perdu son mordant (dentier mis à part). Mais là où la vieille mégère se contentait de critiquer, Augusta Londubat et ses amies discutaient sérieusement des affaires du monde magique (et moldu). Le rédacteur-en-chef de la Gazette pouvait se vanter d'avoir trouvé en elle une épouse intelligente, anticonformiste, pleine d'éclat et de discernement.
Le sujet de conversation du troisième jeudi de juillet fut par exemple Bathilda Tourdesac et son Histoire de la magie.
- Qui ça ?
- Mais si ! Cette Serdaigle qui était toujours la meilleure en Histoire de la magie … Figure-toi que son manuel de cours est en train de se vendre comme des petits pains…
- Remarquable travail d'annaliste et d'analyste… commenta Griselda Marchbanks. Un livre re-mar-quable… je ne serai pas étonnée s'il apparait sur les listes scolaires de vos enfants dès l'an prochain…
- J'en parlerai à Dumbledore… dit sérieusement Augusta, en sirotant son thé – glacé, aujourd'hui.
Au même moment, son fils unique, les cheveux tout ondulés à cause de l'humidité, entra dans le salon de thé, déclenchant un bruit de carillons. Il faisait partie des rares personnes que la serre était autorisée à faire entrer.
- Frank ?
- Désolé de vous déranger, mais j'ai un message de Dumbledore…
- Quand on parle du loup…
Frank leur lança un regard interrogateur, mais des années de confessions entre amies permirent à la petite troupe d'Augusta de conserver un visage de marbre.
Frank n'avait pas ouvert la lettre – elle l'avait bien élevé, pensa-t-elle avec fierté. Mais il avait dû reconnaître l'écriture sur l'enveloppe (c'était un garçon intelligent). Tout en sachant que ce n'était pas très polie, elle sortit pour lire le message, et en comprit rapidement la teneur. Personne d'autre qu'elle et son fils ne devait en connaître le contenu – pour l'instant.
- Le professeur Dumbledore t'invite à prendre le thé ce jeudi, lut-elle en soulevant légèrement les sourcils. Tu t'attendais à une telle invitation ?
- Pas du tout… il ne dit rien de plus ?
- Non.
- Donc je suppose que c'est parce qu'il ne veut pas que tu en saches plus avant d'y être.
- Pourquoi la lettre t'était-elle adressée, maman ?
- Parce qu'il réquisitionne, avec beaucoup d'obligeance, ma précieuse Serre.
- Tu vas dire oui, n'est-ce pas ? Dumbledore est un homme bien… s'il a besoin de secret, donnons-lui du secret.
- Bien sûr que je vais dire oui, dit fermement Augusta. Mais il va falloir que je trouve une bonne excuse pour ne pas recevoir ma clique habituelle ce jour-là.
- Dis-leur que je ne supporte pas le rire de Griselda… Quoi ? C'est vrai !
Augusta lui frappa gentiment la tête, mais un de ses rares sourires étirait ses lèvres minces.
- Je trouverai bien quelque chose.
- D'accord… je retourne à la maison…
- Frank ?
- Oui ?
- Dumbledore écrit en postscriptum qu'Alice Eyre fera partie des convives. Cette fois-ci, tu ne pourras pas l'empêcher de me rencontrer en bonne et due forme.
Son grand costaud de fils rougit, mais hocha la tête. Elle le regarda repartir à grandes enjambées vers le manoir. Elle le connaissant assez bien pour savoir qu'il allait immédiatement envoyer une lettre à celle qu'elle pressentait comme sa future belle-fille.
Elle soupira.
Oui, Dumbledore avait été le héros de sa jeunesse. Mais elle pressentait, avec cette intuition qu'ont les journalistes, qu'il n'avait pas fini de jouer au héros du monde des sorciers…
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Le Manoir Londubat était en perpétuelle effervescence. Coursiers, journalistes et interviewés se pressaient sans arrêt dans le hall d'entrée ancestral, à la recherche du grand patron. Quelle idée avait-il eu d'installer une ligne de cheminette directe entre la Gazette et le Manoir? On ne mélangeait jamais foyer et travail ! Ses deux elfes de maison avaient de plus en plus de mal à nettoyer les traces de suie que provoquaient ces excès de zèle…
Mais Caspar Londubat était un acharné du travail. Avec la Gazette qui perdait de l'argent (depuis que les familles hémocatharistes boycottaient les idées trop objectives et anti-Voldemort du journal), il devait s'investir encore plus qu'avant dans le quotidien – et ce n'était pas peu dire.
Il y avait heureusement eu très peu d'attaques à déplorer depuis le début de l'été (les Mangemorts aussi devaient bien partir en vacances), et aucune mortelle. Seulement quelques échauffourées que la Police magique avait su gérer – mais Caspar ne les perdait pas de vue, sachant que trop souvent, on ne repérait les signes avant-coureurs d'une crise que lorsqu'il était trop tard.
Ca n'empêchait pas Augusta de se sentir un peu dépossédée de chez elle, avec tout ce monde. C'était la raison pour laquelle elle avait aménagé dans sa serre tropicale, une salle agréable où recevoir ses invités, loin du chahut de la maison.
Une salle protégée contre tout visiteur indésirable ou espion, déjà conçue dans sa tête à l'époque où elle interviewait des personnalités désirant rester incognito. Dumbledore connaissait cette salle, puisqu'il y avait récemment donné son avis sur l'Alliance passée par le Ministère, les responsables d'Azkaban et les Détraqueurs.
Elle avait su, quand il lui avait demandé d'organiser une collation pour quelques-uns de ses « amis », que ce qui se jouerait dans sa Serre devrait rester secret. Mais à l'époque, elle ne percevait pas encore à quel point cette réunion aurait des répercussions sur sa propre famille, et sur tout le monde des sorciers.
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- Je me porte garante du fils Potter. Je connais bien sa mère. Ce garçon est aussi droit que Frank Londubat. Plus turbulent, certes, mais…
- Ma chère Minerva, à vous entendre, cela n'était pas évident pour moi aussi. Je n'ai jamais eu aucune raison de douter des idées de James Potter et Frank Londubat. C'est pareil pour vos autres protégés… Si j'invite Sirius Black, Peter Pettigrew et Remus Lupin, ce n'est pas parce que je sais qu'un secret ne reste jamais un secret dans leur petit groupe, mais bien parce que ce sont des garçons en qui j'ai confiance, et qui ont montré des aptitudes étonnantes pendant mes cours de Défense contre les Forces du Mal... Je ne doute pas non plus de Lily Evans et Alice Eyre. Ma question était : quels autres Gryffondors connaissons nous assez bien pour les inviter. Un ver, Minerva, un seul ver, et toute la pomme pourrira.
- J'ai conscience de l'enjeu, Albus. Seulement, si l'on met à part les Maraudeurs (que nous connaissons bien, à cause de tous les ennuis qu'ils ont causés), miss Eyre (que je connais personnellement par le biais de sa famille) et Miss Evans (que je n'ai pas nommé Préfète sans raison), je ne peux connaître tous mes élèves assez bien pour m'en porter garante !
Elle respira un coup puis ajouta :
- Que pensez-vous d'Amelia et Timothy Bones ?
- Le Ministère a un œil sur eux… je pense qu'il ne serait pas bon que leur tuteur remarque leurs allers-et-venues. Leur frère Edgar, par contre…
- Alors nous avons un problème : je ne peux pas interroger Filius sur ses élèves sans élever ses soupçons… Et je pense qu'il ne serait pas raisonnable d'inviter des Serpentards à cette réunion… et au risque de paraître incommode, je refuse que vous mêliez à votre société secrète des élèves mineurs.
- Ce n'a jamais été mon intention, Minerva. Vous avez tout à fait raison.
- Nous en restons donc à cette liste ?
- Pour l'instant. Demandez à mes enfants terribles leur avis, les Gryffondors sont souvent bons juges de caractère.
- Comme vous voudrez. De toute façon, je ne comptais pas créer une armée d'adolescents.
- Puis-je savoir à qui vous pensez, parmi les « adultes » ?
- Vous-mêmes, pour commencer.
- Et moi qui pensait être là uniquement pour prendre le thé avec mon patron … ronchonna Minerva en levant les yeux au ciel.
- Votre patron et ami, Minerva, et ami…
- Mon tourmenteur, oui…
Elle approcha sa tasse de ses lèvres.
Puis, elle remarqua que les yeux bleus pétillaient derrière les lunettes en demi-lune. Seulement quelques années à le fréquenter, et elle le connaissait comme sa poche.
- Non…! Oh, non Albus ! vous n'allez tout de même pas inviter ce Fletcher ! Je vous préviens, Albus, Augusta refusera qu'il mette un seul de ses pieds boueux sur ses tapis d'Orient !
- Non, Fletcher ne viendra pas – Maugrey serait trop heureux d'enfin le coincer pour trafic illicite… rit Albus . Mais il fera partie de cette société.
- Par les étagères trop étroites de Fleury et Botts, Albus, je savais que vous trouveriez un moyen de me contrarier avant même que nous ayons fini les scones !
- Une fois de plus, vos yeux de chat percent une des motivations les plus profondes de mon existence, Minerva…
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- Wow ! Chérie, qui t'envoie toutes ces lettres ?
Lily n'en avait pas la moindre idée, mais elle reconnaissait l'écriture sur la plupart des enveloppes. Elle aurait pensé qu'au moins l'une des trois lettres, que lui portaient fièrement deux hiboux grand-ducs et sa minuscule Aquila, serait de James, mais il n'en fut rien. Elle commença par celle qui portait l'écriture nette du professeur McGonagall - Lily savait que les résultats des examens de sixième année arriveraient seulement la semaine suivante, et elle doutait que sa directrice de maison veuille seulement lui demander comment se passait ses vacances...
Miss Evans,
Je m'excuse d'interrompre vos occupations estivales, mais il est parvenu à mes oreilles que la jeune Abigail Evans, domiciliée au 871 Sherpston Avenue, Bristol, avait montré ses premiers signes de magie jeudi dernier.
Etant donné qu'il s'agit de votre cousine, j'aurais aimé savoir si vous la connaissiez suffisamment pour expliquer à sa famille ce qu'implique être une sorcière dans un monde de Moldus. J'ai bien conscience que vous avez d'autres prérogatives dans vos mois de vacances, mais en ce moment, le département du Ministère chargé des relations avec les Nés-moldus (et de leur introduction aux us du monde magique) est très occupé par la crise sociétale que nous traversons… Déléguer ce travail à un proche est la solution qu'ils privilégient en ce moment.
Dans la mesure où vous aviez eu droit à ce genre de prestation avant votre rentrée à Poudlard, vous me paraissez la mieux placée pour cette tâche. Mais si vous ne pensez pas avoir le temps de vous en occuper, renvoyez-moi un hibou rapidement, et je prendrais l'affaire en charge.
Sentiments distingués,
Minerva McGonagall,
Directrice-adjointe de l'Ecole de sorcellerie Poudlard,
Professeur de Métamorphose et
Directrice de la maison Gryffondor
Lily sourit en lisant la liste de titres. Des fois qu'elle puisse oublier en un mois de vacances qui était McGonagall…
Elle attendit que Pétunia remonte dans sa chambre après son petit-déjeuner pour annoncer à sa mère la nouvelle. Elle était en-chan-tée et comptait bien appeler sa belle-sœur sur le champ, mais Lily l'en dissuada.
- Elle va se demander comment on est courant. C'est assez angoissant comme ça sans y ajouter la paranoïa anti-espionnage, tu ne crois pas ?
- Tu es parfois un peu trop prévoyante et mature pour ta pauvre mère, rit Mrs Evans.
- Mais on peut peut-être inviter Abigail à passer une partie du mois d'août ici, non ? J'irai la chercher si tu veux.
- A Bristol ?
- Je t'ai déjà expliqué ce que « transplaner » voulait dire… bon, je ne suis pas sensée commencer le transplanage d'escorte (c'est-à-dire avec quelqu'un d'autre) tout de suite, mais personne n'en saura jamais rien…
- Ce n'est pas dangereux ?
- Non.
- Alors j'appelle Donna tout de suite ! dit-elle surexcitée.
Lily leva les yeux au ciel, plus attendrie qu'agacée, puis revint au petit tas de lettres devant elles. La deuxième contenait une photo souriante de Ted et Andromeda devant un petit cottage. Le jardin était encore plein de mauvaises herbes, et il y avait une mare boueuse dans un coin de la photo, mais Lily repéra une véranda et une jolie pergola envahie par les roses – elle ne doutait pas que l'éducation d'Andromeda rende bientôt la maison un temple du bon goût, en terme de décoration intérieure. Elle se demanda vaguement dans combien de temps elle devait accoucher (sur la photo, Andromeda semblait heureuse, mais éreintée).
La dernière enveloppe contenait – surprise ! - un carton d'invitation signé par Augusta Londubat. La femme impressionnante, dont Lily enviait le port de tête depuis le jour où elle l'avait vue, voie 9 ¾, l'invitait à prendre le thé ? Le monde devenait décidément de plus en plus fou.
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Augusta Londubat aimait l'ordre, la prévoyance, l'organisation. Augusta Londuabt détestait improviser. Or, ignorer le nombre d'invités qu'elle allait devoir recevoir, et leur identité, ressemblait beaucoup trop à de l'improvisation à son goût.
Elle était tellement contrariée qu'elle n'eut pas le temps de penser à comment effrayer la petite amie de son fils, avant qu'il ne remonte l'allée du manoir avec elle. La fille de feu Clémence Eyre était un joli brin de fille, jugea-t-elle, avec des yeux peut-être un peu trop tristes et déterminés pour son âge. Elle lui sembla beaucoup plus petite et menue que dans ses souvenirs, peut-être parce qu'elle ne portait pas une robe de sorcier, ou peut-être parce qu'elle était à côté de son fils.
Augusta la salua vaguement et retourna auprès de Billy, le cuisinier de la famille (qui s'improvisait souvent cantinier de la Gazette), qui finissait de sortir des mini-feuilletés du four. Lorsqu'elle ressortit de la cuisine, un quart d'heure plus tard, Frank avait déjà conduit les invités à la serre. Elle reconnut de loin le fils Potter, le renégat Black, le jeune Pettigrew et le grand garçon qui les accompagnait devait être Remus, l'ami dont Frank lui avait parlé plusieurs fois.
- Bonjour ? Oh, excusez-moi, madame, je suppose que vous êtes Mrs Londubat ? dit une voix dans l'entrée. Je suis Lily Evans.
C'était une jolie fille rousse, avec d'étonnants yeux verts, qui arrivait toute essoufflée de la grille d'entrée. Lily crut qu'elle la dévisageait avec froideur, quand en fait, Augusta se demandait où elle avait déjà vu ses yeux.
- Le mannequin-mystère de Sorcière Hebdo ! comprit-t-elle finalement, après ce qui parut à Lily une éternité. Je suis très heureuse de vous rencontrer.
- Pour vous servir, sourit Lily.
Augusta se rendit compte que la jeune fille semblait attendre une explication de sa part.
- Oh. Le professeur Dumbledore a utilisé mon nom pour vous attirer ici, mais c'est avec lui que vous avez en fait rendez-vous. Dans la serre au fond du jardin. Je vous accompagnerais bien, mais je dois accueillir les retardataires (le froncement de nez qu'elle eut en prononçant ce mot laisserait clairement comprendre ce qu'elle pensait des gens qui n'avait pas la convenance de respecter les horaires).
Augusta lui montra l'étrange verrière par la porte, et Lily la remercia.
Elle reconnut le foulard bleu marine qu'elle avait déjà vu autour du cou de Remus, sur la patère à l'entrée de la serre et se sentit rassurée. L'humidité était omniprésente dans l'habitacle, mais elle ne pouvait pas y échapper si elle voulait atteindre le pavillon de thé situé au milieu.
Elle traversa donc une flore qu'elle n'avait encore jamais vue, et qui n'avait clairement rien à envier aux serres de Poudlard. Les verrières de l'école contenaient des plants utiles. Celle-ci était clairement un cabinet de curiosités végétales. Une série de fleurs oranges ne cessaient de transplaner d'un endroit à l'autre de la pièce, des plantes carnivores de taille diverses tentèrent de l'avaler pendant qu'elle suivait le chemin de dalles, et il y avait même un écriteau « ne pas jeter de sort à proximité de l'Ensommeillé illusionniste » (Lily n'ayant pas la moindre idée de quelle plante il s'agissait, elle choisit de suivre le conseil). Elle atteignit finalement la porte d'une espèce de deuxième serre insérée dans la première. Des formes mouvantes et apparemment humanoïdes étaient distinguables à travers les vitres couvertes de buée.
Quand elle entra, James lui adressa un sourire qui fit tressauter son ventre et elle fut chaleureusement saluée par tous ses camarades d'école. Lily ne comprenait toujours pas la logique dans le choix des invités. Si Frank avait lancé l'invitation, elle aurait compris, mais Dumbledore ?
La porte s'ouvrit derrière elle, et Dumbledore entra, suivi par un homme ébouriffé, vêtu d'une robe de sorcier couleur bouteille, qui avait l'air d'un sportif de haut niveau malgré sa petite taille, de Maugrey, des frères Prewett et d'Augusta Londubat. Celle-ci chuchota : « je vous attends dehors, je ne veux pas entendre quoi que ce soit qui puisse vous nuire - je suis une piètre légilimens » (clairement, seuls Dumbledore et elle comprirent cette dernière précision), puis elle ressortit après un regard intense vers son fils.
Les sept adolescents échangèrent des regards.
- J'ai conscience que vous devez vous demander ce que vous faites ici, au beau milieu des vacances - chez les Londubat, qui plus est - mais j'ai pensé que c'était un endroit sûr, commença le directeur. Un tour rapide des noms s'impose : Albus Perceval Wulfric (à ce moment-là, Sirius ricana, visiblement content d'avoir trouvé un prénom pire que le sien) Brian Dumbledore, Alastor Maugrey, Elphias Doge, Gidéon Prewett, Fabian Prewett, Peter Pettigrew, Sirius Black, Alice Eyre, Frank Londubat, James Potter, Lily Evans et Remus Lupin. Je vous ai tous réunis aujourd'hui parce que vous me semblez être des gens lucides sur la situation que traverse actuellement la communauté magique, et selon mes sources, des gens volontaires pour agir.
Lily sentit James s'agiter à côté d'elle. Elle se rappela la dernière semaine de cours – les repas, où à chaque fois qu'elle pensait « le directeur regarde vers nous avec un peu trop d'insistance », le vieux mage continuait sa conversation avec ses collègues, sans trouble apparent, et la faisait douter d'elle-même. Elle aurait dû savoir que le mage complotait quelque chose.
- Je veux créer une société secrète qui lutte contre Voldemort et ses sympathisants. Si certains d'entre vous savent d'emblée qu'ils ne veulent pas y participer, je leur demande de partir maintenant, pour ne pas nous mettre tous en danger.
Ils digérèrent l'information en silence, mais aucun ne fit mine de partir.
- Bien ! dit Dumbledore, tout joyeux.
- Professeur… en quoi consisteront les actions de cette société ? Je veux dire… on sera encore à l'école pour la plupart, l'an prochain.
- En tant que votre directeur, ce détail ne m'avait pas échappé, Mr Lupin, dit Dumbledore avec un sourire bienveillant. Il y aura de quoi faire. Se préparer. Je sais que certains d'entre vous veulent devenir Aurors, en sortant de l'école. S'appliquer dans ses études est aussi une manière d'être utile. Et oui, miss Evans, avoir des Médicomages compétents dans une société comme celle-ci, est également utile.
Elle étouffa un petit rire. Elle avait la certitude, depuis un moment déjà, que Dumbledore lisait littéralement dans les pensées.
- Les adultes ici présents auront d'autres missions, mais pour vous autres étudiants, continuer ce que vous faites depuis toujours me semble parfait : dresser des listes de Mangemorts et sympathisants, les surveiller, protéger les autres élèves de leurs influences. Oui, Mr Potter ?
- Je pensais qu'on pourrait ouvrir un Club de Duel à l'école, professeur.
- Qu'en penses-tu, Elphias ? Pour ceux d'entre vous qui ne connaissent pas Mr Doge, sachez qu'il a accepté de délaisser ses fonctions au Mangenmagot pour la prochaine année scolaire, afin de me remplacer dans mes fonctions de professeur de Défense !
Lily savait pertinemment que ce n'était pas ses fonctions de directeur (que McGonagall assurait de toute façon, le plus souvent) qui prendrait du temps à Dumbledore, mais sans doute ses activités « extrascolaires ».
- Excellente idée, Mr Potter… dit Mr Doge. Mais il faut prendre en compte le fait que pour nos ennemis aussi, ce sera une opportunité de renforcer leurs réflexes…
- Elphias ne vous dit pas qu'il fut un très bon duelliste dans sa jeunesse – il m'a battu à plusieurs reprises, je vous assure…
- C'est parce que tu refuses de porter des robes réglementaires, lui souffla Elphias.
- Aucune imagination, aucune couleur, aucun… panache ! dit Dumbledore avec un air scandalisé. Je préfère m'emmêler les pieds une fois de temps en temps et avoir de l'élégance en toute circonstance…
Sirius éclata de rire, et Lily sourit, gênée. Il y avait quelque chose de très étrange à se trouver traité avec autant de familiarité par le directeur de l'école dans laquelle on allait.
- Revenons à nos moutons. Vous n'êtes pas les seules personnes que je compte parmi mes alliés, mais je pense qu'il est bien de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
- Avons-nous tous un signe distinctif ? demanda Sirius. Un tatouage ou un nom ?
- C'est la meilleure façon de se trahir, intervint Gidéon, fermement.
- Hum… un nom de ralliement n'a pas besoin d'être précis… dit Dumbledore, pensif. Des propositions ?
- La Ligue de Botteurs de Fesses de Mangemorts ? proposa Sirius, pince-sans-rire.
- LBFM ?
- Trop long…
Au même moment, un cri retentit en-dehors du pavillon intérieur et résonna dans la verrière.
Dumbledore sortit en un claquement de cape – élégant, en effet - et sortit dans la serre. Ils collèrent leur nez aux fenêtres intérieures pour mieux voir.
- Oh, je crois que Marguerita a encore voulu jouer à la fouine… Je me demande comment elle a pu passer la vapeur anti-illusion… dit Frank, pensif.
- Marguerita… comme Marguerita Skeeter ? demanda Sirius.
- Mon père a accepté qu'elle fasse un stage… crois-moi, ça fait un mois qu'il regrette… oh, regardez ! Je crois qu'elle s'est fait attaquer par la dionée géante… mieux qu'un chien de garde, ce truc…
- Explique cette histoire de vapeur ? dit Alice, dont les cheveux courts avaient frisé à cause de l'humidité.
- On a une installation spéciale dans la serre… ça copie un peu la Cascade des Voleurs de Gringotts : il y a une potion mêlée à la buée produite par les plantes - elle dissout tous les enchantements. C'est mon oncle Algie qui a inventé ça à l'époque de Grindelwald, pour que mon père puisse garder en sûreté les documents les plus précieux de la Gazette, et ensuite, il l'a adapté pour la serre… la seule contrainte est de rajouter des potions et des enchantements chaque semaine pour garder le sort efficace…
- Elle a pu utiliser autre chose qu'un enchantement pour entrer… une cape d'invisibilité, par exemple, dit Remus, pensivement, en donnant une pichenette à un gros insecte qui s'était posé sur son bras.
- Je suppose…
Ils entendirent Dumbledore prononcer une formule compliquée, et un bruit sourd leur apprit que Marguerita était tombée sur son séant, après que la plante qui la brandissait triomphalement dans les airs l'a relâchée. Il y eut un crac sonore, et un elfe de maison – vraisemblablement celui de Caspar Londubat – apparut en lui demandant poliment de le suivre. Il disparut avec la jeune fille blonde et Dumbledore revient.
- Je crois que Miss Skeeter a été passablement effrayée de me voir ici… mais Mr Londubat se charge d'elle à présent. Où en étions-nous ?
Cet homme avait vraiment le don de passer du coq à l'âne, comme si de rien n'était.
- Tout d'abord, êtes-vous d'accord pour signer un contrat magique vous empêchant de révéler l'identité des autres membres à tout autre pair ?
- Oui.
- Oui.
- Bien !
La baguette de Dumbledore fendit l'air et un ruban doré entoura la salle.
- Promettez-vous de garder cette société secrète ?
Tous dirent oui. Le cercle brilla légèrement, puis disparut comme de la brume qui se dissipe.
- J'aimerai avoir votre avis sur le choix d'autres membres de cette société… En quelle personne avez-vous assez confiance pour lui confier le secret de toute cette entreprise, c'est-à-dire l'identité et la vie de tous vos amis ici présents ?
Lily fronça les sourcils. Elle avait intuitivement pensé répondre Hildegarde Eskivdur, sa deuxième meilleure amie après Alice, mais un regard vers cette dernière lui fit comprendre qu'ils devaient tourner leur langue sept fois dans leur bouche avant de répondre à la question de Dumbledore.
Et en effet, elle vit la difficulté. Hildegarde venait d'une famille connue pour avoir été et être engagé dans les mouvements anti-violence. Son grand-père avait été un célèbre pacifiste, auteur d'un manuel de Défense contre les Forces du mal tout à fait médiocre, défendant la diplomatie plutôt que l'usage de la magie. Mettez donc une pâquerette face à un troupeau d'éléphants en train de charger, et vous comprendrez ce que Lily (et toute personne sensée, selon elle) en pensait. Hildegarde était une Gryffondor, elle refusait les théories pro-Sang-pur, et elle n'était pas foncièrement contre l'action, mais elle ne cautionnait pas l'action directe. Or, quand le parti adverse ne prohibait ni la violence, ni la cruauté, ces idéaux ne suffisaient pas.
- Emmeline Vance, dit fermement Sirius.
Ils se tournèrent vers lui, étonnés.
- Elle haït Voldemort au moins autant que nous tous. Et elle est très douée.
Dumbledore l'écoutait avec attention. Il n'avait visiblement pas d'objection à Emmeline.
- Elle a eu une excellente note en pratique de Défense, dit Dumbledore, pensif. Et c'est moi qui l'ai évaluée.
- Mais elle me déteste, jugea bon de préciser Sirius. Alors il vaudrait mieux ne pas dire que l'idée vient de moi... ou que je fais partie de la bande…
Dumbledore garda son sourire.
- D'autres idées?
Lily échangea un regard gêné avec James. Elle se rendait compte que même parmi ses amis les plus proches, il y en avait très peu à qui elle aurait confié sa vie ou celle des personnes qu'elle aimait.
- Cette petite expérience nous montre au moins que personne ne doit parler de ce qui s'est dit ici.
- Je vous donnerai des noms, Albus, mais ailleurs, dit Maugrey qui regardait toujours vers les plantes où Marguerita Skeeter avait disparu.
- Très bien. A présent, que diriez-vous de faire ce pour quoi nous avons été invités ? Un thé ?
Maugrey grogna et leva les yeux au ciel, mais ne dit rien.
- C'est bon, ma chère Augusta, vous pouvez entrer, plus rien d'important ne sera dit ! lança Albus dans une espèce de périscope en fer forgé installé dans un coin du pavillon de thé.
Deux minutes plus tard, les bottes à talons d'Augusta Londubat résonnèrent sur les dalles de la serre, et elle entra, suivie par deux chariots couverts de ce qui se faisait de mieux en termes de canapés, petit-four et viennoiseries. Deux théières fumantes s'approchèrent d'eux d'un air menaçant. Dumbledore agita sa baguette et des tasses délicatement décorées de petites fleurs violettes apparurent dans les mains de chacun. Les discussions se firent plus informelles.
- Vous avez reçu la photo d'Andy ?
- Dumbledore a tout arrangé, la maison est incartable, protégée par un Fidelitas et tous les sorts imaginables…
- J'aurai pensé qu'ils seraient invités à cette… tea party…
- J'ai pensé qu'ils avaient assez à penser avec leur bébé qui arrive et l'appel au lynchage qu'a lancé Mrs Black, intervint Dumbledore. Je ne veux pas que vous leur parliez de cet entretien, mais il est possible qu'ils nous aident par la suite, sans être jamais membres de cette société…
Pendant ce temps, Augusta s'approcha discrètement de Lily, que James venait juste de quitter pour aller chercher un mini-sandwich.
- Miss Evans, excusez-moi, mais votre nom m'est familier… N'êtes-vous pas une des élèves boursières de l'école ?
Lily rosit. Peu de gens étaient au courant. Mais Augusta Londubat était connue pour ses colères légendaires aux réunions du Conseil d'administration de Poudlard, dont elle était un membre très actif.
Les salaires d'informaticien et d'infirmière des Evans étaient corrects, mais moyens. N'ayant jamais mis les pieds dans le monde magique avant sa première année, elle avait eu beaucoup de frais en robes, accessoires et fournitures. Les vêtements se trouvaient d'occasion (Eileen Prince connaissait tous les bons plans du Chemin de Traverse) et elle avait pu, par exemple, acheter des gants de protection pour les potions qui n'était pas exactement en cuir de dragon : économiser des Mornilles ici et là était faisable. Mais s'il y avait bien une chose qu'il manquait au monde magique, c'était une grande bibliothèque publique – les collections de Poudlard et des anciennes familles de sorcellerie étaient toutes privées. Ajoutez à ça le fait que le Gallion soit une monnaie très forte par rapport à la Livre sterling, et vous obtiendrez la demande de bourse de Lily Evans…
- Vous avez bonne mémoire, madame, sourit-elle, gênée (à part Alice, ses amis ignoraient que ses parents avaient du mal à payer l'école).
- Ne soyez pas embarrassée… les bons élèves doivent être encouragés…
Lily hocha la tête poliment et remercia intérieurement James de choisir ce moment pour revenir vers elle, avec Sirius. Mais la tête qu'il tira en voyant que c'était Mrs Londubat qui parlait avec elle lui indiqua qu'il avait déjà rencontré la sorcière, dans d'autres circonstances. Les deux garçons émirent un bruit de déglutition sonore.
- James Potter et Sirius Black…
- M-madame Londubat…
- Quelle bonne surprise...
- Les deux garnements qui ont passé leur enfance à tenter de pervertir mon fils unique…
- Heu… c'est nous… dit Sirius.
- Mais ça n'a pas marché, maman, dit Frank en venant à la rescousse, avec Alice.
- Encore heureux… dit-elle avec un regard sévère. Bonjour Alice, je suis ravie de vous revoir dans un contexte plus joyeux…
Lily tira sur la manche de James et tous les trois s'éclipsèrent, pour rejoindre Remus et Peter. Ceux-ci leur proposèrent de sortir dans le parc. Ils marchèrent ainsi un moment, puis ne purent résister à l'envie d'entendre ce que Caspar Londubat criait à Marguerita Skeeter, à l'entrée du Manoir.
- Je suis journaliste ! Rédacteur-en-chef de la Gazette ! Pas votre père, et pas la police ! Refaites moi un coup comme celui-là, un seul ! et je vous renvoie pour faute professionnelle !
- Mr Londubat, ce genre de discussions secrètes intéresse les lecteurs de votre journal !
- Je ne suis pas là pour répondre à une demande et ses attentes ! Je suis journaliste, pas boutiquier ! Est-ce que produire une information d'utilité publique a la moindre signification pour vous ? Nous sommes un journal sérieux, respecté, qui fait des articles de fond et se soucie peu de faire plaisir ou non à ses lecteurs ! La vérité ne fait pas plaisir, le danger ne fait pas plaisir !
- Il faut vous adapter à ce que les gens veulent !
- Bah !
Ils s'éloignèrent un peu en entendant les voix se rapprocher.
- Elle a raison… s'il décide de ne pas du tout s'adapter aux attentes des souscripteurs, la Gazette va se retrouver avec de sacrés problèmes d'argent…
- C'est déjà le cas, je crois… dit Peter. Pas mal de Sang-purs ont arrêté leur abonnement… ma mère, par exemple…
Ils lui jetèrent un regard gêné… ils savaient que comme Sirius, Peter devait composer avec une mère hémocathariste.
D'un accord tacite, ils décidèrent de ne pas parler politique et société secrète de l'été. Leur nouvel objectif ? Avoir de VRAIES vacances, d'ados, qu'elles soient folles ou romantiques, mais insouciantes.
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Augusta était satisfaite. Frank venait de lui présenter sa petite-amie Alice, et celle-ci ne s'était pas enfuie en courant. Elle avait donc passé le test auquel feu Madame Londubat mère l'avait soumise en son temps.
Voilà ce à quoi elle pensait en sirotant son sixième thé de la journée, assise au milieu du va-et-vient des coursiers de la Gazette, de l'odeur d'encre et de papier journal, et écoutant son mari s'exclamer pour la énième fois : « Aussi longtemps que je dirigerais ce journal, Marguerita Skeeter n'écrira pas pour la Gazette ! ».
- Mais oui, très cher, mais oui…
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Alice était enfin prête.
Lily et elle transplanèrent jusqu'à la maison londonienne où avait habité la famille Eyre, des générations durant. Ivy, l'elfe de maison, l'avait entièrement rangée. Le côté aseptique et impersonnel qu'avait pris la demeure ancestrale rendit les choses plus faciles. Alice réunit les affaires qu'elle voudrait amener à Poudlard l'an suivant. Elle ne risqua pas un regard vers la suite parentale ou celle de son petit frère (Ivy avait eu l'idée d'en fermer les portes). Lily savait qu'elle le ferait un jour, mais pas aujourd'hui. Un jour où elle serait seule, ou peut-être avec Frank.
Ensuite, elles piqueniquèrent sur la pelouse du jardin des Eyre, et vers quatorze heures, Alice inspira un grand coup et annonça qu'elle voulait aller sur la tombe de ses parents. Elle avait apporté des fleurs et décidé de les planter devant la pierre tombale, sans magie. Une demi-heure plus tard, Lily la serrait contre elle, les mains pleines de terreau. Alice lui chuchota :
- Où qu'ils soient, j'ai envie qu'ils soient fiers de moi, Lily…
Alors Lily se rappela les paroles confiantes de James, seulement deux mois plus tard.
- On va les rendre fiers de toi.
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Je vous préviens, le chapitre suivant sera pas mal imbibé d'eau de rose ^^
Rita Skeeter est tellement agaçante que je l'adoore… en gros, je pense qu'elle a pu passer la vapeur anti-sort, parce qu'être Animagus est une qualité propre et dépasse les faits d'un simple sort (en fait, c'est ce que je pense, mais on n'a pas vraiment d'info sur la nature de l'Animagussité…). Mais ensuite, elle a failli se faire gober, sous sa forme de scarabée, par une des fleurs carnivores de la serre, et qu'elle a dû se retransformer ^^ Ca me fait rire rien que d'y penser…
